Blaise Zabini traversa les branches habilement comme à son habitude. Il arriva à l'arbre-guet près du pont pour prendre son tour de garde. L'homme qu'il relevait lui fit un signe de tête avant de disparaître à son tour dans les branches dans la direction du camp. Il était très tard, ou plutôt très tôt vu l'heure, le soleil se lèverait dans trois bonnes heures et il n'aurait sans doute pas grand chose à observer. Quelque part il préférait ça. Cela faisait au moins une semaine qu'ils n'avaient pas vu passer un Mangemort mais l'ambiance était tout de même tendue. Le campement était en alerte constante. Il y avait interdiction formelle de faire le moindre bruit et les descentes étaient interdites sans l'autorisation de Narcissa. Pour dire vrai, personne n'avait touché la terre ferme depuis le départ des femmes et des enfants, un mois auparavant.

Blaise s'installa sur la petite plateforme en haut du cèdre à l'entrée de la forêt. Il jeta un œil sur le lac, sur le pont, sur la forêt de l'autre côté de l'eau, rien ne bougeait mise à part les feuilles dans la brise légère. Il faisait encore trop nuit pour lire et il n'avait pas le droit d'allumer de bougie, il devrait se contenter de ses pensées.

Crabbe et Goyle s'inquiétaient du rationnement de nourriture mais Blaise savait que la chef finirait bien par envoyer quelqu'un chercher à manger à la ville. De plus, les deux balourds avaient commencé à chasser des écureuils et il était sûr qu'ils n'étaient pas les seuls. Cela faisait une semaine qu'aucune âme n'avaient franchi les alentours du camp. Il n'y avait aucune raison qu'ils croisent quelqu'un dans celles qui viennent, Narcissa ne les laisserait pas mourir de faim. Avec un peu de chance ce serait lui qui serait choisi pour aller chercher des victuailles. Après tout, il avait fait ça des millions de fois avec toujours de grands succès. Une fois, il avait même réussi à obtenir un rabais de cinquante pièces sur la demi-douzaine de kilos de choux qu'il avait acheté au marché. Certes ils n'avaient plus jamais pu faire affaire avec la marchande car son mari refusait qu'ils se revoient mais sur le moment c'était une affaire en or !

Narcissa lui faisait toujours confiance, du moins il l'espérait. Il savait qu'elle refusait de lui adresser la parole depuis qu'il était revenu sans Drago de leur mission. Elle ne parlait plus vraiment à personne. à l'exception peut-être de Severus quand il était là.

Il soupira.

Cela ne lui servait à rien de ressasser tout ça. Il jeta un nouvel œil sur le lac, le pont et la forêt au-delà. Rien en vue. Il passa sa main sur son visage. Il n'y avait rien à voir, il n'y aurait rien à voir et rien à faire. Il se maudit pour avoir accepter cet horaire pourri.


Harry s'était réveillé aux aurores, plus tôt encore peut-être. Il avait pris l'habitude de se lever tôt, il dormait peu de tout manière. Il s'habilla chaudement et sortit de sa cabine. Le ciel était violet, le soleil émergeait à l'horizon. Il regarda la cabine sur l'arbre d'en face. à la fenêtre, sous les rideaux, on voyait la lumière d'une bougie transparaître. Hermione avait encore veillé toute la nuit. Il savait qu'il ne servait à rien d'aller la voir, elle ne répondrait pas. Peut-être même éteindrait-elle la lumière pour faire croire qu'elle dormait.

Il commença sa descente à travers les plateformes en direction de la tour de guet. Il n'avait rien à faire et savait que Zabini était tout seul. Pour avoir déjà effectué sa propre garde à ce genre d'horaires, il était certain qu'un ennui mortel s'était emparé du jeune homme.

Soudain, il entendit le tintement d'une cloche. Impossible. Ils avaient été tranquilles depuis au moins une semaine. La cloche sonna une deuxième fois. Il changea de direction et se précipita vers le grand arbre.


En haut de son arbre, Blaise s'était dissimulé derrière le feuillage pour observer l'intrus. Il avait failli ne pas repérer, l'homme qui marchait sur le pont en contrebas, menant par un cheval élancé à la robe sombre en le tenant par le licol. à travers les branches, il le regardait s'approcher lentement avec une inquiétude croissante. Il s'était persuadé que les Mangemorts avaient abandonné les recherches dans la région. L'homme s'avançaient vers la forêt à pas lents et de là où il était, avec le peu de lumière dont il disposait dans le jour naissant, Blaise se trouvait incapable de distinguer la tenue ou l'éventuel armement de l'intrus. Si c'était un Mangemort, il paraissait étonnant qu'il soit seul. Sans aucun doute une dizaine de ses copains l'attendaient de l'autre coté de la rive. Avait-il perdu un pari et devait venir jusqu'à la forêt hanté tout seul ? Blaise se dit que ce pouvait tout aussi bien Rogue qui revenait au campement. Cependant ils n'avaient reçu aucune annonce de sa venue. Les guetteurs étaient d'habitude systématiquement informés des allées et venues de Rogue. S'il revenait sans prévenir, ce n'était pas pour porter une bonne nouvelle.

