Chapitre 21

J'ai réécris ce chapitre de nombreuses fois maintenant, pas dans son ensemble mais l'été et le début de la sixième année a été très difficile à écrire. J'avais originellement écrit une version où Snape venait parler à Harry bien avant ça, avant qu'il ne rentre chez les Dursley et l'emmenait quelque part pour son anniversaire et c'était trop mignon... un peu trop à mon goût. J'ai commencé une version où Snape venait lui parler mais l'abandonnait ensuite et où c'était Lupin qui venait chercher Harry. Effacé également. J'ai envisagé qu'Harry perde la mémoire, que Snape lui enlève ses souvenirs mêmes j'ai envisagé des tonnes de versions différentes. J'ai écrit des passages qui je l'espère, serviront à un moment donné, mais dont j'ai du me défaire pour l'instant, j'ai écrit et reécrit des conversations dans une tournure différente et... voilà, j'ai sans doute choisi la pire version, comme d'habitude. Scorpio's basic mood.

Je suis désolé, s'il y a des incohérences. S'il y en a, dites-le-moi, je ne pourrais pas corriger à moins d'effacer le chapitre mais je pourrais en prendre compte pour les prochains. Je tenais à vous dire que je n'ai pas pris en compte Lucius Malfoy ni les considérations matérielles. Je pensais vouloir le faire, mais en fait, Harry Potter est bourré d'incohérences. J'aime et aimerais toujours JKR, mais les animaux fantastiques sont bourrés d'incohérences, Harry Potter et l'enfant maudit m'a également mise très en colère ( Hermione peut être black, mais le fils d'Harry absolument pas gay... ?! ) donc, voilà, j'ai décidé d'écrire ce que je voulais, point, car parfois, JKR elle-même est bourrée d'incohérences. Et la cohérence est-elle vraiment ce qu'il y a de plus important ? Je pense qu'elle considère qu'il n'y a pas qu'une seule vérité, mais des tas. En fait, je trouve qu'elle aborde son propre univers un peu comme on écrit une fanfiction. Un fanfiction, c'est "Et si ? Et si c'était comme ça, s'il faisait ça, si on changeait ça ?" Qu'est-ce que ça donnerait ? Et peut importe si une fanfiction détonne avec une autre du même univers. Personnellement, c'est un comportement que j'adopte avec une fanfiction, mais pas avec un roman. Avec un roman, il y a toujours une seule vérité, comme dans la vie, une seule qu'on peut écrire, si tragique soit-elle. Elle est réelle, avec des couleurs réelles, des odeurs, des sons, une ambiance qui a le goût si vrai de la réalité. Ca fout des frissons sur la peau, la chair de poule, les poils qui se dressent, la gorge qui pique. C'est la seule et unique réalité possible et je le sais corporellement quand j'écris. Ce n'est pas toujours le cas quand j'écris une fanfiction. Je peux me dire et si Harry tombait amoureux de Snape ? Et si Harry tombait amoureux de Luna ? ( la seule personne féminine avec qui il serait logique qu'il finisse pour moi...) Si Harry était adopté par Snape tout jeune avec Drago ? Et ce sont des réalités différentes. Que je peux me permettre en tant que simple auteur de Fanfiction sur HP, mais que je ne me permettrais pas dans les univers de mes romans. JK Rowling, elle, est capable d'écrire tout une belle relation entre Ron et Hermione et, à la fin, dire qu'elle aurait dû mettre Hermione avec Harry. Et ça, je trouve ça un peu, voire très, problématique. Cette femme restera mon modèle pour plein de raisons et je l'aime de tout mon coeur et je trouve que les gens sont un peu idiots de réagir si fort à ce qu'elle peut dire parfois ( genre sur la transsexualité ) car c'est un être humain comme les autres, mais vis à vis d'Harry Potter je dois avouer que je trouve parfois bizarre sa façon d'envisager les choses. Pour elle qui sent mieux que personne cet univers depuis son essence la plus profonde, elle devrait savoir qu'il y a une seule réalité possible comme dans la vie, et pas jouer aux sims en disant ah tient, si Harry était heureux avec Ginny comme s'il était normal... ? Désolé d'oser dire ça, mais je pense que je devais le dire. Personnellement, ça me dérange.

En même temps de vous écrire, je pense avoir une partie de réponse. Harry Potter est devenu un égrégore mondial. Il n'y a plus un, mais des Harry Potter. Elle a écrit Harry Potter pendant tellement longtemps, à l'écriture de la fin, ça devait être dur, très dur. Elle savait que dans son coeur, pour elle, la seule vérité était qu'Harry meurt, c'était ce qu'elle voulait écrire ( et j'aurais préféré avoir cette fin là car effectivement, l'essence d'Harry y répond ) mais elle l'aimait trop pour permettre ça. Elle voulait lui donner une belle vie. Je le comprends mais, le fait de dire qu'elle aurait dû mettre Hermione avec Harry... bah, ça ne fait que prouver que Ginny n'a aucune importance. Je n'ai jamais particulièrement ressenti d'affect face au personnage de Ginny, mais là, c'est la réponse. Et pour moi Snape fait plus sens, à tous les niveaux. Et Snape lui-même, d'ailleurs, elle pensait qu'il devait mourir. Pas parce qu'il a été attaqué par Nagini et qu'il n'a aucune chance de s'en sortir, non, je pense vraiment qu'elle pensait qu'il devait mourir parce qu'elle le pense "perdu" comme elle pense Drago perdu. Elle les a créé dans toute leur complexité, mais elle n'a aucune réelle compassion pour eux. Et ça me dérange un peu. Snape est profondément quelqu'un avec un mauvais fond pour elle, qui doit mourir à cause de ça, parce qu'il ne fera jamais les bons choix. Je ne suis pas d'accord. Je ne suis TELLEMENT pas d'accord. Je suis tombé amoureuse d'un garçon très obscur qui prenait des photos d'animaux morts, s'habillait toujours en noir, c'était un gars terrifiant... une romance à la the end of the fucking world, il est le seul à être resté à mes côtés quand ça n'allait vraiment pas. Et il m'a fait mal tellement de fois, il m'a repoussé tellement de fois. Mais foi de Scorpion, croyez-moi, je savais qu'il y avait autre chose, au fond. Et il y avait autre chose au fond. Nous sommes ensembles aujourd'hui et c'est le gars le plus adorable et le plus amoureux possible. Pour Snape, hé bien... c'est pareil. Il y a toujours autre chose, au fond. Je n'ai jamais aimé Drago, je n'aime pas le drarry même si je pense que Drago craque pour Harry, mais Drago n'est pas un salaud pour autant pour moi. Je peux comprendre ce qui l'a mené là. Je vous avoue que j'aimerais vraiment comprendre comment JKR envisage les choses, parfois...

