Les passages précédés d'une * sont issus du tome 5, Harry Potter et l'Ordre du Phénix.


Chapitre 21 : Sur les traces de Ginnia

JE RÉPONDS À L'APPEL DU SANG

Rogue aurait souhaité ne plus jamais voir cette inscription, et cette maison. Ne plus jamais répondre à l'appel... du Seigneur des Ténèbres. Le sang allait se remettre à couler, et il en aurait encore sur les mains. "Mais c'est pour le plus grand bien, n'est-ce pas ?" songea-t-il en avançant d'un pas décidé vers la maison errante des Nott qui s'était cette fois perdue au plus profond de la forêt de Dean. "Je hais ma vie". Severus savait parfaitement que s'il faisait preuve de la moindre hésitation... ce serait comme s'il était déjà mort. Il savait qu'on l'avait repéré dès l'instant où il avait posé le pied dans cette forêt, devant cette maison. Et il ne fut pas étonné de voir la porte s'ouvrir avant d'avoir eu le temps de frapper. Il ne s'étonna pas non plus d'être accueilli par la menace d'une baguette magique.

- Qu'est-ce que... ?! Qu'est-ce que tu viens faire là ?! le questionna aussitôt l'agaçante petite voix criarde de Peter Pettigrow.

"Lui aussi... il ne m'a pas manqué" songea Severus en dévisageant l'être pitoyable qu'il avait sous les yeux, bien que l'éclat de la nouvelle main argentée de Queudver captiva un instant son attention. D'autant qu'il s'évertuait à l'agiter sous son nez avec sa maudite baguette.

- D'après toi ? grinça Severus en repoussant son bras d'un geste brusque. Je suis venu présenter mes respects au maître.

- Tu ne crois pas qu'il est un peu tard pour ça ?

- C'est au maître d'en décider. Écarte-toi.

-...

- Je ne le répèterai pas, Queudver, l'avertit Rogue d'une voix grave.

Peter hésita. Il avait sorti sa baguette le premier, Rogue pas encore. Et il avait sa nouvelle main. Avec elle, il pouvait réduire en bouillie n'importe quoi. Que ce soit un bras... ou un crâne. Mais il hésitait encore. Et quand il le réalisa, Queudver fit un pas de côté. Il avait perdu le combat avant même qu'il ait commencé. Comme toujours. Depuis Poudlard. Sans ses amis avec lui, Peter ne faisait pas le poids contre Rog... Sans ses amis ? Il en resta secoué. Cela faisait très longtemps qu'il n'avait pas eu une telle pensée. Il mit quelques secondes à se rendre compte que Severus était entré, et qu'il avait déjà disparu dans le couloir.

Rogue fut consterné par la facilité avec laquelle il trouva son chemin jusqu'au salon où Voldemort aimait siéger. Même après une quinzaine d'années... Severus se rappelait de tout. Rien n'avait changé. Excepté la poussière qu'il soulevait à chacun de ses pas. Et un autre détail... la trace longiligne d'une chose qui aurait rampé au sol.

Severus fixa un instant cette trace laissée dans la poussière, et qui disparaissait sous la porte du salon.

Ginnia... est pour Ginny comme le reflet d'un miroir. Réel... sans pour autant être tout à fait vrai. C'est un reflet déformé. Déformé par Voldemort. Ginnia a vécu toute sa vie à ses côtés. Le Seigneur des Ténèbres lui a appris tout ce qu'elle sait. Et à présent, il a fait d'elle un... monstre... nommé Nagini. Un serpent.

Derrière cette porte se trouvait l'être dont il avait brièvement effleuré l'esprit lors de sa première séance d'occlumancie avec Ginny. Il y avait donc un risque. Si Ginnia l'avait perçu... suffisamment pour le reconnaître... "Je ne donne pas cher de ma peau" pensa-t-il en posant lentement sa main sur la poignée. Mais en décidant de venir ici, il s'était préparé à ça. Et Severus ouvrit la porte.

Comme prévu, l'ambiance était lugubre. Il faisait nuit, mais les lourds rideaux de velours étaient quand même tirés. Ils l'étaient constamment de toute façon. Severus ne les avait jamais vus ouverts. Heureusement, le chandelier était à sa place, près du miroir vieilli. Tout comme Voldemort... dans son fauteuil. Et à ses pieds...

- Ssssssssss, persifla Nagini en redressant la tête à son entrée.

Severus s'abstint de fixer le serpent. Il devait d'abord affronter un autre regard... beaucoup plus perçant.

- Severus Rogue, l'interpela calmement Voldemort. Je ne t'attendais plus.

Rogue mit aussitôt un genou à terre. Mais il ne baissa pas la tête. Il ne devait pas se soustraire au regard de son maître. Nagini siffla à nouveau. Et Severus n'eut pas besoin de poser les yeux sur elle pour savoir qu'elle le dévisageait intensément.

- Tu le penses vraiment, ma chère ? s'enquit Voldemort en caressant le dos de son serpent. Il semble que Nagini apprécie ton visage, Severus. Elle le trouve... intéressant.

Rogue eut du mal à se sentir flatté. C'était justement les mots qu'il aurait souhaité ne pas entendre. Il n'avait pas envie que ce serpent s'intéresse à son visage.

- Il le sera encore plus quand j'en aurai fini avec toi, précisa le mage noir. Mon ancien serviteur.

- Je suis toujours à votre service, maître, lui assura Severus.

- Et pourtant, tu n'étais pas là... lorsque mes fidèles Mangemorts ont répondu à mon appel. Tu n'étais pas parmi eux, Severus. Tu étais aux côtés de Dumbledore.

- Si vous me le permettez, j'étais là où je pouvais vous être le plus utile. Là où vous m'avez demandé d'aller. Il y a quinze ans.

-... tu as un sacré culot, Severus, lui fit remarquer Voldemort en laissant apparaître une inquiétante ride entre ses deux yeux. Essayerais-tu de me faire croire que tout ce temps... tu es resté à Poudlard... pour moi ?

-...

- Tu as travaillé pour Dumbledore. Tu t'es placé sous la protection de mon plus grand ennemi. Et tu as regardé Harry Potter grandir, le garçon responsable de l'exil de ton maître. Tu l'a protégé de Quirrell, de moi. Comme tu as aidé à protéger la pierre philosophale pour éviter que je m'en empare. Pour éviter mon retour. Tout ça... pour la gloire du Seigneur des Ténèbres ?

-...

- C'est ce que je dois croire, Severus ? insista Voldemort. Réponds, maintenant, avant que je ne te fasse taire à jamais.

- Je me suis placé sous la protection de Dumbledore pour échapper au ministère, répondit Rogue. J'ai sauvé la vie de ce garçon car ça me semblait être la bonne chose à faire pour garder ma place. Quant à la pierre philosophale... si j'avais su que Quirrell et vous ne faisiez qu'un... mais je vous croyais mort. Je l'avoue. J'ai perdu la foi. Et je ne peux qu'implorer votre pardon. Comme les autres.

- Comme les autres, hein ? Je devrais te pardonner comme les autres ? Mais les autres n'ont pas attendu deux heures pour me rejoindre. Ils n'ont pas attendu que Dumbledore leur en donne l'ordre.

- Les autres ne peuvent pas vous servir d'espion à Poudlard. Ils n'ont pas pu gagner la confiance de Dumbledore comme je l'ai gagnée. Vous aussi, vous me faisiez confiance, maître. Entièrement confiance. C'est pourquoi j'ai pu venir ici ce soir. Je suis le seul qui puisse toujours retrouver cette maison quand ça lui chante. Vous m'avez fait cet honneur, il y a longtemps. J'ai donc pu choisir le meilleur moment pour me présenter à vous. Et peu importe qui est arrivé en premier. Les autres ne sont pas là, parce que les autres ne sont pas Severus Rogue !

- SILENCE ! tempêta Voldemort. Je ne supporterai pas ton impertinence une seconde de plus !

- Il me plait, intervint Nagini dans un long sifflement amusé.

Rogue et Voldemort tournèrent vers elle des yeux écarquillés. Ne comprenant pas un mot de Fourchelang, Severus ne pouvait qu'être perplexe. Quant à Tom... il trouvait les mots de Nagini tant absurdes dans l'instant qu'il en resta sans voix.

- Il te plait ausssi, ajouta-t-elle.

- Mais de quoi est-ce que tu parles ? s'enquit Tom les dents serrées.

- Il a raison. Tout ccce qu'il vient de dire... il a raison. Tu le sssais.

- Ce n'est pas parce qu'il a raison... qu'il dit toute la vérité, lui fit-il remarquer.

- À toi de voir. Ccc'est toi l'expert en legilimancccie, répliqua-t-elle.

Tom reporta son attention sur Rogue. Certes. Et il n'était pas difficile de juger de la sincérité de Severus, étant donné que celui-ci n'avait pas tenté une seule fois de se soustraire à son regard depuis qu'il était entré dans la pièce. Mais c'était bien là le problème. Rien dans son attitude, ses gestes ou ses yeux ne laissait transparaître la moindre duplicité. Et pourtant... cet homme s'était présenté ici en prétendant pouvoir duper Albus Dumbledore. Et pourquoi pas Lord Voldemort ?

Une chose était certaine. Si Severus Rogue représentait un atout majeur pour chacun d'eux, il ne pouvait être fidèle qu'à un seul. Lequel ?

- Douterais-tu de ta propre clairvoyanccce ? s'enquit Nagini.

- Si-lence, articula-t-il sombrement en dévisageant Rogue qui sursauta légèrement devant ce brusque retour à la langue anglaise.

Même si Severus avait compris que, cette fois, Voldemort ne s'adressait pas à lui. Qu'est-ce que ce serpent pouvait-il bien raconter ? Nagini encourageait-elle Voldemort à le tuer ? Elle n'avait aucune raison de le pousser dans l'autre direction. Aucune.

- Il est ton meilleur élément, Tom.

"J'en suis conscient" pensa Voldemort. "Le simple fait que je sois là, en train d'hésiter devant lui... en est la preuve".

- Il peut nous ouvrir les portes de Poudlard.

"Il le pourrait... en effet".

- Maître, intervint Severus qui ne se sentait pas rassuré par les sifflements du serpent. Autrefois, je vous ai livré une information de grande valeur. Je peux recommencer.

-... d'aussi grande valeur que la prophétie annonçant la naissance de celui qui aurait le pouvoir de me vaincre ? douta Voldemort.

- La renaissance de l'Ordre du Phénix.

- Conséquence inévitable à mon retour.

- Cette fois, j'en fais partie, annonça Severus.

-...

- Je vous livrerai toutes les informations possibles sur Dumbledore et sur l'Ordre, insista-t-il.

"Il aurait donc dupé Dumbledore au point de... ?!" Voldemort soupira en se massant douloureusement les tempes. Il avait l'impression que sa tête allait exploser. Tout cela était parfait. Trop parfait. "Assez" songea-t-il en se levant. "Dumbledore se fait vieux... c'est tout ce qu'il faut dire. Et s'il y a bien une personne qui déteste Harry Potter presque autant que moi, c'est toi. N'est-ce pas, Severus ? Il représente ce que tu n'as jamais pu obtenir. Ce dont James Potter t'a privé".

- Jures-tu à nouveau ton allégeance ? le questionna Voldemort.

- Je le jure, acquiesça Rogue.

Soudain, le mage noir tendit la main vers lui, surprenant l'homme à genou. Ce n'était pas dans le genre de Voldemort de proposer des poignées de mains. Mais Severus s'en saisit sans hésiter, réalisant trop tard qu'il lui avait tendu la main gauche. De son autre main, Voldemort remonta la manche de Rogue pour dévoiler sa marque des ténèbres.

- Tu dois jurer devant tout le monde, lui fit remarquer son maître en appuyant sur la marque de Severus avec le bout de sa baguette.

oOo

Ginny ouvrit les yeux au milieu de la nuit, découvrant le visage endormi de Victoria qui la serrait dans ses bras. La rousse fronça les sourcils. Ça n'allait pas. Elle avait ce sentiment désagréable... celui de suffoquer. Ginny grogna en essayant de se dégager. Mais en réalisant que Vicky était sur le point de se réveiller, elle s'arrêta net. L'idée d'avoir une discussion avec son amie... maintenant... était encore plus insupportable. Ginny crispa ses doigts sur le bras de Victoria qui enlaçait son cou.

Comme le soir où elle avait cassé ce bras... Ginny savait que les choses ne seraient plus jamais comme avant. Mais ce soir, il n'était plus seulement question de leur relation. Le monde avait changé. Sans que le monde le sache encore.

Voldemort était de retour.

- Et je dois prendre une décision, murmura-t-elle. Avant que le soleil se lève.

C'est à vous de décider si ce que vous avez fait était bien ou mal !

Payer sa dette envers Pettigrow et le laisser partir. Lui permettre d'assister Voldemort dans sa renaissance. Un juste retour des choses. Un acte irresponsable. Qu'allait-elle choisir ? Comment se comporterait-elle demain ? Qui serait-elle ?

- Qui serez-vous... professeur ?

oOo

Severus quitta le salon des Nott lorsque Voldemort le congédia pour s'adresser en privé à ses camarades Mangemorts. Il n'était pas désolé de les laisser derrière lui. Voldemort l'avait obligé à se confronter à eux. À renouveler son serment aux yeux de tous. À s'humilier.

C'était aussi une humiliation que de le chasser de la salle, seul. Ou presque... Nagini avait été chargée de l'escorter jusqu'à la sortie.

- Je sssuis impresssionnée.

Rogue fronça les sourcils lorsqu'il entendit le sifflement du serpent. Et il s'arrêta net quand l'animal vint s'interposer entre lui et la porte d'entrée.

- Réusssir à berner Tom... les yeux dans les yeux... tu es vraiment le meilleur de ssses Mangemorts. Ou le pire. Mais ççça me convient.

- Mes excuses, mais... je ne parle pas Fourchelang, lui fit remarquer Rogue sur ses gardes. Je ne comprends...

Les mots restèrent bloqués dans sa gorge lorsqu'il réalisa que Nagini était en train de tracer des lettres dans la poussière du sol avec le bout de sa queue. Et cette fois, le message était clair :

TRAÎTRE

-... qu'est-ce que ça veut dire ? s'enquit-il lentement. Ce serait pousser la blague un peu trop loin, non ? Même pour le maître... S'il ne m'a pas cru, pourquoi toute cette mise en scène ?

"S'il ne m'a pas cru..." songea Severus en glissant un regard par dessus son épaule. "Pourquoi est-ce que personne ne me poursuit ?" Rogue crispa ses doigts sur la baguette qu'il gardait cachée dans sa poche. "Il ne croit tout de même pas... que je vais me laisser tuer par un serpent ?"

Severus faillit sortir son arme quand Nagini amorça un nouveau mouvement. Mais seulement pour lui adresser un nouveau message :

GINNY

Ginny... Ginny ? "Qu'est-ce que tu essayes de me faire comprendre, nom d'un chien ?!" fulmina Rogue en fixant le serpent d'un regard convulsé.

- Un petit effort, l'encouragea Nagini avec amusement.

"Bon... du calme" songea-t-il en retrouvant son sang froid. "Nous sommes toujours seuls. Quoi qu'elle me veuille, c'est entre elle et moi. Elle, moi... et Ginny" comprit Severus alors que le serpent désignait maintenant sa propre tête avec le bout de sa queue. "Ok... ça me semble clair".

Fini de jouer.

- Tu m'as senti entrer dans son esprit... dans ton esprit, murmura Severus. Tu m'as vu.

Nagini acquiesça, ramenant tranquillement sa queue à terre. Alors Rogue fronça les sourcils. Ce qu'il craignait s'était produit. Et pourtant... pas tout à fait. Si elle l'avait vu... si leurs esprits s'étaient suffisamment mêlés au point qu'elle puisse avoir conscience qu'il était un traître... pour quelle raison n'y avait-il personne à ses trousses ?!

- Tu n'as rien dit, insista-t-il. Pourquoi ?

N'était-elle pas la fidèle partenaire de Voldemort ? En couvrant un traître... ne commettait-elle pas la pire des trahisons ? Considérant ce que Dumbledore lui avait appris sur elle... et ce que Severus avait pu percevoir en se connectant à l'esprit de ce serpent... tout ça n'avait pas de sens ! "J'ai pourtant bien senti... qu'elle ne vivait que pour lui" s'interrogea Rogue. "Il m'a suffi d'une seconde pour le savoir. C'est en effet un monstre. Un monstre de fidélité. Pourtant, nous sommes là, tous les deux, à converser dans le dos de son maître. Qu'est-ce que... ?"

SAUVER TOM

Cette fois, Severus n'avait plus les mots. Ni même la capacité de réfléchir. Réfléchir à quoi ? Quand on l'accusait d'être un traître... tout en lui demandant de sauver Tom Jedusor ?! Et le sauver de quoi au juste ?!

- Quelle que soit la menace qui pèse sur Lord Voldemort... souffla-t-il en ne pouvant détourner ses yeux des derniers mots apparus dans la poussière. Tu dois bien te rendre compte... que je n'ai pas la moindre envie de le sauver ?

-...

- Pourquoi me faire passer ce message ?

- Jussste un avertisssement. Au cas où tu aurais l'idée d'aller ssserpenter trop loin.

- Je ne comprends pas.

Nagini se fit parfaitement comprendre lorsqu'elle vint faire claquer ses mâchoires près de la gorge de Rogue. Il l'aurait tuée sur place avant de fuir en ruinant tous ses plans... si une voix n'était pas intervenue dans son dos :

- Tu t'es fait une amie, Rogue ?

Severus se retourna pour apercevoir Corban Yaxley qui s'avançait vers lui. Nagini en profita pour s'éclipser, glissant rapidement sur le sol après avoir pris soin d'effacer toute trace qu'elle avait pu laisser dans la poussière.

- Un peu trop sauvage pour toi, non ? remarqua Corban alors que le serpent lui filait entre les jambes.

- Tu as raison, confirma Rogue en jetant un regard par dessus l'épaule de Yaxley vers Walden Macnair. Je hais les sauvages.

Le bourreau lui offrit un sourire tordu avant de suivre Yaxley en direction de la sortie.

- Voilà qui fera plaisir à Bellatrix, quand elle sortira de prison, s'amusa Corban en passant près de Rogue. J'ai hâte.

Severus observa ensuite Avery, Crabbe et Goyle sortir à leur tour de la maison. Sans un regard pour lui. Il ne resta alors plus que Thadeus Nott et Lucius Malefoy pour le dévisager. Rogue trouva les yeux de Lucius beaucoup plus froids qu'il ne l'aurait cru. Enfin... il ne s'attendait pas non plus à un accueil chaleureux, vu les circonstances. Mais... "Je suppose qu'il a ses propres soucis" pensa Severus alors que Lucius le dépassait sans un mot. "Mauvais souvenirs".

Cependant, il vit Lucius s'arrêter avant de sortir. Rogue crut un instant qu'il avait remarqué la poussière étrangement balayée sur le seuil. Mais Malefoy se retourna simplement vers lui pour fixer un point par-dessus l'épaule de Rogue. Celui-ci réalisa alors que Thadeus se tenait toujours derrière lui. Et qu'il s'était avancé jusqu'à venir lui tendre la main.

- Rogue, le salua simplement Nott.

- Monsieur, répondit respectueusement Severus en acceptant sa poignée de main.

- Thadeus, le reprit le vieil homme.

- Ravi de vous revoir en forme, monsieur.

Thadeus soupira. Mais il lui adressa un signe de tête reconnaissant avant de lui lâcher la main.

- Tu es revenu. Finalement.

Ils se tournèrent tous les deux vers Lucius qui semblait s'être enfin décidé à parler.

- Comme tu le vois, répondit Severus. Comment va Narcissa ?

- Tu la connais... tout ça ne lui plaît pas.

- Et ton père ?

-… toujours le même, grinça Malefoy en détournant sombrement le regard.

- Il est malade, intervint Thadeus. Rogue, tu pourrais peut-être... ?

- Abraxas convoquera lui-même un guérisseur, le coupa Lucius. Quand il le jugera nécessaire.

- Tu sais bien que ton père n'est pas du genre à demander...

- Ce n'est pas un rhume qui va le tuer ! s'agaça son neveu. Malheureusement.

- Je viendrai s'il le faut vraiment, promit Rogue à Thadeus.

- Bien, apprécia Nott. Maintenant, sortons. Il est presque minuit.

Ils quittèrent tous les trois les lieux pour se retrouver dans la forêt. Et quelques secondes plus tard, une horloge sonna à l'intérieur de la maison. Douze coups. Le dernier mourut en emportant la maison avec lui. La bâtisse venait de disparaître sous leurs yeux. Ne laissant que les arbres, un lac... et eux.

Severus glissa un regard vers Mr Nott. Il s'était souvent demandé ce que Thadeus pouvait ressentir... chaque fois qu'il voyait sa propre maison s'envoler au profit de Voldemort. Rogue avait toujours eu l'impression qu'il n'avait pas cédé sa demeure de gaité de cœur. Même s'il était un vieux camarade de leur maître. Et le premier d'entre eux. Le premier Mangemort.

"Vous trempez là-dedans depuis bien plus longtemps que moi... monsieur" pensa Severus avec respect et compassion. Il voulut alors partager avec Thadeus ce qu'il était le seul à savoir :

- La maison s'est déplacée jusqu'à...

- Aucune importance, l'arrêta Thadeus. Le maître nous rappellera bien assez tôt. Je rentre chez moi, annonça-t-il en leur tournant le dos pour transplaner.

« Chez moi »... mais avant qu'il ne disparaisse, Severus eut le temps d'apercevoir le visage de Thadeus se refléter dans le lac. Et la lueur de détermination dans son regard.

Puis il entendit plus qu'il ne vit Lucius disparaître à son tour. Severus était resté fixé sur son propre reflet. "Voilà qui est fait" songea-t-il sombrement. C'était un Mangemort qui l'observait dans ce lac.

- Ou un traître qui s'est déjà fait repérer... marmonna-t-il.

oOo

Une semaine plus tard, le Poudlard Express entra en gare de Pré-au-Lard. Comme chaque fin d'année, les élèves se pressaient sur le quai en tirant leurs valises derrière eux, animés par la hâte de retrouver leurs familles. Bien que cette année... les choses étaient un peu différentes. L'envie de quitter Poudlard se faisait bien plus ressentir. Dumbledore avait annoncé la veille que le Seigneur des Ténèbres était de retour, et qu'il avait assassiné Cédric Diggory.

Qu'ils l'aient cru ou pas, le malaise s'était répandu parmi les élèves. Personne n'avait envie de rester un jour de plus.

- Tu es sûre que tu n'as rien oublié ? demanda Victoria à Luna qui haussa rêveusement les épaules. Et toi, Ginny ?

- Tout va bien, répondit la rousse.

C'était en effet l'impression que Ginny donnait depuis ces quelques jours. L'impression que tout allait bien. À l'issue de cette fameuse nuit, elle s'était réveillée en souhaitant le bonjour à Victoria, avec un léger sourire. Puis elle s'était levée pour se préparer à descendre prendre le petit-déjeuner. Comme tous les jours.

Elles n'avaient pas vraiment reparlé de ce qu'il s'était passé, bien que Victoria ait plusieurs fois tenté d'aborder le sujet. Encore une fois, Ginny ne laissait rien paraître. Excepté lors du discours de Dumbledore, lorsqu'elle avait remarqué le retour de Rogue à la table des professeurs. Vicky avait pu noter du soulagement dans l'attitude de son amie. Si, comme elles le soupçonnaient, Dumbledore l'avait envoyé jouer les espions auprès de Voldemort... il y avait un risque pour qu'il n'en revienne pas vivant.

- Il est plus doué en occlumancie que moi... ça c'est sûr, avait soupiré Ginny en fixant le professeur qui prenait soin d'éviter son regard.

