Cassiopea laissa retomber sa tête contre le dossier de son fauteuil et expira profondément. La nuit était déjà bien avancée et les bruits provenant des célébrations à l'extérieur se faisaient plus sourds. La jeune femme avait passé les dernières heures penchée sur ses écrans à essayer d'élaborer la meilleure stratégie possible mais elle en revenait toujours au même point. Leur seule solution était d'entamer un déménagement. Kidron n'était plus le havre de paix qu'il avait été durant les trois années passées et il était temps de recommencer ailleurs. Cassiopea ne put s'empêcher de ressentir un pincement au cœur à l'idée de laisser sa jungle derrière elle mais elle n'avait plus le choix désormais. Lorsqu'elle avait décidé de chercher une nouvelle localisation et d'y faire construire une base de secours, elle l'avait surtout fait afin d'avoir plus d'espace pour loger les membres toujours plus nombreux de sa milice. Un jour, il aurait certainement été plus judicieux de séparer les rebelles en deux groupes et de les répartir sur les deux bases pour plus d'efficacité et une couverture plus grande de la galaxie. Désormais, ils risquaient fort de devoir tous s'y installer. La jeune femme jeta un regard vers le cube des Archives, branché à de multiples câbles au centre de l'observatoire. S'ils parvenaient à découvrir les secrets du Kyber, alors il restait peut-être encore une chance de sauver Kidron. Leurs boucliers étaient puissants mais, amplifiés avec des cristaux, ils seraient indestructibles. Le coffre qu'ils avaient dérobé aux impériaux sur Arkania était toujours en sécurité dans les laboratoires de la base et il contenait un nombre décent de cristaux. Il leur serait peut-être possible de les utiliser.
Les risques étaient cependant encore trop importants et leur avenir trop incertain pour que Cassiopea puisse se permettre de tout jouer sur leurs futures découvertes dans les Archives. Les familles et les premières équipes partiraient donc le plus rapidement possible. Si Kidron se trouvait déjà bien dissimulée de part son emplacement dans l'espace sauvage, la jeune femme avait choisi de viser encore plus loin pour leur seconde base. Adumar arborait de magnifiques paysages forestiers avec nombre de lacs et de collines. Mais, surtout, la planète se trouvait au-delà des frontières de la galaxie et donc hors de portée de l'influence impériale. Le nouveau régime était bien trop occupé à soumettre les planètes se trouvant sous sa juridiction pour avoir le temps de s'occuper du reste de l'univers. Cassiopea était certaine que ses troupes y seraient en sécurité. Bien entendu, ils ne pouvaient pas se permettre de déménager tous à la fois. Déjà parce que la procédure demanderait des mois de préparatifs et de multiples trajets mais aussi parce qu'ils risquaient d'attirer l'attention sur eux et de se mettre en danger. Vénusii-Arcadia n'avait pas eu l'occasion de descendre sur Kidron et il ignorait donc tout des infrastructures qui s'y trouvaient et du nombre de rebelles. Du moment que la base restait en activité, les impériaux n'y verraient que du feu s'ils venaient à revenir et ils ne pourraient se douter de leur stratagème. Cassiopea avait bien l'intention de continuer à assurer la défense de sa planète tandis qu'en coulisses, les vaisseaux de transports longues distances commenceraient à effectuer des allers-retours vers Adumar.
