Les prochains chapitres finiront sur des minis cliffanghers, vous m'en voyez désolée. Enfin, désolée pour vous, parce que moi je sais comment ça finit.

Bonne lecture !


Stephen se précipita à la gare Saint Anselme juste après avoir envoyé son message. Il avait prévenu Thor que Loki était très probablement sorti et très probablement en danger, aussi ne fût-il pas surpris de le retrouver juste devant la gare. Il se félicita mentalement Loki d'avoir pensé à activer la géolocalisation de son bipeur.

- Je viens d'arriver, dit Thor. Je ne sais pas s'il est encore là.

Stephen se mordit la lèvre. Un accident de car l'avait retenu au bloc, et il n'avait pas eu le temps de prévenir Loki. Thor donna un grand coup de pied dans la porte de la gare, et se mit à hurler « Loki ! » dans le hall. Stephen n'osa pas lui dire que ce n'était pas une bonne idée de balancer le nom de son petit frère à la cantonade, mais il eut vite fait de se rendre compte que l'endroit était désert. Ils fouillèrent les deux étages méthodiquement, et finirent par trouver des traces d'activités magiques sur les quais aériens.

- Des volutes bleu polaire, glacées…c'est Laufey, affirma Thor. Récentes : à peine une demie heure.

Son unique œil brillait d'un éclat bleuté.

- Comment tu sais ?

- Quand Loki m'a parlé de lui, j'ai retrouvé le dossier d'Odin sur l'intervention de son QG, quand il a décidé d'adopter Loki, expliqua Thor. Il y avait une fiche sur Laufey.

De petits éclairs émanaient de ses doigts.

Stephen était abattu. Ils étaient arrivés trop tard.


Loki se réveilla avec un mal de crâne lancinant. Il avait l'impression d'être complètement vidé de ses forces. Il s'essaya à bouger mais réalisa qu'il était ligoté avec une chaîne en fer, fine mais serrée. Le fer restreignait sa magie : il la sentait piquer dans ses veines. On lui avait enfoncé un torchon roulé en boule dans la bouche, maintenu par un autre bout de tissu noué à l'arrière de sa tête.

Il parvint à ouvrir complètement les yeux malgré la douleur : il était attaché à une chaise, seul dans ce qui semblait être une cave. Une ampoule nue éclairait la pièce, mais une petite fenêtre à barreaux laissait entrer les rayons de la lune et le vent de la nuit.

La pièce était quasiment vide, quelques chaises et cordes traînaient dans un coin, et un vieux robinet crasseux qui fuyait ornait un mur et laissait des traces de moisissures sur la grille en dessous. Il était certain que la pièce était blindée par la magie, mais était trop entravé pour être en mesure de la voir.

Il essaya de se défaire de son bâillon, mais il était trop serré, et sa tête lui faisait mal s'il bougeait trop. Il abandonna et tenta d'éviter de paniquer.

Loki savait qu'il était dans un des QG de la Sakaariane. Il était plus que probable qu'il soit toujours à Néo Assur, et donc possible qu'il soit dans l'hôtel particulier où il avait été retenu un mois plus tôt.

Le fait qu'il soit encore en vie n'annonçait rien de bon. Soit le Grandmaster prévoyait de le punir pour sa trahison, auquel cas il allait finir par mourir, avec plus ou moins de torture entre temps, soit il n'avait pas perdu espoir de le faire intégrer la Sakaariane. Si c'était le cas, alors Loki avait encore une petite chance de lui fausser compagnie, même s'il lui faudrait probablement des mois pour regagner la confiance des autres et pouvoir s'aménager une porte de sortie.

Pendant des heures, personne ne vint. Loki n'avait d'abord pas l'intention de dormir, mais plus les heures s'écoulaient, plus sa patience s'émoussait. Il essayait de se forcer à dormir, mais son impatience le tenait éveillé. Il voulait en finir. Ses bourreaux étaient probablement en train de dormir, sans aucune considération pour lui. Il ne s'attendait pas à ce qu'on le traite bien, mais tout de même, un peu de courtoisie. Son esprit s'emmêlait dans ses angoisses et sa colère, ce qui l'épuisait et le tenait en alerte en même temps.