"Est-ce que tu aurais l'air aussi calme en ce moment, s'il n'était pas revenu ?" pensa Victoria en observant la rousse qui s'apprêtait à monter dans le train.

- Un peu d'aide ? proposa Dean en apparaissant avec Seamus.

- Merci, ça va aller, répondit Ginny en hissant elle-même sa valise dans le wagon.

Victoria croisa le regard de Seamus qui se garda bien de lui proposer son aide. Mais Dean se chargea lui-même des valises de Vicky et Luna, profitant de l'occasion pour demander aux filles :

- On se trouve un compartiment tranquille ? Qu'est-ce que vous pensez d'un nouveau petit tournoi de Bavboules ?

- Oui, pourquoi pas ? accepta Victoria.

- Allez-y sans moi, répondit Ginny à la surprise générale.

- Mais... hésita Dean. Je pensais qu'on pourrait...

- Je ne peux pas, désolée, le coupa-t-elle en s'éloignant déjà dans le couloir.

- Attends ! s'exclama Victoria en lui courant derrière. Tu vas où là ?

- J'ai promis à Michael de le rejoindre.

- Mi... Michael ? s'étonna Vicky. C'est qui Michael ?

- Michael Corner. On sort ensemble, lui annonça Ginny.

-... quoi ?

- On se voit plus tard, ok ?

- Attends... attends une seconde ! s'exclama Victoria en la retenant par le bras.

La brune glissa un regard vers l'autre bout du couloir où Dean les observait de loin d'un air perdu.

- Tu veux bien m'expliquer tout ça ? murmura Vicky. Depuis quand tu... tu sors avec quelqu'un ?

- J'ai rencontré Michael au bal de Noël, raconta simplement Ginny. Nous avons discuté et... je l'ai trouvé sympathique.

- Sympathique ?

- Oui, confirma la rousse. Il est à Serdaigle. On s'est mis ensemble il y a deux jours.

- Tu le connais à peine ! devina Victoria.

- Qu'est-ce que tu en sais ?

- Je ne t'ai jamais vue avec ce garçon. Et tu ne m'en as jamais parlé ! Qu'est-ce que tu peux me dire d'autre sur lui ?

- Écoute ! s'agaça Ginny. Ce n'est pas toi qui m'a conseillé d'oublier Harry et de passer à autre chose ?

- Pas avec n'importe qui ! grinça Vicky entre ses dents serrées tout en la pinçant pour qu'elle baisse d'un ton.

- Celle qui juge Michael sans le connaître, c'est toi, lui fit remarquer Ginny en dégageant son bras.

- Honnêtement, je pensais que toi et Dean...

- Quoi ? demanda la rousse sur la défensive.

- Vous aviez l'air de bien vous entendre, lui fit simplement remarquer Vicky.

-... Dean est gentil, avoua-t-elle en glissant un coup d'œil vers le garçon en question.

- Mais...? l'encouragea Victoria.

- Avec lui, je ne peux pas, refusa Ginny en les abandonnant derrière elle.

- Gin...! tenta-t-elle de la rappeler.

Mais la rousse avait déjà disparu et Victoria pesta face à ce comportement qui ne lui ressemblait pas. Elle lui avait peut-être conseillé d'oublier Harry Potter... mais le moment et la façon dont Ginny avait pris sa décision... "Je n'arrive pas à croire que je sois en train de regretter de lui avoir donné ce conseil !" fulmina Victoria.

Après un moment d'hésitation, Vicky rejoignit Luna et les deux garçons, évitant soigneusement le regard de Dean. Elle se demandait ce qu'ils avaient pu entendre de leur conversation.

- Elle a dit qu'elle nous rejoindrait plus tard, annonça Vicky. Pour l'instant, elle doit...

- Je crois qu'on a tous compris, la coupa Dean. Est-ce qu'on peut y aller maintenant ?

Victoria glissa vers lui un regard désolé. Elle ne put qu'acquiescer. Quoi qu'elle aurait pu dire maintenant... ça n'aurait rien changé à la peine qu'il devait ressentir. "Tu es vraiment stupide, Ginny".

oOo

Pour la deuxième fois en quelques jours, Ginny faisait sa valise. Il n'y avait même pas une semaine qu'elle était rentrée à la maison. Mais ses parents venaient de lui annoncer qu'ils ne passeraient pas les vacances d'été au Terrier.

"Je devrais avertir Vicky et Luna que je ne serai pas joignable" songea-t-elle en arrêtant brusquement ses préparatifs pour mettre la main sur deux feuilles de parchemin. Dans ses lettres, Ginny ne précisa pas où elle se rendait. Elle-même ne le savait pas encore.

Quelques heures plus tard, elle assistait à l'apparition d'une maison. Sortie de nulle part ! "Il n'y avait rien et puis... elle s'est glissée là !" s'émerveilla Ginny en entrant dans la maison silencieuse. Il avait suffi qu'elle lise l'adresse sur un bout de papier.

- Laissez vos affaires ici pour l'instant, murmura Molly.

- On peut savoir chez qui nous sommes maintenant ? demanda Fred qui avait déjà abandonné sa valise derrière lui pour explorer les lieux avec son frère jumeau.

- Chuuut ! souffla leur mère en jetant un regard inquiet vers le rideau pendu dans un coin de l'entrée. Je vous avais demandé de vous tenir tranquilles !

- Par ici, intervint leur père en désignant un couloir sombre.

L'odeur du pain grillé et du chocolat chaud leur fit deviner qu'ils se dirigeaient vers la cuisine. Mais comment auraient-ils pu deviner qu'ils allaient aussi y trouver l'incarnation vivante d'une photographie qu'ils avaient vue placardée sur tous les murs pendant plus d'un an ? Ron cria le premier :

- Sirius !

- Sirius Black ! précisèrent Fred et George choqués.

- Tout va bien les enfants, les rassura leur père en serrant la main de Black. Rien de ce qu'on raconte sur lui n'est vrai.

- Eh bien... je me suis vraiment évadé de prison, lui rappela Sirius avec un léger sourire.

- N'aie pas peur, Ginny, dit Molly en posant une main sur l'épaule de sa fille.

La jeune fille échangea un regard avec Ron. Elle n'était pas inquiète. Son frère lui avait déjà tout dit de l'aventure qu'il avait vécue lors de sa troisième année à Poudlard. Tout cela était juste... inattendu.

- Comment va ta jambe, Ron ? s'enquit Sirius en tendant la main au garçon.

-... elle me chatouille parfois, avoua-t-il en acceptant sa poignée de main.

Cela fit beaucoup rire Sirius. Pendant que les jumeaux s'amusaient à alterner différentes grimaces de stupéfaction, de plus en plus absurdes.

- Ça suffit, vous deux, les interpela leur mère.

- Bienvenue dans la maison ancestrale des Black ! leur souhaita Sirius. Ravi de vous rencontrer. Au fait, je suis le parrain adoré de Harry, précisa-t-il sur le ton de la conversation.

- Adoré ? nota une voix amusée à l'entrée de la pièce.

- Professeur Lupin ! s'exclama Ginny avec joie.

- Bonjour, Ginny, la salua-t-il gentiment. Tu peux m'appeler Remus.

- Ok ! Ok ! intervint George en levant les bras. Quelqu'un peut m'expliquer ce qu'il se passe ?

- Qu'est-ce qu'on fait tous ici ? approuva Fred. Je veux dire... dans la maison de l'homme le plus recherché du pays ? Au fait, j'adore la façon dont elle est juste sortie de nulle part, précisa-t-il en levant le pouce vers Sirius. Une maison invisible. Excellent.

- Oh, ce n'est rien comparé au QG de Voldemort, répondit Sirius en lui adressant un clin d'œil. Le sien se déplace en permanence à travers tout le pays.

- SIRIUS ! s'exclamèrent les adultes d'une même voix.

- Oups... réalisa-t-il.

- Le QG de Voldemort ?! s'ébahirent les enfants surexcités.

- Tout le monde se calme, grinça Mrs Weasley en foudroyant Black du regard.

- Comment vous savez ça ?! s'enquit George. Attendez... vous êtes sûr que vous n'avez jamais été Mangemort ? demanda-t-il méfiant.

- Plutôt sûr, oui, confirma Sirius.

- Black, Mangemort ? ricana un nouvel arrivant. Nous aurions déjà gagné la guerre.

- Qui est-ce que tu entends par « nous », Rogue ? répliqua Black. Rappelle-moi dans quel camp tu es déjà ? Ce n'est pas très clair.

- Sirius, insista Remus. Arrête.

- De plus en plus bizarre... murmura Fred en dévisageant son professeur de potions.

Ginny aussi observait Rogue attentivement. Elle n'arrivait pas à croire qu'il était là, dans la même pièce qu'elle. La jeune fille ne se serait jamais imaginé le croiser pendant ses vacances. Avoir l'occasion... de lui parler.

Rogue croisa alors son regard. Et Ginny se maudit... lorsqu'elle baissa lâchement les yeux. Elle avait tant souhaité pouvoir lui parler depuis qu'il était revenu de chez les Mangemorts. Mais maintenant... ce qu'elle avait à lui dire...

- Je crois que tout le monde devrait s'asseoir, proposa Remus. Discutons calmement avant que Maugrey arrive.

- Il est déjà sorti de l'hôpital ? s'étonna Molly.

- Hier soir... soupira Sirius alors qu'ils prenaient place autour de la table. Plus despotique que jamais.

Sans surprise, Rogue choisit de s'asseoir en bout de table. Au plus près de la sortie. Et au plus loin des autres. Il ne prononça pas un mot durant toute l'explication de Remus sur la fondation et les enjeux de l'Ordre du Phénix. Pas plus lorsqu'Arthur fit comprendre à ses enfants qu'aucun d'eux ne serait mêlés aux affaires de l'Ordre et que la plus grande discrétion serait de rigueur sur ce qu'ils pourraient voir ou entendre par inadvertance.

Ginny écouta tout cela d'une oreille distraite. De toute façon, elle avait très bien compris ce qu'il se passait ici. Voldemort était de retour, et ses parents seraient de ceux qui feraient tout pour le faire disparaître définitivement. Tout comme Rogue... qui était sans aucun doute ici en qualité d'agent double. "Il y a même Bill... et Charlie..." s'inquiéta Ginny. "Le professeur Lupin... le parrain de Harry... si jamais quelqu'un devait être blessé ou pire, je ne sais pas ce que je..." La jeune fille ferma les yeux. À quoi pensait-elle ? Voldemort était de retour, bon sang ! Évidemment que quelqu'un allait être blessé !

- Dois-je me répéter, Miss Weasley ?

Ginny réalisa alors qu'on s'adressait à elle. Que Rogue s'adressait à elle. "Il s'adresse à moi ?" songea-t-elle confuse en levant les yeux vers lui. Oui. Vu sa façon de la fusiller du regard.

- Vous disiez, professeur ? s'enquit-elle nerveusement.

Elle rougit lorsqu'il plissa encore plus les yeux.

- Je disais... vous ne m'avez jamais vu ici. Je ne suis pas ici en ce moment. À la rentrée, je serai toujours votre professeur de potions, ni plus ni moins. C'est aussi ce que je suis aujourd'hui, ni plus ni moins.

- Je pense qu'elle a saisi l'idée, Rogue, intervint Sirius.

- Ne te mêle pas de ça, Black ! s'écria Severus en faisant sursauter tout le monde avant de reporter son attention sur Ginny. Ai-je été assez clair, Miss ?

La jeune fille resta tétanisée quelques secondes, soutenant son regard. Elle ne pouvait pas lire ses pensées. Mais elle n'en avait pas besoin.

- Oui, professeur, lui assura Ginny en baissant les yeux pour la deuxième fois.

Il n'était plus son professeur d'occlumancie, il ne le serait plus jamais et il ne l'avait même jamais été. Il n'existait aucune relation particulière entre eux. Personne ne devait rien suspecter.

Elle eut le temps d'entendre Rogue pousser un soupir exaspéré, juste avant qu'Alastor Maugrey fasse son entrée :

- Dehors, ordonna-t-il de but en blanc aux enfants.

- Bonjour, Fol'Oeil, le salua Sirius avec un sourire crispé. On pourrait peut-être les laisser finir de manger... ?

- Pas le temps pour les toasts et le chocolat chaud, grommela Maugrey. Qu'ils les emportent s'ils le veulent, mais qu'ils sortent. J'ai des nouvelles qui ne peuvent pas attendre.

- Ok... souffla patiemment Sirius. Kreattur !

- Vous avez appelé Kreattur ? marmonna son elfe de maison en apparaissant près de la porte.

- Conduis-les jeunes jusqu'à leurs chambres, lui ordonna Sirius. J'espère que tu as déjà monté tous les bagages.

- Hum... grogna Kreattur pour toute réponse avant de faire signe aux enfants de le suivre.

Les garçons emportèrent leur tasse de chocolat chaud, Ron s'enfournant même un toast dans la bouche avant de quitter la table. Quant à Ginny, elle n'avait touché à rien. La jeune fille se contenta de suivre ses frères. Cependant, elle marqua une pause en passant près de Rogue. S'il y avait quoi que ce soit qu'elle souhaitait lui dire... c'était maintenant.

"Lui dire quoi ?" se demanda-t-elle. "Je suis désolée ?" Elle avait manqué l'occasion de le lui dire lorsqu'il avait quitté le château pour rejoindre Voldemort. Mais était-ce vraiment ce qu'il avait envie d'entendre ? "Je ne sais même pas s'il est au courant. Est-ce que Dumbledore lui a rapporté mes paroles... au sujet de Peter ? Le fait que je l'ai laissé s'échapper et que sans ça Rogue ne serait certainement pas dans cette situation impossible ? C'est lui qui prend le plus de risques dans cette histoire". Ginny s'éloigna sans un mot, quittant la cuisine où Severus avait sévèrement froncé les sourcils. Ce qui n'avait pas échappé à Remus.

- Je n'arrive toujours pas à croire qu'on se trouve là ! s'enthousiasma George alors qu'ils montaient à l'étage. Dans la maison de Sirius Black, au cœur de la résistance contre Vous-Savez-Qui ! Bon sang !

Son jumeau lui tapa dans la main en signe d'approbation. Mais Ron les ramena à la réalité :

- Vous n'avez pas retenu la leçon de la Coupe de Feu ? On ne nous laissera jamais participer à tout ça. Maman ne nous laissera jamais approcher de ces réunions.

- Personne ne nous empêchera de laisser trainer une oreille, répondirent-ils d'une même voix en entrant dans la chambre qui leur était assignée.

- Quoi... ? Vous avez déjà trouvé une combine ?! s'enquit Ron en leur courant derrière.

- Voilà votre chambre, indiqua Kreattur à Ginny avant de l'abandonner là. Weasley... Weasley... marmonna-t-il en s'éloignant. La maison infestée de traîtres à leur sang... pauvre maîtresse.

Ginny prit un instant pour observer le couloir lugubre. C'était donc ici qu'elle allait passer ses vacances ? Elle allait se sentir bien seule si elle ne pouvait pas contacter librement ses amies.

- Oh ! Salut, Ginny, entendit-elle en entrant dans sa chambre. Je me doutais que vous étiez arrivés. J'ai cru entendre la voix de Ron.

- Hermione ? s'étonna la rousse.

- On dirait qu'on va encore passer l'été ensemble, s'enthousiasma Hermione. Ce sera comme pour la coupe du monde de Quidditch. J'ai hâte que Harry soit là.

-... Harry ? murmura sombrement Ginny. Harry va venir aussi ?

-...

- C'est génial, dit-elle en se dirigeant vers sa valise posée près du deuxième lit.

- Ah oui ? s'enquit Hermione perplexe. Tu n'as pas l'air... de trouver ça vraiment génial.

- Bien sûr que si. Je suis toujours contente de voir Harry.

- Je le pensais aussi.

-... va au bout de ta pensée, l'encouragea Ginny en se figeant.

- Je sais que tu as des sentiments pour Harry. Des sentiments sincères, précisa Hermione. Tu veux peut-être qu'on en parle ? Je veux dire... on va passer deux mois ensemble. Je n'ai pas envie de fermer les yeux quand je sens que tu ne vas pas bien.

- En fait... j'ai décidé d'abandonner, annonça Ginny.

- Tu voudrais abandonner tes sentiments pour lui ? s'effara la brune.

- Ça va faire trois ans, Hermione. Je crois que mes sentiments pour Harry sont clairs pour tout le monde... sauf pour lui, lui fit-elle remarquer. Pour lui, je ne suis qu'une admiratrice de plus qui l'idolâtre pour un acte qu'il ne se souvient même pas avoir accompli, alors qu'il n'était qu'un bébé. Bien sûr, je suppose qu'au début ce n'était... que de la curiosité. Je n'étais pas très différente de ceux qui le poursuivaient pour obtenir un autographe. Et puis...

- Il t'a sauvée de la chambre des secrets, termina Hermione pour elle.

- Non, c'était bien avant ça, corrigea Ginny.

-... ?

- Ça m'a foudroyée, souffla-t-elle en rougissant. Quand j'ai réalisé à quel point je me souciais de lui. Je me fais constamment du soucis pour Harry. Et même si je pense avoir réussi à me rapprocher un peu de lui... je reste juste... la petite sœur de son meilleur ami. C'est sa seule façon de se soucier de moi. Alors... ça suffit. Victoria a raison, je dois passer à autre chose.

- Mais tu commences à peine à lui montrer qui tu es ! s'exclama Hermione. Enfin... tu as toujours été très réservée avec lui, mais ça s'est amélioré ces derniers temps. Tu es plus naturelle. Juste toi-même. Et je suis sûre qu'il finira par te remarquer si tu continues comme ça.

-...

- Pourquoi choisir d'abandonner ? insista Hermione. Ça ne te ressemble pas.

-...

- C'est mon meilleur ami. Je le connais bien. Il peut être bouché, parfois. Mais tu es mon amie, toi aussi. Et je n'aimerais pas que tu te voiles la face.

- Je ne me voile pas la face ! s'emporta Ginny. Harry est amoureux de Cho Chang ! Et je pense qu'elle a aussi un faible pour lui. Tu ne comprends donc pas ? Il n'est pas pour moi !

- Tu ne le penses pas ! répliqua Hermione. Et tu ne penses pas abandonner non plus !

- Je sors déjà avec un autre garçon, annonça la rousse.

- Parfait !

-... parfait ? s'étonna Ginny.

- Je ne dis pas que tu dois te morfondre dans ton coin. Vis ta vie, et tu verras bien ce qu'il adviendra. Harry est peut-être amoureux de Cho aujourd'hui, mais rien n'est immuable.

-...

- Rien ne justifie l'abandon de sentiments aussi précieux.

"Tu penserais toujours la même chose si Ron tombait amoureux de quelqu'un d'autre ?" songea Ginny en soupirant. "Je suis désolée, Hermione, mais ça fait mal. Beaucoup trop mal... et s'il n'y avait que ça. Non seulement je suis en partie responsable du retour de son ennemi mortel... mais étant donné ma connexion avec Voldemort à travers Nagini, le simple fait de penser à Harry est un risque. Je n'ai pas le choix. Je dois lui fermer mon cœur". Et s'il devait un jour se tourner vers elle... Ginny devrait être assez forte pour le repousser. Elle devait se faire une raison. Tout était joué entre eux dès l'instant où elle avait touché au journal de Jedusor.

oOo

*- Voldemort a tué mes parents ! Je suis devenu célèbre parce qu'il a assassiné ma famille sans réussir à me tuer ! Qui aurait envie d'être célèbre pour cette raison-là ? Ils ne comprennent donc pas que j'aurais préféré ne jamais...

*- Nous le savons, Harry, l'interrompit Ginny.

Un mois plus tard, Harry les avait rejoint. En fanfare. Il était fou furieux. Et elle pouvait le comprendre. Il était le principal concerné par les évènements actuels. Mais on l'avait gardé à l'écart pendant un mois entier. C'était injuste. Elle le savait. Oui... elle le savait très bien.

Et alors qu'on allait enfin répondre aux questions de Harry, c'était maintenant Ginny qu'on voulait mettre à l'écart. Elle seule.

- Laisse-moi, maman ! protesta la jeune fille alors que Molly la trainait loin de la cuisine des Black. Je veux entendre ce que Sirius va dire à Harry ! À quoi ça sert de m'éloigner ?! Tu penses bien que les autres vont tout me répéter ! MAMAN ! TU ENTENDS CE QUE JE TE DIS ?!

-...

- CE QUE TU FAIS NE CHANGERA RIEN !

- SI ÇA NE CHANGE RIEN, ALORS RESTE SAGEMENT DANS TA CHAMBRE ! explosa sa mère.

Ginny resta sans voix. Molly avait raison. "Non !" se reprit-elle en secouant la tête. "Elle a tort !" Mais c'était trop tard. Ginny n'eut pas l'occasion de répliquer. Elles étaient arrivées dans le hall. Et elles avaient réveillé une personne qui se mit à hurler plus fort qu'elles :

- HORS DE MA DEMEURE ! JE VOUS CRACHE DESSUS, CHAROGNES ! SIRIUS ! SALISSURE DE MA RACE ! MAUDIT SOIT LE JOUR OÙ JE T'AI MIS AU MONDE ! SOYEZ TOUS MAUDITS ! AUCUN DE VOUS N'EST DIGNE DE...

Ginny sursauta quand la peinture de Walburga Black croisa son regard. Elle eut aussi l'étrange impression que la mère de Sirius avait sursauté au même moment. Et... "Est-ce qu'elle a arrêté de hurler ?" s'interrogea confusément Ginny alors que Lupin se précipitait hors de la cuisine pour rabattre le rideau qui cachait habituellement le tableau.

- Tout va bien ? s'enquit Remus étonné de la facilité avec laquelle Walburga s'était laissée repousser.

- Oui, merci Remus, répondit Molly lorsqu'il se tourna vers elles. Ginny a compris qu'elle devait monter sans faire d'histoires, n'est-ce pas ? N'est-ce pas ? insista-t-elle en secouant légèrement les épaules de sa fille.

- Heu... oui... hésita Ginny en détournant son regard du rideau masquant le portrait. Je monte dans ma chambre.

- Gare à toi si tu reviens vers la cuisine, l'avertit sa mère. Je le saurai.

Alors qu'elle montait l'escalier, Ginny sentit le regard de Molly peser sur elle... mais aussi celui de Remus. Jusqu'à ce qu'il reparte vers la cuisine, lorsqu'elle eut disparu à l'étage. Ginny marcha calmement vers sa chambre, dont elle ouvrit la porte. Puis elle la referma. Sans entrer.

Elle entendit alors le bruit des pas de sa mère qui s'éloignait à son tour, persuadée que Ginny resterait sagement où elle était. Et quand elle n'entendit plus rien... Ginny revint en arrière.

Elle redescendit l'escalier sur la pointe des pieds. Pas pour descendre à la cuisine... mais pour observer le rideau... le fameux rideau. Ce n'était pas la première fois qu'elle assistait à l'une des crises de colère de Walburga Black. Mais c'était bien la première fois... qu'elle croisait son regard. Et Ginny ne se serait jamais attendue à y voir... "Je me trompe forcément" songea-t-elle en s'approchant lentement du rideau. "Il n'y a aucune raison pour qu'elle... pour que nous..." Ginny poussa un soupir sidéré. Nous ? Elle et Walburga Black ? Dans quel monde ? Dans quel... univers... pouvait-il y avoir un lien entre elles ?

Bien sûr, il ne s'agissait pas de Ginny. Quoi que Walburga ait pu reconnaître en elle... ça ne pouvait concerner qu'une seule autre personne. S'étaient-elles croisées à Poudlard ? Avaient-elles été... amies ? Il n'y avait qu'un moyen de le savoir. Mais alors qu'elle tendait la main vers le rideau... Ginny suspendit son geste. Avait-elle envie de savoir ? Et plus important. Était-il judicieux... de remuer le passé ?

