Les chapitres 19 et 20 ont failli s'appeler "Avengers..." et "...assemble". Mais non. Restons sérieux. Merci à tous ceux qui m'ont laissé un message précédemment, j'espère ne pas avoir oublié de vous répondre ! (Incapable de me souvenir si je l'ai fait grr...)


XX. Tensions

6 avril 1999

Queens' College

Cambridge

La joue pulsant de douleur, Drago profita des quelques secondes où la tension sembla figer le temps pour essayer de calmer son rythme cardiaque et faire le point rapide sur leur situation. Madeleine était droite, dressée dans toute la splendeur d'une Auror d'élite en pleine défense, baguette ferme en direction de leurs assaillants. Mr Weasley se tortillait au sol dans l'espoir de se défaire du sortilège qui l'avait atteint, ses yeux brouillés par la douleur qui devait sans aucun doute lui vriller le crâne, si Drago se fiait à l'hématome qui s'étendait déjà sur son visage. Un haut le cœur le prit vivement et il recracha du sang qui s'était accumulé sous sa langue, grimaçant en sentant quelques fragments d'émail accompagner sa salive le long de ses lèvres. Il passa prudemment la langue dans sa bouche et découvrit un trou dans sa dentition, sa canine ayant explosé sous l'impact. Il ferma vivement les yeux pour chasser la nouvelle nausée et se reconcentrer sur la situation présente.

La barrière entre eux et les sorciers crépitait, son crissement semblant résonner dans la cour. Alors qu'il essayait prudemment de briser – en vain – l'Incarcerem, Drago ne put que se féliciter que Madeleine eut été choisie pour cette destination. Sans elle, il n'en doutait pas, la situation serait bien pire. Mr Weasley et lui étaient mis hors-jeu pour l'instant, mais elle, elle résistait. Dans la cour de Queens' College, personne ne bougeait. C'était le statu quo alors qu'ils étaient, techniquement, en infériorité numérique.

Le jeune aristocrate roula difficilement sur le flanc pour avoir meilleure visibilité de la situation. Son mouvement attira l'attention d'un homme plutôt maigrichon dont les pâles cheveux roux étaient mal répartis sur son crâne dégarni. Sa baguette se tourna immédiatement vers lui tandis que ses pairs maintenaient Madeleine en joue. Drago le dévisagea, gardant difficilement – ou plutôt oubliant de garder – un air affable et amical sous le coup de la douleur et de sa dent disparue. Leur échange dura une seconde, tout au plus, avant que les yeux bleus de l'homme ne s'écarquillent.

Malefoy… souffla-t-il avant de soudainement se précipiter vers son voisin de gauche et de lui murmurer à l'oreille.

Drago retint difficilement un juron en entendant son nom. Évidemment qu'il avait été reconnu. La ressemblance avec ses parents était bien trop présente quand on l'apercevait de près pour qu'il puisse se permettre de balader impunément et son camouflage avait disparu dès l'instant où ils avaient traversé le pont. Il entendit plus qu'il ne vit Madeleine resserrer sa prise sur sa baguette alors que les sorciers qui les avaient arrêtés semblaient s'agiter petit à petit. Ils ne pouvaient distinguer les murmures qu'ils se passaient mais, ça il en était certain, son nom devait en faire partie. En observant leur manège, Drago remarqua qu'à aucun instant la pression qu'ils maintenaient sur leur groupe n'était relâchée. Jamais plus d'une personne baguette baissée. Ces personnes étaient organisées, habituées.

Quand le sorcier le plus en avant, un jeune homme d'une trentaine d'années aux traits durs et à l'épaisse crinière brune, eut lui aussi reçu les paroles de ses partenaires, ses sourcils se froncèrent et il affermit sa position face à Madeleine. Ses yeux dévièrent une fraction de seconde vers Drago qui le dévisagea, puis vers Mr Weasley qui avait réussi difficilement à s'asseoir, profitant du statut quo offert par l'Auror. L'homme fit à nouveau face à Madeleine, s'adressant à l'un des siens sans semble perdre une seconde de son attention.

— Dwight, va prévenir Qui-tu-sais.

Sur les bords du groupe, un homme partit en courant en direction du bâtiment. Intérieurement, Madeleine jura. S'il était allé chercher des renforts… Drago, sentant la tension s'épaissir, décida de lancer un pari. Après tout, elle n'avait pas la prérogative des actions suicidaires.

— Si vous savez qui je suis, vous savez aussi qu'il y a une mise à prix sur ma tête.

Drago, siffla Madeleine entre ses dents.

— Je suis Drago Malefoy, le fils de notre cher ministre, continua-t-il sans prendre en compte son interruption et la douleur qui saisissait sa bouche, et vous devez savoir que nous ne sommes pas franchement en bons termes depuis un an.

Mr Crinière tourna à peine la tête vers lui, le sonda un instant.

— On sait que vous avez coupé toute communication avec l'extérieur, continua avec bravache le blond, et que ses foutus acolytes ont aucune prise sur vous, qu'ils ressortent amochés ou jamais ! Alors, croyez-moi, on a pas mal à se dire.

Pendant quelques secondes, Madeleine pensa discerner sur le visage de leurs assaillants comme un… air amusé ? mais prudent. Toujours plein de prudence. Celle de la personne qui vit dans la crainte depuis longtemps, de la personne qui ne sait pas comment juger la nouvelle information qu'on lui présente. Elle lâcha un faible bordel en français alors que Drago finissait sa phrase, le menton relevé et fier malgré le sang qui maculait son visage et son col. Au moins, il a le mérite d'avoir rapidement présenté la situation, se dit-elle sans diminuer son attention.

Un bruit de course se fit entendre sur les pavés un peu plus loin mais elle ne se permit pas de regarder dans cette direction. Ce fut Mr Weasley qui, d'un cri surpris et soulagé, l'informa.

— Elphias !

— Nom de… Arthur ?!

Le roux se détendit immédiatement malgré le sortilège qui le tenait toujours immobilisé. Drago se tourna à son tour vers le nouvel arrivant, plissa les yeux. L'homme semblait essoufflé, sans doute par l'embonpoint et l'âge qui diminuaient ses capacités physiques. Son crâne était parsemé par de longues touffes de cheveux blancs, mais ce fut son fez, fortement abimé et mité, qui confirma à Drago l'identité de l'individu. Après tout, son père l'avait assez éduqué à la société sorcière et à ses membres importants pour qu'il associe immédiatement l'accessoire à la personne. Elphias Doge.

Le sorcier, ancien membre du Magenmagot, se figea en arrière de ses hommes et dévisagea les intrus, tenant compte de la position de forte défense de la sorcière qui tremblait à peine de l'effort magique fourni, s'arrêta plus particulièrement sur Arthur et Drago. Il se pinça les lèvres, réfléchit, puis se tourna vers Arthur franchement.

