Chapitre 22 :

Réponse à Zaza julius :

Coucou ! Merci du fond du coeur pour ton honnête review :) Pour répondre à ta question, j'ai déjà un peu expliqué d'ailleurs à ce moment là, ma fanfiction se terminait à ce moment là, au petit déjeuner du matin, en mode " on est blessés, mais ça ira. On est bien, là. " Ca avait un goût de pluie et de devenir adulte. Mais... Mais j'aimais cette fic, un peu trop sans doute, j'aimais écrire sur eux, personne ne voulait que ça se termine non plus, et j'avais envie qu'Harry lui en veuille, car après tout quoi de plus normal ? Je ne voulais pas qu'ils deviennent "adultes" trop tôt sous un ciel gris dont la pluie fine emporterait la brûlure des marques... Et je voulais explorer bien plus. Voilà, tout simplement. Je ne sais pas encore comment cette fic se terminera, il faut savoir que je l'écris depuis des années, depuis vraiment longtemps, je ne suis pas toujours de la même humeur en l'écrivant, j'écris d'autres choses en même temps, etc. En gros tu peux prendre le retour en arrière comme une séance d'hypnose. Il " répare " les blessures en les prenant à la base. Car le cerveau ne prend pas la réalité comme la seule réalité, il prend tout ce qui lui est donné comme la réalité, en l'occurrence, une vision qui a tout de la réalité. Tu n'as jamais lu parce que je t'aime de Guillaume Musso ? Un de mes livres favoris. Je pense finir sur quelque chose d'assez "méta" et spirituel. En fait, c'est leur esprit du présent qui sont transférés dans leur corps d'avant, en gros, donc les deux parties d'eux se mélangent. C'est faire vivre à leur esprit une réalité alternative où Snape n'était pas entièrement un connard depuis le début. Et parce que je trouvais ça chouette à écrire, tout simplement, et que cette fic est un peu une détente par rapport à mes autres écrits perso ( je suis écrivaine ) que je considère plus sérieusement :) ici, le but est avant tout de s'amuser et de divertir ! Je ne pense pas qu'il y ait " un fil principal " je ne le considère pas comme ça. En tout cas, considère que la première partie de l'histoire est terminée, ça ira bien pour eux, je ne continuerais pas leur histoire, je les ai mené à un point où, si je puis dire ainsi, mon rôle n'a plus d'impact, seulement le temps pourra guérir les blessures et je n'ai plus rien à raconter d'excitant. J'ai continué dans cette direction pour qu'il y ait toujours quelque chose à écrire et des rebondissements possibles.

Pour Snape qui rajeunit dans cette scène : c'est plus que ça, plus qu'être jeune physiquement. C'est offrir à Harry toute sa fragilité et aussi parce qu'il pense vraiment qu'Harry préfère le prince à lui et de fait, dans cette version, le prince reste un grand fantasme pour Harry, pas seulement sexuel, mais le fantasme d'être moins seul, aussi. Et du coup... du coup, se transformer, c'est accepter de laisser tomber ses ombres une bonne fois pour toute, c'est une renaissance, une transformation intégrale du coeur et de l'esprit, c'est offrir à Harry ce qu'il estime être son plus grand fantasme au détriment de lui-même, après ce qu'il lui avait fait en l'appelant Lily. C'est se racheter pour tout ça. Et s'offrir lui-même une guérison car, Severus n'a pas vraiment vieilli depuis, pas pour de vrai, il est resté bloqué à cette époque. Tout comme Sirius. Voilà :) J'espère que ça répondra à tes question !

Merci beaucoup pour tes encouragements :)


Ce fut un peu avant les vacances que tout éclata. C'était vendredi, le dernier jour d'école avant noël et Drago semblait particulièrement nerveux depuis quelques temps. Ses remarques, de moqueries hilares, s'étaient transformées en une agressivité brutale qu'Harry n'était plus en mesure de supporter. A présent, il haïssait Lucius Malfoy tout autant que Voldemort. Si le monde avait assisté à son retour, Harry était inconscient depuis longtemps quand le mage noir était arrivé. Et c'est Dumbledore qu'il l'avait affronté. Harry n'avait jamais eu plus mal que de la main de Lucius et par la même occurrence, de Snape. Et à présent, contrairement à toutes ces années où Harry avait pu haïr Drago tout en le trouvant particulièrement pathétique, Malfoy junior connaissait ses failles les plus honteuses. Il pouvait le détruire, il en avait le pouvoir. Et Harry ne se sentait plus de taille. Il s'était senti de taille à affronter Voldemort, il s'était senti de taille à prononcer son nom, à clamer la vérité haut et fort, à endurer la mort de Cédric et tous ces cauchemars où il terminait la cicatrice en feu, fendu en deux par la douleur.

Mais il avait fallu qu'il tombe amoureux de Snape.

Et Snape l'avait terrassé.

Et maintenant, il ne se sentait pas même de taille à affronter Drago Malfoy dans les couloirs de Poudlard. Ils sortaient d'un cours de défense contre les forces du mal lorsque ça dérapa.

- Hey, Potter !

Harry ferma les yeux et agrippa la rampe d'escalier. Ne pas réagir, ne pas réagir...

- Qu'est-ce que t'as, Potter, tu vas chier dans ton pantalon ?

Harry s'arrêta, serra la rampe plus encore. Drago, qui descendait les escaliers, au dessus de lui, arriva à sa hauteur.

- T'as peur, hein ?

Harry ne le regardait pas. Il n'arrivait pas à le regarder. Oui, il avait peur.

- Rassure-moi, tu vas pas me gerber dessus ? Non parce que tu vois, c'est une robe toute neuve...

Les autres les regardaient en passant, certains s'était arrêtés.

- Alors pourquoi tu réponds pas, hum ?

Drago s'était appuyé contre la rampe et Harry, tête baissée, fixait son bras nonchalamment posé.

- T'as raison de baisser les yeux, Potter. C'est comme ça qu'on fait quand on est inférieur.

Sa voix était basse, sifflante et agressive. Mais Harry ne répondait pas et ça, ça l'agaçait.

- C'est comme ça que ça marche avec toi ? T'aime être puni, Potter ?