Sa main trembla, au souvenir des "cauchemars" qui la hantaient encore peu de temps auparavant. Il ne fallait pas que ça recommence. Elle ne voulait pas... que ça recommence.

On ne peut pas fuir éternellement. Vous devez bâtir un mur dans votre esprit.

- Je ne dois pas me cacher derrière le mur, souffla Ginny en saisissant le rideau. Je dois le défendre, termina-t-elle tirant d'un coup sec pour écarter le lourd pan de tissu.

"Je peux le défendre" pensa-t-elle en affrontant à nouveau le regard de Mrs Black. Ginny retrouva ce qu'elle y avait vu la première fois. Cette familiarité... et...

- Je ne pensais pas te revoir un jour, murmura Walburga avec une telle nostalgie que Ginny en eut le vertige.

-...

- Quand nous nous sommes quittées sur le quai de la gare... je dois dire que j'étais contente...

-... contente de te débarrasser de moi, termina Ginny pour elle dans un souffle.

-... oui, acquiesça Walburga alors que la jeune fille frissonnait. Tu étais un tel fardeau. Il ne fallait pas te quitter des yeux une seule seconde. Alors, dis-moi ? Es-tu toujours dans les pattes de Tom ?

Ginny sentit son sang se glacer. Allaient-elles discuter de Tom Jedusor... comme d'un vieil ami ? Car il s'agissait bien de cela. Walburga, Tom et Ginnia... ils étaient tous ensemble à Poudlard. 50 ans plus tôt. Mais Walburga n'avait pas l'air de se rendre compte... à quel point le temps avait passé. À quel point il était absurde de penser... que la jeune fille face à elle puisse être la même que celle qu'elle avait connue.

- Ou bien, tu as enfin appris à prendre soin de toi ? s'enquit Walburga avec un léger sourire.

- Je... je ne suis pas... murmura Ginny. Vous vous trompez sur moi.

- Non, je ne crois pas.

- Mais je... !

- Tu sais que Druella t'a attendue ? la coupa Walburga. Elle était persuadée que tu reviendrais... avant la fin. Malheureusement, la fin est arrivée bien trop vite pour elle. Dix ans plus tard, elle était morte.

-...

- Et... maintenant que j'y pense... j'ignore ce qu'il en est de Barbara, ajouta-t-elle songeuse.

- Barbara ? s'interrogea Ginny.

De qui parlait-elle ? Et cette Druella ? Par Merlin... était-il possible que Ginnia ait pu s'attirer la sympathie d'autant de monde ? À commencer par Walburga Black ? Ginny n'en revenait toujours pas. Mais en y réfléchissant bien... une personne ignoble s'entendant avec une autre... Ginny observa attentivement Mrs Black. Ignoble était peut-être un peu fort... en cet instant.

- Je sais juste que j'aurais voulu revoir Tom, murmura Walburga le regard perdu dans le vague.

-...

- Si seulement j'avais pu être aussi proche de lui que tu l'étais... Suffisamment proche... pour le tuer de mes mains !

-... !

- Il a pris mon Regulus, gémit Walburga. Mon pauvre garçon ! Lui qui voulait seulement bien faire... en l'aidant à éradiquer la vermine qui corrompt le sang des sorciers ! Ce que Tom voulait, nous le voulions tous... je le voulais... alors pourquoi fallait-il tuer mon fils ?!

- Moins fort, la supplia Ginny en jetant un coup d'œil inquiet par dessus son épaule.

- Mais il est de retour... n'est-ce pas ? maugréa-t-elle. Je les ai entendus le dire... ces rats grouillants sous mon toit. Tom est revenu.

- Voldemort est revenu, murmura Ginny.

-... le feras-tu ? s'enquit Walburga. Feras-tu ce que je ne suis plus capable de faire ?

- Quoi ? sursauta la jeune fille.

- Tu es ici... avec eux. Tu t'es détournée de Tom.

- Non... je veux dire... encore une fois, vous vous trompez, insista Ginny.

- Tu vas le trahir. Tu l'as déjà fait, puisque tu es là.

- Vous ne m'écoutez pas.

- C'est à toi d'écouter ! Tom doit mourir.

-...

- Tu le feras, n'est-ce pas ? la pressa Walburga.

-... si c'est en mon pouvoir... je ferai tout ce qu'il faudra, promit Ginny.

Le portrait la dévisagea avec un rictus. Walburga avait l'air de se rappeler quelque chose... qui la faisait bien rire.

- S'il faut un mort... il faut que ce soit Tom, acquiesça Mrs Black.

*- Je veux que vous alliez directement au lit, pas de bavardage.

Ginny fit un bond en reconnaissant la voix de sa mère. Elle était si proche. La jeune fille eut à peine le temps de tirer le rideau sur elle et Walburga, que Molly débarquait avec ses frères, Harry et Hermione. Ginny retint son souffle. Il y avait peu d'espace entre le tableau et le rideau. Si sa mère la trouvait là... en fait, si qui que ce soit la trouvait là... qu'est-ce qu'on penserait ? "Je me suis cachée avec Walburga Black, nom d'un sombral !"

Mais les pas passèrent. Disparaissant en haut des escaliers.

*- Nous avons beaucoup de choses à faire, demain, continua Molly une fois à l'étage. Ginny doit sûrement dormir, alors essaye de ne pas la réveiller...

"Hermione va se poser des questions" songea Ginny en sortant de sa cachette. "Je dois vite remonter".

- Tu n'étais qu'une petite folle, mais... tu m'as manqué.

La rousse se retourna brusquement. Elle eut à peine le temps d'apercevoir l'ombre d'un sourire bienveillant... avant que le rideau retombe sur le portrait.

- Attendez ! s'exclama Ginny.

Tu es folle ! Ginnia ! Petite folle !

- Ginny ? l'interpela-t-on depuis l'autre bout du hall.

La jeune fille se crispa. Et jetant un regard derrière elle, Ginny comprit que Sirius et Remus étaient eux aussi sortis de la cuisine.

- Est-ce que tu étais en train d'avoir une conversation avec ma mère ? s'enquit lentement Sirius.

- Non, répondit-elle un peu trop rapidement.

-...

-... comment ce serait possible ? ajouta-t-elle en espérant s'en sortir.

- En effet, ce serait... bizarre, approuva Sirius.

D'ailleurs, ils l'observaient bizarrement. Mais fort heureusement, Remus était plus inquiet qu'intrigué.

- Tout va bien ? lui demanda-t-il pour la deuxième fois en moins d'une heure.

- Ça ira du moment que ma mère ne découvre pas que je ne suis pas dans ma chambre, plaisanta-t-elle en prenant la fuite vers l'escalier.

- Ça, c'est sûr ! rit Sirius.

- Si tu as besoin de parler, insista Remus. De quoi que ce soit...

- Je n'hésiterai pas, termina-t-elle pour lui. Je me souviens. Merci, Remus.

La jeune fille lui adressa un sourire avant de disparaître à l'étage.

- Vraiment bizarre, cette Ginny, remarqua Sirius.

- Oui... confirma Remus.

- Je l'aime bien.

- Moi aussi, acquiesça son ami avec un soupir amusé.

Ginny entra en trombe dans sa chambre, surprenant Hermione qui finissait tout juste de se mettre en pyjama.

- Mais étais-tu passée ? questionna-t-elle la rousse.

- Aux toilettes, éluda Ginny. Maintenant, raconte-moi vite ce qu'il s'est passé dans la cuisine.

- En vérité, ils ne nous ont pas dit grand chose, avoua Hermione. Sirius a à peine eut le temps de parler d'une arme que ta mère nous mettait déjà tous au lit.

- Une arme ? s'enquit-elle en s'asseyant sur son lit face à son amie.

- Tu-Sais-Qui chercherait à se procurer une arme dont il ne disposait pas la dernière fois, précisa Hermione.

- Quel genre d'arme ?

- C'est ce que Harry a demandé, s'amusa-t-elle. Mais on n'en sait pas plus.

- Une arme... répéta Ginny pensivement.

- C'est plutôt effrayant, murmura Hermione. S'il continue à rassembler des partisans, et si le monde sorcier continue à faire comme si de rien n'était... Tu-Sais-Qui n'aura peut-être même pas besoin de cette arme pour gagner.

- Sauf si on trouve une arme, nous aussi.

oOo

Une semaine plus tard, Harry partait au ministère pour son audience disciplinaire. Il allait devoir s'expliquer quant au fait d'avoir utilisé la magie en dehors de l'école. Ses amis attendirent impatiemment son retour dans le salon des Black.

- Comment il va pouvoir prouver que des Détraqueurs l'ont attaqué alors qu'il était le seul sorcier dans le coin ? s'inquiéta Ron.

- Ils ne peuvent pas le renvoyer, insista Hermione. Dumbledore ne le permettra pas.

- Il aurait pu rassurer Harry avant l'audience. Il était là il y a deux jours, et il n'est même pas venu le voir. Tu ne trouves pas ça bizarre ?

- Ta mère a dit qu'Harry dormait à ce moment là.

- Harry est là depuis une semaine. Et il n'a pas fait que dormir.

- Qu'est-ce que tu veux que je te dise ? s'exaspéra Hermione. Oui, je pense qu'Harry a besoin du soutien de Dumbledore. Maintenant, plus que jamais. Mais, même si on est en période de vacances, Dumbledore est certainement très occupé.

-...

- Il n'empêche que je suis certaine... que Dumbledore trouvera toujours le temps pour Harry, termina-t-elle.

- Donc tu trouves ça bizarre, conclut Ron en provoquant le roulement des yeux d'Hermione. T'en penses quoi, Ginny ?

-...

- Ginny ! insista-t-il à l'attention de sa sœur allongée sur le canapé.

- Quoi ? demanda-t-elle en sursautant.

- Laisse tomber, marmonna Ron en comprenant qu'elle n'avait rien écouté.

Hermione observa encore un instant Ginny qui semblait déjà repartie dans sa rêverie. Elle retraçait d'une main les entrelacements de fils d'or dessinant le grand arbre généalogique des Black.

D'après la date de décès brodée sur la tapisserie... Walburga était morte quatre ans après sa naissance. Et il était étrange de penser... que si les Weasley n'avaient pas été considérés comme des traîtres à leur sang... leurs chemins auraient pu se croiser. Elles partageaient un lointain lien de sang. De même qu'avec la plupart des familles de sang pur. Ginny passa ses doigts sur le nom de Druella Rosier.

Tu sais que Druella t'a attendue ?

Elle avait aussi remarqué une Barbara Croupton, plus loin dans l'arbre. La jumelle de Mr Croupton.

Tu m'as éloigné de ma sœur ! Ma jumelle ! Et tu crois que tu peux m'éloigner de Dumbledore ?! Tu es folle ! Ginnia ! Petite folle !

Apparemment... elle aussi était morte.

Tu as tué le petit chat, AVOUE !

"J'aimerais que Milky soit là" songea-t-elle en soupirant. "Je suis complètement perdue".

Tu n'étais qu'une petite folle, mais... tu m'as manqué.

Elle n'arrivait pas à se remémorer les visages de ces personnes dont Walburga lui avait parlé. Mais... alors qu'elle glissait la main sur le nom d'Alphard Black... Ginny fit inconsciemment glisser les doigts de son autre main... sur ses lèvres.

- Doux et amer, souffla-t-elle contre ses doigts.

Elle avait rêvé de ce baiser sur un balais volant dans la clarté d'un jour d'hiver. Mais étrangement... l'image qui s'imposa à elle fut une pièce sombre, froide et humide. Elle se tenait sur la pointe des pieds, la main posée sur l'épaule d'un garçon. Elle effleurait ses lèvres. Aussi légère qu'un papillon.

oOo

Ginny eut l'occasion de passer le voyage de retour à Poudlard en compagnie de Harry. Bien sûr, on ne l'avait pas renvoyé de l'école. Mais il n'avait pas l'air serein pour autant. La façon dont les élèves le dévisageaient... et apparemment l'attitude de Dumbledore qui avait pris soin d'éviter son regard la seule fois où ils s'étaient croisés... Harry n'allait pas bien. Il avait passé un mois en compagnie de ses amis. Pourtant il se sentait aussi mal qu'à son arrivée au square Grimmaurd. Elle le savait. "Je voudrais pouvoir faire quelque chose pour lui" pensa-t-elle en fixant le dos du garçon alors qu'elle descendait du train derrière Harry.

L'instant d'après, elle l'avait perdu de vue. La foule sur le quai de la gare de Pré-au-Lard avait isolé Ginny de ses amis. Et alors qu'elle essayait de se frayer un chemin vers les diligences, Ginny fut retenue par le bras.

- Te voilà enfin !

Une chose humide se pressa brusquement sur les lèvres de la jeune fille. Et le temps qu'elle réalise qu'il s'agissait des lèvres d'un garçon, elle l'avait giflé.

- Non mais... qu'est-ce qui te prend ?! s'exclama-t-il furieux.

- Oh... Michael... réalisa-t-elle en reconnaissant enfin son petit ami.

- Tu n'as pas répondu à une seule de mes lettres cet été et tu m'accueilles avec une gifle, fulmina le Serdaigle en se tenant la joue. Qu'est-ce que je dois comprendre ?

Comment lui dire ? "Je t'avais complètement oublié" songea-t-elle gênée. Si elle avait prévenu ses amies qu'elle serait injoignable pendant les vacances, Ginny avait omis d'en informer Michael. Et dire qu'elle avait choisi de se mettre avec lui pour essayer d'oublier Harry...

- Je suis désolée, s'excusa-t-elle. J'ai juste été... surprise, expliqua Ginny même si le mot choquée aurait été plus juste. Et je n'étais pas chez moi cet été. Je n'ai pas reçu tes lettres.

- Toi, tu aurais pu m'écrire, lui fit-il remarquer. Est-ce que je t'ai manqué au moins ?

Qu'aurait-elle bien pu lui écrire ? Ils n'avaient passé que quelques heures ensemble l'année dernière. Au fait, qu'avait-il bien pu lui écrire ?

-... bien sûr que tu m'as manqué, acquiesça-t-elle en forçant un sourire.

L'air tout de même revêche, Michael posa ses mains sur les épaules de la Gryffondor. Il semblait vouloir la prendre dans ses bras, mais un obstacle s'interposait entre eux.

- Il est à toi ce chat ? la questionna-t-il.

- Quel chat ? s'enquit Ginny en cherchant brusquement autour d'elle le signe d'une fourrure blanche.

- Celui que tu tiens dans tes bras.

Ginny baissa alors les yeux sur le chat roux qu'elle pressait contre elle.

- Lui... ? dit-elle avec une pointe de déception. C'est Pattenrond, le chat d'Hermione. Je le garde le temps qu'elle et Ron s'assurent que tous les élèves sont descendus du train.

- Les amis de Potter, remarqua-t-il en se mettant lui aussi à scruter la foule.

- Oui, ils ont été nommés préfets.

-...

- Bon... excuse-moi, mais je dois les retrouver, annonça-t-elle en se dégageant de son étreinte.

- Je viens avec t...

- On se voit plus tard ! s'exclama Ginny en se faufilant rapidement entre les élèves.

Elle retrouva Harry, Ron, Hermione et Neville prêts à monter dans une calèche. Et quelques secondes plus tard, Luna les rejoignait. Il ne manquait que Victoria... qui n'avait toujours pas pointé le bout de son nez.

*- Quelles espèces de chevaux ?

*- Ceux qui tirent les diligences !

Elle tourna les yeux vers Ron et Harry, lequel n'avait pas l'air de réussir à se faire comprendre.

*- De quoi tu parles ? demanda Ron.

Ginny comprit bien avant son frère. Bien avant tout le monde, en vérité. "Il les voit" pensa-t-elle en tournant lentement la tête vers l'espace vide que fixait Harry à l'avant de la diligence. Elle ne les avait aperçus qu'une seule fois. Et seulement quelques secondes. Elle ne les voyait pas en ce moment. Mais elle savait qu'en tendant la main, elle aurait pu les toucher. Et en se concentrant suffisamment... elle aurait certainement pu les voir de nouveau.

*- Tu ne vois pas les créatures qui tirent les diligences ?

*- Tu te sens bien, Harry ? s'inquiéta Ron.

*- Je... Oui...

Ginny aurait voulu pouvoir dire quelque chose. Le rassurer sur le fait qu'il n'était pas fou. Qu'il n'était tout simplement pas le seul. Mais...

*- Ne t'en fais pas. Tu n'es pas en train de devenir fou, moi aussi, je les vois.

Le cœur de Ginny fit un bond dans sa poitrine. Elle aurait presque pu embrasser Luna ! Mais elle se contenta de prendre discrètement la main de son amie lorsque la blonde vint s'asseoir à côté d'elle dans la diligence. On pouvait toujours compter sur Luna. "Même dans les moments où on ne s'y attend pas" s'amusa Ginny.

À leur arrivée au château, Luna partit rejoindre la table de Serdaigle. Tandis que Ginny retrouvait enfin Victoria.

- Ben alors ? Où est-ce que tu étais passée ? demanda la rousse en prenant place à côté de son amie. Luna et moi, on a fait le voyage sans toi.

- Ah oui ? Je te croyais avec Michael Corner, répondit Vicky d'un ton un peu vif.

- Non... enfin, oui, je suis toujours avec Michael, précisa confusément Ginny. Mais je n'ai pas fait le voyage avec l...

- J'étais avec Seamus et Dean, la coupa Victoria.

-... je pensais que tu détestais Seamus.

- Mais j'aime bien Dean.

- D'accord.

-...

- Est-ce que tu es en colère contre m... ?

Mais elle fut de nouveau interrompue :

- Bonsoir, Ginny.

- Oh... salut, Dean, salua-t-elle le garçon assis un peu plus loin.

- Tu as passé de bonnes vacances ?

- Eh bien... hésita Ginny. On a fait pas mal de ménage.

- Ça n'a pas dû être marrant.

- On s'est quand même amusés. Et toi ?

- Des vacances ordinaires dans le monde Moldu, répondit Dean en haussant les épaules.

Lui au moins n'avait pas eu à entendre constamment parler de Voldemort. Ginny tourna alors son regard vers Seamus qui la dévisageait étrangement. Mais le Choixpeau se mit soudainement à chanter et les élèves restèrent stupéfaits par ce qu'ils entendirent :

Voyez les dangers, lisez les présages
Que nous montrent l'histoire et ses ravages
Car notre Poudlard est en grand péril
Devant des forces puissantes et hostiles
Et nous devons tous nous unir en elle
Pour échapper à la chute mortelle
Soyez avertis et prenez conscience.
La répartition maintenant commence.

Ils n'eurent pas le temps de se remettre de cet avertissement que Dumbledore leur présentait leur nouveau professeur de défense contre les forces du Mal. Ou plutôt... Dolores Ombrage prit soin de se présenter elle-même.

*-... n'hésitons pas à entrer dans une ère nouvelle d'ouverture, d'efficacité, de responsabilité, avec la volonté de préserver ce qui doit être préservé, d'améliorer ce qui doit être amélioré, et de tailler dans le vif chaque fois que nous serons confrontés à des pratiques dont l'interdiction s'impose.

"Des pratiques dont l'interdiction s'impose ?" s'interrogea Ginny alors qu'elle regagnait le dortoir avec Victoria.

- De quoi est-ce qu'elle voulait parler ? On n'enseigne rien de dangereux à Poudlard.

-... tout dépend du point de vue où on se place, répondit Vicky qui avait elle aussi retenu les paroles d'Ombrage.

- Qu'est-ce que tu veux dire ? s'enquit Ginny.

- On ne cesse de nous parler des révoltes de gobelins en cours d'histoire de la magie. Mais personne n'irait raconter ce genre d'histoire à son elfe de maison.

-... pourquoi j'ai l'impression d'être l'elfe de maison dans ton exemple ? Quant au maître...

- C'est le ministère, confirma Vicky. On peut aussi voir les choses du point de vue de Tu-Sais-Qui. Je ne crois pas qu'il apprécie qu'on nous enseigne l'étude des Moldus.

-...

- Le savoir, c'est le pouvoir. Donc si on peut contrôler l'information...

-... on peut contrôler le monde, compléta Ginny. Ombrage a été envoyée à Poudlard pour contrôler ce qu'on nous apprend. Mais... qu'est-ce qui pourrait être dangereux ici pour le ministère ?

- Demande-toi plutôt ce qui pourrait être dangereux pour Fudge, répondit Victoria.

- Dumbledore, comprit aussitôt la rousse. Ils veulent saper l'influence de Dumbledore. Comme s'il allait se laisser faire.

- Il n'aura peut-être pas le choix. Fudge l'a déjà forcé à engager Ombrage.

- Tu ne le connais pas aussi bien que moi.

- Ah oui ? Tu as peut-être passé l'été avec lui ? répliqua Vicky en entrant dans leur chambre en faisant claquer la porte.

-... non, répondit Ginny sur la défensive.

- Et donc ?

- Donc... quoi ?

- Où étais-tu cet été ?! s'emporta Victoria. Qu'as-tu fait ? À quoi as-tu... pensé ?

- J'avais raison, tu es en colère contre moi.

- Sans rire ? ironisa la brune. Un soir tu es rongée par la culpabilité, le lendemain tu fais comme si tout allait bien ! On n'a même pas discuté de ce qui s'est passé. Tu ne nous a pas laissé en discuter !

- Discuter de quoi ? marmonna Ginny.

-... du fait que tu penses être responsable du retour de Tu-Sais-Qui, lui fit remarquer tristement Victoria.

- Je ne pense pas l'être, c'est le cas, répliqua-t-elle.

-...

- Mais tu as raison, il faut qu'on parle, soupira Ginny. Je n'aurais pas dû éviter le sujet l'an dernier. J'ai eu peur de manquer à mes belles résolutions.

- Tes résolutions ? s'enquit Victoria.

- Quand j'ai vu Pettigrow dans la forêt pour la première fois, j'ai eu le sentiment de le connaître... pourtant je sais que ce n'était pas moi. Ce sentiment n'était pas le mien. Mais le fait est que c'est moi qu'il a protégé d'un loup-garou. Et quand je l'ai revu l'année suivante... quand je l'ai laissé partir... je n'étais pas influencée par Ginnia. À ce moment là, j'avais juste la conviction que c'était ce qu'il fallait faire. Il m'avait sauvé la vie. Je sauvais la sienne. Sans considérer qui il était... juste une vie pour une vie. Mais encore une fois... le fait est que ce choix a engendré une terrible conséquence.

- Ginny...

- Je ne pouvais pas savoir, dit-elle à la place de Vicky. Mais ce qui est fait, est fait. Je ne veux pas me chercher d'excuses. Et encore moins m'apitoyer sur mon sort. Tout ce que je peux faire, maintenant, c'est aller de l'avant.

- Et donc Michael Corner fait partie de tes résolutions pour... aller de l'avant ?

- Ne recommence pas, s'il te plait, soupira Ginny. Je fais ce que je peux pour essayer d'oublier Harry. Michael et moi, on partage la même passion pour le Quidditch. Alors lui ou un autre...

- Lui ou un autre ? s'indigna Vicky. Tu as pensé à Dean ?

- Arrête avec Dean.

- Excuse-moi, mais je me sens désolée pour lui. Il te plait. Ne dis pas le contraire, arrêta-t-elle Ginny avant qu'elle puisse ouvrir la bouche. Et tu lui plais encore plus, alors... pourquoi Michael Corner ? Pourquoi ne pas laisser sa chance à Dean ?

- Je te l'ai déjà dit ! s'emporta Ginny. Avec lui, je ne peux pas !

- Je ne comprends pas ! De quoi est-ce que tu as peur ?

- Je n'ai pas peur ! De nous deux, on sait qui est la trouillarde.

-...

- J'ai peur de le blesser, concéda Ginny en lui adressant un regard d'excuse. Je n'ai pas envie de jouer avec ses sentiments.