Après avoir vérifié une dernière fois le niveau de chargement des boucliers, la jeune femme se leva et commença à faire les cent pas dans l'observatoire, jusqu'à se rendre dans sa chambre. Elle n'avait pas menti en disant à Ann-Mary qu'elle débordait d'énergie. Elle pouvait presque sentir les midi-chloriens s'agiter dans son organisme. Elle s'était pourtant sentie si faible en se réveillant sur Kro Var après les soins de la Modeleuse et les traumatismes que lui avait fait subir Hell qui auraient dû la détruire complètement. Cassiopea était incapable de comprendre ce qui lui était arrivé. En fermant les yeux, elle pouvait encore ressentir la douleur atroce qui lui avait vrillé les entrailles au moment où les griffes acérées s'étaient refermées sur elle. La jeune femme n'avait jamais entendu parlé de ce genre de pouvoir mais, elle devait bien se l'avouer, elle ne savait pas grand chose des Sith originels. Si ce n'est qu'ils ne supportent visiblement pas d'être comparés aux Jedi noirs. Mais alors, pourquoi est-ce-que Hell travaille pour Palpatine ? S'il le déteste autant, il devrait être dans le camp adverse. Toute cette histoire n'a aucun sens. L'attitude du Sith avait été tout aussi étrange. D'abord, il lui sauvait la vie, puis il tentait – inconsciemment peut-être, mais tout de même – de la tuer en lui faisant subir les pires tortures imaginables et, enfin, il s'arrêtait pour la laisser vivre et l'abandonnait derrière lui. Tout ça n'a aucun sens, la jeune femme se passa la main dans les cheveux. Sans compter tous ces symptômes que j'ai ressentis en sa présence et qui avaient complètement disparus sur Kro Var. Elle laissa doucement sa main descendre le long de son corps et elle remonta le haut ample – ayant probablement appartenu à Wolf dans une vie antérieure – qu'elle portait. Sous sa poitrine, gravée sur son sternum, se trouvait désormais une fine cicatrice blanche en forme d'étoile à huit branches. La marque était si délicate, qu'elle aurait presque pu passer pour un tatouage blanc et légèrement scintillant qui ressortait sur sa peau pâle. Elle était visiblement apparue suite aux attaques du Sith mais Cassiopea ne savait pas ce qu'elle pouvait bien signifier. Son esprit la ramena vers les cristaux présents dans ses sabres qui formaient tous les deux des étoiles, mais à quatre branches. La forme était cependant étrangement similaire. La jeune femme passa les doigts dessus. Comme la première fois qu'elle l'avait touchée, en se changeant après son réveil sur la base, elle ne ressentit aucune douleur. Elle se tourna vers le miroir au fond de sa chambre et observa attentivement le dessin. La marque était fine mais sa taille restait conséquente. La branche la plus élevée de l'étoile montait entre ses seins tandis que les quatre suivantes passaient juste dessus et en-dessous. Les trois autres, plus longues, descendaient ensuite plus bas le long de son sternum. J'imagine que ça aurait pu être pire, Cassiopea laissa retomber son haut. Tout le monde ne peut pas se vanter d'avoir une sublime cicatrice gravée sur le corps.
La jeune femme ne pouvait cependant empêcher l'étrange sentiment qui montait en elle en pensant à la signification que cette marque pouvait bien avoir. N'étant pas douloureuse, elle ne paraissait pas être la manifestation physique des tourments qu'elle avait endurés et, si elle avait envisagé qu'il puisse s'agir des suites du rituel de la chamane, elle avait rapidement abandonné cette idée. Il lui fallait être honnête avec elle-même. Peu importe le sens que cette marque revêtait ou le rôle qu'elle jouait pour lui, Cassiopea était certaine d'une chose. Elle le sentait au plus profond d'elle-même. D'une manière ou d'une autre, Hell avait gravé un bout de lui même dans sa chair.
Cassiopea en était là de ses réflexions lorsqu'elle entendit la porte de l'observatoire s'ouvrir. Curieuse et étonnée par l'heure tardive de cette visite, la jeune femme quitta sa chambre pour retourner dans la pièce principale. Matylda se tenait debout devant le cube des Archives et le regardait intensément en fronçant les sourcils.
« Tu essayes de l'ouvrir par la pensée ?, demanda Cassiopea amusée, faisant sursauter son amie.
- J'ai pensé que tu dormais peut-être, lui répondit cette dernière. Je ne voulais pas te déranger.
- Je suis bien trop survoltée pour fermer l'oeil cette nuit. Et toi ? Tu ne devrais pas te reposer ?
- J'ai trop de choses en tête, je ne crois pas que je parviendrai à dormir. Les filles sont rentrées. Ivan a raccompagné Navo et je crois que Sor et Wolf sont partis jeter un œil sur le Phoenix. Il ne reste plus grand monde dehors.
- Tu as vu Quinlan ? Je ne sais pas où il est passé après la cérémonie funéraire.
- Je crois qu'il est allé rendre visite à Villie à l'infirmerie. Et ensuite, il me semble que je l'ai vu s'enfoncer dans la jungle avec Maître Kenobi. Je ne les ai pas vus en ressortir.
- Il ne vaut mieux pas les déranger. Je connais Obi-Wan. S'il ressent le besoin de s'isoler, c'est que quelque chose le tracasse. J'espère tout de même qu'ils seront là au matin pour cette histoire d'Archives.
- Je crois que Wolf leur a fait passer le message. Ann-Mary m'a dit que tu avais une solution pour protéger la base ?
- J'appellerais plutôt ça une délocalisation. Nous avons une nouvelle base en cours de construction hors de la galaxie. Les Sentinels ne sont majoritairement pas au courant mais je pense commencer à faire évacuer les familles et les premiers groupes de techniciens et de soldats de sol.
- C'est sûrement la bonne décision. Au moins ils seront en sécurité pendant que nous cherchons une solution pour réarmer Kidron.
