Merci à Alice, pcam, DI5M, Andyyouu et Fleur d'Ange pour vos reviews !
Merci à ma bêta Polka60 pour la correction de ce chapitre ! Bonne lecture !
XXIII. Head Witch in Charge
Ginny Weasley prit une longue inspiration, s'efforçant de contrôler la nervosité qui lui tiraillait l'estomac. Elle posa une main sur la poignée de la porte de son dortoir. Après une hésitation qui dura plusieurs secondes, elle l'actionna.
Chaque jour, c'était désormais le même rituel. Elle devait se préparer mentalement à affronter le reste du monde. Depuis que la vérité avait éclaté sur son passé, tout semblait différent.
Elle descendit les escaliers d'un pas rapide, la tête baissée, s'efforçant d'éviter les regards qui suivirent son passage. Lorsqu'elle passa le trou du portrait, elle tomba nez à nez avec Hermione Granger et Harry Potter. Elle eut un mouvement de recul et pendant une fraction de secondes, elle hésita à les ignorer et continuer sa route. Quelque chose la retint toutefois. Elle prit son courage à deux mains et lança :
« Hey. »
En guise de réponse, Hermione lui adressa un regard profondément dégoûté et elle passa devant elle, l'ignorant superbement. Ginny soupira, dépitée et déçue par sa réaction. Elle se tourna vers Harry qui lui lança un sourire nerveux avant de s'engager à la suite d'Hermione, sans lui adresser la moindre parole.
Ginny resta immobile, réprimant son envie de pleurer. En quelques instants à peine, elle avait perdu le peu d'amis qu'elle s'était faite à Poudlard. L'école entière la méprisait. Mais ce n'était rien comparé à sa propre culpabilité.
Elle ne prit même pas la peine de se rendre à la Grande Salle. Elle évitait désormais les grands rassemblements comme la dragoncelle. Les regards accusateurs et les remarques déplacées l'épuisaient. Ils faisaient ressurgir des souvenirs douloureux. Elle se rendit directement à son cours de Potions. Comme à chaque fois désormais, elle s'installa au fond de la classe, à la dernière rangée et sortit ses affaires en silence.
La journée passa à une lenteur abominable et elle fut soulagée lorsque la sonnerie du dernier cours retentit, sonnant l'heure de sa libération. Elle pourrait enfin retourner dans sa grotte, loin de tout lien social et du jugement constant de ses condisciples. Elle se dirigea vers le parc. Le mois de décembre était bien entamé, accompagné de sa brise glacée et ses températures hivernales.
Une excitation palpable planait dans les couloirs de l'école. Les fêtes de fin d'année s'approchaient, ainsi que le Bal de Noël qui annoncerait le début des vacances et le couronnement de Miss Fondatrice. Isolée depuis plusieurs jours, Ginny avait arrêté de suivre la vie sociale de Poudlard.
A son grand soulagement, le parc était vide et elle s'installa sur son banc favori, donnant une vue directe sur le lac. Poudlard était magnifique sous la neige. Elle resserra son écharpe autour d'elle, fixant la surface quasiment gelée de l'eau, perdue dans ses pensées.
Les elfes avaient décoré les abords du château avec des sapins de quatre mètres de haut, ornés de guirlandes brillantes et de boules de Noël colorées, donnant une atmosphère encore plus chaleureuse à l'édifice.
Du coin de l'œil, elle aperçut une ombre s'approcher d'elle et quelqu'un prit place à ses côtés sur le banc. Elle n'eut pas besoin de tourner la tête pour savoir de qui il s'agissait.
« Je suis surprise que tu ne sois pas venu avant. » murmura-t-elle d'un ton plat.
« J'ai pensé qu'il fallait te laisser quelques jours pour te morfondre. Je sais à quel point tu adores ça. » répondit Draco.
Sa remarque lui arracha un sourire. Un geste qu'elle n'avait pas eu depuis des jours. La sensation physique lui sembla bizarre et peu naturelle.
« Est-ce qu'on peut en parler, maintenant ? » suggéra-t-il.
« Parler de quoi ? Tu as lu ce qu'il y avait dans ce dossier, toi aussi. » rappela-t-elle d'une voix amère.
« Je veux entendre ta version des faits. » dit-il.
Ginny se mordit nerveusement les lèvres. Elle ne voulait pas revivre encore et toujours les pires semaines de sa vie. Elle l'avait déjà assez fait durant ces derniers jours. Elle n'avait plus aucun répit. Même son sommeil était peuplé par ses souvenirs.
« Et pour dire la vérité, le dossier n'est pas très exhaustif. J'imagine que la moitié des rumeurs qui ont suivi sont fausses ou exagérées. » poursuivit Draco d'une voix factuelle.
« Je t'ai promis que je t'en parlerai quand je serai prête. » dit finalement Ginny. « J'imagine que c'est le moment de le faire. »
Draco acquiesça, l'encourageant à continuer.
« Ça s'est passé il y a un peu moins d'un an. Tu me connais, je suis du genre problématique. A l'époque, c'était encore pire. J'étais ingérable. Je ne pensais qu'à m'amuser, faire ce que je voulais et je ne pensais aux conséquences qu'après les faits. Non, en fait je me fichais totalement des conséquences. » rectifia Ginny.
« Oui, ça me rappelle quelqu'un. » commenta Draco avec morgue.
Ginny esquissa un sourire désabusé.
« Je n'avais pas les meilleures fréquentations du monde et ça s'est empiré avec les années. Tu as dû lire le nom de Nellie dans le dossier. C'était ma meilleure amie, à l'époque. Quand je n'étais pas avec Ron, j'étais avec Nellie. » expliqua-t-elle avec un sourire nostalgique.
A son entrée à Néréide, son ancienne école, elle s'était immédiatement prise d'amitié pour cette petite fille au regard perdu. Maigrichonne, plus petite que toute leur promotion, Nellie lui avait rappelé un boursouflet inoffensif.
« Nous avions des personnalités différentes, je ne sais pas pourquoi on s'adorait autant. Mais, avec le temps, ça a changé. Nous nous sommes éloignées pendant ma cinquième année car j'ai commencé à traîner avec des élèves plus âgés et à faire les quatre cent coups avec eux. Nellie ne les aimait pas et moi, j'étais persuadée qu'elle était juste jalouse. »
Elles s'étaient disputées à maintes reprises, pendant les deux dernières années qu'elles avaient passées à Néréide. Le sujet de dispute avait toujours été le même : les fréquentations de Ginny ainsi que son comportement lorsqu'elle était avec ses nouveaux amis. « Je ne te reconnais plus, Ginny. » lui avait un jour dit Nellie, après l'avoir vue faire une mauvaise farce à un élève de leur année.
« Je lui disais constamment 'Nellie, décoince-toi un peu, tu as le droit de t'amuser'. Elle ne pensait qu'aux études. C'était le même genre qu'Hermione, en moins extrême évidemment. » ajouta Ginny.
Elle savait désormais qu'il n'y avait rien de mal à être ainsi. Pourtant, à l'époque, la course à la popularité l'avait aveuglée. Elle avait désiré être cool à tout prix. Faire partie du club fermé des élèves qu'on idolâtrait.
« C'était une période compliquée pour moi. Je voulais juste m'intégrer à mon nouveau groupe d'amis mais en même temps, je ne voulais pas perdre ma meilleure amie. Je pensais vraiment pouvoir concilier les deux. » admit Ginny.
Elle réalisa à quel point cela avait été stupide de sa part. Elle regrettait tellement de ne pas avoir choisi Nellie.
« Un jour, ce type de dernière année, Eoin, m'a invitée à une fête qu'il organisait avec quelques amis. Il faisait partie de mon nouveau groupe, lui aussi. La fête se passait dans une sorte de caverne, pas trop loin de notre école. Nous n'avions pas le droit d'aller là-bas, parce que la falaise était dangereuse. Il y avait souvent des chutes de pierres alors ils ont restreint l'accès. Mais nous étions stupides, et on adorait le danger. Eoin m'a proposée de l'accompagner. Je ne voulais pas y aller seule alors j'ai supplié Nellie de venir même si elle les détestait et qu'elle n'avait pas confiance en eux. Je voulais juste qu'elle apprenne à les connaître. Lui prouver qu'ils n'étaient pas juste des cancres. » se justifia Ginny.
Elle avait passé des jours à tenter de convaincre son amie. Elle était persuadée de plaire à Eoin, et qu'il l'avait invitée personnellement car il l'appréciait aussi. Nellie était au courant du béguin de Ginny pour lui. « Si tu es vraiment ma meilleure amie, tu accepteras. » avait lancé Ginny, dans une tentative de manipulation peu reluisante.
« Elle a finalement accepté et nous sommes allées aux falaises avec les autres. On est restés des heures dans la caverne à boire du whisky pur feu et à prendre d'autres saletés. J'ai tellement bu ce soir-là que je commençais à voir trouble. » avoua Ginny avec gêne.
Ce soir-là, elle avait probablement bu la moitié d'une bouteille de whisky pur feu, ce qui semblait démesuré à l'époque, étant donné qu'elle n'était pas habituée à consommer autant l'alcool.
« Je ne sais pas exactement comment ça s'est passé mais les autres sont partis et on s'est retrouvés tous les trois. Nellie, Eoin et moi. On a tous continué à boire. Nellie ne buvait jamais, d'habitude. J'ai insisté pour qu'elle le fasse et elle l'a fait parce qu'elle ne me refusait jamais rien. » poursuivit-elle.
