Chapitre 21 :

Polis, royaume du feu...

Dikoros n'aimait pas le fait qu'Alie soit à Kanark sans elle.

Elle l'avait prévenue qu'Octavia reviendrait puis était repartie pour le village maudit.

La voleuse d'âmes attendait le retour de celle qui deviendrait sa reine.

Assise sur le lit d'Octavia, Lorelei comptait les secondes pour passer le temps.

Les gerbes d'étincelles la firent se lever et elle la salua :

Princesse Octavia, quel plaisir de vous revoir...

Octavia regarda la femme en rouge. Une femme dont elle avait eu peur, mais qui aujourd'hui ne lui inspirait plus la moindre crainte. Astra lui avait dit, les Dieux lui avait fait comprendre à travers elle, que la princesse qu'elle était pouvait être une grande reine. Et cela commencerait avec le refus de se laisser influencer par cette prêtresse du feu, et de son maître Cage.

– Je veux voir le corps de mon frère...

Dikoros hésita.

– Je suis désolée, princesse mais il a été brûlé...

– Pourquoi ne m'avez-vous pas attendu ?!

Lorelei regarda la jeune femme dans les yeux et précisa d'un ton aux accents neutres mais dans lequel l'accusation s'entendait néanmoins :

– Nous ne savions pas où vous étiez et si vous alliez revenir...

Octavia détourna les yeux puis serra les mâchoires pour se redonner un peu de courage.

– Alors je veux voir son assassin.

Dikoros hocha la tête puis demanda :

– Princesse, pardonnez-moi, mais avant de voir Ilian Knight, désirez-vous autre chose ? Manger, ou vous changer ?

Octavia la foudroya du regard.

– Non, je ferai cela plus tard !

– Comme vous voudrez, si vous voulez bien me suivre...

Lorelei passa devant elle et la jeune princesse sentit sa magie la caresser et tenter de l'amadouer, de l'exciter comme le jours de sa visite aux forges.

– Arrêtez ça immédiatement, ou je vous tue de mes propres mains ! Ordonna-t-elle d'un ton froid.

Dikoros se retourna et observa la princesse qui venait de la menacer. Alie avait vraiment réussi ! Quelle différence avec l'Octavia de la semaine précédente. Peut-être que l'ombre de son frère n'étant plus une menace avait-il aussi aidé à sa métamorphose. Quelque fut la raison, elle serait une grande reine... Une reine à la confiance iné séduisante et attirante. Octavia ne pouvait pas lui en vouloir d'avoir eu envie d'elle...

Lorelei exécuta une rapide révérence et rappela à elle sa magie avant de sortir de la pièce suivit de la princesse.

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« L'humour » de la prêtresse du feu avait été jusqu'à lui réattribuer la même cellule que celle qui l'avait « accueillie » lors de son séjour précédent à Polis.

Ilian s'en fichait. Il avait tenue sa promesse envers la métamorphe noire. Il avait tué le père et le fils pour elle et mourrait dignement.

La porte s'ouvrit et la femme en rouge entra, se déplaça sur le côté pour laisser le champ libre à la princesse Octavia.

Ilian se leva péniblement. Entravé par les chaînes aux chevilles et aux poignets, il réussit à se mettre debout et regarda la dernière descendante des Blake avec un mépris tel qu'il aurait fait palir plus d'une personne de honte.

Le dédain de cet homme glissa tranquillement sur la certitude d'Octavia qui le scrutait en silence.

Ilian Knight possédait des traits assez fins et sans cette expression haineuse qui le défigurait, la princesse l'aurait même trouvé beau.

– Pourquoi ? Demanda-t-elle.

Le prisonnier rit comme un forcené à la question qui lui paraissait d'une idiotie sans précédent. Octavia attendit qu'il finisse.

– Pourquoi ? Répéta-t-il au bout d'un moment... Parce qu'ils ne méritaient pas de vivre ! Votre père était un roi ignoble et votre frère, un homme monstrueux... Le royaume devait être débarrassé d'eux, et j'ai été la main des Dieux...

La princesse ne releva pas l'allusion à la main céleste.

– Et moi ? Interrogea-t-elle à la place. Voulez-vous me tuer ?

Il parut hésiter, la regarda de haut en bas et cracha :

– Vous êtes une Blake !

– Mon nom suffit-il à me condamner ? répondit-elle imperturbable.

