DISCLAIMER : Comme il est fait mention du monument dans ce chapitre, je me dois de préciser que mon histoire ne prend pas en compte l'incident qui a frappé la cathédrale Notre-Dame de Paris le 15 avril 2019. Ici, la grande dame de pierre est intacte et est ouverte aux visiteurs.
Assis à son bureau, penché sur ses documents, Gabriel étudiait un dossier, apportant quelques corrections à certains paragraphes, signant d'autres pages. Les sourcils froncés de concentration, Gabriel parcourait les rectos et les versos avant de s'arrêter subitement, relevant la tête. La maison était habituellement calme, très calme, à son expresse demande.
Les domestiques avaient pour instruction de remplir leur travail dans le plus grands des silences et le maître de maison avait volontairement établi son bureau le plus possible des cuisines afin de ne pas être gêné par les entrechocs des ustensiles de table. Mais à cet instant, ce n'était pas les cliquetis des couverts qui lui avaient fait relever les yeux, mais des voix.
Des voix qu'il ne connaissait pas qui plus est.
Fronçant d'avantage les sourcils, il tourna le regard vers Nathalie qui était assise à un petit secrétaire en bois, face à lui. Le voyant s'agiter, l'assistante releva à son tour les yeux, surprenant le regard dur de son employeur. Il ne fallut que quelques secondes à Nathalie pour comprendre le désarroi de Gabriel qui se leva, les poings serrés.
L'assistante soupira intérieurement. Elle redoutait que tout cela n'arrive. Bien qu'elle ait demandé aux jeunes gens de rester discrets, le son de leurs voix n'avait pas échappé à Gabriel. L'homme s'approcha de la sortie de son bureau, sous le regard affolé de Nathalie. Bien qu'elle détestait se mêler des affaires qui ne la regardait pas, surtout celles qui concernait son employeur et son fils, elle voulait tenter d'amoindrir cette vibration de colère qu'elle pouvait sentir de sa position.
-« Monsieur, je p- »
Mais le foudroiement de regard de Gabriel l'empêcha de terminer sa phrase. Le maître de maison sorti de son bureau, se dirigeant aussitôt vers la chambre de son fils, ses pas résonnant sur le sol en marbre comme résonnent les pas d'un gardien dans une prison. Sans surprise, les voix provenaient de là. Il posa sa main sur la poignée qu'il fit tourner alors que Nathalie arrivait derrière lui. Gabriel ne prit même pas la peine de frapper, et ouvrit la porte en fracas, faisant sursauter les quatre occupants de la pièce.
Félix tourna les yeux et quand il aperçut le regard excédé de son père, le jeune homme se sentit perdre pied l'espace d'un instant. Il se leva en un bon, comme l'aurait fait un robot, aussitôt imité par Bridgette, Andréa et Jehan qui écarquillèrent les yeux.
Félix se sentit piégé, sa cage thoracique devenait de plus en plus petite, sa respiration plus courte. Que devait-il faire ? Comment expliquer ? Alors qu'il cherchait une explication à fournir à son père qui se rapprochait de lui, il sentit sa gorge se nouer. Même s'il détestait se sentir faible et humilié par cet homme, il ne trouvait pas le courage de dire quoi que ce soit à cet instant. Il savait que la présence de ses camarades en ces lieux était totalement interdite et qu'il venait d'outre passer une nouvelle fois une règle qui lui était imposée depuis longtemps.
Gabriel s'arrêta juste devant lui et Félix serra les poings. Le maître des lieux scanna les trois intrus avec un regard froid, si glacial que Jehan, Andréa et Bridgette sentirent un méchant courant d'air caresser leur colonne vertébrale. Gabriel passa ses mains dans son dos, ferma les yeux puis inspira lentement, son visage ne trahissant aucune émotion.
-« Que signifie tout cela ? » demanda-t-il d'une voix sévère, son regard inquisiteur posé sur son fils.
-« P-Père, je… » commença Félix en soutenant le regard de son père avec un air apeuré.
Bridgette, juste à côté de lui, le regarda faire avec une mine désolée. Elle n'avait jamais vu son ami si désemparé, sûrement apeuré par ce qui était en train d'arriver et cela la peinait grandement. Alors que Gabriel avait toujours les yeux rivés sur son fils, la jeune fille en profita pour le regarder discrètement. Gabriel Agreste, qu'elle avait reconnu sans mal, était un homme assez grand, bien qu'il fût plus petit que Jehan, et à la carrure imposante. Ses traits durs et son regard perçant faisaient froids dans le dos, surtout quand il était en colère. Et même s'il n'avait fait que prononcer quatre mots, ces quatre petits mots avaient suffi pour refroidir l'ambiance jusque-là chaleureuse.
Voyant que Félix ne pouvait aller plus loin dans sa phrase, Bridgette serra les poings avant de faire un pas en avant, se plaçant juste à côté de lui pour faire face à M. Agreste.