Loki vit le ciel s'éclaircir sous le petit jour, et quelques heures s'écoulèrent encore avant que la porte ne s'ouvre et ne mette fin à ses tergiversations. Topaze entra, suivie par Laufey. La vieille femme s'adossa à un mur, sans un regard pour Loki. Laufey, en revanche, s'avança vers lui.

- Tu t'es mis dans un sacré pétrin, annonça-t-il.

Loki resta silencieux. De toute façon, le torchon l'empêchait de répondre.

- Tu es malin, mais dès qu'on touche à l'autre super-héros, tu perds tout bon sens.

Le jeune homme tâcha de rester impassible à la mention de Stephen, mais Laufey dut remarquer ses efforts, puisqu'il éclata de rire.

- Je pense que j'irai voir par moi-même ce que ce Docteur a de si spécial pour que tu tiennes autant à lui.

Loki sentit sa magie s'agiter devant la menace, mais le fer freina son élan douloureusement.

C'est le moment que choisit le Grandmaster pour entrer.

Il avait l'air ennuyé, comme s'il s'agissait d'une tâche administrative particulièrement fastidieuse. Laufey s'écarta pour lui laisser de la place, et le vieil homme s'assit une chaise en face de Loki.

- Tu m'as causé beaucoup d'ennuis, Serpent. J'ai failli perdre des hommes et le Tesseract par ta faute, déplora-t-il.

Il regardait Loki droit dans les yeux, une expression peinée sur le visage. Loki ne put s'empêcher d'y voir un maître d'école rappeler à l'ordre un élève difficile.

- Je pense que tu es quelqu'un d'intelligent. Peut-être même un peu trop intelligent pour ton bien.

J'en connais qui gagneraient à être un peu trop intelligent pour leur bien. Le bâillon empêcha Loki d'insulter son ravisseur, mais au regard noir qu'il lui lança, il se fit aisément comprendre.

- Nous t'avons donné l'occasion d'accomplir de grandes choses, mais tu as tout gâché. Tu ne te plaisais pas avec nous ? Tu as enfin pu rencontrer ton père ! dit le Grandmaster en désignant Laufey.

Loki avait presque envie de rire. On lui passait un savon comme à un gamin et le Grandmaster lui posait des questions comme s'il avait été capable de lui répondre.

- Je voulais te laisser encore une chance, mais j'ai dû me rendre à l'évidence que jamais tu n'embrasserais pleinement notre cause, se désola le Grandmaster. À moins que tu n'aies changé d'avis ?

Il lui enleva son bâillon. Loki réfléchissait à toute vitesse. Est-ce qu'il valait mieux lui mentir et lui faire croire qu'il allait effectivement rejoindre la Sakaariane, le temps qu'il trouve un moyen de s'échapper ? Malgré sa nuit de détention, il n'avait pas réussi à arrêter sa stratégie.

C'est cette seconde d'hésitation qui le trahit.

- Je vois, soupira le Grandmaster. C'est bien ce que nous pensions.

Il se leva et fit un signe à Topaze avant de quitter la pièce. La femme sortit à sa suite et Laufey s'approcha de lui, lui porta une main au front et la douleur le fit s'évanouir de nouveau.


- Est-ce que tu peux le retrouver, oui ou non ? insista Stephen.

- Normalement oui, si je n'ai pas sous-estimé leurs sortilèges de protection, répondit nerveusement Bruce. Mais ils les ont peut-être améliorés, ou changés…

- Peu importe, il faut qu'on essaie, coupa Valkyrie.

Stephen avait reçu un texto de Thor en pleine nuit : « Bruce a une idée pour le retrouver ». Il s'était précipité chez eux, pour y retrouver Valkyrie, elle aussi morte d'inquiétude.

Le docteur leur avait alors expliqué qu'il avait placé une puce sur le costume de Loki. Il s'agissait en fait d'un des prototypes sur lequel il travaillait à son laboratoire : des puces magico-électroniques capables de déjouer les sortilèges de brouillage les plus puissants.