- Si nous ne trouvons rien qui convienne dans les Archives, alors il nous faudra tous partir. Ça ne m'enchante pas vraiment, mais nous n'aurons pas le choix.
- Ann-Mary a dit que les plus grands secrets de l'univers se trouvaient dans ce cube. Nous allons trouver ce qu'il nous faut et comprendre par la même occasion ce que fabrique l'Empire. Ensuite, nous pourrons les arrêter.
- Le plan me paraît convenir, sourit Cassiopea en se laissant tomber sur un canapé. Tu voulais me dire quelque chose ?
- En fait, Matylda la rejoint. J'ai beaucoup pensé à cette histoire de Jedi ces dernières semaines.
- Tu ne veux plus t'entraîner ?, lui demanda Cassiopea. Je sais que, niveau pratique, nous n'avons pas vraiment pu nous y mettre depuis Jedha, mais je pense toujours que tu peux y arriver. En plus, avec Ann-Mary, Quinlan et Obi-Wan dans les parages, ce sera beaucoup plus simple pour moi te t'apprendre. J'aurai trois personnes pour m'épauler.
- Je ne sais pas vraiment ce que je veux en réalité. Quand tu m'as dit que j'étais sensible à la Force, j'étais tellement motivée à l'idée de devenir un vrai Jedi que je suis restée focalisée sur l'image idéalisée que j'avais de l'Ordre. Maintenant que je connais la face cachée de toute l'histoire, je ne suis plus certaine d'avoir envie d'être comme eux. Je veux dire, j'avais compris que ce Code était important, mais je ne pensais tout de même pas que la moindre entorse pouvait vous coûter tant de choses. Vous pouviez être reniés pour ça !
- Certains l'ont été, oui. Ce qu'ils ont fait à Quinlan restera à jamais impardonnable à mes yeux et il en va de même pour Ahsoka, l'une de mes amies. Ils l'ont accusée à tort d'un crime affreux, n'ont même pas cherché à écouter sa version des faits ni à lancer des recherches dans ce sens et, quand il s'est avéré qu'ils s'étaient trompés de coupable depuis le début, ils ont choisi de faire comme si de rien n'était. Évidemment, elle est partie. Elle ne pouvait plus leur faire confiance après ça. Ils ont aussi été très durs avec Anakin. En fait, à part Obi-Wan évidemment, personne n'a jamais essayé de le comprendre. Pour eux, il avait grandi avec l'amour d'une mère et cela suffisait à en faire un mauvais Jedi capable de succomber à ses émotions et de basculer du Côté Obscur en un instant. Avec des mentalités comme ça, je m'étonne parfois moi-même de ne pas être partie plus tôt.
- Et voilà exactement ce que j'entendais par " je n'ai pas envie d'être comme eux ".
- Mais, Cassiopea l'interrompit avec un sourire. Je parle là du Conseil et de ses membres. Et encore, j'exclus automatiquement Obi-Wan et Quinlan. L'Ordre Jedi était ma famille. Je n'arrive pas à imaginer ce qu'aurait été ma vie si je n'avais pas rencontré toutes ces personnes. Ils ont fait de moi la femme que je suis, chacun à leur manière, et je les remercierai éternellement pour ça. Le Conseil tirait les ficelles et il a fini par se faire entraîner dans les manœuvres politiques de la République et de Palpatine et ce qui a fait exploser l'Ordre de l'intérieur. Nous n'étions plus vraiment fidèles à nos valeurs. Mais elles existent et elles ne disparaîtront jamais vraiment. Il ne tient qu'à toi de te les approprier et de les faire tiennes. Pour moi, être un Jedi c'est avant tout vivre en harmonie avec la Force et défendre la paix et la liberté qui forment l'essence même du Côté Lumineux. Les préceptes du Code ne sont que des lignes directrices qui peuvent t'orienter le long de ton cheminement. Il ne tient qu'à toi de choisir l'importance que tu souhaites leur donner. Pour Ann-Mary, le respect formel du Code fait partie intégrante de sa vision de la Force et elle vit très bien ainsi. Ce qui ne l'empêche pas de comprendre que certains puissent avoir plus de mal à s'y conformer. Si tu es comme moi, comme Quinlan et Anakin et, je pense, jusqu'à un certain point, comme Obi-Wan, il te sera impossible de les respecter en restant toi-même. Tu devras obligatoirement les adapter à ta vision des choses mais tu n'en seras pas moins une bonne Jedi.
- Vu sous cet angle, les choses sont effectivement différentes.
