Les Gaunts sont des Serpentards

Harry et Draco étaient retournés pour être sûrs dans la maison des Evans. Ils avaient fini d'éplucher la bibliothèque des Black. Ils n'avaient appris des choses très intéressantes. Du moins dans l'immédiat. Quelques sorts de magie noire ou comment les contrer. C'était toujours utile mais ce n'était pas ce dont ils avaient besoin pour le moment.

Alors ils étaient retournés sur Green Street parce qu'il s'agissait du seul endroit où les Mangemorts ne venaient pas encore. Certes Square Grimmaurd était encore un lieu sécurisé mais il y avait toujours un Mangemort devant en plus d'être potentiellement un moulin pour les membres de l'Ordre qui chercheraient refuge quelque part. Green Street était encore plus sécurisé car connu de personne sauf … Snape.

Mais Snape était de leur côté et préférerait mourir plutôt que les trahir. Harry avait eu du mal à comprendre cela. Il n'en avait plus reparlé avec l'homme. Il ne l'avait pas non plus revu. Mais il avait fourni tellement, il avait avoué devant lui le lien qu'il avait avec sa mère, l'importance qu'elle avait pour lui. Au final, Harry lui faisait confiance.

Harry regardait par la fenêtre les gens passer, le regard vide, alors qu'il réfléchissait à comment récupérer l'horcruxe des mains d'Ombrage. Il s'était renseigné via les journaux, avec les temps qui courraient, elle avait eu une promotion. Présidente de la Commission d'Enregistrement des Nés-Moldus. Un beau mot pour cacher ce qu'il se passait derrière : selon Potter-Veille, la radio de la Résistance, tous les Nés-Moldus enregistrés repartaient sans encombre du Ministère – s'ils repartaient – pour disparaître dans les jours qui suivaient. C'était un moyen de les éliminer un à un. Ceux qui ne repartaient pas du Ministère, personne ne savait ce qu'il leur arrivait. On ne les revoyait jamais.

« Eh ! Harry ! » fit soudain Draco qui était à la table de la salle à manger, la tête plongée dans un ouvrage de Snape. « Viens voir. Je crois que j'ai trouvé les Gaunt. Tu ne devineras jamais de qui il est le descendant. »

« Je mets ma main à couper qu'il est le descendant de Serpentard, » répondit Harry en approchant.

« Descendant direct même, » confirma le brun. « Il n'exagérait pas en le clamant haut et fort. »

« Dumbledore me l'avait dit aussi mais je ne savais pas qu'il était dans la lignée directe. Tu as trouvé quoi ? »

Il se pencha par-dessus l'épaule du Serpentard pour observer ce qu'il y avait d'écrit dans l'ouvrage. Cela parlait de la fondation de l'école de sorcellerie Poudlard, vaguement des autres fondateurs mais il y avait une biographie plus ou moins complète de Serpentard. Un grand mage noir. Voilà qui n'était vraiment pas surprenant. Pas plus que le fait qu'il était un Sang-Pur et détestait les Nés-Moldus. La légende de la chambre des secrets … et un portrait.

Salazar Serpentard y était représenté avec une telle fidélité qu'il semblait presque réel. Heureusement, ce n'était qu'une image inanimée. Un homme chauve avec une longue barbe, des sourcils épais, des yeux sombres et perçants, une tenue médiévale, … Ce qui frappa le plus Harry, ce fut le médaillon qu'il avait autour du cou. Il prit une loupe dans le tiroir du bureau de son grand-père et observa plus attentivement le croquis.

« Cela pourrait être ça, non ? L'horcruxe, » proposa-t-il à Draco. « Le médaillon de Serpentard. »

Draco tourna la page et un autre croquis, plus précis, du médaillon était représenté.

« Au moins maintenant, on sait à quoi il ressemble avec exactitude, » soupira-t-il. « Il ne reste qu'à le récupérer. »

« Mouais, c'est pas gagné. »

Harry alla se servir un verre de jus de fruit et retourna à son observation à la fenêtre. Il pensait à Voldemort. Utiliser un objet de sa famille comme horcruxe, encore un. La chevalière des Gaunt, le médaillon de Serpentard. Il se demandait qu'est-ce qui pourrait avoir autant de valeur à ses yeux que ces objets. Qu'est-ce qui pourrait compter autant à ses yeux ? Un journal intime où il déversait son cœur – si on supposait qu'il en avait un –, une bague de famille et un vieil héritage…