Et avant qu'Harry n'ait pu comprendre ce qui se passait, Drago posait deux points sur ses épaules pour le forcer à s'agenouiller, le maintenant en place de sa baguette. Le fait d'avoir été forcé à s'agenouiller face à Drago Malfoy et cela sans magie était, en soi, une humiliation suffisante. Mais il fallait qu'il en rajoute, bien entendu.

- Allez, laisse-moi t'accorder une faveur. T'as le droit de la sucer, aujourd'hui, clama-t-il haut et fort, brutalement. T'entend Potter ? Suce-moi !

- LAISSE-LE TRANQUILLE !

Ce n'était pas la voix d'Hermione. C'était la voix de Ron. Et à vrai dire, plusieurs voix raisonnèrent en même temps. Ron, qui écarta violemment les élèves sur son passage pour les rejoindre sans y parvenir à temps, Hermione et Neville.

- Harry ! Malfoy, laisse-le tranquille !

- FOUS-LUI LA PAIX !

- POTTER !

Les élèves se figèrent, Harry qui se débattait pour se relever, Ron qui parvenait enfin jusqu'a eux, Hermione et Neville qui allaient agripper Drago, les élèves dans les couloirs dont les éclats de voix avait augmenté. Ce fut un calme soudain, brisé seulement pas des livres qui tombèrent à terre. Severus Snape, en bas des escaliers, les regardait d'un oeil noir. C'était tellement injuste, tellement méchant, tellement trop. Et alors, il ne sut jamais d'où venait exactement cette formidable énergie, mais il n'eut besoin d'aucun sortilège. Le sort qui le maintenait dorénavant en place se fissura comme une vitre sous l'effet d'un coup trop intense.

Il faudrait que tu apprennes à faire la différence entre les rêves et la réalité...Oh, regarde, Severus ! On dirait bien qu'il veut me tuer…

Ca dépassait la rage, la douleur, ça dépassait la peur. C'était un cri bestial, de la férocité à l'état brut. Drago eut juste le temps de se retourner vers Harry, surpris, avant d'être projeté en l'air.

- POTTER ! NON !

Le corps bascula avec une étrange élégance. Une force soudaine envoya tout le monde, y comprit Snape, contre les murs. Et traversé de part en part par une rage et une puissance monstrueuse, Harry hurla :

- SECTUMSEMPRA !

Le corps de Drago, maintenu en l'air pour un instant de terreur, s'écroula enfin sur le sol en explosant de toute part en saignement soudain. Ca n'avait duré que quelques secondes et Harry chancela. Drago hurla comme Harry ne l'avait jamais entendu hurler.

- DRAGO !

Cette fois, c'était un cri inquiet et Snape, baguette en main, se rua instantanément sur le jeune homme en murmurant des incantations tout en parcourant les blessures du bout de sa baguette. Harry, fasciné, horrifié, fixait le sang qui s'écoulait et dont Snape parvenait à ralentir le cours. Harry monta quelques marches à reculons, trébuchant, et sur son passage tous les autres reculèrent aussi. Enfin, il fit volte-face, détachant son regard de Drago.

- POTTER ! VOUS RESTEZ LA !

La colère dans la voix de Snape dépassait la fureur. Une force soudaine le maintint en place, une force dont la magie avait le goût de Snape, l'essence si particulière de sa puissance. Et Harry connaissait bien sa puissance, à présent. Trop, surement. Il parvint à s'en dégager du même élan brutal avec lequel il se retourna, provoquant une vague de "huuuunnnn ! " autant terrifiés qu'impressionnés, transperçant l'homme d'un regard brûlant.

- JE N'AI AUCUN ORDRE A RECEVOIR DE VOUS !

Ce n'était pas quelque chose qu'il pensait particulièrement. C'était juste la première réplique que ses lèvres, dans son état de rage avancée, était parvenues à prononcer. Mais elle flotta dans l'air avec une double signification que seuls certains d'entre eux comprirent. Un instant, il fut persuadé de voir une lueur incertaine traverser les yeux de Snape, mais elle s'évanouit aussitôt derrière un masque de fureur alors que Drago gémissait plus fort.

C'est ça, pensa Harry avec une rage et une jalousie mêlée qui dépassait ce à quoi il s'était attendu, occupez-vous de lui, Snape.

- POTTER ! POTTER !

Mais Harry dévalait déjà les escaliers dans l'autre sens.

Harry débarqua comme une furie dans la salle commune des gryffondors, renversant le contenu de l'étagère de la cheminée, respirant comme un taureau furieux, l'énergie courant férocement le long de ses membres. Alors il regarda autour de lui et il eut une sorte de vertige mental. Il ne survivrait pas à ça. Il ne survivrait jamais à ça. Quand la rage serait passée, il faudrait tout affronter de nouveau, affronter Snape, et les regards, les murmures, les insultes... La pensée le traversa comme une décharge électrique. Il voulait retourner dans son placard pour ne plus jamais en sortir. Autour de lui, rien que le silence complet, un silence plus profond et plus dense et que le silence relatif de sa chambre-prison où il entendait continuellement la grosse voix de Mr Dursley, les pas d'éléphants de Dudley lorsque celui-ci rentrait à la maison pour une raison quelconque et les jacassements aigus de Mrs Dursley. Ici, un silence infini et terrifiant, pas même troublé par le chant d'un oiseau ou la berceuse d'un pas. La lumière en ce début d'après midi baignait encore chaque recoin de la pièce bien trop grande, l'agrandissant encore plus comme la gueule d'un immense crocodile dont on perçoit chaque dent. La bouche d'Harry s'entrouvrit sur un souffle plus chaud et plus rapide et alors, il eut envie de pleurer. Pleurer de panique, sans raison précise et pour tout à la fois, Snape, Drago, non, c'était à cause de ça, cette pièce bien trop grande, bien trop lumineuse, ce silence de mort à l'infini... Et juste lui, Harry, trop petit pour combler cet espace, ce monstrueux espace... Il chancela et se laissa tomber sur le sol.

- Harry.

Harry tourna la tête vers la voix, le sang battant à ses oreilles. Ron se tenait sur le pas de la porte et lorsqu'il rentra, Harry respira de nouveau, appuyé sur les bras, prêt à sombrer à tout instant. Il savait qu'il avait l'air stupide, comme ça, et il savait que la situation était terriblement grave et qu'il serait sans doute renvoyé, à présent. Et que de toutes les personnes qui auraient pu franchir cette porte, Ron était le dernier qu'il souhaitait voir. Mais quelqu'un était dans cette pièce, quelqu'un qui respirait le même air que lui, quelqu'un qui amenuisait le même air immense qu'il respirait et dont le corps, matière palpable, diminuait un peu la taille monstrueuse de la pièce. Et ce n'était pas assez, mais suffisant pour l'aider à contenir son propre corps à l'intérieur de lui-même.

