Bonjour !
Vous aurez dans ce chapitre la réponse à un des mystères introduits dans Pandémonium. Bonne lecture !
Elysium
Chapitre 19
"Sir, in my heart there was a kind of fighting
That would not let me sleep."
"Monsieur, dans mon coeur il y avait une sorte de combat
Qui m'empêchait de dormir."
Hamlet, acte V, scène II
oOo
Emma passa les quelques jours suivants dans un état second. Quand elle était en public elle s'efforçait de donner le change et de se comporter comme à l'accoutumée. Pour ce qu'elle en savait, Henry ne soupçonnait rien, Maleficient et August non plus, et elle voulait faire en sorte que les choses se poursuivent ainsi, même si une part d'elle savait très bien que quelqu'un allait forcément finir par remarquer qu'elle et Regina s'étaient beaucoup éloignées – et par beaucoup éloignées, elle entendait avaient purement et simplement arrêté de se parler. D'ailleurs, c'était bien simple : Regina ne quittait quasiment plus Elysium et Emma était certaine qu'elle s'arrangeait pour l'éviter.
Bien évidemment, Hadès l'avait vu, lui, et ne se gêna pas pour lui en faire la remarque un matin alors qu'elle se rendait justement à Elysium pour son entraînement avec Héraclès et Jason.
« On a une peine de cœur ? » railla t-il.
Il était encore pire qu'Achille.
« Mêlez-vous de ce qui vous regarde, » siffla t-elle. « Occupez-vous plutôt de reconquérir Zelena... si ça vous intéresse toujours, évidemment. »
Sa remarque déplut fortement au dieu, qui perdit aussitôt son air arrogant.
« Ou, mieux, » reprit Emma. « Essayez de trouver qui a tenté de m'assassiner ! »
En chemin, ils tombèrent sur Orphée. Celui-ci adressa à peine un salut à Emma avant de poursuivre sa route, la tête basse. Il n'avait pas regardé Hadès.
« C'est moi ou il vous évite ? » fit-elle, perplexe.
C'était étrange. A sa connaissance, Hadès n'avait pourtant pas fait de tort à ce héros-ci : au contraire, il avait pris pitié de lui et lui avait donné de l'ambroisie pour qu'il puisse ramener Eurydice à la vie.
« Peu importe, » dit Hadès, mais son expression lui indiquait qu'il trouvait aussi cela très curieux. « Pourquoi Regina ne veut-elle plus vous parler ? »
« Ça ne vous regarde en rien. Vous devriez être content, non ? C'est bien ce que vous vouliez à Pandémonium ? Vous vouliez nous séparer ! »
C'était ridicule de s'en prendre à Hadès de cette façon mais elle ne pouvait se défaire de l'idée que c'était lui qui avait tout déclenché. Indirectement, il était le responsable de tout ce fiasco.
« Ma parole, » fit-il. « L'Olympe ne vous réussit vraiment pas. »
« Espèce de... »
Elle s'interrompit quand il porta la main à sa poitrine, une expression de souffrance pure sur le visage. Grimaçant, il posa un genou à terre, le souffle court.
« Euh... ça va ? » demanda Emma, qui se calma instantanément.
Elle fit un geste hésitant de la main, se demandant si elle devait la lui tendre pour l'aider à se relever ou le laisser se débrouiller seul. Fort heureusement, il mit fin lui-même à ce dilemme silencieux en se relevant sans son assistance.
« Ce n'est rien, » affirma t-il.
« L'Olympe ne te réussit pas non plus, » lança froidement la déesse qui semblait les observer depuis quelques minutes. « Peut-être est-il temps de rentrer chez toi, tu ne crois pas, Hadès ? Et d'emmener les mortels avec toi. Leur place n'est pas ici. »
Après un dernier regard hostile, elle tourna les talons et poursuivit sa route.
« Cette chère Némésis, » ironisa t-il.
« Elle n'a pas l'air de beaucoup vous aimer. »
« Elle n'aime personne... personne à part Zeus. »
Emma ne fut pas sûre d'avoir bien compris.
« Vous voulez dire qu'elle est amoureuse de lui ? »
Il acquiesça, dégoûté.
