Minerva McGonagall regarda son professeur de Potions avec incrédulité.
— Votre assistante ? Mais...
— Oui, je sais, ce serait une première, mais Miss Granger a besoin qu'on lui change les idées, et avec ça, elle est très douée en Potions, elle pourrait même envisager d'orienter ses études sur le sujet, répondit Rogue. Écoutez, Minerva, je vais reprendre mon poste à la rentrée de janvier, et même si je serais sans aucun doute guéri, n'oubliez pas que nous avons des mages inconnus qui s'amusent avec les Nexus. Faire de Miss Granger mon assistante nous donnera une excuse pour...
— Pour être ensemble ? le coupa la Directrice.
— Non ! Enfin si, mais... Rah, vous m'embrouillez ! répliqua le sombre professeur. Je disais donc que cela nous donnera une excuse pour chercher ce que veulent ces mages et essayer de trouver comment les contrer. Il y a de plus en plus d'incidents magiques qui sont reportés à travers le monde, Minerva, et il suffirait qu'ils fassent une seule erreur et nous serions condamnés à finir nos vies comme des Moldus ! Imaginez-vous une seconde... Sans offense, Madame, vous êtes âgée, bien plus qu'une femme Moldue ne pourrait l'être... Sans la magie pour vous maintenir en bonne condition physique, vous seriez... grabataire, dans une maison de soins, nourrie par une infirmière...
Rogue se tut et baissa les yeux. McGonagall grimaça en s'imaginant ainsi.
— Et moi je serais dans une chambre capitonnée avec une camisole de force, dit-il sombrement. C'est ça que vous voulez ? demanda-t-il alors en regardant la Directrice. Vous voulez vraiment finir comme ces petits vieux qu'on voit dans les films Moldus, abandonnée sur un fauteuil roulant toute la journée devant une fenêtre ? Vous voulez vraiment me voir replié sur moi-même, dans une camisole de force, en train de pleurer l'assassinat de Lily que j'aurai pu empêcher ? Moi pas. J'ai trente-huit ans, et outre le fait qu'il y ait une femme qui s'intéresse à moi, je veux pouvoir vivre encore, bien plus, et je ne laisserai pas une poignée de crétins en robes longues m'enlever cet espoir.
Un silence s'installa alors et McGonagall sembla chercher quoi répondre. Finalement, elle soupira et hocha la tête.
— Très bien, dit-elle. À la rentrée, Miss Granger deviendra votre assistante, Severus, mais même si je vous fais confiance, à tous les deux, pour ne pas dépasser les bornes, je vais lui établir un emploi du temps strict qu'elle aura interdiction de dépasser sous peine de réprimande inscrite dans son dossier scolaire !
— C'est injuste ! s'offusqua Rogue, grognon.
— Pour qui, vous ou elle ? interrogea la Directrice en haussant un sourcil.
Rogue préféra ne rien répondre. Il recula d'un pas et hocha la tête.
— Très bien, répondit-il alors. Faites ce qui vous semble juste, nous... respecterons cela autant que faire se peut.
— J'ai bien l'intention de vous y obliger, répondit McGonagall en fronçant les sourcils. Miss Granger est ma meilleure élève, et je refuse de la voir détruire son avenir parce qu'elle s'est entichée de l'un de ses professeurs !
Rogue serra les mâchoires puis tourna les talons. Il rentra chez lui et envoya une courte lettre à la jeune Gryffondor pour lui expliquer ce qui allait se passer à la rentrée.
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— Son assistante ? Eh ben, on se refuse rien...
— Je pense que ça sera mieux pour tout le monde, dit Hermione en posant la lettre sur le guéridon près du canapé. Ce sera beaucoup moins dangereux si nous pouvons nous voir de façon "officielle".
Elle déposa le service à thé sur la table basse devant Daphné et s'assit sur le tapis en repliant une jambe sous elle.
— Et... vous pensez faire quoi pendant toutes ces heures que vous allez passer seuls tous les deux ? demanda la jeune blonde avec un sourire en coin.
— Sans doute pas ce à quoi tu penses, répondit la brunette en lui tirant la langue. Non, je pensais recommencer depuis le début, apprendre à... nous connaître, nous habituer l'un à l'autre, devenir amis...
Hermione se mordit la joue et baissa le nez.
— C'est de ma faute si on en est là, dit-elle. Mais je n'avais aucune idée que ça prendrait une telle tournure, crois-moi.
— J'imagine... Tu regrettes ?
— Non, pas du tout.
— Ah ouais ? Qu'est-ce que ce cher professeur Rogue peut bien avoir dans sa vie ou son passé qui t'ait donné envie de briser sa carapace ?
— Je ne peux pas te le dire sans le compromettre, répondit Hermione.
— Oh allez, juste un petit indice... !
Hermione serra les lèvres.
— Ok, dit-elle alors. Quand il avait huit ans, il a rencontré une fille de Moldus qui s'est révélée être une sorcière, comme lui. Ils sont devenus très vite amis avant qu'elle ne reçoive sa lettre pour Poudlard, et après ça, malgré le fait qu'ils soient dans deux maisons séparées, ils sont restés amis, jusqu'à ce qu'un garçon de la maison de la fille, ne commence à enquiquiner Rogue et à se moquer de lui. En cinquième année, il y a eut la moquerie de trop, l'autre garçon l'a humilié en public, et quand son amie a tenté de les séparer, Rogue l'a repoussée en disant qu'il n'avait pas besoin d'une Sang-de-Bourbe pour se défendre.
