L'homme revint chaque soir à partir de ce jour-là. Il ne parlait jamais se contentant d'être poli et de consommer. Cassie appréciait pouvoir se rincer l'œil chaque jour. Il commençait doucement à m'intriguer. Que cherchait-il ?

Néanmoins, je ne souhaitais pas l'approcher. J'avais croisé son regard à plusieurs reprises et aucune imprégnation à l'horizon. Je ne voulais pas commencer quelque chose avec quelqu'un et finir par faire la même chose que Sam. Je patienterai. Mais il n'en restait pas moins que quelque chose m'intriguait chez lui. Je savais quand il entrait dans la pièce ou la quittait sans avoir besoin de le voir. Je ressentais sa présence en permanence. Même quand il n'était pas présent je ne pouvais m'empêcher de songer à sa personne. Ma louve était intriguée, elle aussi. Tapis au plus profond de mon esprit je la sentais guetter son arrivée chaque soir.

Je fermais la porte doucement pour ne pas réveiller ma mère et marchais d'un bon pas vers la demeure de Sam. Il avait requis la présence de tout le monde. Je me demandais bien ce qu'il avait à nous dire. Voilà presqu'un mois que je ne m'étais pas rendue chez eux malgré l'insistance d'Emily pour que je vienne l'aider dans les décisions du mariage. Elle essayait de ne pas s'offusquer à chacun de mes refus histoire de ne pas me braquer et que je finisse par ne plus venir du tout à son mariage. Je regrettais souvent d'avoir accepter. Si j'avais fini par me faire à la situation, je ressentais toujours un profond mal-être en voyant leur relation. C'était compliqué, bien trop.

Je tendis l'oreille, la plupart était déjà arrivés. J'entrais sans frapper et m'installais près de la sortie après avoir salué tout le monde. Ils avaient l'air heureux de tous se retrouver, c'était plus rare maintenant que les problèmes étaient moins fréquent et que nous avions tous repris nos activités dans une routine presque normale. Mais l'inquiétude planait en arrière plan. Une tension que je voyais pleinement. De nouveaux problèmes en perspectives ?

Brady et Quil entrèrent dans la pièce, nous étions enfin tous là.

— Bien, nous allons pouvoir commencer cette réunion, débuta Sam qui semblait contenir difficilement son énervement. La plupart d'entre vous l'ignorent, mais nous avons reçu, hier, la visite d'un autre modificateur. Il venait d'ailleurs.

— Comment ça ailleurs ? questionna Seth.

— Il y aurait une meute dans le Michigan. Moins importante que la notre.

Le silence s'abattit sur l'assemblé alors que chacun traitait l'information. Une autre meute, voilà qui était intéressant.

— La possibilité de changer n'était-elle pas propre à notre tribu ? s'alarma Quil.

— Justement.

— Ce n'est pas si étonnant que cela, j'intervins avant qu'ils ne se lancent dans un débat stérile. La légende de Taha Aki remonte à des temps anciens depuis la tribu n'a eu de cesse d'évoluer. Certains sont restés, mais d'autres sont partis avec le gène en eux. Rebecca Black a bien exporté le gène jusqu'à Hawaï qui sait où d'autres l'ont emporté ? Peut-être dans le Michigan justement.

Paul ouvrit la bouche pour me contredire, mais fut forcé d'admettre qu'il n'y avait aucun contre argument valable. Personne n'avait jamais interdit de quitter la réserve même si on était doté du gène permettant la transformation. Il était étonnant que personne n'y ait songé avant.

— L'homme qui est venu n'en reste pas moins peu recommandable, je vous demande juste la plus grande prudence et si vous le revoyez sur nos terres, indiquez-lui la sortie. Jacob vous montrera son visage, Seth, Leah.

On acquiesça et suivit notre cher alpha vers l'extérieur. Jacob voulait retrouver Nessie au plus vite et je voulais également m'en aller avant qu'Emily m'entraîne dans je ne sais quoi. Je me dissimulais derrière un arbre et laissais le corps du loup s'imposer.

« Bon alors quelle tête à notre cher inconnu si peu recommandable ? je m'enquis. »

L'image de mon inconnu du bar apparu soudain sous mes yeux. Je retins un hoquet de surprise. Voilà qui était inattendu. Il semblait bien plus beau à la lumière naturelle plutôt que sous le mauvais éclairage du café. Que cherchait-il en me surveillant ainsi et en venant à la réserve ? Néanmoins, je ne comprenais pas en quoi il était dangereux, seul face à la meute il ne pourrait rien faire. Et alors même que j'étais isolée plusieurs fois, il ne m'avait jamais rien fait et était d'une politesse remarquable.

