Vingt-cinquième réunion du Club des Créateurs

Vanille est de retour à Poudlard pour sa sixième année de scolarité et sa seconde au Club des Créateurs. Elle d'ailleurs commencé fort en s'engueulant avec Alexandre pendant sa première soirée en tant que Maître Créateur...


Vanille mit plusieurs jours avant de retourner au Club des Créateurs. Elle avait très envie d'y retourner mais n'avait pas encore réussit à trouver ce sur quoi elle allait travailler, maintenant qu'elle était de retour. Elle se donnait du temps.

Elle discuta avec quelques-uns de ses camarades du Club, et, curieuse, leur demanda sur quoi ils comptaient travailler.

Lorelei, qui avait été l'autre Novice d'Oreste, lui apprit qu'elle se lançait dans la divination. Elle était très intéressée par l'énigme du temps, et comment la magie pouvait leur apprendre le futur, mais aussi le présent. Elle avait déjà des idées de sortilèges et commença dès le premier soir à travailler sur un artefact puissant mais méconnu par les sorciers d'Europe : les attrape-rêves.

Octave et Olivier travaillaient sur un projet secret. Ils affirmèrent qu'Alexandre ne voyait aucun inconvénient à leur travail, mais ne voulurent pas expliquer à Vanille ce dont il s'agissait.

- Dès que le projet sera terminé, nous vous en parlerons, promit Olivier. C'est quelque chose qui pourra servir à tout le Club. Mais pour l'instant, nous n'en sommes qu'aux idées, nous n'avons même pas de prototypes. Si on t'en dit plus maintenant, on aura la pression et tu seras déçue si on n'y arrive pas !

Les autres Jeunes Créateurs travaillaient sur divers projets classiques, création de sortilèges et de potions.

Ambre, elle, reprit le travail de David, et comptait continuer à créer des sortilèges de duel. Elle faisait partie du Club de Duels, en était même une membre principale. Elle comptait alterner ses soirées de Créatrice, de Duelliste et de révision. Elle proposa à Vanille de venir avec elle, une fois, voir si cela lui plairait. Vanille promit d'y réfléchir.

Ambre avait toujours son chat. Plutôt petit et fourbe, il courrait toujours devant elle. Vanille avait l'impression qu'il l'accompagnait partout.

- Je l'ai croisé pendant les vacances et on a sympathisé, dit-elle comme si elle avait rencontré un ami. Il ne m'a pas lâchée depuis et il a eu l'air d'accord pour venir à Poudlard.

Il la précédait toujours comme s'il savait où elle allait, se présentait poliment à chaque nouvelle personne qu'il rencontrait : ce chat était bien trop intelligent pour être un simple chat. Vanille commençait à le suspecter d'être un Fléreur, ces créatures magiques connues pour leur ressemblance avec les chats et leur grande clairvoyance. Ambre lui donna le nom de Claw.

Son amie lui apprit également qu'elle s'était proposée pour devenir le contact du Club avec le Ministère de la Magie. David lui avait expliqué comment gérer les demandes, et elle avait déjà rédigé quelques papiers pour lui. Les membres du ministère qui étaient en contact avec eux connaissaient déjà son nom. Alexandre accepta immédiatement et lui donna un immense livre empli de feuilles volantes triées qu'Oreste avait tenu l'année précédente. Elle rédigea un premier rapport, dans lequel elle consigna les projets d'études des Créateurs. Pour la plupart, elle écrivit simplement "sorts et potions ménagers", et cacha les projets d'Octave et Olivier, ainsi que ceux de Vanille.

Qu'elle ne connaissait pas encore précisément, d'ailleurs.

Le soir du troisième jour, Vanille se rendit après le dîner dans la salle du Club avec la ferme intention d'y expliquer à Ambre le détail de ses projets, ainsi que cette histoire de lettre qui l'avait empêchée jusqu'ici de penser correctement. Elle prévoyait ensuite d'en discuter avec Leanne, à qui elle comptait ne plus rien cacher, et enfin, allait trouver un moment pour tout raconter à Alexandre.

Pendant ces quelques jours, ils ne s'étaient presque pas croisés. Il lui avait dit au détour d'un couloir qu'il avait énormément de travail scolaire et s'était étonné de la facilité des anciens Grands Créateurs à réussir à continuer de créer autant malgré les devoirs.

