And there's no remedy for memory your face
Is like a melody, it won't leave my head
Your soul is hunting me and telling me
That everything is fine
But I wish I was dead

lana del rey, dark paradise

.

.

Vendredi , 3 août 2005

Charlie s'était comporté mécaniquement toute la journée.

Il se tenait debout, bien droit, et il distribuait des poignées de mains et des faux-sourires à toute personne qui l'approchait. La cérémonie était terminée et, pendant que le vieux sorcier lisait le testament de Lavande à Ron, Céleste, Hermione, Harry et Parvati, sa famille remerciait les gens, qui s'étaient déplacés tout en accueillant les condoléances qui pleuvaient sur eux. Seule la contraction de sa mâchoire, un mouvement imperceptible, l'aidait à ravaler toutes les paroles venimeuses qui menaçaient à chaque instant d'exploser dans sa bouche.

Il agissait en mode pilote-automatique afin d'oublier qu'il n'avait pas envie d'être et de ressentir à chaque minute sa peine, sa colère et sa culpabilité gagner des intensités similaires à Nagazaki ou Hiroshima. Le dragonnier voulait oublier, il voulait anesthésier cette douleur dont il connaissait toutes les coutures dans le fond d'une bouteille – ou de quoi que ce soit, susceptible d'endormir tout ça. Il voulait annihiler cette réalité psychédélique, cette quatrième dimension qui n'avait pas lieu d'être. Il voulait s'endormir et se réveiller en constatant que ce n'était qu'un mauvais rêve.

Le dragonnier avait besoin de se sentir confus.

À la place, il ressentait tout ce qui se déroulait devant lui avec la même précision que si on avait enfoncé une lame d'un couteau dans son bras afin d'en charcuter la chair.

Il saisissait chaque geste, chaque parole, chaque regard avec beaucoup trop de précision pour son intégrité psychologique et pour le masque de contrôle qu'il avait revêtu – et qui commençait à s'effilocher.

« C'est horrible, ce qui s'est passé. » Un reniflement. Des doigts, aux ongles vernis d'une couleur rouge écarlate, un peu écaillé, tentent d'aller sécher des larmes sur une joue, tout en prenant bien attention de ne pas détruire la fine ligne de khôl sur la paupière.

« Vous devez être ravagés. » Une poignée de mains moites. « Je ne réalise pas que Molly nous ait quittée. » L'autre main joue nerveusement avec un chapeau melon d'une teinte émeraude, qui jure avec la tenue de l'homme.

« Votre mère était une femme extraordinaire. Ça doit être un vide immense de l'avoir perdue. » Un mouchoir violet au motif de pois blancs éponge les joues rosies par les larmes de la femme et elle parvient à esquisser un sourire triste.

« Mes condoléances, Bi-. » Moment de gêne. « Non, je veux dire, Charlie. Je me trompe toujours entre ton frère et toi. » Tentative de faire disparaître le malaise ressenti par la fuite vers la main d'Arthur, qui se tend juste à côté du dragonnier.

Le jeune homme ne parvenait même pas à saisir comment il réussissait à trouver la force d'articuler une réponse convenable à toutes ces personnes.

.

.

.

Il s'était réveillé, seulement, le lendemain des attaques.

La médicomage, en charge de son dossier, lui avait fait subir une batterie de tests afin de vérifier ses fonctions neurologiques et visuelles – subir était, effectivement, le verbe approprié au vu du peu de délicatesse que la guérisseuse avait employé afin de mener à terme son inspection de son état physique. Entre un grattement de plume sur son dossier et un « je vous demanderais de ne pas bouger, Monsieur Weasley. », la quadragénaire lui avait versé quelques informations sur ce qui s'était passé après sa perte de conscience.

Ainsi, il avait appris qu'une attaque avait, aussi, été planifiée sur le Chemin de Traverse et qu'Elias Lestranges et ses sbires avaient été neutralisés. Ils avaient, tous, intégré Azkaban en attente d'un procès en bonne et due forme – bien qu'il y eût peu de doute qu'un élément de preuve puisse installer un doute raisonnable de leur innocence.