-« Ne soyez pas en colère contre Félix, c'était notre idée de venir, expliqua la jeune fille en tentant de garder une voix calme. Il n'était pas au courant, je vous assure. »
Père et fils tournèrent les yeux vers elle. Félix ouvrit légèrement la bouche, plus que surpris de voir Bridgette prendre sa défense tandis que Gabriel se tournait complètement vers elle. Il la scanna en fronçant les sourcils pendant plusieurs secondes, sans rien dire. Seuls ses yeux d'un bleu gris semblable à celui des iris de son fils bougeaient frénétiquement. Bridgette se contenta de déglutir, sans bouger elle non plus. Même si elle trouvait cet homme impressionnant, elle n'avait pas peur de lui, et hors de question de lui faire penser le contraire. Elle soutint son regard le temps qu'il fallut, les poings serrés.
-« Et qu'est-ce que vous comptiez accomplir ici ? » demanda-t-il en se redressant, les mains toujours dans son dos.
-« Nous sommes venus apporter les cours que Félix a manqué ses derniers jours. » expliqua Jehan en s'avançant à son tour vers le maître des lieux, posant sa main sur l'épaule de Bridgette pour lui exprimer silencieusement son soutien.
-« Et également prendre de ses nouvelles, acheva Andréa en faisant elle aussi un pas en avant. Comme il ne venait plus au lycée, nous étions inquiets pour lui. »
Gabriel posa de nouveau son regard froid sur Jehan puis sur Andréa, les scannant tour à tour avant de se tourner vers Félix. Le jeune homme se contenta de hocher légèrement la tête, en signe de confirmation, avant de baisser les yeux, incapable de dire quoi que ce soit. Il était à la fois très reconnaissant de ce que venaient de faire ses camarades mais d'un autre côté, il se sentait tellement mal de se retrouver si faible face à son père, de se faire humilier de la sorte. Il se maudissait de ne pas avoir un peu plus de courage de l'affronter, tout comme le faisaient ses amis.
Gabriel resta silencieux quelques secondes. Cet instant de flottement sembla durer des heures. Le tic-tac de l'horloge suspendu au mur résonnait dans toute la pièce. Et soudain, Gabriel reprit la parole, tournant de nouveau les yeux vers son fils.
-« Tu as trouvé de bons camarades à ce que je vois, c'est bien. » dit-il avec un léger hochement de tête.
Félix échangea un bref regard avec son père. Le jeune homme se sentit perdu. Était-il sincère ? Ou devait-il comprendre autre chose derrière ce message faussement positif ? Jamais il n'aurait imaginé son père prononcer de tels mots.
-« Mais le fait est que vous n'êtes pas les bienvenus ici, reprit Gabriel en foudroyant Jehan, Andréa et Bridgette du regard. Je vous demande de partir immédiatement. Et ne vous avisez plus jamais de rentrer chez moi sans que je sois mis au courant. » murmura-t-il en se tournant vers Nathalie, restée dans l'entrée de la pièce, qui se contenta de baisser les yeux, comprenant que cette dernière remarque lui était expressément destinée.
Puis, sans attendre les réactions des quatre jeunes gens, Gabriel tourna les talons, passa devant son assistante sans lui adresser un regard et tourna ses pas vers son bureau une fois de retour dans le couloir. Les cinq occupants de la pièce le regardèrent faire dans le plus grand des silences avant que Nathalie ne se tournent vers Jehan, Andréa et Bridgette.
Le regard qu'elle leur lança et la discussion qui venait de se terminer suffit à leur faire comprendre ce qu'elle attendait d'eux, et les trois jeunes gens s'exécutèrent aussitôt. Ils passèrent les uns après les autres devant Félix, remerciant et posant leur main sur le bras ou les épaules du jeune homme pour lui apporter un soutien silencieux. Ils récupérèrent leurs affaires avant de lui adresser un dernier regard. Le jeune homme se contenta de hocher la tête, pâle comme la craie. Jehan le remarqua et eut soudain une idée. Il récupéra son sac à dos mais laissa volontairement sa veste au sol avant de suivre Nathalie et ses deux camarades qui étaient parties devant lui.
Leurs pas résonnèrent sur le marbre du couloir, les trois amis n'osant rien dire tandis que les pas de l'assistante se faisaient de plus en plus rapides alors qu'ils approchaient de la sortie. Ils descendirent l'escalier central, passèrent devant le Gorille qui les regarda d'un œil dur, mais juste avant d'atteindre le palier de la bâtisse, Jehan aplati théâtralement sa paume sur son front.
-« Ma veste ! s'exclama-t-il en se tournant vers Nathalie qui avait déjà ouvert la porte. J'ai oublié ma veste. Je vais la chercher, je reviens tout de suite ! » dit-il en retirant son sac de son dos.
Le jeune homme confia ledit sac à Bridgette en lui adressant un petit clin d'œil que la jeune fille ne comprit pas avant de s'élancer dans les escaliers, alors que Nathalie protestait pour tenter de le retenir. Mais trop tard, Jehan n'écoutait plus.
Quand la porte fut refermée, Félix tangua sensiblement sur ses jambes, perdant presque l'équilibre avant de s'accrocher au bord du canapé. Il passa une main sur son visage, totalement perturbé par la scène qui venait de se dérouler devant lui.
