Yo,

R.A.R (Une review fera toujours plaisir) :

Trolocat: Merci beaucoup pour ta review ! Je suis contente que le chapitre du Palais de Justice que je jugeais important et imposant t'ait plu ! Poursuivons donc avec ce chapitre cette suite qui s'installe. Bonne lecture à toi !

Voici le chapitre 22. Bonne lecture à tous !


— Shiro… Shiro ! Attends, explique-moi !

— Il va passer par là avant de quitter le Japon… Je l'ai entendu… La forêt… À l'heure d'un soleil en feu…

Shiro répétait cela avec véhémence. Quelle forêt ? En pleine capitale ?

— Je dois prévenir le capitaine et…

— Ichigo.

Shiro semblait extrêmement sérieux. Il devait sans doute mettre toutes ses dernières forces dans ce message, si bien que la poigne de sa main sur son épaule pour le retenir à lui était de plus en plus molle:

— La police ne fera que l'arrêter. Il y aura un autre jugement. Il s'enfuira encore. Il s'en sortira toujours. Tu sais ce qu'il faut faire, vraiment. Tu l'as toujours su au fond de toi.

La solution pouvait paraître évidente. Et pourtant, elle n'avait rien de simple. Ichigo savait de quoi il s'agissait et pourtant, il n'arrivait pas à le formuler.

— Je peux pas… Je peux pas faire ça, Shiro.

— Tu dois le faire. Tu es le seul qui puisse le faire.

Ichigo voulait fuir son frère du regard mais ce dernier n'y tenait pas, tirant ses cheveux au niveau de la nuque. Ils étaient si proches que le murmure de Shiro suffisait à être clairement entendu :

— Ichigo. Ecoute-moi. Trouve-le. Et finis-en avec lui. J'ai un flingue… dans notre ancien appartement. Prends-le et va le retrouver… Prends la voiture de Kensei… C'est ça… Mon flingue… et sa caisse…

Shiro laissa tomber sa main, pris d'un vertige, et sa tête chuta sur l'oreiller.

— Attends, où ça, le retrouver ? Quelle forêt ?

— Ichi'… La forêt… où je t'ai retrouvé la première fois…

Puis, Shiro sembla s'échapper, laissant les médicaments faire effet et son inconscient prendre le pas, le plongeant dans un sommeil sans rêve. Ichigo se sentit soudain seul, laissé avec un tas de problème dans les bras. Mais… Toujours avec la même envie… ses jambes de courir, et ses mains de saisir, et son cerveau d'agir.

Agir.

Agir une bonne fois pour toute.

« Tu dois le faire. Tu es le seul qui puisse le faire. »

— Attends, Ichi'… se dit-il pour lui-même Et la police dans tout ça ?

Byakuya lui avait assez répété : il n'était pas compétent, il n'avait pas à faire cela, la justice était menée par la police, il ne devait pas se mettre en danger, il devait communiquer chaque information.

Et mine de rien, le temps passait. Si Shiro avait raison, il s'agissait de la forêt Aokigahara. Et elle était accessible à plus d'une heure de route en voiture. À l'heure où le soleil est en feu ? Le soleil couchant ? Ichigo déglutit.

Le soleil couchant perçant d'un orange foudroyant les sapins de la forêt. La même couleur que sa chevelure d'enfant. Ce soleil qu'il avait tant regardé, debout dans ses bottes en caoutchouc pleine de terre et sa parka jaune déchirée à l'épaule. Immobile dans cette forêt. Et ce brasier odorant au crépitement vibrant entre lui et ce soleil de feu qui jaillissait entre les troncs d'arbres.

Äs Nödt semblait lui donner rendez-vous. Il voulait se rendre là-bas avant de quitter le Japon. Une sorte de nostalgie à laquelle il l'invitait. Ichigo serra les poings. Il était 16h. Il lui restait donc peu de temps.