Bref DONC pour résumer les choses vis à vis de ce chapitre à venir et que vous compreniez, j'ai envisagé les choses sous cet angle :

Lucius a pu donner la prophétie à Voldemort. Ce qui ne change pas vraiment les choses dans son programme qui était déjà d'anéantir Harry.

Lucius n'est pas allé en prison, ni personne d'ailleurs, Harry ne s'est pas exprimé sur le sujet, ça a été un gros bordel général et vu qu'il était sous l'emprise de l'endoloris et en a eu des séquelles, on ne peut pas considérer ses dires comme officiels. Tout comme personne ne l'a cru pour voldemort dans le 5.

Drao, non pas en punition mais en récompense, a bien été chargé de sa mission. Voldemort est un pervers qui n'estime vraiment que peu de personne et j'ai bien peur que Lucius n'en fasse pas parti, qu'il ramène ou pas la prophétie entière.

Et Snape a toujours fait le serment inviolable à la mère de Drago qui a perdu confiance en son mari et se dirige vers la seule personne qui selon elle, se soucie de Drago - l'enfant fragile qu'il est et qu'elle, elle voit - mieux que sa brute insensible de père ( Lucius est vraiment un monstre pour moi, pire que voldemort ).

En gros, rien ne change, à part que là, c'est Harry qui a vraiment la haine contre Drago et non l'inverse. Harry est bien l'élu, mais je n'en parle pas. Harry est a un stade où il en a strictement rien à foutre et je suis pas certaine qu'il lise les journaux de toute façon.


Tout était feu, tout bouillonnait. Il n'y avait plus rien, plus âme qui vivent dans la grande salle du département des mystères. Les étagères avaient disparus et des centaines, des millier de boule de verre tombaient du plafond en s'écrasant sans relâche comme des grêlons infernales sur le carrelage noir incandescent dont les rainures suintaient de laves. Le contact du sol brûla les pieds de Severus qui s'avança sans grimace vers la silhouette du jeune homme à genoux, paumes plantées dans le sol, dos courbé, nuque fléchie, entièrement nu. Il s'accroupit à son tour et posa une main sur le dos offert.

- Potter...

Il tressaillit violemment au contact et redressant soudain la tête comme un animal à fleur de peau, hurla. Le hurlement envoya Severus voltiger dans les airs et il atterrit plusieurs mètres en arrière, sur le dos. Dans la réalité, Albus vit l'homme subir une secousse sur son siège. Severus se releva derechef et fixa Harry dans les yeux. La créature devant lui n'avait plus rien du jeune homme qu'il connaissait. La peau recouverte de cloques, la chair à vif par endroit laissant couler un sang épais et collant, il grognait comme une bête, son visage entièrement déformé par les brûlures et la rage, ses prunelles vertes le transperçant d'une haine sans pareille. Et comme face à un animal, Severus s'agenouilla.

- Potter, écoutez-moi. Je suis là pour vous aider.

La peau blessée frissonnait nerveusement sous l'effet de sa voix. La lave, entre les interstices du carrelage transcendé par l'insoutenable chaleur, touchait et consumait sa peau sans qu'il n'ait plus de réactions. Severus déglutit, ce n'était pas la bonne chose à dire, bien sûr qu'il ne le croirait pas. Il le regarda droit dans les yeux.

- Potter, je ne voulais pas vous blesser. C'est la dernière chose que je voulais. Si vous me laissez approcher, je vous aiderai à sortir d'ici.

Il fit mine d'avancer mais, méfiante, la créature grogna plus encore et recula.

- N'approchez-pas.

C'était un grondement de gorge rauque plus qu'une voix humaine. A demi relevé, Severus s'immobilisa.

- Vous souffrez. Laissez-moi vous aider.

Le regard de la créature filait à toute allure de ses mains, sa baguette, à son visage, ses yeux, le détaillant comme pour saisir la ruse.

- Je vous laisserai m'infliger tous les châtiments que vous estimerez justes si vous me laissez juste... m'approcher. Je peux vous aider...

La créature hurla et de la lave jaillit tout autour de lui, aspergeant le visage et le corps de Severus, emportant des morceaux de peau, mais il n'en avait cure. Harry toussa et ses bras tendus tremblèrent avant de fléchir. Il était en train de mourir, prisonnier de cet enfer dans lequel il l'avait mis. Il profita de cette brusque faiblesse pour s'avancer rapidement et posa un genoux à terre devant le Harry-créature qui grogna sans pouvoir s'enfuir. Severus le saisit à et le redressa de force, prenant à pleine main son visage brûlé ruisselant de lave en soutenant son corps de l'autre bras, affrontant les yeux de Lily hantés par la rage. Il ferma les yeux, inspirant profondément. Peu à peu, la lave autour d'eux se tarit, les cloques qui rongeaient le corps d'Harry diminuèrent, comme aspirés à l'intérieur de Severus. Recouvert de feu, l'homme rouvrit les yeux. Le cri qu'Harry poussait en s'accrochant à son regard devenait progressivement plus humain, jusqu'à ce que son corps nu et aussi lisse que d'habitude ne retombe entre ses bras, mais il se dégagea et à genoux face à lui, le regarda, dents découvertes, poitrine palpitante.

- Je ne vous pardonnerez pas.

Severus avala sa salive et hocha la tête avant que tout ne disparaisse peu à peu et qu'il ne rouvre les yeux à l'infirmerie. Dumbledore se tenait près de lui et Harry, dans le lit, poussa un gémissement en retombant dans le sommeil. Le directeur pressa son épaule.

- Tout va bien, Severus ?

- J'ai fait ce qu'il fallait. Sa fièvre devrait le quitter sous peu.

Il s'était relevé, s'enfuyant presque hors de la pièce.

- Je peux voir qu'il va mieux, en effet. Je parlais de vous.

Severus s'arrêta sur le pas de la porte.

- Rien que je ne puisse supporter.

- Il n'en aura aucun souvenir, vous le savez ? Quoi qu'il se soit passé, vous devrez avoir une conversation en face à face, Severus. Vous savez tout cela, n'est-ce pas ?

Severus ne répondit pas et quitta la pièce.