S'il était beaucoup dire qu'il avait eu la peur de sa vie, l'adolescent sentait ses boyaux se tordre dans tous les sens tant le stress qu'il avait ressenti quelques secondes plus tôt avait été immense. Posant sa main sur sa bouche, le garçon se sentit soudain nauséeux, ce qui alerta Plagg qui vint à sa rencontre, sortant de sa cachette.
-« Ça va ? » demanda-t-il en penchant la tête pour attirer l'attention de son porteur.
-« O-Oui, tout va bien, bégaya-t-il en secouant la tête. Excuse-moi, je me suis senti mal tout à coup, ça va mieux. » dit Félix en relevant les yeux vers son camarade couleur charbon.
Plagg n'eut rien le temps d'ajouter que des pas se firent de nouveau entendre dans le couloir, des pas qui résonnaient forts, des pas de course. Soudain, la porte s'ouvrit en fracas et Félix eut la surprise de voir Jehan apparaître dans l'encadrement de la porte alors que Plagg se cachait parmi les livres du bureau. Aussitôt, son ami s'avança vers lui pour poser ses mains sur ses épaules.
-« Est-ce que ça va ? » questionna-t-il, les sourcils froncés.
-« Oui, pourquoi est-ce que ça n'irait pas ? » riposta Félix en haussant les épaules.
-« Allez, arrêtes de faire comme si de rien n'était, j'ai bien vu ce qui s'est passé, et ça ne va pas du tout ! »
Félix se contenta de sourire en se dégageant de la poigne de son ami puis en reculant d'un pas.
-« C'est toujours comme ça, expliqua-t-il avec un faible rictus. On finit par s'habituer, je t'assure. »
-« N'empêche que tu vas devenir fou si ça continue comme ça, insista Jehan. Tu ne peux pas rester ici, c'est incroyable que tu n'aies pas déjà explosé sous la pression ! »
Félix se contenta une nouvelle fois de hausser les épaules, ne sachant quoi répondre. Peut-être avait-il raison, toujours est-il que la situation était ce qu'elle était et qu'il ne pouvait rien n'y changer. Sachant que son temps était compté, Jehan s'approcha de la grande fenêtre de la chambre et pointa la rue en contrebas en se tournant vers Félix derrière lui.
-« Je vais emmener les filles dans ce parc avant d'aller se balader tous ensemble. Rejoins-nous là-bas. »
-« E-Excuse-moi ? » s'étrangla presque l'adolescent en reculant d'un pas.
-« Allez, je suis sûr que tu connais plein de manières de sortir d'ici sans être vu ! Tu fermes ta porte avant de partir et tout le monde croira que tu boudes dans ta chambre ! expliqua Jehan en se rapprochant de son camarade. C'est l'affaire de… deux, trois petites heures ! »
Félix commença par hocher négativement la tête tout en continuant à reculer mais Jehan insista encore, reposant ses mains sur les épaules de Félix.
-« Je sais que tu as besoin de sortir un peu, de te changer les idées, et je suis sûr que tu le sais aussi ! Allez, personne n'en saura rien ! On peut même t'aider si tu veux ! »
-« Tu es en train de me demander de fuguer ou je suis en train rêver ? »
-« Tout de suite les grands mots ! protesta Jehan en levant les yeux au ciel. Tu vas juste… faire le mur ! Juste le temps de passer l'aprèm avec nous. »
-« Tu es complètement fou. »
-« Merci ! rit Jehan. Alors qu'est-ce que tu en dis ? »
Félix soupira en secouant la tête. D'un côté, Jehan n'avait pas totalement tort, rester enfermé ici sans arrêt allait finir par le rendre fou. Mais de l'autre, comment pouvait-il sortir d'ici ? Par quel miracle allait-il pouvoir s'éclipser sans que personne ne le remarque ? Félix releva les yeux, croisant le regard de Plagg, posé sur le bureau, dans le dos de Jehan. Un petit sourire se dessina sur les lèvres du kwami, défiant silencieusement Félix de répondre positivement à la demande du grand métis. Félix le regarda intensément durant quelques secondes avant de reporter son attention sur Jehan.
-« Bon, je vais essayer, soupira-t-il avec un léger hochement de tête. Mais je ne vous promets rien, pas la peine de m'attendre plus de 10 minutes. »
-« D'accord ! » répondit aussitôt Jehan en s'écartant de lui.
Le jeune homme fila de nouveau vers l'entrée de la pièce, se pencha pour récupérer sa veste qu'il avait volontairement laissé au sol avant de passer la porte avec un dernier regard en arrière, adressant un petit sourire à son camarade. Il retraversa une dernière fois le couloir, rejoignant le hall en quelques secondes, là où l'attendait ses amies et Nathalie, qui croisa les bras en le voyant arriver.
-« Désolé du retard, s'excusa Jehan en passant devant elle. Je ne savais plus du tout où je l'avais laissé ! Et puis la chambre est tellement grande… »
-« Oui bon, coupa l'assistante en levant la main pour le faire taire. Allons-y maintenant. »
Les trois amis hochèrent la tête alors que Jehan récupérait son sac des mains de Bridgette. Les deux jeunes gens échangèrent un regard et le grand sourire sur le visage de son camarade fit comprendre à Bridgette qu'il avait réussi à faire ce qu'il voulait, même si elle ignorait encore de quoi il retournait.
