Twenty-Ninth Letter
Lily avait bien tenté de contredire Alice mais cette dernière était catégorique. Elle se souvenait parfaitement du jour où elle avait reçu le balai en cadeau. Elle avait bien tenté de faire croire à tout le monde qu'elle se l'était offert à elle-même mais personne n'avait été dupe. Alice s'était d'ailleurs emportée avant même que Sirius n'ait ouvert la carte de la fausse Lily du futur. Elle avait aujourd'hui la réponse à ses questions, même si Dorcas s'était chargée de lui révéler la relation passée des deux Gryffondors. Alice lui expliqua qu'elle avait vu James recevoir le balai la veille.
– Est-ce que tu es sûre que c'est le même balai ? insista Lily bien qu'elle connaisse déjà la réponse.
– Sérieusement ? lui répondit Alice en haussant un sourcil.
Elle ne ressentait pas ce qu'elle aurait dû ressentir. Elle avait l'impression d'être une horloge dont les rouages tournaient à l'envers. Comment était-elle censée se réparer. Elle était une personne de chair et de sang, pas un objet mécanique. Lily savait qu'elle aurait dû être furieuse. Elle l'aurait d'ailleurs probablement été si la révélation avait eu lieu plus tôt. Aujourd'hui, tout était différent. Elle ne pouvait pas simplement se dire qu'il faisait ça pour s'amuser. Pour la piéger. Pour la tourner en ridicule. Il n'était pas comme ça et elle le savait. La question du pourquoi demeurait mais la réponse ne lui venait plus aussi facilement que par le passé. La seule chose qui l'inquiétait pour l'instant était sa relation avec Alice. Elle avait l'impression d'avoir les pieds sur un terrain miné. Elle ne savait même pas quelles questions poser à sa camarade pour désamorcer la situation sans tout faire imploser.
– Alice, t'es pas obligé de me raconter mais... Potter et toi...
– Non, je suis pas obligée, répondit Alice d'un ton aussi catégorique que froid. Ça ne regarde que lui et moi.
– Je peux pas...
– Tu ne peux pas quoi ? lui demanda son interlocutrice toujours aussi vindicative, ses mots aussi aiguisés que des couteaux affutés. Si je te dis que je l'aime encore, qu'est-ce que ça changerait ?
– Eh bien je... ne ferais rien.
– Pourtant tu te l'es tapé, lui rappela la Gryffondor sans aucune pitié.
– Parce que je ne savais pas ! la contra Lily.
– Tu savais qu'on était sorti ensemble. Dorcas te l'a dit. T'as été témoin plusieurs fois de mon hostilité envers lui. Ne joue pas les innocentes. Je me répète mais qu'est-ce que ça changerait. Si je te disais que j'avais encore des sentiments pour lui. Qu'est-ce que ça changerait ?
– Rien, balbutia Lily, la réalisation la clouant sur place.
– Rien, répéta Alice avec un peu plus de douceur. Ce n'est pas un sentiment contre lequel tu peux lutter Lily. Si ça peut te rassurer, je l'aime plus. Je préfère Frank.
La révélation concernant Frank lui passa presque complètement au-dessus. Elle se retint de répondre "quel sentiment". Elle commençait à être une spécialiste pour ce qui concernait Alice et cette dernière n'acceptait pas le mensonge, même s'il émanait du déni dans lequel elle avait plongé. Elle n'était pas certaine d'apprécier cette dynamique qui la poussait à être d'une honnêteté sans bornes, même avec elle-même. Lily savait néanmoins qu'elle n'irait nulle part en empruntant un chemin différent de celui sur lequel avançait Alice. "Ce n'est que physique" était une excuse qui aurait produit une réponse désagréable de son amie. Celle-ci lui aurait demandé pourquoi elle n'était pas capable de se retenir ? Pourquoi est-ce qu'elle avait choisi de risquer de la blesser pour une simple sensation de plaisir ? La réponse était simple, limpide. Ce n'était pas que physique. Elle ne savait pas ce que c'était mais ça allait au-delà du désir pur et brut. Il y avait un sentiment qui restait à définir. Elle était certaine qu'il ne s'agissait pas d'amour. C'était néanmoins assez fort pour qu'elle risque son amitié avec Alice.
– Je suis désolée que ça ne change rien.
– C'est déjà ça, répondit la jeune fille en souriant presque, ses yeux s'illuminant un instant d'une lueur rieuse. Qu'est-ce que tu comptes faire ?
– Le piéger, répondit Lily avec assurance.
– Tu sais parler à mon cœur.