« Ces deux-là font la paire, je vous l'assure. Malheureusement pour elle... il est insensible à ses charmes. »
Elle en fut étonnée : comme toutes les déesses, Némésis était très belle.
« Mon frère n'est pas intéressé par celles et ceux qui lui ressemblent trop, » précisa Hadès.
Il la laissa à l'entrée d'Elysium et s'éloigna sans un autre mot. Agacée et sur les nerfs, Emma partit à la recherche de Jason et Héraclès. Elle ne savait pas trop quoi penser des deux héros : par bien des aspects, ils lui rappelaient Thésée. Certainement pas tout blancs, mais pas non plus entièrement noirs, ils évoluaient dans une zone de gris indéfinissable.
Emma en avait assez, de ce gris. Elle regrettait les contes de son enfance où les gentils n'avaient aucun défaut et où les méchants étaient des êtres méprisables sans une once de bonté en eux. Les choses étaient claires, bien définies. Simples.
De la simplicité... c'était tout ce qu'elle voulait. Elle avait envie d'envoyer au diable tous les secrets, les mystères, les non-dits, les ambiguïtés. Toutes ses certitudes sur le bien et le mal continuaient de s'effondrer – et ce processus avait commencé dès que la première malédiction avait été brisée, à Storybrooke – et elle ne savait plus à quoi se raccrocher.
Héraclès remarqua immédiatement son air contrarié.
« Tout va bien ? »
« Ça va, » répondit-elle un peu trop sèchement.
Fort heureusement, après avoir échangé un regard, lui et Jason décidèrent de laisser couler. Étant donné le nombre d'exploits qu'il avait accompli – oui, même Emma connaissait l'histoire des douze travaux – Héraclès avait décidé qu'il était inutile qu'il la prépare à un type d'épreuve en particulier : il n'avait aucun moyen de savoir sur laquelle de ses aventures allait se porter le choix de Zeus. Il s'en tenait donc à la théorie et lui fit un récit détaillé de la manière dont il l'avait emporté à chaque fois. Aujourd'hui, il lui exposa comment il avait réussi à se débarrasser de l'hydre de Lerne.
Emma avait très vite compris que Jason ne lui serait d'aucune aide : plutôt taiseux, il lui avait d'emblée annoncé la couleur lorsqu'elle lui avait parlé pour la première fois.
« Si vous tenez savoir comment j'ai réussi à m'emparer de la Toison d'or, la réponse est simple : Médée. »
Et il s'était replongé dans le silence.
Elle soupçonnait tout de même Héraclès de vouloir la ménager en se cantonnant à de la théorie. De toute façon, il n'y avait rien à faire : elle ne pouvait pas l'obliger à lui imposer un entraînement physique intense. Par ailleurs, au moins, elle serait totalement en forme pour son épreuve, ce qui n'était pas si mal.
C'est toujours aussi frustrée qu'elle retourna au palais ce soir-là.
Regina ne voulait plus lui parler et elle ne pouvait penser à rien d'autre. C'était injuste, tellement injuste qu'elle ne parvenait tout simplement pas à se faire à cette idée.
(La justice... encore un concept qu'elle avait commencé à redéfinir depuis son arrivée ici.)
oOo
Regina passait ses journées à Elysium à se morfondre.
Le visage d'Emma quand elle lui avait annoncé qu'il valait mieux qu'elles prennent leurs distances la hantait toujours.
Cent fois au moins elle avait failli courir vers la Sauveuse et la supplier de lui pardonner pour ce qu'elle avait dit mais elle avait eu la force de résister. Emma avait failli mourir sur l'Olympe. Quelqu'un avait essayé de l'assassiner. Tant qu'elle resterait ici, elle serait en danger. Il fallait qu'elle parte le plus vite possible, c'était aussi simple que ça.
Regina était morte, mais Emma était en vie, et il fallait qu'elle le reste.
Elle s'en voulait tellement de s'être réjouie qu'Emma soit venue pour la sauver. Elle était morte, et elle devait l'accepter. Mort, c'est mort. C'était une leçon qu'elle aurait dû retenir bien plus tôt.