Le petit groupe traversa la cour et Nathalie ouvrit le grand portail, laissant passer les trois amis. Ils se retournèrent pour remercier l'assistante et s'excuser du désarroi qu'ils avaient pu lui causer. Nathalie se contenta d'un petit hochement de tête sans aucune expression avant de tourner les talons, refermant le portail derrière elle. Andréa et Bridgette attendirent que les portes en fer soient totalement closes pour se tourner vers Jehan qui avait passé ses mains dans les poches de son pantalon.
-« Qu'est-ce que tu as fait ? » questionna aussitôt Bridgette en se plantant juste devant lui.
-« Moi ? Mais rien du tout, je suis allé chercher ma veste, c'est tout ! » répondit le jeune homme en passant ses bras derrière sa tête.
-« Arrêtes de mentir, on sait très bien que tu as oublié volontairement ton pull pour pouvoir revenir dans la chambre de Félix, protesta Andréa en croisant les bras. Qu'est-ce que tu as fait tout le temps où tu es parti ? »
-« Oh mais vous êtes tellement suspicieuses avec moi ! soupira Jehan avec un haussement d'épaules. Je n'ai rien fait de mal, c'est promis, j'ai simplement… discuté avec Félix. »
-« Et qu'est-ce que tu lui as dit ? » demanda Bridgette, surprise.
-« Si j'ai été suffisamment convaincant, tu vas pouvoir lui demander d'ici quelques minutes. » déclara Jehan avec un petit sourire.
Les deux filles se regardèrent, leur regard balançant entre surprise et suspicion. Avant qu'elles n'aient pu dire quoi que ce soit, Jehan tourna les talons en reprenant la parole.
-« Hey, si on allait dans le petit square là, dit-il en pointant les arbres devant lui. Bri, je suis sûr que tu meures d'envie de faire de la balançoire. »
Sans écouter la réponse de ses amies, Jehan traversa la rue, suivi de près par Andréa et Bridgette qui le harcelaient de questions. Mais le garçon garda le silence. Il ne voulait pas les inquiéter ni les décevoir si jamais son plan ne fonctionnait pas, bien qu'il ait bon espoir qu'il fonctionne. Il avait lu dans les yeux de son ami une certaine détermination à sortir de sa prison.
Plagg attendit que les pas de Jehan se soient évanouis dans le couloir pour venir virevolter devant Félix qui croisa les bras.
-« Alors franchement, je ne m'attendais pas à une telle réponse ! » rit le kwami tandis que Félix lui adressait un air sévère.
-« C'est ça, rigole, soupira le jeune homme avec un hochement d'épaules. Mais je ne sais plus quoi faire maintenant. »
-« Eh bien, tu sors ! » déclara Plagg.
-« Tu es sérieux ? »
-« Evidemment ! « Ce que ton père ignore ne te fais aucun tort » n'est-ce pas ? Donc, tu sors en douce ! »
-« Ah oui ? Et comment je fais ça ? »
Kwami et porteur échangèrent un regard alors que Plagg croisait ses pattes en haussant un sourcil. Félix le regarda faire avant de comprendre où il voulait en venir. Un petit rictus se dessina sur ses lèvres avant que le jeune homme n'éclate de rire, un rire froid, sans aucune gaité, moqueur.
-« Tu vas me faire croire que tu vas m'aider sans rien attendre en retour ? » demanda Félix en pointant son doigt vers son petit camarade, l'air inquisiteur.
-« Je ne suis pas si horrible que ça tout de même, répondit Plagg en se posant sur les phalanges de l'adolescent. Et la transformation ne me coûte pas d'énergie si tu n'utilises pas le Cataclysme. Si tu es prêt à assumer les éventuelles conséquences de ta sortie en cachette, je veux bien t'aider. Ça ne dépend que de toi. »
Félix resta interdit quelques instants : lui non plus ne s'attendait pas à une telle réponse. Il se tourna vers la fenêtre de sa chambre, là où Jehan s'était arrêté pour lui montrer leur point de rendez-vous. Il s'approcha doucement, comme s'il avait peur d'être aperçu. Il regarda en contrebas, les gens dans la rue, les voitures qui passaient sur la route, les feuilles des arbres qui bougeaient sous le vent. Il serra les poings alors que Plagg venait se poser sur son épaule.
-« Il a raison, murmura Félix en tournant les talons, s'approchant de la porte d'entrée. J'en ai assez de rester ici, d'obéir à des ordres stupides, de ne jamais rien pouvoir faire, de me faire humilier sans cesse. »
Le jeune homme posa sa main sur la poignée et tourna le verrou de la porte avant de glisser la clé dans la poche de son pantalon, un air déterminé sur le visage.
-« Je m'étais promis de ne plus jamais me laisser faire, il est temps de prouver ma détermination. » souffla-t-il en regardant Plagg sur son épaule.