Il avait été surpris de l'entendre aborder que Rita Skeeter avait été suspendue de son poste à la Gazette du Sorcier et qu'elle allait devoir comparaître, également, pour le contenu qu'elle avait publié pendant ces quelques jours. La médicomage avait nommé que les articles de la journalistes avaient, selon le Ministère, aidés à instaurer un climat de peur et qu'elle avait fait une totale désinformation de la situation. Il était peu probable que la journaliste subisse une quelconque peine, tout comme il était évident que son avocat se réfugierait dans des arguments comme la liberté de presse. Cependant, les aurors – Harry, en tête de ligne – espérait que cela donne une leçon à cette horrible femme.

Dès les tests terminés, le jeune homme avait reçu son congé : tout était sous contrôle.

Percy était venu le rejoindre dans la chambre, qu'il partageait avec trois autres personnes, quelques minutes plus tard. On avait rassemblé tous les blessés et tous les usagers du centre hospitalier sur un même étage – celui, qui avait été le moins touché par les attaques. La salle d'attente de l'urgence, le Hall ainsi que plusieurs départements de Ste-Mangouste ne pouvaient être utilisés, pour le moment, afin que les aurors relèvent les preuves nécessaires pour les procès. Dès que cette étape serait terminé, l'hôpital allait pouvoir commencer à effacer ces attaques en nettoyant ces salles ainsi qu'effectuer les réparations mineures.

Avant même que Charlie ait pu prononcer un quelconque mot, le chef dudépartement des transports magiques lui avait nommé qu'il devait im-pé-ra-ti-ve-ment lui parler etce, avant qu'il se dirige vers le Terrier. Le dragonnier avait froncé des sourcils : bien que son frère avait toujours cet air guindé et cette manie d'utiliser des mots ridiculement long, il arborait, surtout, le même air anxieux que lorsque ses deux frères aînés avaient réussi à le convaincre qu'il ne recevrait jamais sa lettre de Poudlard – une blague que Bill et lui entendaient, encore, parler.

Le jeune homme s'était, alors, mis à parler frénétiquement. Il énonça toutes les théories et toutes les hypothèses possibles, qui pourraient expliquer cet air grave sur le visage de son frère.

« Non, non, ce n'est pas Hermione, c'est... » avait articulé Percy, alors qu'ils atteignaient la cantine de Ste-Mangouste, qui n'avait pas été endommagée par les attaques. « C'est maman. »

La voix de Percy était rauque. Le dragonnier s'était rappelé subitement les paroles qu'Elias avaient prononcées concernant leur mère. Il eut l'impression que l'oxygène venait de quitter tout son corps et que, soudain, il n'était plus compatible avec ses organes.

« Maman est morte. »

Non. C'était impossible. Charlie refusait de croire cette phrase. Percy devait forcément se tromper. Ça ne pouvait pas être vrai. C'était une blague.

C'est ça. Ça ne pouvait qu'être ça. Une blague. Le dragonnier avait pensé, pendant quelques nanosecondes, que son frère devait, de toute urgence, prendre des cours auprès des jumeaux afin de rendre ses blagues beaucoup plus hilarantes.

Percy avait répété, une nouvelle, croyant, peut-être, que son frère n'avait pas entendu.

C'était mûrement réfléchi qu'on envoie son petit frère afin de lui annoncer le décès de leur mère : il avait assez de patience et de logique pour endosser ce rôle. Le coup d'éclat, d'émotion, de quelque chose que le cadet attendait de la part de Charlie ne venait pas. Il était resté stoïque. Ses pensées bouillaient, partaient dans tous les sens, tentant vainement de trouver une explication rationnelle à cette connerie.

Parce que c'était une connerie, n'est-ce pas?

Le jeune homme ne pleura pas, ne cria pas, ne parla pas, ne se lamenta pas. Il restait simplement droit, silencieux.

« Ça va, Charlie? »

Son frère s'inquiéta de son absence de réaction. Le trentenaire avait acquiescé, lentement. Percy avait, de nouveau, parlé. Il avait répété plusieurs fois les trois mots qui ne faisaient aucun sens dans la tête du dragonnier : Maman est morte – comme s'il ne l'avait, toujours pas, entendu.