Ilian se tut. Il s'attendait à ce qu'elle lui tape dessus, lui crache à la figure toute la haine qu'il lui inspirait, illustre sa vengeance pour lui avoir ôté deux membres de sa famille d'une manière ou d'une autre, mais la princesse ne paraissait pas... en colère.

Dikoros légèrement en retrait, pensait la même chose, le calme de la princesse l'étonnait un peu.

Octavia continua à interroger du regard l'homme au ruban rouge qui ne savait pas quoi répondre. Il ignorait tout des actes de la jeune femme, pouvait-il la condamner simplement à cause de son nom comme il l'avait crié quelques instants plus tôt ?

Octavia finit par reculer et sortit de la cellule sans un regard pour l'homme en proie à un doute nouveau.

La princesse remonta les marches suivit de la prêtresse.

– Où est Cage ? Demanda-t-elle.

– Il... ne devrait plus tarder, répondit Lorelei.

– Dites-lui de venir me voir à son arrivée.

Les deux femmes étaient à présent dans le corridor qui conduisait à la chambre du roi quand Octavia reprit :

– La date pour l'exécution a-t-elle était annoncée ?

– Oui...

– Reculez-la...

– Que... ?

– Je veux être couronnée avant.

Dikoros s'inclina. La demande d'Octavia était logique.

– Bien sûr... Mais il n'est pas nécessaire de reculer la date. Votre couronnement peut avoir lieu dès ce soir.

Octavia s'arrêta devant la porte et croisa le regard de la voleuse d'âmes.

– La porteuse de la Flamme ne doit pas être présente ?

– Non. Il s'agit d'une passation de pouvoirs suite à la mort de votre frère, non de votre père ou de votre mère, cela n'est donc pas obligatoire...

La princesse réfléchit à ce dernier argument.

– Très bien je vais me reposer, je vous donnerai ma décision pour mon couronnement pour cette nuit, un peu plus tard...

Dikoros ne commenta pas et la salua avant de partir en direction de son atelier.

Octavia rentra dans la chambre de son frère et observa la pièce qui deviendrait la sienne après son sacre :

– Tu peux le faire, s'encouragea-t-elle tout haut...

Jetant un dernier regard sur le mobilier, elle se dématérialisa en une gerbe d'étincelles...

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Xas, royaume de l'air...

Vivre sans pouvoirs... Telle était sa nouvelle obligation.

Comment pourrait-elle faire ? Alors qu'enfin elle les acceptait...

– N'était-ce pas ce que tu voulais ?

Raven regarda autour d'elle, réalisant que le sommeil l'avait rattrapé et pris le pas sur ses réflexions.

La femme face à elle, portant la tenue noire des gardiennes de la Flamme, lui souriait avec encouragement.

La métamorphe blanche balaya des yeux l'endroit où elles se trouvaient, un promontoire en pierre qui donnait sur une vallée magnifique. Alie surprit son regard et l'encouragea.

– Vas-y, observe...

Raven obéit et marcha jusqu'au précipice. Alie la rejoignit.

– Je te présente, mon chez moi, la vallée de Déos, mon royaume...

La métamorphe noire souriait à sa dernière phrase, pendant que Raven continuait de scruter un lieu dont la beauté lui sautait à la gorge, un lieu qui incarnait la paix et la vie à part entière, un lieu non entaché par la souillure humaine. Cependant, au-delà de tout ça, Raven sentait une magie qu'elle connaissait, une magie qui lui rappelait Elrach...

Alie la laissa se repaître de son œuvre, partit s'asseoir sur un rocher et grimaça face à la douleur sans que Raven ne s'en aperçoive. Après un temps qu'elle jugea suffisant, elle répéta :

– N'est-ce pas ce que tu voulais ?

Raven se retourna et demanda :

– Quoi ?

– Être comme tout le monde ? Ne pas avoir à m'affronter ?

La jeune femme pinça les lèvres. Alie sourit et continua :

– Je t'ai offert cette possibilité...

– Tu ne m'as pas laisser le choix !

Alie croisa son regard. Heureuse qu'elle la tutoie enfin.

– Détrompe-toi Raven, tu as le choix de me rejoindre ou d'abandonner ta lutte en même temps que tes pouvoirs...

– Ce n'est pas un choix équitable !

La femme en noire se mit à rire, remarquant la colère d'une Raven face à elle.

– Tu veux dire qu'il y a des règles ? Reprit-elle d'un air innocent. Raven, ces règles ne s'appliquent pas à nous ! Nous sommes bien plus puissants qu'eux ! Quand le comprendras-tu ? Quand l'accepteras-tu ?