- Non, la contredit Victoria. Tu as peur de tomber amoureuse de lui.

-...

- Tu as peur qu'il remplace Harry dans ton cœur, insista Vicky. Si... avec lui, tu ne peux pas... c'est parce qu'avec lui, ce serait possible.

- Ce... n'est pas vrai, balbutia Ginny.

- C'est toi qui vois.

- Tout à fait, se reprit la rousse. Et en ce moment, je vois Michael. Par contre, je ne vois aucune raison de le quitter.

- Bien.

- Bien ! s'exclama Ginny en donnant un coup de pied dans sa malle pour l'ouvrir et en extirper son pyjama.

- Je suis contente qu'on ait pu parler, remarqua sarcastiquement Victoria.

oOo

Une semaine plus tard, Ombrage était nommée Grande Inquisitrice de Poudlard. Et Ginny réalisa à quel point Victoria avait vu juste. Ombrage était en train de soumettre le plus ancien professeur de l'école à un interrogatoire odieux.

- Depuis quand enseignez-vous dans votre... condition ? demanda-t-elle au professeur Binns.

- Hum ? répondit distraitement le fantôme en levant le nez de ses notes. Ma condition ?

- Oui, votre... état, insista-t-elle en désignant son corps translucide d'un geste impatient.

-... je vais très bien, je vous remercie, lui assura Binns. Il y a des lustres que je ne suis pas tombé malade.

-...

Ombrage plissa les yeux. Elle semblait se demander si Binns se moquait d'elle ou s'il n'avait véritablement pas conscience d'être mort. Une question qui restait en suspend à Poudlard depuis déjà plusieurs dizaines d'années. Tout le monde savait que le professeur Binns s'était un jour réveillé fantôme avant de rejoindre sa classe pour donner son cours comme si de rien n'était. Mais aucun élève n'avait encore osé questionner le professeur, certes rébarbatif, mais respecté pour son immense savoir. S'il était dans le déni... personne ne souhaitait lui faire de peine. Mais après une semaine de cours, ils en avaient assez appris sur Ombrage pour savoir qu'elle n'avait aucune limite. "Elle n'oserait tout de même pas...?" s'inquiéta Ginny.

- Où en étais-je ? reprit Binns. Oui... c'est donc ainsi que le conseil des sorciers tenta plusieurs fois d'intégrer certaines créatures à la gouvernance du monde magique. Du moins, celles considérées comme suffisamment intelligentes pour comprendre et élaborer les lois de notre communauté.

- Absurde.

- Je vous demande pardon ? s'enquit le fantôme.

Il était rare qu'on l'arrache à sa leçon. Encore moins deux fois d'affilée. Et certainement jamais pour l'accuser de raconter des absurdités.

- Je trouve absurde d'enseigner ce genre d'anecdote, lui fit remarquer sèchement Ombrage. Plutôt que de raconter les idées farfelues qu'ont pu avoir une minorité de nos anciens dirigeants, il serait plus judicieux de s'intéresser aux progrès que les sorciers dignes de ce nom ont pu apporter au monde sorcier.

- C'est à dire que... je n'enseigne pas l'Histoire des sorciers... mais l'Histoire de la magie, répondit Binns d'un ton tout à fait franc. Je considère donc que tous les faits méritent d'être racontés, quels qu'ils soient et aussi farfelus puissent-ils sembler. Il y a toujours une leçon à retenir.

- Vraiment ? fulmina la Grande Inquisitrice. Dans ce cas... la seule leçon à retenir de cette histoire... c'est que ces tentatives d'association entre sorciers et animaux... se sont chaque fois soldées par un échec.

-… il est vrai, concéda-t-il.

Cette réponse arracha un sourire satisfait à Ombrage. Pour sa part, Ginny tremblait de rage. Elle avait très bien compris que dans le terme « animaux »... Ombrage incluait ce que d'autres appelaient aussi « hybrides ». Comme les loups-garous ou les demi-géants. Et alors que les visages du professeur Lupin et de Hagrid flottaient dans son esprit... Ginny leva lentement la main.

- Qu'y a-t-il, Miss Warleggan ? lui demanda Binns.

Elle ignora le fait qu'il s'était trompé sur son nom. Si Binns était doué pour énumérer les grandes figures de l'Histoire, il ne retenait jamais le nom de ses élèves. Mais ça n'avait pas d'importance. C'était Ombrage que Ginny regardait quand elle posa sa question :

- Voulez-vous dire qu'une loi interdit à certains êtres d'accéder à de hautes fonctions au sein du ministère de la Magie ?

- En effet, confirma Ombrage à la place de Binns de sa petite voix minaudante. Il existe des lois qui interdisent à des créatures dangereuses d'accéder à certains postes à responsabilité, notamment les loups-gar...

- Des créatures dangereuses ?! la coupa Ginny en se levant d'un bond. Excusez-moi, mais... les sorciers n'entrent-ils pas eux aussi dans la classification des êtres ? Au même titre que les loups-garous ou les géants ?

Ombrage semblait pour l'instant trop révoltée par le fait que la jeune fille ait osé lui couper la parole. Elle garda donc un silence glacial, ce qui n'empêcha pas Ginny de continuer :

- Dans ce cas, si un sorcier... un être... peut devenir ministre de la Magie... pourquoi un autre être, comme un géant, ne le pourrait-il pas ?

-... pourquoi... un géant... ? souffla Ombrage interloquée.

- Ginny... ? murmura Victoria médusée en tirant sur la manche de son amie. Mais qu'est-ce que tu racontes ?

L'ensemble de ses camarades fixait Ginny comme si elle était folle. Non seulement elle osait provoquer Ombrage, mais en plus ce qu'elle suggérait... n'avait aucun sens. C'était absurde.

- Je crois que vous avez suffisamment fait votre intéressante, Miss, lui fit dangereusement remarquer Ombrage. Vous pouvez vous rasseoir.

- Je n'ai pas fini, répondit la rousse en faisant sursauter toute la classe. Pour reprendre les mots du professeur Binns, notre gouvernement ne s'appelle pas le ministère des sorciers, mais le ministère de la Magie. Je ne vois donc pas pourquoi...

- NOTRE GOUVERNEMENT ! la reprit Ombrage dans un hurlement strident. Vous êtes une sorcière, Miss ! Pas une géante ! Comment une telle créature pourrait-elle...?! Quand elle n'a même pas le droit de tenir une baguette ?!

- Mais les loups-garous et les demi-géants ont ce droit ! insista Ginny.

- Si ça ne tenait qu'à moi... ! cria Ombrage.

- Mais ça ne tient pas qu'à vous ! cria-t-elle encore plus fort.

- RASSEYEZ-VOUS !

- Et il se peut qu'un jour la loi change. Un sorcier possédant le sang d'une créature... pourrait devenir ministre.

- AUCUN HYBRIDE NE DEVIENDRA JAMAIS MINISTRE DE LA MAGIE ! VOUS-M'ENTENDEZ ?!

-...

- Pour la simple et bonne raison que... aux dernières nouvelles... le ministre de la Magie doit être élu, lui rappela Ombrage le souffle court.

- C'est vrai, acquiesça Ginny. Le ministre de la Magie doit être élu.

- Oui... grogna-t-elle en la dévisageant avec les yeux plissés de la même manière qu'elle avait fixé Binns. Et je vous annonce que vous venez de faire perdre 30 points à la maison Gryffondor. Maintenant... asseyez-vous.

Ginny sourit, et les autres se demandaient bien pourquoi. "Si ça ne tient qu'à ça" pensa-t-elle en tirant sa chaise pour se rasseoir. "S'il suffit d'un vote... alors c'est possible. Dans un an. Dans dix ans. Dans cent ans. Il ne faut jamais dire jamais".

- J'aimerais bien voir ça, murmura la jeune fille.

- Et pourquoi pas élire un fantôme tant qu'on y est ?! marmonna Ombrage en lançant un regard noir à Binns qui n'avait rien dit pour la soutenir. S'il reste aussi stoïque que vous...

CLANG !

La classe sursauta une nouvelle fois. Ginny n'avait finalement pas choisi de se rasseoir. Mais de balancer sa chaise au sol.

- Excusez-moi, mais... finalement, je n'ai pas très envie de me rasseoir, annonça-t-elle à la Grande Inquisitrice.

Tout le monde retint son souffle. Y comprit Ombrage, l'espace d'un instant. Puis, d'un geste vif, elle arracha une page au carnet qu'elle utilisait pour noter son évaluation sur Binns. Ombrage s'appuya alors sur le bureau du professeur d'Histoire de la magie pour griffonner un message avant de rouler le bout de parchemin qu'elle scella par magie.

- Dans ce cas, minauda-t-elle en tendant le rouleau à Ginny avec un sourire tordu. Vous me ferez le plaisir de porter ceci au professeur McGonagall.

Ginny s'empressa d'aller lui arracher le message des mains avant de quitter la classe en claquant la porte derrière elle. "Je n'arrive pas à le croire !" fulmina la jeune fille tout le long du chemin qui la menait au bureau de McGonagall. "Elle allait le faire ! Elle allait le dire ! Il y a des limites..."

- Hum ? Ginny ?

La rousse s'arrêta net en réalisant qu'elle était passée à côté de Harry sans le voir. Ginny remarqua alors qu'il était en train de grignoter un biscuit.

- Tu n'es pas en cours ? la questionna-t-il.

- Et toi ?

- On a une heure de libre, mais... McGonagall m'a convoqué, marmonna Harry en croquant vivement dans un bout de biscuit.

- C'est justement elle que je vais voir, annonça Ginny en lui montrant le rouleau qu'elle tenait. Ombrage m'a virée du cours de Binns...

-... ?!

- Ou plutôt, j'ai fait en sorte de me faire virer, précisa-t-elle en haussant les épaules. Cette sale face de crapaud était sur le point de...

- Elle t'a donné une retenue ?! s'inquiéta brusquement Harry en lui attrapant le poignet.

- Quoi ? s'étonna Ginny. Non. Enfin... j'en sais rien, avoua-t-elle alors qu'ils jetaient tous les deux un regard au rouleau de parchemin.

Mais Harry avait un air bien plus grave qu'elle. Et ce fut à ce moment là... qu'elle remarqua sur la main du garçon...

- Harry... qu'est-ce que c'est que ça ? souffla Ginny horrifiée.

Il lâcha brusquement le poignet de la jeune fille, cachant aussitôt sa main dans sa poche. Ginny voulut le forcer à la lui remontrer. Mais alors qu'elle allait toucher le garçon, la rousse se ravisa. Elle n'avait pas à s'en mêler. Ginny s'était promis de mettre plus de distance entre eux. De toute façon, elle savait ce qu'elle avait vu : je ne dois pas dire de mensonges.

Leurs regards se croisèrent, et Ginny serra les poings. Écrasant le rouleau de parchemin entre ses doigts. Mais elle ne dit rien. Elle eut juste l'impression que, dans sa poche, Harry avait aussi serré le poing.

- Qu'est-ce qui se passe ici ? s'enquit soudainement le professeur McGonagall en ouvrant la porte de son bureau. J'ai cru entendre... Miss Weasley ? s'étonna-t-elle en apercevant Ginny. Pourquoi n'êtes-vous pas en cours ?

- Je suis désolée, professeur, mais... le professeur Ombrage m'envoie, expliqua Ginny en lui montrant le rouleau de parchemin froissé.

- Pas vous aussi ! soupira Minerva en se frappant désespérément le front.

-...

- Entrez, invita-t-elle Ginny en se décalant pour lui laisser le passage. Qu'est-ce que vous faites encore là, Potter ?

Au moment où elle entra dans le bureau, Ginny jeta un coup d'œil à Harry. Il avait toujours l'air inquiet. Il avait même l'air de vouloir les suivre à l'intérieur. Mais McGonagall lui claqua la porte au nez.

oOo

- Alors tu n'as pas eu de retenue ? s'ébahit Victoria lorsque Ginny lui raconta au déjeuner son entrevue avec McGonagall. Tu es sûre ?

- Oui, affirma son amie. Seulement 100 points en moins pour Gryffondor, au total.

- Seulement, marmonna une voix dans son dos.

Les filles se retournèrent pour faire face à Seamus Finnigan. Comme le soir de leur arrivée à Poudlard, Ginny lui trouva un air... étrange.

- On commence l'année avec des points en négatif, leur fit remarquer sèchement Seamus. Mais vous vous en fichez ?

- On a l'air de faire les fières ? répliqua Vicky. De quoi tu te mêles, Finnigan ?

Mais Seamus l'ignora. Ses yeux étaient fixés sur Ginny.

- J'ai appris que tu avais défié Ombrage... toi aussi, marmonna-t-il.

-...

- Ça t'a amusée d'épater la gal... ?

- Pourquoi tu ne me poses pas la question ? le coupa Ginny.

-... ?!

- Tu veux savoir si je pense comme Harry ? devina-t-elle. Et comme Ron ? Et Hermione ? Et Neville ! Tu veux savoir si je crois au retour de...

- Pourquoi tu te comportes comme lui ?! s'emporta Seamus. À quoi ça sert de provoquer Ombrage ?!

- Seamus... voulut intervenir Dean derrière lui.

- Ce n'est pas comme ça qu'on gagnera la coupe des quatre maisons !

- La coupe ? ironisa Ginny. En ce moment, il y a en jeu des choses plus importantes qu'un concours entre élèves. Tu n'as pas écouté le Choixpeau ? Notre Poudlard est en grand péril devant des forces puissantes et hostiles et nous devons tous nous unir en elle, récita la jeune fille.

- Le Choixpeau ne fait que transmettre l'opinion de Dumbledore, or Dumbledore partage l'opinion de Harry. Franchement, j'imaginais le directeur plus malin que ça. Je te pensais plus maline que ça !

-...

- Mais tu crois en ces balivernes, fulmina Seamus. Tu crois que... qu'on n'est plus du tout en sécurité à l'extérieur de Poudlard. Tu crois vraiment qu'on est en guerre contre Tu-Sais-Qui ?!

- Toi aussi, tu commences à le croire, lui fit remarquer Ginny. Ou tu ne serais pas autant en colère.

- Tu délires ! réfuta-t-il.

- Mais tu dois bien te rendre compte qu'Ombrage est complètement à côté de la plaque !

- Ça ne veut pas dire que Harry a raison ! répliqua Seamus.

- Bon... ça suffit, soupira Ginny en se levant de table. Je regrette d'avoir fait perdre autant de points à Gryffondor. C'est vrai, je n'aurais peut-être pas dû provoquer Ombrage. Mais je ne vais certainement pas m'excuser... pour l'avoir empêchée de faire remarquer au professeur Binns qu'il était mort !

Ses mots clouèrent tous les élèves des environs sur place. Mais alors qu'elle allait les planter là, telle une tornade, Ginny se sentit retenir par la main. Elle croisa alors le regard de Dean. Il la fixait avec une fierté et... un attachement tel qu'elle en perdit ses moyens. Le garçon en profita pour entrelacer ses doigts avec les siens.

- Ginny, je... tu es vraiment... balbutia-t-il époustouflé.

- Ginny ?

La jeune fille tressaillit. Et elle arracha brusquement sa main à celle de Dean pour se tourner vers Michael Corner.

- Qu'y a-t-il ? demanda Ginny d'un air innocent.

Son petit ami devait se poser la même question... vu la façon dont il les dévisageait.

- Je me demandais si tu voulais qu'on aille se promener dans le parc avant la reprise des cours, répondit le Serdaigle.

- Oui, d'accord, accepta aussitôt Ginny en le rejoignant.

Elle passa son bras sous celui de Michael pour le détourner de Dean, entrainant son petit ami vers le parc. Mais en quittant la Grande Salle, ils croisèrent Harry qui entrait avec Ron et Hermione. Ginny fit semblant de ne pas les avoir vus. Et elle était quasiment certaine qu'Harry et Ron ne l'avaient pas remarquée. Mais elle sentit nettement le regard d'Hermione dans son dos.

- Tu ne salues pas tes amis ? la questionna Michael.

- Crois-moi... tu n'as pas envie que mon frère soit au courant qu'on sort ensemble, soupira Ginny.

- C'est dommage, j'aurais bien aimé...

-... quoi ? s'enquit-elle curieuse.

D'ailleurs, Michael aussi avait un air curieux. Et ce n'était pas Ron qu'il suivait des yeux. Ni Hermione.

- J'ai entendu parler de ce qui s'est passé avec Ombrage, dit distraitement le Serdaigle.

- Ce qui s'est passé avec Ombrage... pour qui ? demanda Ginny en fronçant légèrement les sourcils.

- Pardon ? s'enquit Michael en reportant son attention sur elle.

-...

- Il parait que tu lui as jeté ta chaise à la figure.

- Les gens ont tendance à exagérer, marmonna-t-elle. Si j'avais vraiment fait ça, j'aurais été expulsée. C'est déjà un miracle que je m'en sois sortie sans retenue. Mais je suppose qu'elle doit déjà être assez occupée avec Harr...

Ginny fut coupée par les lèvres de Michael sur les siennes. Et lorsqu'il se recula, le garçon fut étonné par le regard noir qu'elle lui lançait.

- Est-ce que tu pourrais arrêter de faire ça ? gronda Ginny.

- Qu'est-ce que tu veux dire ? s'enquit le Serdaigle.

- M'embrasser sans prévenir, précisa-t-elle. J'étais en train de parler !

- Excuse-moi. Tu disais ?

- Je disais qu'Ombrage menait la vie dure à Harry.

- Tu t'inquiètes pour lui, remarqua Michael.

- Bien sûr... c'est mon ami, répondit-elle en détournant le regard.

- J'aimerais bien que tu me le présentes.

-... pourquoi ? demanda Ginny sur la défensive.

- Comment ça, pourquoi ? s'étonna-t-il.

-...

- J'entends tellement de choses différentes à son sujet, expliqua Michael en haussant les épaules. Je voudrais juste pouvoir me faire ma propre opinion. Et quand je pense à ce que sont devenus les cours de défense contre les forces du Mal... j'ai très envie d'entendre ce qu'il a à dire. Parce que j'ai l'impression qu'on nous prend vraiment pour des idiots.

- Hum... hésita Ginny. En fait, à ce propos... Hermione a eu une idée.

oOo

- C'est bizarre... remarqua pensivement Ginny alors qu'elle buvait une tasse de thé avec Victoria et Luna chez Mme Pieddodu.

- Quoi donc ? s'enquit Vicky.

- Nous sommes le 5 octobre... et Dumbledore ne m'a toujours pas invitée à prendre le thé. C'est bizarre.

-...

- J'étais pourtant sûre qu'il voudrait me parler, après ce que je lui ai dit l'an dernier.

"Mais comme pour Harry... il n'a pas l'air pressé de me voir" songea-t-elle.

- Moi, c'est autre chose qui me chiffonne, intervint Luna qui tournait lentement sa cuillère dans sa tasse.

Ginny et Victoria levèrent les sourcils. Il était rare de voir Luna s'inquiéter. C'était même inquiétant...

- On n'a toujours pas revu Milky, regretta la Serdaigle.

Les épaules de ses amies s'affaissèrent. Le chat leur manquait à toutes.

- Son maître a dû le laisser chez lui cette année, supposa Victoria. On le reverra peut-être l'an prochain.

- Hum... marmonna Luna sur un ton dépressif qui décidément ne lui ressemblait pas du tout.

"Mais franchement... un début d'année sans prendre le thé avec Dumbledore et sans Milky... c'est déprimant" pensa Ginny en soupirant en même temps que les autres.

- Bon, ça suffit ! s'exclama-t-elle en faisant sursauter ses amies. Il faut se ressaisir. On a des choses à faire.

- Quel genre de choses ? s'enquit Victoria alors que Luna et Ginny se levaient d'un même mouvement.

Elles payèrent leurs consommations avant de quitter le salon de thé. Et quand Victoria réalisa qu'elles se dirigeaient vers un coin reculé de Pré-au-Lard, elle insista :

- Vous allez me dire ce qui se passe ? Où on va ?

- Vers une révolution du système scolaire, s'amusa Ginny.

- Qu'est-ce que tu veux dire ? demanda Vicky avec prudence.

- Tu verras quand on y sera.

-... ça a un rapport avec Ombrage ?

- On ne peut pas vraiment en parler au milieu de la rue.

-...

- Ben alors ? s'enquit Ginny en réalisant que Victoria s'était arrêtée. Tu viens ?

- Je viens et pour faire quoi, exactement ? la questionna la brune.

- Vicky... soupira Ginny en jetant un coup d'œil inquiet aux passants. Je viens de te dire que...

- Si on ne peut pas en parler ouvertement, c'est que que vous voulez faire quelque chose d'interdit.

- Attends de savoir de quoi il s'agit avant de critiquer.

- Il aurait fallu m'en parler avant, lui fit remarquer Victoria. Luna a l'air d'être au courant, pourquoi pas moi ?

- C'est Hermione qui a parlé à Luna, se défendit Ginny.

- Hermione ? nota Vicky dubitative. Hermione Granger veut transgresser les règles ?

- Tout ça, c'est son idée, confirma Ginny. Ça devrait te rassurer.

- Il n'empêche que tu ne m'as rien dit.

-...

- On a rendez-vous à la Tête de Sanglier, annonça Luna. Harry Potter va nous parler de son projet d'enseigner la défense contre les forces du Mal.

- Luna ! s'exclama Ginny en jetant des regards inquiets autour d'elles. Pourquoi tu craches le morceau comme ça, en pleine rue ?!

- On va être en retard, lui fit remarquer la blonde.

Ginny abandonna les armes en les trainant dans une ruelle déserte. Il était vrai qu'elle aurait dû prévenir Victoria. "Mais..." hésita-t-elle en dévisageant son amie.

- Alors vous comptez vous entraîner à la défense contre les forces du Mal dans le dos d'Ombrage ? résuma Vicky.

- On n'a pas d'autre choix, acquiesça Ginny. On ne peut pas se contenter de ce qu'elle nous fait lire en classe.

- Je suis d'accord... mais de là à créer une armée clandestine.

-... tu y vas un peu fort, non ? marmonna la rousse. Qui a parlé d'une armée ?

- Non, bien sûr. Vous allez juste apprendre à vous défendre.

- C'est en effet ce que nous allons faire, s'énerva Ginny.

- Tu voudrais me faire croire que vous allez vous entrainer sagement pendant les trois prochaines années ? Que personne ne le remarquera ? Tu crois qu'Ombrage va vous laisser faire ?

- Tu veux bien arrêter de dire « vous » ?! explosa la rousse.

-... je suppose que c'est encore une autre façon pour toi d'aller de l'avant.

-... pourquoi faut-il toujours que tu réagisses comme ça ? murmura Ginny les poings serrés. Tu ne sais même pas... tu n'as même pas encore entendu ce que Harry avait à dire.

"Et tu te demandes pourquoi je ne t'ai parlé de rien ?" fulmina-t-elle. "Il n'y a qu'en te leurrant que je pouvais t'emmener à cette réunion secrète, Vicky".

- Je sais que tu as horreur de chercher les ennuis, continua Ginny. Mais... repense à ce que tu as dit quand tu as décidé d'aller porter secours à Krum. Ce qu'on s'apprête à faire... c'est important !

- Je n'y participerai pas, Ginny.

-... !

- C'est hors de question.

- Je te demande juste de faire l'effort de venir écouter...

- J'ai très bien compris ce que vous voulez faire, l'arrêta Victoria. Je comprends aussi vos raisons. Mais je ne pense pas que vous réalisiez dans quel dangereux engrenage vous vous embarquez.

- Engrenage ?

- Nous devons être patients, insista Vicky. Il ne faut prendre aucun risque qui pourrait ruiner les efforts de Dumbledore. Tu sais bien que si Ombrage vous découvre, c'est sur lui qu'elle reportera la faute.

-...

