Chapitre 21 :Confidences glacées contre désir brûlant
Je ne savais plus où je me trouvais, le corps fait prisonnier d'un cocon de douceur, ma boule de nerfs dénouée, l'esprit transporté par une magie que je ne connaissais pas. Mon stress envolé, mon nuage noir disparu, mes yeux ne pouvaient se détacher de ce spectacle unique, dont j'étais le témoin solitaire et privilégié. La chance me souriait enfin, sa forme la plus sublime revêtue devant moi, cet humain au nom d'Izuku Midoriya.
La culpabilité de réchappé à un funeste sort tenace, il imaginait porter malheur, le syndrome du survivant tatoué à l'intérieur de son âme. Je comprenais l'origine du poison, la blessure profonde de cette marque au fer rouge gravée en lui. Toutefois, à certains moments, en particulier celui-ci, je brûlais de crier qu'il représentait le plus brillant des joyaux à mes yeux, sa pureté inégalée.
L'agacement qui m'avait traversé en entendant sa proposition devint souvenir lointain, anéanti par le soleil de son sourire, ses mouvements graciles, le bruit de ses patins sur la glace. À cet instant, cette chose que j'éprouvais, terrée au fond de moi, me submergeait le nom finalement découvert.
« L'amour ».
Accueillir cette vérité, moins effrayante que je ne l'aurais crue, plongea mon être au cœur d'une tempête d'émotions libératoires, toutes les réponses à mes questions enfin obtenues. Je m'aperçus que cette transcendance existait déjà dans une perception beaucoup moins nette, lorsque mon essence vibra au son déchiré de la sienne à notre première rencontre. À mesure de mon observation fascinée, je compris qu'elle demeurait en réalité tapie dans un coin inconnu de moi-même, attendant le moment idéal pour exploser en moi. Mon cœur réparé battait depuis seulement grâce au sien.
Soumis à cette plénitude, une excitation irrépressible dominait, dans l'attente de tout ce que ce sentiment me réservait, de bon comme de mauvais. J'avais d'ores et déjà conscience que l'exploration de ce coffre désormais ouvert allait me demander du temps, de l'énergie, une minutieuse préparation. Une avancée trop brutale sur ce fil tendu qui me menait vers lui risquerait de l'étirer, alors que le sien semblait coupé par la morale, ainsi que cette ombre menaçante, prête à le dévorer.
Toutefois, un espoir fou de pouvoir confesser dans un futur lointain, cet état merveilleux émergea, ses deux émeraudes allumées d'une pure étincelle de bonheur. Un rêve éveillé.
Soudain, propulsé par une sorte d'élan, il effectua une rotation sur lui-même, mon souffle bloqué à la vue de son corps dans les airs quelques secondes, comme pour immortaliser cette révélation. Il se réceptionna ensuite parfaitement, pas perturbé le moins du monde par l'apparente difficulté de l'exercice, sa ballade poursuivie avec finesse et élégance. Impressionné par son niveau de maîtrise, dépassant de loin celle d'un débutant d'après mon intuition, je contins mes applaudissements, incertain de sa réaction. Subjugué, le cœur sous une nouvelle vague d'émoi, je fis le souhait que jamais il ne s'arrête.
À peine ce vœu fut formulé qu'il revint se positionner face à moi, la sueur dégoulinante sur son visage, la respiration folle. Toute notion du temps écoulé perdu, je remontai le courant de la réalité à contrecœur, et lui offris une serviette avec laquelle il s'épongea en me remerciant.
- Tu es le premier... à me... regarder... patiner ainsi, depuis des... années, m'informa-t-il, le souffle court.
Une pincée de fierté déplacée vint chatouiller mes joues, chauffées malgré elles. À la lutte pour ne pas élever mes commissures en guise de triomphe, je ne pus m'empêcher de rétorquer que ce fut un honneur.
Il sourit, la tête inclinée vers moi :
- Tout le plaisir est pour moi.