Si seulement Emma n'était pas aussi têtue ! D'après ce que Regina avait compris, elle s'entraînait en ce moment même avec Jason et Héraclès – ou plutôt, elle écoutait celui-ci lui narrer ses exploits passés. Elle ne savait plus quoi faire pour la dissuader de se frotter à ce que lui avait concocté Zeus. Elle avait pensé que s'éloigner d'elle pousserait Emma à repartir à Storybrooke, et elle s'était bien trompée. Pour autant, elle s'obligeait à ne pas revenir vers elle : c'était mieux ainsi – ou du moins, elle essayait de s'en convaincre. Peut-être Emma finirait-elle par comprendre que c'était sans espoir avant qu'il ne soit trop tard.
Regina essayait de se faire à l'idée qu'elle ne quitterait jamais Elysium, qu'il lui faudrait bientôt dire au revoir à Henry pour ne plus le revoir avant un très, très long moment, qu'il lui faudrait oublier Emma et tous les instants qu'elles avaient partagé. C'était douloureux, c'était presque comme mourir une seconde fois, mais il fallait qu'elle se montre forte. Elle n'avait pas le choix.
Résolue à se changer les idées et à éviter Emma, Regina décida de poursuivre son enquête. Elle était toujours hantée par ce que lui avait dit Morphée au sujet du destin funeste de l'aigle, du serpent et du phénix. Par ailleurs, elle espérait pouvoir faire quelques progrès dans son enquête sur la mort de Cronos maintenant que Poséidon était sur l'Olympe – elle n'avait pas cru Hadès quand il avait affirmé que son frère ne lui serait d'aucune aide.
Elle partit donc à la recherche du Dieu des océans dans la partie de l'Olympe réservée aux dieux. Elle espérait également enfin découvrir pourquoi l'accès d'Elysium avait été interdit à ceux-ci. Il n'était pas difficile de deviner où Poséidon pouvait bien se trouver : Regina le débusqua rapidement assis au bord de la rivière sur laquelle elle et Emma avait fait un tour en barque.
(Évidemment, il avait fallu qu'il choisisse un endroit qui lui rappelait la Sauveuse...)
« Poséidon ? »
Il releva la tête et lui adressa un petit sourire amical. Elle ne voyait rien de l'arrogance qui tordait en permanence les traits de Zeus et d'Hadès chez lui – c'était à se demander s'il était bien leur frère.
« Bonjour, Regina. »
Elle s'assit prudemment à côté de lui.
« L'eau m'apaise, » lui révéla t-il. « Elle m'évite de trop penser. »
Elle eut envie de lui demander si c'était pour ça qu'il s'était terré au fond de l'océan pendant si longtemps – pour ne pas penser. A son grand étonnement, elle n'eut pas besoin de lui poser la moindre question : il se mit spontanément à se confier à elle.
« Les choses ont bien changé, ici, » soupira t-il. « Tout était plus simple quand Cronos était encore en vie... »
Il se perdit alors dans les flots de ses souvenirs.
« Tout n'a pas toujours été si compliqué entre Hadès et Zeus, vous savez ? Fut-il en temps où ils s'entendaient même plutôt bien... où nous nous entendions bien tous les trois. Et puis un beau jour, notre père a décidé de partager le monde en trois. Hadès n'a pas supporter hériter des Enfers et voir Zeus héritier de l'Olympe. Sa jalousie a commencé à le consumer. Le fait que Cronos s'efface de plus en plus au profit de Zeus n'a rien arrangé. »
« Cronos s'effaçait ? Mais pourquoi ? »
« Aucun de nous ne l'a jamais su. Plus le temps passait et moins il apparaissait en public... comme s'il n'en avait plus la force. C'est lui qui a demandé à Zeus de trouver une épouse à Hadès, dans l'espoir qu'il se calme un peu... vous savez comment ça s'est terminé, » poursuivit-il dans un soupir.
Il était très difficile à Regina de concevoir que Zeus et Hadès aient un jour pu avoir une relation cordiale.
« Les choses n'ont fait que se dégrader encore et encore après le bannissement de Perséphone. Zeus devenait de plus en plus autoritaire, Hadès de plus en plus incontrôlable... jusqu'au point de non retour. »
« Vous auriez pu intervenir, » fit Regina.
