-Qu'est-ce qui s'est passé ? Parvins-je à articuler.
Les autres se regroupèrent derrière moi. Je ne voulais pas me détacher de mamie. Je la fixai pour imprégner son image dans mon esprit. J'arrêtai vite de faire ça à cause de notre ressemblance. Je me voyais déjà morte.
-Comment est-ce arrivé ? Répétai-je.
N'obtenant aucune réponse je me tournai alors vers eux. Nous avions tous les yeux rougis, la mine déconfite, les lèvres prêtes à se fendre à nouveau. Père arriva alors dans la maison et déclara enfin d'une voix neutre :
-Nous savions tous que ce jour allait venir.
Mon cœur se broya un peu plus. Hans m'entoura de ses bras voulant me faire reculer mais je le repoussai gentiment.
-Pour être honnête Père, j'espérais que Mamie tienne encore un peu… Surtout qu'elle ne présentait aucun signe.
-Surtout qu'elle ne voulait que tu ne voies aucun signe, souligna-t-il.
J'hoquetai dans un élan de surprise et le fixai à son tour.
-Que veux-tu dire Père ?
Je me sentais dépérir.
-Que la santé de ta Grand-mère s'est détériorée depuis ta fameuse aventure à Kraberg mais qu'elle nous a suppliés de ne pas te mettre au courant pour te préserver ! Lâcha-t-il en colère. Eh bien ! Il est beau le résultat !
-Agnarr attends-nous dehors ! S'exclama Maman d'une voix froide. Je ne veux pas de dispute dans cette maison ! Surtout pas aujourd'hui !
-Bien Iduna, dit-il en se radoucissant.
Il repartit d'un pas lourd comme si la colère s'évaporait dans tous ses membres. J'observai mes autres proches qui s'étaient reculés. Ils avaient compris que j'attendais une explication une fois de plus.
-C'est vrai ce que Papa vient de dire ? Demandai-je au bord des larmes.
-Ma chérie… Commença Maman.
-Non, je n'en veux pas, coupai-je. Pourquoi est-ce que vous me mettez toujours à l'écart de tout ?! Je ne suis pas en sucre !
-…Dans ton état…
-Quel état ?! Pestai-je, Elsa et toi êtes pareilles ! Quand je suis revenue de Kraberg vous n'étiez même pas au courant !
-Je te promets que nous voulions te le dire à ce moment-là, tenta Maman en me caressant la joue.
Je l'enlevai férocement.
-Mais l'état de Mamie semblait aller mieux, se justifia-t-elle.
-Ah bah on voit le résultat maintenant ! M'exclamai-je.
Je me recalai contre son corps. Il était en train de se figer. Je n'avais pas envie d'exploser. Je leurs en voulais énormément mais au fond je comprenais leurs réactions. Ils me s avaient colérique, immature, incapable de voir la réalité en face. Et ils savaient que ça m'aurait anéanti de le savoir et que je n'aurais tourné mes conversations avec Mamie qu'autour de ça jusqu'à qu'elle-même en ait marre.
-Vous étiez donc tous au courant sauf moi ? Repris-je impatiente.
J'eus alors un espoir en me tournant vers mon mari mais il secoua la tête de honte. Je pris alors une profonde inspiration refoulant les larmes et une envie de me jeter sur lui et le taper. Adieu Anna fofolle. A partir de maintenant je serai sage comme Mamie. Un vrai modèle j'ai dit. Un vrai modèle je m'y tiendrais.
-Bien. Ce qui est fait est fait à présent, murmurai-je.
Maman fut décontenancée ne s'attendant pas à une réaction aussi calme.
-Je reviens je vais chercher votre Père, dit-elle les yeux vitreux.
Me focalisant toujours sur ma Grand-mère, je sentis alors une touche de froid sur mon épaule.
-Tu sais à moi aussi elle va beaucoup me manquer, même si j'avais moins d'affinité avec elle, dit Elsa.
Nous nous serrâmes dans les bras et pleurâmes silencieusement. Dieu que ça faisait mal à la poitrine ! Cette compression intense qui persistait même en essayant de relativiser. Une succession d'idées me traversa l'esprit et je m'en persuadais méchamment.
-Elsa… C'est ma faute si Mamie est morte, finis-je par chuchoter.
-Anna mais non voyons ! S'écria-t-elle.
-Mais si ! Mais si ! Enchaînai-je la voix de plus en plus déraillée, j'ai toujours pris les mauvaises décisions ! J'agis toujours sous la pulsion ! Je vis dans mon monde ! J'ai mauvais caractère ! La fuite à Kraberg ! La sexualité hors-mariage ! Le non-respect envers Père ! Ma décision chez les faiseuses d'ange ! Je suis sûre que ça ! Ça a été la goutte de trop ! C'est ça qui l'a tuée !