Et, à un moment, Charlie lui avait annoncé qu'il partait en Roumanie. Le dragonnier pu, presque, entendre les méninges de son frère carburer à plein régime afin de tenter d'établir un lien entre la mort de Molly Weasley et un départ imminent pour un pays de l'Europe de l'Est.

Très franchement, il n'y en avait pas. Et, Percy n'avait pas assez d'imagination afin de mener une conclusion à ce questionnement. Charlie ne lui expliqua pas ce raisonnement. À vrai dire, il ne lui avait pas laissé le temps d'assimiler cette nouvelle information : il était parti sans ajouter un mot de plus.

Le jeune homme n'avait aucune envie d'expliquer les raisons qui motivaient son geste. C'était apparu, pour lui, comme une évidence : il avait besoin d'être seul et, surtout d'éteindre et d'étouffer cette réalité qui lui tordait les entrailles. La Roumanie avait toujours été son havre de paix, son refuge lorsqu'il vivait ces moments qui ne cadraient pas avec ce que devait être la réalité – la vraie. Charlie savait très bien que personne ne comprendrait sa manière de réagir à la mort de sa mère, même Hermione.

Il était, même, certain que la médicomage aurait tout fait afin de prendre toute la douleur que le jeune homme pourrait ressentir sur ses propres épaules. Il la connaissait suffisamment pour inventer un scénario plutôt réaliste de ce qui se serait produit, s'il était resté en Angleterre. Et, d'une certaine manière, cela l'amena à se convaincre, presque, que ficher le camp sans rien dire était une façon de la protéger d'elle-même.

C'était une théorie, qui en soit, était plutôt basique et idiote. Cependant, cela lui permettait d'atténuer la culpabilité qu'il pouvait ressentir vis-à-vis de la brune et Charlie avait toujours eu un grand talent pour se convaincre de toutes les imbécillités possibles, lorsqu'il s'agissait de reclure ses émotions.

Pendant les sept jours passés en Roumanie, Charlie ne pleura pas, ne cria pas, ne se lamenta pas. Il n'alla pas travailler à la Réserve – quand il avait essayé de s'y rendre, son chef l'avait renvoyé en lui donnant deux semaines supplémentaires afin de faire son deuil.

Non, pendant les sept jours passés en Roumanie, le trentenaire enchaîna les travaux manuels.

Le premier jour, Charlie décida, sur un coup de tête, de se pencher dans l'entretien de son terrain de cinq hectares et de sa maison – un achat qu'il avait fait après deux ans d'économie à habiter l'un des petits abris de la réserve. Bien qu'il n'eût jamais eu une passion pour le jardinage ou les rénovations, ces tâches lui demandaient toute sa concentration et lui permettait d'oublier complètement que ce monde franchement laid avait de nouveau fait des ravages.

.

.

.

Le dragonnier était arrivé en sol anglais, la veille. Il avait loué une chambre au Chaudron Baveur, ce qui avait renforcé l'étrangeté de cette quatrième dimension. Le jeune homme avait refusé de songer à aller dormir au Terrier ou de cogner à la porte d'un de ses frères, et, encore moins, de sa sœur.

Si tous ses frères, sauf Ron, s'étaient relayés afin de lui envoyer des lettres pour s'enquérir de son état, Ginny, elle, lui avait fait parvenir une beugléante. Charlie s'était, ainsi, retrouvé à se faire engueuler aimablement par la benjamine de la famille pour les choix peu judicieux qu'il avait décidé de prendre – un clou de plus sur sa culpabilité, déjà, exacerbée.

Le matin des funérailles, le jeune homme avait pris une douche et revêtu une paire des jeans noire, faute de mieux, une chemise blanche ainsi qu'une cravate. Il ne s'était pas départi de ses éternelles bottines de travail : il n'avait aucune paire de souliers à enfiler. Charlie avait pesté contre la cravate. Il avait presque abandonné de la nouer, après deux minutes de tentatives. Lorsqu'il avait enfin réussi à élaborer un résultat passable, le dragonnier ne lui toucha plus – comme si elle était une bombe qui allait exploser d'un moment à l'autre.

Finalement, le rouquin avait directement transplané au Terrier.