Ron fit quelques pas et les mains d'Harry se crispèrent sur le sol.

- Qu'est-ce que tu veux ?!

Lentement, Ron s'agenouilla à côté de lui.

- Drago est à l'infirmerie, l'informa-t-d'une voix incertaine, Snape a tout arrangé, il va aller mieux.

Un petit rire mauvais s'échappa des lèvres d'Harry qui frissonna nerveusement. Tout son corps frissonnait comme s'il avait froid. Ron fit un geste comme pour l'entourer, mais Harry se dégagea avant qu'il ne l'ait touché.

- Dégage, Ron !

Ron avala sa salive. Harry le connaissait bien et il savait à quel point il se sentait mal et dépassé en cet instant. Mais il n'en avait cure. Pour être honnête, ça faisait du bien de ne plus être le seul à en baver.

- Harry... je dois t'emmener au bureau de Dumbledore.

Les bras d'Harry tremblaient sur le sol. Un claquement de dent lui échappa. Ses yeux, révulsés, fixés droit devant lui dans un calme factice.

- Je vais être renvoyé.

Ce n'était si vraiment une question, ni vraiment une affirmation. Ron se crispa, se relevant en saisissant son poignet comme pour l'obliger à se relever également.

- Je vais t'aider, viens, Dumbledore t'attend.

Harry se figea, durcissant ses muscles. Ron soupira et se rassit légèrement.

- Harry, je suis certain que ça va bien se passer. C'est Dumbledore. Tu es l'élu. Il ne va pas t'abandonner.

Harry passa une langue nerveuse sur ses lèvres.

- Tu m'as bien abandonné, toi.

Il y eut un lourd silence qu'aucun deux ne brisa. Harry, silencieux, écoutait Ron chercher des mots qui ne venaient pas. Il lui épargna enfin cette peine et se leva de lui-même.

- C'est bon, j'y vais. Merci d'être venu me prévenir. Je connais le chemin.


Le ciel semblait s'être assombrit d'un seul coup quand il rentra dans le bureau de Dumbledore, nuage interne qui le paralysait. Il n'y eut pas d'instant de répit. L'homme, installé à son bureau, le dévisageait d'une intensité parfaitement stoïque derrière ses lunettes en demi-lune. Harry avala sa salive et s'avançant dans la pièce, prit place de lui-même en face de lui comme c'était devenu habituel, maintenant. Il soutint pourtant son regard pendant de trop longs instants d'un silence sombre et pesant.

- Harry, je voudrais que tu me dises ce que tu fais quand tu te rends la nuit dans la salle de bain du...

- Monsieur, il n'avait aucun droit de me dire ce qu'il m'a...

Ils avaient parlé en même temps et s'arrêtèrent, en même temps. Dumbledore le considéra d'un air grave.

- Ah, tu parles du jeune Drago.

Harry haussa un sourcil.

- Bien sûr que je parle de Drago. Je parle de ce qui vient juste de se passer ! Arrêtez de tourner autour du pot, dites-le moi. Je suis renvoyé.

Dumbledore l'observait attentivement, sans sourire.

- Non, mon garçon, tu n'es pas renvoyé. Sauf si tu souhaites nous quitter, bien sûr.

Harry ne répondit rien, attendant la sentence. Ce ne fut pas celle à laquelle il s'attendait.

- C'était fort imprudent de ta part et je comprends ta colère, Harry, mais tu n'as, sous aucun prétexte, le droit d'attaquer de la sorte un autre étudiant. Sans l'intervention du professeur Snape, le jeune Malfoy serait mort, à l'heure qu'il est.

- Parce qu'il avait le droit le faire ce qu'il a fait ?! S'emporta Harry en se levant d'un seul coup. Vous êtes aveugle, ou quoi ?! Il passe son temps à me harceler depuis le début de l'année ! Comme si ce n'était pas suffisamment assez difficile comme...

Il s'arrêta d'un seul coup, avalant le reste de sa phrase.

- Oui ?

Harry avala sa salive, fixant les objets étrange sur les étagères qui les entouraient.

- Harry, je sais où tu as trouvé ce sortilège. Il y a un autre jeune homme, avant toi, qui aurait pu l'utiliser... il ne l'a pas fait.

Dumbledore se leva à son tour, contournant lentement le bureau pour se rapprocher.

- As-tu parlé à Severus, récemment ?

Le fait qu'il l'appelle Severus et non pas professeur Snape fit courir un frisson de frayeur et de rage dans le dos d'Harry. Ca rendait les choses si réelles, si terrifiantes. Il serra les points, les mâchoires crispées.

- Vous savez bien que non.

Dumbledore soupira.

- J'aimerais que tu ailles lui parler.

- Ce n'est pas à moi de lui parler !

La colère fit éclater sa retenu et il fusilla Dumbledore des yeux.

- Il est là, à s'inquiéter pour Malfoy, à le complimenter cours après cours, et Drago, là, à minauder, à se pavaner, tellement fier de l'effet que ça me fait ! Snape aurait pu me tuer sur place tout à l'heure ! Parce que j'ai osé lancer un sortilège à son petit protégé, est-ce qu'il est venu au moins s'excuser pour ce qu'il m'a fait, lui ?! C'est Malfoy qui a commencé ! C'est lui qui m'insulte à longueur de temps, lui qui... m'a...

Il expira nerveusement. Dumbledore, immobile, le fixait.

- Devant tout le monde, dans le couloir, devant... tout le monde. J'en peux plus. J'en peux plus de minauder pour vous face à Slughorn, j'en peux plus des regards dans les couloirs et partout, j'en peux plus. J'en peux plus.

Il se laissa retomber sur la chaise, son visage immobile et blême. Et enfin, ça sortit.

- Je sais plus si j'ai envie de me battre pour vous ou pour qui que ce soit. Je crois... je crois que je voudrais qu'il m'achève une bonne fois pour toute.