Une fois de retour dans sa chambre, elle avait eu le temps de réfléchir à cette histoire à tête reposée. Elle se sentit stupide de ne pas avoir compris plus tôt qu'il était son correspondant mystère. Elle se souvenait qu'il était là le jour du "jeu de piste" sur le Chemin de Traverse. Ça n'expliquait pas comment il avait été capable de collecter des informations comme ses mesures pour les robes de sorciers, sa librairie préférée, les livres qu'elle allait choisir, comment il avait pu savoir en avance qu'elle allait être nommée préfète en chef ou encore l'adresse de chez elle. Elle enfouit son visage dans son oreiller en se souvenant de la lettre P avec laquelle étaient scellées les lettres qu'elle recevait. P comme Potter bien sûr. Stupide, stupide, stupide. Elle était stupide. Elle s'engagea ensuite sur la pente glissante et dangereuse des nombreuses fois où il avait disparu de la circulation. Nombreuses fois qui correspondaient toujours au moment où elle s'était mise à fréquenter Amos, Gideon. Elle étouffa encore une fois un cri de honte en comprenant que le cerf qu'Amos avait aperçu dans la clairière était James. Oh mon dieu, elle avait emmené Amos dans la clairière où Potter avait préparé un petit-déjeuner pour elle. Ses pensées continuèrent de s'enchainer dans un désordre d'informations qui la plongeait alternativement dans l'excitation et la détresse. Elle ne comprenait pas les réactions de Sirius qui semblait être au courant puisqu'il était littéralement le petit singe dans le conte d'Aladdin et la lampe magique. Est-ce que Potter l'avait embarqué dans le livre sans lui préciser quoi que ce soit ? Ce n'était pas logique. Il avait été étonné de la trouver dans les cuisines. Il avait été en colère de la trouver dans les cuisines. James lui avait révélé la localisation et le moyen d'y entrer sans l'avoir consulté. Sirius avait également été furieux pour le balai. Elle se souvint d'une autre colère de l'ancien héritier des Black qui l'avait laissé perplexe. C'était juste après la farce des Maraudeurs. Lorsqu'ils avaient fait semblant d'envoyer la volière sur la Lune. Elle se redressa brusquement. Est-ce que James et Sirius étaient... Non. Ce n'est pas parce que James était la personne qui se cachait derrière les lettres, qu'il était le garçon qui se cachait derrière chaque mystère qui l'entourait. D'un autre côté, il semblait avoir tellement de secret ! Fausse Lily, animagus... pourquoi pas un Maraudeur aussi ?
Elle aurait pu continuer à se torturer longtemps si elle n'avait pas entendu quelqu'un frapper à sa porte. Elle savait que c'était lui et c'est ce qui la fit hésiter. Elle n'était toujours pas prête à lui faire face. Elle craignait de laisser échapper les milliards de questions qui se pressait dans sa tête. Mais elle devait tenir. Elle ne le laisserait pas s'en tirer impunément. Encore une fois, elle fut étonnée par le fait que nulle colère ne l'habitait en cet instant. Elle se sentait simplement joueuse. Sa petite voix intérieure lui rappela d'un ton doucereux qu'elle pouvait jouer avec Potter sans parler. D'ailleurs elle connaissait une activité parfaite pour ça. Elle ouvrit la porte, se retrouvant face à lui. Elle enroula sa cravate autour de son poing et l'attira à l'intérieur sans lui laisser le temps de réaliser ce qui se passait, s'emparant de ses lèvres bien que sa tentative de marcher à reculons sans rompre le baiser fût maladroite. Ils basculèrent de manière tout aussi désordonnée dans le lit. Elle n'avait pas la moindre idée de ce qui avait poussé le garçon à revenir la voir après l'avoir aussi consciencieusement évité. La conversation de Marlène, Emmeline et Dorcas lui revint néanmoins en mémoire et elle le repoussa assez violemment, se retrouvant au-dessus de lui, ses mains à plat sur son torse et ses cuisses enserrant ses jambes fermement.
– Tu vois quelqu'un en ce moment ? lui demanda-t-elle un peu essoufflée et peut-être un peu en colère.
– Non bien sûr que non, répondit-il assez spontanément pour qu'elle ne remette pas en doute ses paroles.
– Alors pourquoi est-ce que tu as arrêté de voir Emmeline et les autres ?
– Pour rien, répondit-il sur la défensive. Qu'est-ce que ça peut te faire ?
– Les autres ont dit que tu faisais ça quand tu avais quelqu'un, ajouta-t-elle en l'observant attentivement, essayant sans succès de déceler derrière la façade bourrue qu'il affichait, ses intentions réelles.
– Quand j'avais quelqu'un ? répéta-t-il sans comprendre.
– Comme avec Alice.
– J'ai pas fait ça avec Alice, répondit-il sans aucune honte.
– Tu la trompais, dit-elle d'un ton accusateur.
– Non, bien sûr que non, répéta-t-il toujours aussi spontanément. On a jamais vraiment été ensemble. J'étais sa couverture.