Elle ne gardait que des bribes de souvenirs de ce passage. Elle s'était retrouvée au bord du coma éthylique.
« J'étais ivre morte. Je me souviens juste d'être sortie de mon inconscience à un moment donné et de réaliser que j'étais seule dans la caverne. J'ai entendu la voix de Nellie. Je ne trouvais plus ma baguette, mais je me suis relevée pour aller la chercher. Les affaires d'Eoin n'étaient plus là alors j'ai juste pensé qu'il était reparti à l'école, lui aussi. Et c'est là que j'ai vu Nellie, au bord de la falaise. Elle ne marchait pas droit, j'imagine qu'elle était dans le même état que moi. Je me rappelle avoir crié son nom. Elle a fait un mauvais mouvement, a trébuché, et… et elle est tombée dans le vide. »
Ginny se souvenait encore du son de la pierre qui se fendait brusquement, faisant perdre à Nellie son équilibre.
« Il y a eu ce hurlement horrible, ensuite. Je crois que ça venait de moi, mais je n'en suis pas sûre. Je me suis ruée vers le bord, mais je ne voyais rien, il faisait trop sombre. J'ai redescendu la pente. Je crois que je n'ai jamais couru aussi vite de ma vie. J'ai entendu un bruit, comme celui d'un animal torturé et elle… elle était là. Et tout ce sang Draco… Il y avait tellement de sang. Je n'aurais jamais cru qu'un corps humain puisse en contenir autant. C'était tellement…horrible. »
Elle s'interrompit, incapable de prononcer un mot supplémentaire, son visage ruisselant de larmes. Elle n'avait jamais raconté les faits avec autant de détails à quelqu'un d'autre que des Aurors et sa famille.
« C'était un accident, Ginevra. » déclara Draco, qui parlait pour la première fois depuis le début de son récit. « Tu n'es pas responsable. »
« Non, c'était de ma faute. Si je ne l'avais pas poussée à m'accompagner, si je n'avais pas insisté pour qu'elle boive avant, elle n'aurait pas fait cette chute. C'est… C'est de ma faute. » sanglota-t-elle.
Elle ne voulait pas que Draco lui cherche des excuses. Elle avait détruit la vie de Nellie à cause de son égoïsme.
Elle sentit Draco l'attirer dans une étreinte ferme et elle s'effondra contre lui, laissant échapper des sanglots saccadés. Ils restèrent dans cette position si longtemps que le jour fit place au crépuscule.
Finalement, ses larmes se firent plus rares et ses hoquets cessèrent. Elle resta pourtant contre le torse de Draco, y trouvant un soutien nécessaire. Elle se serait probablement effondrée complètement s'il ne la tenait pas ainsi.
Lorsqu'elle reprit son calme, elle se redressa. Elle avait tellement pleuré qu'un mal de tête lui tiraillait le crâne. Elle tenta de l'ignorer puis leva ses yeux bouffis vers Draco. Elle devait vraiment être dans un piteux état car il la regardait avec une inquiétude qu'elle n'avait jamais vu chez lui.
« Les mois après ça ont été… horribles. Certaines rumeurs ont commencé à circuler à mon sujet. Certains disaient que nous nous étions disputées pendant la soirée et que c'est moi qui l'avais poussée. Toute l'école savait que nos relations s'étaient détériorées les mois précédents sa chute alors ils en ont juste tiré des conclusions. Et vu que j'étais le seul témoin sur place, ils pensaient que c'était facile pour moi de prétendre que c'était un accident. » poursuivit Ginny, la gorge nouée.
Assister à l'accident de Nellie avait été traumatisant. Se faire accuser par la suite avait été insupportable.
« Après ça, le reste de l'école m'a prise en grippe. Je me suis faite insulter et accuser pendant des mois. Tous les jours, sans aucune interruption. Au début, j'ai juste accepté. Parce que je me sentais coupable. J'étais persuadée que c'était ma punition pour ce qui était arrivé à Nellie. Alors, j'ai supporté. Ça a été les pires mois de ma vie. C'est pour ça que je hais les Quatre et que je me suis autant opposée à elles, à mon arrivée ici. Je sais ce que c'est d'être harcelée au point de ne plus vouloir sortir de son lit et d'avoir des pensées suicidaires. Je connais cette souffrance et je ne la souhaite à personne. Et je me suis promis de ne jamais le supporter ni d'en rester spectatrice. » expliqua-t-elle, les poings serrés, une soudaine détermination apparaissant sur son visage.
« Que s'est-il passé ensuite ? » demanda Draco avec patience.
« Un jour, un élève m'a dit quelque chose d'horrible encore une fois. Rien de nouveau. Je ne me souviens même pas de ce qu'il a dit, à vrai dire. Mais ce jour, c'était la goutte de trop, pour moi. J'ai complètement craqué, je ne pouvais plus supporter. Je lui ai lancé un sort. De chauve-furie, je crois. J'ai l'habitude de jeter ce sort mais ce jour-là, je ne sais pas… Peut-être à cause de mes émotions, il a été décuplé. Elles l'ont attaqué si violemment qu'il a presque perdu un œil. C'était horrible à voir. »
Elle grimaça tandis qu'elle se souvenait de l'état piteux dans lequel il avait été laissé lorsque les chauve-furies en avaient terminé avec lui. Ginny était juste restée plantée là, à regarder, incapable de bouger le moindre doigt pour l'aider.
« Il a dû aller à Sainte-Mangouste. » admit-elle, peu fière. « Ce type était un Né-Moldu. Et… Nellie aussi. Alors ils ont été persuadés que j'avais un problème contre les Nés-Moldus. On m'a accusé d'être une extrémiste qui prônait la supériorité du sang, ce qui n'était absolument pas le cas. Même les parents d'élèves ont commencé à s'en mêler. Ce n'était pas bon pour l'image de l'école. Alors je me suis faite expulsée. » dit-elle d'une voix amère. « Et tu connais la suite. »
Lorsqu'elle termina son récit, elle sentit un poids gigantesque quitter ses épaules. Au final, il avait été libérateur de lui en parler.
« Je ne sais même pas comment j'ai pu me faire accepter à Poudlard, sincèrement. Ron dit que Dumbledore devait une faveur à mon père. C'est probablement la vérité sinon ils n'auraient jamais accepté quelqu'un avec un dossier comme le mien. »
« Pourquoi tu n'as pas raconté l'histoire aux autres comme tu viens de le faire avec moi ? » interrogea Draco.
« Parce que personne ne me croit. Ils se fichent de la version des faits d'une adolescente difficile avec des antécédents comme les miens. Tout ce qui compte pour eux ce sont les faits. Et avoue-le, ils ne sont pas beaux à voir. » acheva-t-elle avec frustration.
Elle soupira longuement.
« J'imagine que tout le monde me déteste ici aussi, maintenant. Ils doivent tous penser que je suis une anti-moldus dangereuse. Si tu voyais comment Hermione me regarde… Elle doit être tellement déçue. »
Draco resta silencieux.
« Je suis désolée de ne pas t'en avoir parlé avant, mais c'était trop difficile. Et une partie de moi pensait vraiment que je pourrais garder le secret. J'imagine que c'était incroyablement naïf de ma part. » ajouta-t-elle avec un rire sans joie.
« Je ne te déteste pas, Ginevra. Et si j'avais su ça avant, j'aurais fait quelque chose. Je me serai assuré que Daphné ne puisse pas utiliser ça contre toi. » assura-t-il, une lueur de contrariété dans ces yeux.
« Ça n'a plus d'importance. Elle a gagné. » dit-elle avec dépit. « Je… Je n'ai plus l'énergie. »
Elle frotta ses yeux avec le revers de sa manche, effaçant les dernières traces de ses larmes.
« Je vais juste devoir trouver un moyen de finir ma dernière année en étant la paria de l'école. » dit-elle. « Encore une fois. »
« Pas certain que ce soit le cas. La course est serrée entre toi et Daphné Greengrass. » rappela Draco avec un sourire amusé.
Sa remarque fit rire Ginny. Un rire franc, cette fois. Le geste lui fit du bien.
« Crois-moi, avec Poudlard, un autre scandale arrivera bientôt et tout le monde oubliera cette histoire pour s'occuper du nouveau problème à la mode. » dit-il. « Tu ne deviendras probablement pas Miss Fondatrice, mais on finira par te ficher la paix. »
Elle hocha la tête. Dans son ancienne école, on l'avait harcelée de manière active et constante. A Poudlard, toutefois, depuis que les élèves étaient au courant de son passé, ils l'ignoraient ou l'évitaient comme la peste. D'une certaine manière, c'était plus facile à gérer. Du moins, elle l'espérait.
« Merci. » dit-elle avec sincérité. « D'être là pour moi. »
Maintenant qu'elle n'avait plus cette épée de Damoclès menaçant constamment de lui tomber sur la tête et que tout le monde était au courant, elle pourrait peut-être finalement se laisser aller. Désormais, Draco savait tout de son passé et l'acceptait tout de même. Peut-être qu'elle pourrait enfin abandonner ses dernières barrières et se laisser aller avec lui.
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Daphné Greengrass serra le morceau de parchemin dans son poing fermé et le jeta dans les flammes crépitantes de la cheminée. Sans surprise, elle était d'une humeur massacrante. C'était quotidien, depuis sa déchéance. Après des années passées à se hisser au sommet de la pyramide sociale de Poudlard, à soigneusement calculer son ascension, à bâtir une réputation sans tâche, tout s'était effondré en seulement quelques heures. Par la faute de Ginny Weasley.