« Ca marche ! s'écria Seth. Si je le vois, je le- »

« Montre-nous toute la scène, Jake, l'interrompis-je. Etait-il dangereux ou il a juste pris Sam a rebrousse-poil ? »

« Toujours aussi clairvoyante, Leah ! »

Jacob se concentra sur le souvenir de la rencontre avec l'inconnu. Il venait de terminer sa rencontre avec l'Uley pour se mettre d'accord sur les heures de patrouilles des deux meutes. Ils avaient pris l'habitude de se rencontrer en terrain neutre pour cela, parce que leurs loups respectifs avaient du mal à supporter la dominance de l'autre. Ils se rejoignaient donc sur la falaise. Ils venaient juste d'en terminer quand l'inconnu était arrivé tranquillement devant eux sortant du bois. Il les avait sondé et était resté à bonne distance d'eux pour ne pas les provoquer, il était en position de faiblesse après tout. Il s'était calmement présenté. Par habitude, Jacob avait laissé la parole à Sam et celui-ci avait mené la discussion avec méfiance. Seulement, cela n'avait pas été du goût de l'inconnu qui avait alors déclaré « qu'il ne s'adresserait qu'au véritable alpha et pas à un pseudo chef qui jouait au grand », ce qui avait bien entendu très fortement contrarié l'Uley.

J'éclatais d'un rire mental alors que mon corps animal laissait échapper des jappements amusés. Concilier l'humain et le loup n'était pas toujours facile et le résultat était parfois très étrange.

« Pitoyable, ricanais-je. J'espère que son ego réussira un jour à s'en remettre ! »

« C'est pour ça que tu ne disais rien, Jake ? demanda Seth. »

« Ce n'est pas une menace, il est seul. Il m'a promis de ne pas faire de vague le temps de sa présence. »

Ainsi Jacob avait revu l'inconnu pour mettre les choses au point. Tout était donc réglé. Sam n'avait juste pas apprécié d'être remis à sa place. Désolant.

Je les saluais rapidement, avant de me hâter jusqu'à chez moi. Je m'étais levée bien tôt pour pas grand-chose. Ce soir je reverrai ce nouveau loup qui inquiétait tant l'Uley. Je n'en avais même pas parlé à Jacob, réalisais-je. Après tout je n'avais aucune envie de les voir assis dans la salle à surveiller qu'il ne m'arrive rien. Ca, je pouvais le faire moi-même. Et puis, j'étais curieuse.

C'est donc avec une motivation nouvelle que j'arrivais au travail. En avance pour changer. Je préparais tout pour l'ouverture. Cassie débarqua rayonnante de bonne humeur et s'activa également. A peine les portes ouvertes que déjà les premiers clients s'engouffraient. C'était une de ces journées ou nous avions à peine le temps de souffler. Aussi, je ne remarquais l'inconnu que quand Cassie se mit à jacasser sur lui. Visiblement, elle tentait encore sa chance et lui restait insensible. Je l'observais rapidement, mais le travail se rappela à moi, pas le temps de souffler pour le moment.

Ce n'est que dans le dernier quart d'heure d'ouverture qu'enfin l'occasion d'aller lui parlé se présenta. Il ne restait que lui dans la pièce et j'étais la seule en salle. Je pris mon courage à deux mains et m'installais face à lui l'observant en silence. Je ne savais plus quoi dire maintenant que j'étais là, j'aurais dû y songer avant de me lancer, y penser maintenant était inutile.

— Je me demandais bien si tu oserais venir me parler un jour, débuta-t-il un sourire aux lèvres. A vrai dire je m'étais fixé un délai qui arrivait à échéance dans trois jours après je serai venu te parler de moi-même. Je suppose que ma petite visite à la réserve t'a suffisamment intriguée.

— Tu supposes bien, répondis-je avec méfiance. Mais ça n'aurait pas été plus facile de venir me parler dès le premier jour ?

— Plus facile, certes, mais bien moins amusant. J'aime les paris, mêmes ceux avec moi-même à défaut de concurrent.

— Et l'enjeu du pari était-il suffisamment intéressant pour te mettre Sam à dos sur son territoire ?

— Plutôt oui, sourit-il, énigmatique. Les loups qui jouent à l'alpha n'apportent jamais grand-chose de bon.

Je ne pouvais le contredire après tout Uley avait abusé de son autorité pour me forcer à demeurer et protéger la réserve. Il essayait de prendre les bonnes décisions, mais l'instinct de son loup n'était pas fait pour être alpha. Il aurait pu donner l'ordre à Jacob de jouer son rôle vu que rien ne le retenait d'abuser de son pouvoir quand ça l'arrangeait.

— Sinon je m'appelle Alban, ravi de te rencontrer Leah, se présenta-t-il tout sourire.

— Ravie également.

Alban ne s'offusqua pas de ma méfiance et s'employa à la faire disparaître. Je finis par fermer l'établissement avant de poser deux verres sur le comptoir. Parler avec lui était agréable. Il répondait à toutes mes questions et j'essayais de faire de même. Pas une seule fois, il ne me parla de la meute. Les sujets étaient variés et il savait les rendre tous intéressant. Il me fascinait, cela faisait longtemps que je ne m'étais pas sentit aussi bien. La louve dans mon esprit était attentive à mon interlocuteur et je sentais sa joie d'être près de lui. Enfin, un de ses congénères qui ne lui grognaient pas dessus parce que sa simple présence n'était pas acceptée.