Harry sortit de l'infirmerie deux jours plus tard, plus par crainte que par soucis de santé réel. Il allait mieux, du moins en apparence. Plus de fièvre et il avait pu manger de nouveau, pas encore suffisamment mais son organisme se rétablissait doucement. Cependant, sortir de l'infirmerie pour rejoindre le dortoir des gryffondors était une des choses les plus difficiles qu'il ait jamais eu à faire. Bien sûr, il savait que la plupart des élèves ne savaient rien et aucun regard ne le suivit plus que de raison, en tout cas pas à cause de ça, plus à cause de Voldemort, mais affronter Ginny, Neville, Ron... eux savaient. Ils savaient tout. Hermione l'aida et le supporta, bien sur. Mais Ron refusait de lui parler et agissait comme s'il n'existait plus, Neville était gentil avec lui quoi qu'un peu gêné de passer plus d'une minute en sa compagnie et Ginny semblait ne plus vouloir du tout croiser son regard. Elle ne lui avait adressé qu'un ou deux mot, pas plus, depuis sa sortie. Hermione lui disait que ça allait s'arranger, avec le temps, mais Harry doutait qu'aucun d'entre eux ne puisse oublier les images qu'ils avaient vu, ni que ça changerait avec le temps. Un jour, à l'ombre d'un arbre près du lac, Hermione lui avoua d'un ton un peu gêné de devoir aborder le sujet que ces choses-là étaient normales et que parfois, même si en l'occurrence c'était un peu hors norme, on rêve et on fantasme sur des choses étranges qui seraient toutes inconvenantes si les autres, nos amis les plus proches, devaient y assister. Elle lui rappela avec sagesse qu'en temps normal, ces choses-là ne sont pas sensées être dites et encore moins montrées ou utilisées contre nous et doivent rester notre jardin secret. Que, certes, il avait été un peu idiot, mais qu'elle-même n'aurait pas pu se douter concernant le professeur Snape que ce fut faux lorsqu'il restait introuvable même par Drago. Et elle finit par lui avouer qu'elle s'en doutait depuis un moment et qu'après réflexion, elle trouvait ça plutôt logique. Harry ne sut pas quoi répondre. Penser à Snape lui faisait mal et chaque fois que son nom était évoqué, il ne pouvait s'empêcher de se saisir les bras comme en une tentative de protection bien vaine.

Si la compréhension d'Hermione aidait, ça ne suffisait pas. Depuis, Harry ne sortait pas beaucoup et avait beaucoup de mal à supporter la lumière directe du soleil brûlant, les bruits, les gens. Il mangeait avec moins d'appétit et moins de plaisir qu'avant et ne passait que très peu de temps au milieu des autres, dans la grande salle, les couloirs ou la salle commune de gryffondor. Il n'avait pas croisé Snape une seule fois et lorsque le directeur lui avait dit que c'est lui qui l'avait soigné, il n'avait pu faire autre chose qu'hurler de rage en interdisant catégoriquement le directeur, à l'avenir, de laisser l'homme l'approcher alors qu'il était endormi.


C'était la veille du départ et Harry faisait ses valises pour retourner chez les Dursley. Il devait être triste, il le savait. Mais en toute honnêteté, quelque chose en lui voulait retourner dans cette chambre et y rester cloitrée pour toujours, loin de Snape, loin de Ron, loin du monde. Il méritait les Dursley. Il méritait de rester enfermé dans cette chambre tout l'été, avec presque rien à manger. Il méritait cela, pour ce qu'il avait fait à Sirius.

- Tu vas pardonner à ce bâtard, n'est-ce pas ?

Ses épaules tressaillirent et il leva la tête vers Ron, en face de lui, de l'autre côté de son propre lit, occupé à ranger ses affaires. Ils étaient seuls dans le dortoir et c'était la première fois qu'il lui adressait la parole depuis les événements du ministère. Harry inspira un peu trop d'air, incapable de réagir assez vite car Ron enchaîna :

- Il t'a traité comme la pire des merdes mais tu vas lui pardonner. C'est comme ça que ça marche entre vous ? Il te suce entre deux cours et tu lui pardonnes tout ce qu'il te fait ?!

Harry fronça les sourcils, choqué.

- Ron ! Je n'ai pardonné à personne et je te permets pas de...

- Oh, tu ne permets pas ?! Est-ce que je t'ai permis de mettre ma vie en danger, la vie de ma soeur pour cet enfoiré ?!

Harry trembla. C'était difficile de supporter le regard enflammé de Ron.

- J-je ne voulais pas que vous veniez. Hermione... Hermione était...

- Oui, elle était au courant, merci, je le sais bien ! Mais moi ! Ton meilleur ami ! Tu m'as menti, tu m'as trahi, Harry.

Harry le fixa en retour, les bras ballants.

- Je suis vraiment désolé.

Ron grogna et se détourna de lui, prétextant de ranger ses vêtements en moulons par terre pour échapper à son regard.

- Tu n'aurais pas compris, tenta d'expliquer Harry. Tu n'aurais jamais pu comprendre...

- Non, parce que je suis parfaitement idiot ! J'avais oublié ce détail !

Harry planta ses dents dans sa lèvre inférieure.

- Tu n'es pas idiot, Ron, c'est juste... enfin, regarde ! Tu passes ton temps à insulter Snape, comment... comment aurais-tu pu comprendre que...

Il ferma les paupières.

- Que tu veuilles sucer ce connard, non, je ne comprends pas, en effet !

Harry poussa un petit rire sarcastique.

- Tu vois ? Tu vois comment tu réagis ? Et tu espères que je me confie à toi plutôt qu'à Hermione ?!

Ron le fixait d'en dessous, les épaules se soulevant sous la colère et son pyjama oublié dans la main.

- Tu... tu... Tu aurais pu au moins me dire que tu étais gay !

- Mais... Ron... je... !

Harry éclata carrément de rire en se passant une main dans les cheveux, mais il n'eut pas le temps de trouver ses mots que Ron enchaîna :

- Merde, Harry, combien de nuit on a passé ensemble, combien de fois tu m'as vu nu après les entraînements ! Merde ! Pas une seule fois tu me l'as dit, et moi qui avait peur que tu me piques...

Il s'arrêta juste à temps et Harry ne savait pas s'il devait rire ou pleurer.

- Je ne suis pas gay ! Je n'ai aucune idée de ce que je suis et je n'ai aucune idée de comment on appelle ça, mais je ne suis pas... gay ! Je... Et je te désire pas, putain, Ron ! Je t'ai jamais maté sous les douches, bordel ! T'es mon ami ! C'est juste-Snape- je...

Il le laissa tomber sur le lit et fixa pendant la couverture rouge bordeaux.