-Allons Anna ne culpabilise pas ! Ce genre de situation est plutôt pour moi, me gronda bientôt ma sœur. Même si nous étions dehors, nous sommes tous témoins de ce que vous vous êtes dits juste avant qu'elle ne meurt, ajouta-t-elle.
-Je ne vois pas où tu veux en venir… dis-je en reniflant.
-Qu'à notre âge que ce soit le tien ou le mien elle était aussi écervelée que nous, reprit Elsa.
Cette fois je ne souris pas. Je me recroquevillai de plus en plus sur l'épaule de ma sœur m'y sentant en sécurité.
-Chasse ses vilaines pensées de ton esprit ! Continua-t-elle, je pense que si elle te voyait comme ça, elle te sermonnerait encore plus.
-Tu as sans doute raison… Mais ça fait si mal… Murmurai-je.
-Je sais Anna je sais… C'est comme un vide… L'impression qu'on ne pourra plus jamais être heureuses.
-Oui, c'est exactement ça, hoquetai-je.
-Et pourtant nous arriverons à l'être, dit Elsa en me replaçant une mèche qui m'était tombée devant les yeux, nous arriverons à l'être car nous sommes entourées de tous ceux qu'on aime… Kristoff, Hans, Maman. Nous n'avons rien à craindre… Et puis ne fais pas la modeste, avec tout ce qu'elle t'a appris tu pourras retourner la voir autant que tu veux ! Tu es la chamane officielle à présent.
-La chamane officielle ? Répétai-je incrédule, mais non ! Ce n'est pas possible je suis trop jeune !
-Elsa a raison ma Chérie, déclara Maman en revenant dans la pièce avec Papa. Quand le chamane de la tribu meurt c'est son apprenti qui en devient le successeur, et on se fiche de l'âge.
-Mais ma place n'est pas parmi les Northuldra, objectai-je. Et puis pourquoi tu ne l'es pas toi ?
-Parce que ça ne m'a jamais attiré et je n'ai pas eu assez de leçons contrairement à toi Anna.
-De toute façon il est hors de question qu'elle habite ici, renchérit Papa. Elle est princesse et future reine d'Arendelle.
-Bien sûr Agnarr, bien sûr, dit Maman, toutefois elle pourra continuer à venir ici un jour par semaine comme elle le faisait avec sa Grand-mère pour s'occuper de sa tribu.
Père réfléchit à nouveau coincé par une situation qui ne lui plaisait guère.
-Tu sais que ça me tient à cœur, accentuai-je.
-Bien… De toute façon je ne pourrai pas t'en empêcher.
La souffrance partit légèrement. Hélas elle revint immédiatement quand mon regard se posa sur le corps sans vie.
-Il est temps de rentrer à présent, dit Maman en prenant bien soin de détacher tous ses mots, Yélana va s'occuper du corps en attendant les funérail…
-Non ! La coupai-je.
-Quoi non ?!
-Non Mamie ne sera pas enterrée chez les Northuldra, dis-je entre mes dents.
-Voyons Anna, c'est ce qu'elle aurait voulu, c'est son peuple…
-Un peuple qui l'a délaissée quand tu es partie. Sa vraie place est à Arendelle auprès de sa famille, expliquai-je. Qui viendra fleurir sa tombe dans la Forêt Enchantée ? Personne ! Alors qu'à la maison nous serons au moins 3.
-4, rectifia Hans, et je dirais même 5 si nous ajoutons Kristoff avec nous.
Le soutien de mon mari me réchauffa le cœur. J'observai Maman qui réfléchissait en se déchiquetant la pulpe des lèvres. Elle lorgna Père du regard pour avoir son accord. Contre toute attente il se tourna vers moi pour avoir le dernier mot.
-Qu'en pense notre future reine ? Questionna-t-il.
Je commençais à ouvrir la bouche mais il me coupa :
-Attention je veux une réponse noble.
Il savait que ce n'était pas le moment de m'embêter. Mes nerfs étaient à blocs. Pourtant je le devais pour Mamie.
-Vous n'êtes pas sans savoir qu'Anna Picéaerd rapportait l'économie du royaume grâce à ses prestations de chamanisme. Elle était très réputée au cours des derniers mois. Je pense que si vous faîtes une statue en sa mémoire il y a de grandes chances que l'économie soit maintenue. En effet elle était aimée de tous. Et ça le sera encore plus si vous exposez sa relique entière durant plusieurs mois.
Visiblement j'avais dit le mot magique : ECONOMIE. Le visage de mon Père se raviva d'un sourire. Si je n'avais pas été sa fille, je l'aurais giflé sur place.
-Dans l'hypothèse où il pourrait y avoir d'éventuelles dissonances avec les Northuldra, je me chargerai de faire la cérémonie avec eux, en brûlant non pas le corps du défunt mais un objet qui lui appartenait.
Maman se recroquevilla contre sa Mère. Elle lui embrassa le front.