Il parlait de Voldemort et Dumbledore ne lui demanda aucune précision. Un tabouret apparut aux côtés de sa chaise sur lequel le vieil homme s'assit, et alors, il lui prit la main.

- Vous m'en voulez, n'est-ce pas ?

Harry soutint son regard. Il n'y avait aucune colère, pourtant. Seulement de la compassion.

- Je crois que tu as suffisamment à porter pour que j'en rajoute en aucune manière, Harry. Je ne peux que te partager mon savoir et mon expérience, et espérer qu'en toi, tu fasses le bon choix. Fait-moi plaisir, tu vas rentrer à ton dortoir, je te dispense du reste des cours de l'après-midi, et tu vas dormir. Nous parlerons du reste une fois que tu seras reposé.

Harry déglutit, à la fois soulagé et mal à l'aise.

- Mais... pour Drago...

- Je laisse au professeur Snape le choix de décider de la punition qu'il conviendra d'appliquer.

Harry grimaça.

- Je vais certainement passer le reste de l'année en détention, alors.

- Parfait, ça te changera de ces longues journées sans cours que tu passes seul derrière les rideaux de ton dortoir.

Dumbledore lui sourit pour la première fois depuis le début de leur conversation. Harry hocha la tête, remercia l'homme et sortit du bureau. Dumbledore, alors, poussa un profond soupir. Soudain, il parut extrêmement vieux.


Il était tard, très tard. La soirée de Slughorn battait son plein, quelque part dans le château. Ou peut-être était-t-elle déjà terminée. Harry soupira et détourna son regard de la silhouette noire des ombres de la forêt interdite. Le ciel sombre et sans nuage le surplombait et des centaine de millier d'étoiles le fixaient sans rien dire. Il ferma les yeux et aspira la fraîcheur nocturne. Il n'avait pas écouté Dumbledore. Il n'avait pas dormi comme le vieil homme le lui avait demandé, pas plus qu'il n'avait parlé à qui que ce soit depuis les derniers événements. L'angoisse était là, au fond des tripes. Alors, il était venu se réfugier ici. Il aimait le paysage sans fin qui s'étendait devant lui, toutes ces étoiles, tout ce ciel, tout ce bleu profond qui l'englobait et en fermant les yeux il avait presque l'impression de s'y fondre pour y disparaître...

- Potter.

Harry sursauta violemment et se tourna d'un trait, baguette brandie vers l'homme qui se tenait à l'entrée des escaliers de la tour. Son souffle devenant instantanément hachuré et plus fort, il ferma les yeux, inspira, regarda ailleurs.

- Dégagez.

Les mains de Snape disparaissaient dans les pans de sa robe et Harry les observait frénétiquement.

- Vous n'êtes même pas capable de me regarder dans les yeux ? Si vous voulez me faire mal, Potter, il va falloir que vous me regardiez...

La baguette dans la main d'Harry se mit à trembler.

- Dégagez !

Snape dégagea ses manches, se frottant légèrement les poignets comme pour lui démontrer discrètement qu'il ne tenait pas de baguette. Cependant, Harry savait qu'il n'en avait pas besoin. Le vent qui agitait dans le silence les pans souples de la longue robe noire du maître des potions avait comme une saveur amère.

- Potter, je n'ai pas l'intention de vous attaquer et vous le savez très bien.

Harry se passa nerveusement la langue sur les lèvres, gardant son regard fixé sur le bas du corps de Snape comme il l'aurait fait face au monstre mythique Medusa. Il ne voulait pas l'affronter. Pas maintenant, pas après ce qui s'était passé aujourd'hui.

- Qu'est-ce que vous faites-là ? Demanda-t-il, acerbe. Vous n'avez pas votre précieux patient à vous occuper ?!

Les mots étaient vifs, virulents, mordants. Le vent claqua avec une ardeur renouvelée dans le tissu d'asphalte.

- Ce que vous avez fait aujourd'hui était extrêmement stupide.

Harry tremblait et on entendait son souffle comme on pouvait deviner la crispation de sa mâchoire. Il se retourna vers les remparts, tournant le dos à Snape

- Oui, ce crétin de Potter ne sait pas faire autre chose qu'être stupide.

L'amertume lui dévorait les tripes. Il y eut un silence, puis Severus s'avança et s'appuya à son tour au muret de pierre. Harry se crispa.

- Vous savez très bien qui est derrière Drago. La dernière chose à faire est de lancer à son fils un sortilège de magie noire d'un niveau très avancé, Potter. Je vous aurais cru un peu plus prudent que ça après...

- Oui, c'est bon, j'ai compris !

Il y eut un silence. Harry pouvait le sentir se tendre sous l'effet de son insolence mais, la complexité de la situation devait le retenir de le reprendre et Harry ne le supportait pas. Il s'en alla brusquement pour aller s'appuyer ailleurs, s'éloignant de Snape. Il y eut un bruit, comme un poing qui s'abat sur la pierre. Harry laissa échapper un rire acerbe.

- Ne vous en faites pas, Snape, je vous emmerderais plus, ni vous ni votre petit protégé, lâcha-t-il d'un ton bas, mordant et fatigué en se retournant d'un seul coup pour s'en aller, incapable de rester une seconde de plus en sa compagnie, retournez auprès de lui lui dire à quel point je suis stupide et dégoûtant et foutez-moi la paix. Ca devrait lui plaire.

- Potter.

Rapide comme un serpent qui se rue sur sa proie, sa main saisit son poignet alors qu'il allait s'engager dans les escaliers. Harry sursauta violemment et se dégagea d'un seul élan.

- NE ME TOUCHEZ PAS !

Leurs regards se heurtèrent involontairement. Harry se gratta le poignet pour en retirer l'empreinte de Snape, l'affrontant d'un regard intense où la haine flamboyait.

- Vous vous souvenez de ce que vous m'avez dit un jour dans la bibliothèque ? Vous m'avez parlé de faire confiance à la mauvaise personne. Vous m'aviez dit... que vous m'aviez aidé quand j'en avais besoin. Que vous avez gagné ma confiance. Et je vous ai fait confiance, Snape. Je vous ai fait confiance jusque... jusqu'en enfer.

Il se mangea les lèvres. L'homme ne bougeait pas d'un pouce, immobile, blême, privé de langage.

- Je le sais.