– Je ne suis pas au-dessus d'eux, s'entêta Raven.

Alie secoua la tête avec lassitude, donnant l'impression de répéter une leçon à une enfant qui refusait d'apprendre.

– Un jour tu sauras au plus profond de toi qu'ils ne méritent pas que tu te battes pour eux... Et ce jour-là, je serai à tes côtés...

La métamorphe noire ne la laissa pas répondre et agita la main.

Raven ouvrit les yeux et s'assit lentement dans son lit. Elle invita la personne qui frappait à la porte à entrer.

John Newman, la contempla. Décelant la fatigue sur ses traits, l'angoisse dans son regard, il s'avança lentement vers le lit.

– John... Que puis-je faire ? Elle est trop forte pour moi.

Il s'assit sur le lit et attrapa la main tremblante, témoignant du combat intérieur épuisant que livrait la jeune femme.

– Ne dis pas ça, petit corbeau, répondit-il d'une voix rassurante.

– Regarde ce qu'elle m'a fait ! Dit-elle en pointant sa cuisse. C'est toi-même qui a découvert le sort à retardement dont je suis victime !

– Je sais, dit-il en baissant la tête, mais ne perds pas espoir, il faut continuer le combat, nous trouverons une solution...

Raven détacha son regard de celui de John et s'attacha aux dunes qu'elle voyait par la fenêtre.

– Luna me manque, John. Rien que l'avoir à mes côtés me permettrait de tenir...

– Alors, rejoins-la...

Le regard de la jeune gardienne revint sur le maître de la terre :

– Ce serait la condamner. Alie l'apprendrait et...

– Qui te dit qu'elle ne le sait pas déjà ?

Raven secoua la tête :

– Si c'est le cas, pourquoi ne pas l'avoir enlevée ? Ce serait le meilleur moyen de faire pression sur moi...

– Je... je ne sais pas, avoua-t-il. Mais j'ai une mauvaise nouvelle. Le grand prêtre est mort.

Raven bougea dans le lit et se leva. Silencieuse et trop atterrée pour parler, elle boitilla jusqu'à un siège, enfila un pantalon, puis s'assit dans le fauteuil pour faire face à un John qui avait détourné les yeux.

– Comment le sais-tu ? Demanda-t-elle enfin.

– Je l'ai senti.

Raven ne doutait pas des pouvoirs de John.

– Qui va lui succéder ?

– Moi, mais...

La jeune femme eut un sourire désabusé.

– Laisse-moi deviner, Alie ?

John avait du mal à se souvenir qu'Alie était le nom de métamorphe de Becca et avait parfois un temps d'arrêt quand Raven le prononçait.

– Oui, finit-il par dire, elle a caché son corps.

– En quoi est-ce gênant ?

– Si nous n'enterrons pas le grand prête, je ne pourrais pas devenir le prochain, la passation est impossible. J'ai accés à une partie de ses pouvoirs, mais pas à son titre...

Raven fronça les sourcils, se souvenant de son rêve. Elle sentait que cela avait un rapport avec Dante mais lequel ?

– Connaissez-vous une vallée magnifique au royaume du feu ?

John haussa les sourcils, ne voyant pas le rapport, mais répondit :

– Il y a plusieurs très belles vallées dans ce royaume.

– Une en particulier où vous vous sentiriez... en paix. Le dernier mot avait été murmuré par une Raven honteuse de ressentir cette plénitude dans le lieu qu'Alie avait appelé son chez elle.

– As-tu un nom ?

Raven chercha dans sa mémoire. Comment Alie l'avait-elle appelé ? Elle finit par secouer négativement la tête ne retrouvant pas.

– Non.

– Peux-tu me donner des détails ?

– Je...

A nouveau elle secoua la tête, plus elle essayait de se souvenir de la vallée, plus l'image de celle-ci s'estompait dans son esprit.

John la regardait d'un œil inquiet. Il fronça tout d'un coup les sourcils en marmonnant :

– Que peut-elle bien vouloir ?

– John ? Que se passe-t-il ?

– Je dois y aller. Quelqu'un demande à entrer à Elrach et à parler au grand prêtre.

– Qui ?

– La princesse Octavia, dit-il avant de se dématérialiser.

Raven observa la place vide et soupira. Alie l'avait rendue impuissante et le savait. Alors pourquoi une partie d'elle refusait encore d'accepter de la laisser gagner ? C'était pourtant si facile...

