Merci à Shadedwords pour sa review.
Bonne lecture !
DISCLAIMER : Les âmes vagabondes ne m'appartient pas, l'histoire et les personnages originaux sont de Stephenie Meyer.
Le nom
Mélanie
Lorsque les gens avaient découvert que j'avais amené une âme ici, ils m'avaient détestée pendant plusieurs jours.
À présent, ils me haïssaient parce que j'avais fait partir Gaby d'ici.
« Comment as-tu pu la laisser là-bas, avec cette Traqueuse ?! » explosa Ian.
Il se rua sur moi, quand Jared et Kyle se précipitèrent pour le retenir.
« Ian, calme-toi ! » dit Jared.
« Ôte-moi de mon chemin, Howe ! »
Pétrifiée par le chagrin et la peur, je restai immobile à le regarder lutter pour m'atteindre.
« Je ne voulais pas la laisser. Elle m'a obligée… »
Ian cessa de se débattre. Les autres le lâchèrent, quand il se remit à me crier dessus.
« OBLIGÉE ?! TOI ? Comment aurait-elle pu t'obliger à faire quoi que ce soit ? Elle ne t'a jamais obligé à rien ! C'est toujours toi qui décides et qui mets sa vie en danger ! »
« Arrête de lui parler comme ça, bon Dieu ! » cria Jared.
« Non, il a raison », répliquai-je.
Les trois garçons me regardèrent avec stupeur. Malgré les larmes qui brouillaient ma vue, je continuai.
« Je ne voulais pas. Mais elle a choisi pour moi. Elle a choisi de se sacrifier pour que je puisse revenir ici et sauver Jamie. »
Excédé, Ian fit volte-face et s'éloigna à grands pas. Kyle m'adressa un bref regard avant de suivre les pas de son frère.
Jared me regarda avec l'air mitigé. Il souffrait de me voir aussi triste, mais il était aussi inquiet des conséquences de mes actes.
Je le comprenais parfaitement. Qui sait ce que la Traqueuse ferait à Gaby. Qu'elle le veuille ou non, elle risquait de leur donner des informations sur nous.
Jeb était parti juste après mon histoire, pour prévenir tout le monde dans l'éventualité d'une évacuation, si jamais les Traqueurs nous trouvaient.
Je m'en voulais tellement, à présent ! J'avais peut-être sauvé Jamie, mais j'avais mis tout le monde en danger, à commencer par Gaby.
Vagabonde
« Allez, Gaby, tu peux le faire ! »
Je quittai brièvement des yeux mon appui pour froncer des sourcils en regardant Ian.
Il se tenait dans l'eau, à moins d'un mètre de moi, et attendait que je m'approche. Il avait voulu me porter jusque dans le bassin, mais j'avais refusé.
Cela faisait seulement deux jours depuis la tentative d'assassinat de Kyle. Mes blessures me faisaient encore souffrir, mais l'inaction me rendait dingue.
Ian avait alors pensé qu'une baignade ici me ferait du bien, mais j'en doutais.
« Quand je t'ai dit que je voulais bouger, je ne parlais pas de nager ! »
« Je sais, mais c'est mieux que de marcher ! L'eau rendra ton corps plus léger. Plein de gens âgés ou malades font ça, pour entretenir leur forme. »
« Je ne suis pas vieille ! »
« Ah bon ? Tu n'as pas dit que tu avais plus de mille ans ? »
Je lui envoyai une giclée d'eau à la figure. Il se couvrit le visage du bras en riant.
Retrouvant le sourire, je fis un effort et me glissai dans l'eau. Sitôt que mes pieds touchèrent le fond, je lâchai la pierre derrière moi. Le mouvement pour faire tourner mes bras vers l'avant monopolisa mes côtes blessées, m'arrachant un cri.
Je ployai en avant quand je sentis deux bras chauds et musclés se précipiter pour m'attraper.
« Ça va ? Tu as mal ? »
Le visage enfoui contre l'épaule de Ian, j'étouffai un rire. Tout allait bien, maintenant. Je me tenais contre lui, et c'était parfait.
Plus de douleur, plus de peur. Juste sa chaleur et la sensation d'être en sécurité.
Je levai les yeux vers lui et, en voyant l'inquiétude dans ses yeux saphir, je m'en voulus de lui avoir fait peur.
Je tendis le cou pour l'embrasser. Ce baiser dissipa aussitôt l'inquiétude et la culpabilité.
À peine nos lèvres furent-elles séparées que je me penchai pour l'embrasser au coin de la mâchoire, puis la naissance du cou.
« Gaby… »
« Mmmm ? »
Il se pencha pour m'embrasser avec plus de passion. Je nouai mes jambes autour de sa taille pour me redresser et être au niveau de son visage.
Ian avait raison, l'eau rendait les mouvements moins pénibles et douloureux.
Par contre, lorsqu'il me fit reculer avec lui contre le mur du bassin, je ne pus retenir un cri.