- Après, encore une fois, c'est ma façon de voir les choses. J'aime à croire que de nombreux Jedi avaient la même mais, peut-être que c'est juste moi finalement. Peut-être que je suis plus Jedi Gris que vrai Jedi au fond.
- Jedi Gris ?, Matylda avait l'air surprise. Qu'est-ce-que c'est ?
- Une sorte de troisième Ordre, situé entre celui des Jedi et des Sith. J'ignore s'il en existe encore aujourd'hui, ils sont réputés pour être secrets, mais ce sont des Chevaliers qui ont choisi de se dissocier de l'Ordre Jedi et de vivre selon leur propre doctrine. Les Jedi Gris pensent qu'il n'existe aucun côté du Bien ou du Mal et se laissent uniquement guider par la Force. Ils ne cherchent pas à suivre le Code Jedi à la lettre, ni ne se laissent aveugler par le Côté Obscur.
- Ils me paraissent être des gens très sages.
- Quinlan m'a un jour dit que la Force n'avait pas de côté. Qu'elle s'adaptait à la nature profonde de son manipulateur en passant simplement à travers lui. Je pense que c'est là le message qu'il voulait me faire passer. Tu es la Force Matylda, si tu brilles de l'intérieur, alors tu incarneras le Côté Lumineux. Et c'est là tout ce qui devrait faire un vrai et bon Jedi.
- Tu va m'apprendre à fonctionner comme un Jedi Gris alors ?
- Je ne sais pas vraiment, j'ai dit ça comme ça. En réalité, je n'y connais pas grand chose au Côté Obscur et il est important pour eux, au même point que le Côté Lumineux. Je pensais savoir mais, en réalité, j'ai bien conscience qu'il ne s'agit que de préjugés. Les Jedi Noirs comme Palpatine ne sont pas des Sith, pas dans le sens profond du terme. Ils sont monstrueux mais les vrais manipulateurs du Côté Obscur, qui naissent en possédant ces pouvoirs, doivent avoir une toute autre vision des choses.
- Comme Hell, n'est-ce-pas ? C'est un véritable Sith.
- Exactement, oui. C'est pour cela que je ne m'explique pas vraiment sa fidélité à l'Empire mais ce n'est pas le sujet. Je ne pourrai pas t'apprendre à être un Jedi Gris parce que je ne sais pas moi-même ce que cela signifie réellement, dans la pratique de la Force. En revanche, je peux t'enseigner ma vision de la Force et de ce que devrait être un Jedi. Je peux essayer de t'apprendre à faire le bien, à défendre les bonnes valeurs, tout en restant fidèle à toi-même. Parce que je pense sincèrement que la Force grandit en même temps que toi et que, t'accepter telle que tu es et t'en servir pour devenir Jedi, te permettra d'avancer en paix dans la Lumière.
- Je ne suis pas sûre d'être assez forte pour ça.
- Bien sûr que si. Tout le monde peut l'être. Tu as les prédispositions nécessaires et, ensuite, tout ce qu'il te reste à faire, c'est d'y croire et de le vouloir. Je ne prétends pas que ce sera facile, il te faudra apprendre beaucoup de choses. Mais la route est toute tracée du moment que tu choisis le chemin que tu souhaites emprunter.
- Je n'ai pas changé d'avis, je veux toujours être une Sentinel.
- Alors garde ça en tête à chaque fois que nous nous entraînerons. Tu verras, tu trouveras la Force en toi.
- Je crois que je commence à la comprendre.
- Je sais, tu as déjà tellement évolué depuis notre rencontre que c'était inévitable. Tu veux que je fasse de toi un Chevalier Jedi ? Alors c'est ce que nous allons faire. Je vais te montrer les voies de la Force que j'ai choisi de suivre en faisant mon apprentissage et qui, je l'espère, auront fait de moi un vrai Jedi dans le sens premier du terme.
- Tu sais, quand j'étais petite, j'avais des dizaines de livres d'histoires sur les Jedi. Je pense qu'elles étaient assez loin de la réalité et relevaient plus du conte, mais en tout cas, elles m'ont donné une vision assez précise de ce qu'était un Chevalier.
- Et qu'en as-tu déduit ?
- Que, si le Conseil et ses principes étaient bien loin de l'image que j'avais de l'Ordre, toi en revanche, tu aurais pu sortir tout droit des pages de mon roman préféré. Je ne pense pas que j'aurais pu voir la différence. »
Sur demande de Matylda, Cassiopea la conduisit jusqu'au laboratoire où étaient entreposés les cristaux retrouvés sur Arkania. La jeune femme avait envie de voir à quoi ressemblait le cœur de l'arme qu'elle serait peut-être bientôt amenée à construire. Si Matylda avait été refroidie par ses récentes découvertes au sujet du Conseil Jedi, Cassiopea avait fait remonter ses espoirs en flèche. Son amie avait une vision si simple de la Force et de ses pouvoirs qu'il lui était difficile d'imaginer ne pas avoir envie de suivre ses enseignements et d'apprendre à vivre de la même manière. Pourtant, elle ne pouvait s'empêcher de rester anxieuse au sujet de certains aspects de sa future formation.