Ce n'était ni un reproche, ni un jugement : c'était un simple constat.
« J'aurais pu, » admit Poséidon. « Je ne l'ai pas fait. »
Son aveu laissait transparaître ses regrets.
« Bien sûr, le Cristal Olympien n'a certainement pas arrangé la situation... »
« Que voulez-vous dire ? »
« Il appartenait à Cronos. Hadès a hérité de sa kunée, mais c'est bien le Cristal qu'il voulait... sauf qu'il s'agissait de l'héritage de Zeus. Il le lui a volé quand il a été banni de l'Olympe. »
Regina nota qu'il ne s'était pas prononcé sur la responsabilité d'Hadès dans la mort de Cronos.
« Cette arme aurait dû être détruite il y a des siècles, » persifla Poséidon. « Elle n'a causé que la mort et la désolation. Si Cronos l'avait détruite au lieu de la transmettre à Zeus, il serait encore en vie, Pandémonium n'aurait jamais existé et vous... vous ne seriez pas ici. »
Sa remarque, pourtant anodine, lui fit l'effet d'un seau d'eau glacée qu'on lui aurait versé sur la tête.
« Un problème ? »
« Vous voulez dire que c'est le Cristal Olympien qui m'a tuée ? »
« Eh bien... oui, » répondit-il, assez perplexe.
« Mais je n'ai pas été victime du Cristal. Je l'ai brisé. »
Tout était encore si clair dans sa mémoire : la vague de magie qui les avait submergés quand le Cristal s'était brisé en deux dans sa main, le regard d'Emma quand elle avait récupéré ses souvenirs, et puis bien sûr la sensation qu'un éclair l'avait frappée.
« Le Cristal Olympien est une arme de destruction, Regina, » lui expliqua Poséidon avec patience. « Qu'importe ce qu'en dit Hadès, Pandémonium était une création, certes... mais une création destructrice. En tant que mortelle, vous n'aviez aucune chance de résister à son pouvoir... »
Elle ne savait pas quoi penser de ces révélations. Elle se sentit soudainement très vide. Parmi toutes les hypothèses, les possibilités qui lui avaient traversé l'esprit, jamais elle n'avait imaginé quelque chose de si simple, si banal.
Si stupide.
« Hadès a prétendu ne rien savoir au sujet de... de ma mort. »
« Ce que je viens de vous dire n'est qu'une simple déduction. Connaissant Hadès, il est improbable qu'il se soit ne serait-ce que posé la question. »
Ce qu'elle venait d'apprendre ne lui plaisait absolument pas. Sa mort ne lui semblait plus aussi glorieuse, plus aussi héroïque. Elle avait juste succombé à une magie trop forte pour elle, rien de plus.
Mais qu'est-ce qu'elle fichait à Elysium ?
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Emma était hors d'elle.
Épuisée et frustrée, elle jeta son arc sur le sol. Zeus s'était finalement montré assez décevant par son manque d'originalité : Emma s'était attendue à un combat épique contre elle ne savait quels monstres rencontrés dans leurs périples par Héraclès et Jason. Elle n'aurait jamais imaginé courir après la Toison d'or juchée sur le dos de la biche de Cérynie.
Héraclès lui avait bel et bien parlé de cette épreuve mais ce n'était certainement pas celle qui avait le plus retenu son attention ou l'avait le plus impressionnée. Pour l'emporter, elle était censée récupérer la Toison et la ramener à Zeus, mais pour cela, il aurait fallu qu'elle parvienne à s'approcher assez de l'animal. Tout ça lui rappelait sa première épreuve, sauf que la biche la baladait actuellement à travers les forêts de l'Olympe et pas autour d'un amphithéâtre. Elle savait un peu tirer à l'arc mais certainement pas assez pour immobiliser l'animal comme Héraclès l'avait fait, c'est-à-dire en lui décochant une flèche entre l'os et le tendon de la patte. Zeus avait bien précisé qu'elle n'était pas censée tuer la biche ou simplement verser du sang.
Bref, tout ceci s'annonçait compliqué, d'autant plus qu'Emma avait la tête ailleurs. Elle s'en voulait de laisser ses soucis avec Regina avoir des répercussions sur ses performances mais c'était plus fort qu'elle.