Il se mit à courir dans l'hôpital, clé de voiture en main. Il savait où avait été placé Byakuya Kuchiki. Il se souvenait du numéro, une infirmière lui avait indiquée plus tôt dans la journée. Mais en arrivant devant la porte, il ne trouva rien. Une chambre vide. Un lit défait et une fenêtre fermée.

— Merde !

Ichigo pesta dans le couloir, à la recherche de solution. Il avait aussi pu entendre des flics passer dans son couloir aujourd'hui, expliquant que le DPM était strictement sécurisé en ce moment et contrôlé de toutes parts, soupçonnant des invasions malveillantes. Il ne pourrait donc pas aller au Keishicho et entrer facilement ni prendre tranquillement rendez-vous avez Byakuya pour lui expliquer la situation. Le temps pressait ! Il redescendit dans sa chambre et prit ses affaires : une veste aux poches remplies. Il trouva dans l'une d'elles son portable. En quittant l'hôpital, il pria pour ne pas tomber sur Kensei et préféra rabattre la capuche de son sweat sur ses cheveux roux.

Le numéro de Kuchiki sonna encore et encore jusqu'à ce qu'il trouve la voiture de Kensei sur le parking.

Le numéro que vous cherchez à joindre n'est pas disponible pour le moment…

— Fais chier…

C'était bien la peine de l'informer quand il se passait quelque chose ! Il laissa un message clair. Le danger imminent. Ce qui allait se passer. Où le trouver. Et la nécessité de ne prendre que des hommes de confiance avec lui pour se retrouver directement sur les lieux.

Une fois l'engin prit en main, il sortit la voiture du parking et prit la première route qu'il trouva. Leur ancien immeuble n'était pas loin. Il y parvint en une dizaine de minutes, mais cela passa comme quelques secondes tant tout semblait se brouiller dans sa tête, comme un écran blanc qui lui faisait perdre tous ses repères.

Il se gara maladroitement et sauta hors de la voiture. Il monta les escaliers en métal rouillé jusqu'à la petite terrasse en rambarde qui enfilait une quinzaine de portes fermées donnant sur les mêmes appartements petits et miteux. Ce fut avec une certaine émotion qu'Ichigo se retrouva devant la porte de l'appartement qu'il occupait avec son frère avant de devoir le quitter, le soir où tout avait basculé, le soir où Ginjô Kûgo leur avait ordonné de se rendre dans cette maison délabrée des bas-fonds de Tokyo… et qu'il s'était fait lui-même piégé à son propre jeu par Äs Nödt. Shiro avait dû continuer de vivre ici, quoique, connaissant son jumeau et son besoin expansif de sentir une compagnie auprès de lui, il avait dû souvent rejoindre la petite chambre exiguë de Kensei au bar-club. Sans surprise, il retira d'un trou dans le mur derrière le volet un double de clé qu'ils planquaient toujours à ce même endroit et ouvrit silencieusement l'appartement.

Il était pratiquement comme dans son dernier souvenir. Légèrement plus sale, avec une odeur de renfermé. Il fouilla sans cérémonie, sentant le temps filer trop vite. Il n'avait jamais été mis au courant que Shiro avait une arme à feu mais il n'en était pas véritablement surpris. Shiro avait toujours eu plus de conflits que lui. Lui-même s'était battu, certes, mais jamais gratuitement. Shiro semblait, et c'était là une de leur différence majeure, avoir le don pour toujours se fourrer dans les pièges les plus grotesques et en sortir péniblement. Il ne le croyait pas capable de tirer sur quelqu'un, sans doute n'avait-il pas acheté lui-même l'arme, mais cela pouvait rester un moyen de dissuasion comme un autre. Quand il le trouva, au fond de l'armoire, du côté de ses habits, dans une petite boîte noire, il ne fut pas étonné de le voir vide. Plus ou moins adroitement, il le chargea et mit la sécurité avant de le cacher dans une poche de sa veste. Il prit des munitions dans l'autre, sans réfléchir, et sortit de la pièce sans regarder derrière lui.

16h30.