-« N'oublies pas de ne jamais te laisser surpasser par tes émotions, insista Plagg en plongeant son regard vert dans celui de son porteur. Je sais que tu es contrarié, mais tu ne dois jamais utiliser tes pouvoirs autrement que pour faire le bien, tu m'entends ? Ne fais pas l'idiot, c'est tout. »
-« Je ne serai pas Chat Noir très longtemps, ne t'inquiètes pas, juste le temps de sortir d'ici. » répondit le jeune homme en se retournant.
Il se rapprocha de sa chaîne hi-fi afin de lancer son disque de solo de violon afin de tromper son absence. Tous les occupants de la maison savaient que Félix jouait de son instrument lorsqu'il se sentait triste ou contrarié et personne ne penserait alors à venir le déranger. Une fois la musique lancée, il se redressa et tourna les yeux vers son bureau. Le cadre photo où apparaissait sa mère était tourné vers lui, comme s'il l'observait.
-« Je resterai prudent, c'est promis. » murmura Félix avec un petit sourire avant de tourner les talons vers la grande fenêtre.
Il regarda une nouvelle l'extérieur avant de regarder Plagg qui descendit de son épaule pour venir virevolter devant lui.
-« Tu es sûr de ce que tu fais ? » demanda le kwami avec un petit sourire narquois.
-« Non, mais je suis sûr que je n'aie pas envie de laisser passer cette chance, affirma l'adolescent avec un petit hochement de tête. Toujours partant pour m'aider ? »
-« J'irai où tu iras ! » affirma Plagg avec un sourire.
Félix lui répondit avant de prendre une profonde inspiration. À partir de maintenant, il n'était plus question de faire marche arrière et de toute façon, il n'en avait aucune envie. La seule chose qui le motivait pour l'instant était de sortir d'ici pour quelques temps, fuir son père quelques heures et profiter de ses amis un peu plus longtemps. Jamais il n'aurait cru faire ça, mais cela lui semblait maintenant vital. Il serra une nouvelle fois les poings avant de prononcer sa formule de transformation.
« Plagg, transforme-moi ! »
Assis sur un banc du parc, Jehan sifflotait tranquillement alors qu'Andréa et Bridgette continuaient de lui poser des questions auxquelles il ne répondait volontairement pas, ce qui énervait les deux amies.
-« Tu peux au moins nous expliquer ce qu'on fait ici ?! » demanda Bridgette en secouant le bras de son ami.
-« Non ! » déclara-t-il, amusé.
-« Tu as piégé la maison des Agreste ? » hasarda Andréa.
-« Nope. »
-« Tu as posé une caméra dans la chambre de Félix ? »
-« Oui… Mais en fait non. »
-« Tu as fait un plan avec lui pour revenir discrètement dans la maison ? » murmura Andréa en croisant les bras.
-« Hey, y'a de l'idée ! dit Jehan en se tournant vers elle. Mais c'est pas ça. »
Les deux amies se regardèrent en fronçant les sourcils. Jehan était plus qu'évasif sur le sujet et il était impossible de lui soutirer des informations, ce qui n'enchantait pas les deux jeunes filles qui craignaient qu'il n'ait fait une grosse bêtise. Elles ne pensaient même plus à évoquer le sujet de Gabriel Agreste tant elles étaient intriguées par le comportement de leur ami depuis qu'ils avaient quitté la maison. Andréa avait remarqué que son camarade regardait souvent sa montre, de manière discrète certes, mais pas suffisamment pour qu'elle ne le remarque pas. Elle s'empressa de lui poser la question.
-« Pourquoi est-ce que tu regardes ta montre sans cesse ? »
-« Je ne regarde pas ma montre. » souffla Jehan en haussant les épaules.
-« Si, tu regardes ta montre toutes les 2 minutes, qu'est-ce qui se passe à la fin ? »
-« Mais relax, répondit le métis en passant ses bras autour des épaules de ses camarades. Profiter de la nature, respirez à fond et je vous promets que tout va bien se passer. »
Andréa et Bridgette se regardèrent une dernière fois avant de soupirer à l'unisson. C'était peine perdue, Jehan ne leur dirait rien. Mais cela n'avait pas fait retomber leur inquiétude. Lui de nature si vantarde, que pouvait-il leur cacher ?
Les jeunes filles étaient si profondément perdues dans leurs pensées qu'elles remarquèrent à peine les pas effrénés dans leur dos et qui se rapprochaient de leur position. Bridgette fut la première à se retourner et quand elle reconnut la personne qui courait, sa mâchoire se décrocha et son cœur manqua un battement. La voyant faire, Jehan éclata de rire, fier de lui alors qu'Andréa imitait en tout point son amie. L'adolescent n'eut même pas à se retourner pour savoir que son petit arrangement avec son camarade avait fonctionné.
-« F-Félix ?! bredouilla Bridgette en contournant le banc. M-Mais qu'est-ce que tu fais ici ? »
-« Eh bien… Je viens participer à votre petite sortie, si vous voulez bien de moi, évidemment. » répondit le jeune homme en écartant légèrement les bras, essoufflé.
Bridgette se retourna vers Andréa qui fronça aussitôt les sourcils en se tournant vers Jehan qui riait toujours. Elle lui administra plusieurs coups sur l'épaule en criant.