Daphné n'avait pas perdu de temps pour l'attirer avec elle dans sa chute. Et cette dernière avait été brutale. Weasley avait même atteint le fond avant elle. Malgré cela, Daphné n'éprouvait pas autant de satisfaction qu'elle l'aurait cru. Au fond, Ginny Weasley ne lui devait rien. Daphné aurait même dû s'attendre à ce qu'elle fasse un coup de la sorte. Elle aurait dû le voir venir, l'anticiper.
Ce qui la mettait réellement en colère était la trahison de Tracey Davis, sa soi-disante meilleure amie. Comment avait-elle pu se laisser berner si longtemps par son air innocent, son expression ingénue et sa prétendue loyauté ?
A ses côtés, Pansy raturait son devoir de Sortilèges. Il était évident que quelque chose la tracassait. Elle jetait des regards hésitants à Daphné depuis une demi-heure, comme si elle voulait lui demander quelque chose mais qu'elle n'osait pas le faire. Un comble pour Pansy qui n'avait habituellement pas sa langue dans sa poche et qui n'avait honte de rien.
« J'ai parlé à Tracey, tout à l'heure. » dit finalement Pansy d'un ton rapide, ne pouvant visiblement plus se retenir davantage.
Daphné leva un regard sombre sur son amie, l'observant avec irritation.
« Elle n'est vraiment pas bien. Elle s'en veut tellement de ce qu'il s'est passé. Si tu acceptais de lui parler juste une fois, elle… » commença à suggérer Pansy.
« Je t'arrête tout de suite, Pansy. » l'interrompit Daphné d'une voix glaciale. « Je ne veux plus entendre parler d'elle. »
« Mais je l'ai vu traîner avec Luna Lovegood. Tu te rends compte ? Luna Lovegood ! Elle doit vraiment être désespérée pour être au point de... » continua Pansy.
« La ferme, Pansy. C'est mon dernier avertissement. » gronda Daphné, le coin de ses lèvres tremblant sous la fureur.
Pansy parut médusée par son ton hostile et elle garda le silence.
« D'ailleurs si tu es vraiment mon amie, tu ne traîneras plus avec elle. C'est elle ou moi, je te laisse le choix. » acheva Daphné d'un ton sec.
« Ce n'est pas un peu extrême ? Après tout, c'est la faute de Weasley. » rappela Pansy d'un ton indigné.
« C'est la guerre, et dans toute guerre, il y a des victimes et des sacrifices. » lança froidement Daphné.
Son ton glacial persuada probablement Pansy de ne pas insister davantage car elle changea subitement de sujet, retrouvant son air jovial.
« Tu as trouvé ta robe de bal ? » demanda-t-elle avec excitation.
Daphné hocha la tête, se détendant de nouveau. Elle écouta d'un air distrait les péripéties de Pansy pour trouver sa robe de bal. Depuis que ses messages personnels avaient fuité partout dans l'école, Daphné savait que ses chances de remporter l'élection étaient sérieusement menacées. Elle était de nouveau en deuxième position derrière Mandy Brocklehurst.
Pour le moment, elle avait quelque chose de plus grave en tête : le meurtre de Millicent. Les derniers évènements l'avaient distraite et elle avait mis son enquête de côté. Daphné savait toutefois qu'il était primordial qu'elle trouve des réponses.
La veille, elle avait reçu une lettre d'Oscar Sleezer, l'avocat de son père. Il prétendait avoir des informations à lui partager et lui avait donné rendez-vous dans un vieux pub mal famé de Pré-au-Lard. Elle était impatiente d'entendre ses révélations au sujet de Sirius Black.
Le lendemain, elle prétexta une dernière course à faire avant le bal pour pouvoir se rendre à Pré-au-Lard. Elle n'eut pas besoin d'insister pour que Pansy ne l'accompagne pas. Cette dernière lui indiqua qu'elle avait prévu de passer toute la journée du samedi avec son petit-ami, Ron Weasley.
Lorsque Daphné pénétra dans l'enceinte délabrée de La Tête du Sanglier, elle se demanda vaguement comment cet endroit était encore ouvert. Si des officiers du Ministère passaient dans l'endroit pour une inspection, ils auraient probablement fermé l'établissement sur-le-champ, clamant un manquement manifeste aux normes sanitaires requises. Tracey aurait probablement souffert d'une attaque cardiaque si on lui avait demandé d'entrer dans la Tête de Sanglier. Daphné secoua la tête, et son regard s'assombrit, comme à chaque fois qu'elle pensait à son ex-amie.
Un vieil homme à la barbe interminable et grisâtre lui jeta un coup d'œil suspect, comme si sa présence dans cet établissement n'était pas la bienvenue. Daphné aurait juré qu'il lui rappelait quelqu'un de familier mais elle ne parvint pas à mettre un nom sur son visage. Elle jeta un regard circulaire à la pièce et ses yeux se posèrent sur le visage d'Oscar Sleezer. Il était difficile de le manquer, avec son costard d'un vert bouteille. Elle s'approcha de la table à laquelle il s'était installé et se glissa sur la banquette.
« Miss Greengrass. » salua-t-il avec enthousiasme. « Merci d'être venue. Je sais que ce n'est pas le genre d'établissement auquel vous êtes habituée, mais j'ai pensé que c'était mieux ainsi, surtout au vu des circonstances. »
Elle hocha la tête. Elle se souvint que la devise du cabinet de Sleezer était ''Discrétion Totale.''
« Pour vous dire la vérité, nous attendons quelqu'un d'autre. Elle ne devrait pas tarder à arriver. » indiqua-t-il.
« Qui est-ce ? »
« Témoin visuel. » déclara-t-il d'un ton évasif.
La cloche de l'établissement retentit, les prévenant de l'entrée d'un nouveau client. Elle grimaça en entendant le bruit de la cloche, semblable au bêlement d'une chèvre. Quelques secondes plus tard, une femme les rejoignit à la table et s'installa à côté de Sleezer, jetant un regard hésitant à Daphné. Sleezer hocha la tête, comme pour lui indiquer que tout allait bien.
Il fit ensuite un geste en direction du barman et réclama des tasses de thé. Lorsque l'homme barbu posa un service devant eux, Daphné observa sa tasse avec méfiance. La propreté semblait douteuse.
« Miss Clarke, pourquoi ne pas vous présenter à ma cliente ? Et lui expliquer clairement ce que vous m'avez dit ? » suggéra Sleezer.
La dénommée Miss Clarke, une femme blonde d'une trentaine d'années aux yeux rapetissés et à la mâchoire carrée jeta un regard hésitant vers Daphné puis vers Sleezer.
« J'aurais mon argent, n'est-ce pas ? » dit-elle.
Sleezer hocha la tête.
« Et vous m'assurez que personne ne saura que je vous aie dit ça, n'est-ce pas ? » insista-t-elle, visiblement très nerveuse.
« Discrétion totale. Comme je vous l'ai indiqué. » assura Sleezer d'une voix apaisante.
Cela sembla mettre Miss Clarke en confiance et elle se détendit, se tournant vers Daphné.
« Mon nom est Edna Clarke. » se présenta-t-elle. « Je travaille au Département des Sports Magiques. Mais il y a quelques années, j'étais assistante au Bureau des Aurors. »
Elle ajouta deux cuillerées fournies de sucre dans son thé puis touilla nerveusement le liquide à l'aide de sa cuillère.
« Il y a deux ans, nous avons reçu une stagiaire dans le service des homicides. C'était commun d'en avoir une demi-douzaine par an. Elle sortait à peine de l'université et avait réussi son concours d'entrée à l'école des Aurors avec d'excellents résultats. Olivia Kapernick. Une fille discrète qui n'aimait pas trop se faire remarquer. Comme moi, c'était une amatrice de boursouflets, alors on s'est tout de suite très bien entendues, vous voyez. » raconta Edna avec un rire.
Elle prit une gorgée de thé et grimaça de douleur, comme si elle s'était brûlée la langue avec le liquide.
« Un jour, nous sommes allées boire un verre après la fin du service. Elle était ivre et m'a avoué qu'elle entretenait une relation secrète avec l'un des chefs de brigade. »
« Qui était-ce ? » demanda avidement Daphné, même si elle connaissait pertinemment la réponse.
« Sirius Black. C'était lui qui gérait les nouvelles recrues, à l'époque. Il les emmenait sur le terrain pour leur apprendre toutes les ficelles du métier. La première année est difficile pour les nouvelles recrues, ils sont testés physiquement et mentalement pour qu'on s'assure qu'ils aient les épaules pour entrer chez les Aurors. » expliqua Edna. « Ce qu'il faut savoir aussi, c'est que les relations amoureuses sont interdites dans le département. C'est une consigne historique un peu désuète, mais la Direction ne plaisantait pas avec cela. Je pense qu'ils ne voulaient pas créer de problèmes. Dans ce contexte, une relation entre un officier et une nouvelle recrue aurait probablement été encore plus mal vue. »
Edna jeta un regard derrière elle, comme pour s'assurer que personne n'écoutait leur conversation.
