EDIT : Septembre 2020 - des tournures arrangées et des coquilles supprimées
Bonjour, bonjour !
Bon c'est limite, limite et j'ai bien cru que je ne posterai jamais à temps pour Juillet. C'est le commentaire de Xenobie, découvert ce matin, qui m'a remis dans le bain et m'a poussé à écrire. J'y ai passé la journée entière, non stop jusqu'à ce soir, soit 11 heures passées devant mon ordinateur à écrire comme une folle. (j'ai quand même pris une heure de pause déjeuner ! ^^) Vous pourrez lui dire un grand merci parce que sinon, vous n'auriez pas vu le chapitre avant mi Août! ^^
Et un énorme merci également à Soi Yo et Eclipse. Si vous saviez comme ça me fait plaisir de faire votre connaissance, de prendre de vos nouvelles, de découvrir vos impressions, les passages qui vous ont marqué (et ceux qui vous ont laissé un arrière goût de pas assez fignolé. ça arrive aussi! ^^) Non seulement, ça m'encourage et me motive, mais ça m'est d'une grande aide pour m'améliorer.
Bon et sinon, le sujet brûlant : pourquoi cette publication à la dernière minute ? Bah tout simplement parce que j'ai déménagé et qu'il m'a fallu, lessiver le nouvel appart, faire des travaux, relessiver l'appart (il en avait besoin, beurk ), faire les cartons, déménager tout le tralala, défaire les cartons... tout ça alors que je continuais à travailler. Ouf!
Enfin, je suis à présent bien installée dans mon nouveau chez moi. Par contre, le mois d'Août va être assez sport, alors, comme l'année dernière, je me fais un mois de hiatus, plutôt que de risquer faillir à ma promesse. Le prochain chapitre sera donc en Septembre.
Ce chapitre est tout aussi émotionnel mais pas aussi lourd et sombre que le précédent.
Et je vous prie de m'excuser pour les fautes. j'ai vérifié mais comme j'ai tout écrit d'une traite et relu juste après, il est certain qu'il y aura beaucoup de fautes ou de maladresses laissées derrière moi. Je pense que je le relirai à tête reposée en Août pour corriger tout ça.
Sur ce, bonne lecture, bonnes vacances et bon courage avec les chaleurs. 40°C aujourd'hui, c'est une horreur! Moi qui déteste avoir trop chaud, j'étais servie! ^^
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Chapitre 20 – Les autres
Et lorsqu'on choisit d'affronter nos illusions et nos chaînes, on se retrouve tel David face à Goliath. Et comme lui, on n'y arrive que par un autre.
Parce que la route est longue et escarpée, parce qu'il y a des montagnes et des précipices, des virages à tête d'épingle, des carrefours et des embûches.
Parce qu'il faut s'arracher beaucoup de nos idées comme des croûtes que l'on enlève pour laisser couler le pus et permettre à la plaie de cicatriser.
Parce qu'il y a des poussées vers le haut, nos pieds qui décollent du sol, nos poids soulevés, tout comme des grands désespoirs où l'on a l'impression d'être seul et où la moindre racine semble une paroi lisse et infranchissable.
Alors il faut se rappeler que l'on n'est pas seul, jamais. Que cet autre nous encourage, nous réconforte et nous guide et que, sans que l'on s'en aperçoive, il porte discrètement notre sac.
Mais surtout, que ce chemin ardu nous amène toujours plus haut, étape après étape, pas après pas, jusqu'à ce que la réalité tout entière se retrouve parée de lumière.
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- 54 ans après la défaite d'Aizen – Dernière date connue : 4 Juillet -
Abattue, hébétée par tous ces remous intérieurs, Kohana contempla pour la première fois son œuvre.
Ces murs inexpugnables et menaçants, bloquant tout air, tout horizon, toute émotion.
Combien y en avaient-ils encore après celui-là ? Combien de fois devrait-elle fouiller à l'intérieur d'elle-même, rouvrir les vieilles blessures, en faire sortir le pus avant de pouvoir avancer vers un nouveau mur ?
Elle avait l'étrange impression d'être écorchée vive. Comme si chaque introspection arrachait sa peau pour permettre à une nouvelle de prendre sa place.
Bêtement, alors même que Mushoku l'avait prévenu, elle s'était imaginé que la sortie serait à portée une fois le premier obstacle franchi. Elle avait été naïve à penser s'en tirer à si bon compte. La réalité l'avait vite rattrapée.
Et elle n'avait qu'elle-même à blâmer. Ils étaient son œuvre, à elle et personne d'autre, bâtis pierre après pierre à chaque fois qu'elle bloquait une émotion ou une pensée dérangeante. Cette cage où elle avait scellé ses bagages encombrants était devenue sa propre cellule.
Où étaient-elles désormais ? La colère, l'envie, l'affection, la honte, l'espoir ? Seule la peur restait. C'était bien la seule qu'elle n'avait jamais pu complètement refoulée, comme un bouclier pour mieux rembarrer les autres. Se trouvaient-elles derrière l'un de ces murs, prêtes à l'assaillir dès qu'elle le franchirait, dès qu'elle aurait suffisamment abattu ses défenses ? Que trouverait-elle derrière le dernier rempart ? Y avait-il même une sortie ?
Encore une fois, elle avait peur.
Peur de ce qu'elle trouverait au bout. Peur de ce qu'elle deviendrait lorsqu'elle aurait perdu toutes ces coquilles qui l'avaient aidé à survivre jusque-là. Comment arriverait-elle à fonctionner ? Comment pourrait-elle mener la moindre conversation, remplir ses missions, passer outre les bouffées d'émotion qui l'envahiraient et tenteraient de prendre le contrôle.
Ah.
Au final, n'avait-elle pas peur de perdre le contrôle ? D'agir sans réfléchir, sous le coup d'une impulsion, de se retrouver débordée, envahie, rênes arrachées, spectatrice de sa propre vie qui galoperait telle un cheval emballé ?
Comment ferait-elle ?
Comment faisaient les autres ?
Soi Fon, Unohana, Byakuya… Aucun d'entre eux n'était un bon exemple. Ils avaient tous leurs masques et leurs murs. Et pourtant, ils ne s'étaient jamais retrouvés dans un tel état.
Peut-être était-il possible de donner dans la demi-mesure ? Mais comment ? Devrait-elle chercher et tâtonner pendant des années, enchaînant gaffes, échecs et bévues jusqu'à trouver un compromis ? Est-ce que cela pouvait s'enseigner ?
Et que deviendrait-elle en attendant ? Sans défenses, livrée à la moindre attaque, volontaire ou non ?
Ah.
Finalement, avait-elle peur de perdre le contrôle ou peur d'être vulnérable ? Il y a quelques temps encore, elle aurait considéré ces deux éléments comme une seule et même chose. Elle se rendait compte à présent qu'il y avait peut-être une différence.