— Le nom de la pire commère de ton entourage, questionna-t-il soudainement.

Madeleine ne dut qu'à ses années d'expérience pour ne pas laisser tomber sa baguette. Drago sentit son estomac se resserrer. Bien sûr qu'il fallait… Ses pensées négatives s'arrêtèrent instantanément à l'instant où Arthur lâcha un soupir entre soulagé et dépité.

— Tante Muriel, se contenta-t-il de répondre.

Elphias lâcha un bruit qui se rapprochait plus de ricanement que de l'affirmation.

— C'est bon, Archie. Ils sont avec nous.

Mr Crinière – Archie, se corrigea Drago – abaissa sa baguette et Madeleine en fit prudemment de même, préférant rester sur ses gardes. Le jeune sorcier sentit ses liens se défaire et sa circulation sanguine reprendre sa route normalement. Elphias s'approcha d'Arthur et lui tendit la main, l'aidant à se relever avant de l'étreindre comme un vieil ami qu'il ne pensait plus jamais revoir. Le patriarche lui rendit l'embrassade fortement puis grimaça de douleur en sentant ses côtes protester. Elphias le relâcha, à peine désolé.

— Suivez-moi, on sera plus à l'abri à l'intérieur.

Il adressa un signe de tête à l'équipe de sorcier qui les avait arrêtés et ceux-ci disparurent soudainement dans des cracs sonores. Drago se passa la main sur la joue, commençant à sentir la douleur se faire plus franche maintenant que l'adrénaline de la situation retombait. Elphias sembla le remarquer mais ne s'arrêta pas.

— On verra ça dedans. Dépêchez-vous.

D'un pas vif, le vieillard fit traverser la cour au trio avec lui, puis ils s'enfoncèrent dans l'Université de Cambridge.

oOo

7 avril 1999

Abbey Road

Londres.

Le journal claqua sur le bureau d'Hermione et elle l'attrapa, repoussant la plume avec laquelle elle écrivait. Elle le déplia d'un mouvement pour regarder la Une tandis que le sourire d'Esat menaçait de lui dévorer le visage.

— Alors ? Alors ? demanda-t-il, incapable de cacher plus longtemps sa satisfaction.

En lisant le petit encart en bas de page, Hermione eut elle aussi du mal à retenir son sentiment d'assouvissement. « Attention aux publications mensongères ! » déclamait-il en premier avant de s'attarder sur l'apparition de ce torchon qui faisait croire d'horribles vérités aux braves et honnêtes le lut rapidement puis tendit à nouveau le papier à Esat qui le roula sous son bras.

— C'est un début.

— C'est plus qu'un début, la contredit-il en tapotant du doigt sur le papier. C'est la preuve qu'on existe.

Elle y réfléchit un instant puis lui concéda le point, se trouvant trop sévère avec leurs efforts. La diffusion n'avait commencé que quelques jours auparavant mais La Gazette devait déjà émettre un avertissement auprès de la population. Certes, l'encart était petit et relégué à un coin de page, mais il était . Et ça, c'était signe que les sorciers étaient conscients de l'existence de L'Espoir. Jonas et son équipe de distribution faisaient du bon travail. Comme ils l'avaient dit, plus que de simplement diffuser, ils participaient parfois à quelques conversations, mine de rien, avec les sorciers qu'ils croisaient. Des petits commentaires, çà et là, des remarques anodines… Et rapidement, des réactions. Ce n'étaient pas encore des mouvements physiques, comme ils espéraient obtenir dans un futur proche mais, et cela se confirmait, ça prenait de l'ampleur.

Jusqu'au journal sous le bras d'Esat.

D'un mouvement de tête affirmé, Hermione décida qu'elle était satisfaite de la tournure des choses. Il ne fallait plus que les deux équipes encore en extérieur rentrent et la phase numéro 2 de la propagande pourrait commencer. La sorcière reprit sa plume alors qu'Esat observait le bureau encombré où, depuis la veille, ils ne pouvaient plus travailler avec la P.R.O.P.R.E.

— Comment ça se passe de votre côté, demanda-t-il tout en désignant le tas de liasses de parchemin qui s'étaient récemment accumulées sur un coin du bureau.

Elle pinça les lèvres, un sentiment de contrariété remplaçant rapidement le positif qu'elle venait de ressentir.

— Lucius Malefoy n'est qu'un odieux vicelard.

— Ce que nous savions déjà, je crois bien. Mais encore ?

Hermione soupira et se frotta distraitement le front, étalant sans le savoir l'encre qui tachait le bout de ses doigts.

— Ses nouvelles Dispositions Magiques sont plus retorses que prévu. Son appui législatif est fort. Il se sent acculé, c'est certain.

Le Français fronça les sourcils.

— Y'a-t-il quoi que ce soit qu'on puisse faire pour vous aider ?

La sorcière lui sourit, résignée mais confiante.

— La législature et la politique, c'est mon domaine, lui répondit-elle. Malheureusement, ou plutôt heureusement, tout se trouve là-dedans, conclut-elle en tapotant sa tempe. Dumbledore m'a légué tout ce qu'il avait et bien plus. Votre atout, c'est le journalisme donc je dois m'occuper de ça et vous du reste.

— Le pire, c'est qu'elle exagère à peine, intervint Jonas en rentrant à son tour dans le bureau.

Esat parut légèrement contrarié et frustré de ne pouvoir faire plus. L'infirmier lui posa la main sur l'épaule.

— Je sais, c'est frustrant. Mais on prend l'habitude à la longue.

— Je suppose que vous avez raison, Jonas.

— Ah non, pas de ça entre nous, grimaça Jonas en le relâchant et en se laissant tomber sur sa chaise. Même galère, même niveau les gars.

Lâchant un pouffement et en acceptant volontiers la remarque, Esat secoua la tête. Cet homme avait définitivement un petit quelque chose.

— Tu sais, tout le monde n'a pas ton niveau de manque de politesse et de respect, Jonas, remarqua la sorcière sans lever le nez des parchemins qu'elle compilait.

— Ouaip, je sais, mais franchement, c'est pas se vouvoyer ou se tutoyer qui nous fera mourir plus ou moins vite, se contenta de répondre l'homme tout en attrapant son lot de parchemins.