Sa voix était si basse qu'elle aurait pu se confondre au vent nocturne qui agitait les feuillages. Alors, il fit quelque chose auquel Harry ne s'attendait absolument pas. Sans le lâcher du regard, il tomba à genoux sur la pierre. Presque à demi enfui, dos à la sortie, Harry ne put faire autre chose que de le regarder, saisi. Le regard de Snape n'avait jamais été plus sérieux, plus grave qu'à cet instant-là.

- Potter, si vous estimez que je dois mourir pour ce que je vous ai fait, tuez-moi. Si vous voulez me torturer, allez-y. La guerre continuera sans moi. Quoi que vous vouliez me faire, faites-le maintenant. Je ne vivrais pas une seconde de plus en vous voyant vous détruire un peu plus chaque jour, supporter votre regard vide... et savoir que c'est de ma faute.

Il expira lentement. Ses yeux, plantés dans ceux d'Harry.

- Je ne vous laisserais pas mourir. Si prendre ma vie est la seule chose qui peut vous soulager, faites-le. Je ne m'y opposerais pas. Il y a un sort de silence autour de cette tour que j'ai installé en arrivant. Si vous voulez me torturer, allez-y. Personne ne nous dérangera, personne ne m'entendra crier.

Harry voulut rire, mais il avait envie de pleurer. Il n'était même pas capable de lui faire face totalement, il était là, à demi tourné, presque plus prêt à se jeter dans le vide plutôt qu'à lui faire face entièrement.

- Vous l'avez défendu, l'accusa-t-il à voix basse. Vous l'avez défendu, lui, alors qu'il venait de... de...

Est-ce qu'il riait, est-ce qu'il pleurait ? Non, ce n'était qu'intérieur.

- "C'est comme ça que ça marche avec toi ? T'aime être puni, Potter ?", répéta-t-il d'une voix sans timbre, tremblante. "Allez, laisse-moi t'accorder une faveur. T'as le droit de la sucer, aujourd'hui. T'entend Potter ? Suce-moi !"

Snape déglutit. Il n'avait pas baissé la tête, pas une seule fois. Harry renifla nerveusement, aucune larme pourtant ne coulaient.

- Vous l'avez entendu, ça, non ?! Tout le monde l'a entendu !

L'homme à genoux, étrangement figé, semblait presque vouloir pleurer. Son regard était plus vulnérable qu'Harry ne l'avait jamais vu.

- Vous savez très bien que je ne peux pas me permettre...

Harry éclata de rire.

- Quoi, Snape ?! De me défendre, pour une fois dans votre vie ?! Vous le préférez, vous l'avez toujours préféré, lui... Lucius !

Harry se prit le visage entre les mains. Snape ne savait pas répondre à sa jalousie, car le fait même que quelqu'un soit jaloux pour l'avoir lui semblait irréel. Harry le comprenait. Une partie de lui, enfouie sous sa haine, le comprenait.

- Dumbledore m'a tout dit. C'est vous qui avez vendu mes parents. C'est à cause de vous qu'ils sont morts. Je vous l'accorde, mon père n'était pas l'homme que je croyais mais... mais s'il est mort c'est de votre faute. Vous m'avez privé d'enfance, vous m'avez privé d'amour, vous m'avez...

Le regard de Snape se troubla mais il resta aussi droit et aussi signe qu'il le pouvait, ses yeux ancrés dans les siens.

- Harry, ce n'était pas ce que je voulais, dit-il très doucement.

Le visage d'Harry se contracta dans la rage, regardant ailleurs. Il ne l'aurait pas, pas même en l'appelant « Harry ».

- Je n'avais aucune idée... cette nuit-là, je me suis détourné à jamais du seigneur des ténèbres. J'ignorais totalement qu'il prendrait cette prophétie au sérieux, et plus encore que ça toucherait votre famille. Ca pouvait être... n'importe qui !

Harry sentait monter en lui une horreur grandissante.

- Vous l'avez traité de sang-de-bourbe. C'est vraiment ce que vous pensez ? Que ma mère n'était qu'une abomination de la nature ?!

Snape semblait incapable de prononcer un mot. Blême, il ouvrait la bouche pour prononcer des mots qui ne faisaient aucun bruit et qu'il ravalait aussitôt.

- Alors, poursuivit Harry, vous détestiez mon père et pour ça je ne peux pas vraiment vous en vouloir, mais vous détestiez aussi ma mère parce qu'elle était née de parents moldus ? Mais quel genre de… monstre vous êtes ?! Elle vous a défendu !

Snape ferma les yeux.

- Je n'aurais jamais dû...

- Arrêtez de mentir, Snape ! Qu'est-ce que vous pouvez bien appréciez en moi, puisque je leur ressemble tellement ?! Vous m'avez condamné ! Par vengeance sur mes parents, vous m'avez condamné !

Snape leva la tête vers Harry et ils se dévisagèrent. Quelque chose d'extrêmement fragile dansait dans les yeux du jeune homme comme la flamme faible d'une bougie.

- Je peux encore sentir vos mains sur moi, ce soir-là. Sur mon dos... C'était tellement chaud, tellement bon.

Il rit nerveusement, amèrement. Détourna les yeux.

- J'ai cru…que vous m'appréciez un peu. Mais en fait, c'était uniquement parce que vous vous sentiez coupable. Depuis le tout début… Ce n'était pas à cause de moi, ça ne l'a jamais été. Vous me détestez, vous m'avez toujours détesté et me toucher... ça vous a dégoûté, ce soir-là, je croyais que je vous m'aimiez un peu mais en fait... vous me trouviez monstrueux.

- Har-Potter- Non, écout...

Snape n'avait jamais perdu ses mots devant lui de la sorte et Harry n'attendit pas qu'il les trouve.

- Si mon père vous insupportait à ce point et que ma mère vous dégoûtait, comment vous pouvez me supporter ?! Ne suis-je... qu'une œuvre caritative, pour vous ?!

Harry semblait sur le point de craquer de nouveau et l'homme, tendu et hésitant, le fixa pendant plusieurs longues secondes sans rien pouvoir dire, bouche ouverte. C'était ce jeune homme, ce jeune homme tout juste sorti de l'enfance dont la silhouette si frêle se détachait de la nuit, si mal fagoté, les vêtements trop larges, les clavicules saillantes et les cheveux en désordre. C'était ce jeune homme qui avait débarqué dans sa vie comme un boulet de canon pour tout exploser et il se trouvait là, en miette, à genoux à ses pieds, prêt à lui donner sa vie. Où s'était enfuie la logique ? Ou était passé la haine ?