La vue de la maison créa un raz-de-marée émotionnel dans son cerveau qui se répandit jusqu'à ses entrailles. La propriété de son enfance paraissait bien terne sans la présence de sa mère. L'absence des sorts ménagers, qui étaient constamment en place, rendaient la maison trop silencieuse. L'absence de l'apport magique de Molly dans l'équilibre de la maison biscornue rendait celui-ci, encore, plus fragile.

Le jeune homme déglutit et s'avança vers la propriété. Il s'arrêta, quelques mètres, avant d'atteindre les gens attroupés près du grand chapiteau, qui avait été monté pour l'occasion.

Son regard s'attarda sur un panneau en bois. Charlie devait avoir treize ans, tout au plus, quand sa mère l'avait accroché à la maison. L'index du dragonnier traça, pensivement, les lettres gravées. Le jeune homme eut un petit sourire nostalgique en se rappelant l'après-midi où ils avaient fait ce panneau.

Après une semaine de pluie durant les vacances estivales, Molly n'avait plus su quoi inventer pour distraire ses sept enfants. Elle avait, alors, décidé de faire ce panneau de bois et elle avait inscrit à l'aide de sa baguette les mots « Le Terrier ». Tous les enfants avaient participé à sa décoration, jusqu'à ce que George renverse un pot de peinture sur leur œuvre d'art. Percy avait été furieux, Charlie et Bill étaient déçus, Fred tentait de réconforter son jumeau, qui se sentait coupable, Ginny pleurait devant cette cacophonie et Ron essayait de faire cesser ces larmes de crocodiles, sans aucun résultat. Après plusieurs minutes, la mère de famille avait réussi à remettre de l'ordre autour de la table, en réussissant à pâlir la peinture afin que tous les dessins puissent être visibles. Elle avait ajouté que parfois, le chaos renforçait la beauté des petites choses.

Sa mère n'avait peur de rien. Pas même du chaos. Au contraire, elle avait tenté de leur enseigner à y trouver des points positifs afin de lui donner une certaine beauté. Charlie eut brutalement l'impression d'avoir échouer lamentablement cette leçon. Ses yeux brûlèrent de larmes qu'il refoulait depuis plus d'une semaine. Immédiatement, le dragonnier renifla afin de les ravaler et de reprendre une contenance.

La journée s'annonçait longue, pénible et infernale – encore plus, s'il laissait déjà libre à ses émotions.

« Hé, Charlie. »

Il sursauta. Le jeune homme se retourna et vit George ainsi que sa famille marcher sur le petit chemin en terre battue, qui menait vers l'arrière de la maison – et par le fait-même, dans sa direction. Angelina lui fit un petit sourire, alors que Roxanne et Jonah se mirent à courir vers lui. Le jeune homme se demanda par quel miracle, il réussi à simuler de l'enthousiasme et de la joie lorsqu'il prit chacun d'eux par la taille pour les soulever, comme il en avait l'habitude. Quand son frère fut arrivé à sa hauteur, les deux se serrèrent dans leurs bras. Après quelques secondes, le jumeau relâcha l'aîné, qui mit ses mains dans ses poches, alors que le premier s'attardait sur le panneau, qui avait attiré l'attention de Charlie. Il l'imita en parcourant les lettres gravées dans le bois d'un doigt.

« Le chaos renforce la beauté des petites choses. » se souvint George.

Le dragonnier plissa les yeux, légèrement, afin d'empêcher toute émotion le reprendre d'assaut et acquiesça lentement de la tête en tentant d'esquisser un sourire sur son visage.

« Elle me manque, déjà. » continua le farceur.

Les jumeaux avaient toujours cette facilité déconcertante à énoncer ce qu'ils pensaient et sans en être mal à l'aise. Ce qu'ils ressentaient, ils le propageaient autour d'eux, sans se prendre la tête : comme leur père. Arthur Weasley disait toujours ce qu'il pensait, même ce qui pouvait menacer de faire surgir un cataclysme entre Molly et lui. C'était un homme intègre, proche de ses émotions et c'était, bien là, une qualité extraordinaire que les jumeaux avaient en commun avec lui.

« Toi aussi, tu nous as manqué, dans les derniers jours. » ajouta, de nouveau, son frère devant le mutisme de Charlie.

