Bonjour à tous !

J'espère que vous allez bien et que vous prenez soin de vous.

Voici le nouveau chapitre qui, je le crains, va vous faire râler. N'hésitez pas à me dire ce que vous en avez pensé.

Je vous embrasse,

Tendrement,

Votre auteur.

Chapitre 20 :

Mak passa un peu d'eau fraîche sur son visage en espérant désaouler un peu et releva la tête pour rencontrer son reflet dans le miroir. Ses yeux n'y voyaient pas très clair et son esprit ne captait pas grand-chose. Seulement l'évidence qui s'imposait à elle : elle était à présent chez Elsa, dans la salle de bain d'Elsa. Et elle allait dormir dans le lit d'Elsa. Il est vrai que ce n'était pas la première fois, et pourtant cette fois-ci, Elsa partagerait ces draps.

Elle ne se souvenait pas avoir déjà dormi avec quelqu'un. Peut-être une fois avec Kuzco, un soir où elle s'était retrouvée trop défoncée pour rentrer chez elle. Mais à vrai dire, elle n'en gardait qu'un très vague souvenir. Elle n'avait alors aucune idée de comment se déroulerait cette nuit. Son petit cerveau, gérant comme toujours mal la panique, se mit à fonctionner à plein régime. Mak était partagée entre la joie de dormir avec Elsa et l'angoisse face à une situation pour laquelle elle n'avait pas de mode d'emploi pour l'accompagner.

Elsa lui avait bien précisé que cette nuit, elles ne feraient que dormir, rien de plus, rien de moins. Mais malgré tout, l'adolescente ne pouvait s'empêcher de se poser tout un tas de question plus stupides les unes que les autres. Devait-elle tenter quelque chose ? Était-elle prête pour ce quelque chose ?

Elle sentait que l'envie était là. Il lui suffisait de sentir les papillons qui s'affolaient dans son ventre et d'écouter les battements frénétiques de son cœur. Elsa lui faisait un effet déroutant qui lui était encore étranger, mais qu'elle rêvait d'apprendre à connaître. Et elle se souvenait que son professeur lui avait promis de lui apprendre ces choses-là si elle le désirait. Restait à savoir si elle le désirait vraiment. Elle se demanda comment les gens faisaient pour savoir à quel moment ils étaient véritablement prêts pour se laisser dévorer par quelqu'un. Elsa pouvait-elle l'aider à le savoir ? Elle n'en savait foutrement rien.

Et si elle se mettait à ronfler cette nuit ? A sa connaissance, d'après ce qui lui avait dit sa mère, elle ne ronflait pas, mais si ça arrivait cette nuit… Et si elle parlait en dormant ?

Mak souffla un bon coup, toutes ces interrogations ne la mèneraient nulle part… il fallait qu'elle se calme ou elle jura que son cœur allait finir par lâcher.

Alors elle enfila les mêmes vêtements qu'Elsa lui avait déjà donné la première fois qu'elle était venue dormir ici, jeta un dernier regard à son reflet et sortit de la salle de bain.

A présent dans la chambre, elle trouva Elsa assise en tailleur sur son lit, seulement vêtue d'un jogging clair et d'un léger débardeur bleu. Elle était à présent démaquillée, ses cheveux étaient lâchés et elle avait depuis bien longtemps abandonné ses talons hauts.

Et pourtant, Mak jura qu'elle ne l'avait jamais trouvé si jolie. Ici, les yeux rivés sur son téléphone, l'air un peu absent.

L'adolescente, un peu stupide sur le moment, se racla la gorge. Elsa releva la tête abandonna son téléphone en lui souriant immédiatement.

- Approche, murmura-t-elle, voyant clairement que l'adolescente était mal à l'aise, et à vrai dire, elle s'y attendait un peu.

Mak vint s'assoir près d'elle et sentit quelque chose heurter sa main. Elle souleva le drap et rencontra une petite peluche qu'elle jugea comme étant un pingouin bien amoché. La pauvre petite chose avait un œil en moins, l'autre seulement définit par un gros bouton bleu, et seule une petite et fine cape était accrochée à son cou bien rachitique pour lui tenir chaud. Mak n'y connaissait foncièrement rien en pingouin mais se dit que celui-ci avait dû vivre de sacrées aventures pour finir dans cet état. Ce pauvre pingouin avait bien de la chance de vivre aux côtés d'Elsa et non en Arctique où il n'aurait sans doute même pas tenu une journée entière.