-« Alors c'était ça ! dit-elle en abattant de nouveau son poing sur la veste de son camarade. Tu aurais pu nous le dire, tu nous as fait peur ! Idiot ! »
-« Je n'ai pas pu résister ! s'exclama Jehan en tombant sur le côté tout en se tenant les côtes, pris d'un fou rire. Juste pour voir vos têtes, c'était trop drôle ! »
Andréa continuait de crier sur Jehan qui ne l'écoutait qu'à moitié. Bridgette, mi choquée, mi amusée par la situation fit un pas en avant vers Félix qui la regarda avec un petit sourire.
-« Comment tu as fait ? » questionna-t-elle, l'air totalement désemparé.
-« Un magicien garde toujours ses secrets pour lui. » répondit simplement le jeune homme avec un petit hochement de tête.
Il ne pouvait évidemment pas lui dire qu'il s'était transformé en Chat Noir pour passer la fenêtre de sa chambre sans se faire voir ni par le personnel de la maison ni par les passants dans la rue. Qu'il s'était laissé glisser le long d'une gouttière pour rejoindre une ruelle isolée, qu'il s'était ensuite détransformé et qu'il avait couru jusqu'ici en faisant attention de ne pas repasser devant chez lui, juste au cas où.
Non, il ne pouvait pas lui dire tout cela.
Il devait se montrer prudent pour ne pas se trahir, convaincre sans en dire trop. Bridgette plissa les yeux pour le regarder un instant avant de sourire faiblement.
-« J'espère que tu ne vas pas trop t'attirer d'ennuis à cause de nous… murmura-t-elle en entrecroisant ses doigts. Je suis vraiment désolée pour tout à l'heure, on ne voulait pas te mettre dans l'embarras. »
-« Ne t'inquiètes pas pour moi, répondit son camarade en regardant Jehan et Andréa qui se chamaillaient toujours. Je suis là de mon plein gré, et il ne m'arrivera rien, tu n'as pas besoin de t'inquiéter. »
Bridgette releva les yeux pour lui adresser un petit sourire avant de se tourner à son tour vers ses deux camarades en croisant les bras. Jehan peinait à calmer son fou rire tandis qu'Andréa continuait de le disputer, lui criant à quel point il était irresponsable, immature et un idiot.
-« Bon, on bouge ou vous continuez à vous prendre la tête tous les deux ? » demanda-t-elle tandis que Félix hochait doucement la tête.
-« M-Mais, tu n'es pas en colère toi ? questionna Andréa tandis que Jehan se redressait. Et toi, dit-elle en regardant Félix, tu vas te faire tuer si on te surprend dehors ! Non non, c'était une très mauvaise idée Jehan, pourquoi est-ce que tu as fait ça ? »
-« Il voulait m'aider, répondit Félix en se rapprochant de ses amis, dévisageant Jehan avec un air reconnaissant. Il a bien fait de me proposer ça, je t'assure. Et de toute façon, il n'a fait que me le proposer, je suis venu de ma propre initiative. Si jamais il se passe quoi que ce soit, je serai le seul responsable. »
-« Mais… »
-« Et moi, continua Bridgette, si je devais me mettre en colère pour chaque coup qu'il me fait, je n'aurais plus une minute à moi ! »
-« Hey ! À vous entendre, on dirait que je suis un véritable tyran ! » protesta Jehan en se relevant du banc.
-« Disons que tu n'es pas le plus responsable de nous quatre. » contra Bridgette en tirant la langue.
Le jeune homme se contenta de poser ses mains sur ses hanches tandis qu'Andréa venait se positionner à côté de lui, ne quittant pas Félix des yeux.
-« Tu es sûr de ce que tu fais ? lui demanda-t-elle. On ne voudrait pas que tu aies plus d'ennuis à cause de nous. »
-« Certain, affirma le garçon. Tout ira bien. »
Andréa croisa les bras tandis que Jehan et Bridgette lui adressait un petit regard suppliant. La jeune fille croisa les bras, reconsidérant la situation d'un air pensif. Puis, après quelques secondes de réflexion, croisant de nouveaux les regards de ses deux camarades, la jeune fille haussa les épaules.
-« Bon d'accord, si tout le monde est contre moi, ce n'est pas la peine de protester j'imagine. »
-« Génial ! rit Bridgette en sautant sur place. Qu'est-ce qu'on fait du coup ? »
-« Pour une première sortie, je propose une simple ballade, qu'est-ce que vous en dites ? proposa Jehan en regardant Félix puis les deux filles. C'est pas trop mouvementé, je pense qu'il va pouvoir suivre. » continua-t-il en montrant son ami du menton.
-« Je ne sors pas souvent, mais je sais quand même marcher, répondit Félix avec un petit air narquois. Ne me prends pas pour ce que je ne suis pas, tout de même. »
-« On verra si tu arrives à le suivre tout une journée sans ciller, murmura Bridgette en passant une main dans sa nuque. Quand il a une idée en tête, ouille ouille ouille, on ne l'arrête plus, crois-moi ! »
-« Je ferai avec. » affirma Félix avec un petit sourire.