- Votre mère ne me dégoûtait pas, finit-il par dire d'un ton très bas et prudent. Au risque de vous surprendre, je ne suis pas un sang-pur et je n'ai jamais adhéré à ce racisme stupide. Je me moque complètement des origines des sorciers et d'ailleurs, pour éclairer votre lanterne, moldus et sorciers ont le même cerveau - ils n'utilisent juste pas les mêmes zones. J'ai juste dit... j'ai juste dit la première chose qui me venait à l'esprit dans cette situation pénible. C'était idiot et méchant, j'étais en colère contre le monde entier et c'est tombé... sur elle... infortunément.

Il regarda Harry, tremblant dans le vent nocturne, fragile comme un fantôme qu'un seul souffle peut emporter. Les vêtements claquant sur son corps amaigri, les points et la mâchoire serrée, Harry tourna la tête pour regarder Snape dont le regard à l'instant si fragile s'insinuait de nouveau en lui.

- Je vous hait.

Snape eut un triste sourire.

- Vous ressemblez à votre père et à votre mère mais vous n'êtes ni l'un ni l'autre. Vous êtes vous, avec vos nuances et votre sale caractère et si ce soir-là j'ai pris soin de vous c'est parce que vous étiez seul et que vous aviez mal et pour aucune autre raison. Vous n'êtes pas une œuvre de charité. Si je suis resté auprès de vous, c'est parce que vous en aviez besoin. Et je serais venu de toute façon parce que votre sort m'importe au-delà de vos parents. Ca n'a peut-être pas toujours été le cas, ce n'était pas le cas à l'époque, je vous l'accorde, mais maintenant... maintenant, c'est le cas.

Harry regardait ailleurs, inaccessible. Snape pouvait sentir la mort s'insinuer dans ce corps déjà si fragile pour le détruire lentement... et c'était de sa faute. Le destin était pervers, pour sur.

- Harry... regardez-moi.

Harry tourna la tête et le dévisagea, comme un espoir fragile que ça s'arrange qui dansait derrière toute cette montagne de rage, prêt à s'éteindre à tous instants.

- Comment est-ce que je peux vous croire ?

Il y eut un silence, troublé seulement par le vent qui se levait de plus en plus. Et comme Snape ne répondait pas, Harry poursuivit :

- Et les mangemorts ? Pourquoi vous les avez rejoint, de toute façon ? Si vous étiez un sang-mêlé... pourquoi avoir adhéré à cette... cette ignoble...

- La seule raison pour laquelle j'ai rejoint les mangemorts, c'est pour devenir plus fort. A l'époque, vous savez, Voldemort... il n'était pas le monstre qu'il est devenu. Beaucoup de sorciers croyaient en lui. N'avez-vous jamais entendu parler d'Hitler, dans vos écoles moldus ?! Il n'y a guère, hélas, tellement de différence... Je voulais devenir comme votre père, si doué en tout, avec une famille aimante et tout le reste et tout ce que je savais faire, moi, c'était faire des potions. Je n'avais pas d'amis, pas comme lui. Les mangemorts... les futurs mangemorts représentaient tout ça pour moi. Ils pouvaient me protéger, me donner l'impression, même illusoire, que quelqu'un se souciait réellement de mon sort. Votre père faisait tourner la tête de- de toutes les filles et faisait de ma vie un enfer. Personne ne m'aurait préféré à James Potter, personne.

Il avait soufflé ces derniers mots avec une évidence sarcastique et le visage d'Harry se durci.

- Si, dit-il avec froideur. Si j'avais connu James à la même époque, si la situation était tombée comme ça...

Snape leva les yeux vers lui et quelque chose de douloureux traversa son regard.

- ... Moi, je vous aurais préféré. Et je vous ai préféré. Jusqu'à ce que votre charmant ami ne montre à tout le monde, vous y compris, mes pensées les plus intimes, jusqu'à ce que vous me disséquiez sur place devant tous les mangemorts et le peu d'amis que j'avais encore.

Les yeux grands ouverts d'Harry semblaient le transpercer.

- Je vous ai préféré, défendu, j'ai mis ma vie et ma famille en jeu pour vous. Vous m'avez anéanti. Et vous avez fait de cela un specta...

- Combien de fois, Potter, s'emporta Snape en fermant les yeux de colère, combien de fois vous ai-je dit de ne pas essayer de me sauver ?! Ne vous ai-je pas prévenu, ne vous ai-je pas dit exactement ce qui arriverait si vous vous refusiez à me dire ce qu'il y avait ?

- Comment j'aurais pu vous dire ça ?!

- Tout aurait été préférable, Potter, tout !

- Ah, oui ?! "Pardon, professeur, c'est vrai, j'ai oublié de vous dire, je me masturbe en pensant à vous ?!"

- Parce que vous pensez que l'apprendre comme je l'ai appris était mieux, peut-être ?!

- Vous m'avez chassé de votre bureau en me jetant vos bocals à la gueule !

- VOUS N'AVIEZ AUCUN DROIT DE FOUILLER DANS MA PENSINE !

Harry recula et Snape détourna la tête dans un soupir agacé en se relevant pour aller se poster près de la tour. Même pas 10 minutes qu'ils se parlaient, et ils se déchiraient déjà. Ce n'était pas la bonne méthode, assurément.

- Ce que j'essaie de vous dire, c'est que j'aurais préféré apprendre la vérité autrement que de force entouré d'une bande de mangemorts avec vous ligoté aux pieds de Lucius Malfoy qui n'attendait qu'une chose pour satisfaire son bon plaisir, c'est de vous voir vous tortiller de douleur à mes pieds ! Pouvez-vous seulement imaginer la panique que j'ai pu ressentir en vous découvrant ainsi ?! Je ne pouvais rien faire pour vous, rien ! Seulement prier pour que, par miracle, l'Ordre arrive avant que je ne sois obligé de vous arracher les tripes !

Il frappa la pierre de son poing. C'était dur, il le savait, et il savait qu'Harry tressaillait à chacun de ses mots comme il savait qu'ils évoquaient en lui la douleur inscrite dans son corps et dans son coeur. Mais il fallait qu'il le dise. Appuyé contre le bord, il lui jeta un regard. Harry était planté là et fixait sa baguette. Severus laissa sa nuque ployer et regarda ses mains. Ses mains de bourreau.