Elle attrapa doucement la petite poupée de chiffon dans sa main, prenant garde à ne pas l'abîmer davantage, et demanda :

- Qui est-ce ?

Elsa sourit en rougissant un peu.

- Monsieur Jorgenbjorgen, répondit-elle. Mon ami le plus fidèle.

- Alors je comprends mieux pourquoi tu n'as jamais écorché mon nom de famille, sourit Mak en se disant que ce doudou avait un nom bien étrange. Étant donné son état, j'imagine que vous vous connaissez depuis longtemps ?

- Depuis toujours à vrai dire, il me supporte depuis 24 ans. Ma plus longue relation, plaisanta l'enseignante.

- Adorable, conclut Mak en posant religieusement la peluche sur l'oreiller de sa propriétaire.

Elsa se détendit un peu. Il était rare qu'elle parle de Monsieur Jorgenbjorgen. Elle ne se souvenait d'ailleurs pas en avoir déjà parlé à quelqu'un d'autre qu'Anna. Mais Mak ne la jugeait pas et trouvait ça adorable, ses craintes s'envolèrent donc.

L'enseignante posa alors un regard d'une infinie tendresse sur son élève. Mak sourit en haussant un sourcil face sa douceur. Un regard qu'elle n'avait jamais perçu chez son professeur. Un regard qui quelque part, la fit chavirer.

Elles partagèrent cet échange encore un instant, sans prononcer une parole, comme elles aimaient le faire. Une habitude qui s'était installé entre elle. Puis Elsa perçut les yeux de son élève dévier sur ses lèvres, puis revenir aux siens, pour se perdre encore une fois sur ses lèvres. Elle avait appris à reconnaître ce geste au fil des mois et savait donc le décoder : cette jeune fille voulait l'embrasser.

Alors, pour l'épargner un peu, Elsa passa une main douce sur la joue de la fille aux cheveux bleus et posa délicatement ses lèvres sur les siennes comme par crainte de l'effrayer alors qu'elle l'avait déjà embrassé tellement de fois.

Mak, comme toujours, se laissa envahir par ce baiser qui portait tous les sentiments que son professeur avait pour elle.

Elsa sentit avec bonheur une petite main se perdre dans ses cheveux alors que le corps de l'adolescente se pressait contre le sien, propageant en elle une chaleur qu'elle n'aurait jamais soupçonnée.

Euh… tu es sûre que c'est une bonne idée de l'embrasser comme ça alors que vous êtes dans ton lit… ? Demanda la petite voix, celle qu'Elsa n'avait pas entendu depuis bien longtemps.

La ferme ! On ne fait rien de mal ! Se défendit mentalement l'enseignante qui voulait seulement profiter du baiser que lui offrait la jeune fille.

Et comme pour la faire mentir, elle sentit une petite main baladeuse et bien courageuse se poser sur sa cuisse.

Vous ne faites rien de mal tu disais ? Chantonna la petite voix moqueuse. Je ne lui donne pas cinq minutes avant qu'elle ne te saute dessus…

Et ce fut lorsque Elsa entendit, sans le vouloir, Mak gémir presque silencieusement et qu'en plus elle sentit un goût de champagne se fondre sur celui de ses lèvres qu'elle se souvint que son élève avait bu.

L'enseignante refoula la vague de désir qui la traversa et offrit une dernière caresse sur la joue de la jeune fille avant de s'écarter. Un zeste d'incompréhension passa dans les yeux de Mak ainsi qu'une certaine déception qu'Elsa perçut très clairement.

- Tu as bu, il faut que tu dormes, déclara-t-elle en lui offrant un sourire compatissant.