« Il est censé se passer quelque chose de particulier ?, demanda-t-elle dubitative en prenant un cristal en main.
- Seulement lorsque tu auras trouvé le bon. C'est le cristal qui choisit son Jedi et non l'inverse. C'est à cela que sert le long pèlerinage que doit effectuer chaque Padawan au début de sa formation. Nous sommes envoyés sur Ilum et nous devons trouver la bonne pierre. Le temps s'y écoule de manière très étrange et les recherches durent généralement des semaines. Pour ma part, il m'a fallu trois semaines.
- C'est extrêmement long !
- Et ce n'est que le début du voyage. Une fois le cristal trouvé, le Maître emmène son Padawan dans l'un des temples cachés de la planète. Là-bas, commence le long processus de fabrication du sabre laser. Chaque arme est unique et son fonctionnement l'est tout autant. Tu peux évidemment t'aider de la Force pour l'assemblage si tu n'es pas trop doué de tes mains, mais la finalité reste la même. Il faut des mois pour parvenir à façonner l'arme qui sera parfaite pour toi au point d'en devenir le prolongement de ton corps.
- Il me faudra aussi me rendre sur Ilum alors ?
- Ou sur une autre planète minière. Je plancherai sur le sujet pour trouver laquelle est la plus sûre. C'est important, surtout en ce moment. Je viendrai avec toi, évidemment. Quinlan m'a également accompagnée alors que certains Maîtres préféraient rester entièrement à l'écart. Bien sûr, la quête du cristal reste personnelle.
- Ça a l'air très compliqué.
- Tu as l'impression maintenant, mais une fois que tu auras appris à communier avec la Force et à la manier, tu te rendras compte que ce n'est pas aussi insurmontable que tu peux l'imaginer. Nous avons le temps, tu n'as pas besoin de créer ton sabre dans la minute.
- Ils sont comment les tiens. Tes cristaux je veux dire. »
Cassiopea prit ses sabres laser et, fermant les yeux, les fit léviter devant elle. Une à une, les différentes pièces se détachèrent les unes des autres jusqu'à faire apparaître le cœur des armes. Des deux cristaux jumeaux jaillit une lumière orange éclatante qui envahit toute la pièce. Matylda s'approcha, ébahie, et contempla les deux étoiles nichées dans les canalisateurs d'énergie.
« Ils sont magnifiques, murmura-t-elle. Et identiques en plus.
- Ce sont les deux parties d'un tout. Il n'y a qu'un seul cristal qui soit sorti de la roche à mon approche. Ensuite, j'ai remarqué que je pouvais le scinder en deux.
- Comment est-ce-qu'ils changent de couleur ?
- Quand tu les trouves dans les mines, ils sont d'un blanc pur comme ceux que tu vois ici. Lorsqu'une pierre trouve son Jedi, elle change de couleur pour prendre la teinte qui s'adaptera le mieux au Chevalier. Les plus courants sont le bleu et le vert mais, à l'époque de l'Ancienne République, tu pouvais rencontrer toutes les couleurs possibles et chacune avait une signification bien précise. Elles se sont un peu perdues à mesure que l'Ordre a évolué. Je suis la première à avoir eu des sabres orange depuis plusieurs siècles. Voire même des millénaires.
- Que représente le orange alors ?
- C'était la couleur des Gardiens. Une caste de Jedi guerriers qui parcouraient la galaxie pour la protéger et la défendre des attaques du mal. À l'époque, Quinlan m'a dit que je devais probablement être destinée à faire de grandes choses mais qu'il ignorait quelle serait leur nature. Le monde était encore en paix. Aujourd'hui, je comprends mieux pourquoi ils ont choisi cette couleur.
- C'est une couleur forte, puissante. Le genre d'arme qui fait peur. Le sabre vert de Maître Vos n'a pas cet effet, je trouve. Le bleu de Maître Kenobi non plus d'ailleurs.
- En toute franchise, à quatorze ans, la seule chose qui m'importait c'était de pouvoir me pavaner devant mes amis avec mes lames uniques au monde.
- Je suis parfaitement entrain de t'imaginer. Mais, quatorze ans ? C'est extrêmement jeune pour affronter tout ce pèlerinage.