« Satané animal, » marmonna t-elle.
Apollon lui avait confié que la biche appartenait en réalité à Artémis : cela lui donnait une raison supplémentaire de ne pas lui décocher une flèche en plein cœur, mais elle devait avouer que cette option était de plus en plus tentante.
Distraite, elle n'était absolument pas discrète : la biche l'entendait s'approcher à chaque fois et décampait aussitôt. Pour la première fois, Regina n'était pas venue lui souhaiter bonne chance avant l'épreuve et ça n'avait rien fait pour améliorer son humeur. Henry avait fini par remarquer que quelque chose n'allait pas, elle en était sûre, mais heureusement, il ne lui avait encore posé aucune question.
Hadès l'agaçait. Achille l'agaçait. Zeus l'agaçait. Absolument tout le monde l'agaçait. Elle éprouvait de plus en plus de sympathie pour Poséidon, qui avait eu le bon sens de quitter cet endroit de malheur. L'Olympe allait la rendre folle – si il ne la tuait pas avant, évidemment.
Elle n'avait absolument rien à prouver. Elle se fichait d'être une héroïne, elle se moquait bien de la gloire. Elle voulait rentrer chez elle, elle voulait retrouver sa vie ordinaire. Elle aurait même préféré retourner à Pandémonium plutôt que de passer une minute supplémentaire ici. Au moins là-bas, elle était respectée, appréciée, elle n'était pas le jouet d'un dieu tout puissant (encore que...).
A Pandémonium, il y avait Regina.
Cette dernière pensée ne fit que plomber un peu plus son moral. Elle remarqua à peine l'étang près duquel elle était arrivée. Assoiffée, elle s'accroupit pour s'y désaltérer. Elle se figea quand elle s'aperçut que la biche avait eu la même idée. De l'autre côté de l'étang, elle ne se souciait guère plus de sa présence. La Toison d'or scintillait sur son dos.
Presque par réflexe, Emma saisit son arc et sortit une flèche de son carquois. Vu sa position, si elle tirait, elle toucherait la biche en plein poitrail – la bête n'aurait que peu de chances d'y survivre. C'était un coup bas, quelque chose qui n'était sûrement pas digne d'une héroïne.
Eh bien, aujourd'hui, Emma en avait assez d'être une héroïne exemplaire. Qu'avait dit Achille, déjà ? Ah, oui. Ce n'est pas en étant gentil que j'ai gagné ma place à Elysium. Elle se délectait d'avance de la tête de Zeus quand il s'apercevrait de ce qu'elle avait fait, et plus encore de celle d'Hadès. Puis, elle pensa à Apollon, et son visage se rembrunit. Il serait sans aucun doute très déçu d'un tel comportement de sa part. Même si elle la connaissait mal, elle ne voulait pas non plus blesser Artémis.
Elle était en proie à un véritable dilemme intérieur, et elle ne disposait que de quelques secondes pour trancher : la biche aurait bientôt terminé de boire et filerait aussitôt. Ça lui rappelait la façon dont elle avait hésité avant de chevaucher Pégase dans le but d'aller fanfaronner devant Zeus. Elle avait voulu céder à l'orgueil, ce jour là. Aujourd'hui, elle était tentée de céder à la colère.
C'était certain : elle n'avait rien d'une héroïne irréprochable.
Et c'était également certain : ce qui se passa ensuite n'eut rien d'une coïncidence. Alors qu'elle hésitait toujours à encocher sa flèche, la Toison d'or glissa du dos de la biche de Cérynie, qui repartit en sautillant comme si de rien n'était.
Emma eut envie d'éclater de rire.
« Quoi, sérieux ? »
Elle contourna l'étang pour aller récupérer la Toison.
« Ce serait sympa de vous décider, hein ! Une fois vous voulez me tuer, et l'autre vous m'aidez encore. »
Elle ne savait pas du tout si son mystérieux allié et celui qui avait tenté de l'assassiner ne faisaient qu'un ou étaient bien deux personnes différentes. Cette incertitude était aussi angoissante qu'exaspérante. Emma saisit sans aucune douceur ce qu'elle était venue chercher et tourna les talons.