Ce n'était pas un reproche, le dragonnier en était certain. Ce n'était pas le genre de George ou de Fred, de toute évidence. Pourtant, cette phrase le prit autant en dépourvu que si elle avait été formulée par sa mère.

« J'avais besoin... » commença le dragonnier, d'une voix rouillée par le silence dont il avait fait preuve dans la dernière semaine.

« Tu avais besoin d'être seul. » coupa George.

Il n'y avait pas de questionnement dans le ton de sa voix. Charlie poussa un soupir. Puis, il acquiesça, une nouvelle fois. Son frère visait extrêmement juste. Le dragonnier n'était pas une énigme difficile à décortiquer : il suffisait de comprendre que la fuite était son mécanisme de défense de prédilection. George fronça des sourcils pendant quelques secondes avec d'esquisser un sourire en coin, dont les jumeaux avaient le secret.

« Fleur a fait du beau travail. » l'informa-t-il, changeant subitement de sujet. « Fred et moi, on l'a aidé un peu. Même si m'man déteste nos inventions, on avait envie de mettre une touche personnelle. »

L'utilisation du présent à la place de l'imparfait afin de parler de leur mère n'échappa pas à Charlie. Visiblement, George avait du mal à faire conjuguer Molly Weasley avec le passé ou, il le refusait tout simplement.

« Ne me dis pas que vous avez placé une blague quelque part... »

Le ton du dragonnier était moins rigide et guindé : il était plus facile d'aborder les blagues de ses frères que d'évoquer des souvenirs. Angelina serra la main de George et le couva du regard.

« Oh non, Charlie. » dit-elle, avec fierté. « Ils ont été merveilleux... »

« Tu dis ça, comme si on n'était jamais merveilleux. » soupira son mari, en levant les yeux au ciel.

L'ancienne capitaine des Gryffondors ne se préoccupa même pas de ce dernier commentaire. Elle secoua simplement la tête.

« Ils ont créé un micro. Tu sais, ces trucs moldus, qui permettent d'entendre des voix sur un volume plus fort ou sur une plus grande distance? » Angelina attendit que Charlie hoche de la tête afin qu'il se figure de quoi, elle parlait. « Bref, ils en ont créés qui transmettent la voix de votre mère et celle de Lavande! »

Sa belle-soeur cessa de parler pour embrasser la joue de son mari, alors que ce dernier semblait un peu mal à l'aise.

« C'est une très belle invention. » déclara Angelina, devant l'air gêné que George arborait.

Il lui jeta un regard amoureux.

« Fleur a décidé de les placer dans certains bouquets. Ils se déclenchent, seulement, quand on touche aux fleurs. » expliqua-t-il, en se grattant légèrement l'arrière de la tête de sa main libre. « Fred et moi, on a beaucoup travaillé là-dessus... »

Finalement, Charlie n'était, peut-être, pas le seul à s'être lancé corps et âme dans un nouveau projet.

Il devait être indulgent envers lui-même.

Angelina avait raison, cette invention était merveilleuse.

« C'est incroyable. Vraiment. » commenta simplement le dragonnier. « Et puis, je crois que ça lui aurait fait plaisir ce genre d'attention. »

Sa belle-soeur hocha la tête, en accord avec ses paroles. Alors que son frère le serra, de nouveau, dans ses bras, tout en le remerciant de son soutien.

Ils marchèrent, ensuite, les dizaines de pas restants afin d'atteindre la tente où se déroulerait la cérémonie. George avait raison : Fleur avait fait un travail parfait. Charlie emboita le pas à son frère afin d'aller la remercier chaleureusement. Quand elle se défit de l'étreinte du deuxième fils des Weasley, la Française secoua la tête.

« Charlie... » soupira-t-elle, alors que ses doigts atteignaient la cravate du dragonnier.

Ses maigres protestations ne changèrent pas grand-chose, la jeune femme avait, déjà, défait le nœud affligeant qu'il avait tenté de faire par lui-même et elle était en train de le refaire.