Rien que la disparition de ce premier mur l'avait laissée hagarde, vidée de ses forces, avec une impression de soulagement et de légèreté, mais aussi, de fragilité.
Ce dernier ressenti lui laissait un goût amer et pesait sur ses poumons. Serait-ce là l'origine première de sa peur actuelle ? Elle avait, pour la première fois depuis des décennies, ouvert une brèche dans sa muraille. Et elle ne savait pas quel genre d'ennemi en profiterait pour l'attaquer.
Sa respiration se fit de nouveau plus courte et superficielle alors qu'elle posait des mots sur son angoisse.
Elle refusait soudain de continuer, préférant rester derrière ses murs. Mais la voix de Mushoku résonnait encore dans ses oreilles. L'avertissement était bien présent dans son esprit. Elle ne pouvait pas s'arrêter, sous peine de ne plus jamais pouvoir avancer. Elle devait persévérer tant bien que mal. Alors, elle entreprit un exercice surhumain pour elle. Laissant libres toutes les ébauches d'émotions qui commençaient à refaire surface, elle ne se concentra que sur sa peur, tentant de la refouler.
Tous ses efforts furent vains et ses poumons prenaient de moins en moins d'air à chaque inspiration. En désespoir de cause, elle créa un refrain au rythme d'un léger balancement, calquant ses inspirations là-dessus.
Tout va bien. Je suis en sécurité. Je suis avec Mushoku. Dans mon monde. Tout va bien. Je suis en sécurité. Personne ici que nous. Tout va bien. Je suis en sécurité. Personne que nous et mes souvenirs. Des souvenirs, seulement des souvenirs, rien que des souvenirs. Tout va bien. Un souvenir ne peut pas m'attaquer. C'est passé, fini, terminé. Rien qu'un souvenir. Tout va bien. Je suis en sécurité. Je ne dois penser à rien d'autre. Rien d'autre que maintenant et les souvenirs. Tout va bien. Après est après, on ne pense pas à après. Juste à maintenant et avant. Tout va bien. Je suis en sécurité.
Mais bien qu'elle essaye de se placer des œillères, elle savait pertinemment que c'était ses souvenirs qui avaient la meilleure chance de la blesser, encore plus profondément et gravement qu'un ennemi. Tout ce qu'elle avait refoulé, bloqué, caché quelque part, tout ce qu'elle avait refusé de ressentir se pressait désormais au portique, prêt à lui bondir dessus et à lui arracher les entrailles.
Et parce qu'elle avait nié leur existence aussi longtemps, elle ignorait tout d'eux, ne les avait jamais bien observé, ne comprenait pas d'où ils venaient, pourquoi ils naissaient, comment les apaiser et vivre avec.
En refusant d'affronter le problème, elle s'était également interdit de chercher une solution. Si Mushoku n'était pas intervenu, où en serait-elle à présent ? Que serait-elle devenue ?
Vraisemblablement, elle aurait fini par trouver la dernière personne sur sa liste. Et ensuite…
Est-ce que les digues auraient cédées, laissant échapper des monstres hurlants et vociférants à force d'être tenus si longtemps au silence ? Aurait-elle retourné une arme contre elle, perdue dans ce cyclone ?
A la mort de l'Ancien, elle en aurait été capable.
Mais aujourd'hui, aurait-elle acceptée cette fin ? Cette ultime et irrémédiable fuite ?
Un souvenir, encore un autre, s'installa doucement dans sa mémoire. Ce moment où elle avait commencé à éprouver le désir d'agir. De faire quelque chose non pour elle-même, mais pour un autre.
Elle revoyait la salle d'entrainement et la présence menaçante de Soi Fon, ressentait une nouvelle fois le désespoir et la honte de ses échecs répétés.
Elle n'avait pas réussi à rendre un coup face à la capitaine. Avait également échoué à en esquiver n'en serait-ce qu'un seul. Prostrée à terre, vision trouble, la déception et le mépris de son juge étaient clairement perceptibles.
« Qu'est-ce que tu fais ici ? »
Surprise par la question, elle n'a pas le temps de chercher une réponse.
« Je ne parle pas de l'Onmitsukido. Qu'est-ce qui t'as poussé à te présenter à l'Académie ? Tu devais déjà connaître ta condition. Pourquoi as-tu eu l'idée de devenir soldat malgré ça ? »
Parce qu'elle avait réussi à tuer un homme et qu'elle comptait recommencer ?
« Est-ce que c'était pour quitter le Rukongai, trouver un statut social ? Pour manger à ta faim, payer un toit et des vêtements ? Mais tu dois fournir ta part pour avoir tout ça, travailler, remplir tes missions. Ou bien est-ce que tu voulais apprendre à te battre malgré tout pour pouvoir te venger ? »
Le dernier mot résonne dans la tête de l'adolescente. Se venger ? Oui. La colère est encore aussi brûlante qu'au premier jour, les blessures encore à vif. Oui, elle veut éliminer tous ces monstres à visage humain qui tuent, massacrent, brutalisent, volent, incendient et pire encore. Que retirent-ils de ces actions ? Elle a éprouvé de la satisfaction à tuer le mercenaire, mais seulement parce qu'elle avait l'impression d'obtenir rétribution, une sensation déformée de justice. Mais eux, face à des enfants et un vieillard, quelle vengeance exercent-ils ? Est-ce à la vie elle-même qu'ils en veulent ?
« Tu vas finir par parler ? »
Le ton monte, elle ne peut plus se permettre de garder le silence. La vérité jaillit.
« Une promesse. »
« Quoi ? »
Elle s'assoit difficilement par terre. Tente de reprendre ses esprits. Instinctivement, elle comprend que la vérité ne l'amènera nulle part. Mais face à elle se tient une experte en interrogatoire. Elle va devoir jouer habilement entre le vrai et le faux, tenter le tout pour le tout.
« J'ai promis. La nourriture, j'me s'rais débrouillée. Le statut, j'en ai rien à foutre. Mais j'ai promis. » Sa voix est faible mais déterminée. Vrai.
« Tu as promis de devenir shinigami alors que tu es incapable de te battre ? Tu es folle ? As-tu cru un instant que tu allais réussir avec ce blocage-là ? Non, ça ne peut pas être ça. Qu'à tu promis ? »
« Que j'changerai les choses. »
Elle baisse la tête, les mensonges vont bientôt commencer. Mais pour l'instant, vrai encore.
« Quelles choses ? » La méfiance est manifeste dans son ton.
« Moi, les autres comme moi. Que j'changerai ce cercle de la misère. » Que, pour la première fois, l'un des faibles ferait trembler les cruels.