- Nous ne sommes que des enfants, regretta-t-elle en baissant les yeux. Que crois-tu qu'on pourrait accomplir ? Le combat contre Tu-Sais-Qui... nous dépasse. Si on s'en mêle, ça ne ferait que rendre les choses plus difficiles pour les adultes. Laisse-les s'occuper de ça.

- Mais Victoria... nous ne serons pas éternellement des enfants, lui fit remarquer faiblement Ginny.

Vicky retint son souffle. C'était le seul argument qu'elle ne pouvait pas réfuter. Le seul. "Mais... !"

- Dans trois ans nous seront adultes, toi et moi, insista Ginny. Mais il y aura une différence entre nous. Moi, je serai prête.

- Prête ? souffla Vicky. Mais prête à quoi, par Merlin ?! À risquer ta vie ?

- Rentre au château, si tu veux, lança-t-elle à la brune en s'éloignant vers la Tête de Sanglier suivie de Luna. Si ça finit mal, tu pourras dire que tu nous l'avait bien dit.

- Ce n'est pas ce que je dirai ! répliqua Victoria.

Mais ses amies avaient déjà disparu, la laissant complètement seule.

- Dommage que Milky ne soit plus là, fulmina-t-elle entre ses dents serrées. Tu mériterais un bon coup de griffe... pour te sortir de ton rêve éveillé.

oOo

PAR ORDRE DE
LA GRANDE INQUISITRICE DE POUDLARD

Toutes les organisations, associations, équipes, groupes et clubs d'élèves
sont dissous à compter de ce jour.

Lorsqu'elle lut l'écriteau dans la salle commune de Gryffondor, ce matin là... Ginny mit quelques secondes à réaliser ce qu'impliquait ce message. À réaliser qu'Ombrage était au courant de ce qu'ils préparaient. Et qu'il était possible qu'on les ait trahis.

- Tu ne penses tout de même pas que je vous ai dénoncés ?

-...

- Je vois, souffla Victoria en la plantant devant l'écriteau.

- Non, attends ! se reprit Ginny en la poursuivant à l'extérieur de la salle commune. Vicky !

- Ne te fatigues pas, j'ai compris.

- Je n'ai rien dit ! se défendit la rousse. C'est toi qui a sorti un truc stupide ! Évidemment que je ne pense pas que tu...

- Stupide ?! releva férocement Vicky.

- Tu veux bien arrêter de réagir aussi violemment à tout ce que je dis ou ce que je ne dis pas ? lui demanda patiemment Ginny.

Victoria lui lança un regard noir, mais elle ralentit le pas pour permettre à Ginny de marcher à ses côtés. La rousse soupira. Vicky était vraiment à prendre avec des pincettes en ce moment. Et même si Ginny lui en voulait de ne pas les soutenir, elle et Luna, dans leur projet...

- Je sais que tu crois bien faire, dirent-elles d'une même voix.

Ginny et Victoria s'arrêtèrent brusquement de marcher, échangeant un regard surpris. Finalement, elles sourirent légèrement avant de reprendre leur chemin d'un pas plus léger.

- Ce n'est pas ce décret qui va nous décourager, dit doucement Ginny.

- J'en suis consciente, acquiesça Vicky. Mais soyez prudents.

oOo

Deux mois plus tard, Ginny assistait à la dernière réunion de l'A.D. avant les vacances de noël. Et alors qu'elle s'exerçait à lancer le sortilège d'Entrave sur Michael, le garçon lui fit une remarque qu'elle n'apprécia guère :

- J'ai appris que Potter a été interdit de Quidditch par Ombrage. C'est une chance pour Serdaigle.

-... dommage, c'est moi qui le remplace, lui annonça Ginny.

- On t'a confié le poste d'attrapeur ? s'étonna Michael.

- Qu'est-ce qu'il y a ? Tu penses que je ne vais pas assurer ? Impedimenta ! lança-t-elle en exécutant son sort à la perfection. Ou bien tu as peur que ta petite amie ridiculise ton équipe ? termina Ginny avec un sourire en coin.

- Ça... ne risque... pas... d'arriver, articula-t-il difficilement avant de se libérer du maléfice. Cho a beaucoup plus d'expérience que toi, lui fit remarquer le garçon.

- Cho ? grinça la rousse en lançant un regard en coin à la Serdaigle qui s'exerçait un peu plus loin. Elle ne m'impressionne pas.

- Désolé, mais je crois que vous n'avez aucune chance cette année.

- Rappelle-moi, c'était quand la dernière fois que Serdaigle a gagné la coupe ?

- Stupéfix, lança-t-il sans prévenir.

Ginny tomba lourdement en arrière. Mais elle ne réalisa ce qui s'était passé que lorsque Luna la réanima.

- T'es malade ?! gronda Ginny contre Michael en se massant l'arrière de la tête. J'aurais pu me faire très mal !

- Potter a dit qu'on devait réviser les sorts d'Entrave et de Stupéfixion, marmonna-t-il.

- Il n'a pas encore donné le signal pour qu'on change d'exercice ! lui fit-elle remarquer furieusement.

- Et tu as oublié de mettre un coussin derrière elle, ajouta Luna.

- Laisse tomber, Luna, fulmina Ginny en se relevant avec l'aide de son amie. Il n'a pas oublié.

- Qu'est-ce qui se passe ici ? intervint Harry.

- Rien, marmonna Ginny. Je change juste de partenaire, annonça-t-elle en tournant le dos à son petit ami. Luna, tu veux bien continuer avec moi ?

- Bien sûr, accepta son amie en laissant Justin Finch-Fletchley avec Michael. Ça me rappelle le club de duel, en première année. C'était toi qui m'avait stupéfixée.

- Tu maitrisais déjà le Stupéfix en première année, Ginny ? s'étonna Harry.

- Ben... ben quoi ? répondit-elle gênée. Tu as bien maitrisé le Patronus avant tout le monde.

-... tes frères avaient raison. La puissance ne dépend pas de la taille ! rit-il en lui donnant une tape amicale sur l'épaule.

- Je ne suis pas si petite que ça ! lui fit-elle remarquer en faisant mine de le menacer avec sa baguette.

- S'il te plait, s'amusa Harry en levant les mains en signe d'apaisement. Épargne-moi le maléfice de Chauve-Furie. Au fait, j'ai appris que tu reprenais mon poste dans l'équipe. Félicitations. Je suis sûr que tu seras à la hauteur.

- À la hauteur ? releva-t-elle en souriant. Tu le fais exprès, ma parole ? Mais tu sais ce qu'on dit ? Le secret pour être un bon attrapeur, c'est d'être aussi petit et léger que le vif d'or.

- N'oublie pas les réflexes, lui conseilla Harry en s'éloignant.

- Compte sur moi.

Ginny réalisa alors qu'il était parti observer le binôme de Cho Chang. Et en croisant le regard de la Serdaigle, elle comprit aussi que Cho avait remarqué leur échange... amical. Et ça n'avait pas l'air de lui plaire. "J'ai encore le droit d'être amie avec Harry" pensa Ginny en rougissant quand elle croisa cette fois le regard de Dean. "Fichez-moi la paix".

- Harry est vraiment très gentil, remarqua Luna.

- Mais personne n'est aussi gentil que toi, répondit Ginny en souriant à la blonde.

- Merci.

À la fin de la séance, Harry les félicita tous. Et quand il annonça qu'ils commenceraient à étudier les Patronus au retour des vacances, Ginny eut l'impression qu'il avait regardé dans sa direction. Le cœur léger, elle souhaita un joyeux noël à Neville alors qu'il quittait la salle avec Ron et Hermione. Ignorant superbement Michael qui la laissa derrière lui pour partir avec ses amis de Serdaigle. Ginny allait suivre Luna à l'extérieur quand elle entendit murmurer derrière elle :

*- Non, non, vas-y, je te rejoindrai plus tard.

Quelques secondes après, Marietta Edgecombe dépassait Ginny. La meilleure amie de Cho s'en allait. Seule. Et quand Ginny se retourna pour apercevoir Harry qui avait l'air de faire exprès de trainer pour ranger la salle... et Cho sous la branche de gui... la Gryffondor prit la fuite. Elle ne voulait pas voir la suite. Trop tard, elle l'imaginait déjà.

- Il n'est pas pour moi... il n'est pas pour moi... marmonna-t-elle en se pressant de rejoindre son dortoir. Il n'est pas pour moi !

Elle le savait, pourtant.

oOo

-... sley ? Miss Weasley ?

- Hum ? marmonna Ginny en ouvrant un œil.

- Réveillez-vous, lui ordonna une vieille chouette à lunettes affublée d'une robe de chambre aux motifs écossais.

- Qu'est-ce que...?! s'étrangla la jeune fille en reconnaissant finalement le visage du professeur McGonagall penché sur elle.

- Je regrette de devoir vous tirer du lit, mais c'est une urgence. Votre père a été gravement blessé.

- Mon... mon père ? balbutia Ginny en se redressant. Vous avez dit... gravement blessé ? réalisa-t-elle soudainement.

Son professeur ne répondit rien. Et Ginny ne perdit pas de temps à la questionner sur le pourquoi du comment. Elle savait parfaitement que son père risquait sa vie tous les jours pour l'Ordre.

- Comment l'avez-vous su ? préféra-t-elle demander. Est-ce que ma mère... ?

- Molly n'était pas de garde ce soir, la rassura Minerva. C'est Mr Potter qui nous a prévenus. Il a... vu... ce qui s'est passé, hésita-t-elle.

- Harry l'a vu ?

- Dans une sorte... de rêve.

-...

- Dépêchez-vous, le directeur nous attend, la pressa McGonagall.

Mais Ginny resta immobile. "Un... rêve ?"

- Allons, insista Minerva en lui secouant légèrement l'épaule.

La jeune fille s'extirpa enfin de son lit alors que Victoria commençait à remuer dans le sien. La brune se réveilla à temps pour voir son amie et le professeur de métamorphose traverser la pièce. Ginny vit la confusion dans le regard de Vicky. Mais il n'y avait pas le temps pour les explications. Ginny ne put que secouer la tête, impuissante, avant de sortir de la chambre.

Ils rejoignirent Fred et George qui patientaient dans la salle commune. Frères et sœur furent incapables d'échanger un mot, tant ils étaient dépassés par les évènements. Ils parcoururent donc les couloirs sombres du château en pyjama et en silence. Ce fut seulement lorsqu'elle aperçu Harry dans le bureau de Dumbledore que Ginny retrouva la parole :

*- Harry... Qu'est-ce qui se passe ? Le professeur McGonagall nous a dit que tu avais vu papa blessé...

Mais ce fut Dumbledore qui répondit à sa place. Et Ginny réalisa alors seulement qu'elle était dans son bureau. La jeune fille voulut croiser son regard. Mais il le lui refusa, mettant un point d'honneur à l'éviter elle... et Harry. Ginny sentit ses entrailles se tordre. C'était mauvais signe. Très... mauvais signe. Et elle dut attendre que le directeur les ait tous transportés au square Grimmaurd par portoloin... pour obtenir la réponse qu'elle craignait :

*- J'ai eu une... sorte de... vision... avoua Harry.

Ginny eut à nouveau l'impression d'être tétanisée. Et alors qu'Harry racontait ce qu'il avait vu, la jeune fille réfléchissait à toute vitesse. "Il a vu le serpent attaquer papa... il a vu... Comment Harry pourrait-il avoir le même genre de visions que moi ?!" paniqua-t-elle. Sauf que, d'après lui, il ne se trouvait pas dans le serpent. D'après lui...

*- Il faut qu'on aille tout de suite à Ste Mangouste, insista-t-elle brusquement son esprit sautant d'une idée à l'autre.

Ce qui comptait, là tout de suite, c'était que son père pouvait très bien être sur le point de mourir.

*- Et comment allez-vous expliquer que vous êtes au courant de l'attaque dont il a été victime alors que l'hôpital n'a même pas encore prévenu sa femme ? répliqua Srius.

Il essaya de leur faire comprendre qu'ils prenaient le risque d'exposer à la fois Harry et l'Ordre en se précipitant.

*- Quelqu'un d'autre que Harry aurait pu nous prévenir… hésita Ginny en glissant un regard vers le garçon.

"J'aurais pu avoir cette vision" pensa-t-elle troublée. "Mais je n'ai rien vu. Je dormais... comme un bébé".

*- Votre père savait à quoi il s'exposait et il ne vous remerciera pas d'avoir compliqué les choses ! s'exclama Sirius en faisant sursauter Ginny. Voilà pourquoi vous n'êtes pas membres de l'Ordre… Vous ne comprenez pas… Il y a des causes pour lesquelles il vaut la peine de mourir !

Si on s'en mêle, ça ne ferait que rendre les choses plus difficiles pour les adultes. Laisse-les s'occuper de ça.

Ginny serra les poings. C'était difficile à entendre, et encore plus difficile à accepter. Elle ne pouvait pas l'accepter. "Il doit bien y avoir quelque chose... que je puisse faire !" fulmina-t-elle. Ginny se détesta en réalisant que la seule chose dont elle était capable à ce moment là... c'était attendre. Elle était trop jeune. Elle était trop petite. Elle était trop faible. Elle n'impressionnait personne. Pour l'instant.

Aucun d'eux ne pouvait se rendre à l'hôpital sans qu'on leur pose des questions. Aucun d'eux n'avait l'influence... le pouvoir nécessaire pour passer au-dessus des soupçons. Alors elle partit s'asseoir sur une chaise. Pour attendre. Pour l'instant.

oOo

Il fallut attendre une demi-journée aux Weasley avant de pouvoir rendre visite à leur père. À peine entrée dans la chambre d'hôpital, Ginny se précipita dans ses bras. Elle avait besoin de le sentir bien vivant contre elle. Entendre son rire et son cœur battre. Sentir sa main lui ébouriffer doucement les cheveux. Son père était toujours là. Grâce à Harry. Grâce à sa vision.

Maintenant qu'elle était rassurée sur le sort de son père, il y avait tant de questions qu'elle aurait voulu poser à Harry. Mais elle n'eut pas besoin de demander quoi que ce soit pour obtenir des réponses. Il lui suffit d'espionner une conversation entre Maugrey et ses parents :

*- Dumbledore semblait presque s'attendre à ce que Harry ait ce genre de vision, remarqua Molly.

"Oui... Dumbledore n'avait pas l'air surpris" pensa sombrement Ginny. "Il savait que ça pouvait arriver à Harry. Mais... pourquoi ne m'a-t-il rien dit ?"

*- Ce garçon voit des choses à l'intérieur même du serpent de Vous-Savez-Qui, ajouta Maugrey. Bien évidemment, Potter ne se rend pas compte de ce que ça signifie, mais si Vous-Savez-Qui a pris possession de lui…

Tout comme ses frères, Ginny tourna un regard écarquillé d'effroi vers Harry. Ses pires craintes se confirmaient. Il n'avait pas assisté à l'agression à travers les yeux d'une tierce personne. Harry avait tout vu... par l'intermédiaire de Nagini !

"Ce n'est pas... possible" s'inquiéta Ginny tout le long du chemin qui les ramenait au square Grimmaurd. "Comment ça pourrait être possible ?!" Elle était assise juste à côté du garçon dans le métro. Leurs bras se touchèrent plusieurs fois lorsque le wagon balançait un peu trop sur les rails. Et à chaque fois, c'était comme s'ils ne faisaient plus qu'un. Ils... ne faisaient qu'un. Harry. Ginny. Nagini. Et... Voldemort.

Cette vérité était en train de la détruire de l'intérieur. Tout comme l'idée d'être possédé par Voldemort... détruisait Harry. Si seulement Ginny pouvait lui parler ouvertement.

Fort heureusement, on pouvait toujours compter sur Hermione Granger. Dès son arrivée au quartier général, elle offrit à Ginny une occasion inespérée :

*- Ron et Ginny m'ont dit que tu te cachais de tout le monde depuis ton retour de Ste Mangouste.

*- Alors, comme ça, vous parlez tous de moi ? s'énerva Harry. Remarquez, je commence à m'y habituer.

*- C'est à toi qu'on voulait parler, Harry, le reprit Ginny. Mais comme tu n'arrêtes pas de te cacher depuis qu'on est rentrés…

*- Je n'avais pas envie qu'on me parle, répliqua-t-il.

*- C'est quand même un peu bête de ta part. La seule personne que tu connaisses qui ait jamais été possédée par Tu-Sais-Qui, c'est moi. J'aurais pu te dire quel effet ça fait.

Ses mots permirent à Harry de retrouver un peu de bon sens. Il était maintenant tout prêt à l'écouter. Ginny n'eut besoin que de quelques secondes pour conclure que le garçon n'avait jamais été possédé par Voldemort. Au contraire, c'était lui qui semblait se glisser régulièrement dans l'esprit du mage noir. Et cette fois... dans celui de Nagini. C'était très inquiétant.

Nul ne pourra vous atteindre, tant que vous n'ouvrez pas votre esprit et votre cœur à Nagini.

"Je ne sais pas exactement ce qui se passe, mais... il semble que nous ayons le même genre de problème lui et moi" s'inquiéta Ginny alors que Harry faisait les cent pas d'un air soulagé. Ron et Hermione avaient quitté la chambre pour le laisser réfléchir à tout ce qu'ils avaient pu dire. Mais Ginny s'attarda.

- Harry... hésita-t-elle. Est-ce que c'était... ta première vision ?

Le garçon s'arrêta brusquement de déambuler. Ginny se demanda s'il allait être franc avec elle. Ou s'il chercherait à tout prix à la rassurer.

- En fait... au début, ma cicatrice me faisait tout simplement mal, répondit-il finalement. Mais j'ai commencé à ressentir et à voir des choses... au début de l'année dernière, avoua-t-il. Juste avant la coupe du monde de Quidditch.

- Je vois... murmura-t-elle en glissant un regard vers le front du garçon.

- Mais ça ne m'avait encore jamais semblé aussi...

-... réel, termina Ginny pour lui.

-... oui, confirma-t-il perplexe. Ginny, est-ce que tu... ?

La jeune fille sentit son cœur faire un bond dans sa poitrine. Trop tard, elle avait attiré les soupçons d'Harry !

- Est-ce que tu m'en veux d'avoir été dans ce serpent ? termina-t-il à sa plus grande surprise. Et surtout, de ne pas avoir su... l'empêcher d'attaquer ton père ?

Ginny resta muette. Elle ne s'attendait pas à une telle question. C'était... "Absurde ?" pensa-t-elle gravement. "Non. Moi aussi, j'aurais souhaité avoir pu changer les choses... ce soir là. Si seulement j'avais pu mordre Pettigrow... avant qu'il ne sacrifie sa fichue main. Avant qu'il ne tue..."

- Tu n'as rien à te reprocher, Harry, lui assura Ginny.

-...

- Quelle que soit la manière, tu as sauvé mon père, continua-t-elle. Et je t'en remercie.

Harry ne répondit rien. Elle n'en fut pas étonnée. À sa place... Ginny n'aurait rien répondu non plus.

Il est inutile de vous en vouloir. Vous ne pouviez pas prévoir ce qui arriverait. Voldemort est de retour... mais ce n'était pas à vous de l'arrêter. Et c'est tout.

"Des mots creux" songea-t-elle en baissant la tête. "Mes mots aussi... sonnent tellement creux !" Ginny savait parfaitement ce que Harry pouvait ressentir. Elle le comprenait... elle le comprenait si bien. Et pourtant, elle ignorait comment le soulager de sa culpabilité. Elle était déjà incapable de se débarrasser de la sienne. Ginny fut incapable de prononcer le nom de Cédric Diggory.

- Harry, je...

- Oui ? l'encouragea Harry avec une étrange impression de déjà-vu.

-...

- Il y a quelque chose dont tu voudrais me parler ?

"Il y a tellement de choses que j'aimerais te dire" pensa-t-elle tristement. "Un jour... peut-être".

- Quoi que tu aies à dire, je serai toujours prête à t'écouter, promit Ginny. Tu n'es pas seul.

-... merci, murmura faiblement Harry.

oOo

Une semaine plus tard, ils étaient de retour à Ste Mangouste. C'était le matin de Noël. Et après avoir rendu visite à Arthur, les jeunes s'étaient mis dans la tête l'idée de boire une tasse de thé... quand ils furent brusquement détournés de leur chemin par l'apparition de Gilderoy Lockhart, leur ancien professeur de défense contre les forces du Mal. Mais ce fut autre chose qui retint toute l'attention de Ginny. Le nom du service dans lequel Lockhart était interné : PATHOLOGIE DES SORTILÈGES.

- Pathologie... des sortilèges... souffla-t-elle les yeux écarquillés. J'ai déjà vu... ça.

En réalité, il s'agissait de la toute première chose qu'elle avait vue... au sujet de Ginnia. Son tout premier rêve. La vision avec laquelle tout avait commencé.

- Tu as dit quelque chose, Ginny ? s'enquit Hermione.

- Ce... ce n'est rien, répondit la rousse en se reprenant.

- Alors tu viens ?

Harry, Ron et Hermione semblaient avoir décidé d'accompagner Lockhart et une guérisseuse jusqu'à la salle où leur ancien professeur avait été interné. Ginny les suivit d'un pas hésitant. Qu'allait-elle découvrir... dans cette pièce ?

Comme on pouvait s'y attendre dans une chambre d'hôpital, la pièce était remplie de malades. Ginny fit à peine attention aux divagations de Lockhart. Elle avait seulement remarqué que le lit à côté du sien était inoccupé. C'était le lit où Monica Warlow... avait installé Ginnia, pour qu'elle se fasse examiner.

- Ne crains rien. Personne ne te fera de mal. Je vais prendre soin de toi.

- Où est Tom ? Il faut que j'aille... auprès de Tom.

- Je suis là. Avec toi.

- Tom...

Ginny retint une exclamation lorsqu'elle bouscula un médicomage. Elle avait reculé de quelques pas sans s'en rendre compte.

- Il s'agit du pire cas d'amnésie que j'ai jamais vu. C'est comme si elle était née hier.

- Vous exagérez... elle parle, et elle a conscience de ce qui l'entoure.

- Est-ce que vous l'avez bien regardée dans les yeux ? Il y a... quelque chose... qui se cache en elle. Une chose qui n'a pas d'âme.

-... qu'est-ce que vous dites ? C'est une petite fille égarée, voilà tout.

- Je ne pensais pas que j'aurais un jour peur d'une petite fille.

"Ça suffit" pensa Ginny en essayant d'ignorer les voix qui montaient dans son esprit comme la vase remontant à la surface d'une marre après qu'on y ait jeté une pierre. "Je sais tout ça. Je sais qui elle est".

- Vous vous trompez sur elle.

- Monica...

- Ce que je vois dans ses yeux... ? Moi, je ne vois qu'une enfant qui cherche des réponses. Tout dépendra de la personne qui les lui donnera.

- Je pense qu'on devrait la garder ici.

- C'est hors de question. J'ai des tas de choses à lui apprendre.

"C'est dommage..." songea tristement Ginny. "Vos efforts n'auront finalement servi à rien, Mrs Warlow. Quoi que vous ayez essayé de lui apprendre... Ginnia n'a rien retenu. Au final, elle n'a jamais écouté... que Tom".

*- Neville ! s'exclama Ron en faisant sursauter sa sœur. C'est nous, Neville ! Regarde ! Lockhart est ici ! Et toi, qui est-ce que tu venais voir ?

Ginny découvrit avec les autres deux nouvelles victimes de la passion aveugle pour Voldemort. Bellatrix Lestrange avait torturé deux Aurors, Alice et Franck Londubat, jusqu'à leur en faire perdre la raison. Au nom de son maître. Elle avait volé à Neville ses parents. Aussi sûrement que si elle les avait tués.

Aussi sûrement que Nagini avait essayé de tuer... le père de Ginny.

oOo

*- Harry, mon chéri. Pourrais-tu descendre dans la cuisine ? Le professeur Rogue voudrait te parler.

