Le Prince Cédric Diggory avait été tout ce que l'on peut attendre d'un Prince. Son éducation avait été supervisée par les moines, comme tout dauphin de la couronne de Poufsouffle encore aujourd'hui. Il avait appris les mathématiques, la géographie, la grammaire et une foule d'autres sujets que les enfants trouvent encore bien ennuyeux de nos jours. Les manuels se rappellent du Prince pour son amour de la chasse et sa grande connaissance de la faune et de la flore du continent de Poudlard. En réalité, Cédric Diggory avait passé, dès son plus jeune âge, une grande partie de son temps sur les terrains de chasse de son père, où il avait noué des liens très fort avec celui-ci. En grandissant le prince avait fait de cette activité son passe-temps favori et y avait consacré des jours entiers. Il y avait dans le château de Chourave une immense pièce dédiée uniquement à ses nombreux trophées, de l'ours empaillé aux centaines de bois de cerf accrochés aux murs. On pouvait dénombrer ainsi plus de cinquante espèces de gibier différentes. Si cette coutume peut nous paraître barbare, il reste encore aujourd'hui impressionnant et prodigieux qu'un seul homme ait pu réunir tous ces trophées.
Ce qu'il avait le mieux retenu de ses heures de leçons, c'était les comportements des animaux. Comportements qu'il transposait volontiers aux hommes de combat et qui lui avaient permis d'emporter bon nombre de batailles périlleuses. On disait de lui qu'il était capable de prévoir à l'avance quatre coups lors de combats rapprochés. Un phénomène étonnant lorsqu'on se penche sur les notes de ses maîtres qui se désespéraient de son inaptitude aux échecs. C'était un garçon qui aimait les choses concrètes et la stratégie lui venait sans doute plus facilement l'épée à la main qu'assis sur une chaise.
Quelque années avant sa disparition, Amos avait formé une alliance commerciale avec Serdaigle qui avait abouti par les fiançailles de Cédric avec la princesse aînée de Serdaigle, Cho. Biensûr, le mariage, à l'époque, était élevé au rang de devoir et servait d'abord à fédérer les nations, mais dans le cas du prince, il était tombé éperdument amoureux de la Princesse. Celle-ci de son côté était bien contente d'avoir été promise à un homme aussi respectueux, intelligent et talentueux que Cédric Diggory. Elle n'avait jamais ne serait-ce qu'imaginé se voir offrir un mariage d'amour, la pensée ne l'avait jamais traversée, mais on suppose que Cédric aurait été un homme qu'elle aurait aimé sincèrement et voulu épouser même sans le pacte marchand. Ils auraient demeuré ainsi bien plus heureux que la plupart des régents de leur siècle, si il avait vécu jusqu'au jour de leur union.
Il n'est donc pas étonnant qu'Amos Diggory ait été dévasté lorsque les soldats lui ramenèrent, enveloppé dans un drapeau jaune et cuivre, le corps froid de son fils. La nation toute entière était en deuil et ce jour là toutes les cathédrales, les églises et les chapelles de Poufsouffle sonnèrent le glas. Amos resta prostré dans ses appartements une semaine entière avant que les femmes de chambre n'arrivent à l'en déloger.
Moins de deux semaines àprès la mort du prince, Amos recut une lettre du cardinal Fudge lui annonçant ses plus sincères condoléances. Après un dense paragraphe sur l'état des frontières, Fudge lui proposait d'organiser un enterrement en bonne et due forme dans le tombeau du Palais des Rois. Il ajoutait que la présence de leurs « alliés » serait la bienvenue.
Bien entendu, il fallait plus qu'une simple lettre de son vieil ami pour dissiper la peine que le Roi portait au coeur, mais il trouva l'idée agréable. Après tout Cédric méritait un enterrement à la mesure du roi qu'il aurait été et leurs alliés étaient tous ses amis. Cédric n'avait que des amis. Il était sans doute important qu'après une perte semblable, Gryffondor, Poufsouffle, Serdaigle et les habitants du campement de la forêt se réunissent pour le pleurer, ainsi que pour discuter de l'avenir. Amos se traîna jusqu'à son bureau et écrit trois lettres. Une pour Xenophilius, une pour Cornelius et une pour Potter qu'il adressa au village des espions. Il ne savait pas vraiment comment son message trouverait son chemin, on ne lui avait laissé pour seul indice que de faire parvenir un homme jusqu'à la forêt hantée et d'y déposer le pli sur un rocher fendu aux abords d'un pont moussu, quelque chose dans ce goût là. Il frissonna à l'idée d'envoyer quelqu'un dans la forêt hantée, mais donna quand même ces indications au coursier. Les autres missives voyageraient à l'aide de pigeons voyageurs.