- Ron, tu as grandi avec un père et une mère qui s'aiment et qui t'aiment, des frères et soeur, une famille et même... même si être un parmi d'autres a pu te faire souffrir, tu as été aimé. J-je n'ai jamais...

Il expira fortement, concentrant son attention sur les fils de laine enlacés.

- Ta mère est la première personne à m'avoir vraiment pris dans les bras. Avant cela, pleurer était quelque chose de difficile pour moi. Je suis sûr que Madame Weas-ta mère, je suis sûr qu'elle t'endormait le soir en te disant qu'elle t'aimait, qu'elle te prenait dans les bras, qu'elle te caressait la joue et le dos quand tu t'endormais et qu'elle te racontait des histoires...

Il déglutit, marquant une courte pause.

- On m'enfermait dans un placard en me traitant de monstre à longueur de journée. Quand j'étais malade, on ne m'emmenait pas chez le docteur. On me laissait pourrir dans ma fièvre et ma morve dans ce putain de placard. Les vêtements que je portais étaient ceux de Dudley et c'était des trucs sales et déchirés complètement informes. Je devais me lever le matin pour leur préparer le petit déjeuner avant qu'il ne soit trop tard sinon j'étais privé de déjeuner et de toute façon je ne pouvais jamais manger autant qu'eux, je mangeais leurs restes, le chien de la tante Marge était mieux traité que moi. Mes passages aux toilettes et à la salle de bain étaient contrôlés et les seuls contacts que j'avais... c'étaient les coups de Dudley et la poigne de mon oncle. On ne m'a jamais... caressé, ou pris dans les bras, juste, comme ça, tu vois-pour-normalement. Pas une seule fois. Et avant de venir à Poudlard, je pensais que ce n'était pas pour moi, je pensais ne pas avoir le droit à ça parce que je n'étais qu'une sorte de monstre. Et tout le monde y compris toi me regardait comme si j'étais un prince qui avait tellement de chance, une célébrité ou un truc à mettre en vitrine mais j'ai été traité comme un déchet plus de la moitié de ma vie et je le suis toujours !

Il y avait un silence de mort dans le dortoir et il leva les yeux vers Ron qui le fixait avec horreur, horreur et... dégoût. Harry battit des paupières. La boule dans sa gorge faisait mal.

- Alors il avait raison, murmura Ron. Il avait raison quand il a dit... cette chose... à propos de toi... l'amour. Tu as envie qu'il te baise parce qu'il te traite mal ?

- Il ne me traitait pas mal, avant ! Protesta Harry. Il m'a aidé de nombreuses fois depuis que je suis à Poudlard !

- Ouais, c'est ça, dit Ron en refermant sa valise. En fait, je crois que je comprends. T'es pas gay, Harry. T'as un vrai problème.

Harry éclata d'un rire mauvais, à la limite de l'hystérie.

- Ah oui, tu crois ?! J'avais pas remarqué !

- T'es vraiment tordu. A partir de maintenant, reste loin de moi.

Harry accusa le choc pendant quelques instants et se tourna vers lui avant qu'il ne dépasse la porte avec sa valise :

- ALORS RETOURNE VOIR TES AMIS NORMAUX ET FOUT MOI LA PAIX !

Ron s'immobilisa, de dos.

- Sirius t'aimait. Et tu as préféré ce bâtard à lui. Moi, j'aurais tout donné pour avoir Sirius comme parrain.

Des larmes envahirent les joues d'Harry et ses épaules se secouèrent instantanément.

- Tu crois que je ne le sais pas ?! Je l'ai trahi ! Mais Sirius... Sirius aussi m'a trahi. Il m'a trahi en aimant mon père à travers moi plus que moi et je ne suis pas...

Il essuya ses larmes dans sa manche d'un geste rageur.

- JE NE M'APPELLE PAS JAMES FOUTU POTTER ET C'EST MONSTRUEUSEMENT DÉGUEULASSE D'UTILISER CA CONTRE MOI ! JE M'APPELLE HARRY ! JE SUIS JUSTE HARRY !

Ron n'ajouta rien de plus et disparut dans les escaliers. Jamais Harry ne s'était senti plus vide.


" Cher Harry,

si cela te convient, je viendrai te rendre visite au 4, Privet Drive, vendredi prochain à 11 h du soir. J'ai le regret de t'annoncer que tu ne pourras pas passer l'été chez la famille Weasley cette année. Mrs Weasley me charge de transmettre ses plus sincères excuses. Entre nous, cette pauvre Molly ne comprend pas et je pense qu'elle est très en colère contre ton ami Ron à ce sujet. Si tu es d'accord, je serais très heureux d'obtenir ton aide dans une affaire que j'espère pouvoir régler au plus vite. Je te donnerai de plus amples explications de vive voix.

Sois gentil de m'envoyer ta réponse par retour de hibou. En espérant te voir vendredi,

Je t'adresse mes salutations les plus cordiales,

Albus Dumbledore. "

" Harry,

tu n'as pas répondu à mes précédentes lettres et je suis très inquiète pour toi... Ron a fini par me raconter ce qui c'était passé entre vous... je suis très en colère contre lui et sincèrement désolé qu'à cause de son comportement tu doives passer l'été chez les Dursley. Je suis restée avec mes parents cet été, et je crois que ça me fait du bien aussi de passer un peu de temps avec eux. Veux-tu que je leur en parle ? Je sais que ce n'est rien comparé à la famille de Ron et que tu ne les connais pas mais tu es le bienvenu ici si tu le souhaites... Molly m'a aussi interrogé à ton sujet, elle s'inquiète beaucoup aussi et ne comprend pas que ce qui s'est passé entre toi et Ron... veux tu que je lui en parle ? Je t'en supplie Harry réponds moi. Je suis très inquiète... Je t'embrasse bien fort,

Hermione "

" Harry,

je te demande pardon pour le temps que j'ai mis à t'écrire. La perte de Sirius m'a profondément ébranlé. Il était le seul ami d'enfance qu'il me restait et il me manquera à jamais. Je ne peux qu'imaginer l'état dans lequel tu dois être... A vrai dire, Harry, il m'est très difficile d'envisager ce que tu ressens. Sirius n'a jamais voulu m'expliquer ce qui s'était passé exactement. Jamais. Je sais qu'il était très en colère et que votre relation, à la fin, était assez complexe. Je n'ai jamais pu t'en parler alors j'ignore ta version des faits et j'aimerais beaucoup en parler avec toi si tu le souhaites... Harry, je t'ai vu te faire torturer par Severus Snape. Je sais que tous ont dû jurer de ne rien dire et qu'aucun de tes camarades ne révélera quoi que ce soit au risque d'endurer une grave punition. Je sais aussi... je ne suis pas idiot, Harry, j'ai senti certaines choses depuis quelques années, ton rapprochement avec Severus, son changement de comportement à ton égard aux réunions... Je t'en prie, explique-moi ce qui ne va pas. Je mérite de savoir ce qu'il s'est passé à la toute fin et pourquoi Sirius t'en voulait tant. Nous sommes tous très inquiets.