-Agnarr qu'en dis-tu ?
-Je consens à donner mon accord ! Conclut-il.
Nos sourires furent faibles. Mais une légère sérénité rayonna dans la pièce.
-Iduna reste là avec Anna et Elsa pendant qu'avec Hans nous allons chercher un cercueil.
Mon mari s'exécuta et nous entendîmes bientôt le géant repartir. Maman alla mettre une petite étoffe noire sur le pas de la porte pour indiquer que Mamie était décé… N'était plus là. Elsa et moi nous chargeâmes alors de lui faire la plus belle des toilettes. J'avais coiffé et rassemblé ses longs cheveux roux en deux tresses jumelles similaires aux miennes. Elles allèrent trouver leur fin sur sa poitrine. Ma sœur lui dénicha une robe Northuldra beige qui remplaça sa tenue froissée.
-Il manque la touche finale, assura Maman.
Elle se sépara aussitôt de son châle et entoura les épaules de Grand-mère avec.
-Voilà comme ça c'est mieux, bredouilla-t-elle avant de pleurer à nouveau.
Mon cœur se souleva et je la rejoins bientôt. Nous nous agenouillâmes alors et priâmes dans le plus grand silence jusqu'à ce que Hans et Père reviennent. Toujours sous nos yeux attentifs, ils empoignèrent Mamie chacun par une extrémité et la posèrent délicatement dans le cercueil en bois.
-Comment vous débrouillez-vous pour la veillée ? Chuchota Papa.
Je fus étonnée qu'il se mette à respecter les règles de bienséances.
-Il est évident que moi je reste Agnarr, c'est ma Mère après tout.
-Nous te soutiendrons, déclarèrent nos voix à l'unisson avec celle d'Elsa.
-Voilà ce qu'on va faire, Iduna tu restes pour cette nuit, Elsa tu te charges de demain et Anna du troisième jour.
-Non Père je ne veux pas m'éloigner d'elle, murmurai-je.
-Anna tu es enceinte, tu as besoin de repos, renchérit Maman.
-Je veux rester auprès de Mamie, insistai-je, je…J'ai encore des choses à lui dire. S'il vous plaît, permettez-moi de faire la première veillée.
-Je suis là avec elle, Père si il le faut, rassura Hans.
-Bien. Ta mère viendra te remplacer demain dans la première heure.
Mes parents partirent ensuite suivis d'Elsa. Je me collai immédiatement à mon mari et répétais avec une once d'angoisse :
-Je ne pensais pas que ça ferait si mal. J'ai l'impression que tout un monde vient de s'écrouler Hans.
Il me mit son index contre ma bouche et essuya une larme de ma joue.
-Tu es forte Anna, tu surmonteras cette épreuve. Je pense que Mamie ne voudrait pas te voir dans cet état. Je t'avouerai que pour moi aussi, ça fait beaucoup d'un coup.
-Tu ne peux pas comparer ! M'énervai-je, tes parents étaient des monstres ! Ils n'avaient rien à voir avec Grand-mère.
-Et pourtant ça restait néanmoins mes parents et c'est très douloureux pour moi aussi, soupira-t-il.
-Oui pardon mon amour, murmurai-je en lui embrassant la joue… Tu désires parler à Mamie ?
Il secoua la tête.
-Je me chargerai juste de lui faire des prières.
-D'accord… Est-ce que je peux être seule un petit moment avec elle s'il te plaît ?
-Bien sûr ma chérie. Je vais aller m'aérer dehors. Surtout ne dépense pas trop de ton énergie, pense à Helga, cela pourrait être dangereux pour elle.
-Promis je ne vais pas tenter de psychographie ni de spiritisme avec elle.
Hans me serra fort, m'embrassa le front et se retira. Je recalai alors ma chaise contre le chevet de Mamie et lui pris sa main froide. Je levai alors les yeux au ciel et respirai pour tenter de ne pas pleurer.
-Je n'ai pas oublié ce que tu m'as dit il y a moins d'une heure. Pourtant j'avais encore pleins pleins de questions à te poser. Tu sais j'ai déjà connue l'obscurité dans mon fameux rêve, mais pas comme ça. Celle-là est froide, vide, figée. J'ai l'impression que je ne pourrais plus jamais avancer parce que la vie que j'ai connue vient de se terminer. Je suis prête à succomber avec toi. Je n'arriverai pas à avancer Mamie. Surtout maintenant que tu es partie pour un endroit où je ne peux pas te suivre. Si seulement ton âme revenait me parler, me dire d'avancer… Sans toi je suis perdue, je n'ai plus d'espoir. Dis-moi Mamie, de continuer pour moi, pour Helga.
