Chapitre 19

Je me réveille d'humeur bizarrement maussade de l'un de ces matins où rien que de se lever nous donne envie de se recoucher. Je ne sais pas si c'est à cause de ma conversation avec Gale dans la nuit, ou à cause du fait que nous n'ayons encore aucun plan satisfaisant pour en finir avec cette guerre.

Au petit déjeuner, nous suivons avec intérêt les informations du Capitole afin de constater que Beetee a pu pirater définitivement leur réseau. Il diffuse depuis le Treize des images de leurs troupes avançant dans les ruelles du Capitole et, en s'inspirant de l'évènement de la vague noir, ils décident de lancer à toute allure des véhicules sans conducteur afin de leur dégager le passage au milieu de tous ces pièges. Et depuis cette nuit, le spot nous annonce qu'ils ont déjà dégager trois voies jusqu'au cœur de la capitale. Ce n'est qu'une question de temps avant qu'ils arrivent jusqu'à nous. Et avec Katniss qui a désobéi délibérément aux ordres, il n'est pas difficile d'imaginer ce qu'il risque de se passer pour elle lorsqu'elle se retrouvera devant la présidente Coin. Non seulement elle n'est pas morte, mais en plus, avec sa stupide mission improvisée, elle a envoyé à la mort bon nombre de nos hommes -dont Boggs, son bras droit.

- Ca ne durera pas, lance Gale en parlant de l'avancement des troupes du Treize. En fait, je suis surpris qu'ils aient pu continuer si longtemps. Le Capitole va s'adapter en désactivant certains pièges spécifiques puis en les réactivant quand les cibles seront à portée.

Ce qui se révèle parfaitement juste au bout de quelques minutes, lorsque nous voyons des plantes littéralement exploser au passage des soldats alors que l'engin précédemment envoyé avait déjà déclenché quatre pièges. Ça sent le Haut-Juge des Jeux à plein nez.

- Je parie que Plutarch donnerait n'importe quoi pour être dans la salle de contrôle en ce moment, dis-je pour moi-même.

Puis le Capitole reprend enfin le contrôle de ses programmes télévisés avec une journaliste énumérant les quartiers qui doivent être évacués suite à l'approche des soldats du Treize. Katniss se lève pour s'approcher de la fenêtre et regarder par les fentes des volets. Quand elle revient, elle nous annonce que les réfugiés sont en grand nombre dans les rues, ils ont quitté leurs appartements avec, pour certain, uniquement leur pyjama sur les épaules. Tigris propose de sortir voir ce qu'il se passe au centre-ville car personne ne se doute qu'elle nous héberge.

Nous retournons donc dans le sous-sol en attendant ces informations mais Katniss tourne en rond nerveusement, ce qui ne nous aide pas à nous détendre. J'essaye de savoir ce que je pourrais bien faire si nous tentons d'arriver jusqu'à la résidence du président Snow chacun de notre côté. Mais je me résigne finalement à attendre le retour de Tigris.

Deux heures sont passées. Puis quatre. Puis six. Tout le monde a eu le temps de pester sur une Katniss qui ruminait d'impatience. On commençait même à penser que Tigris ne reviendrait pas, qu'elle a été arrêtée, ou même tuée, mais elle revient finalement vers 18 heures avec un super repas chaud pour nous, qui m'aide à me dérider.

Tigris nous raconte qu'après l'ordre d'évacuation, bon nombre d'habitants étaient supposer se rendre plus au cœur de la ville et que beaucoup d'entre eux sont parti sans rien emmener. Ils doivent être relogé chez les habitants encore présents chez eux mais personne ne leur ouvre la porte. Il ne reste beaucoup de personne qui risquent de dormir dehors ce soir, si bien que les Pacificateurs ont pris les choses en main et ont eux-même fait la répartition des logements, forçant les serrures des appartements inhabités ou obligeant les gens à les reloger. Le président prévoit de la place chez lui pour y accueillir les plus démunis.

A la télévision, un nouveau chef des Pacificateurs -dieu merci, ce n'est pas Krank- annonce aussi que les commerces doivent se libérer pour laisser places aux réfugiés. Je sens la panique monter en moi en réalisant où nous sommes actuellement.