« Pardon ! Désolé… »
Il voulut se détacher de moi, mais je l'arrêtai.
« Ne me lâche pas, s'il te plaît. »
« Non, mais je t'ai fait mal parce que j'ai… perdu ma concentration. On devrait attendre que tu ailles mieux, avant de faire ça. »
« Je t'assure que ça va ! Je n'ai pas si mal que ça. »
Il me sourit avec amusement, devinant le mensonge dans ma phrase.
Je lui caressai les épaules et la nuque du bout des doigts, ce qui le fit frissonner.
« Gaby… J'adore ça, mais je ne veux pas perdre mon self-control. »
« Parce que tu te soucies du mien, quand tu m'embrasses ou que tu me touches ? C'est si… »
« Agréable ? »
« Oui. »
L'air fier, il se pencha pour frotter le bout de son nez contre le mien.
« On a toute la vie devant nous pour ça. »
Cette remarque m'arracha un sourire peu convaincu. Les paroles de Mélanie me revinrent à l'esprit.
« On ne sait jamais combien de temps on a devant soi. »
Un claquement de porte m'arracha à mon rêve.
Je gardai les yeux fermés, priant pour que le sommeil me remmène dans ce merveilleux souvenir. Ian et moi, en train de nager dans notre grotte, seuls et heureux…
Oh, Ian, comme j'aimerais que tu sois là !
Je ne lui avais même pas dit au revoir, avant que Mélanie m'entraîne loin du repaire de Jeb. La dernière fois que je l'avais vu, je l'avais repoussé.
En cet instant, j'aurais donné n'importe quoi pour retourner là-bas et lui dire que je ne lui en voulais pas. Malgré les mensonges et les secrets concernant les expériences de Doc, je l'aimais toujours. Il était peut-être humain, mais il était à mes yeux le compagnon idéal.
Mélanie avait raison, je n'avais pas su profiter du temps que j'avais passé avec lui. Si j'étais restée manger auprès de lui et Jeb, peut-être qu'on n'en serait pas là maintenant.
Mais Jamie n'aurait pas eu ses médicaments, pensai-je avec tristesse.
Je ne savais même pas si notre excursion avait porté ses fruits. Mélanie était-elle rentrée saine et sauve dans les grottes ? Avait-elle réussi à administrer les médicaments à Jamie ? Était-il toujours en vie ?
La porte s'ouvrit en grinçant.
J'ouvris les yeux et me levai. Cette fois, ce n'était pas la Traqueuse, mais Voix-de-Cristal. Elle portait un plateau dans les mains.
« Je vous ai apporté le petit-déjeuner. »
Je ne lui répondis rien. Qu'aurais-je pu lui dire ? Elle laissait la Traqueuse me garder prisonnière ici. Elle jouait son jeu.
« Mangez pendant que c'est bon. Vous devez reprendre des forces, Vagabonde. »
Gaby ! Mon nom, c'est Gaby, pensai-je.
Je ne supportais plus mon nom d'âme. Il appartenait à une époque différente. Il était celui d'une entité qui ne connaissait pas l'amour ni la vraie valeur d'une vie humaine.
Lorsqu'elle eut posé le plateau sur le bureau, je m'approchai et regardai son contenu. Une assiette de pancakes au miel et d'œufs brouillés, une tasse de chocolat chaud et un verre de jus d'orange. Un petit-déjeuner riche et nourrissant. Le genre de luxe qu'on ne peut pas se payer chez Jeb. Et pourtant, j'aurais préféré en cet instant me contenter d'une soupe de racines et d'un bout de pain sec, plutôt que ça.
« Je vous en prie, il faut manger ! »
Son ton désespéré fit céder mon agacement.
« Pour que je puisse vous donner des renseignements ? »
Elle cligna des yeux. Visiblement, elle n'avait pas cru que je finirais par lui répondre.
« Vous avez donc des choses à dire à la Traqueuse ? »
Et voilà, j'en avais trop dit ! Si Mélanie avait vu ça, elle m'aurait sûrement traitée d'idiote.
« Que s'est-il passé, Vagabonde ? Que vous est-il arrivé ? »
« J'ai ouvert les yeux, voilà ce qui m'est arrivé ! »
Mon ton était colérique, agressif. Si… humain !
« Et vous aussi, vous devriez ! Si vous étiez vraiment fidèle à vos principes, vous ne resteriez pas sans rien faire ! Mais non, vous êtes prête à marchander la vie d'autres humains contre celle d'un enfant. »
Le visage de Voix-de-Cristal passa du choc à la neutralité. Elle se précipita vers la porte et la ferma. Adossée au battant, elle me regarda un moment en silence.
« Que puis-je faire d'autre ? » dit-elle avec fatigue et désespoir.
« M'aider à sortir d'ici ! Partir avec moi et la petite… »
« Non ! Non, je… »
Elle cligna des yeux, fixa le vide un instant, puis eut un sourire triste. Elle me regarda avec un air bizarre, que je ne comprenais pas. On aurait dit… de la tendresse ?