« Est-ce que tu as seulement conscience de tout ce qu'il faudrait pour le changer ? Je te croyais réaliste et terre-à-terre. Est-ce que je me suis trompée sur toute la ligne à ton sujet ? Crois-tu sincèrement que tu as la moindre chance de changer quoi que ce soit dans l'état où tu es ? »
« Non. »
La suite est facile. Elle lui a bien fait une promesse. Seulement, pas celle qu'il attendait.
« J'sais parfaitement que j'ai pas la moindre chance de changer quoi qu'ce soit. Mais j'l'ai promis. Lui, il était taré. Mais y m'a pas lâché. J'lui ai promis et j'ferai tout c'que j'pourrai même si j'en crève. »
« Et parce que ce fou le souhaite, tu es prête à mourir ? Parce que c'est exactement ce qui t'arrivera au premier pas que tu feras au-dehors. A quoi est-ce que ça me sert un espion qui va se faire tuer dès son premier combat ? Ta loyauté est peut-être admirable mais je ne comprends pas ce qui la motive. »
« S'il était encore vivant, j'lui aurai dit d'aller voir chez les nobles si j'y suis. Mais j'dois bien ça à sa mémoire. »
Une vengeance. Sa rage la réclame à corps et à cri. C'est l'unique motivation qui lui reste.
« Finalement, c'est toi la folle. Tu sais pertinemment que tu es incapable d'atteindre ton but mais tu le poursuis quand même. Et ce n'est même pas un but auquel tu adhères. Non, tu le fais seulement pour un mort. Même pas pour toi. »
Mais cette vengeance ne servira pas aux morts. Seulement aux vivants. Quelques tortionnaires de moins pour menacer les faibles, même si d'autres prendront rapidement leur place. Et à ce moment, un espoir fou lui gonfle la poitrine et la tête. Et si chacun de ces monstres en moins était une chance de survie de plus pour ceux comme elle ? Et si cela pouvait vraiment faire une différence ? Et si elle était capable de les aider ? Alors, un peu perdue dans cet enchevêtrement de sincérité et de tromperie, elle se prend à rêver tout haut.
« J'sais que j'peux pas tout changer. J'suis pas stupide. Mais j'peux au moins essayer de changer un peu. Juste un gosse pour commencer. Un gosse qui croise mon chemin et que j'pourrais aider. Et puis p'têtre un deuxième après ça. Puis un autre. J'peux pas faire une loi, mais j'peux faire un geste. Juste pour celui qui est près de moi. Et puis un autre. Juste ce qu'i côté plutôt que d'me noyer dans l'horizon. Juste un gosse qui aura pas espéré en vain. Juste un qui aura vraiment rêvé juste dans son enfer. »
Et un instant, juste un instant, elle a l'impression que c'est possible.
« Mumei. Comme tu es, même ce gosse-là, tu ne pourras pas l'aider. »
Ces mots lui font l'effet d'une douche glacée. Elle reprend abruptement contact avec la réalité. Sera-t-elle un échec toute sa vie ? Sa colère, toute dirigée contre les criminels, se retourne à présent contre elle.
Elle ne veut pas rester une loque. Elle veut réussir ne serait-ce qu'une chose dans sa vie, pouvoir dire avant de partir : « j'ai fait cela » et en être fière, et expirer calmement, au moins un peu rassérénée par cet accomplissement-là.
Alors, elle part un jour plus tard, prête à replonger dans l'enfer de son enfance. Elle a une liste à dresser, un contrat à proposer, un deuxième serment à prononcer. Habits rapiécés, ongles cabossés, cheveux mal taillés, un gardien à ses talons et des pensées tourbillonnant comme des mouches dans sa tête.
Avant de se diriger vers le Seireitei et de s'enrôler, elle avait pris le temps de suivre discrètement la troupe des mercenaires. Elle avait mémorisé leurs noms, visages, tatouages et autres marques ainsi que toutes les petites bribes d'informations utiles qu'ils lâchaient lors de leurs pauses, alors qu'elle se tenait cachée à quelques dizaines de mètres dans les coins d'ombre à disposition.
Elle les avait suivis jusqu'à leur employeur, qui leur avait donné des pièces sonnantes et trébuchantes contre leur rapport. Là encore, elle était restée quelques jours pour être sûre de pouvoir le retrouver et l'identifier où qu'il disparaisse.
Puis, elle était repartie vider ses cachettes et rassembler un maigre baluchon avant de commencer le long voyage à travers les districts jusqu'au Seireitei.
Trois ans plus tard, c'est cet employeur qu'elle souhaite retrouver, toujours suivie de l'espion de l'Onmitsukido. Il n'est pas juste que seuls les exécutants payent. Sa rage a décuplé son ambition et elle compte bien frapper tous les donneurs d'ordre. A partir de ce premier maillon, elle retrouvera autant de ses associés que possible. Elle a un mois pour terminer sa liste et la donner à Soi Fon. Si elle veut que la capitaine accepte ce sinistre contrat, elle devra jurer de n'en éliminer pas un de plus… et pas un de moins. Sa vengeance aura une fin.
Mais une rencontre imprévue bouleverse complètement ses plans hâtivement dressés.
Elle trébuche contre elle, au détour d'une ruelle mal famée. La petite courait de toutes ses forces pour échapper à son poursuivant, une pomme tenue fermement serrée dans sa main, même après leur collision. Elle comprend immédiatement la situation, tellement celle-ci lui est familière. Ne perdant pas une seconde, elle attrape la fillette avant qu'elle ne file, la plaque brusquement contre le mur et se place juste devant pour la dissimuler, attrapant l'espion de l'autre main pour qu'il complète le rempart de fortune.
Le marchand passe devant eux sans même leur prêter attention, continuant à courir et à jurer comme un charretier.
Après s'être assurée qu'il est bien parti, elle laisse sortir la petite et lui donne le morceau de pain qui restait dans ses poches.
Celle-ci sourit de toutes ses dents en lui lançant un grand merci. Elle a l'air d'une fillette de six ans à peine.
Déroutée, elle se retrouve soudain face à un miroir. Elle se revoit elle-même à cet âge-là. Puis, une succession d'images sur ce qui pourrait se passer dans quelques jours, semaines ou mois déchire son esprit en deux. Une forte envie de vomir l'envahit et son sang rugit contre ses tempes.
Se baissant jusqu'au niveau de la petite, elle lui saisit les épaules, la regardant droit dans les yeux.
« Y a des monstres à tête d'humain qui chercheront à t'capturer. T'laisse pas attraper. Mendie pas, c'est trop dangereux. Accepte jamais d'rentrer kèke part dont t'es pas sûre d'pouvoir ressortir. Et mange jamais tout d'suite la nourriture qu'on t'donne. Attends d'être loin, seule et en sécurité. Y a des nourritures qui font dormir et ils pourraient en profiter pour t'capturer. T'as compris. »
Le sourire de la petite s'efface brusquement. Son regard se fait grave et empreint d'une maturité déconcertante pour une si jeune enfant. Elle hoche lentement la tête.