Elle avait réussi son épreuve, mais elle ne se sentait certainement pas comme une héroïne et n'en tirait aucune satisfaction.
A quoi bon, si Regina n'était plus là pour l'acclamer et lui apporter son soutien ?
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Regina attendait le retour d'Emma en compagnie de Zelena. Elle avait été tentée de ne pas venir du tout mais n'avait pas pu s'y résoudre : si quelque chose de grave se passait, elle ne pourrait jamais se pardonner de ne pas avoir été présente. Si elle avait espérer se changer les idées en parlant à sa sœur, elle fut très rapidement déçue : la rousse la bombarda de questions plus ou moins indiscrètes sur ce qui s'était passé.
« Ça ne te regarde pas vraiment, Zelena, » fit-elle finalement, à bout de patience. « Je ne me mêle pas de tes histoires avec Hadès, moi. »
Vexée, Zelena partit sans demander son reste. Regina se sentit un peu coupable en la regardant s'éloigner : peut-être s'était-elle montrée trop sèche. La relation qu'elles avaient réussi à tisser à Pandémonium toutes les deux lui manquait.
Elle coula un regard vers Hadès, Poséidon et Zeus qui par miracle n'étaient pas en train de se disputer. C'était Zeus qui avait insisté pour avoir ses frères près de lui un peu plus tôt, et cette vision était suffisamment étonnante pour faire parler d'elle : les autres dieux ne cessaient de leur jeter des coups d'œil tout sauf discrets.
Henry avait l'air plutôt triste, et Regina savait exactement pourquoi : même s'il n'était pas venu lui en parler, il avait forcément remarqué qu'il y avait un problème entre elle et Emma. La mine renfrognée, il écoutait à peine ce que disaient Lyra, Grace et Violet. Rigel n'était quant à lui nulle part en vue.
Finalement, Emma sortit de la lisière de la forêt dans laquelle elle s'était enfoncée. Elle jeta la Toison d'or aux pieds de Zeus et s'éloigna sans prononcer un seul mot.
Elle ne la regarda même pas. Apollon se lança à sa poursuite mais Regina se garda bien de l'imiter, même si ça lui déchirait le cœur.
« La Sauveuse semble pleine d'ombres... » murmura Pandore en se glissant près d'elle.
« Elle n'est pas la seule, » répondit Regina.
« Vous avez raison, » convint-elle.
Toutes deux observèrent Zeus, Poséidon et Hadès se diriger vers le palais.
« Comment étaient-ils ? » demanda Regina. « Autrefois. »
Les grands yeux noisette de Pandore étaient deux puits sans fond vers le passé ou l'avenir.
« Poséidon était un bon garçon. Zeus essayait. Hadès... Hadès était différent. »
Elle n'eut pas besoin de demander davantage de précisions. Elle commençait à avoir une idée assez précise de l'étrange relation qui unissait les trois frères.
Bientôt, le mystère serait enfin résolu, elle le sentait.
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Hadès, interloqué, regarda Emma Swan s'éloigner après avoir jeté la Toison d'or à leurs pieds.
« La Sauveuse est contrariée... » railla t-il.
Il trouva ridicule que ses problèmes avec Regina affectent autant ses capacités à se maîtriser avant de se souvenir brusquement qu'il avait eu exactement la même attitude à Pandémonium. Zeus, sans répondre, se pencha et ramassa la Toison.
« Parfait. »
« La biche de Cérynie ? » commenta Hadès. « Vraiment, Zeus ? Parmi tous les travaux d'Héraclès, il a fallu que tu choisisses celui-là ? »
C'était quelque chose qu'il ne parvenait pas à comprendre. Héraclès avait accompli bon nombre d'épreuves plus difficiles. Zeus craignait-il qu'un nouvel incident se produise, et avait par conséquent attribué une épreuve peu dangereuse à Emma ?
« Le jour où j'aurai besoin d'un assistant, Hadès, je te le ferai savoir, » rétorqua Zeus. « Mais assez parlé de ça. Rentrons au palais. »
Hadès échangea un regard perplexe avec Poséidon. Il trouvait l'attitude de Zeus très étrange, mais puisqu'il n'avait rien de mieux à faire, se résolut à le suivre.