Molly venait d'interrompre une partie d'échecs version sorciers. Sans vraiment réaliser quelle bombe elle venait de lâcher.

*- Rogue ? demanda Harry stupéfait.

"Rogue ?!" pensa Ginny horrifiée. "Mais... oui... Rogue !" réalisa-t-elle soudainement avec espoir. Même s'il n'aimait pas beaucoup Harry, il y avait une chose que Rogue pouvait faire pour lui. Une chose qu'il avait faite pour elle. "L'occlumancie ! Bien sûr ! Dumbledore a dû lui demander... mais... est-ce que c'est bien prudent ?" s'inquiéta brusquement la jeune fille. "S'il a arrêté de me donner des cours, ce n'est pas pour rien". Ginny aurait souhaité entendre la discussion entre Harry et Rogue.

Le retour inattendu de son père au square Grimmaurd lui donna l'occasion d'entrer dans la cuisine. Pour y découvrir... un champ de bataille. Sirius et Rogue semblaient sur le point d'entamer un duel tandis qu'Harry essayait de s'interposer. Quoi que Rogue soit venu dire... ça avait mal tourné. "Pourquoi ça ne m'étonne pas ?" pensa Ginny dépitée en observant le professeur de potions. "Il est tellement antipathique... chaque fois qu'il ouvre la bouche c'est pour..."

- Suivez-moi, grogna Rogue en attrapant brusquement la jeune fille par le bras. Et sans faire d'histoires.

Il la traina hors de la cuisine sans que personne ne s'en rende compte, tant les autres étaient heureux de retrouver Mr Weasley en pleine forme. Ginny eut l'impression d'être une souris capturée par un serpent... pour se faire lentement digérer. Mais Rogue n'avait visiblement pas de temps à perdre.

- Vous l'avez vu, vous aussi ? interrogea-t-il Ginny dès que la porte de la cuisine se fut refermée sur eux.

- Que... qu... quoi ? balbutia-t-elle complètement perdue. Qu'est-ce que j'ai vu ?

- Nagini ! s'impatienta-t-il.

-...

- Vous avez vu Nagini attaquer votre père, précisa Rogue.

- Eh bien... non, répondit Ginny à la surprise de son professeur.

-... non ? s'étonna Severus en lui lâchant le bras.

- On dirait que je suis meilleure élève que vous ne le pensiez, s'amusa-t-elle.

-...

- Je n'ai rien vu du tout, lui assura Ginny plus sérieusement en fuyant son regard noir. Dites-le à Dumbledore.

-...

- C'est bien lui qui vous a demandé de m'interroger ? devina-t-elle. Et il vous a aussi demandé de donner des leçons d'occlumancie à Harry... pas vrai ?

-...

- Je ne crois pas que ce soit prudent... pour vous, remarqua Ginny en relevant timidement les yeux vers lui. Dans la situation actuelle.

- La situation actuelle ? répondit enfin Rogue.

- Vous-Savez-Qui est de retour.

- Je suis au courant.

- Je voulais dire... se reprit-elle. Vous êtes de retour auprès de lui.

- Vous ne m'apprenez rien, Weasley, lui fit-il remarquer d'un ton agacé.

"Vous ne voulez pas faire un effort pour comprendre ce que j'essaye de vous dire ?!" fulmina Ginny en fronçant les sourcils.

- Si Vous-Savez-Qui se rend compte que vous aidez Harry... comme vous m'avez aidée... précisa-t-elle. Vous aurez de gros ennuis.

- Si vous parliez plus clairement et que vous me disiez en quoi ça vous concerne ? suggéra Rogue.

- En quoi ça me... ? Mais... hésita-t-elle.

- Écoutez-moi bien, gronda-t-il. Le fait que vous vous sentiez responsable de la situation... de ma situation...

- Je voulais vous dire que j'étais désol...

- C'est votre problème, pas le mien, termina Rogue. Je n'ai pas besoin d'entendre une enfant me dire qu'elle est désolée.

-... une enfant, marmonna-t-elle.

Ginny avait l'impression d'entendre sa mère... ou encore Victoria.

- Vous êtes une enfant.

- Avec une arme entre les mains, ajouta Ginny. C'est vous qui l'avez dit.

-... je vous ai appris à maitriser cette arme, et il semble que j'ai bien fait mon travail, remarqua Rogue. Puisque vous n'avez pas partagé la vision de Potter. J'espère seulement que vous ne le regrettez pas.

- Vous croyez que je regrette de ne pas avoir assisté à une tentative d'assassinat sur mon père ?!

- Vous regrettez le retour du Seigneur des Ténèbres, comme si vous auriez pu y faire quelque chose. Vous pensez que vous avez manqué l'occasion d'agir à travers la vision que vous avez eu ce soir là. Comme vous avez manqué l'occasion d'arrêter Pettigrow.

- Je... je n'ai pas la moindre envie d'avoir de nouvelles visions.

- Mais vous vous dites que si Potter n'avait pas eu de vision... votre père serait mort car vous-même n'avez rien vu.

-... vous voulez bien arrêter de lire dans mes pensées ? marmonna Ginny en détournant le regard.

- Je veux seulement être sûr que vous comprenez que vous...

- Je n'ai pas besoin de ce lien ? termina-t-elle pour lui. Je crois que si, au contraire.

- Alors vous n'avez vraiment rien retenu ! s'exaspéra Rogue.

- Il y a un moyen d'utiliser ce lien, mais pas de la façon dont vous le pensez, insista Ginny.

- Je vous en prie, éclairez-moi, grinça-t-il sarcastiquement.

- Eh bien... la magie noire... n'est pas vouée qu'à faire le mal, n'est-ce pas ? demanda-t-elle avec prudence. Elle peut être utile comme... voler sans balais. Et même la legilimancie. Tout ce qu'on ne nous apprend pas à Poudlard, mais... qu'on pourrait utiliser contre lui. Toutes ces choses que j'ai pu faire instinctivement... si quelqu'un pouvait... me donner des leçons...

- Vous me demandez de vous donner des leçons de magie noire ? résuma Rogue d'un ton froid.

- Je veux éviter que ce qui s'est passé avec Victoria ne se reproduise. Et puis, je sais que Vous-Savez-Qui est actuellement à la recherche d'une arme.

- Vous ignorez de quoi vous...

- Mais moi, je peux devenir notre arme !

- Non, dit-il catégoriquement en lui tournant le dos pour s'éloigner vers le hall d'entrée.

-... non ? Non quoi ? s'enquit-elle en le poursuivant. Vous ne me donnerez pas de leçons ?

- Fichez-moi la paix, Weasley.

- Mais attendez ! s'exclama Ginny en le retenant par la manche.

-...

- S'il vous plait, insista-t-elle en le relâchant aussitôt.

- Ça vous amuse ? demanda-t-il.

- Pardon ?

- Ce que vous, Potter et tout votre petit groupe manigancez derrière le dos d'Ombrage... ça vous amuse ? précisa Rogue.

-... on veut seulement se préparer au pire.

- Non, vous voulez vous sentir impliqués, corrigea Severus. Black trouve sûrement votre idée géniale... comme son idée de vous accompagner sur le quai de la gare sous sa forme de chien en septembre. Il ferait n'importe quoi pour se sentir impliqué, résultat : Lucius Malefoy l'a reconnu.

-...

- Vous prenez des risques inconsidérés. Et vous voudriez que je vous apprenne la magie noire ? Non, je ne vous donnerai pas de leçons ! décréta-t-il en reprenant son chemin. On croit rêver. Vous savez à qui vous vous adressez ?

- Justement ! Mais... une minute... et pour Harry ?

- Quoi encore ?

- Pourquoi vous lui donnez des leçons ? Je veux dire... pourquoi est-ce qu'il a des visions ? Vous pourriez me dire au moins ça.

- Je n'ai pas de réponse à vous donner.

- Il y a trop de similitudes entre nous, s'inquiéta Ginny. Ça a un rapport avec sa cicatrice ?

- J'ai dit que je n'avais pas de réponse !

- Dumbledore doit bien avoir une idée.

- JE NE SUIS PAS DUMBLEDORE ! s'emporta Rogue.

- Oui, mais lui il m'évit...

- QUI OSE ENCORE TROUBLER LA PAIX DE MA MAISON ?! explosa brusquement Walburga.

Ils n'avaient pas réalisé qu'ils venaient de pénétrer dans le hall.

- C'EN EST ASSEZ ! JE VEUX VOUS VOIR MORTS OU DEHORS !

- Qu'est-ce qui se passe encore ici ? demanda Remus en entrant dans la maison.

Il vint machinalement s'attaquer au rideau qui devait faire taire Walburga. Et après avoir poussé un soupir, Rogue s'avança pour l'aider.

- ÊTRES IMMONDES ! JE NE SUPPORTE PLUS DE VOIR VOS FACES !

- Quelle... coïncidence... marmonna Severus en tirant de toutes ses forces sur le rideau. Nous non plus.

- QUITTEZ CES LIEUX TOUS LES DEUX !

- Tous les deux ? s'étonna Remus.

- ELLE, ELLE RESTE ! VOUS, VOUS SORTEZ !

Ils la firent taire dans un ultime effort, avant de se retourner d'un même mouvement vers Ginny.

- Heu... hésita-t-elle devant leur regard interrogateur. Je ne sais pas ce qu'elle a voulu dire.

- Bien sûr, ironisa Rogue avant de se diriger vers la porte d'entrée.

- Attendez ! murmura vivement Ginny en se précipitant à ses trousses. J'ai besoin de vous pour apprendre... !

Mais il avait déjà transplané aussitôt le seuil franchi. Ginny baissa les bras. "Pour une fois qu'un élève lui court derrière pour des leçons supplémentaires !" fulmina-t-elle.

- Je peux peut-être t'aider ? proposa Remus.

- Oh... soupira-t-elle. C'est très gentil, mais... je ne peux compter que sur lui.

-... ?

- Je comprends que ça vous paraisse bizarre, acquiesça Ginny tout autant perturbée par ce qu'elle venait de dire.

- Il n'y a pas que ça, lui fit remarquer Remus.

-... j'aimerais bien pouvoir tout vous dire, regretta-t-elle sincèrement.

- Tout va bien ici ? intervint soudainement Sirius en débarquant les mains dans les poches. J'ai cru entendre la douce voix de ma mère.

- Oui, tout est...

- Sirius ! s'exclama Ginny en interrompant Remus.

- Heu... oui ? répondit Sirius perplexe.

- Toi, tu pourras peut-être m'aider, espéra-t-elle. J'aurais dû y penser avant. Heu... j'ai une question à te poser, mais ne te vexe surtout pas.

- Là, tu m'intrigues, avoua-t-il.

- Est-ce que ta mère... je veux dire... est-ce que tes parents t'ont appris... la magie noire ?

-... tu me demandes si je suis un mage noir ?

- Non ! Je sais très bien que tu n'es pas...

- Je te fais marcher, Ginny, l'arrêta Sirius avec un sourire amusé. Non, je ne maîtrise pas la magie noire.

-... même pas un tout petit peu ? insista la jeune fille.

- C'est ça que tu voulais que Severus t'apprenne ? intervint Remus aussi surpris que Sirius. La magie noire ?

- Ben... hésita-t-elle.

- Quoi ? s'ébahit Sirius. Tu veux apprendre la magie noire ? Et tu as demandé à... ? T'es malade ?!

- Tu pourrais baisser d'un ton, s'il te plait ? le supplia Ginny autant inquiète de réveiller Walburga que de l'idée que sa famille surprenne cette conversation. Écoute, j'ai besoin de l'aide de quelqu'un. Que ce soit lui ou toi, peu m'importe.

- Si on m'avait dit qu'un jour on me mettrait dans le même sac que Rogue, dit Sirius sidéré en échangeant un regard avec son meilleur ami.

- Ginny, tu comprends qu'on soit inquiets ? demanda Remus.

- Oui, mais ce n'est pas du tout ce que vous croyez, leur assura-t-elle. Ce n'est pas une lubie qui m'a prise comme ça. En fait... comment je vais pouvoir vous dire ça ? s'inquiéta la jeune fille.

-... ?

- Disons que j'ai des prédispositions... pour la magie noire, avoua lentement Ginny.

- Tu rigoles ? s'enquit Sirius.

- Non, ça a un rapport avec le journal de Jedusor, expliqua-t-elle en se tournant vers Remus. J'ai gardé des sortes... de séquelles suite à ma possession par Vous-Savez-Qui.

- Tu penses avoir hérité de certaines de ses capacités, comprit Remus.

- J'en suis sûre. Rassurez-vous, Dumbledore est au courant, précisa-t-elle en voyant leurs yeux exorbités. Et Rogue aussi...

- C'est pour ça que tu voulais lui demander conseil.

- J'aurais préféré que ce soit vous qui puissiez m'aider, avoua Ginny en dévisageant les maraudeurs.

- Attends, Ginny, intervint Sirius. Tu dis que Dumbledore est au courant ? Et tes parents ?

- Non, personne d'autre ne doit savoir, insista-t-elle.

-...

- Je vais bien, leur assura la jeune fille.

-...

- Je me disais simplement que ma malheureuse expérience pourrait au moins avoir une utilité, soupira Ginny.

- Elle le sera sûrement un jour, acquiesça Remus. Mais une chose après l'autre. Quand tu auras maitrisé tout ce qu'on peut t'apprendre à Poudlard, tu pourras te lancer dans des choses plus complexes.

- Elle prend déjà des cours supplémentaires avec Harry. Pourquoi est-ce que Rogue refuse de l'aider ? marmonna Sirius. Je dis qu'il vaut mieux trop tôt que trop tard.

- Ça ne m'étonne pas de toi, répondit son ami en secouant la tête.

- Je crois que vous avez tous les deux raison, remarqua Ginny. C'est embêtant.

- On t'aidera si on peut, promit Sirius avec un sourire. Alors continue de soutenir Harry.

- Il va nous apprendre le sortilège du Patronus, les informa-t-elle en échangeant un regard complice avec Remus.

- Essaye de ne pas faire apparaître un serpent, lui conseilla Sirius alors que Remus lui donnait un coup de coude.

oOo

- Quelle horreur ! Ginny, tu as lu le journal ? s'enquit Victoria à la table du petit-déjeuner.

- J'ai pas encore lu... mais j'ai vu, répondit lentement la rousse en fixant la dizaine de photographies mouvantes sur la première page de la Gazette que tenait Seamus Finnigan face à elle.

Le garçon croisa d'ailleurs son regard lorsqu'il abaissa son journal, les mains tremblantes. Seamus était aussi effaré qu'elle. Et il tourna la tête vers Harry un peu plus loin qui était déjà en grande conversation sur le sujet avec Ron et Hermione.

- Je crois qu'on a perdu le contrôle des Détraqueurs, comprit Vicky la boule au ventre.

Seamus reporta aussitôt son attention sur elles.

- Une évasion d'Azkaban aussi massive... c'est la seule explication, ajouta Victoria.

- Fudge dit que Black... commença Seamus.

- Sirius n'y est pour rien ! s'emporta Ginny. Qu'est-ce qu'il te faut de plus pour ouvrir les yeux ?

Bouleversée, Ginny se rua hors de la Grande Salle. Ces visages sur la couverture du journal... il y en avait quelques uns... qui lui semblaient familiers. Nagini était certainement en train de fêter leur retour avec Voldemort.

Elle se retourna vers la Grande Salle. Par la porte entrebâillée, on pouvait apercevoir la table des professeurs. Dumbledore était en grande conversation avec le professeur McGonagall. Ginny aurait aussi souhaité pouvoir discuter avec lui. Et soudainement, un détail la frappa. Rogue était absent.

oOo

- Merci d'être venu, dit Thadeus en refermant la porte de la chambre d'Abraxas derrière Severus.

- Je vous l'avais promis, répondit Rogue en l'accompagnant à travers les couloirs du manoir Malefoy. Je regrette de ne pas pouvoir en faire plus.

- Personne ne peut plus rien pour lui, soupira Nott. Il va falloir l'annoncer à Lucius.

- Je vais devoir vous laisser cette tâche. Il faut que je retourne à Poudlard avant le début des cours.

- Je comprends, acquiesça Thadeus en lui serrant la main.

- Bonne chance, monsieur.

Le vieil homme eut un petit sourire triste.

- Lucius aime son père bien plus qu'il ne veut le faire croire, lui assura Thadeus. Il ne lui en voudrait pas tant autrement.

- Pourquoi lui en veut-il ?

-...

- Pardon d'avoir posé la question, monsieur, se reprit aussitôt Rogue. Ça ne me regarde pas.

- Parfois, il n'y a rien de plus complexe... que les affaires de famille, regretta Thadeus.

- Mais qui voilà ? intervint une voix doucereuse depuis le hall d'entrée. Severus Rogue, en personne.

Severus leva les yeux au ciel avant de se tourner vers la femme qui l'avait interpelé. Sa grande tignasse brune échevelée, ses petits yeux noirs qui l'incendiaient sous ses paupières lourdes... et désormais cernées. Ce visage qu'il avait si souvent vu rouge de colère, et qui semblait à présent lavé définitivement de toute couleur.

- Une revenante, remarqua Rogue.

- Tu as manqué nos grandes retrouvailles avec le maître, lui fit remarquer Bellatrix Lestrange.

- Épargne-moi les détails.

- C'est donc ici que tu te cachais ? Enfin... ça vaut mieux que dans les jupes de Dumbledore.

Severus ne répondit pas à sa provocation, ce qui fit plisser les yeux de la Mangemort. Il attendit patiemment une longue minute.

- C'est tout ce que tu avais à me dire ? s'enquit finalement Rogue.

- Je n'ai rien à dire de plus aux lâches de ton espèce ! répliqua-t-elle furieusement.

- J'ignorais que tu étais là, Severus, intervint Lucius en apparaissant derrière Bellatrix.

- J'allais partir, le rassura Rogue.

- Bellatrix aussi. Elle a salué sa sœur, plus rien ne la retient ici, précisa Lucius en ignorant le regard noir de sa belle-sœur.

- J'ai fait venir Severus, expliqua Thadeus. Pour Abraxas.

- Alors... quel est le verdict de l'expert ? marmonna Malefoy.

- La dragoncelle, lui apprit son oncle. Et... à l'âge de ton père...

- Il est condamné, termina froidement Lucius.

C'était comme s'il l'avait toujours su. Comme s'il s'y était préparé. Comme s'il l'attendait...

- Alors ça... c'est la meilleure, s'ébahit Bellatrix. Je suis vraiment contente d'être rentrée.

Elle éclata de rire sous le regard dégoûté de Severus et Thadeus.

- Le vieux renard va crever de la dragoncelle ! s'esclaffa Bellatrix. Tu te rends compte Lucius ? Depuis le temps qu'on attendait ça. Mon père doit bien rire lui aussi au paradis.

- Ça m'étonnerait que Cygnus soit avec les anges, remarqua Thadeus en la faisant enfin taire.

- Ton père n'a plus que quelques semaines à vivre, annonça Rogue à Lucius. À ce stade, il n'est plus contagieux. Tu peux aller le voir.

- Merci du conseil, répondit Malefoy avec un soupir méprisant.

Et il les abandonna en partant à l'opposé de la chambre d'Abraxas.

- J'ai l'impression que tu seras le seul à regretter la mort de ton vieux camarade d'école, Thadeus, remarqua Bellatrix.

- Peut-être pas, répliqua-t-il. Il y en a un autre qui est toujours en vie.

Bellatrix fronça les sourcils, perplexe. Puis elle haussa les épaules avant de s'en aller. "Mais je ne m'attends pas non plus à ce que le Seigneur des Ténèbres verse une larme" songea Thadeus. "Je sais juste qu'il n'a pas oublié".

J'étais ta seule chance d'avoir un véritable ami, Tom. Parce qu'elle... ce n'est qu'une illusion. J'ignore ce que Ginnia cherche vraiment, mais elle t'abandonnera lorsqu'elle l'aura trouvé.

oOo

- Excusez-moi, mais j'aurais besoin de voir le directeur. C'est urgent.

-...

- Vous devez forcément me reconnaître. Je viens tous les ans.

-...

-... ça vous embêterait de me répondre ?

Cela faisait bien dix minutes que Ginny murmurait à l'oreille de la gargouille gardant le bureau du directeur tout en priant pour qu'Ombrage ne lui tombe pas dessus.

- J'ai compris, soupira-t-elle. Il ne veut toujours pas me voir.

Ginny se détourna de la statue et elle faillit avoir une crise cardiaque lorsqu'elle se retrouva nez à nez avec Dumbledore.

- Oh ! Heu... balbutia-t-elle. Je vous croyais... dans votre bureau.

- Je devais discuter de certaines choses avec le professeur Rogue, l'informa le directeur.

- Vous n'avez pas besoin de vous justifier ! Mais... est-ce que vous parliez de moi ? s'enquit-elle soudainement.

- Entre autres choses.

Entre le rôle d'espion de Rogue, l'évasion des Mangemorts, les cours d'occlumancie avec Harry, Ombrage... "Et moi" songea Ginny. "Oui, je parie qu'ils ont pas mal de choses à se dire en ce moment". Et puis soudain, elle réalisa... qu'elle était en train de discuter avec Dumbledore.

- Venez, l'invita le directeur en faisant apparaître l'escalier qui menait à son bureau. Nous serons mieux là-haut pour parler.

"Parce qu'on va vraiment avoir une conversation ?" s'ébahit Ginny en le suivant docilement.

- Je ne pensais pas que vous me laisseriez monter, avoua-t-elle. Vous m'avez évitée jusqu'ici, tout comme Harry.

- Je le regrette, s'excusa-t-il en s'asseyant derrière son bureau. Mais il s'est avéré qu'avec vous je prenais un moindre risque.

- Parce que je n'ai pas partagé la vision de Harry ? Vous ne vouliez pas croiser le regard de Nagini dans nos yeux ?

-...

- Ou c'est autre chose ? Je ne vois pas pourquoi Harry partagerait le même lien que moi avec Nagini. En revanche... j'ai cru comprendre qu'il lui arrivait de ressentir les émotions de... Vous-Savez-Qui.

-...

- Comment est-ce possible ? Qu'est-ce qui a bien pu le connecter à l'Horcruxe caché en Nagini ? Qu'est-ce qu'il s'est vraiment passé... le soir où le Seigneur des Ténèbres lui a fait cette cicatrice ?

- Je n'ai pas de réponse à vous donner, Ginny.

- Rogue a dit la même chose, marmonna-t-elle. Mais... !

- Je ne peux pas encore vous donner de réponse, insista-t-il. Je ne vous ai pas fait monter pour parler de Harry.

-... Rogue vous a tout raconté ? devina-t-elle.

- Le professeur Rogue m'a en effet fait part de votre souhait d'apprendre la magie noire.

- Je veux seulement pouvoir maitriser complètement ce qui m'arrive. Je n'ai pas l'intention de devenir comme Ginnia, le rassura-t-elle.

- Ce ne serait pas prudent, considérant la vigilance permanente du professeur Ombrage. Il y a déjà de grands risques pour qu'elle découvre les cours d'occlumancie. Entre autres choses, termina-t-il avec un regard entendu.

"Bien sûr, vous êtes au courant pour les réunions de l'A.D." pensa Ginny avec un léger sourire.

- Mais si les choses se tassent ? négocia-t-elle.

- Je ne doute pas qu'un jour vous maitriserez pleinement vos... nouvelles capacités.

- Donc, vous êtes d'accord dans l'absolu pour que Rogue me donne des leçons ?

- Soyez patiente.

"C'est oui, ou c'est non ?" s'interrogea la jeune fille.

- Voulez-vous que nous parlions de Peter Pettigrow ? proposa Dumbledore.

- Non ! refusa fermement Ginny en fronçant les sourcils.

- Ou de Walburga Black ?