J'en doutais franchement, cependant, je ne voulais pas démentir, aussi taisais-je la liste d'argument visant à le contredire. Le corps toujours tremblant, je fis le serment sourd de chérir cette offrande, vouée à résonner en moi toute ma vie.
Il prit place à mes côtés sur le banc, le silence nous entourant une poignée de seconde, chacun à ses réflexions.
Les siennes, devinées sans mal, je m'empressai de le rassurer :
- Tu avais raison, admis-je, j'étais sur les nerfs depuis l'annonce du retour de mon père, mais grâce à toi, c'est fini. Merci pour ce moment magique.
Je le pensais vraiment et il n'en doutait pas, toutes ces semaines près de moi l'aidant à me cerner un peu plus. Cela ne m'enchantait guère, mais je l'autorisais malgré tout à me déchiffrer, en honneur à cette place inestimable qu'il occupait désormais.
Il hocha la tête, sa risette élargie, sa joie sincère sur mon cœur, réchauffé, soulagé de tout poids. Personne ne ressentait ça à mon égard. À l'exception de Fuyumi et son bonheur récent de me savoir enfin vivant, la pitié prédominait au sein du cercle familial. Avant l'entrée d'Izuku dans ce semblant d'existence, tous ne m'accordaient pas un regard, sûrement empli de honte, semée par leur inaction devant cette forme de maltraitance de la part de mon géniteur.
Ce jeune homme autour de moi, mon monde se remplissait de couleur, de sons, que j'aimais voir et entendre ; un fait récent qui rendait la menace représentée par Enji Todoroki pas rassurante, effrayante même. La gérance de la clinique cédée avec plaisir, une sphère toute neuve, plus intime, allait devoir s'isoler, être protégée de cette possibilité plus que probable qu'il se servît d'Izuku pour m'atteindre, un jour. Je pratiquais ce géant de la médecine à l'ambition démesurée depuis trop d'années pour ne pas maîtriser sa méthode favorite : détecter, exploiter une faiblesse, jusqu'à la détruire.
Mais pour l'heure, je refusais d'y songer.
- Je ne connais rien en patinage, mais tu m'as impressionné, avouais-je, mes pupilles à l'opposé des siennes, quelque chose me dit que ton niveau doit dépasser celui d'un débutant.
La tentative de compliment tomba dans les abysses de la maladresse, lorsqu'il reprit la parole, d'une voix posée, une pointe de tristesse décelée.
- C'est sans doute parce que je rêvais de devenir professionnel, avant l'accident.
Je tournai la tête vers lui, le visage horrifié par mon erreur.
- Je suis désolé, je ne voulais pas...
- Tout va bien, apaisa-t-il, aussitôt, je peux en parler, ça ne me dérange pas.
Tout en me giflant intérieurement, je fus touché par sa confiance manifeste, alors que je ne pouvais concevoir d'aborder mes fêlures, et surtout pas avec lui, par frayeur qu'il me vit comme une bête de foire.
- Ma mère était une patineuse hors pair, bien qu'elle n'ait jamais pu accéder à son rêve de gloire, commença-t-il. Mon père m'a dit un jour que la foudre l'avait frappé en plein cœur, en la voyant danser sur la glace.
Il marqua une légère pause, le temps de contrôler son émotion. Je crus qu'il allait s'arrêter, mais il reprit, après une inspiration :
- Elle est tombée enceinte très jeune, a dû mettre ses espoirs de côté, pour s'occuper de moi. Sans regret m'avait-elle répondu en riant, la seule fois où j'ai posé la question. Selon elle, j'étais la prunelle de ses yeux, son véritable bonheur. Nous avions une relation très fusionnelle, tous les deux.
Le regard débordant de nostalgie, il reporta son attention sur la piste.
- C'est donc tout naturellement qu'elle m'initia à sa passion, dès que j'appris à marcher, poursuivit-il. Nous passions des heures à glisser ensemble, main dans la main, elle me montrait des figures, même les plus complexes, en me promettant de me les enseignées... probablement les souvenirs les plus précieux de mon existence.