- C'était un peu plus jeune que la moyenne mais Ann-Mary avait à peu près le même âge quand elle est passée Padawan.
- Il va falloir que tu me transmettes tous les enseignements que tu as suivis pendant plus de dix ans avant que je ne puisse construire mon sabre laser ?
- Oh non, rassure-toi. Je vais t'enseigner les bases et les choses que j'estime être essentielles. Le reste viendra avec la pratique. Les conditions sont radicalement différentes et puis, tu es adulte. Nous commençons alors que nous sommes âgés de trois ans pour la plupart. Il nous faut atteindre une certaine maturité. Il n'y a pas que les enseignements Jedi qui comptaient au Temple. Il y avait aussi tout le reste. L'apprentissage des langues, de la diplomatie, de la politique, des arts de la guerre, ce genre de choses. Il fallait nous élever avant de penser faire de nous des Chevaliers. Tes parents se sont chargés de ça. Il ne me reste plus que le côté mystique à explorer. Pour ce qui est des combats au sabre laser, je t'entraînerai un peu avant mais, pour le reste, nous nous en occuperons une fois ton arme construite. Encore une fois, c'est une question d'âge. Je me suis entraînée sur des sabres d'exercice mais j'avais dix ans. J'aurais été incapable de manier une véritable arme à cet âge.
- Tu penses qu'il me faudra combien de temps ?
- Si tu es assidue, et je n'ai aucun doute là dessus, je pense que tu pourrais être prête en quelques mois. Cela va dépendre de la tournure que prendront les évènements et de mes propres capacités. Encore une fois, je ne sais pas ce que je vaux en tant que professeur.
- Est-ce-que je vais devoir t'appeler Maître ?, demanda Matylda en riant.
- Surtout pas ! J'aurais l'impression de prendre trente ans ! Quoi que, Anakin n'avait pas vingt ans quand il s'est vu attribuer Ahsoka. Et elle n'avait que quatre ans de moins que lui. Je n'ai pas le souvenir qu'il se soit senti vieux. Après, c'est peut-être aussi dû à son égo surdimensionné qui a dû s'en sentir très flatté.
- J'ai vu leur photo sur ton bureau, ils avaient l'air d'être formidables.
- Ils l'étaient, oui. Ils me manquent tous les jours. »
La première lune commençait à se coucher et les rayons du soleil pointaient lorsque les deux jeunes femmes retournèrent dans l'observatoire. Leurs amis n'allaient plus tarder à arriver et le long décodage des Archives allait pouvoir commencer. Alors que Cassiopea se changeait dans sa chambre, Matylda en profita pour observer toutes les photos se trouvant dans l'espace salon du quartier général des Sentinels. L'une d'entre elles attira son regard.
« Cass ?, l'appela-t-elle. Est-ce-que je peux te poser une question un peu personnelle ?
- Bien sûr, répondit son amie en sortant de sa chambre.
- Cette histoire de Code qui vous interdisait toute forme d'attachement. Tu le respectais avant de quitter l'Ordre ? Parce que, d'après ce que j'ai cru comprendre, c'était l'un des points les plus importants de la ligne de conduite des Jedi.
- Le plus important tu veux dire. Et la réponse est non, je n'ai jamais réussi à m'y conformer. Pourquoi tu me demandes ça ?
- Parce que j'ai vu à quel point c'était important pour Ann-Mary et qu'elle parvenait à respecter cette règle à la lettre. Je me suis demandée si je devrais peut-être aussi tenter de m'y plier.
- Là, tu es totalement libre de ton choix. C'est à toi d'estimer ce qui est important dans ta conduite de Jedi et ce qui l'est moins. Personnellement, j'ai toujours pensé que l'amour nous rendait plus fort dans notre maîtrise de la Force, mais j'arrive à comprendre pourquoi certains en ont eu peur.
- Mais ton Maître a basculé du Côté Obscur par amour.
- Et qu'est-ce-qui l'en a ramené ?
- La même chose, comprit Matylda. Ça doit dépendre des gens alors.
- Exactement. Une vie sans amour me paraît bien trop triste pour que je puisse l'envisager et j'ai toujours été comme ça. Mon premier amour – et Obi-Wan ne compte pas, je t'arrête tout de suite – s'appelait Ferus Olin. J'avais seize ans et lui un peu plus. Padawan également, si tu te poses la question. Anakin était outré quand il l'a appris. Ils ne se sont jamais supportés et ils passaient leur temps à se provoquer en duel. Ça m'a beaucoup fait rire.
- Ah oui, donc toi, le respect du Code ça n'a vraiment jamais été ton truc en fait.