-... Rogue vous a vraiment tout raconté, constata-t-elle agacée.

- Vous ne pouvez pas partager les capacités de Ginnia sans partager son passé, lui fit-il remarquer.

- Eh bien... soupira Ginny. J'ai vraiment du mal à croire qu'elle ait pu s'attirer la sympathie de tant de personnes. Pettigrow... Mrs Black... cette Barbara et cette Druella ne devaient pas être des personnes très recommandables non plus.

- Je me souviens de deux jeunes filles aimables et souriantes.

- Mais deux Serpentard ? voulut-elle confirmer.

- Tout comme le juge Croupton.

- Mais lui, il détestait Ginnia. Il avait vu clair en elle.

Tu veux me tuer. Tu l'as tué ! Tu as tué le petit chat, AVOUE !

- Monsieur... hésita soudainement la jeune fille. Ma question va peut-être vous paraître bizarre, mais... est-ce qu'il y avait un chat qui accompagnait souvent Ginnia ?

- Pas dans mes souvenirs, répondit-il intrigué.

- Et vous ne sauriez pas où est passé Milky ?

- Votre ami à la fourrure blanche ?

- Il a disparu à la fin de l'année dernière, expliqua-t-elle. Au moment où... Vous-Savez-Qui est revenu. Il a eu l'air de... flairer quelque chose.

-...

- Il ne reviendra jamais, murmura-t-elle.

- Tout espoir n'est pas perdu, lui assura Dumbledore.

-... vous parlez de Milky ?

- Entre autres choses.

Ginny fronça les sourcils. Elle n'aimait pas beaucoup ce qu'il insinuait.

- Rassurez-vous, je n'ai pas perdu tout espoir, lui assura-t-elle. J'ai surmonté... ma dernière vision. Je vais de l'avant maintenant.

- Pourtant, vous refusez de parler de Pettigrow, lui fit-il remarquer. Et oserais-je prononcer le nom de Cédric Diggory ?

-... ce qui est fait est fait, ça ne sert plus à rien d'en parler, souffla-t-elle la boule au ventre.

- J'aimerais que vous puissiez en parler avec Harry.

- Je ne pourrais jamais ! Pas sans tout lui expliquer. Et je ne veux pas qu'il découvre que je... qu'une partie de moi...

-...

-... soutien son pire ennemi, termina faiblement Ginny. Comment je pourrais lui dire ? Au fait, Harry, je suis l'alter ego de Nagini. Quelle horreur...

- Vous êtes l'alter ego de Ginnia, rectifia le directeur.

- Je suis l'alter ego d'un monstre.

- Voldemort a modelé ce monstre. Mais elle est née de vous.

-...

- Vous essayez à tout prix de diaboliser Ginnia, remarqua Dumbledore. Vous ne pouvez pas concevoir qu'elle ait eu des amis dignes de ce nom. Ni qu'elle ait pu aimer sa mère adoptive. Ne pouvez-vous imaginer qu'à une autre époque... elle aussi a pu être innocente ?

- Inno... cente ? Innocente ?! s'indigna Ginny. Elle a tué Bertha Jorkins... et qui sait combien d'autres personnes ? Elle a essayé de tuer mon père !

- Je vous parlais d'une autre époque.

- Je m'en fiche ! Ce qui compte, c'est ce qu'elle est maintenant !

- Ce qui compte, c'est qu'il y a peut-être encore du bon en elle.

- Quoi ? Elle a fait un câlin à Rogue quand elle l'a vu ? C'est un serpent !

-...

- Allez-y, soupira Ginny. Vous avez sûrement quelque chose de très spirituel à me dire.

- Vous lui en voulez pour ce qu'elle est devenue autant que vous vous en voulez d'avoir été sous l'emprise de Jedusor.

-... c'est beau. Non, vraiment, lui assura-t-elle. C'est très bien tourné.

- Ginny...

- Je suis donc censée compatir ? devina la jeune fille. Je suis la mieux placée pour la comprendre, c'est ça ?

- Vous partagez un lien si puissant avec elle, lui rappela Dumbledore. N'y a-t-il jamais eu un moment... rien qu'un seul... où elle a pu vous inspirer autre chose que du mépris ?

- Un moment ? railla-t-elle. Un moment...

Tom... je voulais juste...

"Oh non ! C'est pas le moment de se souvenir de ce genre de truc" se morigéna-t-elle en se prenant la tête dans les mains. Oui, Ginny savait que Ginnia était capable d'éprouver du regret. C'était bien la seule chose qu'elle pouvait lui accorder. Mais...

- S'il y a eu un tel moment... elle l'a anéanti en tuant Bertha Jorkins, répondit-elle. En m'obligeant à participer à ce meurtre, à travers elle.

- Je ne voulais pas vous rappeler de mauvais souvenirs... encore une fois, regretta le directeur.

- Je vous l'ai dit. J'ai décidé d'aller de l'avant.

- Ne soyez pas trop pressée, lui conseilla Dumbledore.

- Pressée de quoi ? s'enquit Ginny.

- De grandir.

oOo

- Tu ne veux vraiment pas venir ? Ne serait-ce qu'une fois ? insista Ginny. Même Seamus va se joindre à nous ce soir. Il a complètement changé d'avis depuis qu'Harry a pu enfin tout raconter sur le retour de Tu-Sais-Qui dans son interview pour le Chicaneur.

- Eh bien, moi, je n'ai pas changé d'avis, l'informa Victoria.

Ginny déambulait dans leur chambre avec exaspération. Elle s'était dit que si même Seamus avait pu se rallier à l'A.D., alors... Ça lui faisait beaucoup de mal de ne pas avoir Victoria à ses côtés. Le fait qu'elles n'arrivent pas à se comprendre révélait qu'il y avait vraiment quelque chose... de cassé entre elles. "Elle se méfie de mes idées" songea douloureusement Ginny.

- Tu ne me fais plus confiance, souffla la rousse en croisant les bras.

- Ginny, soupira Victoria en s'avançant vers elle. Ma décision n'a rien à voir avec... ce qu'il s'est passé entre nous l'an passé. Je t'ai déjà dit pourquoi je ne voulais pas venir.

- Parce que tu penses que les enfants devraient sagement rester sous le chaperonnage des adultes ? Et qu'on prend le risque de bousiller les plans de Dumbledore ? Je te signale que je lui ai parlé et qu'il est au courant de ce qu'on fait. Pourtant, il ne m'a pas demandé d'essayer d'y mettre fin.

- Il n'empêche que vous lui imposez un soucis supplémentaire. Et pour quoi ? Une dizaine d'élèves qui s'entrainent à jeter des sorts en secret, voilà qui va sérieusement inquiéter Tu-Sais-Qui, ironisa Vicky.

- Nous ne sommes pas nombreux, mais ce n'est qu'un début. Nous pourrions bientôt devenir...

- Une armée ? L'Armée de Dumbledore, c'est ça ? À quel moment Dumbledore vous a-t-il demandé de créer une armée ? Non... des enfants qui jouent avec le feu... c'est tout ce que vous êtes.

- Tu ne vois donc vraiment pas l'intérêt de ce que nous faisons ? s'indigna Ginny. Notre besoin d'apprendre à nous défendre ?

- Je ne suis pas contre le fait d'apprendre à se défendre. Tant qu'on n'incite personne à aller au combat, nuança Victoria.

- Alors c'est ça ? Tu as peur qu'on te demande de te battre ? On n'a pas prévu d'aller attaquer les Mangemorts chez eux, si c'est ce qui t'inquiète.

- Alors, imaginons que Poudlard soit attaqué... infiltré... j'en sais rien ! s'exaspéra Vicky. Choisi ton scénario ! Mais... imaginons... qu'un ennemi soit dans le château. Qu'est-ce que vous feriez ? Qu'est-ce que tu ferais ? Tu sortirais de ton lit pour aller te battre ?

- Si j'ai le choix entre ça et rester cachée sous mes draps, tremblante, fermant les yeux, me bouchant les oreilles en attendant que ça passe ? s'enquit Ginny. Oui ! Oui, j'irais me battre.

- Je n'aime pas ça, Ginny. Tu me fais peur...

- TU AS TOUT LE TEMPS PEUR ! s'emporta son amie.

-...

- Si tu ne veux pas apprendre, c'est parce que ça te rassure de ne pas savoir. Ça te donne une excuse ! Je ne sais pas me défendre, alors ne me demandez surtout pas de faire quoi que ce soit ! Laissez-moi rester dans ma petite bulle... en sécurité. C'est lâche, Victoria.

-... c'est lâche, acquiesça Vicky profondément blessée. C'est vrai, je suis la trouillarde du groupe. Comment ai-je pu l'oublier ? Toi, bien sûr, il ne t'arrive jamais d'avoir peur.

- Moi, je ne laisse pas la peur diriger ma vie.

- Oh Ginny... à qui tu veux faire croire ça ? se moqua Victoria avant de quitter la chambre. Tu as peur de toi-même.

oOo

- Alors ton amie Victoria ne viendra pas ? s'enquit Hermione en s'exerçant à lancer le sortilège du patronus.

- Non, elle ne viendra définitivement pas, confirma Ginny en agitant sa baguette avec des gestes brusques. Spero patronum !

- Ce n'est pas en t'énervant que tu vas y arriver, lui fit remarquer Hermione en observant tendrement la loutre argentée qu'elle venait de conjurer.

- J'ai du mal à me détendre en ce moment, marmonna-t-elle.

- Je peux savoir où tu en es avec Michael ?

- Nulle part, grinça Ginny en lançant un regard noir à l'autre bout de la pièce où le Serdaigle venait de faire apparaître un coq. Tu peux oublier ce crétin arrogant.

- D'accord, comprit Hermione amusée.

- Elle fait un blocage, remarqua Luna qui observait son lièvre courir à travers toute la pièce.

- Je ne fais pas de... blocage ! se plaignit Ginny alors que ses amies échangeaient un sourire. J'ai juste du mal à me concentrer.

- Avant tout, il faut que tu te concentres sur les bonnes choses, lui conseilla Hermione. Le plus simple, c'est de se laisser envahir par le sentiment d'amour.

- Ne me parle pas d'amour romantique, ni d'amitié, l'avertit la rousse.

- Et l'amour familial ? proposa Luna.

- Ma famille ? ironisa Ginny. Rien n'est plus pareil depuis que Percy s'est rangé du côté de Fudge. Il n'est même pas allé voir papa à l'hôpital.

- Tu ne vas pas me faire croire que tu es devenue hermétique à l'amour sous toutes ses formes, s'impatienta Hermione. Pense à ce que tu as ressenti quand tu as retrouvé ton père après qu'il se soit fait attaquer.

-... je me suis jetée dans ses bras, murmura Ginny. Je voulais le sentir... vivant contre moi.

- Dis la formule, souffla Luna à son oreille.

- Spero patronum.

Elles retinrent une exclamation admirative lorsqu'un magnifique cheval blanc s'extirpa du bout de la baguette de Ginny.

- Alors là... tu as fait fort, la félicita Hermione.

- Ça alors, ce n'est pas un serpent, réalisa Ginny avec soulagement.

- Hein ?

- Non, rien, éluda la rousse en tendant la main vers son patronus.

Mais le cheval s'évapora au moment où sa main le traversa. C'était chaud, agréable... rassurant.

- Le cheval est le symbole de la motivation, remarqua Luna.

- Voilà ce qui te ressemble, approuva Hermione en posant une main sur l'épaule de Ginny.

- Vous croyez ?

- J'ignore ce qui t'inquiète en ce moment, remarqua Hermione. Mais je peux te dire... que ce que tu as dit à Harry lui a fait énormément de bien. Sur ce qu'il s'est passé avec ton père.

- Je lui ai seulement fait comprendre... qu'il n'avait rien de maléfique, répondit Ginny sur le ton de l'évidence.

Hermione sourit en la dévisageant.

- Et qu'il n'était pas seul, ajouta la rousse en rougissant.

- Ça le soulage aussi le fait que tu aies repris sa place d'attrapeur, l'informa Hermione. Il avait l'impression d'avoir laissé tomber l'équipe.

- Mais on a perdu le match contre Poufsouffle, marmonna Ginny.

- De quelques points seulement. Tu as quand même attrapé le vif d'or. Et je pense qu'une bonne partie des gens dans cette salle ne seraient pas là sans toi.

*- Harry je crois que j'y arrive ! s'exclama soudainement Seamus qui s'entrainait avec Dean.

- Dis de cette façon, ça a l'air très beau, tout ça, dit Ginny à Hermione en secouant la tête.

*- C'est vrai que c'est joli, s'amusa Hermione en conjurant une nouvelle fois sa loutre.

Ils s'amusaient tous beaucoup. Mais la minute qui suivit... ce fut le chaos. Dobby venait de les avertir. Ombrage avait découvert l'existence de la salle sur demande. Et Ginny courait comme une dératée pour ne pas se faire attraper.

Au détour de chaque couloir, elle craignait de tomber sur un membre de la Brigade Inquisitoriale menée par Drago Malefoy. Ginny changea tant de fois de direction pour brouiller les pistes qu'elle finit par ne plus être très sûre de l'endroit où elle se trouvait.

- C'est par où déjà la tour de Gryffondor ? marmonna-t-elle en hésitant entre emprunter un escalier ou un énième couloir.

Elle devait se dépêcher. Ginny avait cru entendre des bruits de pas tout proches, et elle avait la désagréable impression d'être observée.

- Je vous ai vue ! s'exclama soudainement une voix dans son dos.

Ginny cria alors qu'on l'empoignait fermement par le bras. Elle mit un moment avant de réaliser qu'il s'agissait du professeur Trelawney. La jeune fille avait dû s'égarer du côté de la tour Nord où résidait le professeur de divination. Mais l'état dans lequel se trouvait Trelawney avait de quoi faire peur. Depuis qu'elle avait été renvoyée par Ombrage et remplacée par Firenze, la pauvre femme n'était plus que l'ombre d'elle-même.

- Aussi clairement que vous l'avez vu ! clama Trelawney comme une accusation. Qu'attendez-vous pour le lui dire ?

- Di... dire quoi... à qui ? balbutia Ginny effrayée.

- Vous l'aimez, n'est-ce pas ?

- Professeur... vous me faites mal, lui fit remarquer la jeune fille en essayant d'échapper à sa poigne.

- Si vous l'aimez, vous devez lui dire ce que vous avez vu ! insista Trelawney en ignorant sa plainte. C'est le seul moyen de le sauver de ce qui l'attend. Ne le laissez plus sacrifier personne.

-... mais de qui vous parlez ? souffla Ginny d'une voix tremblante.

Ou bien fallait-il demander : à qui croyez-vous parler ?

oOo

- Vicky ! s'exclama Ginny en descendant l'escalier du dortoir des filles le lendemain matin. Oh, je suis contente que tu ne sois pas encore descendue dans la Grande Salle. Je voulais te parler hier soir, mais tu dormais déjà quand je suis revenue. Il m'est arrivé un truc de dingue !

- Sans blague ? marmonna Victoria appuyée les bras croisés contre un mur de leur salle commune.

- Je t'assure ! Je suis tombée sur le professeur Trelawney la nuit dernière, raconta Ginny. Elle m'a pratiquement agressée.

- Ça devait être affreux.

- Je suis bien contente de ne pas avoir choisi d'étudier la divination, cette femme est complètement folle !

- Tu n'as rien d'autre à me dire ? s'enquit froidement Victoria.

- Quoi ? s'étonna Ginny en réalisant l'attitude distante de son amie.

- Qu'est-ce qu'il s'est passé hier soir ?

- Je... viens de te le dire.

-...

- Tu es au courant de quelque chose ? demanda la rousse.

- Ginny, s'impatienta Victoria. Dumbledore a été renvoyé.

-... comment ? murmura Ginny interloquée. De quoi tu parles ?

Victoria lui désigna le fond de la salle où un nouveau panneau avait été accroché. Un nouveau décret d'éducation annonçant le remplacement d'Albus Dumbledore par Dolores Jane Ombrage.

- C'est... du délire, s'ébahit Ginny. Je ne peux pas y croire.

- Et moi, je trouve incroyable que tu aies le culot de venir me parler comme si tu ne m'avais pas traitée de lâche hier soir ! répliqua Vicky.

- Mais... hésita la rousse en se retournant vers elle. Tu sais bien que je ne pensais pas...

- Bien sûr que si, tu le pensais.

- Je suis désolée.

- Pas autant que moi, gronda Victoria. Est-ce que tu réalises la situation ? Dumbledore n'est plus là. Et j'ai entendu dire qu'il était parti en neutralisant Ombrage, deux Aurors et le ministre de la Magie en personne ! C'était certainement pour se défendre, mais il s'est attaqué à eux ! On va le rechercher à travers tout le pays. Tout ça parce que vous vous êtes faits prendre.

- On ne voulait pas en arriver là, regretta Ginny.

-...

- Mais tu nous avais prévenues.

- Si tu t'imagines que j'éprouve la moindre satisfaction... c'est que tu me connais mal, lui lança Victoria en quittant la pièce.

- Victoria ! essaya-t-elle de la rappeler. Vicky, on s'était promis de ne plus jamais se disputer !

- Ben c'est raté !

oOo

- Elle ne m'adressera plus jamais la parole, redouta Ginny alors qu'elle et Luna profitaient des vacances de Pâques pour réviser en vue de leurs examens de fin d'année.

Pour sa part, Victoria était retournée chez elle. Sans même adresser un au revoir à Ginny.

- Aucune chance, répondit Luna.

- Alors tu penses comme moi ? désespéra la rousse.

- Non, la détrompa la Serdaigle. Il n'y a aucune chance pour que vous ne vous réconciliez pas.

- Il y a des fois où tu parles vraiment de façon trop vague, lui fit remarquer Ginny. Tu m'as fait peur.

- Nous sommes amies, toutes les trois.

- Je ne sais pas si Victoria voit encore les choses de cette façon...

- C'est normal de se disputer. Le plus important, c'est de faire des efforts pour se réconcilier, expliqua Luna.

- Tu devrais avoir moins de mal que moi, prédit Ginny. Quand elle va apprendre que Fred et George ont déserté l'école en fanfare... on ne sait vraiment pas se tenir à carreau dans ma famille.

- Excuse-moi, Ginny. Est-ce que je pourrais te parler ?

- Dean ? s'étonna la jeune fille en levant les yeux de son manuel de potions. Heu... tu veux me parler ? Mais de quoi ?

-... on pourrait aller faire un tour, proposa-t-il en jetant un coup d'œil gêné à Luna.

- Non, refusa la rousse.

- Tu ne veux pas venir avec moi ?

- Je ne peux pas te parler, rectifia Ginny. Heu... je suis désolée... on est en pleines révisions. D'ailleurs, tu ne révises pas pour tes BUSE ?

- Je te demande seulement cinq minutes.

-... j'ai pas cinq minutes, refusa-t-elle.

-...

- Je suis désolée, répéta-t-elle.

- D'accord, souffla Dean les sourcils froncés d'incompréhension. Je te laisse... réviser tranquillement.

Le cœur serré, elle le regarda quitter la bibliothèque d'un pas lourd.

- Ce n'était pas très gentil, lui fit remarquer Luna.

- Je sais... gémit Ginny en laissant tomber sa tête sur son manuel de potions. Mais je sais aussi très bien ce qu'il veut me dire et... je ne peux pas. Je ne peux tout simplement pas.

- Lui, pourtant, il est gentil.

-... c'est un ange, confirma douloureusement Ginny.

oOo

- Que fais-tu ici, Thadeus ? demanda Voldemort alors que le Mangemort s'agenouillait devant lui. Je ne me rappelle pas t'avoir convoqué.

- Je suis seulement venu vous apporter... une nouvelle, répondit Nott.

- Ce doit être de la plus haute importance pour que tu viennes de toi-même jusqu'à moi. Tu préfères généralement garder tes distances.

- Il n'en est rien, maître.

- Tu ne fais aucun effort pour mentir, remarqua Voldemort. Tu ne tiens donc plus à la vie ? Veux-tu laisser ton fils orphelin ?

Thadeus regarda Tom droit dans les yeux. Et celui-ci comprit que Nott était venu lui annoncer quelque chose de grave.

- Qu'as-tu à m'apprendre ? s'enquit le mage noir.

- C'est au sujet d'Abraxas Malefoy, répondit Thadeus.

-... ?

- Il est mort, annonça-t-il.

Si Tom avait été surpris d'entendre prononcer le nom d'Abraxas... la nouvelle... de sa mort... Il se leva d'un bond de son fauteuil. Tandis que Nagini ouvrait un œil. Elle avait fait semblant de dormir jusqu'ici, mais la réaction de Tom... l'intéressait.

Il resta un instant immobile, le visage fermé. Puis il mit ses mains dans son dos avant de se tourner vers le miroir du salon. Tom s'observa lui-même durant un long moment de silence. Ses yeux rouge sang plongés dans ceux de son reflet. Le Tom Jedusor qui avait connu Abraxas Malefoy... n'existait plus depuis longtemps. Celui qui s'était senti blessé... lorsqu'il l'avait quitté. Voldemort l'avait fait disparaître.

Tu ne sais même pas ce que le mot « ami » signifie ! Quand je pense à quel point j'étais heureux de partager un lien irrémédiable avec toi. J'aurais dû voir que tu étais incapable de tisser le moindre lien. Ils l'ont toujours su. J'étais le seul con qui continuait à y croire. C'est fini.

Tu disais que tu ne me trahirais jamais.

Je t'aurais suivi au bout du monde. Si seulement tu m'avais accordé un soupçon de considération.

"La considération..." songea-t-il. "Qu'est-ce que c'est ? N'était-il pas suffisant d'être avec moi ? Que voulais-tu de plus ?"

La devise de ma famille, c'est : Je veux tout, je ne perds rien. Autant dire qu'il n'y a pas plus avide qu'un Malefoy.

"Tu étais le seul dont l'avidité égalait la mienne. Le seul qui méritait d'avoir une place à mes côtés. Et le seul que j'aurais alors vraiment voulu détruire. J'y aurais pris tellement de plaisir".

J'étais ta seule chance d'avoir un véritable ami, Tom. Parce qu'elle... ce n'est qu'une illusion. J'ignore ce que Ginnia cherche vraiment, mais elle t'abandonnera lorsqu'elle l'aura trouvé.

Il baissa les yeux vers la droite. Vers Nagini. S'il y avait bien une chose dont il avait toujours été certain... c'était qu'elle était incapable de l'abandonner. Jamais. Il faisait partie d'elle. Il s'était encré au plus profond d'elle. Elle lui appartenait. Elle ne ferait jamais le choix d'Abraxas. Le choix de le quitter. Elle... elle le suivrait au bout du monde. Et si un jour il en avait douté... s'il avait jamais pu s'imaginer qu'elle était capable de se retourner contre lui, de lui mentir... ou d'essayer de le détruire... c'était tellement absurde qu'il faillit éclater de rire.

Un jour, tout le monde t'abandonnera. Je suis soulagé que ça commence par moi.

"Es-tu toujours soulagé ?" s'interrogea-t-il en reportant son attention sur le miroir. "J'aimerais savoir si tu es mort en éprouvant des regrets. Et comme j'aurais aimé pouvoir te dire à quel point il m'a plu de tuer ta femme... et d'enrôler ton fils. Une dernière dispute avec toi... ne m'aurait pas déplu".

- La dragoncelle l'a... voulut expliquer Thadeus.

- Amène-moi Lucius, le coupa Voldemort.

-... ?! Mais... il n'aura rien de plus que moi à vous apprendre...

- J'ai dit : amène-moi Lucius, répéta dangereusement son maître. J'ai une mission de la plus haute importance à lui confier. La plus importante. Il est temps.

Thadeus ne put qu'acquiescer. Et il partit rejoindre son neveu. C'était exactement ce qu'il craignait. Abraxas était mort. Et ce simple fait allait mettre Lucius à la merci du Seigneur des Ténèbres. À la moindre erreur... il lui ferait payer le fait de ne pas être l'égal de son père.

