my fire never goes out (i rise from my scars)

Chapitre 31

oOo

A chaque fois qu'Alyssa pose ses lèvres sur les siennes, Cersei a de nouveau l'impression d'être une jeune fille encore insouciante.

Les premières semaines sont presque irréelles, oniriques. En fait, très peu de choses ont changé. Elles s'entraînent à l'épée et Cersei sent qu'elle progresse, elle est loin d'être aussi douée qu'Alyssa, bien sûr, et elle ne le sera très certainement jamais mais peu lui importe.

(Sentir le poids d'une lame dans le creux de sa main est déjà bien plus que tout ce qu'elle aurait pu espérer à Westeros.)

Elles se promènent le long de la mer, exactement comme avant, sauf qu'elles marchent main dans la main, maintenant, et c'est un peu effrayant parce que c'est quelque chose que Cersei n'a jamais pu faire avec Jaime, pas alors qu'ils devaient garder leur relation secrète.

Mais cette fois, tout est différent. Elles n'ont pas à se cacher, pas vraiment, même si Cersei craint toujours de voir l'ombre du dragon se déployer au-dessus d'elle.

Parfois, elle se surprend à craindre que tout ceci ne soit qu'un songe particulièrement agréable qui finira inexorablement par virer au cauchemar, mais Alyssa l'embrasse et elle sait alors que c'est bien réel, que ça existe.

« Tu es pensive, » lui dit Alyssa un après-midi alors qu'elles observent le soleil descendre dans le ciel, debout face à la mer, les yeux mi-clos. « Tout va bien ? »

Elle se tourne vers elle, les rayons du soleil allument des paillettes dorées dans ses yeux.

« Tout va bien, » répond doucement Cersei. « C'est juste que... je me demande toujours ce que tu peux me trouver. »

Alyssa entrelace leurs doigts.

« C'est plutôt moi qui devrais me poser cette question, » s'esclaffe t-elle en rougissant, un peu gênée.

« Qu'est-ce que tu veux dire ? »

Cersei est incapable de cacher sa surprise.

« Eh bien... tu es une reine. Tu es si belle... bien plus belle que moi. Tu pourrais avoir n'importe qui et... »

« Alyssa, » coupe t-elle gentiment mais fermement. « J'étais une reine. Et c'est faux... tu es belle, même si tu en doutes. A l'intérieur comme à l'extérieur... je ne peux pas en dire autant. Et je ne veux pas n'importe qui. C'est toi que je veux. »

Ses yeux s'illuminent et elle se serre contre elle. Cersei lui rend son étreinte sans hésiter et dépose un baiser sur le haut de son crâne.

« Tu es trop bien pour moi, Alyssa. Je ne te mérite pas. Tu es gentille, douce, intelligente, bienveillante, compatissante... »

« Cersei, » la coupe t-elle à son tour. « Ne sois pas si dure avec toi-même, je t'en prie. Je vois ton âme, tu te souviens ? »

« Je sais mais... »

Elle n'a pas le temps de terminer sa phrase : Alyssa étouffe sa nouvelle protestation d'un baiser.

.

(Cersei pense toujours qu'elle ne la mérite pas et rien ne pourra la convaincre du contraire.)

.

Tyrion est assis dans les jardins en compagnie de Norio. Tous deux observent Cersei et Alyssa se promener bras dessus bras dessous, le visage détendu.

« Alors... Alyssa et votre sœur, » commente Norio au bout d'un moment.

« Il semblerait, » confirme Tyrion.

Cersei ne lui a pas clairement dit qu'elle avait suivi son conseil mais il lui a suffi de voir de nouvelles étoiles briller dans ses yeux émeraude pour tout comprendre.

Il est heureux pour elle, il l'est vraiment, elle semble revivre, elle sourit plus volontiers, l'aura de lumière d'Alyssa a visiblement réussi à chasser les ombres apportées par Gaelon et c'est une très bonne chose.

Elle mérite un peu de bonheur dans sa vie après tout ce qu'elle a traversé.

« Cela vous pose t-il un problème ? » demande Tyrion en jetant un coup d'oeil vers son ami.

« Absolument aucun. Je ne souhaite que son bonheur et elle semble plus heureuse en ce moment qu'elle ne l'a jamais été. »

Tyrion sourit mais quelques ombres se rappellent à son bon souvenir. Alyssa n'a pas choisi la facilité en tombant amoureuse de Cersei – sans doute en a t-elle parfaitement conscience.