« J'f'rai attention. »
Et cette promesse résonne dans ses oreilles, comme un signe que le cycle peut être brisé.
Alors, sans prévenir, des paroles décousues surgissent dans sa tête.
« Juste un gosse pour commencer. Un gosse qui croise mon chemin et que j'pourrais aider. »
« Mumei. Comme tu es, même ce gosse-là, tu ne pourras pas l'aider. »
« Et moi, à part avec mon reiatsu, chuis responsable de quoi ? »
« As-tu un rêve, Kohana ? »
« Mumei. Comme tu es, même ce gosse-là, tu ne pourras pas l'aider. »
« Seuls les fous peuvent espérer atteindre leur rêve. »
« Les autres trucs, ch'comprenais. Mais là, c'est trop. Chuis pas capable. »
« Moi aussi, je pensais que je n'en étais pas capable. Et tu sais comment ça a changé ? J'ai arrêté de me poser des questions et j'ai fait un pas »
« Mumei. Comme tu es, même ce gosse-là, tu ne pourras pas l'aider. »
« On peut être coupable de n'avoir rien fait, Kohana. »
Et le son presque joyeux de petits pieds nus courant dans une ruelle déserte résonnent longtemps dans son cœur, de concert avec ces voix.
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Ils résonnaient à nouveau alors qu'elle contemplait sans le voir le mur qui se dressait devant elle.
En rentrant du Rukongai, elle avait montré sa liste et offert ce contrat à Soi Fon. Un contrat auquel elle avait rajouté quelques amendements en cours de route. Et en échange, sa loyauté.
Soi Fon était profondément juste. Et comme toute personne de cet acabit, elle se révélait sévère, dure, froide. Pas de compassion, pas d'indulgences, non, certainement pas. Mais pour Kohana qui n'avait jamais rien connu de tout cela, cette justice était déjà un baume sur ses blessures. Paradoxalement, elle ne réclamait que cela depuis qu'elle était enfant, mais se rendait compte, presqu'inconsciemment, qu'elle ne serait pas forcément prête à en payer le prix. Sa vengeance ne faisait pas pencher la balance en sa faveur.
Soi Fon avait accepté son contrat, car c'était pour elle justice que d'éliminer des criminels pareils. Elle n'avait aucun ressentiment personnel contre eux. Ils avaient commis des actes odieux et restaient une menace, devant donc être éliminé tant que cela ne nuisait pas à des missions en cours. Elle faisait ainsi d'une pierre deux coups en quelques sortes, même si l'Onmitsukido n'avait pas pour but d'assainir le Rukongai.
Mais Kohana savait bien qu'en éliminant ces noms, elle laissait libre cours à sa colère. Ses exécutions n'étaient pas des actes de justice, et elle redoutait le jour où elle aurait à en payer le prix. Elle en avait eu conscience alors même qu'elle prononçait son serment, face à cette supérieure si différente d'elle.
Et c'est en sortant de son entrevue avec la capitaine qu'elle avait entendue Mushoku pour ce qu'elle croyait alors être la première fois.
Elle avait souvent entendu parler des zanpakuto lors de son bref passage à l'Académie. A l'Onmitsukido, durant l'entraînement, on lui avait rappeler les principes de base. Alors, quand cette voix avait résonné dans la tête, cela avait été comme la rencontre avec une personne longtemps attendu, complètement étrangère et à la fois, étonnamment familière.
Ce dernier sentiment s'expliquait facilement, maintenant qu'elle avait retrouvé la mémoire sur ses premiers souvenirs.
Finalement, il avait été là dès le début. Alors qu'elle était dans la détresse la plus complète, appelant à l'aide du plus profond de son être, il lui avait répondu. C'est sans doute ce dénuement et cette impuissance totale qui l'avait aidé à l'entendre alors qu'elle n'était encore qu'une gamine. Une fois qu'elle avait retrouvé sa liberté, elle n'avait plus été aussi disposée à l'écouter et il avait patiemment attendue jusqu'à ce qu'elle soit prête.
Contrairement à d'autres, elle avait rapidement appris son nom. Mais ça avait été une autre histoire pour accéder à son monde intérieur et débloquer son shikai. Cela lui avait pris six décades. Une soixantaine d'années après avoir franchi le seuil du bureau de Soi Fon, des centaines de missions et des milliers d'heures d'entraînement.
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Pour reprendre une expression qui pouvait manquer de raffinement mais résumait finalement de manière assez juste et bien observée une situation en y appliquant avec adresse le filtre de l'analogie, elle était dans la mouise.
Ce labyrinthe de ruelle n'était pas un labyrinthe de ruelle. Enfin, si. Mais il était plus que ça. C'était tout un quartier complètement gangrené par les yakuzas du Rukongai qui s'étaient soudain mis en tête l'étrange lubie de capturer des âmes pour le compte d'un labo. L'Onmitsukido n'avait pas encore réussi à trouver ledit labo. Il tombait sur fausse piste après cul-de-sac, informations erronées, incomplètes ou datées qui ne servaient pas à grand-chose sinon à perdre du temps.
Alors, en désespoir de cause, Soi Fon avait envoyé Kohana infiltré leur forteresse. Celle-ci n'avait toujours pas réussi à déterminer, en dépit de longues heures de réflexion, si son capitaine avait une dent contre elle ou si elle avait simplement tendance à surestimer les capacités de son espionne.
Bref, la forteresse en question n'était autre qu'un quartier entier dont les rues avaient été redessinées au fil du temps pour tracer un dédale géant afin de perdre les mouches, repérer les intrus et défendre le bastion. Elle ne savait pas qui était le petit génie qui avait conçu le parcours mais elle aurait bien voulu lui faire goûter quelques plats assaisonnés à sa façon, histoire qu'il souffre un peu avant de mourir.
Ils avaient des points de surveillance sur les toits, les balcons, les ruelles. Il y avait toujours un gamin, une prostituée, un mendiant, un vendeur ou une ménagère avec un œil sur les accès. Ils se connaissaient tous entre eux, ou alors utilisaient un code, et savaient donc parfaitement qui pouvait errer dans les ruelles et qui devait être adroitement redirigé vers l'extérieur… ou conduit à l'intérieur pour ne plus jamais en ressortir.
« Et bien sûr, qui c'est qui doit infiltrer la base ? C'est Bibi ! Tu crois qu'elle t'en veut encore pour avoir osé dire qu'les crackers d'Omaeda étaient pas si mauvais qu'ça ? Parce que là, ou elle cherche à t'faire crever en inscrivant une raison plausible dans l'tableau d'l'Onmitsukido, ou bien, elle a une drôle de façon d'montrer son affection. »
« Tu t'répètes, Mushoku. »
« Non, c'est mes dents qui claquent. Ça fait écho. »
Pour le coup, Kohana relâcha un instant son attention, interloquée. Mushoku avait un drôle de sens de l'humour, d'accord. Mais d'habitude, il y avait un… sens ?