— Aoutch...
— Ouais... Le pire dans l'histoire, c'est sans doute que Rogue était amoureux de cette fille, et quand il a réalisé ce qu'il a fait, il a tenté de se faire pardonner, et il a voulu lui avouer ses sentiments, mais elle s'est détournée de lui... Finalement, elle a lui a préféré le garçon qui a foutu la merde entre eux.
Daphné grimaça.
— Elle est où cette nana, maintenant ?
— Elle est morte. Elle a été tuée par Tu-Sais-Qui, avec son mari, quelques années plus tard... répondit Hermione en se gardant bien d'en dire trop, au cas où Daphné fasse le rapprochement avec les Potter.
— Mince, alors du coup, il n'a jamais pu s'excuser... Ça explique en partie sa mauvaise humeur constante...
Daphné pinça soudain les lèvres en penchant la tête sur le côté. Hermione l'interrogea en silence et son amie sourit.
— Dis donc, tu n'es pas une fille de Moldus, toi aussi, par hasard ? demanda-t-elle.
— Euh, si, mais quel rapport ?
— Bah Rogue est tombé amoureux d'une fille de Moldus quand il était enfant, une fille qui s'est révélé être une sorcière quand elle a eu onze ans... Ça ne te rappelle pas quelqu'un ?
Le mince sourire d'Hermione se fana et elle se redressa.
— On dirait mon histoire, en effet, dit-elle, surprise. Heureusement, mon meilleur ami n'est pas dans une autre maison que la mienne, et personne dans ma maison n'a l'intention d'aller l'enquiquiner et de l'humilier en public.
— Sauf si on considère que Potter est à Gryffondor et qu'ici, tu as Malefoy qui passe son temps à le chercher.
— Arrête... dit Hermione avec une grimace. Tu vas me faire peur...
Daphné ronfla et se mit à rire. Elles se servirent alors du thé et changèrent de conversation, Hermione décidant de lui raconter le séjour plutôt difficile qu'elle avait passé chez sa grand-mère Moldue qui n'avait même pas internet...
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— Bonjour...
Hermione sourit et regarda Rogue de l'autre côté de l'étagère où elle était en train de ranger un livre. L'homme contourna alors le meuble et s'approcha d'elle en la faisant reculer vers le fond de l'allée.
— Nous ne sommes pas seuls... souffla Hermione. Je te trouve de plus en plus hardi...
— Me le défends-tu ?
— Non, mais je n'ai pas envie qu'on se fasse prendre par un élève...
Rogue esquissa un sourire et Hermione lissa son veston sur son torse. Elle soupira alors et se redressa.
— On se retrouve chez moi après le déjeuner, dit-elle. J'ai envie de passer un moment avec toi...
Rogue opina et tourna les talons. La jeune femme le regarda partir et se mordit la lèvre. Les vacances avaient commencé depuis trois jours et le lendemain soir, ce serait le réveillon de Noël. En tout et pour tout, ils étaient trente élèves à être restés, et il y avait six professeurs, et la Directrice. La tablée serait donc de taille normale, et chacun serait libre de s'asseoir où il le voudra.
Se reprenant, Hermione termina de ranger ses livres puis décida de quitter la Bibliothèque, mais Madame Pince lui demanda au dernier moment de prendre une pile de livres de classe et de les apporter dans la salle de classe de Potions. Rogue lui avait demandé de le faire elle, mais elle n'avait pas le temps.
Cette corvée fit bien entendu râler la Gryffondor, mais elle s'exécuta quand même et retourna chez elle après cela, pour se changer et aller déjeuner.
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Allongée sur son canapé, Hermione autorisa à entrer quand on frappa contre sa porte. Elle sourit en voyant Rogue, et lorsque celui-ci se pencha sur elle pour l'embrasser, elle lui rendit son baiser puis il s'assit près d'elle.
— Dis, dit-elle en s'asseyant. Tu sais, on devrait commencer maintenant.
— De ?
— Moi, être ton assistante...
— Pourquoi ? Je veux dire, je te manque à ce point ?
— Non, mais les élèves seront peut-être moins surpris de me voir à tes côtés à la rentrée si on distille la rumeur dès maintenant, qu'est-ce que tu en penses ?
Rogue, qui avait déposé sa cape sur le dossier d'une chaise, resta silencieux puis haussa les épaules.
— Ma foi, cela pourrait te permettre de repérer les lieux, en effet... dit-il. Mais nous verrons cela demain, fais-moi un peu de place.
Il contourna le canapé et s'étendit près de la jeune femme qui rigola. Elle se glissa alors entre lui et le dossier du canapé, et posa son menton sur son torse. Il la regarda, un bras sous la nuque, et attrapa une mèche brune entre ses doigts.
— Cette couleur te va vraiment très bien... dit-il. Tu devrais la rendre définitive.
— On verra. Si je n'arrive pas à redevenir une Gryffondor, je l'envisagerai, mais pas pour le moment.
Rogue opina puis la jeune femme posa sa tête sur son torse et ferma les yeux. Le sombre professeur soupira alors et décida de profiter du moment pour se reposer un peu lui aussi.