- En tout cas, pas en ce qui concerne cette partie du Code. Mais, tu savais déjà que je n'approuvais pas cette règle alors, pourquoi cet intérêt prononcé et soudain pour ma vie sentimentale ?
- Parce que, Matylda tourna la photo qu'elle tenait toujours vers Cassiopea en lui adressant une expression entendue.
- Je me souviens de ce jour, dit son amie en prenant l'holo-cadre. Nous avions réussi à détourner toute une flotte cargo impériale qui voulait dérober les ressources d'une planète entière. C'était notre première grosse victoire, il y a deux ans environ. Wolf était surexcité. Ça se voit d'ailleurs. Il m'a fait tourner dans tous les sens pendant une éternité.
- Pourquoi vous n'êtes plus ensemble ? Je n'arrive toujours pas à comprendre.
- Nous l'étions à ce moment. Je ne sais pas vraiment comment l'expliquer. Tu vois ce genre de relation où tu te dois d'essayer d'aller plus loin pour voir ce que ça pourrait donner ?
- J'en ai eu une avec un ami d'enfance. Ça s'est tellement mal passé que nous ne nous sommes plus jamais adressé la parole. Je tenais vraiment à lui et ça a tout gâché.
- Je pense que ça aurait pu mal finir avec Wolf, c'est vrai. Mais je dirais que c'est plutôt l'effet inverse qui s'est produit. Nous nous sommes encore rapprochés.
- Mais vous êtes tellement proches justement ! Pourquoi est-ce-que ça n'a pas marché ?
- Probablement parce que nous ne sommes pas compatibles sur ce terrain. Nous avons essayé, nous nous sommes rendus compte que nous fonctionnions mieux en tant qu'amis, alors nous le sommes tout simplement redevenus.
- Je ne vois pas en quoi c'est simple.
- Quand j'en parle, je me rend compte que ça puisse paraître incompréhensible aux yeux des autres gens mais pour nous, c'était assez évident.
- Il t'a dit qu'il t'aimait.
- Ah oui ?
- Quand tu t'es réveillée.
- Il me dit qu'il m'aime environ une fois par jour en temps normal. Et moi au moins aussi souvent. Notre relation est particulière, tu sais. Je sais que plusieurs de ses conquêtes n'ont pas voulu s'engager avec lui parce qu'elles pensaient qu'elles ne passeraient jamais avant moi. Ce qui est, un, totalement faux et, deux, complètement ridicule. Si elles avaient regardé un peu au-delà de ses beaux yeux bleus, elles auraient peut-être compris que Wolf est quelqu'un d'extrêmement fidèle, autant en amour qu'en amitié. Quand il tient à quelqu'un, il est prêt à tout pour cette personne et il ne fera jamais passer qui que ce soit avant la femme qu'il aime. En tout cas, pas dans le sens où ces demoiselles le pensaient. Bien sûr, je serai toujours là et les choses ne changeront jamais entre nous et je peux comprendre que cela peut surprendre au début mais il faut savoir faire la part des choses. Padmé n'a jamais eu peur que je ne lui vole Anakin et nous étions pourtant inséparables.
- C'est peut-être aussi son côté dragueur qui les effraye. Il a tendance à se précipiter sur toutes les jolies filles qu'il voit passer.
- Tu sais, durant toute la durée de notre relation, je ne crois pas l'avoir vu regarder une autre femme. Pas une seule fois. Et je suis quelqu'un de très observateur. Surtout lorsqu'il s'agit de Wolf – regardez-moi je suis le meilleur – Valdez. Il nécessite une surveillance constante.
- Plus que Sor ?
- Sor joue dans une autre catégorie. Ce que j'essaye de dire c'est qu'il a peut-être l'attitude – et le physique – du séducteur professionnel, mais ce n'est qu'une façade. La plupart du temps, il charme les femmes plus pour les faire rire que pour réellement tenter de les séduire. S'il en rencontre une qui l'intéresse vraiment, en revanche, tu ne le verras plus auprès d'aucune autre. Il va insister et insister en espérant finir par lui plaire. Il peut-être très persistant. Du moment qu'il n'entend pas de non clair et net, il ne lâchera pas l'affaire. Wolf peut être extrêmement mignon quand il tente de séduire une femme d'ailleurs. Il a couru dans tous les sens pendant plusieurs semaines pour faire tout ce que je demandais. Même si ça ne le concernait pas, il surgissait de nulle part pour attirer mon attention. Un jour, il a voulu tenter de réparer des dégâts sur mon fighter sans me prévenir pour me faire une surprise. R7 l'a surpris, a cru qu'il voulait voler l'appareil, et je l'ai retrouvé une heure plus tard suspendu dans les câblages alors que mon droïde lui assenait des décharges à répétition. J'ai ri pendant des jours et, même s'il était couvert de cambouis et d'ecchymoses, le jeu avait semblé en valoir la chandelle. Par contre depuis, il est légèrement traumatisé et ne s'approche plus de R7 à moins de cent mètres.