- Tigris, ça pourrait être vous, dis-je.

Nous serions totalement pris au piège si des Pacificateurs tentaient de rentrer ici pour y abriter les capitoliens.

Mais personne ne répond, trop obnubilé par la scène se déroulant sur l'écran.

Des habitants étant persuadé qu'il s'agissait de moi, ils ont battu à mort un jeune homme dans les rues de la ville. Mais, d'après la photo, seuls ses cheveux faussement blondis et bouclés nous liaient physiquement. La ressemblance s'arrête là.

Encore un innocent mort par ma faute.

- Les gens deviennent fou, lance Cressida qui confirme que ce jeune homme ressemblait à tout sauf à moi.

Enfin, nous apprenons que les rebelles ont encore avancé dans la journée.

- La ligne C passe à quatre rues d'ici, nous dit Katniss en levant vers nous ses yeux paniqués. Je vais faire la vaisselle.

- Laisse-moi te donner un coup de main, dit Gale qui ramasse déjà les assiettes.

Je les regarde partir ensemble en étant persuadé qu'ils cachent quelque chose. Je sais que j'ai raison alors qu'à leur retour, l'air conspirateur, Katniss me dit :

- Nous devons profiter du flot des réfugiés pour nous glisser parmi eux, déguisés comme eux. C'est notre seule chance d'entrer chez Snow en passant inaperçus. Pour cela, nous avions pensé que Pollux et Cressida partirai tous les deux de leur côté, puis Gale et moi du notre.

Elle se tourne vers moi l'air désolé.

- Peeta, reprend-elle, tu sais comme nous que tu risques d'être dangereux. Pour toi et pour les autres. Ce serait bien que tu ne nous accompagnes pas.

J'aurai dû m'en douter. Mais j'ai peut-être une bonne idée à ajouter.

- Vous avez raison, admet-je. Ma présence pourrait vous faire courir un risque, à tous les quatre.

Katniss et Gale poussent un soupir de soulagement imperceptible avant que j'ajoute :

- Je vais partir seul de mon côté.

C'est tout ce qu'il me reste à faire. Veiller sur Katniss de loin, de sorte à pouvoir m'interposer s'il lui arrivait malheur, ou à détourner l'attention sur moi en cas de mauvaise rencontre. Mise à part elle, je n'ai plus rien à perdre. Autant la protéger tant que je le peux encore.

- Pour faire quoi ? s'enquiert Cressida.

- Je ne sais pas exactement, je mens. Une diversion, peut-être. Vous avez vu ce qui est arrivé à ce pauvre gars qui me ressemblait.

- Et si tu … perdais le contrôle ? demande Katniss.

- Si je me transformais en saleté de mutant, tu veux dire ? je la corrige. Eh bien, si je sens que ça m'arrive, j'essaierai de revenir ici.

- Et si tu retombes entre les mains de Snow ? s'enquiert Gale. Tu n'as même pas de fusil.

- C'est un risque que je vais devoir courir. Comme vous, je réponds.

Gale me fixe mais je ne me dérobe pas. Je le regarde dans les yeux et je suis à peu près sûr de pouvoir dire qu'il essaye de savoir ce quel est mon plan. Sais-tu Gale, que je ne laisserai jamais rien arriver à Katniss ? Tout comme toi.

Il finit par sortir sa pilule de sureau mortelle et me la tend. Je la laisse rouler dans ma paume, me demandant si je ne serai pas tenté de l'avaler dès qu'ils auront le dos tourné. Je me revois dans les premiers Jeux, les baies à la main, dos à dos avec Katniss, et je sais tout de suite que mon ultime mission est trop importante à mes yeux pour me laisser sombrer de la sorte.

- Et toi ? je demande à Gale.

- Ne t'en fais pas pour moi. Beetee m'a montré comment faire sauter mes flèches explosives à la main. Si ça rate, il me reste mon couteau. Et puis, j'aurai toujours Katniss, me dit-il dans un sourire de défi. Elle ne leur donnera pas la satisfaction de me prendre vivant.

- Prends la, Peeta, tranche Katniss d'une voix qui transmet toute ton appréhension.

Elle pose les doigts sur ma main qui tient la pilule et me la referme sur le médicament. Son contact m'électrifie.