Vanille se dirigeait donc ce soir-là vers le Club lorsque, avant même d'atteindre la porte, Ambre débarqua en courant. Elle glissa sur le dallage en freinant devant Vanille.

Cette dernière s'étonna de voir son amie, d'habitude si calme, témoigner d'autant de vivacité. Son visage était empreint d'excitation.

- Vanille. Oublie tes plans. Il faut que je te montre quelque chose.

Et sans attendre de réponse, elle lui empoigna le poignet et repartit en courant d'où elle venait, tirant derrière elle une Vanille décontenancée. Claw, le chat suspecté de Fléreur, comme à son habitude, courait devant elles, bondissant de temps en temps l'air joyeux.

Elles sortirent du château alors que les premières étoiles apparaissaient dans le ciel. Il faisait de plus en plus sombre. Vanille suivait Ambre, qui ne semblait pas se soucier de l'interdiction de sortir après le coucher du soleil, et qui prit la direction des serres, le pas rapide. Elle les contourna et s'engouffra sur un chemin de vieilles pierres, encadré par des murets couverts de mousse. De temps en temps, elle se retournait vers Vanille, le visage impatient, vérifiant qu'elle était toujours derrière elle.

Au bout du chemin, une longue pente descendait jusqu'à la forêt interdite, dans laquelle on pouvait distinguer un bout de rivière qui nourrissait le lac noir. Cette partie du parc n'était pas visible depuis le château, cachée par quelques arbres hauts, autour du chemin qu'elles venaient d'emprunter.

D'ailleurs, le chemin s'arrêtait là, la pente n'était qu'herbe et celle-ci était trempée par la pluie, il était hors de question pour Vanille d'aller patauger là-bas.

Mais Ambre ne s'y aventura pas, elle s'accroupit au bout du chemin et plissa les yeux. Le chat sauta sur le muret et s'assit droit comme un I, le regard plongé vers la forêt. Vanille se posta près d'Ambre :

- Tu m'expliques ?

- Attend, ça va venir. Assied-toi.

Vanille obéit, et observa la forêt. Ses yeux s'habituaient à l'obscurité au fur et à mesure qu'elle s'imposait. Tout était calme, la pluie se contentait de menacer, il n'y avait presque pas de vent.

Au loin, la forêt semblait à Vanille être vivante. Pourtant, aucun son ne s'en échappait, à par celui, singulier, d'une chouette sauvage. Aucun mouvement non plus, elle ne distingua aucun animal, magique ou non, bouger dans cette forêt. Mais pourtant il lui semblait que les arbres discutaient. Que les feuilles dansaient, que la vie y était abondante et pleine de magie.

- Là, regarde, chuchota Ambre en sortant Vanille de sa contemplation.

Elle pointait du doigt un point vers la gauche. Quelqu'un descendait la pente, tranquillement.

- Qui est-ce ?

- Tu ne la reconnais pas ?

Vanille plissa des yeux et tenta de deviner à qui appartenait cette silhouette dans la nuit. Une petite silhouette fine, avec des cheveux courts.

- Annabelle ?

- Elle-même.

Les deux filles regardèrent leur amie s'approcher de la forêt interdite et s'arrêter à l'orée. Puis, d'un coup, elle sembla tomber à terre et sa silhouette se transforma en celle d'un gros animal à quatre patte, aux poils longs et au museau pointu. Un loup.

La bête s'étira, huma l'air et d'un coup, s'enfonça en courant entre les arbres.

- C'est… C'est… Annabelle est un loup-garou ? s'écria Vanille en se relevant.

Elle retomba immédiatement sur les fesses. Assise sur le sol, le cul trempé, Vanille vit son regard attiré par une lueur dans le ciel. La Lune s'était levée, mais elle n'était pas pleine. A peine avait-elle la forme d'un croissant.

- C'est ce que j'ai pensé aussi, au début, avoua Ambre, tranquillement. Je l'ai suivie le premier soir, après la réunion du Club. J'aurais pu lui demander où elle allait que je l'ai vue prendre un autre chemin que celui des Gryffondor, mais ma curiosité était trop forte. J'avais peur qu'elle ne me dise rien. Je l'ai suivie par le même chemin qu'on a pris pour venir. Puis je l'ai vu se transformer en une grosse bête et partir dans la forêt, comme ce soir. Elle est venue ici tous les soirs depuis, et je crois qu'elle ne rentre qu'au matin.