- Potter... Comment pouvez-vous penser que j'ai pu prendre le moindre plaisir à ce que je vous ai fait ?

Les lèvres d'Harry étaient si étroitement closes qu'elle disparaissaient. Il secoua la tête comme pour chasser les images, les mots, les sons, la douleur... et Snape se haït pour cela. Sa main tressauta avant de disparaître sous sa manche.

- Non, je ne vous crois pas, avec dit que j'étais un monstre, vous m'avez dit des choses...

Harry durci sa langue contre sa joue pour maintenir le flot en regardant droit devant lui. Ses yeux rougirent seulement mais les tremblements de sa voix étaient bien trop présents.

- Votre ton, Snape. Votre regard. Ce n'est pas quelque chose-que je peux... votre expression quand vous avez dit... Vos lèvres-tout- jamais vous... m'aviez... vous m'avez souvent- jamais-jamais comme ça. J'ai eu-tellement-peur... De vous. J'en fais des cauchemars. Toutes les nuits.

D'une main, il se cacha les yeux. Snape l'observait intensément, douloureusement.

- Et cette théorie ! Cette putain de théorie, ce que j'avais subi et... prendre la haine pour... de l'amour ?! Mais MERDE ! ALLEZ VOUS FAIRE FOUTRE, SNAPE !

D'un mouvement rageur incontrôlable, il jeta sa baguette au sol.

- J'aurais préféré mourir, souffla-t-il.

Snape se retourna pour s'adosser à la tour et ils restèrent silencieux un moment.

- Vous avez vu ce que je voulais que vous voyez, Potter. Comme dans les couloirs tout à l'heure. La seule chose qui pouvait convaincre Lucius et par conséquent le Seigneur des ténèbres de mon implication réelle était votre souffrance, causée par ma main. Ne comprenez-vous pas ? Le but n'était plus la prophétie, c'était un test. Un test qui m'était destiné, vous n'étiez que l'instrument. Et je ne pourrais être plus désolé que je ne le suis que ce soit tombé sur vous, mais je devais le faire. Et si c'était à refaire...

Il soupira.

- Si c'était à refaire, j'agirais de la même façon, mais je préférerais vraiment que vous m'en parliez avant d'y être confronté de la… écoutez, vous avez vécu une expérience atroce que je ne souhaite à personne et pour laquelle je m'en voudrais toujours, mais essayez d'imaginer une seule seconde comment j'ai pu vivre cette situation. Je l'ai appris de la pire façon, dans la pire situation possible.

Comme Harry demeurait silencieux, il poursuivit :

- Me pensez-vous vraiment si monstrueux pour réellement vouloir faire ça à quelqu'un qui a tout risqué pour vouloir me sauver ?! Quelqu'un qui a...

Il se passa les mains sur le visage.

- Par Merlin, Potter... soupira-il, j'ai dû assimiler d'un seul coup que vous vous identifiez à moi dans la pire humiliation que votre père m'ait fait subir, que loin d'être fier d'être son fils, cette vision vous a terrifié et que vous n'aviez, comme d'habitude, rien osé me dit ! Sans compter le fait que quelque part dans votre esprit vous assimiliez votre père au nom duquel je vous ai si souvent insulté à ce monstrueux cousin qui est le votre ! J'ai dû assimiler tout ça en sachant la façon grossière dont j'avais agi avec vous. Et dois-je vous rappeler que j'ai dû assister à une vision de vous et moi pour le moins... intime devant absolument toutes les personnes avec lesquelles je dois plus que jamais me contrôler ? Bon sang... vous n'êtes plus un gamin ! Visiblement vous n'êtes plus un gamin du tout alors essayez de comprendre !

Harry s'était tourné vers lui, les mains le long du corps, inerte et statufié et ça ne semblait pas vraiment faire sens pour lui. Snape se passa nerveusement la langue sur les lèvres, agacé et nerveux, une main sur le rebord de pierre, et il jeta un regard au ciel étoilé.

- Potter, d'après le souvenir que vous avez, hé bien, volé dans ma pensine et ce que je viens de vous révéler, combien d'expérience sexuelle pensez-vous que j'ai connu ?

Harry battit des paupières. L'incongruité de la question avait au moins l'avantage de lui changer les idées.

- Euh... je... je ne sais pas.

Snape éclata d'un rire sarcastique.

- Hé bien, pas beaucoup ! Et aucune que j'ai pu apprécier. Puisque vous avez subi la plus grande humiliation qui soit et que visiblement ma mort ne serait pas suffisante à vos yeux pour vous satisfaire...

Harry leva les yeux, curieux malgré lui. C'était la première fois, depuis, où il ressentait vraiment quelque chose, de l'intérêt. Snape le dévisagea en retour, sans expression.

- Potter, me pensez-vous si inhumain que je n'ai aucun désir ? J'ai 35 ans, bon sang ! 35 ans ! Je ne suis pas eunuque et encore moins moine ! Combien de fois pensez-vous que j'ai voulu que quelqu'un s'agenouille devant moi comme vous l'avez fait dans ce rêve ou peu importe ce que c'était ?! Hé bien je vais vous le dire : j'ai chialé des nuits entières en me touchant comme un dingue pour assouvir l'envie irrépressible que d'autres mains que les miennes me branlent comme j'en avais besoin ! Et merde !

Il desserra sa robe et sa chemise, retirant l'espèce de cravate noire qui la maintenait pour la jeter à terre en faisait les cent pas devant Harry pétrifié. Jamais, au grand jamais, il n'avait imaginé entendre des mots si vulgaires dans la bouche de Snape.

- Payer des gens pour ça était contre mes principes et pourtant j'ai dû le faire, j'ai dû payer, Potter ! Payer des prostituées moldues pour que quelqu'un accepte de me donner ce que personne n'a jamais voulu me donner sans attendre quelque chose en retour ! Pensez-vous que je n'en ai pas eu, moi aussi, des rêves ?! Des tonnes de rêves où des illusions me procuraient un peu de plaisir avant de me laisser seul et tremblant comme un porc avec ce désir insoutenable partout dans le corps ! Vous voulez parler de sexe, Potter ?! De désir ?! Et vous pensez que je ne peux pas comprendre ?!