Une fois dans la voiture, il n'y avait plus qu'un objectif. Rejoindre la forêt. Et « en finir ». Dieu qu'il avait encore du mal à savoir ce que cela voulait dire.

Mais soudain, alors que les pneus crissaient sous les gravillons de la cour d'immeubles et que le moteur vrombissait en entrant sur une nouvelle route, l'image d'un homme aux cheveux bleus barra ses pensées.

« Ensemble. »

Il serra les dents. Oui, Grimmjow avait toujours été là pour lui. Mais il ne savait lui-même pas ce qui l'attendait, comment pouvait-il faire encourir ce risque à l'homme qu'il aimait ? Il voulait le voir vivre. Il voulait s'assurer de sa sécurité. Si cela tournait au cauchemar, il s'en voudrait bien plus loin qu'après la mort. Il ne saurait se pardonner de l'avoir mis en danger. Et puis… Shiro lui avait dit de prendre une arme. Une vraie arme à feu. Cela serait suffisant pour le protéger, n'est-ce pas ? Grimmjow, lui, serait à la merci de tout danger.

« Ensemble. »

Ichigo ferma un instant les yeux, agita la tête de droite à gauche et finit par taper rageusement sur le volant. Bientôt, il n'arriverait plus à se concentrer sur sa route. Il n'arrêterait pas la voiture. Il n'irait pas le retrouver à la maison de haute sécurité. Mais il devait lui dire ce qu'il se passait. Peut-être voudrait-il venir aussi, mais il passerait par Byakuya pour cela. Ichigo ne prendrait pas le risque de l'inviter à le joindre.

Le numéro que vous cherchez à joindre n'est pas disponible pour le moment…

Il n'avait pas de chance. Ou alors était-ce la plus grande de ses chances car il n'aurait pas à endurer le son de la voix de l'homme qu'il aimait, ni subir sa colère. Mais il devait lui dire, n'est-ce pas ? Il prit l'autoroute au même moment.

Veuillez laisser un message après le « bip »…

Il prit une grande inspiration, laissant ses yeux le piquer légèrement.

« Biiip »

OoOoOoOoOoOoOo

Une cave humide à l'odeur repoussante. Une obscurité à laquelle les yeux avaient fini par s'habituer. Des silhouettes se détachaient du mur noir de moisissures. Tous assis. Tous attachés. Jambes engourdies. Ventre tenaillé par la faim et la peur. Personne ne bougeait. Les têtes étaient plongées en avant, immobiles, dans une violente torsion du cou. Comme des cadavres, soigneusement rangés les uns à côtés des autres dans une cave. Un bruit dérangeait le silence apparent. Un sifflement rauque et rêche. Dans un rythme rapide et affolé.

Grimmjow comprit soudain que c'était sa respiration qu'il entendait et qui dérangeait la mise en scène. Lui, seul vivant. Dans la cave. Parmi toutes les autres victimes.

Il tourna la tête à gauche à droite et sonda l'obscurité en plissant les yeux, cherchant à distinguer, dans les figures installées plus ou moins proches de lui, une quelconque ressemblance avec son fin et petit ami aux cheveux noirs en bataille. Mais il n'était pas là.

— Non… Non, non…

Grimmjow respirait encore plus fort.

— Ne me laisse pas seul… Me laisse pas…

Soudain, des pas sur le plancher. Au-dessus de sa tête. Un plancher en lattes de bois, si vieilles qu'elles craquaient sous le poids du marcheur. D'étroites rainures entre les planches laissaient tomber de fins traits de lumière orangés dans l'environnement sombre et verdâtre de moisissures qu'était la cave.

Grimmjow se tut. C'était sa voix qui alertait l'homme au-dessus ? Et il se doutait, au fond de lui, qu'il ne valait mieux pas signifier sa présence. Il ne fallait pas se faire remarquer. Et pourtant, au même moment, il avait envie de crier, d'appeler son ami à l'aide.

Personne autour de lui n'avait l'air alarmé. Tout le monde avait accepté son destin. Celui de mourir dans cette cave. Mais le bleuté, lui, ne le voulait pas. Non, il voulait vivre. Vivre pour… pour quoi, déjà ?