Elle regarda également la Lune :

- Annabelle n'est pas un Loup-Garou, c'est un Animagus. Je pense que c'est ce qu'elle faisait au Club, l'année dernière.

Les deux filles restèrent un moment près du muret, à contempler le bout de forêt où s'était aventurée leur amie.

- Tu crois qu'elle risque quelque chose ? demanda Vanille.

- Je ne pense pas. Les arbres, dans cette partie de la forêt, sont assez clairsemés. Et puis il y a la rivière, ce n'est pas un endroit dangereux. Je crois que c'est par là que le professeur Hagrid garde ses sombrals.

- Qu'est-ce qu'on fait ? On rentre ?

- J'aimerais bien lui parler, avoua Ambre. J'aimerais savoir comment elle a fait…

- On pourra lui en parler au Club.

- Si elle ne nous en a pas parlé, je pense que c'est parce qu'elle n'ose pas. Elle doit avoir peur qu'on le prenne mal, qu'on la dénonce… Après tout, c'est illégal.

- Oh, c'est vrai.

Vanille n'avait pas un seul instant pensé à ça. Annabelle, si elle ne se déclarait pas officiellement, devenait une sorcière illégale aux yeux de la loi, et risquait, au pire des cas, plusieurs mois d'emprisonnement. Le gouvernement avait ouvert des prisons au sein du ministère pour les moindre délits, pour les courtes peines, afin de ne pas trop utiliser Azkaban. Les Détraqueurs n'y travaillaient plus, mais l'endroit était sinistre et traumatisant.

Dans le doute, même si elle ne risquait qu'un emprisonnement au ministère, Vanille ne lui souhaitait pas cela et n'avait aucune intention de la dénoncer.

Au contraire, elle comptait bien la féliciter et essayer d'en savoir plus sur sa méthode.

- Comment tu veux la retrouver dans la forêt ? Tu m'as dit qu'elle ne revenait qu'au matin.

- J'y ai pensé. Ne t'inquiète pas, j'ai aussi peu envie que toi d'aller me balader dans cette forêt en pleine nuit. Je vais essayer quelque chose…

Elle sortit sa baguette et se concentra un instant devant les yeux étonnés de Vanille, qui se demandait quel genre de sortilège pouvait contacter Annabelle au beau milieu de cette forêt. Certainement pas un sortilège qu'elles avaient appris en cours. Ambre avait peut-être inventé un nouveau sortilège ? Mais pourquoi l'aurait-elle caché à Vanille ?

- Expecto Patronum !

Un patronus ? Le chat d'Ambre surgit de sa baguette. Vanille fut bouche bée : il ressemblait étonnamment à Claw. Les mêmes oreilles, la même queue au bout touffu. D'ailleurs, les deux chats s'approchèrent l'un de l'autre, intéressés. On aurait dit un jeu de miroir magique.

Ambre se pencha sur son patronus, la baguette toujours à la main.

- Veux-tu bien aller trouver Annabelle et lui demander de nous rejoindre ici ?

Vanille ignorait que l'on pouvait interagir ainsi avec les patronus. Pour elle, ils n'étaient là que pour protéger les sorciers des Détraqueurs, et disparaissaient lorsqu'on n'avait pas besoin d'eux après un court moment. Mais le chat - le patronus, pas le vrai - d'Ambre s'enroula autour de ses jambes et partit vers la forêt interdite. On ne voyait de lui qu'une trainée lumineuse, tant il allait vite.

- On peut communiquer avec nos patronus ?

- Oui. Je l'ai vu dans un bouquin, mais ce n'est pas au programme. C'est assez difficile comme sort, avoua Ambre.

- Jusqu'où peut-il aller ?

- Je ne crois pas qu'il y ait de limite, il peut passer à travers les objets matériels, lui-même n'est qu'un sortilège.

- Et à quoi as-tu pensé ? Comme souvenir heureux ?

Vanille savait qu'il s'agissait d'une question très intime, mais elle était très curieuse de savoir ce qui rendait Ambre heureuse. Celle-ci rougit d'un coup, et l'obscurité ne l'aida pas à s'en cacher. Elle regarda ailleurs sans dire un mot. Puis, devant le silence et le sourire insistant de Vanille, elle hésita, ouvrit la bouche et…

- Oh, regarde, ils sont déjà de retour !