Il se braqua vers lui d'un seul coup, avant qu'Harry n'ai pu faire autre chose que de sursauter.

- QUE CROYEZ VOUS QUE J'AI RESSENTI EN VOYANT CA ?! NE CROYEZ-VOUS PAS QUE J'AURAIS DONNE N'IMPORTE QUOI POUR QUE CE SOIT VRAI ?!

Harry avala sa salive, fixant le regard fou de Snape posé sur lui, si vulnérable et à fleur de peau qu'il sentit une partie de lui flancher.

- J'étais déchiré à l'idée de vous faire du mal après ça, horrifié de ce que j'allais devoir devenir face à vous pour, croyez-le ou non, nous sauver la peau ! Et en même temps… en même temps, ces images, Potter ! Vos images... Bon sang, j'ai dû contenir mes émotions, mes envies, mes peurs, mes désirs, pour être le monstre que tout le monde attendait que je sois, un monstre qui ne ressent pas, qui n'éprouve de la satisfaction qu'à la souffrance d'autrui ! Mais je ne suis pas un monstre, Potter. Je suis un être humain ! Un être humain comme tout le monde qui a envie qu'on lui fasse du bien comme tout le monde ! Un être humain que personne n'a jamais touché que pour de mauvaises raisons et si je sais pratiquer le sortilège doloris avec tant de dextérité, c'est parce que ma pourriture de père me frappait avec un tisonnier chauffé à blanc chaque fois que j'utilisais la magie !

Il parlait si vite, et de tellement de choses à la fois, qu'Harry fut incapable de réagir. Snape ferma les yeux, échappant au regard horrifié du jeune homme.

- Ne vous imaginez pas des choses, je n'en porte plus aucune marque visible. La magie guérit à peu près toutes les blessures...

Il n'osa pas regarder Harry, pas tout de suite.

- Ce que j'essaie de vous dire... pensez-vous vraiment pouvoir me dégoûter ? Avec vos désirs à fleurs de peau, votre sensibilité et votre obstination à gagner mon estime que vous avez déjà et ayant des envies si tentatrices à mon égard ! Mais je vous aurais payé ! Je vous aurais payé pour que vous me donniez ça ! Mais je ne le ferai pas et vous savez pourquoi ? Parce que vous, je vous respecte, sombre crétin ! Parce que vous faire du mal et vous humilier n'est plus ce que j'ai envie de faire depuis bien longtemps, aussi irritant que ça puisse me sembler ! Je n'ai plus aucune envie de vous blesser. Et c'est ce que je fais, continuellement, c'est ce que je dois faire, parce que nos chemins n'étaient pas sensés se croiser ! Mais puisque vous semblez attendre autre chose de notre relation, alors... apprenez que malgré tout ce que je viens de vous dire, si vous m'aviez supplié comme vous l'avez fait dans ce rêve ou peu importe ce que c'était de continuer à vous faire du bien, alors...

Ses mots moururent, comme un coureur qui s'arrête, soudain essoufflé, et il se tourna vers Harry, qui cherchait quelque chose à dire. Snape fit quelques pas, se rapprochant de lui. La compassion dans ses yeux faisait du bien, et du mal en même temps.

- Si vous m'aviez demandé de continuez à vous faire du bien, c'est exactement ce que j'aurais fait, dit-il d'une voix très lente et très basse. Je ne vous aurais certainement pas laissé dans cet état et encore moins ordonné de vous agenouiller pour mon unique bon plaisir parce que je sais très bien que, comme moi, vous avez une vie entière d'amour et de caresses à rattraper. Voilà, si vous voulez savoir, ce qui m'a vraiment dégoûté là-dedans. Est-ce vraiment l'image que vous avez de moi ?! Un bourreau sans cœur qui ne pense qu'à lui... ? Parce que si tel est le cas, Potter, je vous conseille d'aller assouvir vos fantasmes ailleurs avec ce cher Lucius Malfoy !

Harry ouvrit la bouche, la referma. Son esprit tournait à cent à l'heure pour essayer d'assimiler tout ce qu'il venait d'entendre et son corps, réagissant à sa présence, ses mots, son regard, à son odeur ou peut-être à tout ça à la fois, s'animait de nouveau.

- Je... je pensais... ce n'est pas ce...

Quelque chose à l'intérieur de sa tête vrillait à toute allure, ses tempes bourdonnaient, son entrejambe enflait de nouveau comme lors de ces instants qu'il passait certains soirs et qui finissaient immanquablement dans les toilettes du deuxième étage, face à un lavabo, à se confronter à son reflet meurtri.

Quand vous avez des pensées aussi sales et aussi monstrueuses que les vôtres à l'égard d'un de vos professeurs, Potter, ayez au moins la décence de le regarder dans les yeux !

Il détourna la tête, rompant leur contact visuel. Sa bouche était terriblement sèche.

- Vous vouliez mon âme sur un plateau, Potter, acheva Snape d'un ton froid. Et c'est ce que je viens de vous donner.

Il se détourna et s'arrêta juste avant de franchir le palier de la porte.

- Je veux votre manuel de préparation des potions dans mon bureau demain à la première heure. Ne vous avisez pas d'échanger le votre avec celui d'un de vos camarades. Je vous colle pendant un mois pour ce que vous avez fait aujourd'hui. Rusard s'en chargera.

Il fit une pause. Harry s'indigna.

- Quoi ?! S'emporta-t-il, hargneux, vous vous moquez de moi ?! Rusard ?! vous pouviez pas trouver plus ingrat ?! C'est à vous de me donner ces heures de colles !

Snape tourna à peine la tête, laissant apparaître son profil presque entièrement caché sous un rideau de cheveux noirs. Sa longue main blanche, posée contre la pierre du montant de la porte. Le vent siffla dans les tissus de sa robe.

- Votre livre, demain à la première heure.

Sa voix était basse, autoritaire et sans timbre.

- Vous voulez dire votre journal ! Siffla Harry entre ses dents serrées.

Severus ne répondit pas. Son dos se tendit.

- Dorénavant, Potter... ne m'approchez plus jamais.

Et il disparut de nouveau, le laissa seul et tremblant dans la nuit.


Vous ignorez combien de version j'ai écrite de ce moment là ! J'espère que celle-ci vous plaira.

Bonne journée.