« J'étais choquée lorsqu'elle me l'a avoué. Je suis du genre observateur, d'habitude. Toujours au courant des derniers potins. Et Merlin seul sait que je n'ai jamais rien remarqué entre ces deux-là. Quand ils étaient au bureau, Black la traitait comme les autres. Jamais une parole particulière, pas un seul geste déplacé ou même un regard furtif. Je le sais parce que, lorsqu'elle me l'a dit, j'ai commencé à les observer. Le lendemain, elle a dû se souvenir qu'elle m'en avait parlé et m'a supplié de ne rien dire. Elle craignait qu'ils aient tous les deux des problèmes. Évidemment que je n'allais rien dire, et puis au fond ce n'était pas mes affaires. Je l'ai même félicitée. Black faisait fantasmer tout le service. » continua Edna. « Ça a continué pendant des mois, et elle me racontait leurs aventures. Elle était tellement excitée, ça en devenait un peu trop, si vous voulez mon avis. Elle était obsédée par ce type, c'est comme si elle ne vivait qu'à travers lui, c'était un peu…malsain. »
Elle grimaça, se ressassant probablement des souvenirs désagréables.
« Il avait l'air d'avoir cette… emprise sur elle, c'était difficile à voir, de l'extérieur. C'était une petite jeune, 20 ans à peine, très naïve aussi. Leur relation était un peu glauque. J'avais presque l'impression qu'il représentait une autorité parentale pour elle. Elle faisait tout ce qu'il lui disait, contrôlait à qui elle parlait, qui elle voyait en dehors du travail. Elle n'avait pas l'air de voir le mal là-dedans. » continua Edna.
Daphné, qui écoutait attentivement le récit de la femme, se demanda s'il avait aussi tenté de contrôler son amie.
« Elle n'était plus concentrée sur son travail, elle a commencé à faire des erreurs et l'une des autres recrues a été blessée, un jour. Après ça, Black a arrêté de lui parler du jour au lendemain. Il ignorait ses tentatives de contact, agissait comme s'ils ne se connaissaient pas. Après six mois de relation. Olivia était dévastée. La pauvre fille ne mangeait plus. Elle était complètement apathique, ça faisait de la peine à voir. Personnellement, je savais que c'était mieux pour elle, au fond. Il était trop âgé pour elle, trop… dominant. On dirait qu'il aimait juste l'emprise qu'il avait sur elle. Comme s'il prenait du plaisir à la manipuler, à ce qu'elle lui obéisse au doigt et à la baguette sans opposer aucune résistance. » indiqua Edna, semblant frissonner. « Je me demande s'il s'est finalement désintéressé d'elle, après un certain temps. »
Millicent avait indiqué que Black avait mis un terme à leur relation de manière soudaine. Daphné n'avait pas réussi à en trouver la cause dans les notes de la psychomage. Se pouvait-il que la raison soit si simple ? Il avait fini par s'ennuyer après l'avoir utilisée comme un vulgaire chaudron ?
« Ensuite, je ne sais pas ce qu'il s'est passé exactement mais je crois qu'Olivia en a parlé à une autre recrue qui l'a rapporté à la hiérarchie. Black a été suspendu le temps de faire une enquête. J'ai pu lire les compte-rendu car j'étais l'assistance principale du bureau et j'avais accès aux documents de mon chef. Dans le dossier, on expliquait qu'il y avait eu une histoire similaire entre une autre recrue et Black, avant ça. L'affaire a été étouffée par le chef de l'époque. »
Elle grimaça et reposa sa tasse d'un geste indigné.
« Ce qui est intéressant, c'est que mon chef était James Potter. Le meilleur ami de Black. Ils se connaissaient depuis qu'ils étaient à Poudlard, je crois. C'est lui qui a étouffé la première affaire pour protéger Black. Je ne sais pas ce que Black lui a raconté mais j'imagine que Potter a préféré croire son ami de longue date plutôt qu'une petite nouvelle qu'il ne connaissait pas. Par contre, quand c'est arrivé avec Olivia, je ne pense pas qu'il a pu fermer les yeux plus longtemps. » poursuivit Edna. « Malgré ça, l'enquête d'Olivia n'a abouti à rien. Rien de concluant, ce sont les mots exacts du rapport. J'étais écœurée. Ça m'a prouvé la mentalité du département. Une confraternité sexiste où les hommes sont au contrôle. Ils détiennent tout le pouvoir et se couvrent en cas de problèmes. Et dire que ces gens sont supposés protéger les autres et faire régner la justice. Vous y croyez, vous ? J'étais tellement dégoutée que j'ai demandé à me faire transférer dans un autre département après cette histoire. »
« Qu'est-il arrivé à cette fille ? Cette Olivia ? » demanda Daphné en fronçant les sourcils.
« Elle a été renvoyée du département à la fin de son année d'essai. Ils ont justifié son licenciement en disant qu'elle n'était pas ''compatible avec la position du fait de son état psychologique'' C'était des conneries. Elle s'est préparée des années pour pouvoir en arriver là. C'était son rêve de petite fille de devenir Auror. Après ça, je crois qu'elle a fait une dépression sévère. Je n'ai plus trop de nouvelles d'elle, depuis. »
Daphné resta silencieuse, les paroles d'Edna résonnant dans son esprit. Ces révélations lui donnaient une perspective différente sur Sirius Black. Elle avait eu raison de suivre son instinct en essayant de fouiller dans la vie et le passé de cet homme. Ce qu'elle y avait découvert était peu reluisant.
« Merci Miss Clarke pour votre témoignage. » remercia Sleezer, prenant un air compatissant qui sonnait faux. « Et comme promis… »
Il lui tendit une bourse qui produisit un grincement lorsqu'il la posa sur la table. Edna s'empressa de prendre la bourse et la fourrer dans son sac à main.
« J'espère que ça vous aidera. Mais faites attention, ce type est dangereux. Je ne sais pas jusqu'où il serait prêt à aller pour que ça ne s'ébruite pas. » prévint-elle avant de s'éloigner à toute allure en direction de la porte.
Sleezer se tourna vers Daphné, l'observant avec intensité. Il farfouilla dans son attaché-case et en extirpa un dossier qu'il tendit à Daphné.
« Il n'a pas été déchu de ses fonctions d'Auror, même après tout ce qu'il s'est passé. Probablement protégé par des gens hauts-placés comme l'a expliqué Miss Clarke. Mais je pense qu'ils ne pouvaient pas se permettre de le laisser dans les rangs. Ma théorie personnelle, c'est qu'ils ont négocié une belle indemnité de départ et qu'il a tout simplement démissionné. »
Daphné hocha la tête, gravement. Cela expliquait pourquoi il avait réussi à obtenir ce poste à Poudlard. Personne n'aurait accepté de le laisser enseigner dans une école et d'encadrer une bande d'écolières s'ils connaissaient ses antécédents.
« Ce n'est pas tout. Regardez à l'intérieur du dossier. » insista Sleezer. « Olivia Kapernick n'était qu'une femme parmi tant d'autres. Il y en a eu d'autres tout au long de sa vie. Toujours le même profil de femmes. »
Daphné parcourut le dossier des yeux et ce qu'elle vit lui retourna l'estomac. Olivia n'avait été qu'une victime parmi tant d'autres. Tout au long de sa vie, Sirius avait séduit et manipulé plusieurs dizaines de femmes. Grâce à des témoignages divers et quelques reconstructions, Sleezer était parvenu à trouver des informations sur certaines d'entre elles. Cela avait commencé à la fin de la scolarité de Black.
Le profil de ces femmes était toujours le même. Des personnes sensibles, physiquement banales ou à la beauté discrète pour la plupart, naïves, et manquant visiblement de confiance en elles. C'était probablement ainsi qu'il parvenait à s'insinuer dans leur psyché et à les manipuler avec tant de facilité.
Elles devaient probablement se sentir spéciales à l'idée d'être attirantes aux yeux d'un homme aussi séduisant et accompli. Et lorsqu'elles tombaient dans le piège, il pouvait faire ce qu'il voulait d'elles. Avait-il profité de la fragilité de Millie de la même manière ? Rien n'était moins sûr. Sirius Black était un homme narcissique et manipulateur, pensa Daphné avec dégoût.
Et surtout, c'était un prédateur.
Pendant la marche qui la mena au château, des milliers de questions se bousculèrent dans son esprit. Millicent était-elle devenue un risque pour lui ? Avait-il vraiment essayé de la faire taire ? Il devenait critique qu'elle obtienne une preuve concrète. Elle n'avait pas le choix. Elle devrait se rapprocher de Black pour mieux le tromper.
Même si cela impliquait de se mettre en danger.
/
« Quelle traînée. » commenta Lavande Brown d'un ton indigné, fronçant le nez avec aversion. « Vous avez vu comment Greengrass s'est collée au professeur Black pendant le cours de DCFM, ce matin ? »
Parvati Patil hocha frénétiquement de la tête, semblant partager l'avis intransigeant de son amie sur la question.
Ginny, installée non loin de leur table, tendit l'oreille. Pendant le cours de DCFM, plus tôt dans la journée, Daphné Greengrass s'était portée volontaire pour participer à l'exercice pratique du jour. Elle avait semblé particulièrement tactile envers le professeur Black. Même Blaise Zabini, son petit-ami, avait paru contrarié devant la scène.
« Elle essaie probablement de gagner des points pour l'élection après toute cette histoire. Mais personne n'est dupe. On sait tous que c'est une garce démoniaque. Professeur Black lui a mis le vent de la décennie. » renchérit Lavande, non sans dissimuler sa satisfaction extrême. « L'égo surdimensionné de Greengrass a dû en prendre un sacré coup. »
Le trou du portrait de la salle commune de Gryffondor coulissa, laissant entrer un Seamus Finnigan surexcité. Il arborait cet air conspirateur qu'il affectionnait tant, s'apprêtant sans l'ombre d'un doute à révéler une information particulièrement croustillante.