Soudain les paroles de Dumbledore revinrent à ses oreilles. Lui et Voldemort étaient semblables. Le vieil homme ne savait pas à quel point il avait eu raison à l'époque. Des vies misérables auprès de Moldus abusifs et craintifs, parents décédés ou absents, seuls pendant de nombreuses années, …

N'ayant pas grand-chose à faire de sa journée, il réfléchit à ce qui pouvait compter pour lui, le plus important à ses yeux. La cape d'invisibilité de son père, ses amis, le balai que lui avait offert Sirius, … L'image de Poudlard, du château s'imposa à lui comme son foyer. Son premier foyer. Le premier lieu où il s'était senti à sa place, chez lui. Cela devait être la même chose pour Voldemort. L'endroit où on est accepté pour ce que l'on est et où on n'est pas traité de monstre. Un endroit où l'on trouve des personnes qui nous sont semblables. Un endroit qui nous offre enfin la première explication rationnelle et suffisante alors que nous sommes un enfant de onze mal aimé…

Poudlard. Voilà ce qui pouvait être potentiellement cher au Mage noir. Mais qu'est-ce qui pouvait se rapporter à l'école ? Les quatre maisons et leur fondateur. Voldemort avait déjà un artefact de l'un d'eux. Est-ce qu'il aurait été jusqu'à chercher à s'approprier les autres ? Y en avait-il seulement ?

« Dis, est-ce que tu sais par hasard si les autres fondateurs avait un objet fétiche qui avait la même valeur que le médaillon de Serpentard ? » demanda-t-il à son ami.

« Hmmm… L'épée de Gryffondor. »

« Et Poufsouffle et Serdaigle ? »

« Aucune idée. »

Harry se dirigea vers la malle où les livres de Snape étaient soigneusement rangés et chercha un livre traitant des fondateurs ou de leurs familles.

« Pour Poufsouffle, regarde dans l'ouvrage traitant des Smith. Cette famille est très grande et en descend directement. Il y a maintenant cinq branches principales à la famille, sans compter toutes les liaisons aux autres familles. »

« Tu veux dire que Zachariah est … »

« Un descendant de la fondatrice ? Sûrement. Comme toi un descendant de Gryffondor. »

« Je ne savais pas. »

« Peut-être parce qu'on utilise plus ces vieux titres, ils n'ont plus qu'une valeur symbolique. Soit la lignée est éteinte, ou presque, soit elle s'est ramifiée en tellement de sous-familles, a fait tellement d'alliances qu'il y en devient difficile de déterminer qui est le Lord régnant. »

« Et qu'en est-il de Serdaigle ? » s'enquit Harry après quelques instants de réflexions.

« Il y a une histoire sur le diadème perdu de Serdaigle. Mais je ne sais pas si on l'a retrouvé. Il faudrait regarder une fois. »

« Tu sais si elle a eu des enfants ? »

« A part la Dame Grise ? Non, je ne sais pas. »

« La Dame Grise ? »

« Harry… »

« Je sais, je sais, ma culture est déplorable. Instruis-moi. »

Drago sourit doucement en secouant la tête.

« La Dame Grise est Helena Serdaigle, la fille de Rowena. Mais je ne sais pas si elle a eu des enfants avant de se faire assassiner par le Baron Sanglant. »

« Tu déconnes ? Le Baron Sanglant a assassiné la Dame Grise ?! »

« Oui. C'est une histoire qu'on raconte à tous les petits serpentards. Au niveau des fantômes de Poudlard qu'on ne doit jamais importuner, c'est bien la Dame Grise. Sinon, on le paie très cher. Et même si le Baron Sanglant ne peut pas nous faire du mal physiquement, il est très doué pour être effrayant. »

« Ouais, je me souviens de la tête de Peeves une fois quand le professeur McGonagall lui a annoncé qu'elle allait en parler au Baron. Il était devenu encore plus pâle que d'habitude. »

Le Gryffondor s'installa sur la chaise en face de Drago et commença à feuilleter l'ouvrage concernant la famille Smith, jusqu'à trouver le passage traitant d'Helga Poufsouffle.

Le Serpentard l'observa faire un moment et son regard acier se posa sur les cheveux.

« On commence à voir nos racines, » fit-il remarquer.

« Oui, je sais, » soupira Harry. « J'irai acheter de la colo. »

« C'est dommage que les Moldus n'ont pas inventé un moyen de faire changer la couleur à la racine même. »

« Ce serait de la magie ça, Drago. Je ne pense pas qu'on puisse faire cela avec la science moldue actuelle. »

Ils se plongèrent à nouveau dans la lecture, Harry demandant juste à Kreattur de veiller au grain. Ce n'était pas parce qu'ils étaient dans un endroit inconnu de tous ou presque qu'il n'y avait vraiment aucun danger. Fréquenter Drago l'avait vraiment rendu plus que prudent.