— Tu as besoin de moi, Grimmjow ?

L'intéressé leva la tête. Debout, face à lui, adossé à une poutre, se tenait Ulquiorra. Son regard était dur. Son visage, plus pâle que d'habitude. Il portait son polo blanc. Sous le cœur, se tenait une immense et informe tâche de sang.

— Tu as besoin de moi ?

Grimmjow le regardait. Son ami. Il était là, face à lui. Si vrai. Si réel. Il le regardait de haut, il avait l'air si sérieux et grave. Mais, au moins, il était là.

— Ulqui'… Ulquiorra… Aide-moi… Il faut qu'on parte d'ici…

— Il faut que tu partes d'ici, Grimmjow.

Le bleuté resta bouche-bée.

— Non… Je veux partir avec toi… Ulquiorra…

— Non, Grimm'. Dans cette histoire-là, tu es le seul à t'en tirer.

Le bleuté tourna la tête de gauche à droite en sentant sa gorge se serrer. Son cœur s'affolait déjà et ses yeux se mouillaient sans qu'il ne puisse rien y faire.

— Non… Non… Reste avec moi…

— Grimmjow.

La voix était dure. Forte. Grimmjow eut soudain peur qu'elle ait alerté le marcheur, à l'étage. Et, en effet, on l'entendait marcher, comme impatient de venir dans la cave, d'ouvrir la porte au-dessus de l'escalier et de faire entrer soudainement toute la lumière orange et jaune dans la cave, les aveuglant tous.

En une seconde Ulquiorra fut juste en face de lui, debout, alors que lui était assis, entre ses jambes croisées, et prit d'une main ses cheveux bleus, tirant dessus avec force pour obliger sa tête à se relever afin de croiser son regard.

— Tu n'as pas besoin de moi pour te sortir d'ici.

Sur ce, Grimmjow voulut lui dire qu'il était attaché, comme les autres. Que c'était Ulquiorra qui avait trouvé la pointe tranchante pour couper la corde. Qu'il fallait qu'il lui redonne l'outil ou le détache immédiatement. Mais rien ne sortit de sa gorge. Ulquiorra reprit pourtant, comme s'il avait entendu toutes ses pensées :

— Il n'y a que toi qui te retiens à cet endroit sinistre.

Le brun le lâcha et s'écarta légèrement, laissant le soin au bleuté de découvrir, en baissant ses yeux, que ses bras n'étaient plus dans son dos mais sur le devant, entre ses jambes, immobiles, et que la corde n'entourait plus ses poignets. Il la tenait par contre fermement entre ses doigts comme s'il ne voulait pas la laisser par terre.

Soudain, les pas à l'étage se firent plus forts.

— Sors de là, Grimm'. Il n'y a rien de bon pour toi dans cette cave.

Mais quand le bleuté voulut répondre, redressant la tête, Ulquiorra n'était plus là. Il s'était comme évaporé dans les ténèbres, faisant retrouver à la pièce son silence macabre. Un silence trompé par le pas lourd et énervé de la personne qui s'empressait à l'étage. Grimmjow se releva, très lentement, l'œil fixé sur les rainures du plancher. Les pas bloquaient parfois, l'espace de quelques microsecondes, le passage de la lumière orangée. Il arrivait plus ou moins à distinguer où le marcheur se situait. Et il approchait de plus en plus de la porte de la cave. Grimmjow était debout maintenant, tenant toujours la corde d'une main, s'appuyant sur le mur moisi de l'autre pour trouver son équilibre. Il se sentait épuisé. Il avait l'impression de n'avoir plus aucune force, que jamais plus ses jambes ne le porteront.

Tout à coup, un rire de fillette s'échappa de la cave, sur le côté droit. Ce côté où, pourtant, le bleuté n'avait remarqué personne. Un endroit rempli de ténèbres où aucune lumière ne passait entre les rainures du plancher.

— Hihi, maman, maman ? Elle va revenir la sorcière ?!