Oui, un petit quelque chose de dérangé. Seul le grognement d'Hermione lui répondit et Esat observa le duo se mettre à l'œuvre. Chacun de son côté, en silence finalement contrairement à ce quoi on aurait pu s'attendre de Jonas. Les mouvements fluides, habitués. Après quelques instants, le Français comprit et accepta ce que la sorcière lui avait dit. Le couple devant lui savait travailler ensemble, savait repousser les tentatives malsaines de Lucius Malefoy, savait agir pour le bien de la communauté. Après tout, c'est ce qu'ils faisaient depuis maintenant plus de six mois. Et ce n'était pas son domaine d'expertise. Par son simple examen de ces quelques secondes de travail, il comprit que sa présence serait plus pénalisante qu'autre chose. Soit. Il sourit et les laissa en paix avant de rejoindre le corps de la bibliothèque. Comme Hermione l'avait dit, il n'était ni légiste ni politicien. Il était journaliste et son rôle à lui, c'était de mettre à mal le torchon qu'il tenait sous son bras.

oOo

— Ça va commencer à devenir tendu.

Pendant quelques secondes, Oriane se demanda si c'était une locution anglaise pour exprimer les situations de grande précarité et sources de difficultés. Parce qu'ils étaient en plein dedans.

Quand, en milieu de journée, Ron, Percy et Herbert dont la tête avait été bandée étaient réapparus dans le sas de la bibliothèque accompagnés par deux femmes, elle avait été soulagée. Deux adultes qui, quand ils les virent, arrachèrent des sourires aux plus jeunes d'entre eux. Angelina et Katie, lui avait-on expliqué, étaient deux anciennes camarades de Poudlard qui avaient fait partie de l'Armée de Dumbledore – drôle de nom. Elles n'avaient pas participé à la Bataille du Ministère l'année passée, ce qui leur avait offert un certain anonymat et une marge de liberté importante pour agir contre les Mangemorts en ces temps difficiles. Originaire du pays de Galles, Angelina leur avait permis de s'établir dans les alentours et de planifier plusieurs actions pour aider, à leur niveau, à la résistance et au refus de l'autorité en place. Isolées, sans moyen de communiquer de manière sûre avec les autres personnes qu'elles savaient de leur côté, elles n'avaient pas été bien loin dans leurs démarches. Cependant, tout acte de résistance était important en ces temps incertains.

Toutefois, après l'euphorie des retrouvailles et les soins accordés à Herbert – qui avait effectivement dû servir d'appât pour faire sortir les jeunes femmes de leur cachette – s'était posé le problème évident de la place.

Au sein de la Réserve cohabitaient dorénavant vingt-trois personnes et un elfe de maison.

Les lieux avaient beau être grands pour une bibliothèque, ils n'étaient absolument pas adaptés à tant de locataires. Alors que les différentes équipes étaient sur le terrain, leur groupe avait été réduit à six, ce qui rendait la vie confortable et les moments communs supportable. Puis le nombre avait grimpé à onze, puis dix-sept, pour maintenant atteindre ces sommets. Et trois d'entre eux n'étaient pas encore revenus. S'ils rentraient eux aussi accompagnés, la situation allait se présenter comme plus délicate.

Vingt-trois personnes au minimum, une petite pièce de repas, une salle de bains. Comment avait dit Charlie déjà ? « Ça allait devenir tendu ». Oriane s'efforça de rester positive. Après tout, l'arrivée de renforts ne pouvait être qu'une bonne chose. Le reste, ils passeraient outre.

— Nous ferons avec, Charlie, lui répondit-elle alors qu'il observait les retrouvailles entre les anciens étudiants puis Hermione sortir enfin de son trou pour découvrir avec émerveillement le retour de son petit-ami. Plus nous serons, mieux cela sera pour la Résistance.

L'homme fronça les sourcils puis soupira.

— La Résistance oui, notre bonne entente… Je demande à voir.

Oriane se contenta de tapoter l'épaule du plus jeune avant de retourner se mettre au travail.

oOo

8 avril 1999

Abbey Road

Londres

Un craquement sourd et l'étagère s'effondra, heureusement libre de tout ouvrage. Le bruit du bois brisé se répercuta dans toute la pièce et Remus retint une grimace en l'entendant, bien qu'il fut parfaitement conscient que leur zone de travail – était protégée tant par un Assurdiato que par différentes barrières pour éviter tous dégâts supplémentaires.

— C'était pas mal ! lança-t-il à Harry en se rapprochant. Pas encore assez fort pour complètement absorber, mais pas mal !

Après une nuit de repos relatif, Remus avait entraîné Severus à part pour une discussion fort nécessaire. L'année passée, quand l'Ordre s'était majoritairement regroupé au square Grimmaurd, les anciens avaient pris sous leur aile les jeunes qui avaient quitté Poudlard pour se battre. Ils avaient tout juste dix-sept ans pour la plupart à l'époque, n'avaient pas fini leur cycle d'étude au collège. Les combattants s'étaient chargés de leur apporter un maximum de connaissances et de pratique pour les batailles à venir et ils – Remus compris – avaient été surpris par leur niveau déjà conséquent. Harry lui avait expliqué, presque nerveusement, le principe de l'AD. Le lycanthrope s'était senti fier et rassuré de savoir que le fils de son meilleur ami et ses proches étaient armés pour la bataille.

Mais ça avait été insuffisant.

Clairement.

Severus, à l'étranger pendant toute cette période, l'avait écouté lèvres pincées. Puis, quand Remus avait fini ses explications, il avait reniflé et exposé clairement le problème que le lycanthrope avait tout juste commencé à entrevoir.

Les jeunes avaient été formés à la défense. À l'attaque sans dégâts. Alors que les Mangemorts, face à eux, étaient là pour tuer.

Cette pensée avait heurté Remus comme une évidence et, quand il avait déjeuné avec Harry le matin même et vu sa large cicatrice près de sa jugulaire, discuté avec Luna et aperçu sur son mollet nu une longue marque biscornue – un morceau de tôle au Ministère, lui avait-elle dit. Ils étaient partis à la bataille loin d'être prêts aux horreurs qui les attendaient.

Pas assez armés, finalement.

Alors les deux anciens professeurs s'étaient mis d'accord : ils devaient leur enseigner tous sortilèges qu'ils connaissaient. D'attaque comme de défense. Blancs comme noirs. L'heure n'était plus à s'encombrer de principes moralisateurs sur quelle magie était appropriée ou pas pour être un bon sorcier. L'heure était à la victoire et…

À la guerre comme à la guerre, hein ?

Ça semblait le mot d'ordre, en ce moment, après tout.

À plusieurs, ils s'étaient approprié un angle de l'immense bibliothèque. Les grandes étagères avaient prudemment été vidées de leurs ouvrages puis démontées pour certaines. Après une bonne heure de travail tant physique que magique, ils avaient réussi à dégager suffisamment d'espace pour qu'une dizaine de personnes puis se tenir ensemble, face à face. La zone d'entraînement – dixit Seamus – n'était pas la plus grande qu'ils aient jamais utilisée mais elle se rapprochait, selon les anciens étudiants, de la taille de la Salle sur Demande. C'était plus que suffisant.