(Il espère que sa sœur ne lui brisera pas le cœur par inadvertance ou même volontairement.)

« Et vous ? » lance soudainement Norio.

« Quoi, moi ? »

« Ne voulez-vous pas trouver l'amour ? »

Il s'esclaffe doucement et secoue la tête de droite à gauche.

« L'amour, ce n'est pas pour moi. »

(Tysha, Shae, Sansa, Daenerys, Lya – des échecs. Une malédiction qui n'a cessé de s'abattre sur lui.)

« Pas cet amour-là, du moins. »

Tyrion a fini par se faire une raison.

Il a compris qu'il ne pourra jamais aimer quelqu'un comme Cersei aimait Jaime, il ne pourra jamais ne faire qu'un avec une personne à la fois émotionnellement et physiquement, pas avec son passé, tous ces cadavres et ces déceptions qu'il a laissés derrière lui.

Ce n'est pas si grave.

Ses besoins physiques peuvent être assouvis avec des prostitués et pour ce qui est de l'affection, il a Cersei et Joanna. Ce n'est peut-être pas ce qu'il voulait, autrefois, mais c'est ce qu'il a, et il a appris à s'en contenter.

« Je vous envie, vous savez, » soupire t-il. « J'aimerais ne ressentir aucun sentiment amoureux, ni désir. Cela m'aurait évité bien des déconvenues. »

Norio lui sourit tristement.

« Ne soyez pas si fataliste. Je suis convaincu qu'un jour, vous trouverez vous aussi la personne que vous recherchez. »

Il se contente de sourire et s'abstient de répondre.

.

(Seul un Lannister peut aimer un Lannister – une malédiction inscrite dans son sang.)

.

« Ton valyrien est parfait, » remarque Alyssa un matin alors qu'elle observent toutes les deux Joanna jouer dans le sable.

« Merci. »

« Comment l'as-tu appris ? »

« Oh... disons que contrairement à mes frères, j'écoutais les leçons des mestres, » répond t-elle avec une certaine nostalgie. « Jaime détestait lire. Les lettres se mélangeaient quand il essayait de le faire. Cela a fini par s'arranger mais il en a gardé un très mauvais souvenir. »

Le visage de son autre moitié vient flotter devant ses yeux et son cœur se serre. Et si elle venait à l'oublier, un jour ? Et si elle oubliait sa voix, son visage, son odeur ?

Elle se mord la lèvre quand elle prend conscience de l'affection qui est perceptible devant sa voix. Alyssa lui presse la main pour la rassurer.

« Ne te sens pas gênée quand tu parles de Jaime devant moi. Je sais qu'il était tout pour toi et que je ne le remplacerai jamais. Je comprends parfaitement. »

(Parfaite. C'est ce qu'est Alyssa, et Cersei se sent encore un peu plus coupable.)

Elle lui sourit pour la remercier avant de reprendre.

« Et Tyrion... »

Elle soupire, exaspérée.

« Tyrion était très intelligent mais il préférait passer son temps avec des prostituées plutôt que d'écouter des mestres dont il disait pouvoir se passer sans aucun problème. »

(Ce qui était, elle doit bien l'avouer, vrai.)

« Il parlait à peine valyrien quand nous avons débarqué ici. Heureusement pour lui, il apprend vite. »

« Mère ! »

Joanna a trouvé un petit coquillage et vient se jeter dans ses bras pour le lui donner. Cersei caresse ses boucles blondes et la laisse le déposer dans le creux de sa main.

« Pour vous ! »

« Il est magnifique, petit lionceau. Merci beaucoup. »

Joanna, après lui avoir offert un sourire resplendissant, s'éloigne de nouveau.

« Ta fille est adorable, » commente Alyssa, attendrie.

« Oui... j'ai beaucoup de chance. »

Sa fille. La fille de Jaime. Le fruit de leur amour. La personne qu'elle aime le plus au monde, plus que sa propre vie.

« Tu es une bonne mère, » souffle Alyssa avec tristesse. « J'aurais aimé que la mienne soit comme toi . »

Cette remarque fait un drôle d'effet à Cersei parce qu'au fond, elle pourrait être la mère d'Alyssa, elles ont seize ans de différence, mais les sentiments qu'elle éprouve pour elle ne sont certainement pas maternels.