- Tu n'auras personne pour t'aider, conclu-t-elle.

Nous partons nous coucher pour notre dernière nuit ici. Personne ne trouve vraiment le repos, trop nerveux quant aux évènements qui se dérouleront dans quelques heures. Cressida et Pollux sont censés partir en premier, faisant office de guide à Katniss et Gale, qui les suivront de loin avant de se mêler aux réfugiés attendant l'ouverture des portes de la résidence présidentielle. Puis, moi, qui n'ai finalement caché qu'une partie de mon plan, je serai au fond afin de faire diversion si besoin. Peu importe ce qu'il se passe, dans une journée, tout sera fini.

A 5 heures, nous prenons notre dernier petit déjeuner puis Tigris passe une heure à nous déguiser en parfait petits habitants du Capitole. Les vêtements colorés typiquement d'ici recouvrent à merveille nos uniformes et les armes de mes coéquipiers. Elle nous fait un maquillage criard qui passe parfaitement inaperçu en ville et nous accroche des perruques dont je doute pouvoir me défaire un jour tant elle les fait tenir à la perfection avec des pinces enfoncées dans mes cheveux. Quand tout le monde est prêt et se contemple une dernière fois dans le miroir, je pense à Portia quand je ne peux m'empêcher de dire :

- Ne jamais sous-estimer le pouvoir d'une brillante styliste.

Mes médecins du Treize m'ont annoncé son exécution en public. Je n'ai jamais eu le temps de la pleurer, et je n'aurais certainement jamais plus le temps à présent.

Lorsque le moment est venu, Tigris ouvre sa porte en un signe de tête à Pollux et Cressida.

- Prenez soin de vous, lui dit Cressida avant de partir.

D'ici une minute, ça sera à Katniss et Gale de les suivre.

Elle sort les clefs de mes menottes et me détache. Je ne m'étais pas rendu compte de la douleur à mes poignets avant de mes masser.

- Ecoute, me dit-elle gravement. Pas de bêtises, hein ?

- Non. Seulement en dernier recours. Je te le promets.

Je lui dois bien ça, après tout ce que je lui ai fait endurer.

Elle me prend au dépourvu lorsqu'elle entoure mon cou de ses bras. Mais je décide de lui rendre son étreinte, surement la dernière que je pourrais lui donner. Je tache cependant à ne pas le lui faire voir.

- D'accord, conclu-t-elle en me lâchant.

Elle me gratifie d'un baisé sur la joue quand Tigris annonce qu'ils doivent partir. Je hoche la tête vers Gale en signe d'adieu. Puis je les regarde partir dans la foule.

La minute suivante me parait interminable. Le silence gêné qui s'est installé entre notre hôtesse et moi commence à peser avant que je ne lui demande :

- Comment, en vivant ici, vous arrivez à détester Snow ? Pourquoi une partie du Capitole seulement se rend compte de la gravité de ses actes ?

Ces questions sont idiotes mais c'est la seule chose qui m'est venue à l'esprit afin d'alléger l'atmosphère.

- Je menais une brillante carrière de styliste dans les Jeux. J'ai eu le malheur de m'être attaché à certains de mes tributs et ils finissaient pour la plupart morts dans l'arène. Ça m'a brisé le cœur, mais je continuais à jouer mon rôle. C'était mon rêve de petite fille, d'être dans la mode.

Elle marque une pause, comme si elle se plongeait beaucoup trop loin dans ses souvenir pour en refaire surface.

- Et un jour, Snow a décidé que je n'étais plus assez belle. Que je ne représentais plus assez bien la mode du Capitole et les Jeux. Et je me suis retrouvée sans rien.

Après cet aveu, je n'ai plus rien à ajouter. Je ne veux pas minimiser ses souffrances malgré qu'elles soient bien différentes des miennes. Je fini par remercier et saluer Tigris puis me lance à mon tour dans la rue.

Un facteur que je n'ai pas pris en compte compromet grandement ma mission (non, ma dernière volonté, une fois encore). La neige tombe en abondance et j'ai bien du mal à voir plus de quelques mètres devant moi à cause du brouillard épais et persistant. Malgré ce qu'on a convenu, je dois me rapprocher de Katniss et Gale si je veux pouvoir les surveiller de loin.