Prudent, je n'osais interrompre ses confidences, conscient que, par leurs biais, il me donnait accès à une partie de son intimité. L'émotion vive par la preuve de son attachement, je réprimais l'envie d'enrouler mes bras autour de lui.
- Au début, je m'intéressais à la discipline parce que j'adorais voir ce bonheur si particulier irradier son visage poupin. Et en moins de temps qu'il le faut pour le dire, c'est devenu aussi vital que de respirer, en grandissant.
Il prit une profonde inspiration, tandis que je retins la mienne.
- Puis l'accident est arrivé, j'avais seize ans et le monde s'est écroulé autour de moi. Pendant deux ans, il m'a été impossible de remettre les pieds sur la glace, ou de voir des patins. Bien sûr, je domptais les effets de cette blessure immense, tout en gérant cette culpabilité de survivant. Pour ça, je me consacrais totalement à mon nouvel objectif de sauver d'autres vies. Mais la vérité, c'est que même l'idée de revenir dans ces lieux sacrés sans elle m'était douloureuse. Sans All Might, je serais mort.
- All... Might ? répétai-je, sans comprendre.
Il tourna la tête vers moi, son sourire réapparu.
- Mon sauveur, celui qui m'a donné une raison de vivre, expliqua-t-il, énigmatique.
Je ne le connaissais pas, mais ressentis d'emblée une bouffée de reconnaissance envers cet homme et sa bienveillance, gardienne d'un précieux trésor.
Sans doute gêné de se livrer à ce point, Izuku referma la fenêtre de son passé en se levant.
- Bon ! s'exclama-t-il, ses deux mains claquées sur ses genoux. Je crois que tu es prêt pour ta deuxième leçon !
Il tendit une de ses paumes ouvertes vers moi. Après tout ce que je venais d'entendre, je ne pus refuser, mes doigts insérer d'emblée.
Il me guida sur la glace, et commença ma seconde initiation. Vingt minutes d'explications sur la meilleure façon de garder l'équilibre plus tard, je parvenais à trotter dessus.
Encouragé par la voix de mon professeur, non loin derrière moi, je me risquais à quelques glissades. Chaque essai manqua de me faire tomber, la chute empêchée de justesse par les mains d'Izuku autour de ma taille.
La chaleur insidieuse qu'elles provoquaient en moi me déconcertait, au point de menacer l'harmonie de ce moment. Je ne la désirais point, vivant l'instant le plus mémorable de ma vie, mais plus je la repoussai, plus elle forçait mes barrières, mon corps ployant bientôt devant ce pouvoir enchanteur. Le rire amusé de ce magicien camouflait le trouble, cependant, une distance urgente s'imposait entre nous.
Je tentai une nouvelle poussée, l'équilibre aussitôt en fuite ; étonné par la manœuvre inattendue, Izuku ne réagit pas, et, dans un dernier réflexe pour me retenir, je m'accrochai à lui. En vain. Surpris à son tour, mon stagiaire perdit ses appuis et s'écroula sur moi.
Mes bras l'entourèrent dans une étreinte protectrice, sans que je m'en rendisse compte, alors qu'il pouffait gaiement. Ce son, si pétillant à mes oreilles, fondit la glace infiltrée à l'intérieur de mes os.
Ses bijoux verts étincelants, il me regarda, une remarque au bord des lèvres, mais se ravisa devant mon air sérieux.
Izuku Midoriya contre moi, sa température corporelle à l'opposé de la mienne, - tout comme nos battements de cœurs - le piège se refermait sur moi. Je refusais de le lâcher. Il n'osait pas faire un geste, dans l'expectative de ma prochaine action.
Vu de plus près, il était encore plus séduisant. Ses yeux surtout. Leurs éclats hypnotisaient, capturaient, faisaient perdre la raison.
- Sh...
Je l'interrompis d'un doigt sur les lèvres. Je ne voulais pas l'entendre me dire qu'il fallait se relever, l'envie inexistante. Le froid ne m'atteignait pas de toute façon, je le maîtrisais. Rien ne devait gâcher cette contemplation, pas même le fait que le retenir ainsi constituait un interdit de taille, eut égard à notre relation professionnelle.