Remus sourit à Harry et lui tapota l'épaule.

— Essaie de maintenir ton bras bien fermement devant toi. Le bouclier encaisse le choc, mais le moindre mouvement à l'arrivée et c'est renvoyé.

Le jeune sorcier fronça les sourcils et bougea légèrement le bras pour chasser la sensation d'écrasement qu'il avait ressentie un peu plus tôt quand Remus l'avait attaqué.

— C'est comme un mouvement de recul en fait…

Le professeur haussa un sourcil puis les épaules, comprenant difficilement l'analogie.

— Oui Potter, intervint Severus alors qu'il envoyait à Seamus un Jambencoton que le Gryffondor devait bloquer avec son bouclier.

Seamus recula jusqu'à percuter une étagère avec un juron puis tomba, son maléfice se brisant sous la force du sortilège, tandis que Severus rejoignait l'Élu et son professeur.

— C'est comme tirer avec une arme à feu. La force fait dévier le bras, il faut l'encaisser pour rester droit. C'est pareil avec le Protego Sorbere. S'il n'absorbe pas le sortilège lancé, ce n'est qu'un simple Protego. Un Protego Duo tout au plus, et il perd tout son intérêt.

S'il fut surpris que le professeur Rogue comprenne sa comparaison avec une arme moldue et, plus encore, l'utilise, il se garda bien de le montrer. Depuis le début de la matinée, il essayait de maîtriser cette variation du Protego dont il n'avait jamais entendu parler alors qu'il pratiquait le sort de base depuis des années déjà. Et pour cause. Ce n'était pas totalement un sortilège de défense. Le professeur se plaça face à lui.

— Si vous voulez renvoyer son sortilège à l'ennemi, il va falloir être plus efficace, continua-t-il sévèrement, baguette levée.

Harry serra les dents et se mit en place face à l'homme tandis que Remus reculait prudemment.

— Absorber. Renvoyer. Si vous êtes incapable de passer la première étape, ce n'est même pas la peine d'espérer contre-attaquer. En garde ! Endoloris !

Le jeune homme ne dut sa protection qu'à ses réflexes, son spider-sens – il avait lu ça dans un vieux comics qu'il avait un jour réussi à prendre à Dudley – et son habitude du danger. L'incantation à peine entamée, Harry avait lancé le Protego Sorbere. En entendant le sort prononcé par son ancien collègue, Remus avait failli intervenir et se jeter entre lui et le fils de son meilleur ami. Blême, il regarda Harry grimacer sous la force du choc. La bulle transparente du sortilège de bouclier tenait bon et s'était imperceptiblement teinte en rouge, signe que l'absorption du Doloris était une réussite. Il se retourna vers Severus, furieux.

— C'est un impardonnable ! Que se serait-il passé si…

— Potter, renvoyez le sortilège! l'interrompit Severus, impassible mais baguette en avant prêt à recevoir à son tour.

La main légèrement tremblante sous l'effort, Harry sembla froncer les sourcils puis pincer les lèvres. Son regard vert était fixé sur le maître des potions et il paraissait réfléchir. Severus coupa court.

— Maintenant, Potter !

La prise d'Harry se raffermit sur le bois de sa baguette et, d'un coup sec du poignet, renvoya le sortilège ainsi que le bouclier. Vers le plafond. Le Protego Sorbere éclata dans la roche dure de la Réserve et celle-ci s'effrita sous la force de l'impact alors que le bruit résonna dans toute la grande pièce. Ron et Théo, en plein affrontement sur le côté, sursautèrent tout comme les autres, manquant de justesse de se blesser l'un l'autre. Remus grimaça en sentant la poussière et des gravillons leur tomber dessus puis grimpa le long d'une bibliothèque pour aller inspecter de plus près.

Les lèvres pincées et l'air furieux, Severus détourna les yeux de la nouvelle fissure – qui semblait minime si on en jugeait par les étincelles magiques de la Réserve qui se réparait d'elle-même – vers Harry qui se massait le poignet, le regard fermement fixé ailleurs que sur lui.

Potter, siffla-t-il entre ses dents. Quand je vous ai demandé de renvoyer le sortilège, il me semblait évident qu'il s'agissait de sur moi.

— C'était un Doloris.

— Peu importe ! s'emporta Severus. Le but de ce sortilège est justement que les dégâts atteignent l'ennemi ! Pas le plafond ou le ciel !

— Je n'allais pas vous renvoyer un impardonnable !

Le ton montait rapidement, les autres élèves autour d'eux se turent. Il y avait bien longtemps que les deux hommes ne s'étaient pas parlé ainsi. Intérieurement, Ron s'inquiéta. Il pensait leur aversion commune oubliée depuis longtemps, comme tous avaient su passer outre leurs différends pour collaborer et cohabiter.

— Le but de cet exercice était exactement de me le renvoyer, sombre crétin. C'est un impardonnable qui vous fait peur ?

— Je n'ai pas… tiqua Harry.

— Parce que si c'est de blesser quelqu'un qui vous inquiète, il va falloir vous mettre dans votre pauvre cervelle que nous sommes en guerre. Nous ne nous battrons pas à coup de Jambencoton ou de Tarrentellagra contrairement à ce que nous faisons dans ce pitoyable cours auquel vous participez. Nous avons – vous avez perdu l'année dernière au Ministère parce que vous n'étiez pas prêts à vous battre. Et vous osez refuser de prendre l'exercice au sérieux ? Mettez-vous ça dans le crâne, Potter : vous vous battez pour vivre. Et pour vivre, il va falloir que vous tuiez.

— J'ai déjà tué professeur, cracha Harry, coupant l'homme dans sa tirade. J'ai tué et je tuerai et je devrai tuer encore une dernière fois pour en finir.

Le jeune sorcier se détourna sans attendre la réponse de l'autre, traversant l'espace à grandes enjambées et bousculant Blaise d'un coup d'épaule sur son passage. Le métis se retourna pour le regarder quitter l'endroit, ignorant les appels de son meilleur ami qui le suivit rapidement, tandis que Severus inspirait profondément pour ne pas se mettre davantage en colère contre son ancien élève. Remus redescendit avec hâte de son inspection et le rejoint.

— C'était peut-être un peu t—

— Quand cesseras-tu de vouloir épargner ces gamins, Lupin ? lui rétorqua Severus.

Remus fit appel à tout son calme pour ne pas partir au quart de tour également. Il comprenait parfaitement la frustration des deux côtés. Après tout, ils étaient dans le même panier.

