Dean faisait les cents pas dans la chambre de son frère. Pourquoi c'était si long ? Ils avaient tout raconté à Sam dès leur arrivée et maintenant ne pouvait rien faire d'autre qu'attendre.

-Dean, s'il te plait ! Arrête de tourner en rond ! S'exclama Bobby au bout d'un moment.

Le moniteur cardiaque s'affola au même moment, empêchant Dean de répondre à son ami.

Tous les deux se figèrent, les yeux rivés sur la ligne verte qui s'affolait sur l'écran noir du moniteur

-Qu'est-ce qu'il se passe ? Balbutia Dean.

-Il doit avoir des ennuis… murmura Bobby en se levant.

Le front de Sam était couvert de sueur et malgré son état toujours comateux, il semblait agité.

L'angoisse s'éternisait quelques minutes puis tout redevint normal.

-Ce n'est quand même pas sorcier de trouver une tombe et de brûler un corps ! Grinça Dean.

Bobby faillit lui dire qu'ils n'étaient pas sûr que ça marche, qu'ils ne savaient pas si là-bas aussi les corps avaient été enterrés au cimetière… mais il voyait son ami anxieux, qui avait de nouveau recommencer à faire les cents pas, et ne voulait pas le rendre encore plus nerveux.

-Et comment on fait revenir Sam une fois qu'il aura brûlé les corps ? Comment on saura qu'ils sont brûlés ?

Bobby aussi c'était posé la question et n'avait aucune réponse à apporter.

Il fixa Dean un moment et revit le gamin sérieux et attentionné pour son frère, qu'il gardait lorsque John partait chasser et qu'il ne voulait pas emmener ses fils. Ce petit as de la mécanique qui lui avait démonté un carburateur neuf, juste pour voir comment c'était fait, mais qui l'avait remonté à l'envers. Il retrouvait aujourd'hui la même lueur d'inquiétude et de fatigue dans les yeux de l'adulte que dans ceux de l'enfant, ce qui lui fit un pincement au cœur.

Dean, qui avait cessé de tourner, fixait le vieil homme fatigué et comprit qu'il n'avait aucune réponse à lui apporter.

Il se laissa tomber sur la chaise qui restait, aux côtés de son frère et agrippa la main de son frère.

-On trouve toujours une solution à tout… murmura-t-il, plus pour se convaincre que convaincre Bobby.

-On ne sait pas ce qu'il va se passer Dean, laisse-lui du temps… lui répondit Bobby.

Dean soupira.

-Ça me tue de rester ici, à attendre qu'il règle une affaire, alors qu'il est… c'est complètement…

Il réfléchit une seconde à ce qu'il allait dire, au meilleur qualificatif qui illustrerait la situation, avant que son esprit ne vagabonde, lui remémorant les situations les plus dramatiques qu'ils avaient partagé.

-Complètement normale pour les Winchester… murmura-t-il en retenant un sanglot.

Bobby détourna le regard pour ne pas avoir à affronter la détresse de Dean. Il la voyait depuis longtemps mais elle s'était encore accentuée avec le temps et surtout depuis la mort de John.

Sam avait récupéré la clé et s'était dirigé de l'autre côté de la grange. Bobby lui avait dit qu'il devait réussir à trouver les corps et à les brûler, comme ça avait été fait dans l'autre dimension.

Ainsi, tout était censé s'arrêter.

Facile… sans savoir pourquoi, alors que certaines pulsions le poussaient à se rendre au cimetière, un endroit plutôt classique pour y enterrer des cadavres, il avait décidé de pousser ses recherches dans le manoir et alentours. Quelque chose le tracassait.

Était-ce dû à ses rêves qu'il avait fait avant son arrivée ici ?

La terre sèche craquait sous ses pas et il pensa que s'il devait creuser ici, il allait en avoir pour des heures.

Le jardin bien entretenu, une pelouse à l'herbe soignée, un saule dont les longues branches vertes balayaient la cour sous l'effet d'une légère brise… tout semblait si calme, parfait et réel !

La clé dansait dans sa main droite. Il la tournait et la retournait, cherchant une serrure du regard, quand enfin il s'arrêta sur une entrée de cave. Peut-être…

Continuant son chemin, il en était presque à hauteur lorsque Camillia apparu sur le côté de la maison.

-Jake ?

-Camillia…

Il fallait qu'il joue le jeu.

-Où vas-tu comme ça ? Demanda-t-elle en se rapprochant de lui.

-Heu… nulle part, je me promène.

En un clignement de paupières, elle était face à lui.