« Ça y est, maintenant qu't'as arrêté d'trembler deux minutes, on va pouvoir réfléchir un peu. »
« Mushoku, c'est pas l'moment. On doit arriver à s'tirer d'ici. Ils m'ont repéré et ils sont en train d'chercher partout. Faut qu'j'arrive à filer ces docs aux relais qui m'attendent dehors. Sinon, on aura fait tout ça pour rien. »
« Oui, et c'est pas en courant comme une dératée d'une cachette à une autre qu'tu vas y arriver. Comme tu l'as r'marqué à l'arrivée, y a des endroits où on est obligé d'prendre des p'tits passages constamment surveillés. »
« Oui, on est dans la mouise. Tu m'fais d'l'amnésie ou quoi ? »
« Bon, sang, mais tu vas finir par m'écouter ou lieu d't'affoler comme une poule ? »
« Hé ! »
« T'as raison, c'est pas gentil pour les poules. Attention, va à droite ! Baisse-toi ! Ok. Maintenant, on attend un peu. »
« J'vais crever. »
« D'abord, dans ce cas-là, c'est on. Ensuite, si Mademouâzèle pouvait m'accorder deux minutes de son attention, j'ai p'têtre un moyen. »
« … »
« Ha, ça fait du bien. »
« Balance ou alors j'fais coucou au prochain qui passe. Puisque si j'crève, « on » crève tous les deux. »
« Ça va, ça va, on peut bien plaisanter un peu au moment d'y passer. Entre en méditation et rejoins-moi dans not' monde intérieur. »
« Si c'est encore une blague, elle est d'très mauvais goût ! »
« Mais tu vas faire c'que j'te dis, tête de pioche ! Ils viennent de passer et vont aller chercher ailleurs un moment, t'es bien planquée et j'veille. Toute façon, t'as pas d'autre solution. Alors dépêche ! »
Autant dire que ça avait été laborieux mais elle avait finalement réussi à le rejoindre dans leur monde intérieur après deux fausses alertes et une vraie.
Le garçon-gekko jetait des coups d'œil partout autour de lui, même si tout était calme dans le monde intérieur. Ce n'était pas la première fois que Kohana remarquait cette particularité. Il ne pouvait s'empêcher de bouger les yeux quand il surveillait ses environs, même si ceux-ci se trouvaient dans une autre dimension.
« Bon, y aura pas d'meilleur moment qu'celui-là, littéralement. Alors, j'veux qu'tu fasses à la lettre c'que j'te dis. Et pour une fois, gamine, faut qu't'arrêtes d'essayer de tout contrôler mais qu'tu suive ton instinct, et pour autre chose que la fuite. Tu m'comprends ? »
« Heu, je vois à peu près c'que tu veux dire. Mais ça veut pas dire que j'vais y arriver. »
« J'pense que l'risque de s'faire prendre va être une excellente motivation. Et j'vais t'donner un coup d'pouce. »
« D'accord. Mais concrètement, on fait quoi ? »
Un grand sourire ravi et moqueur lui fit face et sa seule réponse avant d'être renvoyée dans la réalité fut :
« Surtout, coupe pas la connexion. Faut qu'tu restes en phase avec le monde intérieur, comme si tu l'voyais avec ton esprit. »
Adrénaline, aide de Mushoku, soudaine inspiration, désespoir face à la situation sans issue, elle ne savait toujours pas, des années plus tard, comment elle y était arrivée. Mais elle se retrouva comme dans une étrange hypnose, poussée par un instinct plus fort qu'elle, à murmurer une invocation.
« Camoufle-moi, Mushoku. »
Elle sentit son reiatsu l'envelopper, tel un vêtement soyeux avant de lui rentrer légèrement sous la peau. La sensation était déroutante et réconfortante à la fois.
« Ok. Maintenant, dis-toi qu't'es recouverte par une illusion. Pas de bruits, pas de mouvements brusques, avance avec calme et en évitant d'rentrer dans les gros plein d'soupe et tout se passera bien. »
« Mais qu'est-c'que ça fait exactement ? Je m'sens à l'abri des regards mais chuis pas sûre d'bien comprendre comment ça marche. »
« Tu crois p'têtre qu't'es avec un nouveau gadget et son joli mode d'emploi bien écrit numéro après numéro ? Faut qu'tu nous fasses confiance, Kohana. A toi et à moi. Ce pouvoir vient d'toi. Faut qu'tu l'découvre, qu'tu l'teste, qu'tu l'sente. »
« Ouais, enfin, chuis pas à l'abri dans une salle d'entraînement, là. »
« Si ça peut t'rassurer, la plupart des shinigamis se r'trouvent en shikai quand ils sont dans la mouise. Pas d'endroit sécure et douillet pour faire les présentations pour eux non plus. Maintenant, concentre-toi sur notre lien. »
Et peu à peu, la réponse lui était apparue comme une évidence. Se glissant de recoin en recoin, évitant adroitement tous ceux qu'elle rencontrait, étouffant ses pas comme son souffle, elle se retrouva au bout de quarante éprouvantes minutes à l'extérieur du labyrinthe.
Ce n'est que deux districts plus loin qu'elle s'écroula sur la mousse d'une clairière pour prendre une grande inspiration et éclater en grands rires nerveux et triomphants.
Ils avaient réussi.
« Tu crois qu'au bout de soixante années de service et une mission comme celle-là, on a l'droit d'prendre des vacances ? »
« Ça dépend. Tu comptes parler à Soi Fon de ton shikai tout d'suite ? »
« Si j'le fais pas immédiatement, elle va réussir à m'trouver une autre mission encore plus merdique. »
« Pas faux. Bah du coup, tu peux faire une croix sur tes vacances. »
« Pourquoi ? »
« Heu… Attends un peu, c'est bien Soi Fon ton chef, non ? »
« Mince, elle va m'concocter des entraînements à en vomir. Surtout vu mon Shikai. Ça va être une manne d'or pour elle. »
« Ouaip ! »
« Et après les entraînements, tu crois qu'j'pourrais prendre des vacances ? »
« Après avoir passé plusieurs semaines sans recevoir une seule mission ? T'es naïve ou tu plaisante ? »
« … »
« Ouaip ! »
« Pourquoi est-ce que j'suis allée à l'Onmitsukido ? »
« Parce que c'est la seule qui pouvait faire kèke chose de toi. »
Elle avait poussé un long soupir.
« Mushoku ? »
« Ouais ? »
« Quand est-ce que t'arrêteras d'm'appeler gamine ? Ça fait soixante ans. T'es l'seul à avoir gardé une tête d'adolescent. »
« J't'appelle gamine parce que t'en es toujours une. Quand t'accepteras d'grandir un peu dans ta tête, on verra. »
« J'comprends pas. »
« Tu comprendras quand tu seras plus grande. »
« Hmpff ! »
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Elle s'était attardée dans ce souvenir-là, en savourant la douceur.