— Harry doit oublier ses scrupules quant au fait d'attaquer les gens, c'est vrai.

Le maître des potions retint difficilement un grognement qui, s'ils avaient été dans une situation moins tendue, aurait fait rire son vis-à-vis.

— Mais, reprit le loup-garou en regardant leurs anciens élèves hésiter à se remettre au travail. C'est cette réluctance à recourir à la violence qui nous distingue des Mangemorts.

— Ou qui nous fera tous tuer, conclut sèchement Severus en retournant vers Neville et Luna plus loin.

oOo

— Harry…

Un grand coup sourd dans du bois lui répondit. Il grimaça en entendant plusieurs ouvrages anciens tomber au sol. Si Hermione voyait ça, elle deviendrait folle. Ron s'approcha prudemment de son meilleur ami qui maltraitait à coups de pied les murs de sa chambre. Harry venait tout juste de cesser de tourner en rond et d'essayer de s'arracher les cheveux, le souffle court. Le rouquin avait assisté à la scène avec Rogue, il comprenait.

— Tu sais bien qu'il a toujours été un connard, c'était pas aujourd'hui qu'il allait abandonner son côté provocateur, essaya-t-il de raisonner.

— Je sais très bien ! Merde !

Harry donna un nouveau coup puis se laissa tomber sur les couvertures qui constituaient son lit. Il posa ses bras sur ses genoux repliés puis tête contre son torse, essayant de se calmer. À pas prudents, Ron vient s'installer près de lui, observant les alentours.

— C'est marrant, ma chambre actuelle a exactement la même déco, lâcha-t-il avec légèreté.

Un reniflement amusé lui répondit et il retint à peine un sourire en poussant son meilleur ami de l'épaule. Harry grogna mais le laissa faire.

— En même temps on vit tous dans un coin de bibliothèque avec ce qu'on peut pour se sentir à l'aise…

— Si on m'avait dit un jour que le Terrier serait davantage luxueux que ma future chambre…

— Si on m'avait dit que mon placard sous l'escalier était plus confortable que ma future chambre…

— OK je baisse les bras mec, tu gagnes la palme de la pitié.

Harry soupira et il bascula la tête en arrière pour observer le plafond. Ron s'installa plus confortablement sur le pseudo matelas.

— J'espère que vous avez lancé un Recurvite sur cette couverture après avoir fait des crasses dessous, que je sois pas assis en plein sur vos fluides asséchés.

Son meilleur ami lui asséna une baffe à l'arrière du crâne, les joues rougies.

— Comme si vos couvertures à vous sont pas crades depuis hier soir ! lui rétorqua Harry. On a rien fait là-dessous nous au moins !

— Même pas un peu ?

Ron esquiva de justesse la seconde claque mais avisa la moue contrariée d'Harry.

— Ah. Navré mec. Je voulais pas remuer le couteau dans la plaie.

L'humeur d'Harry s'assombrit à nouveau en pensant à l'absence de son petit-ami depuis plusieurs jours déjà et Ron préféra ne pas insister sur le sujet.

Il n'était pas bête. Ce n'était pas le fond du problème actuellement, surtout s'il se référait à la dispute qui venait d'avoir lieu entre le professeur Rogue et lui. Drago en mission n'était qu'un élément de plus qui s'ajoutait au maelström que ressentait le brun. Dans la solitude de leur appartement new-yorkais, bien plus que pendant ces années au chaud dans le dortoir de Gryffondor, Ron avait appris à sentir quand Harry n'était plus tout à fait lui-même, quand les émotions le submergeaient tellement qu'il risquait de s'y noyer. Et son rôle à lui, en tant que meilleur ami, c'était justement de faire en sorte qu'il garde la tête hors de l'eau. Il finit par s'appuyer à son tour contre les étagères, bougeant légèrement pour éviter que le coin pointu d'un livre lui rendre totalement dans la colonne vertébrale.

— L'écoute pas, Harry, commença-t-il. Évidemment que tu sais qu'il faudra se battre…

— C'était Zacharias Smith.

Le rouquin pinça les lèvres. Harry ne lui en avait pas parlé, mais Blaise l'avait lâché au détour d'une discussion après les événements de Loutry-Sainte-Chaspoule. Sans le regarder, le brun reprit.

— Un Avada Kedavra. Sans remords.

Sur le moment. Ron n'avait pas besoin qu'Harry prononce ces mots pour les entendre. Il se contenta de hocher la tête. Un silence relatif se fit autour d'eux, pendant plusieurs secondes, avant qu'Harry ne se décide à se relever, comme résigné.

— On devrait y retourner. On doit maîtriser ce sort avant de pouvoir passer à d'autres.

Sans attendre son meilleur ami, le brun quitta l'allée en direction de leur groupe. Ron retint difficilement un soupir avant de se lever à son tour. Si Harry n'était pas prêt à parler, il aurait du mal à l'y pousser. Intérieurement, il espéra que Drago revienne rapidement.

oOo

La prière de Ron dut atteindre un quelconque destinataire, car, peu avant le coucher du soleil – s'ils en croyaient l'horloge de la Réserve. Après tout, il n'y avait aucune fenêtre ici – le trio de Cambridge refit surface.

Quand Percy débarqua d'un pas vif dans leur cantine pour leur annoncer le retour des derniers membres absents, Harry fut l'un des premiers à aller à leur rencontre, rapidement suivi par le reste de la fratrie Weasley. Manquant de justesse de bousculer Katie qui était dans le passage, le brun essaya de ne pas se précipiter vers le sas de transplanage. Il n'était pas si misérable que ça. Il l'espérait – vainement.

Alors quand face à lui Drago écarquilla les yeux puis détourna le visage et de lui passa à côté comme s'il l'ignorait, Harry s'arrêta net, stupéfait. Avant que le blond ne disparaisse dans les allées, il avait cru distinguer dans la pénombre des traces d'hématome sur la joue et la tempe de son partenaire, mais ce fut la froideur de leurs retrouvailles qui le choqua surtout. Le cœur serré et empli d'incompréhension, il regarda vaguement la Réserve et les enfants Weasley accueillir leur père comme il se devait. Quand une main se posa sur son épaule, Harry sursauta, oubliant momentanément sa déception et sa vexation quant à l'attitude de Drago.

Il se retourna et vit Madeleine lui sourire de toutes ses dents avant de lui faire un signe de tête.

— Il est blessé dans sa fierté, laisse-lui quelques minutes qu'Oriane la lui répare.

Harry haussa un sourcil, renfrogné. Sentant que le jeune homme était légèrement blessé par l'accueil froid de Drago, elle s'empressa de lui adresser d'un ton de confidence, prenant bien soin que sa voix ne porte pas.