« Je suis désolée, » offre t-elle. « Mais tu sais... je n'ai pas toujours été une bonne mère. J'ai fait beaucoup d'erreurs avec mes trois premiers enfants. »

(Des erreurs qui leur ont coûté la vie.)

« Joanna est ma dernière chance... je veux faire les choses bien, cette fois. »

La petite fille s'approche alors d'Alyssa et lui tend un autre petit coquillage.

« Pour... pour moi ? » demande t-elle, les yeux ronds.

Elle hoche vigoureusement la tête.

« Eh bien... merci, Joanna, » sourit Alyssa.

Cette scène la réchauffe bien plus que n'importe quel rayon de soleil.

.

Tout ceci était trop beau pour durer et c'est quelque chose dont Cersei aurait dû se douter dès le début.

Il est évident qu'elle allait finir par tout gâcher, d'une façon ou d'une autre.

Cela part de presque rien, au début. Alyssa et elle se baignent dans la mer comme elles l'ont fait de nombreuses fois auparavant mais maintenant que leur relation a évolué, les regards que Cersei lui jette sont différents.

Elle détaille longuement son corps, ses longs cheveux bruns, sa peau dorée, ses courbes féminines, ses seins, la toison sombre entre ses cuisses et elle se mord la lèvre, un feu familier prend naissance dans son bas-ventre, un feu qu'elle pensait éteint à jamais.

Le désir.

Elle ressent l'envie d'embrasser chaque parcelle de sa peau mais s'oblige à rester à distance parce qu'elle sait ce qu'Alyssa a vécu et elle ignore si elle la regarde de la même façon, si elle la désire aussi.

Alors Cersei attend un geste, un signe qui ne vient pas, elle s'interdit de se montrer impatiente parce qu'Alyssa ne lui doit absolument rien, elle a bien trop souffert de ce maudit devoir conjugal pour avoir envie de le réclamer à son tour.

(Elle attendra. Elle ne prendra pas le risque de tout gâcher, pas alors qu'une nouvelle chance inespérée lui a été donnée.)

Un matin, pourtant, alors qu'elles sont en train de s'embrasser, le cœur de Cersei se met à battre fort, bien trop fort, elle brûle de serrer Alyssa contre elle et de caresser sa peau alors presque sans y penser, elle glisse les mains sous sa chemise.

Elle comprend que c'était une erreur quand Alyssa s'écarte brusquement, légèrement apeurée.

« Excuse-moi, » bredouille t-elle. « C'est juste que... tu m'as surprise. »

« Non, c'est moi, » répond Cersei. « Je n'aurais pas dû... pardon. »

Alyssa demeure presque mutique le reste de la journée et lorsqu'elle l'embrasse sur la joue en guise d'au-revoir, Cersei sent que quelque chose vient de se briser entre elles.

.

« J'ai tout gâché. »

Tyrion relève la tête de son livre quand elle se laisse tomber dans le fauteuil à côté du sien et fronce les sourcils.

« Comment ça ? »

« J'ai tout gâché avec Alyssa, » répète t-elle, les dents serrées.

Son petit frère se retient visiblement de soupirer et ferme son livre pour lui accorder toute son attention.

« Qu'est-ce que tu as fait ? »

Son ton fataliste lui serre le cœur parce qu'il savait lui aussi que ça allait arriver – il voit ce qu'Alyssa refuse seulement de regarder, les ombres les plus terribles et les plus meurtrières.

« Nous... nous étions en train de nous embrasser et je me suis montrée un peu trop... entreprenante. »

Tyrion bat des paupières et les traits de son visage se détendent aussitôt.

« Oh. »

Elle attend qu'il ajoute quelque chose, les sourcils froncés. Il s'attendait visiblement à une toute autre confession, peut-être pensait-il qu'elle venait de briser le cœur d'Alyssa.

« Alors vous... vous n'avez toujours rien fait ? » demande t-il, surpris.

« Qu'est-ce que tu veux dire ? »

« Eh bien, cela fait plusieurs semaines alors je pensais que... »

« Tu pensais mal ! » coupe Cersei avec agacement. « Tu vas m'aider oui ou non ? »

« Oui, oui... excuse-moi. Je t'écoute. »

« Alyssa s'est braquée. Je ne voulais pas lui faire peur mais je crois que c'est trop tard... »

« Ne dis pas n'importe quoi. Tu l'as surprise, voilà tout. »

« Elle n'est pas prête à aller plus loin, » dit-elle. « J'aurais dû le savoir, pourtant. »

Tyrion la dévisage longuement de son regard scrutateur.