Le ciel s'assombrit me coupant dans mon monologue. Il était aussi noir que mes pensées suicidaires. Je continuai alors :
-Il n'y a plus d'étoiles comme toi pour me guider. Je t'en prie aide-moi, je n'arriverai pas à suivre la bonne voie maintenant que tu es partie. Tu étais celle qui raccordait mes bêtises, qui m'aidait à me relever, qui me disait quand ce que je faisais était bien ou mal. Sans toi je ne pourrai plus avancer désormais.
J'imaginai alors l'âme de ma Grand-mère se consolidait et venir vers moi en tendant la main pour me relever et me donner du courage.
-Oui ! Oui ! Viens Mamie ! S'il te plaît ! Reste avec moi ! Je ne te demande pas grand-chose ! Juste de m'aider à affronter cette dure nuit de prières pour l'instant et on verra pour la suite après.
Je fermai à présent les yeux et aperçus mon aïeul en train de me mener vers un long couloir sombre qui débouchait sur une immense lumière.
-Oui Mamie ! Oui libère-moi ! Tu es toujours là finalement ! Tu n'es pas partie !
Mes craintes furent bientôt mêlées à des pleurs de joie. Pourtant je ne pus cacher ma déception en rouvrant les yeux. Le corps était toujours là, inerte. Sans que je comprenne la cause, je me sentais tout de même mieux. Ce n'était que des images d'inventions mais elles m'avaient apaisées. Je conclus alors pour ma Grand-mère :
-Tu es la meilleure. Je ne te le répèterai jamais assez. Même si ça va être très dur, je ne dois pas oublier où est ma place, que les gens ont besoin de moi. Je sais que rien ne sera plus jamais pareil Mamie, mais grâce à toi, j'ai fait les choix d'avancer maintenant.
-Je peux revenir Anna ? Demanda soudain mon beau prince me faisant sursauter.
Je me relevai brusquement et courus jusqu'à la porte.
-Oui, oui tu peux, mais évite de crier dans la maison ! Le grondai-je.
Mon mari s'excusa et nous retournâmes au chevet de Mamie dans le plus grand silence.
Nous nous endormîmes l'un contre l'autre avec toujours la même douleur à la poitrine. Je réussis à rester les 3 jours malgré les espérances de mes parents. Maman m'envoya chez Laïka pour qu'elle me donne des herbes atténuant la douleur. Rien n'y fit. Ses plantes étaient psychologiques et je n'en voulais pas jusqu'à ce qu'elle me mette en garde pour la santé du bébé. Je dictai alors à mon cerveau d'atteindre la sagesse de Mamie et me forçai à manger une quantité raisonnable de nourriture pour nous deux. Au petit déjeuner du troisième jour, mon mari arriva avec une robe noire accompagnée d'un bonnet. Lui-même était habillé d'un costume trois pièces sombre.
-Maman souhaiterait que tu le portes mon amour.
Je l'entendis mais ne réagis pas. Tout était au ralenti à présent. Ses paroles semblaient lointaines. Ma vision était fixe.
-Anna ma chérie ? Demanda-t-il encore.
Aucune réaction. J'avais décidé d'arrêter de tout faire mal. Pour cela je m'étais murée dans un silence qui n'impliquait aucun échange.
-Viens mon amour je vais t'aider.
Dans des gestes remplis de tendresse, il s'arma de patience et me déshabilla complètement. Il prit le temps de bien me laver puis il troqua ma robe de la visite de Kraberg contre celle qu'il venait de m'apporter. Il me débarbouilla enfin le visage et m'embrassa tendrement.
-Voilà, comme ça tu es mieux. Tu es très belle ma chérie.
Très belle dans une tenue mortuaire. Voilà où en était ma courte vie. La pression retomba et je reniflai bruyamment à cause d'une nouvelle crise de larmes.
-Pardon mon amour, reprit Hans, nous devons rejoindre Maman à Arendelle. Mamie a été transportée cette nuit. Nous n'attendons plus que toi pour clouer son cercueil.
Je me contentai d'hocher la tête. Mon mari me prit alors dans les bras et nous retournâmes au château dans les mains des géants. Quand j'arrivai là-bas, j'eus le réflexe de me diriger vers ma chambre. Mais Elsa me réceptionna…Accompagné de Kristoff qui avait mis lui aussi une tenue de croque-mort pour l'occasion.
-Maman a envoyé une lettre à Skägen expliquant la situation, et le pays a joué le jeu en envoyant une fausse missive qui indiquait qu'ils renvoyaient Kristoff en Arendelle compte-tenu des circonstances.
-Voi…Là…Au…Moins…Une…Bon…Ne…Nou…Velle… Articulai-je presque de façon inaudible.
Ma sœur me conduisit ensuite dans la chambre où Mamie avait séjourné pendant notre escapade à Kraberg. Elle était là un peu plus maquillée. Les gardes se tenaient prêts à l'enfermer pour toujours. Je réagis enfin et courus m'accrocher aux pans de sa robe.