-« Au pire je te porterai si ça ne va plus. » rit Jehan en bombant le torse.
Félix se contenta de hausser les épaules en laissant échapper un petit rire tandis que les filles échangeaient un regard désespéré. Quand le calme fut revenu dans le groupe, Bridgette proposa à ses camarades de se diriger vers la cathédrale Notre-Dame, n'étant pas très loin de l'Île de la Cité. Les autres acceptèrent et le quatuor se mit en route.
Avec une grande satisfaction, Félix sentait le vent d'automne souffler autour de lui, passant dans ses cheveux. Redécouvrant peu à peu les bruits qui commençaient à lui être familiers, les voitures, les passants, les vélos, le jeune homme regardait tout autour de lui, profitant de cette sensation de liberté retrouvée. Sortir seul était encore une expérience nouvelle pour lui et tout lui semblait plus impressionnant maintenant qu'il était « livré à lui-même ».
Longeant le jardin du Luxembourg, Félix admirait le ramage des arbres qui avait pris ses couleurs orangées de l'automne. Le soleil, qui commençait à doucement décliner dans le ciel aux teintes légèrement roses, arrivait quelque fois à percé à travers les branchages, éblouissant le jeune homme qui ne pouvait détacher ses yeux de ce spectacle.
Bridgette, qui marchait à côté de lui, le regarda faire, un grand sourire se dessinant sur ses lèvres. Elle tourna les yeux à son tour vers les arbres, admirant à son tour les arbres autour d'elle. Pour elle qui avait l'habitude d'être toujours dehors, le vent et le soleil entre les feuilles était un spectacle plutôt classique, bien qu'il fût toujours aussi beau.
Mais pour Félix, c'était autre chose. C'était sûrement la première fois qu'il assistait à cela de ses propres yeux et surtout d'aussi près. Lui qui restait toujours enfermé sans jamais rien pouvoir voir de l'extérieur, il pouvait à présent observer clairement et distinctement tout ce qui l'entourait. Un nouveau sourire se dessina sur les lèvres de la jeune fille alors qu'elle posait ses yeux sur son ami. Elle trouvait cela vraiment touchant. Le regard du jeune homme ne cessait de bouger, se posant sur les feuilles, les troncs, les nuages, les feuilles de nouveau… Il était si absorbé par tout cela que Félix ne regardait plus tout à fait devant lui. Bridgette le saisit par la manche et le tira vers elle pour lui éviter de rentrer dans un lampadaire, juste à temps.
-« Attention, s'écria-t-elle en riant. C'est beau hein ? »
-« O-Oui, excuse-moi, répondit Félix en passant une main dans sa nuque. C'est juste que… Ça faisait très longtemps que je n'avais pas vu ça de mes propres yeux. Et puis là je suis… Enfin… Tu comprends… Tranquille, si je puis dire. »
-« Je comprends, affirma Bridgette en reportant son attention sur les arbres à sa gauche. On oublie les petits privilèges de la vie quand on baigne en permanence dedans. On a de la chance de pouvoir assister à cela. »
Ce fût au tour de Félix de poser ses yeux sur Bridgette, relevant sa dernière remarque avec un petit sourire. Il était heureux de constater qu'elle ne se moquait pas de lui et essayait même de le comprendre. Cette jeune fille était quelqu'un de très agréable et même s'il n'oserait jamais lui dire, il admirait son dévouement auprès des autres et sa facilité à discuter avec tout le monde, de s'intéresser à n'importe quel sujet sans jamais émettre une quelconque remarque désobligeante, même si elle n'était pas toujours d'accord avec les arguments du camp adverse, exposant ses points de vue en comprenant les avis contraires. Tout comme pour Jehan et Andréa, Félix était heureux d'avoir croisé son chemin. Et même si leur début de relation avait été un peu chaotique, autant à cause de l'un et de l'autre, il était heureux de pouvoir la considérer parmi ses amis.
Ses vrais amis, en qui il avait de moins en moins de mal à placer sa confiance, à son grand étonnement, bien que cela n'était pas désagréable, au contraire. Levant les yeux vers le ciel un instant, le jeune homme inspira profondément en prenant pleinement conscience de ce qu'il était en train de vivre. Il y a quelques semaines de cela, jamais il ne se serait cru capable de faire ce qu'il avait fait quelques minutes plus tôt : quitter la maison en cachette pour aller se promener avec des amis. Et pourtant il l'avait fait.
Et si pour certaines personnes, cela pouvait sembler être une très mauvaise chose, Félix devait bien admettre que c'était l'une des meilleures idées qui lui avait été proposée depuis longtemps, même si elle avait paru folle de prime abord.
Mais il ne fallait pas le dire trop fort, sinon Plagg risquait de lui rabâcher cela pendant plusieurs semaines. Alors, hors de question de le reconnaître publiquement.