Peu importe, je l'oubliais, elle aussi.
Je suivis le tracé rose et charnu, des milliers de frissons de plaisir aspirés dans mon doigt. Exalté, un désir inattendu, irrésistible, se diffusa, cette bête dont j'ignorai jusqu'à l'existence, réveillée par une odeur sucrée, un rugissement affamé bientôt propagé en moi.
- Laisse-moi connaître la saveur de tes lèvres.
J'eus peine à croire que ma propre voix prononça cette phrase. Et pourtant, ce vœu reflétait la violente pulsion qui me possédait à cette seconde, son appel assourdissant.
Je ne pus me retenir davantage, et, le cœur tranquille, je m'approchai de ma cible, effleurée avec délicatesse. Le contact dura à peine, cependant, cette simple caresse brouilla ma capacité de réflexion, suffisamment pour en désirer plus.
- Je vais recommencer, prévins-je, en m'éloignant. Repousse-moi si tu ne veux pas.
J'attendis le mot, le geste destiné à m'arrêter, mais rien ne vint, la permission accordée, par son silence, de pouvoir m'imprégner de cette succulence, plusieurs fois de suite.
Alors, c'était ça ? Cette chaleur unique, ses sensations bouleversantes qui engloutissaient tout ? Je comprenais enfin pourquoi Natsuo s'adonnait souvent à cette activité, avec sa petite amie étudiante.
Oh, seigneur, que m'arrivait-il ? Pourquoi fallait-il que ce soit si agréable ?
Je ne me contrôlais plus assez pour mettre fin à cette exquise découverte, l'animal en moi, pas rassasié. Faible, à l'écoute de ses bas instincts, une certaine maladresse due à mes débuts balbutiants, j'allais à la rencontre de sa langue avec la mienne.
Mon premier baiser.
Je n'avais jamais fantasmé ce genre de pratique, les interrogations relatives à mon orientation, au sexe en général inatteignable pour moi. J'avais grandi dans l'idée que la reproduction se faisait telle qu'on le décrivait dans les livres médicaux et rien d'autre.
L'amour riait de mon ignorance, se moquait de ma bêtise, jouait avec mon inexpérience, tout en m'offrant le plus beau des cadeaux : la certitude que je tenais dans mes bras la personne faite pour moi.
Izuku frémit dès le toucher tant attendu, mon étreinte resserrée par automatisme. Étonné de ma propre effronterie, je sursautai et m'éloignai de lui.
Sa respiration aussi saccadée que la mienne, il gardait les yeux fermés. J'aurais tout donné pour connaître ses pensées, tant il paraissait perdu dans un rêve. Je devais tout stopper maintenant, avant que la situation ne dérape, me soufflait ma conscience.
La bête, furieuse de son intervention, l'écrasa sans ménagement. Dans un cri rageur, je fus sommé d'embrasser définitivement la folie.
Je m'exécutai sans retenue.
Ne me repousse pas, je t'en supplie, implorai-je de ma voix muette. Je veux brûler sous ton baiser.
Comme s'il avait entendu cette requête silencieuse, notre échange devint tout à coup enflammé, de sa propre volonté, un incendie aussitôt déclenché en moi.
Il me dévorait à pleine bouche, avec une passion toute débordante, intense, presque douloureuse ; son muscle doux et chaud ne montrait aucune faiblesse dans son assaut, une tendresse affolante insérée à l'intérieur. Chaque coin et recoin de ma personne englobé, dominé par cette frénésie, je me délectai de cette sauvagerie inopinée, le mur de la décence complètement abattu quand un gémissement aigu se sauva hors de ma gorge.
C'était si exquis, si puissant ! La bête poussa un hurlement satisfait, mon cœur accéléré, mes sens déboussolés. Tout m'échappait, je perdais totalement le contrôle de la façon la plus magnifique qui soit, la crainte désormais tangible de ne plus pouvoir me passer de ce goût enivrant et grâce auquel je touchais le ciel.