« Vous avez entendu la nouvelle ? » demanda-t-il à voix haute, s'adressant à tous les élèves présents.
« Tu as enfin décidé de sortir du placard ? » demanda Dean d'un ton taquin, faisant référence à l'orientation sexuelle de Seamus qu'il gardait secrète pour une raison obscure.
« Pas besoin. On a ouvert ce placard il y a des années et on a vu que tu te trouvais à l'intérieur. » lança Parvati avec amusement.
Seamus brandit son majeur dans sa direction, mais il parut déridé par sa remarque.
« Certains de vos petits amis m'ont rendu visite dans ce placard sans que vous ne le sachiez. » répliqua-t-il d'un ton vicieux.
Sa réponse ferma le clapet de Parvati et des rires s'élevèrent de toute part dans la salle commune. Ginny vit Harry rougir.
« En attendant, on n'a pas entendu ton scoop, Seamus. Que se passe-t-il ?» interrogea Lavande avec curiosité.
« Mandy Brocklehurst a été chopée avec de la poudre de Billywig dans ses affaires. Rusard l'a trouvée pendant une fouille surprise. » annonça-t-il.
On entendit des jurons de toute part.
« Elle prétend que ça ne lui appartient pas mais évidemment personne ne la croit. Je n'arrive pas à croire qu'elle soit assez stupide pour faire ça. Surtout après tout ce qu'il s'est passé. On dirait qu'elle cherchait les problèmes. » poursuivit Seamus en secouant la tête.
Il s'installa entre Harry et Hermione sur le sofa.
« Et vous savez la meilleure ? Elle a été éliminée de l'élection. » annonça-t-il avec satisfaction.
Il posa son bras sur l'épaule d'Hermione, qui parut un peu apeurée par le geste.
« Félicitations, Hermignonne. Tu passes en tête de liste ! » annonça-t-il d'un ton excité.
Des applaudissements et des cris de victoire retentirent de toute part.
« Gryffondor ! Gryffondor ! Gryffondor ! » hurlaient-ils.
Ginny tourna la tête et croisa le regard d'Harry qui paraissait aussi alerté qu'elle. Même s'ils n'échangèrent pas de paroles, Harry sembla comprendre le contenu de ses pensées. Il fit un hochement de la tête dans sa direction, comme pour lui signifier son approbation.
« Hermione ? » héla Ginny, le lendemain.
Hermione sembla se tendre en apercevant Ginny. Elle avait refusé de lui adresser la parole depuis que le secret de Ginny avait été révélé au grand jour.
« Hermione, s 'il te plaît, écoute-moi. Juste… Écoute-moi. » plaida Ginny. « C'est vraiment important. »
Le visage de sa condisciple sembla s'adoucir.
« Je t'écoute. » dit-elle finalement.
« Je sais que tu me détestes probablement. Et je ne suis pas là pour chercher à te convaincre de ne pas le faire. » commença Ginny. « Je veux juste te mettre en garde. »
« Me mettre en garde contre quoi ? » s'étonna Hermione, visiblement mal à l'aise à cause du ton grave employé par Ginny.
« Harry et moi pensons que quelqu'un est après les candidates à l'élection. »
Hermione ouvrit la bouche, médusée.
« C…Comment ça ? » demanda-t-elle.
« Ça expliquerait tout ce qui se passe. Les sabotages et les attaques sur certaines d'entre elles. Bones qui a failli se faire empoisonner, le sabotage de Brocklehurst, celui de Daphné Greengrass. Ton agression. Et peut-être même Millicent Bulstrode. » énuméra Ginny.
Les yeux d'Hermione s'écarquillèrent, horrifiée.
« Mais les Aurors ont dit qu'il s'agissait d'une overdose. » dit-elle.
Ginny la vit frissonner, et une lueur terrorisée passa dans le regard d'Hermione. Elle avait probablement gardé la vision du corps de Millicent à l'esprit.
« Je commence à en douter. » admit Ginny, l'air sombre.
« Mais qui pourrait faire ça ? Tu penses que c'est l'une des candidates ? » interrogea Hermione.
« Aucune idée. Pour l'instant. Mais je compte bien le trouver. » affirma Ginny avec détermination.
« Tu ne crois pas que c'est un travail pour les Aurors ou les professeurs ? » demanda Hermione sur le ton de l'évidence, l'observant comme si elle était folle. « Si jamais c'est vrai, tu sais à quel point c'est dangereux ? »
« Je sais, c'est pour ça que je te le dis. Pour que tu fasses attention à toi, et pour que tu m'aides à comprendre ce qu'il se passe. »
Hermione hocha la tête, l'air incertain.
« Qu'est-ce qu'on va faire ? » demanda-t-elle finalement, d'une voix tremblante.
« Remonter chacune des pistes. Et s'il le faut, j'irais voir les profs. Peut-être que le Professeur Black pourrait nous aider. Après tout, c'est un ancien Auror. » lança Ginny, tentant désespérément de trouver des pistes pour se lancer.
Soudainement, le visage d'Hermione sembla se figer, comme si elle réalisait quelque chose d'important.
« Hermione ? » demanda Ginny, paniquée.
« G…Ginny. Je…dois t'avouer quelque chose. » dit Hermione d'une voix blanche.
Ginny l'observa avec confusion, étonnée de la lueur effrayée et honteuse sur le visage d'Hermione.
« Promets-moi de ne le dire à personne. Personne ne doit savoir. » dit-elle nerveusement.
Ginny acquiesça, alertée. De quoi pouvait-il s'agir ? Qu'est-ce qui la mettait dans cet état de nervosité ?
Lorsque Ginny fut de retour dans son dortoir, une heure plus tard, elle s'assit sur son lit, encore choquée par la révélation d'Hermione.
Sirius Black, pensa-t-elle, écœurée. Entretenir une relation secrète avec l'une de ses élèves ? Une adolescente de presque vingt ans sa cadette ? Elle grimaça de dégoût. Pourquoi Hermione n'avait-elle rien dit avant ?
Cela changeait totalement la donne. Un profond sentiment de malaise la parcourut au sujet du professeur Black.
Même si Hermione refusait de croire qu'il avait quoi que ce soit à faire dans cette affaire, par naïveté probablement, Ginny, elle, ne croyait pas à son innocence. Il était proche des candidates car il faisait partie du jury de l'élection. Mais quel était son motif ? Pourquoi s'en prendre ainsi à des étudiantes ? Avant tout, elle avait besoin d'obtenir davantage d'informations. Le lendemain, elle s'accorda avec Hermione pour dénicher des indices.
« Il faudrait trouver un moyen de rentrer dans son bureau. Mais c'est risqué si on se fait prendre, Ginny. » dit Hermione, en se triturant les mains, visiblement angoissée par l'idée.
« Il faut trouver un moment où personne ne se balade dans les couloirs ni dans le château. » affirma Ginny, l'air résolu.
Soudainement, ses yeux s'agrandirent tandis qu'elle était traversée par une idée.
« Mais évidemment ! Le bal ! Comment n'ai-je pas pu y penser avant ? » s'exclama-t-elle.
Hermione l'observa avec confusion.
« Tout le monde sera dans la Grande Salle ou dans le parc le jour du bal. Lui y compris. C'est le moment parfait pour aller fouiner. On aura des heures. » avança Ginny avec excitation.
Hermione sembla réfléchir à l'idée.
« C'est une bonne idée. » déclara-t-elle, finalement, baissant la voix. « Mais je ne veux pas y croire, Ginny. Je ne veux vraiment pas y croire… »
« Je sais que c'est difficile. » répondit Ginny d'une voix douce.
Elle posa une main sur l'épaule d'Hermione.
« Tu as bien fait de m'en parler. » poursuivit Ginny. « Ce qui s'est passé n'est pas normal. C'est un adulte, un professeur, il… »
Elle s'interrompit brusquement lorsqu'un groupe de cinquième année passa à côté d'elles. Elles décrétèrent qu'il était trop risqué d'en parler ainsi en public et décidèrent de se fixer un nouveau rendez-vous plus tard dans la soirée.
« Tu en as parlé à Harry ? » demanda Ginny, une fois qu'elles se retrouvèrent dans le dortoir de Ginny, quelques heures plus tard.
Hermione secoua le la tête, horrifiée.
« Non, Ginny. Il ne doit pas savoir. C'est son parrain. Tu sais à quel point il l'admire et le met sur un piédestal. » réfuta Hermione.
Ginny acquiesça.
« On va simplement enquêter. Si on ne trouve rien, il n'y aura pas besoin de continuer à le suspecter de quoi que ce soit et nous n'aurons pas besoin de le dire à Harry. Entendu ? » suggéra-t-elle.
Hermione hocha la tête, signifiant qu'elle comprenait. Poussée par un instinct protecteur, Ginny s'approcha d'Hermione et l'étreignit, comme pour la rassurer.
Même si elle tentait de paraître confiante et assurée devant Hermione, Ginny tremblait littéralement de l'intérieur. Mais elle avait une chance de se racheter de toutes ses actions passées et elle devait la saisir.
Même si elle se mettait en danger auprès de Sirius Black.
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Daphné Greengrass fixa son reflet à travers le large miroir de la salle de bain. Ses cheveux étaient relevés dans un chignon complexe et sophistiqué, et ses yeux ressortaient particulièrement grâce à son maquillage charbonneux.
L'élection de Miss Fondatrice arriverait à son terme le soir même, à l'annonce du nom de la grande gagnante, qui serait sacrée pendant le Bal. Trois mois auparavant, sa seule préoccupation avait été d'obtenir le St-Graal et d'asseoir totalement sa supériorité sur le reste de l'école.