Vanille admira la pirouette d'Ambre pour éviter de répondre et vit qu'en effet, une forme lumineuse trottinait dans leur direction, suivie d'une forme plus sombre à quatre patte et à la fourrure noire.

Arrivé à leur hauteur, le loup les regarda sans rien dire. Enfin, sans rien faire.

- Mais c'est dingue ! s'écria Vanille sans prévenir.

Ambre et Annabelle-loup sursautèrent. Vanille venait de réaliser la situation.

- C'est génial ! Tu peux te transformer en loup ! Et ce n'est pas de naissance !

Elle se pencha sur son amie et lui prit la tête - la gueule dans ses deux mains.

- Et en plus t'es trop mignonne en loup.

Annabelle-loup eut un brusque mouvement de recul et secoua la tête, comme si elle riait. Elle poussa sur ses pattes avant et se redressa, tout en se transformant à nouveau en sorcière. Sa queue touffue fut la dernière à disparaître. Claw lui sauta dans les bras.

- La dernière fois que tu m'as dit que j'étais mignonne tu m'as fait couper tes cheveux. D'ailleurs, comment tu as fait pour les faire repousser ?

- Ne change pas de sujet, gronda Vanille. Je veux tout savoir. Et Ambre aussi.

Annabelle les regarda une à une, et abdiqua. Elles se mirent d'accord pour discuter au Club, elles y seraient tranquilles. La pluie commençait à mettre ses menaces à exécution.

Elle mirent un certain temps à rentrer, il leur fallait éviter les patrouilles de préfets et le concierge, et arrivèrent enfin au Club, vide de tout membre. Elles étaient seules.

Elles s'assirent sur les coussins qui servaient d'amortissage aux sortilèges de duels qu'Ambre testait, et Annabelle se lança dans des explications.

Elle avait eu cette envie d'être un animagus depuis toujours. En entrant dans le Club, elle s'était plongée dans les recherches sur le sujet, sans vouloir assister de Créateur. Elle savait où elle allait.

- Les livres parlent d'une notion que le folklore moldu connaît sans trop y croire : l'animal-totem. C'est beaucoup plus puissant qu'on ne le pense. Chaque personne, du moins chaque sorcier possède une connexion avec un animal. Et ce n'est pas forcément par rapport aux qualités de cet animal - un loup sauvage, un oiseau libre, un ours violent… Regardez, est-ce que vous me voyez comme quelqu'un de sauvage, sage, à vivre en meute ? Je ne ferais pas de mal à une mouche, la violence me répugne.

Elle croisa le regard de Vanille et elles pensèrent instantanément à Jules. Il était partout.

- Votre animal-totem, c'est vous, il est en vous. C'est votre patronus, votre forme potentielle d'animagus, quand vous en croisez un vous le remarquez. Plus vous en avez conscience, plus il est facile de devenir un animagus.

Elle caressait Claw qui ronronnait sur un oreiller.

- Etrangement, il n'y a pas de créatures magiques dans les animaux-totem. Ce ne sont que des animaux connus par les moldus. Enfin, si, on peut trouver des licornes ou des dragons, mais ces animaux sont connus par les moldus, ils sont juste persuadés qu'ils n'existent pas. Pas comme les botrucs ou les veracrasses.

Elle réfléchit un instant avant de poursuivre :

- Quand vous avez pris conscience de tout ça, vous êtes plus fort aux côté de votre animal-totem. Pas forcément plus puissant, mais plus stable, plus grand. Plus… mature peut-être. Plus sûr de vous. Un lien, qui existait déjà sans que vous ne le sachiez, se révèle entre vous et vous pouvez comprendre, parfois interagir avec lui. J'ai étudié deux grands hommes, qui avaient leurs animaux près d'eux tout le temps. Grands, mais pas forcément bons. Dumbledore et Voldemort. Ils avaient chacun leur animal, le phoenix et le serpent. Et ils ont fait des choses… terribles.

- C'est un individu en particulier ? Ou n'importe quel animal de cette espèce ?

- Je dirais un individu en particulier. Par exemple, Ambre, tu avais déjà eu des animaux chez toi il me semble ? Tu m'avais dit une fois que ta famille possédait des chats.

- Oui, et alors ?

- Tu ne vois pas ? C'est pourtant évident, sourit-elle. Claw est ton animal-totem.

Le chat miaula d'aise d'être au centre de la conversation.

- Mais Claw n'est pas un chat, contra Vanille. C'est un Fléreur.