-Tu ne vas pas me faire de mal hein ? On est ami pas vrai ? Demanda-t-elle en minaudant.

-Non, bien sûr que non, pourquoi je te ferais du mal ?

-Peut-être à cause de ça ?! Répliqua-t-elle en lui attrapant violement le poignet. Elle tenta de lui arracher la clé des mains mais ne trouva à la place qu'un morceau de bois qui commençait à se désintégrer à force d'être malmené.

-Où est la clé ? Demanda-t-elle colérique.

-Quelle clé ? Demanda Sam d'un air surpris.

-Ne fais pas l'idiot avec nous Sam ! Hurla Ashley qui venait d'apparaître à son tour.

Les deux femmes se mirent à tourner autour de lui comme des lions autour de leur proie.

-La clé, tout de suite ! Menaça Ashley en tendant la main.

-À quoi elle sert cette clé ? Demanda Sam jouant l'innocence.

Camillia et Ashley se regardèrent et se sourirent.

-Toute famille a ses secrets Sam, tu es le premier à le savoir. Rends-nous la clé et nous te rendrons la vie… c'est non négociable !

Une violente crampe l'assena d'un seul coup et il tomba à genoux, plié en deux de douleur.

Dans la chambre, le moniteur s'affola de nouveau.

-Sammy, tu n'as aucune chance de t'en sortir, comme je te l'ai dit, tu n'es rien ! Attaqua Ashley cyniquement.

-Vous allez regretter ça ! Grimaça Sam, se tordant de douleur sur le sol.

-Tu ne peux rien faire ! Pour ça, il faudrait que tu acceptes de…

-Ashley ! Tais-toi ! Coupa Camillia.

Mais il était trop tard. Elle en avait trop dit.

Sam s'était laissé tomber au sol dans un dernier soubresaut de douleur et resta un instant immobile, avant de se relever, le regard noir et colérique.

Le bip strident avait remplacé les battements réguliers du cœur du patient et une nuée de médecins et d'appareils de réanimation avaient envahi la chambre qu'avait dû quitter à la demande des médecins Dean et Bobby.

-Sammy… murmura Camillia une pointe de terreur dans la voix.

Ce dernier leur décocha un sourire sarcastique et disparu de la vision des deux femmes.

Il se retrouva devant la porte de la cave.

Introduisant la clé dans la serrure, il fit grincer le verrou et la porte s'ouvrit en grand.

Une odeur fétide le prit d'assaut et il sût qu'il avait trouvé ce qu'il cherchait.

-Le cœur ne repart pas ! S'exclama une infirmière en injectant une nouvelle dose d'adrénaline directement dans la poitrine du patient.

-On augmente la charge !

Au fin fond de la pièce, il repéra deux cercueils alignés côte à côte. Il fouilla la pénombre du regard et trouva de quoi allumer un joli feu de joie.

Avant d'avoir pu atteindre l'établit où se trouvait ce dont il avait besoin, il se trouva projeté contre le mur opposé et s'écrasa au sol.

Il se releva aussitôt, sans une égratignure. Il fixa Ashley et Camillia et sourit :

-Dommage pour vous…

-Sam, attend ! Tu vas quitter ta vie, ton frère, tes amis pour nous tuer nous ?

Il sentit un léger picotement le traverser.

-Peu importe ! Vous ne savez rien de moi… je sais tout de vous…

-On sait bien plus de choses que tu ne le crois ! Répliqua Ashley.

Le picotement revint, un peu plus important et dérangeant.

-Je sais tout ! Hurla-t-il à leur attention. Vous êtes sœurs, du même père mais pas de la même mère. Et ça vous ne le saviez pas !

Les deux esprits confrontèrent leurs regards et fixèrent à nouveau Sam. Ce dernier sentait ses jambes flageoler et avait de plus en plus de mal à se retenir ici. Il comprit qu'elles essayaient de gagner du temps et qu'à la longue, les médecins finiraient par le réanimer. Il comprenait maintenant l'effet des picotements qu'il ressentait.

Il se jeta sur le plan de travail, attrapa une boite d'allumettes qu'il avait repéré à son entrée et roula sur le sol, à proximité des cercueils.

Avec le peu de force qui lui restait, il donna un violent coup de pied contre l'étagère où reposaient les bouteilles qui, il l'espérait, contenait des produits inflammables.

Le meuble tangua un instant avant de tomber.

Le liquide s'échappa des flacons brisés et coula jusqu'à lui et jusqu'aux cercueils.

Dans un ultime effort, il craqua les allumettes et les jeta au sol.

Il disparut dans un rideau de flammes.