—Arthur a peut-être hérité de bleus et de bosses à notre arrivée à l'Université, mais Drago y a laissé une dent.

— Une… hein ?

— Madeleine, l'interrompit Arthur après avoir serré ses fils contre lui. Il n'avait pas envie qu'Harry l'apprenne.

— Mr Weasley ! s'exclama le jeune sorcier en remarquant son visage encore un peu tuméfié. Est-ce que tout va bien ?

L'homme lui accorda un sourire puis passa une main prudente sur sa tempe.

— Ah, rien de grave. Un accueil un peu trop chaleureux, commença-t-il alors que Madeleine reniflait de dépit. Mais comme ils manquaient de ressources, on n'a pas forcément eu les soins appropriés là-bas…

—Nous devrions rejoindre les autres afin de pouvoir leur livrer notre rapport, le coupa la vieille Auror qui n'avait pas envie de se répéter après ces plusieurs jours de planque et de recherches. Allez voir Oriane vous aussi pour qu'elle vous arrange.

— Viens papa, je sais où elle est, dit Percy tout en indiquant à son père de le suivre.

Tandis que les autres rejoignaient le groupe, Harry resta en arrière, Ron traînant lui aussi la jambe.

— Drago Malefoy, édenté ? murmura le rouquin.

— Je savais pas que m'enlacer rajoutait des douleurs dentaires, répliqua sèchement Harry, maintenant vexé d'un tel accueil.

Ron retint difficilement son sourire narquois, laissant apparaître ses dents parfaites.

— Drago Malefoy, édenté.

— Oh ferme-la Ron, fous-toi de sa gueule devant lui. Ça m'apprendra à ce qu'il me manque, grommela le brun.

— Mec, Drago Malefoy, édenté.

Harry le poussa dans une allée alors que Ron éclatait de rire puis rejoint le reste de l'Ordre afin d'apprendre ce qu'ils avaient découvert à Cambridge. Puis éventuellement, faire sauter une nouvelle dent par un grand coup de poing avant d'embrasser son crétin de Serpentard.

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Allongé sur ses couvertures et profitant d'un instant de calme plutôt que d'assister aux longues explications dans lesquelles Mr Weasley et Madeleine devaient actuellement se lancer, Drago massa doucement sa mâchoire guérie, passant plusieurs fois avec délice le bout de la langue sur la canine qu'Oriane lui avait fait réapparaître. D'accord, il n'avait pas été des plus malins en ignorant sciemment Harry pour chercher la Médicomage mais, son esprit ayant été beaucoup trop soumis au stress du trou béant qu'il sentait dans sa bouche, il n'avait pu faire autrement. Certes l'accident n'avait eu lieu que l'avant-veille, mais c'était déjà bien trop long. Et il n'était pas question qu'Harry sente son état de disgrâce aux premières loges en l'embrassant.

À y repenser, peut-être aurait-il dû au moins lui accorder un regard plutôt que de se draper dans sa fierté blessée. Maintenant Harry restait loin et avec le groupe au lieu de le rejoindre dans leur chambre.

Drago lâcha un soupir et se frotta le visage, écoutant distraitement les bruits de la Réserve qui lui semblait alors bien plus petite que la dernière fois qu'il l'avait vue. Pour cause : elle était dorénavant bondée. Intérieurement, il félicita son petit-ami d'avoir empêché quiconque de s'installer près d'eux. Mais une fois de plus, ledit petit-ami n'était pas là pour en profiter. Il grogna et roula sur le ventre, faisant à nouveau le point sur ces derniers jours.

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6 avril 1999

Queens' College

Cambridge

Quand Elphias Doge les fit entrer à proprement parler dans l'Université, Drago ne sut pas vraiment à quoi s'attendre. Il était vaguement informé sur le fait que les lieux étaient de grande importance pour les Moldus mais Cambridge n'avait aucune importance aux yeux des sorciers. Poudlard était le seul collège du pays et la communauté magique n'était pas assez nombreuse pour qu'un institut conséquent dédié aux études supérieures ne représente un quelconque intérêt. S'ils désiraient se spécialiser dans un domaine, quel qu'il soit, les sorciers passaient par un système d'apprentissage auprès de Maîtres et d'Érudits. Cela fonctionnait depuis longtemps et il n'y avait aucun intérêt à changer les choses.

Dans les premiers longs couloirs qu'ils traversèrent, il fut d'abord frappé par la présence, certes faible mais notable, de Moldus. Rapidement, il se rendit compte que ceux-ci les ignoraient sur leur passage et continuaient leur route sans s'occuper un seul instant des individus qui avançaient presque en courant près d'eux. Alors que Madeleine se contentait de hocher la tête de manière appréciative devant le phénomène, Archie leur expliqua simplement qu'ils se trouvaient sur le plan magique, que les lieux étaient partagés entre les deux communautés sans jamais qu'ils ne puissent se voir ni se déranger. Avant qu'Arthur, ignorant la commotion qui commençait à poindre le bout de son nez, ne puisse questionner davantage sur ce processus magique, il fut coupé par Doge qui avait ouvert une porte à la volée, les enjoignant à le rejoindre hâtivement.

Drago essaya de négliger la douleur qu'il ressentait maintenant comme s'il s'agissait des battements de son cœur et suivit docilement, restant sur ses gardes quant à l'escorte qui se déployait autour d'eux. On leur avait rendu leurs baguettes mais, même si Mr Weasley paraissait détendu et discutait à voix basse avec son ancien ami, il ne se sentait vraiment pas à son aise. Son coup de bluff s'appuyant sur son statut de fils du ministre avait marché, mais il n'excluait pas la possibilité d'une utilisation de sa personne comme monnaie d'échange. Madeleine, près de lui et baguette en main, semblait bien du même avis que lui.

Après plusieurs minutes à descendre un escalier puis parcourir de longs couloirs de pierre qui n'étaient pas sans lui rappeler ceux de l'Hôtel-Merlin, Archie leur ouvrit une porte. À l'intérieur, Drago eut le premier élan de détente, qu'il n'avait pas ressentie depuis plusieurs jours déjà.

— Madame Rosmerta ?

— Oh Merlin, Drago Malefoy ! s'exclama fortement la tenancière tout en s'approchant rapidement et en examinant son visage. Viens là, on va essayer de soigner ça.

Trop abasourdi par la rencontre, il se laissa asseoir sur une chaise près d'une longue table. Alors que la sorcière essayait, difficilement, de soigner sa blessure du mieux qu'elle le pouvait, il remarqua un vieux sorcier aux cheveux gris et filandreux s'approcher de Mr Weasley et de Doge. Lui rappelant vaguement quelqu'un, il observa Arthur se faire asseoir lui aussi et un autre homme s'avança pour vérifier les dégâts qui lui avaient été causés. Madeleine, la seule de leur groupe qui s'en était sortie, ne perdit pas de temps et se plaça devant Elphias Doge.