« Mushoku, est-ce que j'ai suffisamment grandi maintenant. »
« Peut-être. J'dois dire, t'es en train d'faire des pas d'géant. »
Elle n'était pas la seule à s'être remémoré ce souvenir. Ce moment de complicité, de camaraderie, de confiance complète, ou presque, entre eux deux, était incroyablement précieux. C'était l'un des derniers avant… avant quoi ?
Comment étaient-ils passé de ça à la situation actuelle ? Il n'y avait pas de murs dans son monde intérieur à ce moment-là. Ou alors, ils avaient été suffisamment discrets pour qu'elle ne les aperçoive pas lors de ses visites. Que s'était-il passé pour que tout bascule ?
« Va falloir y aller, ma grande. »
« J'ai peur. »
« C'est plus que des souvenirs, comme les autres. »
« Mais celui-là, il est encore frais. »
« On y va tous les deux, comme toujours. »
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Trois capitaines respectés et admirés par leurs subordonnés, trois parmi les plus grands défenseurs de la Soul Society ayant juré de la protéger avec leur vie, trois amis pour certains, mentors pour beaucoup… Trois traîtres pour tous.
Et une guerre dévastatrice dont on ressentait encore les effets aujourd'hui.
Avec tout cela, un manque cruel d'information sur des plans soigneusement échafaudés pendant des décennies, des ennemis à la puissance décuplée et des ressources limitées alors que cent ans auparavant, le Gotei 13 avait perdu onze de ses meilleurs éléments et restait considérablement affaibli.
L'Onmitsukido n'avait pas eu le choix. La situation était telle que Soi Fon avait sacrifié dix de ses meilleurs agents pour tenter d'y voir plus clair. Dix maîtres espions dont la disparition simultanée, qui plus est dans une telle situation, priverait la Soul Society de ses yeux, la mettant encore plus en danger qu'elle ne l'était déjà.
Dix espions envoyés pour infiltrer la forteresse ennemie, en plein cœur du Hueco Mundo.
Ils s'étaient faits décimés.
Les premiers jours, ils avaient réussi à rester inaperçu, observant la situation à l'extérieur de la forteresse et étudiant les différents accès et moyens de passer inaperçus. Ces quelques jours à éteindre complètement leur reiatsu les avait considérablement affaiblis. Ils avaient même remarqué avec étonnement des effets sur leur humeur et leur moral. A moins que ça n'ait été l'atmosphère ambiante.
Chacun avait tenté une route différente, afin qu'au moins une partie d'entre eux ait une opportunité de ramener les renseignements attendus.
Elle s'était retrouvée propulsée à l'extérieur des murs par un monstre ricanant avant d'étouffer sous des mètres de sable lourd et chaud, qui compressait sa poitrine et tous ses membres, empêchant le moindre mouvement.
Alors, pour la première fois, elle avait réellement eu peur de la mort. Se retrouver enterrée vive l'avait rendue plus réelle, effrayante et terrible que jamais. Elle avait une promesse à remplir et ne s'était jamais imaginé partir avant de l'accomplir, et dans de telles conditions par-dessus le marché. Pas maintenant, pas si vite.
Elle avait perdu connaissance alors que Mushoku essayait de lui dire quelque chose.
Lorsqu'elle s'était réveillée, elle n'en avait pas cru ses yeux. Le capitaine Ichimaru était assis à quelques pas, observant avec attention un gadget doté d'un large écran. Elle ne pouvait pas fuir, aussi vain que cela paraisse, car une corde entravait ses mains et ses pieds. Finalement, peut-être aurait-il mieux valu crever dans le sable.
« Bonjour ! Bien dormi ? »
La situation était tellement improbable que Kohana ne sut pas trop quoi répondre. Elle réfléchit à toute vitesse à la situation. S'il avait pris la peine de la tirer du sable, elle n'osait pas utiliser le mot sauver, c'est qu'il lui avait trouvé une utilité. Comme souffre-douleur ? Mine d'information ? Appât pour un piège ? Sauf que même Omaeda ne viendrait pas sauver sa peau. Ça faisait partie du contrat quand on entrait à l'Onmitsukido.
« Tes compagnons ne s'en sont pas aussi bien tirés. Mais tu es douée. Tu as réussi à te balader assez loin avant qu'on ne te repère. J'ai même cru à un moment que tu étais de mèche avec Aizen. Un de ses mouchards. Mais vu comme tu as fini, je pense que je peux te faire confiance pour porter un message. »
Ah, ou comme facteur. Une option qu'elle n'avait pas vraiment envisagée jusque-là.
« Je ne savais pas qu'on vous coupait la langue à l'Onmitsukido. Ai-je choisi la mauvaise personne ? Il y a pas mal d'informations à mémoriser et restituer à Soi Fon. »
« Vous pourriez commencer par couper ces liens en signe de votre bonne foi. »
« Ha, je me disais aussi. Mais je ne compte pas te libérer tout de suite. Pas tant que tu n'auras pas mémoriser le message. L'Onmitsukido étant célèbre pour sa loyauté à son chef autant que pour sa capacité à disparaître sans laisser de trace, je préfère prendre quelques précautions. »
« Quel est votre message ? »
« Posons les règles d'abord. Tu devras le relayer à Soi Fon et à elle-seule. Personne d'autre ne doit être au courant de mon implication. Du moins si vous souhaitez sortir de cette situation. »
Sous-entendait-il qu'il comptait y mettre fin ? Comment ? Et depuis quand agissait-il contre Aizen ? Et en même temps, c'était un fieffé menteur, difficile à lire. Elle devait traiter avec des pincettes le moindre détail qu'il lâcherait.
« Je le transmettrai uniquement à ma supérieure. Libre à elle de le diffuser ensuite. »
« Oh, elle connaît la valeur du silence dans ce genre d'affaires délicates. Si jamais Aizen découvrait que nous avons eu cette petite conversation, je ne donne pas cher de l'avenir de la Soul Society. »
Depuis le début de la conversation, il avait le même sourire bizarre et ça commençait à lui flanquer encore plus la frousse que le reste. On ne savait pas s'il les menaçait ou considérait qu'il était leur meilleure chance de survie.
Mais un onmitsukido ne laissait jamais passer une telle mine d'informations, surtout quand il s'apprêtait à rentrer complètement bredouille. Elle apprit donc par cœur le message, puis, une fois celui-ci sécurisé dans sa mémoire, entreprit de sonder un peu plus son adversaire.
« Pourquoi nous transmettre tout cela. Vous donnez l'air d'avoir joué en solo depuis le début. Qu'est-ce qui a changé la donne ? »
Il l'observa un moment et son sourire se fit soudain plus grave.