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Polis, royaume du feu...

Alie se matérialisa dans l'atelier du prêtre du feu et tomba à genoux. Dikoros debout dans la pièce se précipita vers elle.

– Alie tu es blessée ?! Demanda-t-elle en remarquant l'auréole noire sur la cuisse de la jeune femme.

– Une égratignure, précisa la métamorphe noire en serrant les dents.

La voleuse d'âmes l'aida à se relever et à s'asseoir sur le lit.

– Fais-moi voir, ordonna-t-elle.

Alie agita le poignet et fit disparaître son pantalon découvrant une blessure profonde en haut de la cuisse gauche.

– Que s'est-il passé ? Interrogea Dikoros en passant la main sur la plaie, tentant de la guérir, pinçant les lèvres en échouant. Elle savait qu'elle aurait dû être à ses côtés à Karnak, elle lui avait dit... Elle préféra taire ses reproches et reprit la parole. C'est trop profond, il faut que tu cicatrises un minimum pour que je puisse la soigner totalement. Allonge-toi... je reviens.

Son second partit chercher quelque chose dans l'autre pièce.

La métamorphe obéit et étouffa un juron quand Dikoros revint et désinfecta la blessure avec un chiffon imbibé d'alcool.

– Explique-moi...

Alie inspira et commença le récit.

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Lexa lui tournait le dos, persuadée que « Titus » repartirait pour Azgueda. Elle ne vit pas Alie se changer en un loup noir aux yeux flamboyants.

Savoir que la princesse et la porteuse possédaient des sentiments l'une pour l'autre lui avait donné une idée, ou plutôt une possibilité d'accélérer les choses, de les faire pencher de son côté...

L'animal grogna puis attaqua une Lexa qui venait de se retourner.

La bulle de protection autour d'elles avait éclaté.

Le coup de mâchoire l'avait manqué de peu. Les mains devant elle, retenant comme elle le pouvait la tête du loup loin de son propre visage, la princesse allongée sur le dos, les yeux rétrécis pour se protéger de la pluie et du vent se débattait.

Alie jugea la situation. Elle avait clairement l'avantage. La métamorphe recula légèrement, donnant une ouverture à la princesse qui serra la poignée de sa dague, aveugle au sourire intérieure du carnassier au-dessus d'elle.

Le coup fendit l'air et le cri déchira la nuit.

Le sang de la princesse de l'eau coula dans sa gueule. Une chaleur délicieuse. Une saveur de vitalité et de peur aux touches ferreuses envahissait ses babines. Il lui suffisait de presser un peu ses mâchoires pour lui arracher le bras et emporter ce souvenir...

Voulait-elle réellement estropier Lexa ? Sa partie animale souhaitait si ardemment le faire, mais sa lucidité bloquait encore un peu cet instant, plus par jeu, pour se prouver à elle-même qu'elle gardait le contrôle sur son esprit, même sous cette forme, même face à un tel désir.

Lexa la fixait apeurée. La princesse avait lâché l'arme trop loin pour la récupérer. Son autre main frappait désespérément sa tête, essayant de faire desserrer les crocs autour de son avant-bras.

L'œil droit du loup se fermait automatiquement à chaque coup de poing de moins en moins puissants. Éloignant un peu plus l'espoir futile de réussite. Les pieds, les genoux de Lexa luttaient contre cette bête féroce et immobile qui ne la quittait pas des yeux, comme amusée par son combat inutile, à cette énergie du désespoir devant le mur de ses muscles insensibles, réduisant à de vulgaires piqûres d'insectes sa lutte acharnée pour se libérer de ce monstre.

Alie serra un peu plus sa prise et entendit un os se briser sous ses canines.

Le hurlement de douleur qui s'échappa de la princesse augmenta son envie de continuer.

Au moment où elle avait pris sa décision, la flèche se ficha en haut de son flanc gauche.

Elle leva les yeux vers la femme qui accourait vers elles un arc à la main, lançant une nouvelle flèche.

Alie bougea sur le côté évitant le projectile sans lâcher sa proie évanouie et retroussa les babines de colère face à cette attaque inattendue.

La nouvelle flèche la manqua de peu, lui faisant réaliser que la chamane qui accourait n'hésiterait pas à lui sauter dessus, à protéger Lexa à n'importe quel prix.

Alie commençait à sentir la douleur irradier dans son corps et décida qu'elle avait atteint son but pour ce soir. Pour le moment, il valait mieux qu'elle s'en aille.