Mak fronça les sourcils, ne comprenant pas véritablement ce qui se passait ou pourquoi Elsa ne semblait pas vouloir que ça se passe. La trouvait-elle trop enfantine ? Pas assez jolie ? Pas assez mature ? Après tout, ce n'était pas sa faute si elle était une gosse de 17 ans, Elsa l'avait toujours su et l'avait choisi comme ça. Elsa avait-elle au moins… envie d'elle ? Des craintes infondées refirent surface. Elsa préférait-elle la compagnie d'une femme de son âge ? Une femme à qui elle n'aurait rien à apprendre…

L'adolescente ouvrit la bouche, prête à répliquer, à demander pourquoi, peut-être même à oser demander quand… Mais comme si elle avait lu dans ses pensées, l'enseignante posa un doigt sur ses lèvres, la rendant muette, sourit tendrement, et expliqua :

- Lichtenstenner, tu penses si fort… soupira-t-elle, de toute évidence amusée. Ne te méprends pas, ce n'est pas l'envie que me manque, assura-t-elle plus sincèrement encore. Mais que les choses soient claires, je refuse de te découvrir alors que tu as bu, expliqua-t-elle en rougissant un peu et Mak se dit que c'était une bien belle façon de le dire. Je sais que tu mérites une belle première fois dont tu garderas un bon souvenir alors laisse-moi au moins t'offrir ça, charma-t-elle un peu. Et au moment où tu seras prête et sobre, je t'apprendrais tout ce que tu veux, je peux attendre, finit-elle en caressant tendrement la joue de son élève qui comprenait à présent, la retenu de son professeur.

Elle a envie de moi… Elle vient de dire qu'elle avait envie de moi, ne pouvait s'empêcher de se répéter l'adolescente, y croyant à peine.

- D'accord, répondit Mak en hochant faiblement la tête, bien incapable d'argumenter face à un discours si sincère.

- L'alcool te rend obéissante, rit Elsa pour détendre l'atmosphère en embrassant rapidement le front de la jeune fille qui grimaça sous la remarque.

Sans tergiverser davantage, Elsa se glissa sous les draps en intimant à son élève de la rejoindre.

Et lorsque Mak allait l'imiter, elles entendirent des grattements à la porte de la chambre. Mak, encore un peu tendue, sursauta et se tourna vers le bruit.

- Tout va bien, c'est Joséphine, soupira Elsa, toujours exaspérée par le comportement de son chat.

- Anna dort chez Ariel ?

Elsa hocha la tête pour seule réponse.

Alors silencieusement, Mak se leva et se dirigea vers la porte de la chambre.

- Qu'est-ce que tu fais ? Demanda l'enseignante.

- Bah je vais lui ouvrir, répondit stupidement l'adolescente en haussant les épaules.

- Lichtenstenner, ne fais pas ça ! Elle va être insupportable toute la nuit ! S'exclama Elsa en se redressant de son oreiller.

Mak haussa un sourcil mi amusé mi moqueur, une main sur la poignée de la porte.

- Tu ne crois pas que c'est toi qui es un peu insupportable avec ce chat ? On ne va tout de même pas la laisser dormir toute seule avec ce froid.

- Elle a des poils, ça sert à ça, rétorqua Elsa en croisant les bras. Alors tu t'éloignes de cette porte sans geste brusque et tu viens te coucher, ordonna-t-elle d'une voix solennelle.

- Tu veux que je mette les mains en l'air aussi ? Rit Mak, peu impressionnée. Et arrête ça.

- Arrêter quoi ?

- De prendre ta voix de prof. Quand tu t'énerve, tu fais toujours ça.

- N'importe quoi, trancha Elsa, presque outrée en envoyant balader la remarque, pourtant pertinente, de son élève d'un revers de la main.

- Quelle mauvaise foi, sourit l'adolescente. Le chat dort avec nous, conclut-elle, imperturbable en ouvrant la porte de la chambre.

L'animal entra en miaulant son mécontentement. Mak se baissa et se pencha pour prendre le gros chat gris dans ses bras. Celui-ci, heureux d'obtenir enfin un peu d'attention, miaula de plus belle comme pour se plaindre en frottant sa tête contre la joue de l'adolescente. Cette vision fit fondre le cœur de la jeune fille.

- Je sais, ta maîtresse ne t'apprécie pas à ta juste valeur, déclara-t-elle à l'attention du félin en grattant son cou alors que l'animal en demandait encore en miaulant toujours plus. Sois patiente, elle est juste un peu rabat-joie, mais elle est fun, sourit Mak en jetant un regard espiègle sur Elsa qui roulait des yeux, exaspérée par la mutinerie dont elle était témoin.