Arrivés près de la cathédrale, les passants se firent de plus en plus nombreux. Félix jouait des épaules pour les éviter autant qu'il le pouvait, ce qui fit rire ses trois camarades, de le voir se tortiller dans tous les sens pour ne pas toucher ces gens. Les adolescents se trouvaient maintenant presque au pied du monument, ne restait plus que le pont qui enjambait la Seine à traverser. À la moitié du tablier, les quatre jeunes gens s'approchèrent de la barrière, admirant les rayons de soleil qui se reflétaient dans l'eau. Félix se pencha légèrement pour admirer l'architecture du pont. C'était une structure en fonte, couleur bronze, certes simple mais suffisamment élégante pour mériter sa place au pied de la cathédrale.
Bridgette le regarda faire avant de se retourner vers la grande dame de pierre. Le soleil la colorait d'une jolie couleur rose orangé, faisant ressortir les statues dont elle était parée. Bridgette soupira de contentement avant d'être frappée d'une idée. Elle s'approcha de Jehan, lui murmura quelque chose à l'oreille, et le jeune homme acquiesça aussitôt. Il entraîna Andréa en arrière, de l'autre côté du pont tandis que Bridgette attrapait Félix par le bras.
-« Qu'est-ce que tu fais ? » demanda-t-il, surpris.
-« Fais-moi confiance. » répondit simplement l'adolescente avec un petit sourire.
Mélangé dans ses sentiments, le jeune homme se laissa guider près de Jehan et Andréa qui avaient déjà pris place le long de l'autre barrière du pont. Bridgette le poussa légèrement dans le dos pour qu'il s'arrête près d'Andréa tandis qu'elle se plaçait à côté de lui. Il la regarda faire les sourcils légèrement froncés tandis que Jehan sortait son téléphone de sa poche. Il leva son bras, légèrement au-dessus de lui, faisant un grand sourire.
-« Tout le monde sourit ! » clama-t-il tandis que Félix tournait la tête vers lui, comprenant ce qui était en train de se passer.
Il n'eut rien le temps de dire que son ami prenait déjà une photo, puis une deuxième. Il redescendit son bras pour regarder son œuvre avant d'éclater de rire.
-« Je pense que tu peux faire mieux que ça en sourire, non ? » demanda Jehan en montrant l'écran de son téléphone à Félix et plus largement à ses trois camarades.
Si les deux filles arboraient de véritables sourires, Félix lui affichait un visage surpris, désemparé, comme un animal face aux phares d'une voiture. Andréa et Bridgette laissèrent échapper un petit rire à leur tour tandis qu'il baissait les yeux, gêné.
-« Désolé, souffla-t-il. C'est juste que je ne suis vraiment pas à l'aise avec ce genre de chose. Je n'ai pas l'habitude et je… Enfin, je n'aime pas trop ça en vérité. »
-« Oh allez, murmura Andréa en posant sa main sur son épaule. Tu es avec nous, tu peux te détendre. Et puis cette photo, on la garde pour nous. C'est notre moment ! On la montrera à personne à personne, promis. »
-« Oui, et puis ça serait dommage de ne pas immortaliser ta première sortie clandestine avec nous, non ? » renchérit Bridgette en posant ses mains dans le dos de Félix qui tourna les yeux vers elle.
-« La première ? releva Jehan avec un petit sourire narquois. Ça veut dire qu'il y en aura d'autres ? »
-« Évidemment ! répondit Bridgette avec un grand sourire. Le plus dur, c'est de le faire pour la première fois. Maintenant qu'il l'a fait, il le refera n'importe quand, n'est-ce pas ? Rien que pour le plaisir d'être avec nous ! »
-« Je… » murmura Félix avec un petit rire gêné.
-« Mais oui, bientôt il ne pourra plus se passer de nous. » continua Andréa avec un hochement de tête.
-« Tiens, je pensais que c'était une très mauvaise idée ! coupa Jehan en passant son bras autour des épaules de sa camarade. C'est toi qui disais ça tout à l'heure. »
-« Oui, et bien il n'y a que les idiots qui ne changent pas d'avis ! répondit hâtivement la brunette avec un sourire au jeune homme. Prends la photo maintenant ! »
Jehan éclata de rire tandis qu'un nouveau sourire se dessinait sur les lèvres de Félix. Plus le temps passait et plus il se sentait mieux dans ce petit groupe. Ils étaient tous les trois d'une grande camaraderie et même s'il pouvait y avoir des petits conflits, ça ne durait jamais longtemps. Le jeune homme appréciait cette chaleurosité qui se dégageait d'eux. Et Bridgette n'avait pas tout à fait tort. Il était sorti une première fois, et rien ne l'empêcherai de recommencer. Car si son père avait tous les pouvoirs dans sa maison, il ne pouvait pas le retenir à l'extérieur, confondu entre les passants, étant seulement un point de plus dans la foule.
Alors que Jehan montait de nouveau son bras au-dessus d'eux, Félix passa son bras autour des épaules de Bridgette, de manière presque machinale tandis qu'il posait son autre main dans le dos d'Andréa, un véritable sourire se dessinant sur ses lèvres. Tout était rapide mais il se sentait bien, et si prendre une photo leur faisait plaisir, il se plierait à cette drôle de coutume avec un certain entrain, peu envieux de gâcher ce petit moment qu'ils lui faisaient partager, reconnaissant qu'ils l'aient poussé à faire ce qu'il faisait en ce moment sans le moindre regret.