Encore une fois, elle était perdue. Elle avait l'impression de faire un pas en avant pour dix pas en arrière. Comment ça sa couverture ? Elle n'eut pas à formuler cette question à haute voix puisque le garçon se redressa sur ses coudes et lui expliqua le tout dans le détail. Alice venait d'une famille sang-pur à priori sans histoire. Le père d'Alice qui travaillait au Ministère avait dû choisir, comme beaucoup d'employés, un camp. Il avait opté pour celui qui pouvait, au mieux, protéger sa famille. Alice s'était mise à recevoir de nombreuses propositions de mariage et ses parents lui avaient demandé de choisir puisque ses constants refus commençaient à attirer l'attention sur eux. Elle lui avait alors demandé de faire semblant de sortir avec elle. Lily n'eut pas besoin de demander la raison pour laquelle ils avaient arrêtée de faire semblant. Alice avait dit qu'elle commençait à avoir des sentiments pour lui et comme ce n'était pas réciproque, ils avaient décidé que c'était plus sain de tout arrêter. Elle ne put s'empêcher de trouver qu'il ressemblait à Alice en cet instant. C'était probablement pour ça que la jeune fille l'avait choisi pour être son faux petit-ami. Il était simple.
– Tu comptes m'embrasser encore ? lui demanda-t-il finalement en voyant qu'elle ne réagissait pas à son monologue.
– Je sais pas trop, répondit-elle en se penchant pour effleurer ses lèvres.
– Pourquoi ? protesta-t-il ne semblant pas remarquer qu'elle plaisantait, fronçant les sourcils comme un enfant dont la volonté avait été contrariée.
– Idiot, répondit-elle en capturant ses lèvres ne pouvant s'empêcher de sourire devant son innocence.
Elle sentit l'un des bras du garçon passer autour de sa taille pendant que son autre main glissait sur sa cuisse. Elle croisa ses poignets derrière la nuque du Gryffondor, mordillant sa lèvre d'humeur plutôt taquine. Elle appuya son bassin contre l'entrejambe du jeune capitaine qui lâcha un grognement de surprise. Il la serra davantage encore contre lui et elle pouvait sentir son cœur tambouriner contre son sein. Elle aurait voulu que ça ne s'arrête jamais. Elle frissonna en sentant ses doigts glisser sous sa jupe et sous son chemisier. Elle ne savait pas vraiment qui était responsable de l'accélération brusque de sa respiration entre l'effleurement délicat du fin tissu qui préservait encore sa féminité d'un contact direct ou l'index et le majeur qui suivait sa colonne vertébrale, s'attardant sur chaque vertèbre, remontant et descendant en un massage bien trop stimulant pour la détendre. Elle retint de justesse le prénom du garçon qui menaçait de s'échapper de ses lèvres dans une supplique qui aurait probablement trahi à quel point elle le désirait.
– Ne t'arrête pas cette fois, lui ordonna-t-elle en se redressant pour déboutonner son propre chemisier.
Il sembla assimiler l'information avec un léger temps de décalage. Elle vit ses pupilles dorées se dilater subrepticement. Elle frissonna sous son regard, préférant mettre cela sur le fait qu'elle s'était dénudée, n'aimant pas se sentir vulnérable. Dans une volonté "d'égaliser les scores", elle le débarrassa de son uniforme, l'envoyant rejoindre le sien au sol avant de se presser de nouveau contre lui. Cette fois son souffle fut tout simplement coupé par le contact de sa peau sur la sienne et l'espace de quelques secondes elle fut parfaitement comblée avant que son corps ne se mette à réclamer plus. Potter semblait plus qu'impatient de répondre à ses attentes. Il passa au-dessus d'elle et elle agrippa ses cheveux pour l'empêcher de descendre. Elle voulait autre chose ce soir et elle était bien trop impatiente pour s'encombrer de préliminaires. Il sembla surpris et ses iris s'assombrirent brusquement. Il s'empara de ses lèvres et passa la barrière des autres lui arrachant un hoquet de surprise. Il resta immobile et elle bougea légèrement en pensant que quelque chose clochait, comprenant que ce n'était pas vraiment le problème en l'entendant jurer. Il se retira tandis qu'elle riait doucement. Il bascula sur le dos, les bras en étoile.
– La ferme Evans, lâcha-t-il en cachant son visage.
Elle s'en voulu de rire mais c'était difficile de se retenir. Elle ne se moquait pas vraiment de lui. Elle était simplement heureuse de lui faire autant d'effet. Elle n'était pas déçue, bien au contraire. Elle posa son menton sur son torse, essayant de repousser ses bras pour pouvoir le regarder mais il l'en empêcha.
– James.
Il était si surpris qu'elle dise son prénom qu'il oublia un instant ce qui s'était passé, la fixant enfin. Elle captura ses lèvres avec douceur, répétant encore et encore son prénom, glissant une main entre ses jambes pour le préparer à un second round qu'ils avaient tous les deux bien mérités.