-S'il vous plaît non ! Ne faites pas cela ! Je veux pouvoir contempler ma Grand-mère tous les jours ! Implorai-je.
-Anna ce n'est pas possible et tu le sais très bien, dit Maman en me caressant les cheveux.
-Papa était d'accord pour que le corps de Mamie soit une relique ! M'écriai-je, pourquoi il change d'avis maintenant ?!
-Parce que nous n'avons pas trouvé le moyen de la conserver ma chérie.
-Pas de moyens ?! Pas de moyens ?! Répétai-je furieuse, et Elsa tu me rappelles ce qu'elle est capable de faire !
Maman blanchit mais comprit où je voulais en venir. Elle ne prit même pas la peine de demander l'avis de Papa et invita ma sœur à nous rejoindre.
-Tu es capable de faire un cercueil de verre ? Et de cryogéniser Mamie ? Lui quémanda-t-elle.
Ma sœur chérie m'observa et fixa Maman. Puis elle finit par répondre :
-Bien sûr que je le peux.
Il restait encore de l'émerveillement dans mon regard lorsque ma sœur toucha la jambe de Mamie Anna répandant sa magie sur toute la surface de son corps. Elle devint bleue et sa silhouette me renvoya au passage de mon rêve où j'étais moi-même morte, prisonnière du congé de glace. Indifférente à tout cela, Elsa se déplaça bientôt au centre de la chambre et forma un cercueil de glace beaucoup plus grand que la tombe initiale. Hans, Kristoff et plusieurs gardes se chargèrent alors d'y déposer le corps gelé de Grand-mère qu'ils déplacèrent non sans un quelconque effort ensuite jusqu'à la grange où le cortège les attendait.
-Mais qu'est-ce que… Commença Père en dévisageant le nouveau lieu de repos de Mamie.
Il n'eut pas le temps de réagir que la musique du cortège résonna. Nous fîmes le tour de la ville. Les gens se découvraient la tête au passage. Néanmoins beaucoup avaient des réserves sur l'évènement. Après tout, il y a encore quelques mois à peine beaucoup avaient été à notre place et il n'y avait pas eu une telle cérémonie. Les nobles furent plus pris dans ce déferlement de pathos. Les femmes jouaient les pleureuses en agitant leurs mouchoirs, les hommes prenaient des têtes désespérées dignes de mauvaises tragédies grecques. J'avais envie d'hurler en voyant tout ce beau monde jouait la comédie mais une fois de plus il me fallut « penser comme Mamie ».
Après une heure nous regagnâmes enfin la chapelle où se déroula la cérémonie principale. Je n'écoutais pas l'archevêque qui m'horripilait à répéter sans cesse « nous regrettons notre sœur Anna ». Je préférai me concentrer sur mon mari et mon bébé. Hans m'enlaçait si fort qu'il faillit me faire tomber. Puis le cortège reprit et termina dans les prairies d'Arendelle où se trouvaient les défunts du barrage. Le cercueil de Mamie fut légèrement surélevé mais beaucoup moins que ce qui était prévu au départ puisque normalement il aurait dû être enterré en dessous d'une stèle de pierre brute.
Père s'avança alors à côté du cercueil et déclara :
-Cher peuple d'Arendelle, chers dignitaires, chers amis… C'est avec une profonde tristesse que je vous annonce aujourd'hui les adieux d'une glorieuse belle-mère. En effet, Madame Anna Picéaerd n'était pas seulement une chamane qui avait des dons exceptionnels. Non ! Elle était bien plus que cela ! Elle a donné le plus beau cadeau qu'un roi puisse avoir : Une reine dotée de bon sens. Elle était peu connue de la couronne jusqu'à ces derniers mois mais elle l'était assez pour faire rêver un pays qui en a bien eu besoin en ces temps de crises. C'est donc avec un profond regret que nous enterrons aujourd'hui une partie de l'histoire du royaume. Paix à son âme, puisse-t-elle être bien partie dans l'Helveg auprès de Monseigneur Elysia.
Père fit mine de verser une larme en terminant son discours. Tant d'hypocrisie à son égard me donnait envie de l'étrangler. Toutefois je n'en eus pas l'occasion. Ce fut à mon tour d'aller énoncer un petit acrostiche que j'avais gribouillé à la va-vite sans qu'il n'y ait forcément du sens. Je me raclais la gorge et dit alors d'une voix que je voulais la plus claire possible :
Même si tu n'es plus parmi nous Avec tes sourires et tes paroles sages Même si tu ne poses plus tes yeux doux Il y a toujours de toi dans les parages. Et je ne te remercierai jamais assez Alors que toi la plus grande chamane Nous ne pourrons pas apprendre de ton passé Ni constamment chercher ton diaphane Aime-nous, protège-nous et guide-nous.