Amitié,

Remus "


La pluie cavalait sur les fenêtres du Poudlard express. La joue appuyée contre la vitre, Harry écoutait leur martèlement hypnotisant qui couvrait un peu le bruit des étudiants dans le couloir du train. Un première année ouvrit la porte, laissant rentrer une flopée de rire et de voix agressives qui le firent grimacer. Puis elle se referma, le plongeant de nouveau dans une bulle aux sons étouffés. Enfin, bientôt, la porte s'ouvrit de nouveau. Harry ne regarda pas, plongé dans la contemplation du ruissellement incessant.

- Salut, Harry.

Il leva la tête, un peu surpris. C'était Luna, Luna, avec ses cheveux trop longs, ses radis aux oreilles, ses couleurs et ses vêtements si détonants les uns des autres qu'elle associait avec une étrange élégance. Elle vint s'asseoir en face de lui et elle lui souriait avec une telle sincérité qu'il lui sourit en retour. Le mouvement étira douloureusement la peau gercée de ses lèvres.

- Salut, Luna.

Il s'éclaircit la gorge. Il n'avait pas pris conscience à quel point sa bouche était sèche, avant. Luna le détailla de ses grands yeux bleus étranges et chercha dans le panier à battant qu'elle avait posé à côté d'elle, joliment décoré de fleur des champs qu'elle y avait glissées. Elle sortit une bouteille en verre et la lui tendit.

- Tient, c'est du jus de citrouille.

Il prit la bouteille avec reconnaissance et en avala plusieurs grosses goulées, se rendant compte trop tard qu'il avait vidé plus la moitié de la bouteille.

- Pardon.

Mais la jeune fille se contenta de lui sourire et chercha de nouveau dans son panier.

- Tu peux prendre ça aussi, si tu veux. C'est au beurre de cacahuète.

Harry regarda le sandwich, puis Luna, avec une forme de prudence.

- Luna, c'est vraiment gentil mais je ne voudrais pas...

- Il y aura à manger à Poudlard, et papa me donne toujours beaucoup trop, le coupa-t-elle. Et toi, tu as vraiment une mine affreuse.

Luna avait cette forme d'honnêteté brutale qui le mettait mal à l'aise. Il grimaça et attrapa le sandwich.

- Merci.

C'était tout autant un merci ironique qu'un merci sincère mais ce genre de préoccupations ne semblaient pas perturber la jeune fille outre mesure. Il prit le sandwich et en avala une bouchée. Elle le dévisageait bien trop intensément.

- Comment tu te sens, Harry ?

A vrai dire, parler avec Luna, c'était un peu comme parler avec Dumbledore. Mais quelque chose en cet instant, peut-être à cause du temps et du manque de lumière ou d'autre chose de plus informe, semblait plus sombre en elle, comme si une ombre s'était posée sur les couleurs éclatantes de ses vêtements, rendant chaque fibre, chaque accro du tissu, chaque imperfections de son visage incroyablement réels. Elle était si vraie soudainement, Harry reposa le sandwich sur ses genoux. Il se sentait faible. La lumière du soleil, éclatée dans un ciel gris qui ne faisait plus que faire semblant de pleuvoir l'agressait. Les bruits l'agressaient. Et chaque bouchée qu'il avalait tombait dans sa trachée comme un bloc de pierre. Dans les yeux bleus pâles de Luna, il devina les formes d'une lucidité plus puissante que de la simple magie. Quelque chose qui se confondait à la magie étrange de Dumbledore. Et Harry se sentit soudain mis à nu devant elle, comme il se sentait devant le vieil homme. Il s'était trompé, depuis le début. S'il y avait une personne qui pouvait comprendre les ombres, c'était Luna. Cette pâle et étrange jeune fille qui portait des fleurs dans ses cheveux et des radis aux oreilles. Peut-être savait-elle déjà qu'il avait passé ces deux derniers mois enfermé dans sa chambre, sans bouger ou presque, ne se lavant presque pas et ne touchant qu'à peine aux plats que les Dursley passaient par la trappe de sa chambre. Peut-être devinait-elle ses cauchemars incessants, revivant chaque nuit les mêmes horreurs et d'autres plus macabres encore. Chaque nuit à brûler sous l'endoloris impitoyable de Snape, chaque nuit à sentir son corps se disloquer, se déchirer, s'arracher et lui, éveillé, terrassé. Chaque nuit à revivre l'humiliation jusqu'à ce que ses propres fantasmes lui donnent envie de vomir. Chaque nuit à vouloir s'arracher la peau, chaque nuit à essayer un peu... car il le méritait. Il le méritait.

- C'est compliqué.

Pour la première fois, il avait peur de retourner à Poudlard. Peur des regards dans les couloirs, peur de dormir dans le même dortoir que Ron et Neville, peur de se tenir de nouveau devant Snape, de croiser Ginny, et Hermione. Peur... de...

- Sirius. C'est ma faute.

Les larmes lui brûlaient la gorge tellement fort que ses yeux se brouillèrent. Ca brûlait, ça brûlait tellement. Il se passa la langue sur les lèvres. Luna, en face de lui, le fixait avec une intensité qui n'avait rien du regard plein d'une compassion écœurante se teintant de frayeur qu'on lui réservait d'habitude. Elle le fixait comme un être humain normal, tout simplement.

- Harry, je ne connaissais pas Sirius, tu sais. Mais je pense...

Elle regarda ailleurs, par la fenêtre, et son regard devint immobile comme si elle fixait une réalité parallèle.

- Je pense qu'il n'avait plus beaucoup envie de vivre sans lui. Tu sais... je pense qu'il est un peu mort avec lui, ce jour-là. Il s'est trouvé là parce qu'il le voulait, parce qu'il n'en avait pas grand chose à faire de vivre ou de mourir si James n'était pas avec lui. Et toi, tu n'es pas James. Il t'aimait. Mais il ne pouvait pas vivre... avec ça.

Harry ignorait si Luna savait de quoi elle parlait. Elle semblait totalement ailleurs, les yeux grands ouverts sur une réalité à laquelle il n'avait pas accès.

