PROMPT : Nounou
Puisqu'ils avaient fait la paix, Drago observait de plus en plus Harry. Ce n'était plus une surveillance de chaque instant pour lui jouer un mauvais tour, c'était plus une façon de le connaître.
Sans à priori, il le voyait différemment, il devait bien l'avouer.
Alors que son camarade aurait pu se reposer après tout ce qu'il avait accompli, il prenait part à la reconstruction avec enthousiasme. Il se donnait à fond, allant à certains moments jusqu'à l'épuisement. Pourtant, Potter ne se plaignait jamais : il restait silencieux et continuait encore et encore.
Sans un mot.
Drago avait pris l'habitude de venir l'aider discrètement. Il ne disait rien, se contentant de faire comme si c'était normal. Comme s'il passait et venait en renfort.
Il s'éloignait avant que quiconque n'ait le temps de se rendre compte de son aide, n'attendant aucuns remerciements.
Le jeune homme n'avait pas l'habitude d'agir ainsi. Habituellement, il se mettait en pleine lumière, se vantant de ses exploits. Avant, il aurait fait remarquer qu'il était indispensable. Qu'il était altruiste.
Mais Drago estimait qu'il avait perdu ce droit.
Il avait appris de ses erreurs. Durement, bien évidemment. L'humiliation avait été dure à supporter, mais il prenait exemple sur sa mère qui restait digne malgré la disgrâce. Narcissa était la parfaite noble sang-pur, habituée à faire face à tous les obstacles qui se dressaient sur sa route. Elle s'adaptait, tête haute, sans se plaindre.
A force d'observer Potter, il avait noté que la plus jeune des Weasley le suivait comme son ombre depuis qu'elle était arrivée. Harry ne faisait pas vraiment attention à elle, visiblement. Il lui souriait, répondait à ses questions, mais ça n'allait pas plus loin.
A plusieurs reprises, Ginny se vanta de l'aide qu'elle apportait à Harry. Drago en grinçait presque les dents, puisque la jeune fille arrivait toujours au dernier moment et ne faisait pas vraiment quoi que ce soit de déterminant. Mais il avait la marque sur son bras et il était en sursis : il n'allait certainement pas s'attaquer à l'amie de Potter pour risquer Azkaban stupidement.
Sa fierté pouvait bien être piétinée quelques jours, le temps que tout soit terminé. Et puis, qu'importait la relation entre la belette femelle et le Sauveur du monde magique ?
Si Drago était soudainement devenu attentif, il n'était pas le seul. Hermione, en bonne meilleure amie, observait tout ce petit monde attentivement, et réfléchissait intensément à la situation.
Elle comprenait pourquoi Harry avait défendu les Malefoy. Elle n'aimait certainement pas Drago, mais ils avaient grandi ensemble, et elle pensait la même chose que son ami : ce n'était pas parce que le blondinet avait été un petit connard qu'il méritait la prison. Narcissa l'avait sauvé. Quand à Lucius… Elle avait un avis plus réservé mais elle se doutait que Harry et son grand cœur ne voulait pas briser une famille.
Elle se doutait que les sentiments de Ginny n'étaient pas totalement réciproques. Harry la regardait comme une petite sœur, ou une amie. Rien de plus. La jeune fille vivait dans un monde d'illusions, et elle pensait que ses rêves de petite fille deviendraient réels.
Bien sûr, Harry finirait peut être par avoir des sentiments pour la sœur de son meilleur ami. Peut être que Ginny avait raison et qu'ils étaient destinés à finir ensemble. Le parfait petit couple, à l'image de James et Lily Potter.
Sauf que Hermione pensait sincèrement que Harry n'avait pas besoin de ça. Il devrait pouvoir se reposer sans être poursuivi par une admiratrice même si Ginny était moins… agressive que les autres.
La lionne avait toujours surveillé les arrières de Harry, parce qu'il était son meilleur ami. Elle jugeait que tant qu'elle pouvait l'aider, elle le ferait, parce qu'il méritait d'être heureux autant que possible.
Cependant, son inquiétude se serait légèrement calmée si elle avait pu lire les pensées de Harry.
Harry avait toujours été vu comme un garçon naïf. C'était peut être le cas : il était trop gentil pour son propre bien. Il s'en rendait parfaitement compte. Mais il n'était pas aussi idiot et aveugle que son entourage voulait bien le croire.
Au fur et à mesure des années, il avait fini par se rendre compte qu'il était plus facile de garder cet air naïf pour savoir à qui il pouvait se fier ou non.
Et n'en déplaise à Hermione et ses regards noirs, il se rendait parfaitement compte du petit manège de Ginny. Autant qu'il voyait l'aide silencieuse de Drago Malefoy, ainsi que la surveillance constante de Severus Rogue.
S'il n'avait pas repoussé Ginny, c'était uniquement parce qu'elle était la petite soeur de Ron et qu'il appréciait les Weasley. Il ne voulait pas créer un désaccord dans cette famille qui l'avait accueilli à bras ouverts. Il se contentait donc de jouer les idiots aveugles et d'éviter autant que possible la rouquine.
Après la réaction brutale de Severus, cependant, il était plus ou moins nerveux. Que Ginny le colle de plus en plus près n'arrangeait pas les choses du tout.
Lorsqu'épuisé, il jeta un sort pour faire léviter un bloc de pierre, et que Drago l'assista soudain, il soupira de soulagement. Cependant, Ginny bouscula le blond avec une insulte méprisante pour prendre sa place. En brisant le sort de Drago, Harry perdit le contrôle et le bloc de pierre tomba au sol.
Tous les yeux se tournèrent vers eux, et Harry soupira, détestant être la cible de tous les regards.
Quand il fit face à Ginny et Drago, la rouquine bouscula le blond, l'accusant d'avoir tenté d'agresser "son Harry". Pour autant, le serpentard serra les mâchoires mais ne répondit rien.
La voix de Harry claqua, sèche.
- Ça suffit.
Le sourire triomphant de Ginny lui donna envie de vomir.
- Merci de ton aide Malefoy. Sans toi, j'aurais lâché bien avant.
Ginny hoqueta, décomposée, mais avant qu'elle ne puisse protester, Harry s'était tourné vers elle, ses yeux verts brillants de colère.
- Quand à toi Ginny, je ne suis pas ta nounou ! Ne te sens pas obligée de me suivre partout surtout que tu n'aides pas ! Au contraire, tu te mets dans le chemin et voilà ce qui arrive !
Ginny ouvrit la bouche, la referma brutalement, et partit en courant, les yeux pleins de larmes. Hermione soupira en s'approchant.
- Tu as été dur.
Harry jeta un regard en direction de Ron, qui semblait stupéfait, mais pas spécialement furieux, puis il haussa les épaules.
- Elle m'a poussé à bout.
La brune gloussa et lui tapota l'épaule en lui conseillant de se reposer, sous le regard stupéfait de Drago Malefoy.