Je passe délicatement devant les familles qui gémissent de froid, les enfants qui pleurent dans les bras des adultes, le blizzard et la neige nous fouettant à tous le visage. Au bout de plusieurs foulées, je les aperçois enfin, à trois ou quatre mètres devant moi sur la gauche et je peux ralentir ma course. Sauf qu'un enfant lève le visage vers moi et semble m'avoir reconnu. Je me force à baisser la tête un instant, espérant qu'il fixe son regard ailleurs. Mais, par mesure de sécurité, je me décale de sorte qu'un individu entre nous lui bouche la vue.

Quand j'entends tout à coup derrière moi : « Restez à droite ». Ce que je fais, ainsi que le reste de la foule. Des Pacificateurs tentent de discipliner cette marée humaine. Je fais de mon mieux pour me remettre au centre de cette procession morbide, une fois les Pacificateurs passés. Je ne regarde plus dans quelle direction je vais : je reste juste les yeux rivés sur Katniss. Avec l'impression qu'elle … ralenti ?

Je ne sais pas s'ils l'ont vu venir, mais j'entends quelqu'un ouvrir le feu et une pluie de balles tombe sur Katniss et Gale, et sur toutes les personnes autour d'eux. Tout le monde se baisse et je lève les yeux pour voir des tireurs rebelles à n'en pas douter, sur les toits des bâtiments, s'en donnant à cœur joie. Des hurlements fendent l'air avant qu'une deuxième vague de tirs arrive en ma direction et je me couche d'instinct au sol. J'aperçois l'angle d'un mur, je rampe jusqu'à là-bas pour m'y cacher.

Mais je perds mon objectif de vue : où est Katniss ? Je penche la tête dans l'angle du mur qui me sert de bouclier quand j'arrive à grand peine à l'apercevoir. Elle est toujours avec Gale, cachée derrière l'étalage de chaussures d'un marchand. Tant pis pour le plan, je décide de la rejoindre, mais une nouvelle fusillade me cloue au sol. J'essaye de faire abstraction des cris des enfants, afin de ne pas devenir fou. Des uniformes, pourtant blancs des pacificateurs, devenus rougis par les blessures mortelles. Et des corps mutilés et ensanglanté devant moi.

Si les soldats rebelles visaient les Pacificateurs, c'est plutôt raté, car la plupart des corps inanimés appartiennent aux civils innocents.

La tête dans les mains, je sens venir une nouvelle crise. Non, ce n'est pas le moment. Pas encore. Je mets toute ma volonté pour me relever et courir au ras du sol en direction de Katniss. Mais elle s'éloigne déjà en longeant le mur. Je la suis du mieux possible. Gale assomme un Pacificateur à terre et lui dérobe son fusil. Puis un deuxième, et donne son fusil à Katniss.

Moi, je ne fais plus attention à rien, si ce n'est à Elle.

Les rebelles arrivent en nombre dans la rue, tirant sur tous ces uniformes blancs, mais pas que. Je ne sais pas pourquoi la visibilité s'est autant réduite devant moi. Ni pourquoi le sol est jonché de peinture visqueuse rose vif. Avant que je ne me rende compte que ce sont des corps. Morts.

Le peu de réfugiés qui n'étaient pas encore submergés par la panique le sont désormais. Car ce que je vois me glace le sang : des pièges viennent de s'activer devant nous, faisant fi de tous ces civils innocents. Il n'y a plus que le chaos.

Je lève les yeux et Katniss est toujours dans mon champ de vision. Elle court en direction de la résidence de Snow, lançant des regards désolés face aux événements qui viennent de se produire. Je frôle les murs. J'aimerai venir en aide à chacune des personnes à terre ici, mais ça serait échoué ma mission. Ma dernière mission.

Je me rends compte que nous sommes dans la même situation, tous les deux. Elle qui a toujours été de nature à aider les plus faibles… pour ne pas accourir à leur secours, elle doit vraiment avoir une volonté écrasante de voir la fin du règne de Snow.

Comme moi avec ma volonté de la voir survivre.

En rasant les murs, je me rends compte qu'aucun piège n'arrive jusqu'à moi. Pas même le laser qui fait saigner tout le monde. Ni le trou béant qui vient de s'ouvrir dans la terre.