Grimmjow reconnut la phrase. La petite fille du groupe. Mais elle était différente. Elle passa en sautillant devant ses yeux sans le voir pour rejoindre sa mère immobile dans un coin. Le bleuté n'avait pas remarqué qu'elle portait une robe. Et, dans son souvenir, elle n'était pas si joyeuse et enjouée mais ne cessait de sangloter et de supplier sa mère de sortir de la cave.

L'instant d'après, il y eut un bruit de détonation en même temps qu'une forte lumière jaunâtre et orangée fusa de l'ouverture de la porte, tout en haut de l'escalier. Aussitôt, Grimmjow braqua ses mains devant lui, comme pour se protéger. Il sentit un corps à ses pieds. La petite fille en robe était allongée et une tache de sang s'agrandissait de plus en plus dans son dos.

Il eut l'impression d'hyperventiler. Il était médecin. Il savait ce que son corps lui disait. Battements plus rapides du cœur. Pouls indistinct. Gorge serrée. Yeux dilatés. Respiration haletante. Perte d'énergie. Il faisait une crise de panique.

Il y eut d'autres détonations et Grimmjow laissa son corps agir sans avoir l'impression de décider, comme s'il le regardait faire. En fait, il recommença la même chose qu'il y a cinq ans. Il posa ses mains contre ses oreilles pour amortir le bruit si violent et terrifiant des détonations. Puis, il se faufila dans un espace plus sombre, à côté de l'escalier et attendit. Il savait ce qui l'attendait. L'homme devait descendre pour tuer les autres membres du groupe. Et pendant ce temps, il montrait les marches. Et une dernière balle serait tirée. Mais s'il n'y avait plus Ulquiorra, devait-il la prendre ?

Encore une fois, son corps agit tout seul sans qu'il ne puisse rien faire. L'homme descendit. On aurait dit son bourreau du passé. Mais son visage était différent. Bandeau anachronique à l'œil. Cheveux bien plus longs et raides. Des traits plus féminins. Quilge Opie se mêlait dans un étrange brouillard avec Äs Nödt. Mais peu important, il fallait qu'il monte. Il fallait qu'il monte l'escalier pour sortir de cette cabane isolée dans les bois.

Il gravit les marches. Comme la dernière fois. En respirant de manière saccadée. En puisant la force dans un espoir de vie. Et, comme il s'y attendait, peu avant la dernière marche, il y eut une détonation. Un dernier coup de feu. Mais… pourtant… il ne ressentit rien. Il n'avait pas de sang sur le torse. Pas de tâche qui s'élargissait au fur et à mesure que l'on quittait le monde des vivants. Alors, quand il se retourna, comme quand il s'était retourné cinq ans auparavant, il fut étonné de ne pas voir Ulquiorra. Mais quelqu'un s'était bien pris une balle à sa place. Il s'agissait d'un jeune homme plus grand qu'Ulquiorra, à la chevelure rousse. Il était allongé sur les marchés, à plat ventre, visage caché. Une tache rouge sang dans le dos.

— Non… Non, non, non ! Ichigo !

Il voulut s'approcher, agir pour le sauver, le tirer de là. Comme il aurait dû faire avec Ulquiorra. Comme il aurait dû toujours faire. Mais des coups de feu le dissuadèrent. Il recula en mettant une main devant ses yeux.

— Je t'ai dit, Grimmjow. Tu es le seul à t'en tirer, dans cette histoire.

— Non ! Pas Ichigo ! Après toi… Je peux pas… pas ça…

Grimmjow recula jusqu'à frapper son dos contre le mur le plus proche de la baraque, cachant ses yeux avec ses mains, ravalant difficilement sa haine en serrant les dents.

— Pas ça… Pas ça…

Mais quand il regarda à nouveau à l'entrée de la cave, Ichigo avait disparu. Et le tueur remontait les escaliers, lentement mais d'un pas puissant et sonore, faisant craquer chacune des marches.

— Grimmjow.