- Evidemment que je suis fun ! S'exclama l'enseignante, ressentant le besoin d'appuyer ses propos.

Mak rit avant de déposer le chat sur le lit.

- Eh ! Pas sur mon lit ! Râla l'enseignante.

Mak leva les yeux au ciel en souriant toujours, venant s'assoir sur le lit, plus précisément à califourchon sur les hanches de son professeur. Elsa n'eut pas le temps de répliquer que déjà, elle sentit les lèvres de la jeune fille se souder aux siennes. Mak prit son temps pour l'embrasser, désirant quelque part que ce baiser lui fasse voir des lucioles. Et, même si Elsa peinait à l'admettre, ce baiser, lui fit voir bien plus que des lucioles.

Et parce que son professeur lui avait défendu d'aller plus loin, l'adolescente s'écarta pour rencontrer un regard bleu dévoré par le désir. Ce n'était pas nécessairement ce qu'elle cherchait, mais ça lui plaisait tout de même. Quelque part, elle était fière d'avoir fait naître ce sentiment dans les yeux de son professeur qui pouvait parfois se montrer si froide.

Heureuse de ce petit coup de théâtre malgré elle, Mak sourit, puis répondit :

- Je lui ai dit que tu étais fun, tu ne voudrais pas me faire mentir ?

Elsa, la gorge asséchée par l'envie qu'elle tentait tant bien que mal de refouler, se contenta de hocher la tête bêtement, et Mak su alors qu'elle pouvait envoyer valser ses craintes. Son professeur avait envie d'elle.

Mettant fin à ce supplice, Mak se retira des hanches d'Elsa et se coucha près d'elle alors que Joséphine prenait place au bout du lit, appréciant la douceur des draps, se disant que cette gamine au cheveux bleus devrait venir plus souvent si cela lui assurait une place de choix dans le grand lit de sa maîtresse.

Elsa soupira, se sachant perdante, et tendit seulement un bras vers son élève. Mak sourit en se sachant gagnante et vint se lover contre le corps de son professeur, posant sa tête sur son épaule, enfouissant son visage contre ses cheveux, inspirant le doux parfum de décembre. Elsa put sentir le corps de la jeune fille se détendre immédiatement contre le sien et un sourire étira alors ses lèvres quand elle déclara :

- Vous jouez un jeu dangereux, Lichtenstenner…

Elle sentit alors une petite main se poser sur son ventre et un léger rire venir mourir contre sa nuque.

- Je pourrais jouer n'importe quel jeu avec vous, Madame Lange… murmura l'adolescente que le sommeil gagnait déjà en déposant un doux baiser, un baiser de merci, de bonne nuit, sur l'épaule de son professeur en priant pour que la partie ne s'arrête jamais.

Elsa fronça les sourcils en sentant une plume chatouiller son nez. Bien loin d'être prête à quitter les bras de morphée, elle ne bougea pas pour autant. Ses yeux restèrent clos alors qu'elle devina que l'un de ses bras était sacrément engourdit. La plume la chatouilla de nouveau, la faisant presque éternuer. Une lumière tenta de percer ses paupières alors qu'elle semblait vouloir revenir lentement d'entre les morts. Par réflexe, elle essaya de bouger ses doigts, peine perdue, une ribambelle de fourmis se propageait entre ses phalanges.

Alors, contrainte et forcée, elle ouvrit lentement les yeux et, à en juger par la luminosité de la pièce, devina qu'il faisait déjà jour et que la matinée était peut-être déjà bien entamée.

Puis, reprenant doucement conscience de là où elle se trouvait, elle constata que ce n'était pas une plume qui lui chatouillait le visage mais bien une petite tête bleue qu'elle connaissait si bien, reposant sur son bras engourdit.

Dos à elle, couchée sur le côté, Mak dormait encore profondément, son corps lové contre le sien. L'enseignante sourit en réalisant que l'adolescente, dans la nuit, avait pris ses deux bras en otage. L'un sous sa tête, l'autre prisonnier de ses petites mains qui le serrait contre sa poitrine. La gamine paraissait si minuscule ainsi au creux de ses bras. Il lui plaisait de dormir ainsi en cuillère contre son élève qui paraissait tout à fait sereine.