Et moi, tiens, pourquoi je suis à terre ? J'ai une vague douleur à mon unique mollet. Je le touche. J'y sens comme un creux et lorsque je ramène mes mains vers moi, elle est pleine de sang. Ce n'est pas le moment de s'en occuper. Katniss s'est rattrapé de justesse au bord du précipice que l'activation d'un piège a fait se créer dans le sol. Elle arrive à se hisser sur ses pieds et en sort s'en encombres. Je suis sur le palier d'une porte et j'ai le vide devant mes yeux. Gale n'est qu'à une rue de moi, devant une porte lui aussi. Et elle finit par s'ouvrir. Mais des mains l'attirent à l'intérieur. Des gants blancs. Katniss n'est pas en position de le tuer. Et il n'a plus sa pilule de sureau mortel.

J'espère que son cœur cessera de battre aussi vite que celui de Lavinia.

Katniss parait meurtrie. Je dois la rejoindre. Je me relève mais je claudique. Certainement à cause du trou dans mon mollet, si c'est bien ce que je crois. Une balle a dû m'arriver dessus mais je ne m'en suis même pas rendu compte. Certainement à cause de l'adrénaline qui court dans mes veines. Mais Katniss repart de nouveau, entrainée par sa haine féroce contre Snow et les dirigeants de Panem.

Je vais la perdre de vue ! Non ! Des gens me passent devant en me bousculant. Ils crient encore et encore. Les soldats rebelles parviennent jusqu'à moi et me passent devant sans s'en rendre compte. Et lorsque j'avance avec eux avec la plus grand mal, arrivant dans le Grand Cirque, devant la résidence présidentielle, je peux voir un SAS fait de barricades d'un mètre cinquante de haut. Avec dedans … uniquement des enfants. Des dizaines et des dizaines d'enfants. Sont-ils là pour entrer se réfugier en premier ? Dans ce cas, qu'attendent-ils pour les faire entrer ?

Ou alors … servent-ils de bouclier ? Je ne peux pas imaginer la deuxième solution. Car des soldats issus du Treize parlent tous de la même manière dénuée d'humanité que Gale : peu importe le nombre de vie à prendre, peu importe à qui les prendre. Pourvu que nous remportions la victoire.

C'est lorsqu'un hovercraft marqué du sceau du Capitole se matérialise au-dessus des enfants que je me sens encore moins sortie de l'arène des Jeux. Il leur largue des parachutes argentés, signe de cadeaux, de nourriture ou de médicaments, directement à l'intérieur de leur petit cloisonnement. Les enfants s'y jettent dessus, évidemment. Mais quelques secondes après la fuite de l'hovercraft, les parachutes explosent en même temps.

Je manque de me décomposer devant cette scène abominable. La neige au sol est rougie par le sang d'enfants qui tentent malgré tout de s'extirper de cet enfer. Ils se tortillent et rampent du mieux qu'ils peuvent. Soudain, ce n'est plus Katniss que je souhaite sauver : c'est tous ces pauvres gamins innocents. Des enfants qui n'ont rien demandé et qui sont envoyés à la mort.

Ce n'est pas sans rappeler Rue. La Renarde. Clove. Cato. Glimmer. Marvel. Tous des enfants innocents envoyés à la mort par nos dirigeants pour assouvir leur besoin de divertissements et de contrôle. Et je n'ai rien pu faire. Jamais.

Mes jambes me portent tant bien que mal et je touche presque au but, approchant de Katniss, à deux mètres à peine d'elle, quand de nouvelles personnes me bousculent. Ils portent un tout autre uniforme que ceux de combat. Avec le grand M gravé dans le dos, ça ne peut pas être d'autres personnes que les médecins du district Treize.

Et mes yeux se posent sur cette tresse blonde qui pend dans le dos de cette jeune médecin aux traits familiers. En même temps que je vois le parachute indemne que tiens encore la pauvre victime qu'elle tente de soigner. Pendant que j'entends Sa voix déchirer les entrailles du chaos actuel, hurlant de toutes ses forces le nom de sa petite sœur.

Et que ces quelques parachutes restants explosent à leur tour.