Tout à coup, il s'éloigna.
- Non, m'entendis-je dire, malgré moi, la chute trop brutale.
Il se releva avec précipitation, son mouvement manquant de le faire basculer vers l'arrière, mais parvint de justesse à se rattraper.
Nos souffles résonnant dans la salle, je devinais son regard désorienté sur moi, et compris au bout de quelques secondes qu'il regrettait de s'être laissé aller.
- Je suis... désolé, s'excusa-t-il, en guise de confirmation. Je ne sais pas... ce qu'il m'a pris.
Il m'aida à me remettre debout, ma réaction appréhendée. Trop sonné pour parler, je me contentai de trotter vers l'entrée de la piste, mes pupilles bicolores droits vers un banc. J'avais besoin de m'asseoir... et d'une douche froide.
- Tout va bien ? s'enquit-il à une bonne distance de moi.
Comment osait-il me demander ça, alors que nous venions de nous embrasser de cette manière ? Je le regardai d'un œil nouveau, encore étourdi, quelque peu effrayé, par cette nature cachée aussi déroutante qu'attirante.
- Excuse-moi, articulais-je enfin, c'est ma faute.
Oui, c'était ma faute, mon corps et mon esprit dérobés à mes tentatives de contrôle, car embrumés par la folle ardeur partagée. J'avais perdu la tête, le saut trop précipité, trop haut, le déséquilibre difficilement rattrapable, maintenant. Il allait rallonger la ligne qui nous séparait, une maudite distance de protection en place. À cette idée, alors que j'eus tant de mal à accepter sa présence, jusqu'à ne plus pouvoir m'en passer, mon organe vital se serra.
Ce baiser langoureux laissait toutefois une empreinte que je ne désirais pas oublier : belle par sa magie, mon cœur désarmé face à elle, l'échange avait nourri un feu insoupçonné, impossible à réduire, ignorer, éteindre.
- Je vais y aller, décidai-je en me levant.
Le brouillard un peu dissipé de mon cerveau, mes fonctions motrices répondaient, preuve de ma maîtrise presque retrouvée.
Je devais quitter cet endroit, réfléchir à cet événement au calme, sans ses émeraudes en quête de la moindre réaction. Je bloquais d'emblée tout moyen de lecture possible, le masque de froideur impassible de retour. Ce moment m'appartenait, je ne laisserais personne l'entacher, sous un prétexte quelconque.
- Je peux te... commença-t-il.
- S'il te plaît, l'interrompis-je avec prudence, ne fais rien, ne dis rien, j'ai juste besoin d'être seul.
Il acquiesça d'un signe de la tête.
- Merci.
Pas uniquement parce qu'il respectait ma volonté. Pour cette soirée qui m'avait fait tout oublier ; ce baiser fou ; ses petites touches de couleurs qui peinturaient mon âme, depuis quelque temps déjà, mais surtout durant cette heure écoulée. Quoiqu'il se passe à l'avenir, je ne regretterais jamais d'être venu.
- On se voit demain, conclus-je.
Une fois débarrassé des patins, je me détournais de lui, mes pas vers la porte que je poussais, afin de sortir sans me retourner. Son regard coupable derrière moi suffisait. À court de toute énergie, m'y confronter m'aurait achevé.
Dehors, un froid mordant m'accueillit, sans m'atteindre pour autant. J'inspirais une profonde gorgée d'air, en fermant les yeux.
J'ignorai avec exactitude ce que je ressentais à cet instant, tout se bousculait en moi. Je manquais de pratique pour contenir une pareille cacophonie, une sensation particulière tout de même reine proclamée de ces sentiments chamboulés. Après quelques secondes de réflexion, je souris d'incrédulité, son identification terminée.
Pour la première fois de ma vie, je me sentais heureux d'exister ; une menue étincelle bien vivace s'agitait, cette notion tellement abstraite renfermée à l'intérieur d'elle que je la pensais jusqu'ici réservée aux autres.
« Le bonheur ».
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