- Il ne pouvait pas vivre... avec... avec ça ? Avec...

Il avala sa salive. Non, il en pouvait pas le prononcer. Luna fronça les sourcils.

- Il avait peur, je pense. Il n'était plus en mesure de te donner ce que tu attendais. Cette partie était morte déjà. C'est comme si... comme s'il y avait un mur entre vous, une dimension, tu vois ? Et en te révélant comme tu l'étais, tu as fait éclater ce mur, et la personne qui était devant lui... c'était trop gros, trop différent. Il t'aimait mais il ne pouvait pas gérer ton amour pour Snape. La partie de toi... cette partie-là de toi... vous étiez sur des planètes différentes. Tu ne dois pas t'en vouloir, parce que la mort ne change rien à ça.

Harry le fixa, les yeux exorbités. Luna souriait tranquillement.

- Luna... comment tu sais tout ça ?

Elle haussa les épaules.

- Je ne sais pas. Je le sais, c'est tout.

Ils se mirent à regarder la route. Le silence s'était fait à peu près et Harry inspira profondément pour la première fois depuis deux mois en regardant le paysage de l'Ecosse.

- Tu sais où ils vont, après ?

Luna le regarda avec un amour qui dépassait celui de l'humain et Harry eut envie de se baigner dedans, s'y lover pour toujours, à l'abri du monde.

- J'imagine que ceux qui meurent et qui reste là-bas le veulent vraiment, alors ça doit être un bel endroit. Les autres... ils restent parmi nous, et ils sont malheureux pour toujours. Sirius est là-haut, avec ma maman. Avec ta maman et ton papa aussi. S'il y a un endroit où il peut être heureux... c'est celui-ci, tu ne crois pas ?

Ils échangèrent un regard qui ressemblait à une étreinte et, un instant, ils restèrent comme ça.

- Je suis désolé de vous avoir mis en danger. De t'avoir mise en danger... je suis désolé.

Luna le regarda avec de grands yeux.

- Oh, mais ce n'est pas grave. Je ne connaissais pas vraiment Sirius, tu sais. Mais je croise le professeur Snape presque tous les jours à Poudlard, ça m'aurait fait de la peine qu'il meurt.

- Quoi ? Ca t'aurait fait de la peine qu'il meurt ? On parle bien de Snape, là ?

Elle le regarda.

- Hé bien, oui. Il est étrange et souvent cruel, mais il n'est pas vraiment méchant. C'est compliqué. Je ne peux pas dire que je l'aime vraiment, mais je n'aurais pas voulu qu'il meurt pour autant. En fait, je pense que je peux le comprendre, d'une certaine manière. C'est dur, d'être différent et d'être seul. Et si toi tu y tenais, alors, je serais venue t'aider, comme on aide un ami, tu sais.

Il haussa un sourcil.

- Je suis ton ami, Luna.

Elle lui adressa un grand sourire.

- Oh. Hé bien, je suis honorée d'être ton amie, Harry Potter.

Il ne put que sourire en retour.

- C'est moi qui suis honoré d'être ton ami, Luna.

Bientôt, ils furent rejoint par Neville qui venait juste de retrouver son crapaud et le salua chaleureusement bien que lui adressant un regard un peu bizarre mais, malgré ça, pour la première fois depuis longtemps, Harry se sentit bien avec des amis. Et si une jolie fille était rentrée à cet instant-là, alors, Harry n'aurait pas eu honte d'être vu avec eux comme l'année précédente. Il était avec des personnes qui avaient risqué leur vies pour lui sur un mensonge. C'est eux qui auraient dû avoir honte, d'être vu avec lui. Mais ils étaient là. Et Harry était heureux qu'ils le soient. Après avoir fini le sandwich de Luna, il sombra tout le voyage dans un sommeil profond tel qu'il n'en avait pas eu depuis longtemps.

A la sortie du train, il essayait d'éviter Drago, Ron et tant qu'à faire, autant de Weasley que possible lorsqu'Hermione se rua sur lui, et avant qu'il ait pu réagir, le gifla. Puis elle éclata en sanglot et le serra contre elle, et il enfouit son visage dans les boucles brunes de la jeune fille en l'écoutant sangloter, sans demander pardon, sans lui dire à quel point parler était devenu difficile. Parler, manger, dormir... Il passa ses mains dans son dos et l'étreignit fortement.


Ce début d'année à Poudlard cette année fut plus chaotique que ce qu'il avait jamais connu jusqu'alors. Comme Dumbledore l'avait prévu, Slughorn était devenu le nouveau professeur de potion. Et Snape avait prit la place de nouveau professeur contre les forces du mal. Il appréhendait tout autant de se retrouver face à lui, à vrai dire, que face à Ron. Contrairement à ce qu'il avait pu faire en quatrième année, Ron ne parlait pas de lui aux autres. Il n'avait plus besoin de lui. Dumbledore avait fait ce qu'il pouvait, mais les murmures dans les couloirs le suivirent dès qu'il franchit les portes de Poudlard pour aller se réfugier sur un banc de la grande salle où les ricanements, les regards le suivaient. On entendait des rumeurs abracadabrantes sur ce qu'il s'était passé au ministère. Mais certaines voix, venant de la table des serpentards, disaient des choses qu'Harry aurait préféré ne pas comprendre. Il se retrouvait là, au milieu de premières ou deuxièmes années qu'il ne connaissait pas, à guetter Ron rire avec Dean et Seamus du coin de l'oeil. Neville, assis avec eux, semblait mal à l'aise. Les murmures et les rirent le suivaient, Drago ne le lâchait pas du regard. Et Snape.. Snape à la table des professeurs, bien trop visible pour qu'Harry ne le voit pas, et tout le monde qui le guettaient, dans l'espoir, l'attente perverse qu'il le regarde et qu'il se mette à chialer comme un gamin. Harry saisit sa fourchette et pressa les dents contre sa paume. La nourriture dans son assiette avait un goût de cendre et quelque chose montait en lui comme de la panique, de la panique et de la rage. Le bouchon aurait pu exploser. Tout aurait pu exploser. Mais Hermione, soudain, prit place à ses côtés.

- Harry ! Je te cherchais !

Le souffle un peu court, il leva les yeux vers la jeune fille. Elle était venue. Elle ne l'avait pas abandonnée. Son souffle se dégagea un peu.

- Harry ? Ca va ?

Il voulut répondre, n'y parvint pas. Il arrivait à peine à respirer. Elle prit sa main et dégagea doucement la fourchette qui s'enfonçait dans sa peau. Le contact lui permit de respirer, un peu. Juste assez pour avaler de quoi survivre à cette journée.