« Ça ne sert à rien de protester contre ma femme. » lâcha Bill, qui frappa gentiment l'épaule de Charlie, afin de le saluer. « Tes dragons se coucheraient devant elle. Particulièrement, quand elle est enceinte. »

Fleur lâcha la cravate, qu'elle avait terminé de nouer, et jeta un faux-regard noir à son mari. Instantanément, l'aîné des Weasley déposa un baiser sur la joue de la blonde. Charlie essaya de sourire, alors que le cœur y était plus ou moins. Le conjureur de sorts était le frère duquel il avait toujours été le plus proche et il s'était toujours bien entendu avec la Française, bien qu'il la trouvait trop exubérante, parfois.

« Ce n'est rien Charlie. » dit sa belle-sœur, en serrant gentiment son avant-bras. « Les hommes ont toujours de la difficulté avec les cravates. »

Bill passa sa main autour de la taille de sa femme.

« Sérieusement, on est content de te voir, Charlie. » dit son frère, avec douceur.

Le dragonnier lui lança un regard noir : comme s'il allait manquer les funérailles de sa mère. Son aîné leva les yeux, devinant ce qui se tramait dans les rouages des pensées du dragonnier.

« Tu sais, parfaitement, ce que je veux dire. » énonça Bill.

Oui, il le savait. Il savait très bien que son frère n'évoquait pas qu'il serait capable de manquer les funérailles de sa propre mère. Il savait très bien que son frère lui avait dit ces mots, uniquement parce qu'il était heureux de le voir, point. Cependant, c'était plus fort que lui : Charlie semblait rechercher toute situation susceptible d'augmenter la culpabilité qu'il ressentait, déjà, comme s'il cherchait à s'auto-flageller.

Le dragonnier poussa un soupir et il passa une main dans ses cheveux. Il hocha de la tête et le jeune homme ajouta que, bien sûr, lui aussi, il était heureux de les voir.

Puis, Charlie évoqua un prétexte pour se déplacer. Il se sentait un peu mal à l'aise face à son frère aîné : Bill le connaissait beaucoup trop bien et il lisait en lui comme dans un livre ouvert. C'était perturbant.

Quand il bougea, le regard azur de Charlie se déposa sur elle pour la première fois et son souffle se coupa.

Hermione restait Hermione en toutes circonstances. Elle était magnifique.

Il la regarda, alors qu'elle étreignait Ginny, tout en couvant du regard son meilleur ami.

La médicomage était resplendissante, malgré son sourire forcé et ses yeux éteints. Elle était resplendissante, malgré ses épaules affaissées. Elle était merveilleuse. Comme toujours.

Il déglutit. Non, elle n'accepterait jamais qu'il soit parti en prétextant que c'était pour son propre bien. Il en avait l'intime conviction pour la première fois, alors que Charlie avait tenté de s'en convaincre pendant huit jours. Elle n'accepterait jamais, qu'à peine lui avoir dit qu'il l'aimait, il s'était lâchement sauvé. Et, en même temps qu'il le réalisait, une certaine colère crût en lui : personne ne le saisissait, personne n'acceptait ce qu'il était.

Charlie se retourna avant que les yeux chocolat de la jeune femme croisent les siens. Son courage semblait s'être évaporé avec les derniers rayons de soleil. Et, à nouveau, il sentit son ventre se torde un peu plus. Comme si c'était possible.

.

.

.

La cérémonie avait été longue et émouvante. Après la mise à terre des corps, Charlie se sentait éreinté, autant physiquement que psychologiquement.

Il avait soutenu, avec son grand frère, son père toute la cérémonie. Arthur, la personne qu'il avait toujours admirée, n'était plus que l'ombre de lui-même. Son visage toujours rayonnant n'était que tristesse et les cernes lui rongeaient les joues, ce qui lui créait de nouvelles rides.

Son père n'avait jamais eu l'air aussi vieux, qu'aujourd'hui.

Lorsque son père s'était tut durant son discours, pendant la cérémonie, parce qu'il était seulement capable de pleurer, Bill et Charlie s'étaient levés de leur siège, comme un seul homme, et s'étaient avancés afin d'aller le soutenir. Et, ils ne l'avaient plus quitté, ensuite.

Quand le dragonnier avait lui-même terminé de rendre son dernier hommage et qu'il était retourné s'asseoir sur son siège, à côté de son père, celui-ci lui avait serré la cuisse légèrement. Charlie avait eu son premier véritable sourire journée, voir de la semaine. Il était petit, mais il était sincère.