- Tout dépend de leurs sortilèges, expliqua Bruce. Ma puce n'est qu'un prototype, je ne l'ai testée qu'en labo…

- Mais ça peut marcher ! intervint Thor à destination des autres. On a une chance de trouver là où ils retiennent Loki !

- Alors qu'est-ce qu'on attend pour le tracer ? s'agaça Val.

- On doit attendre l'ouverture de la fac, s'excusa Bruce. Mon logiciel n'est que sur les ordis du labo…

Stephen soupira de frustration. Ce n'était évidemment pas la faute de Bruce, mais chaque minute qui passait diminuait les chances de survie de Loki. Pourquoi n'avaient-ils pas convenus d'un mot de passe, pour être sûrs qu'un scénario de ce type ne puisse pas arriver ?

- À quelle heure ouvre la fac ? demanda Valkyrie.

- 7 heures du matin.

- Ça nous laisse le temps de nous préparer, déclara-t-elle.

Stephen cilla.

- Comment ça ?

- Dès qu'on a l'adresse…

- Si on a l'adresse, pondéra Bruce.

- Dès qu'on a l'adresse, répéta Valkyrie avec un regard noir.

- On la balance à la police, compléta Bruce.

La jeune femme leva les yeux au ciel.

- Ils ont pas été foutus de protéger Loki ! protesta-t-elle. On les prévient, d'accord, mais il est hors de question que je reste ici à attendre que ces incapables fassent quelque chose.

- Alors, je veux bien, mais le seul super-héros ici, c'est Stephen, argua Bruce.

- Je peux me battre, et très bien même, dit Valkyrie. Et Thor lance des éclairs.

- On doit avoir des tenues de combat à la salle ! s'enthousiasma Thor.

- Il faut qu'on aille les chercher avant que la fac n'ouvre, dit Stephen.

- Hors de question que je vous laisse attaquer la Sakaariane ! protesta Bruce. Vous êtes complètement malades ?

Thor, Stephen et Valkyrie se turent et se tournèrent vers lui.

- Vous allez vous mettre en danger ! Et je ne peux pas vous laisser faire !

- Tu peux venir avec nous, proposa Valkyrie. On a besoin de toi.

- Val, j'ai aucun pouvoir, soupira Bruce.

- Mais tu peux en avoir, rétorqua Thor.

Bruce lui jeta un regard paniqué avant de secouer la tête. Stephen et Val se regardèrent, perplexes.

- Quoi ? Ça marche, non ? insista Thor.

- C'est pas une bonne idée, répondit Bruce. Si les gens me voient, si je me fais surprendre…

- Mais ça marche.

Ils s'entre-regardèrent et eurent une sorte de dispute silencieuse, sous les yeux de Stephen et Valkyrie qui n'y comprenaient rien.

- Bruce, je ne te le demanderais pas si c'était pas important.

- Je sais.

- Il s'agit de Loki…

- Je sais…

Bruce se prit la tête entre les mains, et soupira.

- C'est d'accord.

- Yes !

Thor eut un sourire gigantesque et prit Bruce dans ses bras.

- L'un de vous pourrait nous expliquer ce qu'il se passe ? demanda Valkyrie.

Thor redéposa Bruce au sol et se tourna vers eux.

- Il a créé un sérum qui le transforme en gros monstre vert.

Bruce enleva ses lunettes et se passa une main sur le visage.

- Non, c'est…c'est le Sérum de Maximisation Agonistique Super Herculéen. C'est un sérum qui augmente la force et l'agressivité du sujet et il y a des effets secondaires…

- Qui te transforment en gros monstre vert, compléta Thor avec un grand sourire.

- En gros, oui, capitula Bruce.

Il y eut un silence, que Stephen rompit en claquant ses mains.

- Eh bien, parfait ! Je propose qu'on aille chercher vos tenues de combat à la salle, et qu'on aille à la fac ensuite.

Bruce se passa une nouvelle fois la main sur le visage, et ils rejoignirent tous la voiture de Thor.