Je réalisais rapidement que ça n'avait rien avoir avec une imprégnation. C'était plaisant mais loin de ce qu'on devait ressentir quand le phénomène se produisait. Une vague de déception m'envahit. Je ne m'étais malheureusement pas trompée, ma part de bonheur n'était pas là. Mais avoir un ami en dehors de la meute me ferait le plus grand bien.

Par la suite, je le revis souvent, autant que cela était possible. Je n'en avais pas parlé à qui que ce soit et j'arrivais désormais très bien à garder certaines pensées pour moi lorsque nous étions loups. Curieusement, la louve m'aidait à les dissimulées. Il me semblait qu'elle avait peur qu'on lui enlève ce petit bonheur quotidien qu'elle appréciait grandement.

Alban avait continué de venir chaque jour ou je travaillais. Il attendait la fermeture pour boire un dernier verre avec moi et pouvoir discuter un peu où il me raccompagnait jusqu'à ma voiture quand je finissais plus tôt. Cela dura plusieurs semaines, peut-être trois mois avant que je mette les pieds dans le plat, inquiète de l'affection et l'attachement que j'avais pour lui.

Je l'avais retrouvé sur une plage à plusieurs kilomètres de la réserve. J'avais peur de tout détruire, qu'il ne se vexe et disparaisse de ma vie. Je savais que j'avais joué avec le feu en le fréquentant et qu'il y avait énormément de risques que je finisse par m'en mordre les doigts.

Il arriva une quinzaine de minutes après moi en s'excusant de son retard. Il fronça ses sourcils sentant la tension et l'angoisse que je devais forcément laisser échapper.

— Quelque chose ne va pas, Leah ? brisa-t-il finalement le silence.

Je baissais la tête, il n'y avait plus de retour en arrière désormais, il ne fallait plus que je recule.

— Ca fait un moment qu'on se connaît maintenant, toi et moi, je me lance enfin. Et... enfin... Tu es un loup. Un jour, tu t'imprégneras et je ne veux pas être à nouveau le dommage collatéral si ça arrivait, tout comme je ne veux pas te faire souffrir si ça m'arrivait.

Je sentis son regard se poser sur moi et me détailler longuement. La tristesse l'avait envahit. Je serrai les poings, il ne fallait pas retourner en arrière, pas maintenant que j'avais enfin réussi à dire ce qui me tracassait.

— Une louve ne s'imprègne pas, Leah. Tu attends le néant.

Je me redressais vivement, ses paroles m'ayant frappées aussi puissamment qu'un coup. Ce n'était pas possible ! On m'avait toujours dit que l'imprégnation viendrait que je trouverai le bonheur et oublierai Sam. Les anciens me l'avaient répété et j'y avais cru !

— Ce...

— Ton clan l'a peut-être oublié parce que les louves n'ont jamais été présentes dans vos meutes jusqu'à ton arrivée selon ce que tu m'as expliqué. Elles sont moins rares pour mon clan, nous sommes moins nombreux et les femmes mutent plus facilement. Nous n'avons pas oublié.

— Mais... Pourquoi ! Pourquoi je suis toujours la seule qui n'a pas sa part de bonheur dans cette histoire ! éclatais-je alors que mes larmes menaçaient de couler.

Il me regarde tristement, désolé de ce qu'il vient de m'apprendre. Au moins, je cesserai d'attendre quelque chose qui ne viendrait jamais...

— Tu sais l'imprégnation ce n'est pas aussi bien que ton clan semble le penser.

— Que veux-tu dire ?

— Ce n'est rien de plus qu'un moyen de faire perdurer les lignées afin qu'il y est toujours des loups pour combattre le mal. C'est juste pratique.

Je le fixais incrédule. « Pratique » ? L'imprégnation n'était rien d'autre qu'un moyen de pousser les loups à avoir une descendance... Effectivement, c'était bien moins magique et merveilleux vu sous cet angle.

— C'est plus facile si le loup pense que c'est un cadeau des esprits pour le remercier, n'est-ce pas ?

— Mais... Et cette histoire d'âme sœur, d'amour éternel ? le pressais-je alors qu'un mythe s'effondrait sous ses paroles.

— La magie créée un pseudo lien amoureux avec la personne ayant le plus de chance de transmettre le gène à leur descendance. Le but est la pérennité du gène. Les louves n'ont pas besoin de cela puisque les transformations ont altérés leurs possibilités d'avoir une descendance. Ton histoire en est une énième preuve.

Je le regardais choquée par ses révélations. L'imprégnation était abominable. Je n'aurais jamais imaginé la vérité qui se cachait sous cette jolie légende. C'était horrible, inhumain et pourtant créé par la magie du premier modificateur.

— Tu sembles en savoir long, constatais-je finalement. Vos anciens vous présentent vraiment la réalité ainsi ?

— Tu penses ! Bien sûr que non, il émit un rire sans joie. Nous aussi, ils nous ont présentés ça comme l'une des merveilles du monde.

— Que s'est-il passé pour que vous changiez d'avis ? questionnais-je malgré que je sentais que nous allions en terrain miné.

— Je me suis imprégné.