Le bleuté suivit la voix d'Ulquiorra. Il était à la porte d'entrée, bras croisés sur le torse.

— Quitte cette maison et va le sauver si c'est ce que tu veux.

— Mais comment je peux…

— Tu trouveras. Et fais-lui confiance. Tout le monde ne meurt pas autour de toi, Grimmjow. Et tu as le droit d'aimer sans avoir peur de perdre la personne que tu aimes.

Grimmjow suivit le regard d'Ulquiorra qui avait donné un coup de menton pour lui faire aviser sa main droite. Il baissa les yeux et remarqua qu'il avait inconsciemment desserré la main, laissant tomber la corde par terre. Quand il releva la tête, Ulquiorra lui ouvrait la porte. Derrière, l'homme montait les escaliers.

— Quitte cette maison pour de bon, Grimmjow.

Le bleuté avança. Il sentait ses jambes trembler. Il sentait au-dehors l'odeur des pins et de la nuit.

— Reste avec moi ; chuchota-t-il ; Viens, je t'en prie.

— Je serai là quand il faut, Grimm'.

Ils échangèrent un regard. Ulquiorra paraissait si déterminé. Il n'y avait plus de doute ni de peur dans son regard.

— Tu ne fais pas partie de ce monde, Grimmjow. Ici, c'est ma place. La tienne est ailleurs, bien plus loin. Pour encore de longues années…

Ulquiorra lui sourit. Un petit sourire dont il avait le secret. Si rare et si fort quand il apparaissait sur ses lèvres.

Alors que le bleuté allait poser un pied en dehors de la cabane, il entendit des pas plus clairs derrière lui. Mais le tueur n'avait plus rien d'humain. Il était une ombre vibrante de fumée, sans visage distinct et dont la forme semblait se flouter peu à peu.

— Comment savoir où aller ? demanda Grimmjow qui se sentait prêt maintenant à quitter cet endroit.

Ulquiorra tenait la porte d'entrée, et demeurait tout près de lui.

— Il suffit de te forcer…

Son ami le saisit à son tee-shirt, empoignant l'habit à pleine main au niveau du cœur. Il y eut un dernier regard. Grimmjow aurait pu le toucher pour s'assurer de sa présence. Sa main sur lui semblait si réelle.

— … à te réveiller !

Ulquiorra le poussa alors hors de la cabane pour fermer la porte, les séparant violemment alors que la masse informe noire et vibrante s'approchait de plus en plus. Grimmjow eut l'impression de tomber à la renverse et de ne jamais trouver terre. Il plongea dans un abîme venteux et insondable.

Grimmjow surgit dans son lit comme au sortir d'une baignoire remplie d'eau dans laquelle on se serait noyé. Retrouvant avec peine son souffle, il posa instantanément sa main sur son cœur qu'il sentit si rapide à frapper sa poitrine sans demi-mesure. L'endroit exact où Ulquiorra l'avait saisi. C'était sa cicatrice sur son torse qui paraissait rougir et le lançait un peu.

Aussitôt, en se souvenant de l'image d'Ichigo, Grimmjow bondit du lit et attrapa son portable sur la table de chevet.

16h43.

1 appel manqué.

1 message vocal.

Destinateur : Ichigo Kurosaki.

Son sang ne fit qu'un tour. L'horreur infâme de son cauchemar avec l'homme qu'il aimait, étalé à terre après s'être pris une balle, lui revenait comme une nausée. Il mesura ses tremblements pour approcher son téléphone de son oreille.