Hans me tendit discrètement un mouchoir alors que nous terminâmes par une prière silencieuse. Je ne désirai qu'une chose que ça s'arrête. Que tout s'arrête ! Père nous força à insister aux condoléances le reste de la journée. Je m'occupai principalement des Northuldra qui avaient fait le déplacement jusqu'à Arendelle pour la cérémonie. Je fus tout de même surprise de voir que Yélana en personne était venue se fondre dans la masse des Arendelliens.
-Je suis sincèrement désolée chère enfant…Anna tenait énormément à vous. Elle nous parlait de vous sans arrêt lorsque vous n'étiez pas à vos cours de chamanisme… Même si c'est difficile, je comprends que vous vouliez l'avoir auprès de vous, dit la doyenne.
-Ne croyez pas que vous serez débarrassée de moi, renchéris-je, à présent je suis la nouvelle chamane…
-Je sais, me coupa-t-elle.
Je respirai un grand coup, contrariée qu'elle m'ait interrompu.
-Bien…Dans ce cas, voici son couteau qu'elle portait toujours à sa ceinture de tunique ainsi qu'une mèche de ses cheveux flamboyants pour que vous puissiez faire votre deuil.
Yélana les prit avec délicatesse.
-Je…Je suis désolée de ne pas me déplacer auprès de vous mais…
-…Je comprends, me coupa-t-elle encore, rassurez-vous princesse Anna, nous savons ce que c'est qu'une grossesse et combien c'est fatigant… Iduna m'a expliqué qu'il valait mieux vous reposer.
Maman choisit ce moment pour me rejoindre. Elle posa la main sur son ventre prête à défendre ce qu'elle avait déjà trop perdue.
-Je vous laisse à présent vos Majestés, conclut la doyenne en s'inclinant. De ce que j'ai compris nous allons nous revoir bientôt.
Mère hocha la tête. Elle attendit que Yélana s'en aille et me murmura :
-Ma chérie nous devons avoir une petite discussion dans ta chambre.
Encore ?! Je fus heureuse de partir loin de tout ce bal mortuaire. Elsa se trouvait également dans la pièce. Mère nous prit contre elle comme elle le faisait autrefois.
-C'est une dure journée pour tous, maugréa-t-elle.
Nous ne pûmes qu'acquiescer.
-Néanmoins je voulais vous faire part d'une des dernières volontés de votre Grand-mère. Cela vous concerne toutes les deux.
Elle me tendit alors une lettre et je reconnus l'écriture de Mamie. Je la lus à voix haute :
-Ma tendre Iduna,
Si tu lis cette lettre c'est que je ne suis plus de ce monde. Ne soyez pas triste ! Je vous surveille de là où je suis et je peux vous dire que si je ne vois pas de sourire sur vos jolis visages je me chargerai moi-même de venir vous tirer les pieds hors de la couette en pleine nuit ! Bien. A présent que la petite note d'humour est posée, je m'adresse à toi pour te donner plusieurs recommandations. Comme tu le sais, le mariage d'Elsa et Kristoff m'est important. C'est un évènement secret mais qui doit se faire dans les règles et qui sera tout de même exceptionnel puisque c'est ma petite fille qui en est la mariée. De ce fait, dans la tradition Northuldra c'est à la chamane de célébrer le mariage comme il se doit. Or si cette missive est ouverte, ce n'est plus à moi de le faire mais bien à ma précieuse et adorable Anna. Voilà pour la première chose. Deuxièmement, toujours sous la contrainte d'une autre tradition, les mariés se verront être entourés d'un troupeau de rennes le jour de la pleine lune. C'est comme cela que j'aurais aimé te voir te marier. Troisièmement, cela me ferait très plaisir si ma première petite fille portait ma robe de mariée pour sa propre cérémonie.
Voilà. Je pense avoir tout dit au niveau des instructions.
Je vous aime tendrement mes petites Picéaerd.
Mamie Anna.
PS : Pour la cérémonie, je transmets toute ma sagesse à Anna, si elle veut un manuel il y en a un avec ma robe de mariée.
Je pâlis immédiatement.
-Mère d'amour c'est une plaisanterie ?! Je serai incapable de faire cela !
Elsa me prit immédiatement dans ses bras pour me rassurer.
-Tu seras parfaite, bien sûr j'aurais aimé que Mamie le fasse, mais je n'aurais jamais trouvé une meilleure personne pour me le faire que toi. Tu es tellement importante à mes yeux Anna. Je t'aime petite sœur. C'est grâce à toi que nous nous sommes rencontrés avec Kristoff. Je te dois tout.
Chassant mon rêve de mon esprit, je me radoucis aussitôt et la serrai fort.
-C'est pour moi un honneur, repris-je. Mais j'aimerais bien être préparée pour ne pas tout faire de travers… Quand est la prochaine pleine lune ?
-A la fin de la semaine, indiqua Maman.
-Mais c'est beaucoup trop tôt ! Clamai-je.