Durant le temps de sa réflexion, l'homme avait franchi le pont et se trouvait maintenant sur leur territoire. Ce dernier marqua une pause et tourna la tête. De là où Blaise se trouvait, il était impossible pour lui de distinguer l'objet de son attention. L'homme se remit à avancer, Blaise retint son souffle. Il n'avait pas observé quelqu'un si près de leur cachette durant son tour de garde depuis des mois. L'homme en bas s'arrêta de nouveau, se pencha et tourna la tête dans tous les sens. Blaise reprit sa respiration et s'adossa contre le tronc de l'arbre. Il n'y avait finalement pas de quoi s'inquiéter. Après quelques minutes, l'intrus repartit dans l'autre sens. Blaise le fixa pendant toute sa traversée jusqu'à ce que lui et son cheval se confondent complètement avec les arbres de l'autre côté de la rive.

Il serait bien descendu lui-même mais savait que Narcissa le tuerait pour avoir désobéi. à la place, il entreprit de grimper un peu plus haut. Là, au milieu des branches, étaient accrochées deux cordes, il tira celle dont l'embout était bleu. La tension parcourut les branches qui formaient un réseau jusqu'au campement, passa à travers un mur en bois jusqu'à une clochette dans le bureau de Narcissa qui se mit à sonner vivement. Quelqu'un serait bientôt envoyé pour se rendre au rocher fendu. Ils avaient du courrier.


Harry traversa les branches en s'aidant des quelques cordes qui avaient été installées ( dans le but que lui et les autres Gryffondors puissent effectuer leur tour de garde comme les autres ) et arriva, à grand peine il devait l'avouer, sur la plateforme où Blaise attendait les bras croisés.

– Je peux descendre maintenant ? demanda-t-il légèrement exaspéré. Il était évident que la nouvelle chaîne administrative énervait l'ensemble des Serpentards.

– Non. Nous devons attendre, répondit Harry presque désolé devant l'expression qui se dessinait sur le visage du jeune homme.

– Mais vous êtes fous ?! Nous n'avons pas eu de nouvelles du monde extérieur depuis plus d'un mois et maintenant que nous en avons l'occasion, vous voulez laisser cette lettre pourrir sous la pluie !?

– Il ne pleut pas et Narcissa et moi sommes d'accord, ce pourrait être un piège.

– Un piège ? Mais personne ne connait ce code. Qui d'autre qu'un allié très proche sait qu'il faut laisser la lettre sur le rocher fendu au bout du pont ?

– Justement. Harry se campa sur ses positions.

– C'est peut-être Drago, tenta Blaise.

– Il n'y a aucune raison que ce soit lui. C'est Rogue qui a été chargé de prendre contact avec lui, il ne prendrait pas le risque d'envoyer une lettre alors qu'il doit revenir avant la fin du mois.

Blaise changea de tactique.

– Comment les Mangemorts auraient appris où laisser la lettre ?

– C'est peut-être un coup de chance, répondit Harry froidement.

– Alors qu'est ce qu'on fait ? On la laisse là ? On la surveille pendant nos tours de garde au cas où l'enveloppe déciderait de nous attaquer ?

– Pour le moment. On devrait déjà s'estimer heureux que ce n'était pas une patrouille de Jedusor. C'est l'hiver, il y a moins de feuilles aux arbres et le camp devient plus facile à repérer.

– Même en hiver le camp reste invisible au yeux de ceux qui ne savent pas où chercher, répondit Blaise dont l'exaspération commençait à se transformer en colère farouche.

– Espérons-le, répondit simplement Harry, feignant de ne pas remarquer les poings crispés de l'assassin.

Il tourna les talons et saisit la corde au-dessus de sa tête.

– Interdiction de descendre la chercher, répéta-t-il avant de se diriger à nouveau vers les arbres qui abritaient le campement caché.


Ron attendait devant la porte de Harry. Il était évident qu'il n'était pas là, mais il ne semblait nulle part.