- Demi-Fléreur, contra Annabelle.

Ambre prit son chat et le porta à la hauteur de son visage. Il lui donna des petits coups de patte sur le nez, joueur.

- Et il le sait ?

- Il se sent connecté à toi. Même s'il s'agissait d'un simple chat, moins perspicace et moins malin qu'un demi-Fléreur, il le sentirait.

- Tu as également étudié les Patronus alors ? demanda Vanille.

- Les sorciers connaissent les Patronus. Ils savent ce qu'ils sont - une force positive, une projection de l'espoir, le bonheur, le désir de vivre. Ils ne peuvent pas ressentir de désespoir, c'est en cela qu'ils sont utilisés contre les Détraqueurs, qui s'en nourrissent, en nous. Mais ils n'ont que peu été étudiés en temps que projection de notre propre magie. La force du patronus reflète ce qu'il y a en nous, reflète notre animal-totem.

- Tu as trouvé le tien ? s'enquérit Ambre. Tu as trouvé un loup… ton loup ?

- Non. C'est une phénomène rare que de réussir à le trouver. Tu as beaucoup de chance.

- C'est Claw qui m'a trouvée.

Le demi-Fléreur continuait à profiter de l'attention qu'il portait en jouant innocemment au milieu des trois filles.

- Vous n'allez pas me dénoncer ?

- Bien sûr que non ! s'exclama Vanille, outrée. Tu peux nous faire confiance.

- Je sais. Mais je ne savais pas ce que vous pensiez de tout ce qui pouvait être… illégal.

Il y eut un silence pendant lequel Annabelle sembla réfléchir.

- Vous savez, certains sorciers deviennent plus facilement des Animagi. Par exemple, ceux qui ont des facilités à invoquer des patronus puissants. Ou ceux qui sont en présence de leur animal-totem.

Vanille et Ambre se regardèrent.

- Je ne suis pas certaine de vouloir être un Animagus. Mais si l'envie me prend, je te demanderai des conseils, affirma Ambre.

Vanille acquiesça. Elle non plus ne se sentait pas de se transformer en oiseau des mers, surtout aussi loin de cette dernière. Elle était certaine que même sous cette forme, elle aurait le mal de l'air.

Le lendemain promettait d'être une journée importante : la réunion de présentation du Club aux cinquième année était prévue dans la soirée. Les membres devaient se réunir à midi pour s'organiser.

Quand Vanille croisa Annabelle au petit-déjeuner, elle se rappela un détail auquel elle n'avait pas songé la veille.

Et il était pourtant de taille.

- J'ai rencontré des personnes cet été avec qui tu aimerais certainement discuter, lui dit-elle après l'avoir rejointe à la table des Gryffondor. Ce sont des sorciers d'une autre culture magique qui ont plus de facilité à devenir des Animagi. Ils voient la chose d'une autre manière que nous, que les Européens. Si tu veux, je peux leur demander s'il acceptent d'échanger avec toi.

Annabelle accepta et la remercia chaleureusement. Comme elle avait du temps avant son premier cours, Vanille sortit une plume et un parchemin, s'installa près de la volière sur des bancs en pierre pour rédiger sa lettre.

Elle hésita un moment sur la forme. Après tout, elle écrivait à quelqu'un d'important.

"Mr Kahindi.

J'espère que cette lettre vous trouvera, vous, Penelope et vos enfants, en bonne santé.

Je n'aurais de cesse de vous remercier pour tout ce que vous m'avez appris cet été. J'espère que votre rencontre avec Oreste vous a été bénéfique à vous comme à elle. La magie sans baguette est et restera pour moi incroyable, même après vous avoir vus l'exécuter avec autant de facilité.

Mais c'est un autre sujet qui m'amène à vous écrire.

Comme vous l'avez si bien deviné, je fais partie du Club des Créateurs, et une des membres m'a hier expliqué la nature de ses projets : les animaux-totem, les patronus et les Animagi. Etant vous-même un Animagus, ainsi que votre famille et la plupart des sorciers autour de vous, j'aimerais lui proposer d'entrer en contact avec vous afin qu'elle puisse affiner ses recherches.

C'est quelqu'un de sérieux, qui s'intéresse sincèrement à ces questions.