« Vous avez 1 nouveau message. Aujourd'hui, à 16h32… Bip. »

' Hm… Hey… Grimm'… Euh, écoute, je… Je te laisse ce message parce que… parce que je pense que c'est important et que… on s'était dit ensemble… mais je sais que je ne pourrai pas honorer cette volonté jusqu'au bout. Je ne veux pas te mettre plus en danger… Äs Nödt veut me voir. Une dernière fois. C'est Shiro qui me l'a dit. Au coucher du soleil, dans la forêt Aokigahara. Tu comprends ce que ça veut dire hein ? Je pars devant… J'ai… J'ai une arme… Et si ça doit se passer comme ça je… Je ferai ce que j'ai à faire, Grimm'… Je n'aurais pas pu te protéger alors je préfère être seul. J'ai… J'ai prévenu Byakuya. Enfin, il ne répond pas au téléphone, j'ai laissé un message. Je me doute que tu voudras venir avec lui. Je sais qu'il faut se méfier des flics, alors, fais gaffe à toi. Et on se retrouve là-bas, hein ? Ça ira… Je… Je te laisse et… je t'aime.'

Puis il raccrocha. Il n'y eut plus un bruit dans la pièce. Son téléphone émit un fin grisonnement avant de s'éteindre complètement. Le bleuté resta dans sa chambre, debout près de son lit, immobile, la main toujours accrochée à son téléphone au niveau de l'oreille, bouche bée.

L'homme qu'il aimait était parti. Pour une destination à plus d'une heure de Tokyo. Pour tuer Äs Nödt. Ou se faire tuer. Comme son cauchemar le prévoyait.

Grimmjow essaya de réfléchir mais c'en était trop pour lui. Il voulait aller le sauver mais, sans arme ni moyen, il n'irait pas très loin pour le protéger de l'ennemi. Aussi devait-il aller trouver Kuchiki et foncer retrouver Ichigo. Il ne réfléchit pas plus. Il n'y avait pas à réfléchir. Il n'y avait pas à penser. Seule l'action directe et immédiate permettrait de gagner du temps. À partir de maintenant, chaque seconde comptait.

Il enfila son jean et un pull puis une veste par-dessus, prit le minimum d'affaires personnelles, laça habilement des baskets et sortit sans plus attendre en faisant démarrer sa voiture. Il n'avait pas pu l'utiliser depuis plusieurs jours de surveillance intense par les forces armées qui les escortait, Ichigo et lui, partout où il devait aller. Maintenant ils n'étaient plus là. Et Grimmjow devait foncer au DPM.

Dans sa voiture comme dans la rue, tout paraissait très calme. Trop calme. Bien différent de la foule en délire et des groupes de manifestants hurleurs de la nuit dernière. La peur menait à un repli de toute la ville. Et dans sa voiture, excepté le bruit du moteur, il n'y avait rien. Pas un bruit. Il n'entendait même pas sa propre respiration, comme s'il était dans un rêve. Il n'eut soudain plus vraiment l'impression de tenir le volant, ni de réellement voir ses mains dessus ni la route qui se dégageait devant lui. Il aurait dit que tout n'était plus vraiment vrai, qu'il se voyait faire sans agir.

« Va au commissariat de police. C'est ce dont tu rêvais cette nuit-là… »

La voix d'Ulquiorra.

— Non, non, t'es dans ma tête ; fit Grimmjow en fermant à moitié les yeux et en passant une main sur son crâne comme pour apaiser la douleur qui apparaissait, ne laissant que la deuxième main sur le volant.

« Tu rêvais de trouver un flic. Quelqu'un qui puisse t'aider. Alors vas-y… »

— Arrête de m'parler… Arrête Ulquiorra… je sais tout ça, je sais…

Mais l'injonction était trop triste et désespérée pour véritablement paraître déterminée. Tout à coup, il tourna au dernier moment à un virage qu'il n'avait pas vu et fut étranglé un instant par sa ceinture avant de reprendre le volant à deux mains. Il n'arrivait pas à contrôler sa jambe qui forçait sur l'accélérateur.

« Va vite trouver de l'aide Grimmjow. Tu n'as plus beaucoup de temps. »

— J'y vais… J'ai compris. Il faut que… Il faut que je…

Il fonça sur un passage piéton, empêchant un couple de traverser. Il les entendit crier après lui.

« Si tu ne vas pas sauver Ichigo… »

— JE SAIS PUTAIN !