Alors que Madame Rosmerta s'excusait de sa faible efficacité dans les soins – et surtout de ne rien pouvoir faire pour sa dent, ce qui ne manqua pas de le faire grimacer – Drago concentra son attention sur ce qui semblait être une réunion au sommet entre les deux individus.

Égale à elle-même, Madeleine prit les devants.

— Madeleine Joubert, ancienne Auror française, membre de La Licorne et alliée de l'Ordre du Phénix.

Drago renifla. Et il lui avait reproché son manque de subtilité à lui ? Il grimaça alors que Madame Rosmerta finissait par lui étaler une épaisse couche de cataplasme sur la joue. Mr Weasley, qui semblait avoir repris légèrement ses esprits sous les bons soins de quiconque s'occupait de lui, intervint.

— Elle est avec nous, Elphias. L'Ordre se reforme et on a du soutien international.

Le vieillard sembla jauger la Française du regard et parut satisfait de ce qu'il trouva dans son observation. Il lui tendit la main et elle l'accepta pour la serrer brièvement.

— Elphias Doge. Membre du Premier Ordre du Phénix et Chef de la Milice de Cambridge. Bienvenue aux renforts.

Imperceptiblement, la femme détendit les épaules puis rangea sa baguette. Après tout, leur mission était une réussite.

oOo

Les heures qui suivirent, la tête de Drago crut exploser sous la quantité d'information qu'ils reçurent.

Une fois les présentations faites – Abelforth Dumbledore, sérieusement ? Le gars qui traînait trop avec les chèvres ? – le point fut rapidement fait sur les différentes situations. Malgré la légère réticence de Madeleine quant à divulguer facilement des renseignements qui pouvaient se révéler sensibles sur leur Résistance, la caution portée par Arthur qui connaissait déjà trois des individus autour d'eux, ils informèrent la Milice des actions qui étaient actuellement montées contre le Gouvernement.

À leur tour, ils apprirent ce qui se passait en ces lieux, et surtout, pourquoi la ville avait été coupée du reste du Royaume-Uni.

Originaire de la cité et y travaillant pour ses recherches personnelles quand il n'était pas appelé à siéger au Magenmagot, Elphias Doge avait été l'un des premiers à agir alors que les événements du 2 mai s'étaient produits. Avec l'aide de ses apprentis, puis de sa notoriété au sein de la ville et de la communauté magique des lieux, ils avaient bouclé le périmètre, empêchant toute entrée comme sortie.

Puis avait commencé la Purge.

Individu par individu, ils avaient vérifié, cherché, testé les affiliations et loyautés. Les Mangemorts qui ne s'étaient pas rendus au Ministère cette nuit-là et avaient été bloqués en ville avaient été traqués puis tués par la Milice qui s'était montée dans les premières heures. Chaque bras avait été vérifié, chaque habitant innocenté rejoignant les rangs de la Milice. Chaque opinion avait été questionnée, du Veritaserum avait été utilisé à outrance grâce aux ressources dont disposait le groupe de recherches de Doge en amont. Qui ne faisait pas partie du bon camp n'avait pas été bien reçu.

Les lèvres pincées, Madeleine avait clairement manifesté son désaccord quant à de tels procédés mais s'était bien gardée de préciser à leurs nouveaux alliés qu'ils s'étaient abaissés aux méthodes des Mangemorts qu'ils combattaient. Arthur s'était contenté de hocher tristement la tête, comprenant malgré lui pourquoi Elphias et les siens avaient fait ça, et Drago avait été heureux de ne pas vivre à Cambridge à ce moment-là. Sans quoi, lui aussi aurait été tué, à n'en pas douter. Fondamentalement, très peu d'individus avaient été concernés, mais le mal était fait.

Doge n'avait pas cherché à s'excuser de ces actes. Aujourd'hui, Cambridge était la seule ville du pays à être entièrement libre. En quarantaine, mais libre.

Puis, quand il avait ajouté qu'il ne fallait absolument pas que les Mangemorts mettent la main sur les travaux de son groupe d'études et que cela justifiait toutes les actions radicales possibles, le reste de la conversation prit une tournure plus compliquée et délicate encore.

—Puisque vous avez rejoint cette demoiselle avec laquelle Albus a effectué le Transfert Magique, vous devez être parfaitement conscient que ce vieux fou avait plusieurs coups d'avance.

— Mon frère, intervint Abelforth, se vantait toujours d'être un pas devant les autres. Pour une fois, il avait parfaitement raison.

— Le Transfert Magique, son pion à l'étranger pour encourager les autres nations à préparer leur défense, Abbey Road, interdire à certains d'entre nous de participer à la bataille, énuméra Doge. Plusieurs mois avant que notre monde ne bascule, il était venu me voir à propos d'une théorie concernant le Sortilège de Mort.

En remarquant qu'aucun de ses invités ne se tendait en entendant parler de spéculations farfelues concernant Dumbledore et l'Avada Kedavra, Elphias Doge plissa les yeux.

— Vous ne semblez pas surpris.

— Transfert Magique, tout ça, répondit Drago de sa voix traînante tout en prenant grand soin à ne pas trop ouvrir la bouche.

Doge hocha la tête, faisant le lien, puis rajusta son fez sur son crâne.

— Dumbledore n'était pas certain – à juste titre – que la guerre soit gagnée l'année dernière. Il m'a donc confié la lourde tâche ainsi qu'à mes assistants un… projet.

Mr Weasley fronça les sourcils.

— Cela fait pourtant bien longtemps que tu n'es plus Ensorceleur, Elphias.

L'homme se contenta de taper sa cuisse du bout du doigt.

— Justement, qui de plus compétent qu'un ancien Ensorceleur de renom et ses apprentis pour créer un artefact contrant l'Avada Kedavra ?

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8 avril 1999

Abbey Road

Londres

— Je savais que tu te cachais là.

Drago sortit vivement de ses souvenirs pour tourner la tête vers Harry qui venait de s'engager dans l'allée. Roulant à nouveau sur le dos, il s'étira comme un chat trop heureux d'avoir paressé sur ses couvertures. Harry s'arrêta au pied du lit de fortune, bras croisés. Le blond tendit la main et tapota sa cheville.

— Tu viens ?

Son vis-à-vis renifla, mécontent.

— Je ne sais pas, tu n'avais pas l'air si ravi de me revoir.

La pique était méritée mais ne découragea pas Drago qui attrapa le jean à portée et essaya de l'attirer sur les couvertures. Un léger coup de pied lui répondit et il se renfrogna.