-Tu ne voudrais pas contrarier Mamie, renchérit-elle avec un sourire, c'est inévitable chez les Northuldra. Même sa mort ne l'empêchera pas d'arrêter ce mariage. Elsa et Kristoff l'ont mérité après tout.
Je ravalais ma fierté alors que ma sœur se mit à rougir. Je lui compressai la main et conclus :
-Bien. Pour faire plaisir à Mamie je le ferai.
Le reste de la semaine se passa vite et toujours de la même manière : Le matin j'allais me confier au tombeau de glace, le midi je me concentrai sur la préparation du mariage de ma sœur, le soir nous nous retrouvions en famille pour des lectures au coin du feu.
Nous arrivâmes enfin au moment tant attendu. Même si pour moi ce n'était pas correct d'agir ainsi en cette période de deuil, je me pliai aux volontés de Mamie. De ce fait je mis mon costume Northuldra et lus une dernière fois les grandes lignes du manuel de la cérémonie. Nous partîmes les uns après les autres après le dîner toujours dans la plus grande discrétion. Quand nous arrivâmes à l'ancienne maison de Mamie, Yélana, Andreas, Honeymaren et Ryder nous attendait déjà. Le soleil déclinait à l'horizon.
-Nous avons installé le troupeau de reine, précisa Ryder en guise de salut.
-Il faut que tu viennes te préparer avec nous mon fils, dit bientôt Andréas.
Tous les garçons partirent donc d'un côté pendant nous nous afférâmes à atteler Elsa. Nous lui passâmes une robe bleue avec des parcelles de rayures rouge. Elle était faite en matière froissée et rebiquait au bas de la jupe. Ma sœur eut ensuite droit à des chaussettes qui s'associait avec les rayures de la robe. Enfin ses chaussures en forme de mocassin se retournaient vers l'intérieur comme celles habituellement portées par Kristoff.
-Il te manque juste le châle blanc en filaments ! S'exclama Maman. Ah pour sûr ce n'est pas traditionnel mais tu es tellement belle dedans ! Mamie doit être contente si elle te voit !
Elsa fit une légère grimace pour montrer son mécontentement et je reconnus que je me serais plus prêtée au jeu qu'elle.
-Je suis surprise que la robe m'aille dans mon état, dit-elle simplement.
Enceinte de presque quatre mois maintenant ce n'était pas étonnant qu'elle se pose ce genre de questions. Mamie devait être bien en chaire quand elle était jeune.
-Quand votre Grand-mère s'est mariée elle était déjà enceinte de moi, murmura Mère, de deux mois de plus que toi Elsa en réalité.
Donc les bêtises de coucherie étaient bien de famille…
Maman termina de déposer à Elsa une couronne faite de longues tiges de feuilles parsemée de crocus. Malgré tout ce qu'elle pouvait penser, elle était resplendissante.
-Vous êtes prête ? Demanda Honeymaren qui n'avait pas osé approcher.
Nous hochâmes la tête. La pisteuse nous emmena alors en dehors du camp. Nous arrivâmes bientôt à une clairière bordée par des arbres. Le troupeau de rennes se trouvait au centre en demi-cercle. Les hommes étaient assis devant les animaux, seul Kristoff qui portait le costume dans les mêmes teintes qu'Elsa se tenait au premier plan. Les femmes embrassèrent ma sœur et rejoignirent les autres membres.
-Va auprès de Kristoff maintenant, murmurai-je en l'embrassant à mon tour. Tu es magnifique.
Ses yeux s'engorgèrent. Elle alla se mettre à côté de son amant qui lui lançait des milliers de regards amoureux. Son bonheur me fit oublier pendant un instant que Mamie n'était plus là. Le temps présent était parfait. Et je reconnus enfin la prairie. Chassant le souvenir de Kristoff en train de me clamer sa quatrième demande en mariage, je m'avançai au rocher en forme de cœur et commençai enfin la cérémonie.
-Vous Lord Kristoff Bjorgman et vous Princesse Elsa d'Arendelle souhaitez vous unir par les liens sacrés du mariage ? Questionnai-je.
-C'est exact ! Répondirent-ils en cœur en se serrant la main.
-Dans ce cas présentez vos coupoles d'huile ! Dis-je de façon professionnelle.
Honeymaren et Ryder se chargèrent de leur apporter. Le reste était à ma charge : Je devais les allumer avec la puissance de mon aura et d'une poudre de coquelicot. Durant mes entraînements cette partie avait été désastreuse. Hans était même arrivé une fois de justesse alors que j'avais commencé à brûler mes cheveux. Mais aujourd'hui il fallait que je réussisse. Pour Mamie. Je mis donc un peu de poudre à l'intérieur de la coupole et plaçai ma main au-dessus. Je m'éloignai assez vite quand je sentis la chaleur. Une flamme timide mais bien là apparut bientôt remplaçant l'huile. Les premiers applaudissements fusèrent. Je ne les écoutais pas et me concentrai sur la coupole d'Elsa. Elle me donna plus de fil à retordre et je finis par comprendre la raison quand je vis les bouts de doigts gelés.