- Tu penssses donc pouvoir y arriver ? demanda Nagini à Voldemort. Tu te sssens prêt à manipuler l'esssprit du garçççon ?

- Je croyais que tu dormais, s'amusa-t-il.

- Tu n'auras pas le droit à l'erreur. Sss'il ssse méfie...

- Je ne laisserai pas passer ma chance, la rassura-t-il. Le jour où, grâce à toi, j'ai découvert qu'un lien nous unissait... même si j'ignore encore quelle est son origine... j'ai su que Potter serait ma meilleure arme contre lui-même. Et contre Dumbledore.

-...

- Il va entrer pour moi au département des mystères. Et il m'offrira la prophétie que cette... folle de Trelawney... a osé proférer contre moi. Je saurai alors ce que je dois faire. Je saurai pourquoi ma baguette... m'a fait défaut dans le cimetière.

- Tu devrais demander à Rogue de te débarrassser de Potter. Tu sssais qu'il en ssserait capable.

-... je compte beaucoup sur Severus, répondit-il en se retournant vers elle. Mais le destin d'Harry Potter m'appartient. Douterais-tu de moi ?

-... dans quel monde ? demanda-t-elle. À quel moment ai-je jamais douté de toi ?

-...

- J'avoue qu'Harry Potter m'importe peu. Tout ccce que je sssouhaite... ccc'est que nous sssoyons de nouveau...

-... ensemble à Poudlard, termina-t-il pour elle en Fourchelang. Je n'ai pas oublié.

Le serpent s'avança alors vers lui, montant le long de son bras et s'enroulant autour de ses épaules. Nagini siffla tendrement contre son cou :

- Je ferais tout pour toi.

- Je sais.

oOo

C'était l'euphorie. Gryffondor venait de remporter la finale de la coupe de Quidditch en battant Serdaigle à plates coutures. Par plus de six cent points d'écart ! Ginny ne savait pas ce qui la rendait plus heureuse. Le fait que Ron se soit surpassé et qu'il ait repris confiance en lui... ou le fait d'avoir ravi le vif d'or sous le nez de Cho Chang ? Finalement, c'était sûrement la tête que faisait Michael Corner qui la mettait le plus en joie.

- Weasley est notre roi ! chantait Seamus alors qu'ils escortaient le gardien de l'équipe au château. Bravo Ron ! Et toi aussi, tu as été formidable Ginny !

- Elle a été merveilleuse, renchérit Dean en tapant dans le dos de la jeune fille. Dommage qu'Harry n'était pas là pour voir ça.

- Harry n'était pas là ? s'étonna Ginny avec déception.

- Il s'est éclipsé avec Hermione et Hagrid, juste après le début du match, raconta-t-il.

- Ils ont tout raté ces crétins ! s'esclaffa Seamus.

- Ron se fera sûrement un plaisir de leur raconter, devina Ginny avec un faible sourire.

- Tu es contente d'avoir gagné ? lui demanda Dean.

- Oui, bien sûr ! confirma-t-elle en élargissant son sourire. Je rêve de gagner la coupe de Quidditch depuis que je suis toute petite. J'ai commencé à m'entrainer dans le dos de mes frères dès l'âge de six ans.

- Ça ne m'étonne pas de toi, remarqua-t-il tendrement.

Ginny baissa la tête pour essayer de cacher ses joues qui avaient rougi. Mais Dean l'avait remarqué, et quand elle releva les yeux vers lui... Ginny fit la rencontre de ses lèvres sur les siennes. Ce fut léger. Rien qu'une caresse. Mais suffisant pour la faire trébucher.

- Excuse-moi, regretta Dean en la retenant par les épaules. Je n'aurais pas dû...

- Oui... t'aurais pas dû, confirma-t-elle le cœur battant.

- J'ai essayé de te parler.

-... je sais.

Ils se trouvaient encore en plein milieu de la foule. Seamus n'avait même pas remarqué qu'ils s'étaient arrêtés. Personne n'avait remarqué ce qu'il venait de se passer entre eux. Ils étaient les seuls... pétrifiés au milieu de la marée bondissante.

- Est-ce que tu veux bien me regarder ? demanda finalement Dean.

-...

- Je ne recommencerai pas si c'est ce qui te fait peur, essaya-t-il de la rassurer.

- C'est pas ça... pas vraiment, hésita Ginny.

Elle leva à nouveau les yeux vers lui, et lorsqu'elle vit son visage... Ginny eut l'impression de sentir fondre quelque chose en elle. "Oh non..." pensa la jeune fille juste avant d'enlacer Dean pour lui offrir un second baiser.

D'abord surpris, le garçon ne mit pas longtemps avant de lui rendre son étreinte. Lorsqu'ils redescendirent sur terre, ils étaient seuls dans le parc. Dean observa Ginny comme s'il craignait qu'elle ne se transforme en bulles dans ses bras d'un instant à l'autre.

- Sors avec moi, la supplia-t-il.

- Dean... souffla Ginny dont le visage venait de perdre toute couleur. Je regrette... mais c'est non.

- Tu... tu regrettes ? la reprit-il lentement.

- Je ne peux pas.

- Je vois, murmura Dean en s'écartant.

-...

- Non, en fait... je ne vois pas, rectifia-t-il en revenant vers elle. Qu'est-ce que tu veux dire ? Laisse-moi au moins une chance de...

- Je suis désolée, l'arrêta Ginny en secouant la tête négativement.

-...

- Je suis vraiment désolée, insista-t-elle.

- Tu m'as bien embrassé à l'instant ? lui rappela-t-il.

- C'est vrai, mais...

- Et donc, tu regrettes ?

- Non ! Ou plutôt, oui... oh... soupira-t-elle en se prenant la tête dans les mains.

- C'est parce que je suis l'ami de Harry ?

Ginny lui adressa un regard effaré. Que devait-elle répondre à ça ?

- J'ai encore des sentiments pour Harry, c'est vrai, avoua-t-elle. Je n'arrive pas à l'oublier. Et je n'ai pas la moindre envie de t'utiliser pour... pour...

- Tu es en train de dire que tu tiens à moi ? décrypta Dean. Plus qu'à Michael Corner ?

- Par Merlin... soupira-t-elle amusée. C'est pas difficile.

- Écoute-moi bien, insista-t-il en lui prenant les mains. Tu me plais, Ginny. Plus que je ne saurais le dire. Et si je te plais aussi, ne serait-ce qu'un peu... donne-nous une chance.

- Mais... hésita-t-elle encore.

- Ça me va très bien comme ça, lui assura Dean en caressant avec ses pouces le dos des mains de la jeune fille. J'ai trop envie d'être avec toi.

- Mais... je croyais que tu avais un problème avec les filles plus jeunes, remarqua-t-elle avec un léger sourire.

- Pardon ? s'étonna-t-il.

- Un an, ça fait toute la différence.

- Qui a dit ça ?

- C'est toi, gros bêta, murmura Ginny en se rapprochant de lui.

Elle embrassa rapidement les lèvres de Dean en se mettant sur la pointe des pieds. Et Ginny se sentit de nouveau fondre sous son regard.

- Je ne m'en souviens pas, souffla-t-il amusé en passant une main derrière la nuque de la jeune fille pour la ramener contre ses lèvres.

oOo

*- Donne-moi la prophétie et il ne sera fait de mal à personne.

Ginny aurait été incapable d'expliquer clairement comment ils s'étaient tous retrouvé au cœur du ministère de la magie, perdus dans le département des mystères... et à la merci d'une douzaine de Mangemorts.

Lucius Malefoy et Bellatrix Lestrange étaient en train de se disputer sur la meilleure façon de forcer Harry à leur céder un globe de verre luminescent. Ils avaient appelé ça « prophétie »... mais qu'est-ce que ça signifiait vraiment ?

*- Très bien... prends la petite, ordonna Bellatrix à l'un de ses acolytes On va la torturer devant lui. Je m'en charge.

Ginny réalisa que la Mangemort parlait d'elle quand ses amis se regroupèrent pour la défendre. Harry lui-même s'était déplacé pour la protéger de son corps. Mais Ginny était trop choquée pour s'en réjouir. Non seulement parce qu'elle s'était instantanément imaginée en train de se tordre de douleur sur le sol... mais aussi par ce qu'elle avait vu dans le regard du Mangemort à qui Bellatrix s'était adressée. Il était aussi choqué qu'elle.

Derrière son masque, Thadeus la dévisageait comme s'il venait de voir un fantôme. Ça devait être un fantôme. Il ne pouvait pas y avoir d'autre explication à la ressemble de cette fille... avec Ginnia. Elle était peut-être un peu plus âgée que la dernière fois où il l'avait vue... plus de cinquante ans plus tôt... mais c'était elle.

Thadeus passa son regard de Potter à la jeune fille cachée derrière lui dont le Mangemort ne distinguait plus qu'une partie de sa chevelure flamboyante.

Celui qui a permis la venue d'Harry Potter dans ce cimetière et mon retour, se trouve encore à Poudlard. Il reste peut-être une chance pour qu'il puisse me ramener le garçon... ou autre chose.

Est-ce que c'était elle... l'autre chose que Voldemort aurait voulu récupérer à Poudlard ? Qu'est-ce que ça voulait dire ? "Tu es l'amie de Potter, maintenant ?" s'interrogea Thadeus. "On t'a fait subir un lavage de cerveau ou tu es en mission pour Tom ?"

Ginny passa un œil derrière le dos de Harry. Le Mangemort avait toujours les yeux fixés sur elle. Il lui donnait des sueurs froides. Mais il n'était plus temps de s'inquiéter pour lui. Harry venait de leur donner le signal :

*- ALLEZ-Y !

Les jeunes s'évertuèrent aussitôt à faire exploser toutes les sphère en verre du secteur, libérant dans une cacophonie assourdissante des dizaines de silhouettes fantomatiques qui se mirent à déclamer leur prophétie toutes en même temps.

Profitant de la confusion, les enfants prirent leurs jambes à leur cou. Ginny fit de son mieux pour protéger son visage des éclats de verre. Mais il n'était pas très malin de courir avec les bras devant les yeux. Son épaule heurta une étagère qui se serait déversée sur elle si quelqu'un ne s'était pas jeté pour la pousser hors de danger.

Ginny glissa sur le sol dans les bras de son sauveur. Pour réaliser la seconde suivante qu'il s'agissait du Mangemort dont elle avait failli subir la torture quelques minutes plus tôt. Terrorisée, elle se débattit pour lui échapper, donnant par mégarde un coup de coude dans le masque du Mangemort qui sauta dans les airs.

À l'instant où elle vit son visage, Ginny eut un haut le cœur. Ça recommençait. Elle avait l'impression de le connaître. Comme elle avait reconnu intuitivement Pettigrow.

- Je n'arrive pas à croire que tu sois réelle, murmura le Mangemort en la relevant.

C'était la confirmation qu'elle attendait. Lui aussi l'avait reconnue. Ce vieil homme aux cheveux bruns clairsemés de blanc. Il devait au moins avoir 70 ans. Mais la lueur d'intelligence dans son regard noir laissait penser qu'il était encore loin d'être gâteux. Et la facilité avec laquelle il l'avait soulevée pour la remettre sur pieds... Cet homme ne faisait pas peine à voir comme Pettigrow. "Il est plus fort que moi" réalisa-t-elle en sentant avec quelle poigne il lui tenait les bras.

- Je vous en supplie ! Laissez-moi partir... paniqua Ginny qui s'était mise à trembler de la tête aux pieds.

"Tu ne sais pas qui je suis" réalisa Thadeus.

- Dis-moi ton nom, la pressa-t-il en entendant ses camarades Mangemort accourir derrière lui.

- Je... je...

- Ton nom !

- GINNY ! hurla Ron qui revenait pour elle après s'être rendu compte que sa sœur ne les suivait plus. Éloigne-toi de ma sœur !

- Ginny... murmura Thadeus en la relâchant.

-... ?

- Tu pourrais m'aider, espéra-t-il.

- Stupéfix ! cria Ron.

Le sortilège toucha Thadeus en pleine poitrine, avec une telle violence qu'il fut projeté en arrière contre un rayonnage de prophéties. Ginny détourna la tête alors que le Mangemort se faisait ensevelir sous des éclats de verre. Au final, on ne pouvait plus voir de lui qu'une main ensanglantée... immobile.

Retenant une exclamation effarée, Ginny fit un pas en avant. Mais son frère la ramena à la réalité.

- Qu'est-ce que tu attends ?! s'exclama Ron en l'attrapant par le bras. Viens !

- Ils arrivent ! les avertit Luna en lançant un sortilège d'entrave pour ralentir leurs poursuivants.

Les enfants décampèrent quelques secondes avant que les Mangemorts débarquent. Certains se lancèrent immédiatement à leur poursuite tandis que Dolohov pointait sa baguette sur le monticule de verre pour dégager Thadeus. Mais Lucius décida de reprendre les choses en mains avant que la mission qu'on lui avait confiée ne tourne à la catastrophe :

*- Ne t'occupe pas de Nott, laisse-le, j'ai dit… insista-t-il en fusillant Dolohov du regard. Ses blessures ne seront rien aux yeux du Seigneur des Ténèbres comparées à la perte de la prophétie. Jugson, reviens ici, nous devons nous organiser !

Il donna ses directives pour essayer de piéger les enfants, et alors que les Mangemorts se dispersaient dans toutes les directions... il jeta un coup d'œil vers son oncle inconscient. Dolohov avait eu le temps de dégager le haut de son corps. Thadeus respirait encore.

Lucius lui tourna le dos avec une pointe de culpabilité. Il considérait son oncle comme un père. Mais s'il échouait ce soir... c'étaient sa femme et son fils qui en paieraient le prix.

Malheureusement pour lui, il ne sauverait personne ce soir. Même pas lui-même.

oOo

Des cris fusaient de tous les côtés, tout comme les sortilèges. Hermione et Luna étaient immobiles au sol. Le nez cassé de Neville l'empêchait de formuler le moindre sort. Ron se débattait avec un cerveau tentaculaire qui s'évertuait à essayer de l'étrangler et Harry ne réussissait pas à l'aider. Ginny n'avait jamais eu aussi peur de toute sa vie.

*- Harry, il va étouffer ! s'écria-t-elle en voyant le visage de son frère prendre une inquiétante couleur bleutée.

Ginny criait alors qu'elle-même se trouvait impuissante, sa cheville cassée la clouant au sol. Si seulement elle connaissait un sortilège efficace. Le pire, c'était de s'imaginer qu'elle avait peut-être ce savoir en elle mais qu'elle se trouvait incapable de l'utiliser. Ginny aurait tellement voulu posséder le pouvoir de tous les sortir de ce guêpier.

Mais elle resta immobile alors que Harry quittait la pièce en servant d'appât aux Mangemorts qui le suivirent aussitôt.

- Harry ! le rappela Ginny. Non... !

Neville qui était le seul en état de courir partit aussitôt à leur poursuite. Ginny se traina alors sur le sol pour rejoindre Ron. Les tentacules étaient toujours solidement accrochées à lui, mais au moins il ne suffoquait plus. Il restait simplement inconscient, mais en voyant ses yeux s'agiter à toute vitesse sous ses paupières, Ginny comprit que son frère était loin de faire de beau rêves.

"Qu'est-ce que je dois faire ?" paniqua-t-elle en se tournant cette fois vers Hermione et Luna. Elle toucha le poignet des deux jeunes filles pour constater qu'elles avaient toujours un pouls.

- Réveillez-vous, pleura-t-elle en prenant délicatement la tête de Luna pour la poser sur ses genoux. S'il vous plait... Luna...

- Hum... gémit la Serdaigle en grimaçant. Ginny... ? J'ai mal...

- Je sais, souffla Ginny d'une voix tremblante en lui caressant le front. On va s'en sortir, je te le promets.

Elle regrettait d'avoir embarqué son amie là-dedans. Comme elle regrettait... d'avoir cru qu'elle était assez forte pour venir jusqu'ici.

oOo

C'était... un fiasco. Ils se retrouvaient tous à l'infirmerie de Poudlard. En ayant perdu bien plus qu'ils n'avaient gagné. Comment se consoler du fait que le monde sorcier allait enfin accepter de reconnaître le retour de Voldemort ? Quand... un grand homme avait perdu la vie... à cause de leur bêtise.

Sirius Black n'était plus de ce monde. Et Ginny pouvait presque ressentir... la douleur de Harry.

Il était brièvement passé après son entretien avec Dumbledore. Juste le temps de se rendre compte... qu'ils étaient tous en vie. Après l'avoir rapidement examiné, Pomfresh l'avait autorisé à rejoindre le dortoir de Gryffondor pour finir la nuit. Il avait besoin de s'isoler un peu. S'isoler d'eux. S'isoler du souvenir de cette nuit.

Quant à Ginny, même si sa cheville avait été guérie en un tour de baguette, elle avait préféré rester avec les autres. Tout comme Neville. Ron et Hermione étaient dans un état critique. Et il faudrait bien un ou deux jours à Luna pour se remettre.

- Tu te sens mieux ? demanda Ginny à son amie lorsqu'elle se réveilla le lendemain.

-... c'est toi qui m'a enlevé mes chaussures ? s'enquit la blonde en remuant les orteils sous ses draps. J'ai froid aux pieds.

Ginny mit quelques secondes à réagir.

- Oh, Luna... soupira la rousse en se retenant de rire.

- Ça fait bizarre. D'habitude, je les garde parce que je suis...

- Tu es somnambule, acquiesça Ginny en souriant. Je sais.

Il n'y avait vraiment pas de quoi rire. Mais Luna avait encore usé de son pouvoir unique pour désamorcer une situation tendue. "Qu'est-ce que je ferais sans toi ?" se demanda Ginny.

- Je crois qu'on a de la visite, remarqua Neville.

- Ginny ! s'exclama Dean en se précipitant vers elle. Tu vas bien ? Harry a dit que vous étiez tous à l'infirmerie.

- Je vais bien, répondit-elle lorsqu'il la prit dans ses bras.

- Je me suis posé des questions quand j'ai vu que Ron et Neville n'étaient pas dans leur lit. Harry n'a pas voulu m'en dire plus. Qu'est-ce qu'il s'est passé ?

- Ce serait trop long à expliquer, soupira Ginny en jetant un coup d'œil à Ron qui heureusement dormait encore. On en parlera plus tard, d'accord ?

Elle voulut se séparer de lui, mais Dean la garda un instant de plus dans ses bras avec inquiétude. Touchée, Ginny sourit pour le rassurer. Puis elle remarqua qu'Hermione avait ouvert un œil et qu'elle aussi souriait.

- Coucou, dit soudainement Luna.

Croyant d'abord qu'elle s'adressait à Dean, Ginny fut étonnée de constater que la Serdaigle regardait vers l'entrée de l'infirmerie. Et elle fut encore plus stupéfaite de découvrir Victoria qui les observait de loin.

-... Vicky ? l'appela Ginny avec surprise en faisant quelques pas vers elle.

- Vous avez l'air d'aller bien, remarqua Victoria avant de se retourner pour partir.

- Reviens ! s'exclama Ginny en partant aussitôt à sa poursuite. Je t'en prie !

-...

- Victoria, je t'en supplie ! insista-t-elle.

Vicky s'arrêta dans l'escalier menant au deuxième étage, lui laissant une chance de la rattraper. Au fond, c'était tout ce que Ginny souhaitait lui demander. Une chance. Une chance de se rattraper.

- Je sais que je t'ai fait du mal, regretta Ginny. Encore une fois. Tu n'as peut-être pas saigné, mais je t'ai blessée avec mes mots. Si tu savais comme je m'en veux.

Victoria tourna vers elle un regard larmoyant. Ginny en perdit ses mots.

- Je... je n'ose plus te demander... de me pardonner, balbutia-t-elle. Mais je... je ne veux pas non plus... qu'on se quitte comme ça. Je ne veux pas laisser passer l'été en prenant le risque de perdre une amie !

-...

- Tu ne me diras pas qu'on sera toujours amies... cette fois ? comprit douloureusement Ginny.

-...

- Je comprends...

- Non, tu ne comprends pas du tout, répliqua Victoria en arrachant un sanglot à Ginny. Et moi non plus, je ne te comprends pas. J'y arrive pas.

-... bien sûr que si, la détrompa Ginny. Tu n'as même pas eu besoin de voir la forme de mon épouvantard pour savoir.

- Savoir quoi ?

- J'ai peur de moi-même.

-...

- J'ai peur... parce qu'elle est moi... et que je suis elle, ajouta désespérément Ginny. J'ai terriblement peur du jour... où nous ne ferons plus qu'un !

- Ginny...

- Je sais que ça va arriver ! Que je ne peux pas y échapper ! Et je sais aussi que j'aurai besoin de toi ! Je ne tiendrai pas le coup pas sans toi et Luna !

- Calme-toi, murmura Victoria en passant un bras autour des épaules tremblantes de Ginny.

Elles tombèrent toutes les deux assises sur les marches de l'escalier.

- Tu avais raison... pour l'A.D., avoua Ginny. On s'est lancés dans un engrenage incontrôlable. On a cru qu'on pourrait... Sur le moment, on pensait être les seuls à pouvoir agir. On a fait une grave erreur. Un homme est... mort. On a tous failli mourir !

- C'est fini. Quoi qu'il se soit passé... c'est fini. Même si vous ne l'oublierez sûrement jamais.

- Ça nous a changés à jamais, murmura-t-elle.

- Je crois que vous avez grandi cette nuit.

Ginny acquiesça en levant les yeux vers elle. Il y avait l'ombre d'un sourire rassurant sur les lèvres de Victoria.

- La vie est une leçon, intervint une voix au bas de l'escalier.

Elles écarquillèrent les yeux en découvrant Dumbledore qui les observait, les mains dans le dos.

- Monsieur... ! souffla Ginny en se relevant d'un bond. Je...

- Inutile de dire que vous êtes désolée, l'arrêta le directeur. C'était mon rôle... de vous guider.

Je n'ai pas besoin d'entendre une enfant me dire qu'elle est désolée.

- Merci de nous avoir sauvés, décida-t-elle finalement de dire.

- J'aime dire qu'à Poudlard, une aide sera toujours apportée à ceux qui la demandent. Mais il n'est plus seulement question de Poudlard, à présent. Tant que vous resterez mes élèves, ma protection vous est acquise. Où que vous soyez. Et où que je sois.

"Je ne l'oublierai pas" se promit Ginny. "Je ne l'oublierai plus".


Réponse aux reviews :

Lis blanc : le plus difficile, c'est de faire coïncider mes idées avec les livres. Mais il y a des moments où ça s'insère tellement bien dedans que j'en suis moi-même étonnée. Et c'est en relisant les livres que je trouve l'inspiration pour de nouvelles idées. Dommage que l'histoire arrive bientôt à son terme. Il ne reste plus que 2 ou 3 chapitres, je pense. à bientôt ;)

Le lutin bleu : coucou ! merci d'avoir encore pris le temps de me laisser ton avis. On regrettera Abraxas, et il manquera aussi à Tom. Brax sera mort sans que son fils ne vienne à son chevet, jusqu'à la toute fin. Je dirai peut-être un jour pourquoi ;) Quant à Ginnia... il est clair qu'elle a quelque chose en tête que Tom ignore... attention au moment où il va le découvrir ! on se reverra pour la suite ;) bizz

Yase14 : Bonjour. Peut-être des nouvelles de Thadeus dans le prochain chapitre ;) C'est vrai, le chapitre est trèèès long. Je m'en suis rendue compte à la relecture (90 pages word lol). Mais j'ai eu du mal à trouver le bon endroit pour le couper en deux, mille excuses. En tout cas, merci beaucoup d'avoir pris le temps de me laisser un commentaire. Gros bisous et à bientôt !