« Disons que j'ai un intérêt dans la survie du Gotei 13 et que je ne peux pas être au four et au moulin à la fois. »
Kohana fit rapidement le tour des rumeurs et autres infos circulant à l'Onmitsukido. Elle avait beaucoup travaillé dans le Rukongai jusque-là mais elle n'eut pas besoin d'une grande introspection pour tracer en pointillé un trait vers une motivation possible.
« L'endroit est calme. Dirige-toi vers le nord-ouest et éloigne-toi d'une centaine de kilomètre avant d'ouvrir un portail. Fais-le aussi discret que possible, quelque soit la manière dont tu t'y prennes. »
« Entendu. »
Il avait tranché ses cordes tout en lui donnant les dernières instructions. Kohana était par contre un peu embêtée. Comment prenait-on congé d'un capitaine traître, possiblement allié ?
Elle finit par opter pour un hochement de tête avant de partir dans la direction indiquée. Elle avait plus de chance de s'en sortir en faisant ce qu'il avait dit plutôt que de se méfier de ses instructions.
Quelques kilomètres plus tard, elle s'était affalée derrière une dune et s'était mise à claquer brutalement des dents. Son corps tout entier tremblait et elle avait du mal à appréhender les événements des dernières heures. L'infiltration échouée, le massacre de ses collègues qu'elle avait perçu alors qu'elle avançait à travers le dédale de la forteresse, la terreur alors qu'elle songeait que ce serait bientôt son tour, la découverte, la fuite, la bataille, les tonnes de sable qui l'écrasaient et l'étouffaient, puis le réveil incongru, le nouveau danger de se retrouver face à un des traîtres, le contenu même du message qui n'annonçait rien de bon…
Elle était en pleine crise de panique lorsqu'elle perçut un signal familier. Un signal qu'on avait engrainé dans son corps pendant des heures et des heures pour s'assurer qu'elle le reconnaitrait même dans les pires situations. Un de ses collègues s'en était sorti. Elle lui répondit aussitôt mais se déplaça ensuite de plusieurs centaines de mètres, invoquant son shikai afin de s'assurer qu'on ne lui tendait pas un piège.
Deux, ils étaient deux à se diriger prudemment vers l'endroit qu'elle avait indiqué. Leur posture indiquait qu'ils cherchaient eux-aussi à renifler un piège mais n'agissaient pas sous la menace. Tout ce langage était un secret de l'Onmitsukido. Un moyen pour les plus paranoïaques de se faire confiance. Quelque chose qu'ils ne révéleraient jamais, même sous la torture, d'autant plus que personne ne connaissait son existence.
Elle s'approcha d'eux, désactivant son shikai et projetant les signaux convenus.
Ils étaient tous des vétérans, avaient écopé des pires missions du service, et avaient tous les trois une furieuse envie de se jeter dans les bras des autres après ce qu'ils venaient de vivre.
Alors qu'elle était inconsciente puis en discussion avec Ichimaru, ils avaient réussi à sortir de la base. Ils avaient confirmé la mort ou la capture de tous les autres. La consigne était claire. Pour que cette mission suicide ne soit pas en vain, ils devaient partir maintenant avec ce qu'ils avaient pu glaner.
Ils s'étaient écroulés dans le bureau de leur capitaine. Tout leur courage, toute leur motivation les avaient alors quittés. Ces quelques jours passés dans le Hueco Mundo, avec cette atmosphère qui vous bouffait l'âme et vous pompait l'énergie, en plus des enjeux qui reposaient sur leurs épaules, de la perspective certaine d'y rester et d'être soumis à la torture, le peu de chance de réussite, l'inaction et la discrétion imposées par la mission de reconnaissance avec le camouflage constant de leur reiatsu et le contrôle implacable que devait imposer leur volonté au reste, …
Mais Soi Fon n'avait pas pu leur accorder plus d'un jour ou deux de repos. Il y avait trop à faire. On avait trop besoin d'eux. Alors, ils avaient dû repartir aussitôt en mission, complètement vidés, épuisés et traumatisés.
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Mais contrairement aux deux autres, Kohana n'en avait pas parlé, même après la guerre. Elle n'avait confié cet épisode à personne, mis à part quelques mots à Nanao qui s'était trouvé au mauvais endroit, au mauvais moment.
Toutes ses vieilles peurs étaient revenues en bloc. Même après tout son entraînement, tous ses progrès, tous ces changements, elle s'était à nouveau retrouvée gamine sans défense, perdue dans un monde qui la dépassait et sans aucune issue de secours.
La trahison des trois capitaines avait été un autre grand choc. Elle avait commencé à faire confiance à ses supérieurs, à ses amies, et voici que trois personnes à qui l'on avait confié la protection de la Soul Society trahissaient tous leurs serments.
Enfin, deux et demi si l'on considérait la situation particulière du capitaine Ichimaru.
Encore, qu'il y ait une pomme véreuse, un haut-gradé ayant grimpé là-haut avec des ambitions mal intentionnées, cela ne l'aurait pas autant écœuré. Il y avait des brebis galeuses partout.
Mais que le capitaine Tosen, avec son sens de la justice, sa volonté de verser le moins de sang possible, se retrouve à faire un tel choix, manipulé ou non par une crapule, cela la révoltait profondément. Elle le connaissait peu, mais elle le respectait pour ces opinions, et les renseignements qu'elle voyait passé sur lui avait renforcé son admiration. Elle avait cru qu'il était une personne fiable.
Il avait provoqué la hollowfication de son capitaine, trahi son meilleur ami, accepté sans ciller la mort de centaines de milliers d'innocents.
Il la dégoutait encore plus qu'Aizen qui ne s'avérait finalement qu'une simple crapule, intelligente, manipulatrice et puissante, certes, mais malfaisante de bout en bout.
Cette trahison l'avait marquée plus que toutes les autres. Les premières années après la guerre, elle faisait des cauchemars où Soi Fon et Omaeda se retournaient soudain contre elle. Ils avaient disparu peu à peu mais dans sa tête, un petit refrain se répétait inlassablement.
On ne peut faire confiance à personne
Elle ne peut faire confiance à personne.
Elle avait commencé à se distancer de tout et de tous. Ses amies l'avaient vu plus rarement, jusqu'à ce que Yachiru prennent les choses en mains et la gronde. Elle accordait plus de confiance aux contrats qu'elle passait avec des inconnus, jouant avec leurs intérêts, qu'aux liens qu'elle pouvait tisser avec les personnes autour d'elle. Elle refoulait toute émotion qui pouvait venir troubler son jugement et ses observations, portait un masque social en permanence, cachait de plus en plus fréquemment son reiatsu.