Mais j'ai également une mauvaise nouvelle à vous apprendre. J'ai tenté de parler de votre demande à votre fils, mais il n'a pas voulu l'entendre. Je suis désolée, mais je ne souhaite pas me mêler de vos histoires plus que je ne l'ai déjà fait. Malheureusement pour votre demande, malgré le fait que j'approuve totalement cette idée, et qu'elle concerne bien plus les élèves des écoles que les relations que vous entretenez avec votre fils, je ne peux pas créer de lien sans que cela passe par vous deux.

Néanmoins, j'évoquerais votre école et votre demande lorsque je rencontrerai les membres du Club des autres écoles, même si je ne sais pas encore dans quelles conditions cela se déroulera.

J'espère que vous comprenez. J'espère également que cela n'influera pas en mal votre réponse à ma propre demande.

Cordialement, Vanille Ocean."

Satisfaite de cette lettre, elle la porta à sa chouette pour qu'elle la délivre au bureau de poste de Pré-au-Lard, là où des chouettes long courrier sont capables de voler jusqu'en Afrique.

A la fin de la semaine s'organisa la cérémonie de présentation aux cinquième année. Malgré les réticences de Vanille, elle se déroula - presque - exactement comme elle l'avait vécue l'année précédente.

La salle à côté de celle du Club avait été aménagée, avec l'estrade et les rangées de chaises. Alexandre, Iris et Florent firent leur entrée en passant au travers des cinquième années qui attendaient devant ladite salle. Ils rejoignirent Vanille et les autres membres qui étaient debout sur l'estrade. Ils portaient tous leurs cravate et insigne, cachés par leur cape d'hiver. Vanille avait trop chaud sous cette cape et, en regardant les élèves entrer et s'asseoir, excités, ressentit un profond ennui. Autour d'elle, les autres membres semblaient satisfaits, Octave et Olivier étaient même plutôt excités et chuchotaient à toute vitesse en repérant certains élèves qui avaient, selon la potion, une aura magique puissante.

Ambre avait repris la mission d'Oreste. Exactement comme l'année précédente, elle rédigea le parchemin enchanté sur lequel devaient signer les membres, afin que leurs paroles restent incomprises au sujet du Club lorsqu'ils tenteraient d'en parler à d'autres. Vanille comprit qu'encore une fois, c'était une mise en scène. Ambre aurait très bien pu écrire ce parchemin plus tôt. Alexandre avait certainement dû lui demander, lorsqu'elle s'était proposée pour remplacer Oreste et être chargée des relations avec le ministère, d'écrire ce fameux parchemin en leur présence, pour qu'ils se demandent dès le départ ce qui pouvait se tramer.

Mystère, spectacle et prétention : Vanille se retrouva encore une fois dans cette ambiance détestable qui l'avait fait rejeter ce Club au début. Et même si elle savait que tout cela était faux, surjoué, elle ne pouvait s'empêcher de se demander ce qu'elle faisait ici, sur cette estrade, à regarder s'installer des cinquième année curieux, prête à leur vendre du rêve.

La plupart semblaient sincèrement intéressés, et même, aucun n'avait l'air dérangé. Alexandre commença à parler, et il avait le même discours que Jules, pas au mot près, mais l'intention était la même. Attiser la curiosité, insister sur la difficulté d'intégrer le Club, sur son prestige, sur son secret. Aucun des élèves devant elle ne semblait agacé, et elle se rendit compte de l'impression qu'elle avait dû donner l'année précédente. Alexandre lui avait dit qu'elle avait eu l'air blasé. Et en effet, si elle s'était retrouvée au milieu de la foule qui se tenait devant elle avec un air blasé, elle aurait fait tâche.

Peut-être avait-elle tort de rejeter ainsi ces méthodes de présentation. Peut-être le Club des Créateurs méritait-il d'être introduit ainsi. Il n'y avait aucun mensonge, hormis celui par omission qui lui restait au travers de la gorge de ne pas évoquer leur ancien Maître Créateur. Toutes les promesses étaient vraies, réalisables, les membres du Club étaient en contact avec des membres du ministère et en faire partie était un pas dans la haute société sorcière sans passer par les premières marches. C'était aussi vrai que la création de sortilèges et de potion était une chose incroyable, et même si elle n'en avait pas encore eu l'occasion dans ses propres recherches, elle avait vu les résultats. Oreste et Morgane qui avaient créé ce sortilège de révélation, Alexandre qui avait créé et vendu des potions, et même Ambre, vers la fin de l'année, avait réussi à inventer de petits sorts de duel.