« Tu lui ressembles tellement… Elle disait le même genre de choses, elle aussi. »
Pardon ? Cette fois, c'était moi qui ne comprenais pas. De quoi parlait-elle ?
« À qui est-ce que je ressemble ? »
L'âme en face de moi prit une profonde inspiration, comme si elle se préparait à sauter dans le vide.
« À la fille de mon hôte. Emily. »
Soudain, je le sentis. Le choc. La rupture.
Emily.
Ce nom brisa la digue contenant le flot de souvenirs de ce corps. Ces souvenirs que j'avais longtemps grappillés, sans grand succès.
Sauf que cette fois, les souvenirs me parvinrent par dizaines.
Une petite fille sur une balançoire, qui rit et lève le nez vers le ciel tandis qu'on la pousse.
Elle penche la tête vers l'arrière et voit le visage de sa mère. Un visage encore humain.
Plus loin, un père qui les regarde jouer en silence, l'air sombre.
Une école pleine d'enfants, dont plusieurs qui ne sont pas tous gentils, mais qu'importe ! Elle a aussi des amis.
Des jouets dans une chambre.
Un chien : Fluffy.
Des photos d'amis sur le miroir de la coiffeuse. Des amis qui s'éloignent, tandis que la petite fille grandit.
La fillette grandit plus vite dans son âme que son corps, ce corps que le père maltraite. Un père violent ! Car la mère trompe le père avec un autre homme.
Les visages des parents humains changent. Leurs yeux deviennent brillants, avec un cercle d'argent.
Cachée sous une voiture, Emily observe sa maison. Par la fenêtre du salon, elle voit les parasites qui occupent le corps de ses parents. Le père a tellement changé ! Il est bien habillé, bien coiffé, calme et souriant. La mère aussi a changé. Elle est enceinte.
Ce ne sera jamais vraiment ma petite sœur. Ils vont lui coller un parasite dans le crâne peu après la naissance !
Mais elle, ils ne l'auront pas. Elle va fuir. Pour sa famille, même si elle n'était pas parfaite. Pour le souvenir qu'elle a d'eux, de la sensation d'appartenir à un groupe d'humains.
Mais c'est trop tard, car la Traqueuse la suit à la trace.
Et elle finit par la coincer dans cette maison abandonnée.
J'émergeai de ses souvenirs en haletant. Emily ! Mon hôte humain s'appelait Emily.
Et ses parents, Jacob et Laura. Sauf qu'à présent, ils étaient occupés par deux âmes que je connaissais bien : Feuille-qui-Danse et Voix-de-Cristal.
« Vous êtes… »
« Je suis ta mère, oui. Elle voulait que mon hôte quitte son mari et qu'on s'enfuie. »
Je secouai vivement la tête.
« Non ! Non, vous n'êtes pas… Ne m'appelez pas comme ça ! Ce n'est pas parce que nous occupons les corps de cette famille que… »
« Vagabonde, je… »
« Mon nom est Gaby ! Et vous n'êtes pas ma mère. Je ne veux plus vous voir, sortez ! »
Choquée par la virulence de mes propos, elle sortit de la pièce.
Enfin seule, je tombai au sol et portai la main à ma bouche. Comment avais-je fait pour en arriver là ?
J'occupais le corps de la sœur d'Espérance ! Pas étonnant que je ressente d'instinct un tel amour pour elle. Et elle ? Même bébé, avait-elle senti inconsciemment un lien entre le corps que j'occupais et le sien ?
Non, ce n'est pas ma sœur ! Je suis une voleuse, j'ai effacé sa sœur, je…
Soudain, je sentis mon estomac se contracter. Je courus à la porte des toilettes attenante à la chambre et ouvris la cuvette juste à temps pour rendre le peu que contenait mon estomac.
Une fois cela fait, j'attendis quelques secondes avant de me relever. Je tirai la chasse d'eau, puis ouvris l'eau du robinet et me rinçai la bouche.
Je me regardai dans le miroir.
Emily.
Enfin je pouvais mettre un nom sur ce visage.
Je me souvins de ses pensées, ce qu'elle avait ressenti dans ses souvenirs. Elle avait fui. Mais pas moi.
Cela m'apparut comme une évidence.
Sœur ou non, Espérance était une part de moi et je ne repartirai pas sans elle.
À présent, la question était de savoir comment.
Comment m'échapper avec la petite ?
J'envisageai d'abord de mentir, mais je doutais d'avoir assez d'imagination pour vendre à la Traqueuse un scénario valable.
J'ouvris les tiroirs de la commode et la table de nuit. Ils étaient tous vides.
Dépitée, je m'assis face au bureau pour manger, quand je réalisai qu'on m'avait laissé des couverts. Une cuillère, une fourchette et un couteau !
Finalement, il y avait peut-être un espoir.