Le garçon était inquiet, il avait entendu la cloche sonner deux fois ce qui indiquait que ce n'était pas une fausse alerte. Le temps qu'il se prépare, Harry était déjà introuvable. Il y avait bien un endroit où il n'avait pas tenté sa chance... mais cette femme lui faisait peur. Finalement, un mouvement dans les branches qui donnaient vers le lac lui signala la présence son ami qui se rapprochait rapidement.

– Où étais-tu ? Les Mangemorts sont-ils de retour ?

– Nous n'en savons trop rien...

Les deux garçons remontèrent en direction de leurs cabines.

– Zabini n'a-t-il pas aperçut quelqu'un près du pont ?

– Si, mais l'homme est reparti. Il s'agissait d'une lettre.

– Une lettre ? Que dit-elle ?

– Il est trop dangereux d'aller la chercher, expliqua Harry gravement.

Il avait l'air préoccupé et Ron jugea bon de ne pas trop le pousser.

– On devrait en parler à Hermione, non ? questionna-t-il en regardant la porte de la jeune fille.

Harry hocha la tête négativement.

– Hermione est une tête brûlée, elle va vouloir l'ouvrir immédiatement. Nous ne pouvons pas prendre le risque que quelqu'un se fasse voir près du pont si c'est un piège.

– Elle ne va pas apprécier que tu lui aies caché un truc pareil.


Neville vit sa vie défiler devant ses yeux. Il reprit ses appuis sur une branche glissante à cause de la rosée du matin et accrocha fermement ses mains autour de la corde. Il avait l'habitude à présent. il était de garde quelques heures pratiquement tous les jours. Après trois mois à vivre au camp, il lui arrivait encore très souvent de glisser, de voir le vide se balancer sous lui et de s'imaginer mourir.

Une main toujours crispée sur le cordage il passa une jambe sur l'arbre d'en face. Il sauta ensuite sur la branche la plus proche et continua ainsi un petit moment. Il lui fallait sans doute quatre fois plus de temps que Harry et probablement huit fois plus qu'un serpentard pour traverser les branchages mais il arriva enfin sur la plateforme. Sur la « terre ferme » il fut étonner de voir que Blaise était encore en poste.

– Ton tour ne s'est-il pas fini il y a trois heures de cela ? demanda-t-il.

– Si, mais je n'arrive pas à me résoudre à la laisser là, répondit Blaise, pensif.

– à laisser quoi « là » ?

Le petit moine se pencha dans la direction du regard de Blaise mais ne vit rien.

– On a reçu une lettre.

La voix de Crabbe qui était perché dans l'arbre un peu plus haut fit sursauter Neville qui ne l'avait pas remarqué.

– Et Potter ne veut pas qu'on aille la chercher, termina Goyle avachi dans l'arbre d'à côté, provoquant un nouveau sursaut chez Neville.

– Que fais-tu là Goyle ? Ce n'est même pas ton tour de garde.

– Crabbe est venu me dire pour la lettre. On pense qu'elle est de Drago, je veux être là quand on va aller la chercher.

– On ne devrait pas être autant, s'excusa presque Neville. Narcissa l'interdit et on pourrait se faire remarquer.

– Rentre si tu veux, nous on reste là, dit Blaise décidé.

– Bien. Enfin j'ai fait tout ce chemin... mais j'imagine que puisque vous ne voulez par partir et qu'on est trop ici, je vais rentrer.

– Ok. Préviens Granger que son tour est annulé aussi. On ne bougera pas tant que la lettre ne sera pas ouverte.

– Très bien...

Neville reprit donc le chemin inverse. La route fut longue mais il réussit à ne glisser qu'une seule fois. Il n'était pas pressé d'affronter le regard d'Hermione lorsqu'elle apprendrait que son tour de garde était annulé.


Quand le petit moine fut parti, tout redevint silencieux dans les bois autour du lac. Blaise reprit son livre et le rouvrit à la page ou il l'avait laissé.

– Blaise ?

– Hum ?, fit-il sans lever les yeux du livre.

– Pourquoi tu as dit au moine que le tour de garde de Granger était annulé ? Je veux dire, mon tour c'est ce matin jusqu'à maintenant puis c'est à lui ( il montra le feuillage derrière lequel Neville avait disparu ) jusqu'à midi, ensuite c'est Goyle et ce soir c'est Rosier. Je crois que Granger n' pas de garde de ce côté avant la semaine prochaine.

– C'est que je ne compte pas attendre la prochaine pluie pour aller chercher cette lettre, mon cher Crabb, fit Blaise en tournant une page d'un geste délicat.

Les deux gorilles se regardèrent sans comprendre puis restèrent silencieux pendant un long moment.