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Drago veillait tout en lisant l'ouvrage des Smith à son tour, par curiosité mais aussi dans le cas où Harry serait passé à côté de quelque chose. Il n'avait aucune culture Sang-Pure et pouvait peut-être zappé un détail important. Car son idée de rapprocher sa vie avec celle du Seigneur des Ténèbres n'était pas idiote, surtout après avoir entendu l'histoire de l'homme qui se cachait derrière le monstre.

Il feuilletait les pages et les parcourait en diagonale à la recherche d'un éventuel indice. Au bout d'un moment, il ne vit plus vraiment les lignes et s'attarda plus sur les images et les portraits. C'est là qu'il nota une chose : la présence d'une petite coupe entre les mains du Lord ou de la Lady régnant. Toujours la même. Une coupe qui était également entre les mains d'Helga Poufsouffle.

Il fit une vérification minutieuse de chaque portrait et en vint à la conclusion que cette coupe était importante pour la famille. Il n'en trouva hélas aucune représentation précise. C'était peut-être pour cela qu'Harry ne l'avait pas repérée au premier abord.

Il observa le roux un instant, hésitant à le réveiller pour lui faire part de sa découverte. Mais en voyant ses traits tirés et les quelques cernes sous yeux, il choisit de le laisser dormir. Il avait tellement de mal à trouver le sommeil en ce moment avec ses cauchemars réguliers. Il lui en parlerait à son réveil.

Il se leva alors et se fit du thé pour passer un peu le temps tout en observant la rue sous le ciel sans lune.

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Harry cuisinait quand Kreattur apporta le numéro de la Gazette du sorcier à Drago. L'elfe rapporta également les habitudes de Dolores Ombrage et surtout trouver une opportunité qui changerait de l'ordinaire ou toute information exploitable pour coincer la sorcière et récupérer l'horcruxe.

Pour le moment, il n'y avait rien qui se présentait. Cette femme avait une vie vraiment ennuyeuse. Le parfait cliché moldu du 'métro, boulot, dodo.' Cela en devenait désespérant. Et comme elle vivait dans un lieu impossible à déterminer, qui sait, peut-être protégé par le fidelitas, il était impossible de trouver un instant autre que lorsqu'elle était au Ministère. En d'autres termes, ils allaient devoir aller au Ministère pour la voler, au nez et à la barbe des Mangemorts. Et pour le moment, l'éventuel plan qu'ils avaient n'était pas brillant. Pas brillant du tout.

« Oh oh ! »

« Qu'est-ce qu'il y a Dray ? » demanda le roux en tournant son regard vers son ami.

Le Serpentard lui présenta la une du journal.

« Je crois que tes amis se sont faits prendre. »

Harry s'approcha de la table pour survoler rapidement l'article. Les acolytes de l'Indésirable numéro 1 sont interrogés ! Juste en-dessous du titre, il pouvait voir une photo de Ron et Hermione se débattant contre des aurors.

« Kreattur, Dobby, » appela immédiatement le Survivant, le regard déterminé.

Dobby apparut immédiatement au coté de Kreattur, prêt à recevoir son prochain ordre.

« Retrouvez-moi Ronald Weasley et Hermione Granger. Tout de suite. Si vous pouvez, ramenez-les à Square Grimmaurd, sinon dites-moi où ils sont et on ira les chercher nous-mêmes. »

Les deux elfes échangèrent un regard avant de s'incliner et d'obéir.

« Harry ? » fit Drago, incertain.

« Je ne les laisserai pas mourir, Dray. »

« Je sais… Je voulais juste te dire que si on arrive à savoir où ils sont, ce sera probablement un piège pour te sortir de ta cachette. »

« Je sais et franchement, je m'en fiche. Ce sont mes amis. Et Hermione est une Née-Moldue. Quand ils se rendront compte que je ne viendrais pas pour eux, ils la tueront. Enfin … s'ils ne la violent pas avant ou font d'elle une créature magique parce que, soyons honnête, elle est très intelligente. Ils pourraient se servir d'elle à leur avantage… »

« Ouais… Je préférerais aussi la savoir morte plutôt que d'être transformée en Loup-Garou. »

« Je préférerais la savoir vivante et à l'abri, loin de ces enfoirés. »