Il essayait d'y voir un pardon de tout ce que Charlie se culpabilisait. Toutes ces années d'absence, toutes ces lettres jamais retournées, tous ces Noël où il n'était pas venu.

Quand son père retira sa main, Charlie la rattrapa. La souffrance qui s'enrayait dans les entrailles du dragonnier était un peu plus supportable avec l'aide de son père.

C'était plus facile de se rappeler que bien qu'il ait rechigné devant l'amour maternel de Molly et qu'il avait clamé toute son indépendance, maintenant, il était là.

.

.

.

Le vieux sorcier, qui avait présidé la cérémonie, récitait le testament de Molly Weasley. Seules les personnes concernées par celui-ci avaient été autorisées à entrer dans le chapiteau – soit, la famille Weasley, les derniers membres de l'Ordre du Phénix, Hermione et Harry. La lecture du testament de Lavande, qui s'était faites de la même manière, un peu avant celui-ci, avait laissé le temps à la famille de remercier les invités qui s'étaient déplacés pour la cérémonie.

Cela faisait, déjà, quarante minutes que le sorcier parlait. Son ton monocorde et ses pauses interminables étaient en train de réduire en charpie la patience du dragonnier, qui avait l'impression que chaque mot ajouté par le sorcier enlevait de l'humanité à la mort de sa mère. On décortiquait ses avoirs, ses possessions et ses effets personnels comme si rien d'autre importait. Le côté morbide de la situation donnait à Charlie une furieuse envie de vomir. Il poussa un soupir, alors que le sorcier expliquait comment les bijoux du mariage qu'avaient porté Molly ne seraient pas séparés entre les sept enfants, avant que chacun de ceux-ci ne soient mariés. Ainsi, expliqua le sorcier, cela laissera la chance à ses nouvelles brus ou à sa fille de les porter.

Dans un réflexe, Charlie jeta un coup d'œil à Hermione, assise un peu plus loin, sa main toujours coincée dans celle de Ron. Il baissa les yeux, lorsqu'il remarqua, qu'elle aussi, elle le regardait.

Il tritura ses doigts, nerveusement. Le dragonnier ne voyait personne d'autre jouer le rôle de la dernière bru de Molly Weasley que cette femme.

Il ferma les yeux, alors que ses paumes se posèrent contre ses cuisses. Le jeune homme sentait son cœur tambouriner entre ses tempes.

« Puisqu'Arthur Weasley a décidé d'abdiquer sur ses droits de la maison, le Terrier revient à Fred Weasley et à Luna Lovegood. » annonça le sorcier de sa voix, toujours atone.

Ce dernier devait croire que personne ne réagirait : comme à chaque point qu'il avait énoncé dans les dernières quarante-cinq minutes. Son visage prit un air surpris quand des exclamations furent poussées de chaque côté de la famille, particulièrement des deux personnes concernées. Seuls, Bill, Fleur et Arthur ne réagissaient pas. D'ailleurs, l'aîné de la famille avait posé une main sur l'épaule de son père, comme pour lui montrer son soutien face à cette vague. Il était évident que le couple connaissait les intentions de leur père, ça ne pouvait pas être autrement.

« C'est une blague? » demanda Fred, que Luna tentait de tempérer en lui tirant sur son bras. « Papa? C'est une blague, c'est ça? »

« Si je peux ajouter. » commença George. « Si c'est une blague, elle est atrocement désastreuse. »

« Effectivement. » acquiesça son jumeau. « Tu vas aller vivre où, papa, si tu n'habites plus au Terrier? »

Le quinquagénaire fit un geste afin de faire taire ses fils et éviter qu'ils s'emballent dans un dialogue, qui leur était propre et qui avait tendance à l'étourdir.

« Nous en avons beaucoup discuté, votre mère et moi. C'était la décision, à notre sens, la plus logique. » expliqua Arthur, en fronçant les sourcils. « Dans le cas, où nous mourrions tous les deux, le Terrier revenait à Fred et à Luna. Ce sont les seuls à ne pas habiter dans une vraie maison. Bien sûr, nous avons pensé à Charlie, mais puisqu'il habite en Roumanie, c'était le plus logique. » Le père de famille se mordit la lèvre, joua nerveusement avec un pan de sa chemise. « Je n'ai pas envie d'habiter dans cette maison sans votre mère. Ce serait insupportable. J'en ai parlé avec Bill, cette semaine. Et... J'irai habiter chez eux, jusqu'à la fin de l'été et, ensuite, j'habiterai à Poudlard. »

Il eut une vague de contestation.