Elle libéra la princesse et s'enfuit vers la forêt en boitillant sous une nouvelle pluie de flèches à la précision effrayante, l'obligeant à se concentrer pour leur échapper, disparaissant de la vue de Luna.

La chamane s'agenouilla auprès de la princesse et utilisa sa ceinture pour endiguer l'hémorragie. Jetant des coups d'œil régulièrement en direction de la forêt, elle souleva Lexa comme elle put et repartit vers la grotte sous la pluie battante.

Alie suivit des yeux cet effort admirable et courut difficilement vers la frontière en direction du royaume du feu.

Elle avait réussi à atteindre la vallée de Déos et avait repris forme humaine et cassé la flèche encore plantée dans sa jambe. La blessure en haut de la cuisse ne lui plaisait pas. Elle s'apprêtait à retourner à Polis quand elle avait senti Raven s'endormir.

Ne résistant pas à la tentation, elle avait invité la jeune métamorphe à découvrir sa vallée.

Si sa cuisse ne lui avait pas fait si mal, peut-être aurait-elle encore jouée avec elle, voulu reparler de ce baiser, mais la fatigue, ce qu'elle venait de percevoir sur elle-même, et le besoin d'en parler à son second l'avait convaincue de ne pas continuer leur échange et de retourner à l'atelier du prêtre du feu.

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Dikoros avait écouté en silence le récit de la métamorphe noire.

– Tu n'es pas indestructible, Alie, conclut-elle froidement. Tu as beau être la future impératrice des quatre royaumes, tu te montres parfois si vulnérable... Pourquoi avoir fait cela ? Pourquoi vouloir blesser la princesse de l'eau ? Et fuir devant Luna ?

– J'étais blessée...

– Oui, parce que je n'étais pas là pour te protéger.

Alie n'écouta pas sa remarque, continuant :

– Lexa est infectée...

Dikoros, sur le point de reprendre la jeune femme aigrement sur ses manques de responsabilités, ravala son reproche et croisa son regard.

– Pourquoi elle ? Demanda-t-elle intriguée.

– Astra lui a fait subir le sort de persuasion...

– Le sort de persuasion ?

– Oui... pour lui faire oublier ses sentiments envers... la porteuse de la Flamme.

– Dieux ! Souffla une Lorelei ébahie. Tu en es sûre ?

– Oui, affirma Alie.

– Alors... ?

– Oui. Nous savons toutes deux que la seule façon de sauver Lexa du poison que représente mon sang est d'user de la Magie de la Flamme. Clarke le comprendra également. Après tout si Abby est encore en vie c'est grâce à elle et...

– Mais comment Lexa et Luna vont-elles faire le lien ? La coupa son second.

Alie sourit, laissant à la voleuse d'âmes le soin de trouver toute seule.

– Kyle Wick, comprit enfin celle-ci. Il était présent, c'est même lui qui a donné la fiole à la reine de l'air. Il remarquera l'infection, les traces sur la plaie de Lexa... mais quel rapport avec l'eau du puits ?

– Les loups...

La métamorphe lui raconta les informations glanées au village, la découverte de la contamination des carnivores qui térorisaient depuis des mois à la tombée de la nuit les pêcheurs de Kanark... et Lexa s'était fait attaquer par un loup...

– Ils se douteront que c'est un piège.

– Bien sûr...

Dikoros connaissait Alie, la jeune femme avait pensé à quelque chose.

– Quel est ton plan ?

Alie, s'allongea sur le lit de Cage, observant le plafond et se mit à parler d'une voix calme, oubliant la douleur à sa jambe, obnubilée par ce qu'elle pensait être réalisable. A la fin de son explication, elle tourna la tête vers la voleuse d'âmes et l'interrogea.

– Alors ?

Dikoros les yeux dans le vague réfléchissait.

– Je... je ne sais pas si c'est possible.

– Tu es la création de Novae. N'est-ce pas ton ultime mission, l'héritage que tu dois me donner ?

– Si, mais...

Alie se releva et vint s'agenouiller, en chassant de son esprit l'élancement dans sa cuisse, devant la voleuse d'âmes, assise dans un fauteuil, toujours en proie au doute.

– Dikoros, dit-elle en cherchant son regard. Je ne laisserai rien arriver. Nous allons trouver la solution pour le faire ensemble... Je suis sûre que le temple nous donnera la réponse...