A l'origine, elle avait cru que l'élection serait une simple formalité, presque un jeu d'enfant. Elle avait été persuadée, que, face à la pâleur de ses compétitrices, elle n'aurait eu aucun mal à se distinguer. Après tout, elle était l'élève la plus populaire de l'école et sa domination était évidente. Rien ni personne n'osait se mettre en travers de son chemin.
Pourtant, tout cela lui semblait désormais si… loin.
L'élection s'était révélée plus compliquée que prévue et Daphné, qui avait pourtant un talent certain pour évaluer les risques à l'avance, s'était retrouvée dépassée par les évènements. Certaines candidates lui avaient opposé une résistance forcenée, peu enclines à lui laisser prendre le titre sans un combat équitable.
Daphné n'aimait pas la compétition. Elle abhorrait tout ce qui se plaçait entre elle et ses objectifs personnels. Alors, elle avait été forcée de s'adapter. Pourtant, si elle avait prévu dès le début que Mandy Brocklehurst serait un problème tenace, elle n'aurait jamais imaginé être menacée par Ginny Weasley ou même des filles insipides comme Hermione Granger ou encore Luna Lovegood.
Elle avait dû préparer son arsenal de guerre. Et pour Daphné, il n'y avait pas de fausse interposition ni de zone tampon. Elle s'était préparée à livrer bataille jusqu'à ce que mort s'en suive.
Ironiquement, c'est ce qu'il s'était passé. Millicent était morte, emportant dans sa tombe une vie remplie de secrets. Toutes les préoccupations de Daphné avaient été chamboulées. Elle avait perdu son statut au sein de l'école, refoulée de renégate et si ce n'était pas assez pour la narguer, Hermione Granger était passée devant elle pour l'élection. Luna Lovegood fermait le podium avec une différence de points minimes. Les derniers résultats avaient été publiés sept jours auparavant, et les quatre premières candidates se menaient une guerre serrée avec seulement quelques dizaines de points de différence.
Le jury avait fait retirer le tableau d'honneur pendant la dernière semaine, probablement pour garder le suspense jusqu'au bout. Daphné savait que tout restait à jouer. Les semaines précédentes avaient prouvé que les points pouvaient évoluer en quelques heures seulement. Elle n'était pas sûre de ses chances toutefois.
Daphné appliqua son rouge à lèvres sombre sur ses lèvres pleines. Elle avait d'autres priorités pour la soirée. Elle ajusta sa longue robe bandeau d'un rouge sang, où une longue fente montrait sa jambe.
« Oh, wow. » commenta Pansy, faisant irruption dans la salle de bain. « Sexy. »
Daphné tourna la tête et croisa le regard de son amie qui l'observait de haut en bas, l'air appréciateur.
« Tu m'aides avec la fermeture de ma robe ? » demanda Pansy en se tournant.
Pansy portait une longue robe en tulle d'un rose pâle avec un col en cache cœur et une taille très marquée, qui étincelait avec ses paillettes brillantes. En guise d'accessoire, une longue cape en tulle couvrait ses épaules et l'arrière de la robe. Pansy adorait les strass et les paillettes et il était évident qu'elle se ferait remarquer avec sa tenue.
Une fois la fermeture de sa robe remontée, Pansy se tourna vers le miroir et fit mine de déposer sur sa tête une couronne imaginaire. Elle prétendit ensuite éponger des larmes invisibles au coin de ses yeux puis de saluer une assemblée imaginaire, sous l'œil amusée de Daphné. Celle-ci pénétra de nouveau dans le dortoir, attrapant sa paire de talons hauts. Elle prit également une paire de chaussures plates qu'elle enfourna dans son petit clutch à perles.
Pansy s'était définitivement installée dans son dortoir et avait pris la place de Tracey depuis la trahison de cette dernière. Tracey, elle, avait récupéré l'ancien dortoir de Pansy, qu'elle avait partagé avec Millicent. Tracey prenait désormais le soin de ne pas rester dans la même pièce que Daphné ou de ne pas la regarder lorsqu'elles se croisaient dans les couloirs.
La colère de Daphné contre Tracey ne s'était pas apaisée et la douleur de sa trahison était toujours présente. Elle n'avait simplement pas eu le temps de s'y intéresser avec les derniers évènements en date.
« Les garçons nous attendent en bas. » l'informa Pansy d'un ton guilleret, faisant de nouveau irruption dans le dortoir.
Elle prit une grande inspiration, touchant le corset serré de sa robe.
« Je n'arrive pas à respirer correctement mais je me sens plus belle que jamais. C'est le principal. » dit-elle avec un soupir.
Elle s'installa sur son lit, tapant la place à ses côtés pour inviter Daphné à faire de même.
« Laissons les garçons poireauter encore vingt minutes. » dit-elle avec un sourire vicieux. « Il faut toujours arriver avec un retard savamment calculé. C'est la base. »
« Tu es démoniaque, Pansy. »
Trente minutes plus tard, lorsqu'elles pénétrèrent dans la salle commune de Serpentard, tous les regards se tournèrent dans leur direction. Daphné repéra Blaise près de la cheminée et se dirigea dans sa direction.
« Tu es superbe. » la complimenta-t-il.
Il posa un baiser sur sa joue, probablement conscient du temps qu'elle avait passé à se préparer et ne voulant pas ruiner son maquillage. Elle lui adressa un sourire éclatant. Blaise était plus que séduisant, avec son costume parfaitement ajusté d'un gris foncé, accessoirisé par une cravate bordeaux.
Elle tourna la tête, et aperçut Ron Weasley, la bouche ouverte devant Pansy qui paraissait se délecter de sa réaction parlante. C'était la première fois qu'elle voyait Ron aussi élégant. Il paraissait un peu gauche dans son costume à trois pièces. Daphné ne doutait pas une seule seconde qu'il s'agissait d'un choix de Pansy.
Ils quittèrent la salle commune, s'engageant à la suite d'un autre groupe d'élèves qui parlait avec animation. Lorsqu'ils pénétrèrent dans la Grande Salle, elle fut émerveillée par la décoration de la pièce. L'endroit avait été transformé pour l'occasion. Des panels de glace lumineux recouvraient les murs et des stalagtiques lévitaient dans le faux ciel de la Grande Salle. Au milieu de la pièce, surélevée sur une estrade et posée à l'intérieur d'un récipient en verre, Daphné aperçut la couronne qui serait remise à Miss Fondatrice, à l'issue de la soirée. Ses yeux scannèrent ensuite la pièce et elle repéra Sirius Black, en grande discussion avec Luna Lovegood. Elle grimaça de dégoût face à la scène. Irait-il jusqu'à jeter son dévolu sur Lovegood ? Profiter de ses problèmes d'harcèlement pour mieux asseoir son emprise sur elle ? Cet homme était un prédateur dangereux, et il fallait absolument qu'elle l'arrête. Cela devenait critique.
« Je vais nous chercher des verres. » indiqua Blaise à son oreille.
Elle l'observa s'éloigner, restant à l'écart. Pansy avait immédiatement attiré Ron sur la piste de danse, et se déhanchait au rythme de la musique entraînante jouée par le groupe invité pour animer l'événement.
Daphné croisa des regards hostiles dans sa direction, et elle les ignora, tentant de garder la tête haute. La découverte de ses messages privés l'avait reclassée au statut d'indésirable. Jamais de sa vie, elle n'avait été traitée ainsi. Elle avait même l'impression que certains des étudiants n'attendaient qu'un prétexte pour pouvoir la haïr publiquement. Elle ne possédait plus le pouvoir qu'elle avait eu pendant toutes ses années. Plus personne ne la craignait. Lorsque Blaise revint avec un verre d'hydromel sans alcool, elle lui adressa un sourire forcé. Elle n'avait pas le cœur à faire la fête.
« Je crois que j'ai oublié quelque chose dans mon dortoir. Je vais le récupérer. » dit-elle, après quelques minutes, trop impatiente pour attendre davantage.
Blaise sembla sur le point de protester mais Daphné l'interrompit :
« Ne m'attends pas. »
Elle s'éloigna à toute vitesse, ignorant la réponse de Blaise et quitta la Grande Salle. Elle fut soulagée de quitter l'atmosphère pesante du bal. Cela aurait dû être l'un des plus beaux jours de sa vie.
Au lieu de prendre la direction des escaliers menant aux cachots, Daphné prit le chemin inverse. A sa grande satisfaction, elle remarqua que les couloirs étaient vides et elle en profita pour changer sa paire de talons hauts pour une paire de chaussures plates, plus confortables. Elle avait repéré des Aurors près de la sortie du château et de la Grande Salle. Ils faisaient probablement office de sécurité. Pourtant ils n'avaient visiblement pas jugé utile de faire le guet dans les couloirs.
C'est ma chance, pensa-t-elle avec excitation.
Elle arriva rapidement devant le bureau du professeur Black et jeta des regards suspicieux autour d'elle. Elle fourra la main dans sa pochette en perles et en extirpa une clef.
Deux jours plus tôt, elle avait fait en sorte d'être mise en retenue par Rusard en faisant éclater par ''inadvertance'' une boule puante devant son bureau. Un liquide dégoûtant avait coulé dans la pièce, souillant le sol de son bureau. Il l'avait forcée à récurer le sol pendant trois heures à la manière moldue. Daphné avait profité d'un moment d'inattention de la part du concierge qui s'était rendu aux toilettes pour se jeter vers l'armoire où Rusard gardait les clefs de l'établissement. Elle avait subtilisé le double de la clef qui donnait l'entrée au bureau du professeur Black.