Peu après la guerre, Soi Fon lui avait confié une équipe en charge de la surveillance du Gotei et des nobles les plus influents. Ce n'était pas une conduite éthique mais la Soul Society ne pouvait pas se permettre de nouveaux traîtres alors qu'elle se retrouvait plus faible que jamais. Découvrir les ambitions des uns et les manipulations des autres lui avait laissé un goût amer dans la bouche, renforçant encore davantage sa méfiance. Elle avait même commencé à construire des caches dans le Rukongai et le Seireitei, prétextant que cela lui serait utile pour mener à bien ses missions.
Cette méfiance maladive et obsessionnelle avait atteint son point culminant avec Mushoku. Le jour où elle avait commencé à fermer les portes entre eux avait été le commencement de la fin pour son zanpakuto.
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Le monde intérieur est silence.
Une forme adossée à un mur contemple le vide, yeux hébétés et égarés.
Des larmes coulent pour la deuxième fois sur son visage.
Puis des petits reniflements résonnent dans la cage.
« Laisse couler, ma grande. Laisse. »
Et comme une digue se brisant soudain sous la pression du torrent, de grands pleurs jaillissent dans l'espace, se réverbérant sur les pierres.
La forme est pliée en deux, front contre sol.
Elle pleure comme elle n'a jamais pleuré. Elle hurle toute sa colère, son indignation, sa tristesse, sa honte, ses rêves brisés et ses espoirs déçus. Elle pleure l'enfance volée, l'innocence meurtrie, les douleurs et les tortures. Elle pleure ce qu'elle n'a jamais connu, tout ce pour quoi elle a dû se battre dès le départ alors qu'ils devraient être assurés à chaque enfant. Elle pleure l'égoïsme et la cruauté, la banalité de ces maux et leur spirale infernale allant toujours plus bas, plus loin.
Elle pleure aussi pour ces autres enfants qui ont connu le même enfer, tous ceux qu'elle a essayé d'aider, tous ceux qui ne s'en sont pas sorti, tout ce cycle qui se répète sans qu'elle n'arrive à le briser.
Et elle pleure pour ses propres erreurs, ses faiblesses, sa peur qu'elle n'a pas su contrôler, ses fuites éperdues et répétées, les blessures qu'elle a elle-même infligées, les mains qu'elle a ignorées, les portes qu'elle a fermées.
La peur, encore la peur, toujours la peur qui l'a obnubilée, massacrée, oppressée au point qu'elle ne vivait plus qu'avec elle au ventre.
Pendant cinquante ans, elle a arrêté de vivre, traumatisée. Tout ce chemin qu'elle avait parcouru, elle l'a dévalé tête la première pour se retrouver encore plus bas que le point de départ.
Et elle hurle pardon. Pardon pour elle-même, pardon aux autres, pardon de tout ce qu'elle a raté, évité, refusé à cause de cette chienne de peur qui devenait plus importante que de vivre.
Elle ne se rend même pas compte que les murs autour d'elle se sont évaporés, ne laissant que quelques monticules de ruines ça et là. Un adolescent ressemblant étrangement à un gekko s'approche d'elle et s'accroupit avant de la prendre dans ses bras. Elle continue de pleure, alors qu'il lui caresse doucement les cheveux et la berce comme un petit enfant.
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- 54 ans après la défaite d'Aizen – 17 Septembre -
Ses paupières sont aussi lourdes que des chapes de plomb. Elle dirige toute sa volonté vers elles afin de les entrouvrir, sous les encouragements de Mushoku.
Elle y renonce presque, mais il la galvanise jusqu'à ce qu'elle reparte au combat. Elle sent enfin la lumière qui lui blesse les yeux. Elle les referme, avant de les rouvrir à nouveau, lentement. Il lui faut un certain temps avant de s'habituer. Ce simple effort l'a épuisé. Elle observe attentivement autour d'elle et se rend compte qu'elle est dans une chambre d'hôpital. Combien de temps a-t-elle ainsi passé dans le coma ?
Une exclamation résonne à ses oreilles.
« Ko-chan ? »
Des cheveux roses virevoltent devant elle, encadrant de grands yeux d'enfant ravis et surpris.
Mais avant qu'elle ait le temps d'esquisser le moindre geste, la tête disparaît, une porte s'ouvre avec fracas et une voix stridente hurle :
« Reeeeeeeeeeee-chaaaaaaaaaaan ! »
Puis, la boule d'énergie revient en trombe et saute dans ses bras pour lui administrer un grand et brutal câlin.
Elle en perd le souffle et constate à quel point elle a faibli et maigri.
Et soudain, elle réalise que, pour la première fois, elle tient l'un de ces enfants qu'elle s'est juré de protéger dans ses bras. Non, que ce spécimen là en ait particulièrement besoin. C'est plutôt Yachiru qui est en mesure de l'aider et non l'inverse. Mais elle découvre ce contact avec l'humain, avec une de ces personnes innocentes que l'on veut et doit préserver et aider à grandir.
Mushoku aurait bien envie de répliquer que, là encore, Yachiru n'est pas le bon exemple, mais elle le fait taire.
Et pour la première fois, elle rend son câlin à la petite fille, levant ses bras avec une lenteur démesurée et une faiblesse désarmante pour l'enlacer à son tour.
Dans sa tête, les paroles de Mushoku, prononcées juste avant qu'elle ne quitte son monde intérieur, résonnent encore toutes fraîches.
« T'as fait un sacré boulot, ma grande. Mais t'es loin du but encore. Tout c'que t'as fait là, faut que tu l'continue, que tu l'mette en pratique à l'extérieur. Faut que tu agisses, qu't'avance comme te l'as appris l'ancien, un pas après l'autre.
Va y avoir des moments où tu vas r'tomber au fond du trou, des rechutes. C'est normal. C'est humain.
Mais t'as plus l'droit d'fuir. Faut plus qu'tu survives mais qu't'apprennes à vivre. Faut plus qu'tu t'contente d'exister. Faut qu't'agisse. Un humain qui existe pour exister, ça a pas d'sens. Un humain est fait pour décider et agir. Il est fait pour trouver une étoile et la suivre. Un humain n'est pas fait pour exister par lui-même, il doit vivre pour les autres. Ou alors, il s'auto-détruira, d'une manière ou d'une autre, comme tu as failli l'faire.
Quand on a eu une chienne de vie comme la tienne, c'est encore plus vrai et nécessaire. C'est qu'en te tournant vers les autres qu'tu trouveras ta raison et ton courage pour vivre, te battre, affronter, supporter et persévérer. C'est que grâce à eux, qu't'arriveras à sourire, rire, aimer, offrir, accepter et savourer chacune des petites pépites qu'tu trouveras sur ton chemin. Et c'est qu'avec eux, bons comme mauvais, qu't'arriveras à trouver la réponse à ta question. »
« Quelle question ? »
« Celle qui t'gratte le cerveau sans arriver à crever la surface depuis c'qui s'est passé avec l'Ancien. »