Tous trois se rendirent dans les cuisines du palais où Zeus s'empara d'une carafe de vin.
« Buvons, mes frères. »
« En quel honneur ? » demanda Poséidon.
« Après tant d'années, nous sommes enfin réunis. Nous devrions célébrer ces retrouvailles au lieu de passer notre temps à nous entre-déchirer. »
La mâchoire d'Hadès manqua de se décrocher sous le choc. Mais quelle mouche avait bien pu piquer Zeus ? C'est alors qu'il s'aperçut que son frère n'en était pas à son premier verre de vin : il avait dû boire avant que l'épreuve d'Emma ne commence.
« C'est une bonne idée, » fit Poséidon en se servant à son tour.
Comme à son habitude, il ne voulait pas le froisser. Là résidait le problème de Poséidon : à force de vouloir prendre le parti de tout le monde, il ne prenait finalement le parti de personne et se révélait incapable de choisir un camp. C'était un suiveur, et certainement pas un leader. C'était sans doute ce qui avait poussé Cronos à lui attribuer les océans plutôt que l'Olympe. Lui en revanche aurait été parfaitement capable d'être le successeur de son père. Lui n'aurait pas transformé l'Olympe en ce lieu décadent et corrompu comme l'avait fait Zeus.
Comme si il avait deviné ses pensées, celui-ci lui fourra un verre dans la main.
« Bois, Hadès. Ça te décoincera un peu... toutes ces années passées aux Enfers t'ont visiblement ôté tout sens de l'amusement. »
« Je me passerai de tes remarques, » cingla t-il.
Il se décida néanmoins à boire. Il avait oublié à quel point le vin sur l'Olympe était délicieux. Il ne fallait pas se demander pourquoi Dionysos était ivre en permanence.
Sans qu'il comprenne trop comment, Hadès se retrouva à boire un deuxième verre, puis un troisième. Zeus vida une carafe entière, imité par Poséidon.
Le vin dut sans doute l'aider à oublier qu'il était censé détester ses deux frères du plus profond de son être car quand Zeus lui donna une accolade amicale et quand Poséidon le serra brièvement dans ses bras, il sourit au lieu de se dérober.
« Ah, mes frères, » rit Zeus. « Vous m'avez terriblement manqué ! Oublions ces querelles idiotes, oublions le passé ! Un avenir glorieux nous attend ! »
Il passa un bras autour de la taille d'Hadès et l'autre autour de celle de Poséidon avant de leur sourire, tout simplement radieux.
Un peu plus tard, Emma, toujours aussi renfrognée, débarqua dans les cuisines en compagnie d'Apollon. Le verre que celui-ci tenait se fracassa sur le sol lorsqu'il le laissa tomber.
« Dites-moi que je rêve... » fit Emma, médusée.
Poséidon, Hadès et Zeus étaient affalés sur la table, sur laquelle gisaient plusieurs carafes vides. Hadès était littéralement en train de se tordre de rire en écoutant les plaisanteries de Zeus.
« ... et donc, je lui dis : quoi, vous n'avez jamais vu un dragon de votre vie ? »
« Un dragon, vraiment ? Mon frère, tu te transformes en de curieux animaux... »
« Je suis d'accord, » dit Poséidon, qui pouffait lui aussi.
« Le dragon est un animal très majestueux ! » fit mine de s'offusquer Zeus.
Hadès n'eut même pas la présence d'esprit de reprendre contenance en les apercevant. Apollon s'écroula de rire et même Emma esquissa un sourire moqueur.
« Le vin... la plus incroyable des magies, » pouffa Apollon.
« Je vous en prie, dites-moi que vous ne les laisserez jamais oublier ça, » dit Emma qui commençait elle aussi à rire.
« Vous avez ma parole. »
Malgré son esprit plus qu'embrumé, Hadès se surprit à vouloir qu'Apollon ne les laisse pas oublier.
Vous pouvez remercier SerdaiglePower pour cette dernière scène, c'est elle qui en a eu l'idée ! Avouez que voir Hadès et Zeus ivres c'est plutôt drôle :D.