Daphné avait probablement perdu des points supplémentaires pour l'élection et son dos lui faisait encore mal après les heures passées à récurer le sol dégoûtant du bureau de Rusard. Mais cela en avait valu la peine.
Pour Millicent, pensa-t-elle pour se redonner du courage, enfouissant la clef dans la serrure.
Celle-ci produisit un cliquetis bref. La porte s'ouvrit. Elle remercia silencieusement Merlin et s'empressa de rentrer à l'intérieur, refermant soigneusement la porte derrière elle.
Un grand bureau se trouvait au milieu de la pièce et Daphné s'en approcha, fouillant fébrilement dans les papiers posés dessus, puis dans les tiroirs, à la recherche du moindre indice. Elle ne savait pas ce qu'elle cherchait pour être totalement honnête. Ses recherches sur le bureau de Black ne donnèrent rien et elle soupira avec frustration, jetant des regards autour d'elle.
Elle remarqua un meuble de rangement fermé par une vitre transparente où s'étalaient une dizaine d'étagères. Sur chacune d'entre elles étaient disposés des dizaines d'objets en tout genre. Certains paraissaient être des instruments utilisés pour la DCFM, d'autres étaient des reliquats d'objets détruits ayant probablement appartenus aux mages noirs que Black avait pourchassé tout au long de sa carrière d'Auror.
Une étagère remplie de fioles en tout genre attira son attention et elle remarqua que chacune portait une étiquette, explicitant le contenu du récipient. Potion de Mort Vivante, Polynectar, Veritaserum, put-elle lire sur certaines d'entre elles.
Soudainement, son cœur rata un battement lorsqu'elle aperçut les mots Élixir Soporifique sur l'une d'elles. Daphné s'empara de la fiole, le souffle coupé, un malaise profond lui tordant l'estomac.
C'était ça. Elle avait trouvé sa preuve, pensa-t-elle avec panique et excitation. Elle aurait pu éclater de rire et fondre en larmes en même temps.
Soudainement, un bruit retentit contre la porte. Avec horreur, Daphné entendit le son d'une clef qu'on introduisait dans la serrure. Affolée, elle se précipita vers le bureau et se jeta sur le sol pour s'y cacher.
La porte s'ouvrit dans un grincement et Daphné cessa de respirer, terrorisée à l'idée de faire le moindre son. Elle ferma les yeux, tandis qu'elle entendait des pas feutrés se déplacer dans la pièce, comme si la personne cherchait quelque chose. Puis soudainement, le bruit des pas cessa et elle ouvrit les yeux. Même si elle voulait tenter de voir qui était dans la pièce, elle n'osait pas bouger de peur d'attirer l'attention sur elle.
Était-ce Black ? Avait-il placé des protections dans son bureau pour être averti d'une intrusion éventuelle ? Elle se maudit de ne pas y avoir pensé plus tôt.
Les bruits de pas n'avaient pas repris et Daphné resta immobile, remplie d'appréhension, attendant un nouveau mouvement de la personne. Soudainement, elle sentit une douleur cuisante au niveau de sa tête et elle s'effondra sur le sol.
/
Lorsque Ginny pénétra dans la Grande Salle en compagnie d'Harry et Hermione, elle se demanda combien de gallions le comité de l'élection avait passé dans cet évènement grandiloquent. La décoration était tellement ostentatoire et exagérée qu'elle partagea, l'espace d'un instant, l'opinion de Rita Skeeter sur l'utilisation du budget financier de l'école.
« C'est juste trop. » commenta-t-elle.
« C'est toujours comme ça, Ginny. » commenta Harry avec un rire. « Poudlard n'est pas l'école la plus prestigieuse du Royaume-Uni pour rien, tu sais. Elle a une réputation à tenir. »
Ginny était soulagée d'avoir finalement retrouvé l'amitié d'Hermione et Harry après la révélation de son secret. Même si le reste de l'école la traitait comme si elle était la pire des meurtrières, elle n'avait finalement pas perdu le soutien de ceux qui comptaient réellement pour elle. Hermione avait même arrêté de lui faire la tête depuis leur discussion. Quant à Harry, il était revenu automatiquement lorsqu'il avait vu qu'Hermione n'était plus autant en colère contre Ginny. Elle savait qu'Harry était un ami extrêmement loyal et qu'il soutenait toujours Hermione dans ses décisions. Ginny ne l'en respecta que davantage.
« Ils pourraient donner l'argent qu'ils passent dans l'organisation de ce bal directement à l'association. » dit Ginny avec sa mauvaise humeur habituelle.
« Et interdire à la jeunesse dorée britannique une occasion de se bourrer la gueule et de s'amuser toute la nuit ? Inimaginable. » déclara Harry, faussement indigné. « C'est inclus dans nos frais de scolarité. »
« C'est vraiment toujours comme ça ? » demanda Ginny avec une grimace, tandis qu'elle observait les alentours, l'air ennuyé.
Harry hocha la tête.
« Oui, et ça devient un peu plus fou chaque année. Seuls les élèves à partir de la cinquième année sont autorisés à y participer. » expliqua-t-il. « C'est la troisième fois pour Hermione et moi… »
Il se tourna vers Ginny, arborant un grand sourire.
« Mais c'est une grande première pour toi. En plus, tu entres directement dans le club fermé des candidates de Miss Fondatrice. Bravo Ginny, c'est une réussite. La plupart de ces filles ont dû se préparer pendant des années pour avoir une chance d'être sélectionnée. »
Ginny leva les yeux au ciel. Elle n'éprouvait aucun plaisir à faire partie de cette élection grotesque.
« Le seul point positif de cette soirée, c'est que cette farce d'élection sera enfin terminée à la fin. » dit-elle avec satisfaction. « J'ai tellement hâte. »
A côté d'eux, Hermione était silencieuse, visiblement soucieuse. Contrairement aux autres Miss, qui étaient toutes sur leur trente et un, elle portait une robe noire relativement simple et sans fioriture. Dans la salle commune, Harry lui avait expliqué qu'Hermione avait d'abord refusé d'assister au bal. Il ne comprenait pas pourquoi la jeune fille était devenue aussi déprimée ces derniers temps. Je ne la reconnais plus, avait-il révélé à Ginny. Cette dernière était restée silencieuse et n'avait pas fait de commentaire. Elle n'avait pas eu le cœur d'expliquer à Harry tout ce qu'il se passait dans son dos. Ginny savait qu'Hermione était nerveuse à l'idée du plan qu'elles s'apprêtaient à réaliser pendant la soirée.
Même Ginny avait fait un effort considérable sur son apparence, pour une fois. Avec l'insistance de sa mère, elle n'avait pas eu d'autre choix, pour dire la vérité. Trouver une robe de bal qui lui plaisait s'était révélée être un parcours du combattant, et elle avait rapidement abandonné l'idée.
Puis, trois jours plus tôt, elle avait été surprise de recevoir un paquet durant le petit déjeuner. Elle n'avait pas reconnu le hibou, un animal magistral aux plumes d'un blanc immaculé. Lorsqu'elle avait ouvert le paquet à la table de Gryffondor, elle y avait trouvé une magnifique robe de soirée d'un vert impérial.
Elle avait trouvé la carte de visite d'une boutique localisée sur le Cours Écarlate, l'allée marchande des sorciers fortunés, à Londres.
« Oh wow. » s'était exclamée Lavande Brown.
Elle avait observé Ginny pendant qu'elle ouvrait le paquet, sans aucune gêne.
« C'est une robe dessinée par Narcissa Malfoy. » avait-elle ajouté, une pointe de jalousie audible dans la voix. « Elles sont hors-de-prix. »
Apparemment, Narcissa Malfoy était une créatrice connue dans le monde de la mode britannique et elle possédait une boutique de robes de luxe. Parmi ses clients se trouvaient notamment des célébrités et des personnalités politiques.
Immédiatement, Ginny avait tourné la tête vers la table de Serpentard. Elle avait croisé le regard de Draco Malfoy qui lui avait adressé un clin d'œil avant de reprendre sa discussion avec l'un de ses condisciples.
« Tu ne peux pas. C'est trop. » avait-elle refusé, quelques heures plus tard, en croisant Draco dans les couloirs.
« De quoi parles-tu, Ginevra ? » avait-il demandé, prenant un air innocent.
« Cette robe. Je ne pourrais jamais me permettre quelque chose de ce genre. Tu n'aurais pas dû faire ça. »
« Ma mère voulait s'assurer que ma cavalière soit la plus belle du Bal. »
Les joues de Ginny avait pris une couleur écarlate, embarrassée. Qu'avait-il raconté à sa mère au sujet de leur relation ?
« Je ne peux pas accepter ça… Je ne sais même pas quoi dire… »
« Tu la remercieras lorsque tu la rencontreras. » décréta Draco d'une voix ferme, comme si cela réglait la situation.
« Mais… »
« Si ça peut t'aider à l'accepter, c'est juste un prêt pour la soirée. Tu peux la rendre après le bal. Ma mère fait parfois cela avec ses robes pour en faire la promotion et gagner des clients potentiels. » expliqua Draco.
Ginny avait finalement accepté, convaincue par ses explications.
« Ton cavalier est près du bar. Dis-lui de fermer la bouche, il risque d'avaler un botruc. » déclara Harry avec un rire moqueur.