D'ailleurs, Vanille avait décidé d'accepter sa proposition. Elle allait essayer ce fameux Club de Duels. Ambre avait été enjouée d'entendre sa réponse, et lui avait donné rendez-vous un soir prochain pour lui faire découvrir les joies de se battre avec sa baguette. Cette phrase avait un peu fait froid dans le dos à Vanille, qui s'était retrouvée une seule fois dans sa vie à se battre.

Rentrer à Poudlard, ou plutôt retourner au Club, ç'avait été pour elle à la fois tourner le couteau dans la plaie et y passer un baume cicatrisant. Car il fallait bien donner cela au Club, elle y avait trouvé une famille. Et elle s'en rendait compte de plus en plus chaque jour, des liens qui l'unissaient avec les membres du Club, même ceux en dehors de Poudlard.

Quand Alexandre prononça la phrase "Nous sommes le Club des Créateurs", selon le plan, elle déboutonna sa cape et la laisse tomber derrière elle, dégainant ainsi son insigne dorée et sa cravate violette. Malgré tout, elle n'arriva pas à avoir cet air satisfait et conquérant qu'il lui avait été proposé d'afficher. Elle regarda autour d'elle, les cinquième année étaient bluffés, les yeux ronds, et les membres du Club ravis. Et si ce n'est pas de la fierté qui se lu dans les yeux de Vanille, ce fut certainement de l'amour. Elle ne put s'empêcher de laisser fleurir un sourire sur ses joues en voyant autour d'elle ses amis et ce qu'ils allaient accomplir ensemble. Enfin, pas ensemble, mais les uns près des autres au moins.

C'est alors qu'elle remarqua, pour la première fois, quelque chose qu'elle n'aurait pas dû remarquer. Nathan était absent. Il était étrange qu'il ne soit pas là, d'une part, mais surtout, et de cela seule Vanille pouvait en comprendre l'anormalité (si l'on pouvait qualifier Nathan de normal, disons plutôt, inhabituel), elle remarquait son absence. D'habitude, soit il était là et on l'ignorait, ou bien il acceptait d'être vu (et donc on remarquait sa présence), soit il n'était pas là, et on ne pensait pas à lui. C'était ainsi que son pouvoir fonctionnait. Il lui arrivait de l'évoquer dans ses pensées, mais ce n'était jamais flagrant, jamais intense. Là, il était clairement présent dans son esprit et absent de la pièce. Si cela avait été n'importe qui d'autre, soit, elle se serait simplement étonné de son absence en cette cérémonie de présentation. Ce qu'elle faisait aussi, au passage (quoique, était-il vraiment nécessaire pour lui de venir ici sans être vu ?). Mais Nathan n'était pas n'importe qui, c'était quelqu'un qui avait décidé de faire en sorte qu'on ne pense pas à lui. Qu'on le laisse tranquille, jusqu'à ce qu'il décide qu'on le remarque. Alors, à moins qu'il n'ait agit à distance de là où il était, ou que cela se trouve, soit son pouvoir n'était plus aussi efficace qu'avant, mais dans ce cas les autres membres auraient remarqué son absence, soit il était moins actif sur Vanille. Dans le doute, elle fouilla la salle des yeux, derrière yeux, dans la foule des cinquième année, mais elle savait qu'elle ne l'y trouverait pas.

Elle sursauta presque en entendant les chaises racler au sol, la réunion était terminée.

- Est-ce qu'il aurait fallu que je te ramène à la réalité, à la Leanne, avec un coup de coude bien placé ? demanda Ambre en roulant son parchemin sans la regarder.

On pouvait deviner son sourire, caché par ses cheveux noirs qui lui chatouillaient le bas du visage.

- J'ai vraiment eu l'air absente ? J'espère que ça ne va pas être trop mal pris.

- Tant pis. Tant pis pour eux. On ne va pas te changer pour avoir plus de Novices dans notre Club, lui dit Ambre avec un clin d'oeil.

Vanille la remercia et, en quittant la pièce, décida qu'il était enfin temps de faire ce qu'elle aurait dû faire depuis longtemps.

Les deux amies prirent le plus long chemin possible pour rentrer à Serdaigle, et restèrent un moment dans leur salle commune. Vanille prit tout son temps pour pouvoir lui expliquer pourquoi elle ne lui avait pas encore parlé de la lettre de menace.