Cette nuit-là, se coucher dans le lit à côté de celui de Ron fut une autre épreuve, et aucune main ne tint la sienne. Ron ne le regarda pas, pas une seule fois. Exactement comme s'il n'existait pas.

Demain, il faudrait survivre à une nouvelle journée... Harry voulait sombrer dans un sommeil sans fin et ne jamais n'avoir à affronter le levé du jour.


Le lendemain s'annonça comme une pire journée encore qu'il ne l'aurait pensé lorsqu'il découvrit qu'il y avait cours de défense contre les forces du mal. Honnêtement, Harry était au bord de la crise de panique en rentrant dans la salle. Il y aurait Ron, Neville, Hermione, Draco. Ils seraient tous là, à le surveiller. A quoi d'autres pourraient-ils penser ? Que pourraient-il voir d'autres en les voyant dans la même pièce ? Draco avait tout vu... tout... bien plus que Ron, Hermione et les autres... Et son père sans aucun doute lui avait tout raconté... et lui, a quoi d'autre pourrait-il penser ? Harry se laissa tomber sur son banc, fixant le bois de la table devant lui, un long sifflement strident dans les oreilles, tout en écoutant Snape parler de magie noire. Le sifflement s'intensifiait, et le goût de cendre revenait.

Harry ferma les yeux, saisissant les bords de la table. Il était à genoux sur le sol de pierre et Lucius ouvrait la fiole de souvenir... Il était bloqué, condamné, diminué, écoutant le Snape de sa vision lui ordonner de se mettre à genoux...

- ... vous devez affronter ce qui est instable, mouvant, indestructible.

Inspirer, expirer. Inspirer...

Devant lui, Severus Snape enlevait son masque de mangemort et Harry réalisait qu'il était là depuis le début, qu'il avait tout vu.

- Vos défenses doivent être aussi flexibles et inventives que les forces qu'il vous faut vaincre.

Harry Potter, risquant la vie de tous ceux qui l'aiment pour me sauver, moi… moi qui te hais, Potter… J'aurais ris, si tu ne me dégoûtais pas à ce point.

Harry respirait mal. Quelque chose dans son estomac qui lui donnait l'impression de mourir.

- Ces images donnent une assez bonne idée de ce qui arrive lorsqu'on subit un sortilège Doloris, par exemple...

Il y a tellement longtemps que j'attends ça… te voir plus bas que terre, en proie à la souffrance la plus pure… Endoloris !

Harry ne sut pas comment il parvint à réprimer le haut-le-coeur qui le saisit d'un seul coup, comment il parvint à retenir le flot de bile qui voulait sortir de lui. Il garda les yeux fermés et serra le bois de la table jusqu'à s'en écorcher les doigts. Lorsque Snape le plaça deux par deux avec Ron, il était fébrile et pouvait à peine tenir sa baguette. Hermione parut vouloir intervenir pour se placer avec lui, mais Snape coupa court à toute forme de protestation. Ron, qui regardait ailleurs, se semblait guère plus heureux que lui de devoir l'affronter et faisait à peine mine d'essayer.

- Lamentable, Weasley. Vous ne faites aucun effort. Tenez, je vais vous montrer...

C'était un cauchemar. Harry était resté à Privet Drive, sous les couvertures miteuses de sa chambre-prison, et il faisait un cauchemar, comme il en avait eu tout l'été. Snape leva sa baguette vers lui. Leurs regards se croisèrent, une seconde à peine. Et Harry sentit le malaise exploser en lui. Un soudain et violent sursaut secoua tout son corps et il rendit le peu qu'il avait dans l'estomac sur le vieux parquet de la salle de classe. Au bord de l'évanouissement, sous les rires des serpentards et de Draco Malfoy qui semblait hystérique de joie, le corps secoué de tremblements et sans un regard pour personne, Harry abandonna ses affaires en place, fit volte-face et s'enfuit hors de la pièce. Il était appuyé contre le mur des toilettes, assis par terre dans la cabine lorsqu'Hermione poussa doucement la porte pour le rejoindre. Le front en sueur, Harry leva les yeux vers elle. Elle s'accroupit à ses côtés et de sa baguette, conjura un chiffon qu'elle mouilla au robinet avant de lui passer sur le visage. Il ferma les yeux, la laissant faire.

- Comment je vais faire pour survivre... à ça... Hermione ?

Leurs regards se croisèrent et pour la première fois, Harry sut qu'elle ne savait pas. Car Hermione ne serait jamais tombée amoureuse de Snape, elle n'aurait jamais fait ce genre de rêve, elle ne serait jamais confrontée à ce genre de situation. Et Harry se sentit plus seul qu'il ne l'avait jamais été alors qu'elle était là, à ses côtés.

- Qu'est-ce qu'il a dit ?

Elle ne demanda pas qui.

- Il m'a demandé de venir te rejoindre. Je ne sais pas pourquoi il a fait ça. C'était tellement stupide sa part...

En cette première semaine de cours, le livre du prince de sang-mêlé fut la seule chose de bien qui lui arriva. Ce fut aussi la seule chose qui l'éloigna de l'amie la plus fidèle qui lui restait alors qu'à cause de ça, il gagnait ce stupide flacon de soi-disant chance liquide. Le soir venu, Harry se réfugiait derrière les rideaux de son baldaquin, et parcourait les pages. Il ne mit pas longtemps à comprendre de qui il s'agissait. Et le destin lui parut détenir une forme de cruelle ironie. Cependant, quelque chose le poussait vers ce livre comme le dernier ami qu'il puisse avoir, comme le seul lien, aussi tordu soit-il, qu'il pouvait entretenir désormais avec Severus Snape. Comme le lien vers un fantasme encore neuf, encore insouillé. Loin du carrelage en feu du département des mystères. Loin de Draco et ses moqueries incessantes, loin de Ron, loin d'Hermione qui lui répétait de se défaire du livre. Le livre du prince devint sa seule zone de paix, le coupant un peu plus de tout le reste. Une nuit d'insomnie, pour la première fois depuis des mois, en parcourant les pages du journal de Snape ou ce qui y ressemblait fort, l'esprit d'Harry se mit à errer.

Il était assis à l'ombre d'un arbre dans le parc de Poudlard, en train de regarder un Severus plus jeune en train d'écrire, appuyé contre le tronc. Il avait le visage pale, lisse et si particulier. Des cheveux noir corbeaux encadraient son visage, voletant doucement sous la brise printanière qui agitait la parc. Harry regardait ses lèvres si étrangement pleines sur ce visage mince, l'élégance de son nez proéminent et si unique, ses longs cils sur ses paupières baissées qui s'agitaient en suivant les lignes. Severus levait les yeux vers lui, lui offrait un sourire goguenard.