Il désigna Draco Malfoy à quelques mètres qui avait les yeux rivés dans leur direction.
« Je vous vois plus tard. Hermione, à toute à l'heure. » ajouta Ginny d'un ton entendu, envoyant un regard appuyé en direction de cette dernière.
Hermione lui fit signe qu'elle avait compris et s'éloigna avec Harry vers une table occupée par un groupe de Gryffondor. Ginny se dirigea vers Draco, un peu nerveuse. Il l'observait comme s'il la voyait pour la première fois.
« Rien à dire, Malfoy ? Merlin, c'est une première pour toi. » commenta-t-elle d'un ton sarcastique.
« Tu es phénoménale. » dit-il, visiblement trop choqué pour penser à une répartie spirituelle. « Juste…parfaite. »
Ginny sentit ses joues se rosir face au compliment.
« Merci. » dit-elle avec un léger sourire.
Elle fut soulagée que ses cheveux, légèrement bouclés pour l'occasion, cascadent librement sur ses épaules. Ils couvraient ses oreilles qu'elle devinait désormais écarlates.
Draco était aussi particulièrement séduisant. Il portait un tuxedo noir qui mettait en valeur sa silhouette athlétique, avec un nœud papillon de la même couleur que la robe de Ginny. Du coin de l'œil, Ginny aperçut la couronne de Miss Fondatrice, exhibée au milieu de la pièce avec ses pierres étincelantes, attirant tous les regards. Était-ce donc l'objet de tous les désirs ? Étrangement, le fait d'assister à ce bal, au bras de Draco, vêtue d'une robe aussi magnifique lui fit imaginer pendant l'espace d'un instant qu'on prononçait son nom et qu'elle revêtait la parure sur sa tête. C'était la première fois depuis le début de l'élection qu'elle avait une pensée de la sorte. Draco avait suivi son regard.
« Apparemment, les résultats seraient extrêmement serrés. Ça se jouerait à seulement quelques points. » lui apprit-il.
Elle haussa les épaules, faisant mine de ne pas être intéressée.
« Qu'est-ce qu'il faut faire ici pour avoir une boisson ? Je meurs de chaud. » se plaignit Ginny.
« Je vais nous chercher ça. » indiqua Draco en s'éloignant vers la longue file au bar.
Quelques minutes plus tard, il retrouva Ginny et lui tendit un verre. Elle le prit avec reconnaissance et le porta à ses lèvres, assoiffée. Elle s'étrangla en réalisant que la boisson contenait de l'alcool.
« Qu'est-ce que c'est ? » s'étonna Ginny.
« Vodka pure glace et jus de citrouille. » dit-il avec un rire amusé.
« Comment tu as fait ? J'ai cru entendre que l'alcool était interdit et qu'ils n'en serviraient pas pendant la soirée. » dit-elle, l'air impressionnée.
« Je te l'ai dit, Ginevra. Nous avons toujours une longueur d'avance sur les profs. » assura-t-il avec satisfaction.
Elle lâcha un rire avant de porter à nouveau son verre à ses lèvres. Elle s'efforça de ne pas trop boire. Elle devait garder l'esprit clair pour ce qu'elle s'apprêtait à faire.
« Tu veux aller danser ? » lui proposa Draco.
Elle accepta avec enthousiasme et ils se fondirent parmi la foule d'élèves qui dansaient déjà sur la piste. Lorsque Draco passa ses bras autour de sa taille, elle sentit une chaleur soudaine la parcourir, comme si la température avait grimpé inexplicablement.
Elle s'amusa énormément au bras de Draco, oubliant presque toutes ses préoccupations. C'était la première fois depuis les derniers mois qu'elle se laissait réellement aller, sans être rongée par sa culpabilité.
Et Draco…
Malgré qu'il soit désormais au courant de la vérité, il ne s'était pas arrêté aux apparences. C'était le seul qui avait cherché à comprendre sa version des faits. Il aurait été tellement plus facile pour lui de lui tourner le dos, après qu'elle l'ait repoussé à maintes reprises. Elle était soulagée qu'il ait décidé de ne pas le faire. Cela avait aidé Ginny à affaisser ses dernières barrières. Elle pouvait lui faire confiance.
La musique s'était ralentie, empruntant les intonations d'une balade suave et Ginny plaça ses bras autour de la nuque de Draco. Ils s'étaient rapprochés imperceptiblement et elle réalisa à quel point elle était bien dans ses bras.
Elle posa sa tête sur son épaule, fermant les yeux, profitant de ce moment d'accalmie. Elle en avait rarement vu ces derniers temps.
Elle entendit quelqu'un s'éclaircir la gorge et s'écarta des bras de Draco. Elle croisa le regard d'Hermione qui la regardait avec appréhension. Immédiatement, Ginny se souvint qu'elles avaient prévu d'enquêter. Elle se tourna vers Draco, lui adressant un regard désolé.
« J'ai quelque chose à faire. Je reviens vite. » dit-elle avant de s'éloigner, suivant Hermione hors de la pièce.
Elle avait préféré s'éloigner avant qu'il ne réclame une explication. Elle n'aurait pas su quoi lui dire.
« Comment va-t-on entrer dans le bureau ?» interrogea Hermione en jetant des regards autour d'elle, comme pour vérifier qu'elles n'étaient pas suivies.
« Aucune idée. » admit Ginny. « On va devoir improviser. » indiqua-t-elle.
Elle espérait secrètement qu'un Alohomora serait suffisant, même si elle savait qu'il s'agissait probablement d'un espoir naïf de sa part.
Après quelques minutes de marche dans le couloir, elles atteignirent finalement le couloir où se trouvait le bureau du professeur Black.
Ginny vit Hermione prendre une grande inspiration, comme si être dans cet endroit la rendait nerveuse. Elle savait qu'Hermione éprouvait toujours des scrupules au sujet de leur plan.
Ginny tenta de jeter un sort de déverrouillage à la porte. Sans surprise, celle-ci resta résolument close. Ginny se mit à genoux et observa l'intérieur de la serrure avec attention, tentant de réfléchir à un moyen de pénétrer à l'intérieur.
Soudainement, elle ressentit une douleur cuisante dans son dos et sa tête se cogna avec force contre la porte. Elle tomba au sol, assommée.
Lorsqu'elle reprit conscience, bien plus tard, elle réalisa qu'elle était installée dans un sofa confortable. Elle cligna des yeux lentement, tentant de sortir des vapes. Son crâne la tiraillait. Ginny mit quelques secondes à prendre conscience de l'environnement qui l'entourait. Puis elle réalisa soudainement que ses mains étaient attachées derrière son dos, avec des lianes tellement serrées qu'elles lui brûlaient les poignets.
Ginny tenta de desserrer leur emprise, mais elles se firent plus pressantes encore autour de ses poignets. Elle leva les yeux, et reconnut un bureau dans lequel elle n'avait jamais mis les pieds. Elle tourna ensuite la tête, et à l'autre extrémité, elle reconnut Daphné Greengrass, assise sur le sofa, dans la même position qu'elle, les bras liés par des lianes semblables.
« Bien dormi, Weaslette ? » demanda-t-elle d'un ton sarcastique. « Ta copine ne devrait pas tarder à se réveiller, elle aussi. »
Elle désigna l'autre bout de la salle où Hermione était inconsciente sur une chaise, attachée exactement comme elles. Une panique latente parcourut Ginny.
« Où sommes-nous ? » demanda-t-elle.
« Bureau de Black. » répondit Daphné sur le ton de l'évidence, comme si Ginny venait de poser une question particulièrement stupide. « Qu'est-ce que vous avez fait pour vous retrouver dans cette situation, vous aussi ? »
« On essayait d'entrer dans le bureau et… » commença Ginny.
Elle s'interrompit, jetant un regard suspicieux vers Daphné. Pourquoi se trouvait-elle ici ? Ginny ne plaçait aucune confiance en cette fille. Elle ne voulait rien lui révéler avant d'en savoir plus.
« Pas la peine de me lancer cet air méfiant. J'ai fait la même chose que vous. Je suis entrée ici parce que je soupçonne ce type. » dit-elle avec agacement. « Il est dangereux. »
Ginny essaya de se relever, mais ce fut comme si une force l'empêchait de faire des grands mouvements.
« Pas la peine, trésor. J'ai déjà essayé pendant que vous faisiez la sieste. » déclara Daphné d'un ton glacial.
Elle lâcha un long soupir agacé.
« Et dire que je vais probablement mourir en ta compagnie et celle de Granger. L'ironie ultime. » poursuivit-elle.
« On ne va pas mourir. » répliqua Ginny.
« C'est pour ça que nous avons été attachées toutes les trois par un prédateur fou furieux ? Pour ne pas mourir ? » rétorqua Daphné avec dédain. « Il va probablement revenir terminer le boulot dans quelques minutes. »
Soudainement, elles entendirent un cliquetis au niveau de la porte et elles échangèrent un regard paniqué. Le cœur battant, Ginny observa la porte qui s'ouvrit doucement. La porte se ferma soigneusement et on entendit à nouveau la porte qui se verrouillait, cette fois de l'intérieur.
Même si la pièce était faiblement éclairée, elle reconnut immédiatement les cheveux blonds de la personne. Elle ouvrit la bouche, choquée.
« Non… » murmura-t-elle, les yeux écarquillés. « Pas toi… »
Fin du Chapitre
C'est horrible de terminer comme ça, je sais ! J'espère que cela vous a plu et j'attends vos théories :) Vous saurez enfin TOUT au prochain chapitre !
A très vite,
Fearless