L'enseignante ne savait pas quelle heure il était et s'en fichait pas mal. Elle s'accorda un moment de répit et respira le parfum de la jeune fille en se disant qu'elle y était déjà accro.

De longues minutes, elle se contenta de prendre le temps d'être là, observant Mak, heureuse de lui deviner une respiration profonde et régulière, le visage lisse, l'esprit tranquille. Elsa fut heureuse de la voir se détendre ainsi dans son lit. Elle espérait seulement que l'adolescente ait passé une bonne nuit en sa compagnie. Mais elle n'avait pas vraiment de doute là-dessus. Il lui suffisait d'observer ses cheveux bien plus en bataille que d'habitude, sa poitrine se soulever lentement, et le poids de sa tête qui lui écrasait littéralement le bras.

Elsa hésita à la réveiller, ne serait-ce que pour sauver son bras, mais ne l'ayant jamais vu si sereine, ne put s'y résigner.

Le téléphone de Mak, bien moins indulgent qu'Elsa, se mit pourtant à sonner bruyamment, les faisant sursauter toutes les deux. L'enseignante sentit l'adolescente se tendre immédiatement alors qu'elle la voyait relever péniblement la tête. Les sourcils froncés, l'air foncièrement grognon et sans ouvrir les yeux, Mak étira un bras pour attraper l'objet de torture. Sans regarder de qui provenait l'appel, elle colla l'appareil à son oreille en se retournant pour enfouir son visage contre l'épaule de son professeur que ce geste fit sourire, son élève n'était définitivement pas du matin mais elle pourrait s'y habituer.

- Hum… allô ? Baragouina Mak d'une voix profonde et enrouée, une voix du main qu'Elsa se plut à écouter.

- Salut gamine, c'est Oaken, je te réveille ? Demanda la voix suraiguë que Mak aurait pu reconnaître entre mille.

- Un peu … râla la jeune fille en manquant de peu de se rendormir.

- Je suis désolé ma grande, s'excusa l'homme.

- Pas grave Oaken, qu'est-ce qui se passe ? Demanda Mak en se redressant péniblement, jurant qu'elle allait vraiment se rendormir si elle restait allongée. Elle libéra par la même occasion le bras endolori d'Elsa qui retrouva peu à peu l'usage de ses membres.

- Je sais qu'il n'était pas prévu que tu travailles aujourd'hui, mais j'ai un monde pas possible au glacier, tu pourrais venir me donner un coup de main ? Demanda l'homme, une culpabilité évidente dans la voix.

Mak écarta son téléphone bien loin de son oreille, grimaça et grogna à voix basse :

- Putain, merde, fait chier !

Elsa retint un rire en remarquant que le matin, son élève était bien plus vulgaire que le reste de la journée.

Puis Mak inspira, recolla l'objet près de sa bouche, sourit et déclara d'une voix d'adolescente modèle :

- Bien sûre Oaken, il n'y a aucun problème.

- Tu es sûre ? Je m'en veux de t'embêter mais là, je ne peux pas faire autrement, je ne m'en sors pas.

- Non, non, pas de soucis, assura Mak assassinant l'envie de se recoucher. Quand est-ce que vous voulez que je vienne ?

- Dès que possible si ça ne t'ennuie pas, grimaça le norvégien.

- D'accord, je décolle, je suis là dans dix minutes, répondit l'adolescente en se frottant les yeux, déjà exténuée par cette matinée.

- Merci, tu me sauves la vie, gamine. A tout de suite.

L'homme raccrocha alors que Mak n'écoutait déjà plus. L'adolescente grogna son mécontentement en jetant son téléphone sur le lit avant de recouvrir l'entièreté de son corps sous les draps, faisant rire son professeur qui l'accueillit au creux de ses bras quelques secondes encore.

- Bonjour, murmura Elsa en embrassant le haut de sa tête.

- Bonjour, répondit Mak en enfouissant son visage contre le débardeur de l'enseignante.

- Ne ferme pas les yeux, tu vas te rendormir, prévint Elsa, définitivement amusée par la facette de Mak au réveil.

- Hum… tu as raison, soupira l'adolescente sans pour autant se redresser.

Après quelques secondes, Elsa rit en passant une main dans les cheveux bleus.