— Je n'étais pas vraiment en état pour des retrouvailles.

Un nouveau coup de pied dans son bras le fit grimacer.

— D'accord j'aurais pu au moins te faire un signe de tête mais…

Cette fois-ci, ce fut dans l'épaule et il grogna.

— OK, j'aurais pu au moins te prendre dans mes bras mais… Arrête de me frapper Potter, putain ! lâcha-t-il en roulant pour éviter le quatrième.

Harry soupira et cessa de vouloir maltraiter davantage son compagnon et se laissa tomber pour s'asseoir près de lui. Drago se rapprocha prudemment maintenant qu'il ne se pensait plus en danger de torture immédiate et posa sa main sur la nuque d'Harry. Ce dernier soupira alors qu'il sentait les doigts délicats caresser avec attention.

— Arthur et Madeleine nous ont tout raconté.

— Hm hm, se contenta de lui répondre Drago qui sentait le terrain moins miné.

— Tu sais que j'en aurais rien eu à foutre de ta dent en moins, hein ?

Le délicat nez de Drago se fronça et il pinça légèrement la nuque avant de se pencher pour embrasser Harry sur le jour.

— Moi ça me dérangeait. J'avais l'impression qu'il manquait tout un morceau de ma dentition parfaite et c'était invivable.

Il coupa le rire qu'Harry commençait à lâcher en se penchant pour mieux l'embrasser. Sentant ses épaules se détendre – enfin – Harry se laissa aller contre lui, se retournant pour attraper le col de son petit-ami et l'attirer tout contre lui. Le soupir satisfait de Drago lui mit du baume au cœur et, bien que les précédentes retrouvailles avec ses amis et proches les jours passés lui avaient rendu espoir, rien n'atteignait le sentiment de calme qu'il ressentait finalement.

D'une simple pression au départ, d'un échange transmettant l'affection, l'amour peut-être qu'ils éprouvaient l'un envers l'autre, le baiser se mua lentement en étreinte plus intime. Les lèvres s'entrouvrirent. Les langues se mélangèrent. Les dents mordillèrent. Une main se balada. Glissa le long d'une nuque offerte, suivit la courbe du dos qui s'étira sous sa caresse. Un léger gémissement fit vibrer la gorge nouée d'émotion et alluma un feu au creux des reins de l'autre.

Le souffle court, Harry attrapa à pleine main ses lunettes qui devenaient bien trop gênantes et les laissa tomber, se moquant parfaitement l'endroit où elles atterrirent. Drago, dont la bouche n'arrivait à se délecter assez de sa semblable, passa son bras autour de la taille du jeune homme et l'entraîna avec lui dans sa chute sur les couvertures. Il sentit Harry libérer ses lèvres pour s'abaisser sur son corps offert, gémir alors que le blond descendait les siennes le long de sa mâchoire, effleurait le contour de son épaule puis mordit son lobe avant de le suçoter en guise d'excuse. Le brun, tremblant sur ses bras appuyés de part et d'autre de la tête de son petit-ami, ferma les yeux avec délice, sensible aux attentions. Écartant les jambes pour mieux encadrer Drago entre ses cuisses, il enfouit son nez dans la chevelure, humant faiblement l'odeur de son blond qui lui avait tant manqué.

Les mains de Drago se faufilèrent sous son sweat-shirt, caressèrent les reins et glissèrent lentement sur la taille d'Harry, remontèrent le long de ses pectoraux dans une cajolerie appuyée pour apprécier le corps du brun, vinrent effleurer son abdomen puis son bas-ventre qui se crispait sous le désir et l'envie, jusqu'à la lisière du jean où apparaissait déjà l'état d'excitation du jeune homme. La respiration d'Harry était erratique et le Serpentard se délecta, frissonnant, de sentir son souffle titiller sa tempe et son cou.

— Attends… Les autres… essaya de raisonner Harry, la tête qui tourne de désir.

— J'en ai rien à foutre, Potter, susurra Drago dans son oreille en bataillant avec la fermeture du jean. Les autres peuvent bien se branler en nous écoutant, aujourd'hui j'ai l'intention de profiter de toi.

Le gémissement d'anticipation que lâcha l'ancien Gryffondor parcourut tout son être et Drago se redressa vivement contre lui en l'entendant, la tension accumulée de sa mission de plusieurs jours se transformant enfin en quelque chose de plus agréable, de plus prenant au corps. L'aristocrate fit basculer Harry qui ne s'attendait pas à un tel mouvement et les rôles furent inversés.

Ses doigts enfouis dans les cheveux fins, Harry sentit plus qu'il n'entendit la fermeture éclair s'abaisser. Sentit la pression autour de son entrejambe se relâcher légèrement puis devenir plus forte par les mains qui s'étaient mises à la caresser. Sentit la bouche de Drago quitter son oreille pour se perdre le long de sa jugulaire, embrasser puis mordiller la cicatrice pour disparaître soudainement et réapparaître une seconde plus tard sur son ventre et plus bas encore. Sentit son compagnon le libérer de son caleçon. Sentit une douce humidité le parcourir. Sentit une chaude cavité l'englober.

Les yeux clos et la respiration erratique, tremblant et la bouche sèche, Harry n'entendait plus rien d'autre qu'eux. Perdu dans ses gémissements et dans les sucions et les bruits appréciatifs de Drago. Perdu dans son monde de plaisirs. Il n'était plus dans la Réserve d'Abbey Road. Il n'était plus un sorcier dont la tête valait plusieurs centaines de milliers de gallions. Il n'était plus en fuite et en exil au sein de son propre pays. À l'instant présent, il n'était rien d'autre qu'Harry. Harry soumis entre les mains et les doigts et la bouche de Drago.

La chaleur se diffusa en lui, monta, le brûla presque. Il oublia qu'ils n'étaient pas seuls. Il oublia qu'ils devaient rester discrets. Il oublia tout. Dans son esprit et dans son corps, en accord avec ses sens, ne resta que Drago, Drago, Drago…

Son gémissement soudain résonna dans leur allée. Ses halètements lui parvinrent enfin après quelques instants à savourer son état d'extase et il déglutit, revenant peu à peu de son orgasme. Il sentit des mains lui caresser tendrement le ventre et distingua le visage satisfait de Drago au-dessus du sien, se léchant distraitement les lèvres pour effacer toute trace de son méfait, l'air accompli de quelqu'un qui a fait du bon travail.

Après plusieurs secondes pour se reprendre, Harry le jaugea légèrement du regard, le cœur empli d'amour. Sa bouche s'étira, taquine.

— T'as raison, je sais pas si une dent en moins aurait pas été trop bizarre.

Le cri outragé de Drago fut rapidement étouffé par un baiser puis ses propres gémissements.