- J'avais remarqué qu'il faisait des détours en le voyant. Je me demandais pourquoi.
- Ça vient de là. Il m'a fait d'autres choses du genre encore et, son grand truc, c'est de vouloir constamment te protéger. Même quand il sait que tu es parfaitement capable de te débrouiller seule, ce qui est mon cas, il va tout faire pour s'assurer que tu es en sécurité. C'est assez adorable.
- Vous êtes restés ensemble longtemps ?
- Neuf mois je crois. C'est assez difficile à dire, nous n'avons pas vraiment rompu. Nous nous sommes juste rendus compte un jour que nous n'étions plus vraiment un couple.
- Je n'ai jamais eu de relation comme ça. Que ce soit amoureuse ou amicale d'ailleurs. En tout cas, jamais avec un homme en matière d'amitié.
- Tu me demandes tout ça parce qu'il te plait n'est-ce-pas ?
- Je n'en sais rien. Il fait et dit toutes ces choses quand il est avec moi et, tu as raison, c'est vraiment adorable, mais je ne suis pas certaine d'être prête pour ça. Surtout si je dois me concentrer sur mon apprentissage de la Force. Ce serait sans doute mieux de n'avoir aucune distraction pendant cette période. En ce sens, je comprends le Code.
- Tu sais qu'il comprendra si tu lui expliques.
- Vraiment ?
- Bien sûr. En revanche, je peux te garantir qu'il ne lâchera pas l'affaire pour autant. Il se fera juste plus discret. Tu lui plais, c'est évident. Mais je peux lui dire de se calmer si tu veux.
- Tu ferais ça ?
- Évidemment. Mais je ne pourrais pas l'empêcher de te suivre partout pour assurer ta protection. Il le fera quoiqu'il arrive.
- Il m'a déjà dit ça.
- Au moins il te prévient, c'est une évolution. Moi il se cachait derrière les arbres. Il n'avait pas encore compris que je pouvais sentir sa présence à trois kilomètres tellement il manquait de discrétion.
- J'espère vraiment qu'il ne va pas faire ça, Matylda pouffa. Même si je pense que ce serait assez comique.
- S'il remarque que quelque chose te fait rire, tu peux compter sur lui pour en abuser ensuite. Donc prépare-toi à regarder derrière les arbres prochainement.
- J'ai encore du mal à croire qu'il puisse sincèrement s'intéresser à moi. Je n'ai vraiment rien de spécial.
- Là, tu es entrain de te dévaloriser et je ne peux pas te laisser faire ça.
- Mais c'est la vérité. Comparé à vous, j'ai eu une vie affreusement banale. Je commence seulement à découvrir la réalité dans laquelle nous vivons.
- Et quelqu'un de normal serait parti en courant pour retourner à son ignorance pour protéger sa vie. Toi, tu n'as pas hésité une seconde pour changer radicalement de vie et pour t'impliquer dans le plus grand combat de la galaxie. Et tu veux t'entraîner pour devenir Jedi. De mon point de vue, c'est déjà bien assez exceptionnel comme ça.
- Mais comparé au passé de Wolf ou au tien…
- Il n'y a rien de comparable, coupa Cassiopea en prenant son amie par les épaules. Chaque personne trace sa propre route et se fait sa propre place dans l'univers. En cela, nous sommes tous exceptionnels à notre manière et c'est ce qui fait la force des Sentinels.
- Tu crois que je devrais parler à Wolf ?
- Je suis d'accord sur le principe de te concentrer sur ta formation. Mais je pense aussi que tu devrais lui laisser sa chance. Juste pour que je n'ai plus à supporter ses yeux d'Ewok battu. Il m'a encore pris la tête hier soir parce qu'il pense qu'il a perdu son charme légendaire.
- Tu peux le rassurer, il est toujours bien en place.
- Je lui ai dit, étant donné qu'il s'est empressé de le tester sur moi en me sortant les pires techniques de son répertoire.
- Il va quand même falloir que je prenne un peu de temps pour réfléchir.
- Évidemment. Tu sais, s'il tient vraiment à toi, et je pense que c'est le cas, il est capable d'attendre longtemps. Wolf peut être étrangement patient quand il le veut bien. Et puis, si tu veux vraiment mon avis, je pense qu'il serait dommage de passer à côté d'une belle histoire. »