- Lichtenstenner, réveille-toi, conseilla-t-elle alors qu'elle avait perçu la respiration de l'adolescente déjà à deux doigts de changer.

Mak secoua vivement la tête et déposa un baiser endormi sur la joue de son enseignante avant de se lever complètement du lit.

- Quelle heure il est ? Demanda-t-elle en se passant une main faiblarde sur le visage.

- Presque 11h, répondit Elsa après avoir jeté une rapide coup d'œil au téléphone de l'adolescente. Tu veux un café ?

- Pas le temps, grogna Mak en s'enfermant dans la salle de bain. Non mais sérieusement, les gens n'ont que ça à faire que de venir boire un chocolat chaud à cette heure-là ? Entendit râler Elsa.

- Il n'y a pas d'heure pour un chocolat chaud, fit savoir l'enseignante, faisant râler davantage la jeune fille.

Mak sortit de la salle de bain, changée, mais toujours pas réveillée et Elsa se dit qu'il allait être bien difficile pour elle de travailler.

Tel un zombie, l'adolescente attrapa son téléphone et le fourra dans sa poche. Puis elle se pencha sur une Elsa qui n'avait pas bougé jusque-là et lui vola un rapide baiser.

- J'ai mis tes fringues au sale. Je suis désolée de devoir partir comme ça, s'excusa-t-elle.

- Je comprends, ne t'en fais pas. Et puis, je te rappelle qu'il me reste des copies à corriger, taquina l'enseignante en ébouriffant les cheveux bleus qui défiaient pourtant déjà bien les lois de l'apesanteur.

Mak roula des yeux en souriant alors qu'Elsa lui rabattait la capuche de son pull sur les yeux.

- Ne travaille pas trop, tu m'appelles ? Demanda l'adolescente en se dirigeant après une dernière caresse à Joséphine, d'un pas las, les yeux pas tout à fait ouverts, vers la porte de la chambre.

- Promis, sois prudente sur la route et respecte les priorités à droite, défendit Elsa en pointant un doigt moralisateur sur son élève.

- Oui Madame Lange, soupira Mak en remarquant que l'enseignante ne prenait pas sa voix de prof que quand elle était énervée. Oh, et Elsa ? Appela-t-elle en passant une tête d'imbécile dans l'encadrement de la porte.

- Hum ? Répondit seulement la blonde en s'étirant.

- Merci pour cette nuit, je n'ai jamais si bien dormi, tu es le meilleur des somnifères, assura l'adolescente.

- Lichtenstenner, ton charme va finir par te mettre en retard, sourit Elsa en essayant de ne pas rougir.

Pour seule réponse, Mak vola ce geste à Kuzco et mima une crise cardiaque avant d'éclater de rire et de filer en courant vers la sortie de l'appartement.

Elsa observa une seconde la porte par laquelle son élève venait de partir l'âme sereine et reposée, le cœur en fête d'avoir partagé cette nuit avec elle.

Le silence l'ayant lassé après une minute ou deux, Elsa se leva, rêvant d'une tasse de café. Tel un automate, elle sortit un mug d'un placard mais buta contre quelque chose en se dirigeant vers la machine à café.

Elle baissa les yeux et branla de la tête en voyant le sac à dos bleu de Mak reposer tranquillement sur le parquet de son appartement. Etant donné l'affection que l'adolescente semblait porter à cet objet qu'elle trimballait de partout, elle devait être bien endormie pour l'avoir oublié ainsi ce matin.

L'enseignante comprit qu'il était inutile de courir après son élève, qu'elle était sans doute déjà loin, alors elle attrapa son téléphone et pianota rapidement sur l'écran.

De : E.

Il était inutile d'oublier ton sac chez moi pour espérer me revoir vite, jeune fille. Je sais que je te manque mais tout de même, tu manques furieusement d'originalité.

La réponse ne se fit pas prier.

De : Blue.

Merde ! Je passerai le prendre dans la journée ! Pardon !

De : E.

Ta journée commence assez mal comme ça. Laisse-moi le temps de boire un café et je te le dépose au glacier.

De : Blue.

Tu es parfaite !

De : E.

Je sais, Lichtenstenner.