« Et si elle ne l'était jamais... est-ce que ça te dérangerait ? » demande t-il posément.

Cersei se retrouve à court de mots. C'est une question qu'elle ne s'est jamais véritablement posée. Elle hésite.

(Serait-elle capable de se contenter d'un amour platonique ?)

« Je ne sais pas, » admet-elle. « Ce serait... nouveau pour moi. Et ce n'est pas le corps d'Alyssa qui m'a attirée en premier lieu. »

Mais pourrait-elle supporter de sentir ce feu brûler en elle sans jamais pouvoir l'assouvir ?

« Il faut que tu lui en parles, » conclut Tyrion. « C'est le seul moyen de tirer cette situation au clair. »

« Oui... tu as probablement raison. »

Elle pousse un long soupir. Tyrion pose une main sur son bras.

« Ne fais pas cette tête. Tu n'as pas tout gâché, je te l'assure. »

« Hmm... »

(Ce qu'elle a envie de le croire.)

.

Le lendemain, Alyssa l'embrasse comme si l'incident de la veille n'était jamais arrivé et la guide jusqu'à chez elle.

« Norio n'est pas là, » lui apprend t-elle. « Il est avec les autres magistrats. Tu as dû t'en apercevoir mais ils ont plus de travail depuis la mort de Gaelon. »

« Oui. Nous voyons moins Stallor qu'avant... non pas que ça nous dérange. »

Alyssa s'esclaffe doucement et Cersei soupire intérieurement de soulagement.

(Elle n'a pas tout gâché. Tout va bien. Tout va bien.)

Elle laisse Alyssa lui prendre la main et elles traversent les couloirs jusqu'à une pièce où elle n'est encore jamais entrée.

« C'est... c'est ma chambre, » précise t-elle en refermant la porte derrière elle.

Elle lui tourne le dos et s'approche du lit avant d'effleurer les draps du bout des doigts. Sa nervosité fait monter la tension dans la pièce.

« Pourquoi m'as-tu amenée ici ? » demande calmement Cersei en croisant les mains.

Alyssa jette un œil par-dessus son épaule et inspire longuement, comme pour se donner du courage.

« Eh bien... dans une relation il s'agit de l'étape suivante et... j'ai vu comment tu me regardes. »

Elle se retourne.

« Tu me désires. »

C'est un constat, certainement pas une question et après ce qui s'est passé la veille, Cersei serait bien en peine de nier.

« Oui, » confirme t-elle.

Elle fait un pas vers Alyssa.

« Est-ce que tu en as envie ? »

Celle-ci se tord les mains et rougit légèrement.

« Je... je crois. »

« Tu n'es pas sûre. »

Alors qu'elle ouvre la bouche pour répondre, Cersei comble la distance qui les sépare et pose un doigt sur ses lèvres.

« Rien ne nous oblige à aller plus loin aujourd'hui. »

« Mais... tu en as envie et... »

« Je ne veux pas que tu te forces pour me faire plaisir, » l'interrompt-elle. « Si tu ne te sens pas bien, alors je ne me sentirai pas bien non plus. D'accord ? »

Alyssa sourit faiblement et acquiesce.

« D'accord. »

Cersei l'embrasse tendrement avant d'appuyer son front contre le sien.

« Je sais... je sais ce que tu as vécu. Je comprends que tu ne te sentes pas à l'aise, mais ce n'est pas grave. Nous avons le temps. »

« Merci, » souffle Alyssa. « Merci d'être aussi compréhensive. »

(Il semblerait que Tyrion ne soit pas le seul à avoir une bonne influence sur Cersei.)

« J'ai juste envie de te serrer contre moi, aujourd'hui, » confie t-elle. « Est-ce que ça te va ? »

« C'est parfait. »

Alors elles basculent doucement sur le lit et Alyssa enfouit le visage dans son cou tandis que Cersei caresse doucement ses cheveux.

« Je me sens bien, maintenant, » murmure Alyssa.

« Moi aussi, » répond Cersei. « Moi aussi. »

Le baiser qu'elles échangent est doux et plein de promesses.