-C'est bien dommage qu'Anna soit partie avant de tout enseigner à son apprentie, lâcha bientôt Andréas sous le regard outré des autres. La flamme ne se trompe jamais ! Peut-être ne sont-ils pas faits pour être ensemble.
Je lui lançais un regard noir et pressai la main de ma sœur.
-Détends-toi, murmurai-je. Tout va bien. Tu es là avec l'homme que tu aimes comme tu l'as rêvée.
Je lui réchauffai les mains et recommençai l'exercice sous les regards impatients des spectateurs.
-Pourquoi ne pas faire venir votre lézard de feu qu'on en finisse ! Grinça Papa.
Maman lui pinça la cuisse. Il fallut encore deux longues minutes avant qu'une flamme se produise enfin. Les applaudissements de soulagement fusèrent.
-Unissez vos deux feux sacrés pour qu'ils ne fassent plus qu'un et vous apportent la joie et la prospérité dans votre foyer ! M'exclamai-je maladroitement.
Les coupoles furent ensuite embarquées par Ryder. Elsa et Kristoff échangèrent alors leurs vœux sous nos mines larmoyantes. Si on m'avait dit un jour que je marierai ma sœur à mon éventuel amant je ne l'aurais jamais cru. Mais nous n'y étions plus. Je ne regrettai rien. Ils échangèrent enfin leurs alliances.
-Je vous déclare enfin Mari et Femme. Vous pouvez vous embrassez ! M'écriai-je.
Les deux amants s'en donnèrent à cœur joie tandis que j'observai mon mari dans la foule. Et je souris enfin. Merci Mamie.
Un mois plus tard :
-Je viens te dire au revoir Mamie. Je ne vais pas pouvoir te rendre visite pendant une quinzaine de jours car nous devons nous rendre aux îles du Sud. Tu sais… Ca me fait beaucoup de mal de ne pas réussir à t'atteindre par rêve mais il faut croire que c'est mieux pour Helga. Veille bien sur Elsa et Kristoff en mon absence. Je dois y aller ! Je t'aime fort. A bientôt, déclarai-je.
-Anna tu es prête ? Demanda Hans.
Je me détachai de la relique pour me tourner vers lui et hochai la tête.
-Dans ce cas, Papa et Maman nous attendent sur le bateau.
-D'accord. Je te rejoins dans pas longtemps, je vais aller dire au revoir à Elsa et Kristoff.
-Parfait ma chérie. Fais-vite.
Il m'embrassa plus langoureusement que je ne l'aurais voulu devant notre Grand-mère. J'embrassais le cercueil de verre et retournai dans la cour du château. Ma sœur était là et semblait m'attendre comme si nous étions connectées.
-Ah te voilà ! S'exclama-t-elle.
Elle m'enlaça fortement.
-Je croyais que tu allais partir sans me dire au revoir.
-Elsa… Nous parlons de moi tout de même, plaisantai-je.
-Oui c'est vrai. Je me sens prête à veiller sur Arendelle.
-C'est parfait. Je voulais te donner quelque chose.
Je sortis une lettre que je lui avais écrite il y a quelques jours. Elle comportait plusieurs explications : Pourquoi j'avais essayé de conquérir Kristoff, les différentes erreurs que j'avais tenté de rétablir à cause du rêve prémonitoire, le rêve prémonitoire en lui-même bien sûr et mon regard par rapport à Hans qui s'est amélioré au fil du temps. Je voulais surtout m'excuser clairement par rapport à mon comportement avec Kristoff car je ne l'avais pas fait il y a trois mois de cela.
-Une lettre ? S'étonna Elsa.
-Oui. Surtout lis-là bien que lorsque je serai partie. Je te l'ai écrite au cas où je ne reviendrai pas. Après tout, mes anciens beaux parents ont été victimes de la mer.
-Allons Anna ne dis pas de sottises, Père et Mère ont fait beaucoup de voyages et en sont toujours revenus.
-Oui oui je sais ! Mais dans le doute, je préfère faire mon testament.
Ma sœur rit nerveusement et mis la lettre dans la poche de sa robe. Elle m'enlaça une dernière fois.
-A bientôt petite sœur, conclut-elle.
-A bientôt grande sœur, tu es la meilleure.
Nous nous embrassâmes et je la laissai partir. Je regardai longuement la cour et le château et retournai enfin sur le port. Le bateau était là, luisant avec l'éclat du soleil. Les marins s'activaient. Ils me dressèrent la rampe.
-Vous pouvez y aller Princesse ! S'exclama le capitaine.
Je respirai un grand coup.
-Très bien… Allons-y.