Le jeune homme se promenait tranquillement dans les rues d'Arendelle. Il avait grandi ici et appréciait toujours autant la tranquillité de cette ville. Le centre d'Arendelle, sa rue piétonne jonchée de restaurantn et bar en tous genres. Il prenait plaisir à s'y balader seul, profitant du temps clément qu'offrait le ciel aujourd'hui. Les terrasses étaient pleines. Les gens supportaient mal l'hiver et s'adonnaient à de nombreuses activités dès que le soleil perçait un tant soit peu les nuages.

Son bras le faisant encore souffrir, le pauvre Olaf ne pouvait même pas se permettre une partie de jeu vidéo, étant dans l'impossibilité de tenir ne serait-ce qu'une manette de console. Alors quand l'ennui de son appartement était devenu trop insupportable, cette petite promenade en solitaire lui était apparu comme une idée judicieuse qu'il ne regrettait pas.

Le sourire aux lèvres, il déambulait en observant le monde qui s'activait autour de lui. Sur les coups de 11h30, lorsque quelques nuages traversèrent le ciel et que l'air se fit plus frais. Il décida de faire une halte quelque part pour se réchauffer un peu avant de faire le chemin de retour vers son appartement.

Il passa devant une belle petite devanture gris anthracite qui attisa sa curiosité. La Montagne du Nord, un nom qui lui revenait en mémoire. Sven, un de ses amis d'enfance lui en avait déjà parlé. La copine de son colocataire avait apparemment adoré ce nouveau glacier.

Pourquoi pas… pensa-t-il en remarquant une ardoise devant le glacier qui indiquait qu'ils faisaient des chocolats chauds à tomber par terre.

Il fit quelques pas en direction du petit commerce, mais ralentit son pas lorsqu'un éclat bleu lui sauta aux yeux.

A travers la vitrine qui faisait toute la longueur du magasin et qui montrait par conséquent tout le comptoir et tout ce qu'il y avait derrière, il fut surpris d'y voir un visage familier.

Il sourit en reconnaissant cette gamine révoltée qu'était Mak Linchtenstenner, tenant comme un trésor entre ses mains son sac à dos bleu. Jamais il n'aurait pensé que la gosse bossait à côté des cours. Il la trouva bien plus souriante que d'habitude, occupée à parler à une cliente qui lui souriait en retour.

Après une seconde, il fut tout aussi surpris de réaliser qu'il connaissait également la cliente à laquelle Mak souriait. Ce blond polaire et cette taille fine ne pouvaient appartenir qu'à sa collègue. Heureux de cette curieuse coïncidence, il sourit en se disant qu'il allait leur passer un petit bonjour pour clore à merveille cette journée en avançant d'encore quelque pas.

Mais le surveillant s'arrêta net et écarquilla les yeux en voyant Elsa Lange caresser la joue de Mak en lui souriant. Olaf arrêta de respirer en déchiffrant parfaitement ce genre de sourire. Il fronça les sourcils bien plus qu'il n'était humainement possible et plissa les yeux en regardant mieux. Il espérait se tromper en reconnaissant des regards amoureux, des sourires affectueux et ce geste tendre qui venait de trahir ce qu'il espérait complètement faux. Non, ça ne pouvait pas… il avait mal vu, il était persuadé d'avoir mal vu… mon dieu, faites qu'il ait mal vu…

Sans bouger, en plein milieux de la rue, il resta là, totalement stupide en observant cette scène surréaliste. Puis il vit Lange tendre une main devant Mak. Il relâcha une certaine pression. Une poignée de main, rien d'autre qu'une poignée de main. Encore une fois, lui et son esprit rêveur s'étaient fait des films. Il vit alors Mak empoigner la main de l'enseignante et fut rassuré. Il allait tourner les talons pour rentrer chez lui, quand il se glaça d'effroi en voyant Mak déposer un baiser sur la main que Lange lui avait tendu une seconde plutôt.

Non… ça ne devait être qu'une poignée de main, rien d'autre qu'une poignée de main.

Mais alors, des signes qui ne trompaient pas lui sautèrent au visage. Il sut lire dans les yeux de l'une et de l'autre. Il sut voir que sans doute depuis un moment déjà, Lange n'était plus qu'une prof et Mak n'était plus qu'une élève. Il sut voir les étincelles briller dans les yeux de chacune. Il capta même à travers le double vitrage, la rougeur de leurs joues. L'attirance était si évidente qu'il pouvait presque percevoir leurs cœurs battre l'un pour l'autre dans leurs poitrines.