Des klaxons retentirent soudain à ses oreilles. Il avait grillé un feu et freiné un grand coup sur le carrefour, imposant l'arrêt des voitures prioritaires qui s'excitaient à présent pour faire dégager l'obstacle.

— Eh merde…

Il serra les dents et reprit le contrôle de la voiture pour repartir le plus vite possible et ne pas attirer plus que cela l'attention. Le reste du voyage, qui dura une quinzaine de minutes, la voix d'Ulquiorra n'apparut plus et Grimmjow refit face au silence absolu avec plus de soulagement que de crainte.

Il se gara maladroitement sur une rue déserte de la ville, tout près du Keishicho. Le DPM, d'habitude si vivant, paraissait laissé pour compte. Des personnes barraient l'entrée. Tout parut soudain plus louche et le bleuté eut soudain une révélation, comme un rappel de mémoire qui prenait alors tout son sens. D'abord, Ichigo lui avait dit de « se méfier des flics ». Mais plus que cela, la veille, dans l'ambulance, les deux hommes qui travaillaient pour le directeur du DPM, avait clairement fait comprendre que par l'évasion de Bazz-B, les soupçons d'une potentielle taupe dans le DPM devaient être clarifiés par une inspection approfondie. Grimmjow serait donc sans doute boqué à l'entrée. Mais… il y avait urgence. Il devait entrer et trouver Byakuya immédiatement.

Il prit donc un chemin différent qu'il connaissait tout autant. L'arrière du bâtiment était moins connu, c'était une sortie de secours pour la morgue et le département des médecins légistes et des scientifiques en laboratoire. La chance tournait pour lui : personne ne travaillerait aujourd'hui dans ce département. Comme espéré, il n'y avait personne dans les environs et il passa rapidement la porte de secours en composant le code d'entrée. Il trouva son badge dans son portefeuille pour passer la sécurité suivante et entra finalement dans le département. Il longea les couloirs, passa à côté de la morgue –en s'obligeant à ne pas regarder à l'intérieur pour rester concentré- et il passa encore la sécurité inverse pour sortir de cet aile du département.

Une fois de plus, le bleuté fut étonné du calme et de la désertion du lieu. Sans savoir réellement pourquoi, comme s'il avait peur que les couloirs ne rétrécissent sur lui ou que le plafond ne lui tombe dessus, il accéléra le pas jusqu'à trottiner, pour avancer plus vite. L'ascenseur marchait. Mais, arrivé à l'étage où travaillaient le capitaine Kuchiki et son équipe, il fut étonné d'un bruit qui semblait retentir d'autant plus fort dans le silence des bureaux. Un bruit qu'il reconnut. Un bruit de frappe. Quelqu'un était en train de battre quelqu'un d'autre.

Au summum du doute et de l'inquiétude, le bleuté –qui déjà ne parvenait pas à réfléchir clairement depuis son réveil- n'attendit pas plus et enjamba les quelques mètres entre l'ascenseur et la première porte de l'étage, le bureau de Kuchiki, en un rien de temps.

Un nouveau bruit retentit quand il ouvrit la porte à la volée, yeux grands ouverts sur la scène qui se découvrit sous lui.

Le capitaine Byakuya Kuchiki était méconnaissable. Il était tenu par trois hommes. Un à chaque bras étendu pour l'immobiliser. Un autre relevait sa tête pendante en tirant sur ses longs cheveux d'ébène. Certaines mèches retombaient sur son visage pâle. Ses yeux étaient plissés et une grimace de douleur marquait tous ses traits. Du sang maculait chaque parcelle, de son arcade sourcilière à ses narines jusqu'à sa lèvre explosée. Il ne disait rien, il avait encaissé des coups et tenait maintenant à peine sur ses jambes, risquant de tomber à chaque instant si les trois hommes ne le retenaient pas. Des hommes… en uniformes. Un autre policier au poing fermé était face à Byakuya et se tourna soudainement pour fixer le bleuté qui venait d'entrer et de les interrompre.

L'instant d'après, Grimmjow reçut un violent coup à la nuque et tomba à terre. Tout devint noir.