Son second leva les yeux vers elle, une incompréhension dans le regard.

– Et Raven ?

– C'est le meilleur moyen pour totalement l'anéantir, précisa Alie.

– Non, tu as toujours le baiser de la mort...

– Ça ne marchera pas.

– Comment le sais-tu ?

Alie détourna les yeux et confessa :

– Quand j'ai blessé Raven avec le sort à retardement, j'ai dû offrir une petit partie de moi dans le sortilège... C'est pour cela que tu ne peux pas me guérir complètement, cet enchantement m'a affaibli.

Dikoros accusa le coup de cette révélation.

La métamorphe soupira, reprenant le fil de son discours :

– Si Raven utilise ses pouvoirs, elle deviendra comme moi et sera complètement immunisée...

– Mais elle ne les utilisera pas, répondit Dikoros. A l'heure qu'il est, ils ont déjà dû découvrir ce que cachait sa blessure...

– Oui, mais même si elle n'utilise pas ses pouvoirs et que je l'embrasse... Ma magie reconnaîtra celle dans sa cuisse, y verra une similitude et annulera la puissance du baiser de la mort. J'en ai eu la confirmation quand je l'ai embrassée en rêve, elle ne risque plus rien.

– Sauf qu'elle l'ignore.

– Oui... Cependant...

– Ce n'est pas suffisant, comprit Dikoros.

– Oui, murmura Alie. Cela fait déjà un petit moment que je l'ai compris. Or ce soir, voici la preuve... elle montra sa cuisse... qui a confirmé ce que je soupçonnais. Tu l'as dit je peux être vulnérable, et l'ordre de Novae a beau s'étendre dans les quatre royaumes, ses adeptes ne seront pas assez puissants face à nos ennemis... Et toi et moi non plus... Il est trop tôt. Même avec la mort de Dante, la détermination de ces gens à nous détruire nous sera fatale...

– Alie... Ne dis pas ça ! S'exclama la voleuse d'âmes.

La jeune métamorphe noire sourit tristement.

– C'est un fait. Si tu avais vu l'éclat dans les yeux de Luna lorsqu'elle m'a tiré dessus. Quel soldat ! Indestructible, effrayante et si décidée à me tuer !

– Alors fais-la te rejoindre. Fais-les tous te rejoindre. Un simple baiser et ils seront à tes pieds !

Alie secoua la tête :

– Le baiser de la mort n'est pas destinée à plusieurs personnes en même temps. Une seule à l'origine était la victime d'un métamorphe noir. Aurora, Carolus et Octavia m'ont épuisée. Je ne tiendrai pas si j'utilise Lexa, Clarke, Abby, Anya et plusieurs autres...

Elle se leva et soupesa son corps sur sa jambe meurtrie en étouffant un gémissement :

– Je peux atteindre la gardienne autrement... Je peux faire en sorte que nous soyons unies, que nous récupérions enfin la Flamme !

– Alie, ce plan est si dangereux...

– Réfléchis-y, s'il te plaît. Essaie de voir si c'est faisable, c'est tout ce que je te demande, la supplia la jeune femme.

Dikoros hocha la tête. La métamorphe avait prononcé ce qu'elle même avait déjà compris et craint. Elles s'étaient bercées d'illusions en sous-estimant leurs adversaires. L'ordre de Novae ne comptait pas parmi ses disciples de magiciens aussi puissants que John Newman ou les prêtres des royaumes qui se rallieraient à la Flamme. Alie avait raison. Il était trop tôt pour réussir, leur pouvoir ne s'étendait pas assez sur le monde pour en prendre le contrôle absolu.

– C'est pour ça, dit-elle tout haut, saisissant enfin.

– Oui, confirma Alie. Pourquoi les Dieux auraient accepté qu'une métamorphe noire revienne sur cette Terre aussi facilement ? Tout bonnement parce qu'ils savaient que je ne serais pas assez forte, quel meilleur coup que détruire définitivement les métamorphes noirs à travers moi de cette manière ? D'accepter ma présence ici ? Tout en sachant que je ne ferais jamais le poid devant leurs chevaliers, face aux protecteurs de la Flamme...

Une lueur de rage brilla dans les yeux marron de la voleuse d'âmes devant cette trahison suprême de la part des cieux.

– Tu comprends maintenant, approuva Alie.

– Oui... Je te donne ma parole que je ferai tout ce qui est en mon pouvoir pour t'aider et montrer à tes ennemis un de tes meilleurs talents... la ruse.