A la seconde où il comprit que Lange allait sortir du glacier, il revint immédiatement à lui et se précipita pour se cacher dans le renfoncement d'une ruelle. Il respirait mal, regrettant bien d'avoir eu envie d'un chocolat chaud pour finalement se retrouver gardien d'un sale petit secret dont il se serait passé volontiers.

Il jeta un œil indiscret sur la rue et vit Lange, souriante, sortir du glacier avant de se diriger vers le 4x4 rouge garé juste devant. Heureusement pour lui, aucunes des deux ne semblaient avoir remarqué sa présence.

Il vit Lange ouvrir la porte du véhicule et offrir un dernier signe de la main à Mak qui y répondit gaiement alors que la blonde s'engouffrait dans sa voiture.

Le 4x4 démarra en trombe et s'éloigna rapidement du glacier alors que Mak se remettait au travail.

Olaf laissa sa tête cogner contre le mur sur lequel il s'appuyait en soufflant un bon coup, n'en revenant toujours pas de ce qu'il venait de voir.

- Putain… fut le seul mot qui sortit de sa bouche alors qu'un million de pensée s'y entrechoquaient déjà.

Avait-il véritablement tapé juste ? Et si oui, qu'était-il censé faire maintenant ? Il n'en savait foutrement rien ! Putain ! Mais comment ceci avait pu arriver ! Après tout, peut-être qu'il se faisait des idées… Il priait pour s'être fait des idées. Lange était peut-être… une cousine éloignée, une amie de la famille, la copine du frère de la gosse, qu'est-ce qu'il en savait ? N'importe quoi d'autre, mais pas ça ! Il savait surtout qu'elle est bien plus qu'une prof. Une élève normale ne regarde pas son professeur comme ça.

Il passa une main tremblante sur son visage. Il fallait qu'il se calme. Tant de réflexion ne le mènerait nulle part… Mais alors si c'était vrai. Si Mak et Lange étaient un… un couple, bordel il peinait à le dire, que devrait-il faire ? Mais putain, à quel moment cette gamine avait perdu toute bonne conscience pour se fourrer dans une merde pareille ! Et pire encore, à quel moment Elsa Lange avait jugé bon de risquer toute sa carrière sur une amourette avec une adolescente de 17 ans !

Il se rendit soudainement compte du pouvoir qu'il avait entre les mains… Et il se détestait déjà pour ça. Il ne pouvait pas garder ça pour lui, c'était trop lourd, trop gros, trop fou.

Il prit alors conscience que si lui savait, n'importe qui d'autre qui serait passé par ce glacier aujourd'hui aurait pu savoir… Il fut un instant heureux que ça soit tombé sur lui et pas sur n'importe qui justement. Il savait que si aujourd'hui, la vieille directrice Yzma avait été à sa place, et avait vu ce qu'il avait vu, Elsa Lange aurait dormi dans une cellule ce soir…

Putain Litchi, tu fais chier ! Hurla-t-il mentalement alors qu'une série interminable des définitions parfaites pour Mak lui venait en tête.

Le couteau le moins aiguisé du tiroir cette gosse ! ou encore, elle n'a vraiment pas la lumière à tous les étages ! en passant par, elle est la preuve vivante que l'évolution peut aller en sens inverse ! et plus encore…

Il soupira bruyamment en tentant de garder un certain contrôle sur ses pensées. Il hocha la tête pour lui-même en jurant qu'Elsa Lange ne finirait pas en prison à cause lui. Si vraiment ce qu'il croyait se révélait exact, il ne pouvait pas être responsable du malheur de l'enseignante qui causerait par déduction celui de Mak.

Non, il aimait bien cette gosse. Et il savait qu'elle avait déjà pour son jeune âge vécu des choses assez sales comme ça… Il refusait de nuire à l'une comme à l'autre. Il était un type bien. Il se comporterait comme tel.

Mais il lui était impensable de se taire… Il fallait que lui et Mak aient une petite discussion…

Juste histoire d'en avoir le cœur net… pensa-t-il en espérant vraiment se tromper.