Ginny soulignait qu'il ne le verrait plus, aussi, souvent. George nommait qu'il était injuste qu'il s'expatrie. Percy soulevait son inquiétude lorsque son père arrêterait de travailler. Charlie et Ron ne disaient rien, le premier comprenant les motifs de son père et le deuxième beaucoup trop atterré pour tenter de dire quelque chose.

Puis, Fred lâcha la bombe. Lui non plus, il ne voulait pas habiter dans une maison remplie de souvenirs en ayant le perpétuel rappel que sa mère était décédée.

Plus personne ne parlait.

« Si Fred n'en veut pas... Est-ce que ça veut dire qu'on devra vendre la maison? » demanda Percy, en rompant le silence installé.

Tous les yeux se tournèrent vers le sorcier, à l'avant, qui se raclait la gorge, mal à l'aise. Visiblement, il était surpris de la tournure que prenait les événements.

« Oui. » répondit-il, simplement.

Le silence devenait, encore, plus lourd. Il y avait quelque chose d'irréaliste dans l'idée que le Terrier ne soit plus habité par la famille Weasley.

Fred jeta un coup d'œil à Luna, assise à sa gauche. Elle avait la main serrée dans la sienne et caressant du pouce la paume de son fiancé, dans un rythme régulier et apaisant. Celle-ci hocha doucement la tête, devinant la direction des pensées du jumeau.

« On l'intégrera quand tu seras prêt, Freddie. » chuchota la jeune femme, d'une voix douce.

Il acquiesça, lentement. Le jumeau percevait mal le moment où il se sentirait prêt, de nouveau, d'habiter cette maison. Le regard insistant d'Arthur acheva de le persuader. C'était la meilleure décision à prendre, en ce moment. Ils verraient, ensuite.

« Ok. Ok. On accepte. »

Une décision empoisonnée, peut-être. Chacun s'observait : à la fois rassuré de cette nouvelle d'une part et encore un peu inquiet, pour Arthur.

Le vieux sorcier toussota, ramenant l'attention sur la lecture du testament.

« Bon, puisque le point de la maison est tranché, poursuivons. » annonça-t-il, avant de repousser ses lunettes, un peu plus loin sur son nez.

Il inspecta le parchemin devant lui, puis hocha la tête lentement.

« Ah. » soupira-t-il. « Il ne reste qu'un seul point à traiter. Molly Weasley lègue, à son fils, Charlie Weasley, la pendule du salon. Ainsi, il sera toujours en contact avec sa famille. »

Contrairement à la précédente annonce, personne ne réagit. Ses frères hochèrent simplement de la tête.

Sauf l'interpellé.

Charlie ouvrit légèrement la bouche et ses yeux s'écarquillèrent. Plus qu'il semblait saisir ce que voulait dire cette annonce, plus qu'un sentiment de colère grandissait en lui. Qu'est-ce qu'il pourrait bien faire, d'une horloge qui lui indiquerait, à chaque instant, que sa mère était morte? Qu'est-ce qu'il pourrait bien faire, d'une horloge qui lui indiquerait à chaque instant, qu'il était un frère et un fils pitoyable?

Il n'avait aucune envie de voir, à chaque jour, la cuillère représentant Molly pointée invariablement vers la case « mort ». Il referma la bouche et ses poings se serrèrent. Il ne voulait pas faire d'esclandre, particulièrement devant son père, il se leva brusquement et quitta le chapiteau.

Son masque qu'il avait arboré toute la journée se fissura. S'en était trop.

.

NDA : Alors, j'avais prévu de faire qu'un seul chapitre... Mais comme il faisait plus de 11 000 mots, je le trouvais un peu indigeste à la lecture.

Je trouvais important de montrer davantage les réactions des membres Weasley et, bien sûr, de voir comment notre dragonnier digère tout cela!

La suite, au prochain chapitre!