- Qu'est-ce que tu regardes, Potter ?

Allongé dans l'herbe, Harry lui rendait son sourire.

- Toi.

Il se levait et le rejoignait à quatre pattes comme pour l'embrasser.

- C'est toi que je regarde, soufflait-il.

Leurs lèvres étaient si proches... si proches de se toucher... Et tout était si beau, si lumineux...

- On va nous voir, s'inquiétait Severus en regardant autour d'eux.

- Je m'en moque, répliquait Harry.

Il se ruait sur lui pour l'embrasser, leur bouches se chevauchaient sauvagement. Puis Severus le repoussait. La lumière avait disparu. Ils étaient dans les cachots de Poudlard, à la lumière verdâtre des fioles de potion. Severus Snape se tenait devant lui, le regard sauvage, et le pressait contre un mur. L'érection d'Harry se réveilla instantanément, violemment, comme elle ne l'avait pas fait depuis des mois. Il se mordit les lèvres et poussa le livre pour glisser une main dans son pantalon de pyjama. IL pouvait se le permettre... il pouvait se le permettre, n'est-ce pas ? Rien qu'un peu... Personne n'en saurait rien, cette fois.

Il aimait le souffle affolé de l'homme, il aimait l'amertume des rides qui se dessinaient sur son visage comme autant de noirceurs que lui seul pouvait comprendre, il aimait la férocité de ce corps qui voulait le posséder, l'impatience de l'érection qui se pressait contre son entre-jambe et qu'Harry saisissait. Il aimait l'intimité si réelle, si brutale, si pleines de nuances tellement réelles.

Quand vous avez des pensées aussi sales et aussi monstrueuses que les vôtres à l'égard d'un de vos professeurs, Potter, ayez au moins la décence de le regarder dans les yeux !

Harry rouvrit les yeux d'un seul coup en ayant l'impression de se noyer. Il retira la main de son pantalon et, nauséeux, se recroquevilla sur lui même, pressant ses mains sur son entrejambe encore gonflé. Son corps tirait, grattait de toute part, le dégoût enflait dans son ventre, menaçant de faire éclater son sexe, il se ruait sur sa colonne vertébrale comme une horde d'araignée dont on ne peut apaiser les morsures. Il laissa échapper un gémissement d'enfant. C'était sa peau, cette peau immonde...

Dites-moi, Potter, je voudrais savoir : est-ce parce que personne ne vous a jamais aimé que vous fantasmez sur la seule personne à Poudlard qui vous déteste, ou les traitements que l'on vous a fait subir ont-ils biaisés la notion même d'amour à vos yeux ?

Un second cri lui échappa, qui ressemblait à un sanglot. Il saisit sa cape d'invisibilité et sa baguette et se rua hors du lit, hors du dortoir, sans voir les deux yeux marrons dans le lit d'à côté, parfaitement éveillés et immobiles, qui le fixèrent bien après qu'il ait dépassé le seuil de la porte.


- Est-ce que tu as quelque chose à me dire avant qu'on ne se quitte ?

Assis face à Dumbledore, Harry regardait le ciel, dehors. Il pensait au Quiddich. Il pensait qu'il ne serait jamais capitaine maintenant. Le quiddich lui manquait, mais être là, en l'air, face à tous ces regards... Maintenant, il n'était plus sûr de faire confiance à qui que ce soit. Surtout pas aux gryffondors.

- Comment ça se passe, avec tes amis ?

Harry haussa les épaules. Le silence semblait le dévorer. Il planta ses ongles dans la peau de son bras.

- Je ne suis pas aveugle, Harry. Tu passes tout ton temps seul...

Harry regarda le vieil homme droit dans les yeux.

- Je n'ai pas vraiment d'amis.

- Hermione est ton ami, je crois. Mlle Lovegood également. Et il me semble que Neville est loin de te détester. Ron... laisse-lui un peu de temps.

Nouvel haussement d'épaule. Il regarda de nouveau au dehors, échappant au regard de Dumbledore qui le transperçait. Un jour, quand il n'y aurait personne, peut-être pourrait-il retourner voler un peu avec son balais...

- S'il t'arrivait... de faire certaines choses, Harry... ou de penser à des choses auxquelles tu ne devrais pas penser...

Harry se passa la langue sur les lèvres et Dumbledore soupira. Sous son pull, Harry triturait la peau de son bras.

- ... je voudrais que tu viennes m'en parler.

Harry ne savait pas vraiment de quoi il parlait. Évoquait-il les pensées qui montaient malgré lui en lui parfois le soir et dont il n'arrivait jamais à bout, où évoquait-il ce qu'il faisait, après, en quittant le dortoir ?


Les mois s'écoulèrent. Les cours, les jours s'enchaînaient dans un silence mortel duquel Harry ne sortait pas. Les cauchemars demeuraient, presque toutes les nuits. Et parfois, son esprit s'égarait de nouveau, et le dégoût revenait. Et à la voix froide et tremblante de dégoût et de mépris de Snape se mêlait celle de Ron.

T'es vraiment tordu, Harry. A partir de maintenant, reste loin de moi.

Alors il sortait du dortoir des gryffondors, il allait se réfugier dans les toilettes de Mimi Geignarde. Il ne lui parlait pas, il se contentait de rester-là, à écouter la fantôme minauder et le plaindre dans des cris de joies déments. Et alors, Harry enlevait sa chemise de pyjama et de la pointe de sa baguette, se coupait. Et sa peau semblait alors moins horrible, moins difficile à supporter alors que le sang s'écoulait comme un souffle qui vide les poumons, emportant un peu de feu, un peu de haine, un peu de nausée. Dans la glace, son reflet maigre et immonde murmurait :

" t'as vraiment un problème. "

Oui. Et le pire, c'est qu'il ne pouvait pas rester loin de lui-même.


J'ai pensée à 13 reasons why en écrivant ce chapitre...

La confrontation arrivera au prochain.

J'espère que vous n'êtes pas déçus ! Que pensez-vous de la tournure des événements ?

OH J'AVAIS OUBLIE ! S IL VOUS PLAIT, DITES MOI, A QUEL MOMENT DUMBLEDORE RÉVÈLE-T-IL A SEVERUS QUE HARRY EST CONDAMNE A MOURIR ?

Belle journée !