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Allez, inutile de vous faire patienter éternellement, voici la réponse... et elle n'est pas forcément une bonne nouvelle :o


Chapitre n°22 :

Otage royal


« Ce qui ne me tue pas devrait s'empresser de prendre la fuite. »


Odin, patientant alors dans la salle du trône pour des nouvelles du combat, vit débarquer un messager à bout de souffle.

- Votre Majesté, haleta-t-il, Maître Heimdall m'envoie... vous quérir... Il se passe des choses... au... au niveau du Bifröst, et il ne peut se déplacer, mais il a des nouvelles urgentes... à vous communiquer, mais qu'il a refusé de me faire transmettre.

- Je m'y rends immédiatement, répondit Odin en descendant les quelques marches de son trône. Reposez-vous, mon brave.

Le Roi envoya l'un de ses gardes harnacher son cheval, Sleipnir, mais tout cela ne le devança pas de beaucoup. Il avait instinctivement hâté le pas, se doutant que le fidèle gardien du Bifröst devait être porteur de nouvelles bien sombres pour le forcer à se déranger jusqu'à lui.

Sleipnir le conduisit en un rien de temps à la machine dont originait le mythique pont arc-en-ciel. Odin descendit de monture rapidement, toute dignité royale oubliée dans son inquiétude.

Tout autour de lui, le Bifröst s'était transformé en une infirmerie de fortune. Les blessés étaient sommairement soignés, puis triés et envoyés, par ordre de priorité, au palais, où ils recevraient les traitements adéquats. C'était déjà un miracle en soi que plusieurs ponts d'évacuation aient pu être assurés depuis Jotünheim, véritable champ de bataille. Cela démontrait la détermination, sinon la compétence, des troupes asgardiennes encore présentes sur le terrain.

Heimdall ne tarda pas à quitter son poste d'observation, au centre de la machine, pour venir à la rencontre de son Roi.

- Majesté, fit le dieu aux yeux d'or en inclinant respectueusement la tête.

- Quelles sont donc les mauvaises nouvelles, mon ami ? répliqua Odin, soupirant presque, las.

- Notre armée a été pratiquement décimée, commença Heimdall d'un ton égal. De nombreux morts, gelant sur le sol Jotün. Un nombre presque aussi important de blessés, dont très peu ont finalement pu être évacués. Ceux qui sont restés mourront de leurs blessures, même si quelques uns ont été capturés comme prisonniers de guerre.

Odin n'en laissa rien paraître, mais ces annonces furent comme des coups de poignard. Et tout cela pour quoi, finalement ? ne put-il s'empêcher de penser au milieu de ses doutes muets sur la nécessité de poursuivre cette conquête sanglante.

Tout cela pour acheter la coopération de Hela, réalisa-t-il, et pour tenter de ne pas perdre l'amour de sa fille chérie.

D'ailleurs, où était-elle, dans ce cauchemar ?!

- J'aperçois mon futur gendre parmi les blessés, dit-il enfin. Où est ma fille ? Est-elle toujours à se battre férocement dans ce combat déjà perdu ? Ordonne-lui de revenir, immédiatement.

Pour une raison inconnue, Heimdall sembla soudain mal à l'aise.

- Que se passe-t-il, mon ami ? le pressa le Roi.

- Majesté, je ne vous avais pas encore annoncé toute l'ampleur de la catastrophe, fit Heimdall en le fixant avec un regard désormais crispé.

- Qu'est-il arrivé à Hela ?! tonna Odin, presque paralysé de terreur.

Son éclat de voix attira l'attention de Herían, qui se releva douloureusement sur ses coudes pour entendre la réponse du gardien du Bifröst.

- La Princesse a été capturée par l'ennemi, révéla finalement Heimdall. Elle se trouve pour l'instant dans la salle du trône, face à Laufey, inconsciente mais lourdement enchaînée. Je sens aussi un enchantement autour d'elle, probablement pour l'empêcher d'utiliser ses pouvoirs lorsqu'elle se réveillera.

Odin se mit à faire les cent pas au milieu des blessés, furieux. Cette fureur était tout autant dirigée contre le roi Laufey que contre lui-même, seul et unique responsable de la situation.

- C'est donc ainsi qu'il a décidé de me faire payer mon audace, grommela-t-il.

- Votre Majesté, intervint Herían en se remettant difficilement sur pied, laissez-moi y retourner, laissez-moi aller la délivrer !

- Silence ! s'exclama le Roi en se tournant furieusement vers le Commandant, qui eut l'instinct de reculer de quelques pas. Personne n'ira nulle part !

- Comment cela ?! questionna Herían, incrédule.

- Personne ne retournera jamais sur Jotünheim, sous aucun prétexte !

- Jamais ?

- Jamais ! s'écria Odin, en frappant sèchement le sol de sa lance royale.

De nombreux regards inquiets se tournèrent vers lui, et le niveau sonore diminua sensiblement. Cependant, Herían ne semblait pas décidé à enterrer le débat.

- C'est ma future femme ! s'exclama le Commandant au bras en écharpe. Je ne peux pas l'abandonner aux mains de ces monstres !

Odin vint alors se planter devant le jeune homme. Ils se défièrent du regard.

- C'est ma fille, finit par laisser tomber l'aîné, mais je dois me résoudre à la laisser captive de Laufey, car je n'ai plus assez de forces à disposition pour aller la récupérer. Avec le recul, je n'en avais même pas assez pour prendre Jotünheim d'assaut. Y retourner, avec les blessés les plus légers, serait du suicide, et nous mourrions tous pour rien, car nous ne parviendrions pas à la sauver.

- Mais..., balbutia Herían, à court de mots.

- Être roi, c'est devoir prendre des décisions difficiles. Pour le bien de cette nation, je dois sacrifier mon propre enfant, avec toute la douleur que cela me cause. Le débat est clos. C'est désormais l'heure du deuil, pour nous tous.

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~oOo~

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Hela ouvrit difficilement les yeux. Une enclume lui martelait le crâne, et il faisait très froid. Elle tenta d'accéder à sa magie pour atténuer sa migraine et se réchauffer quelque peu, mais la trouva hors de sa portée. Un dôme invisible s'était dressé entre elle et ses pouvoirs, directement dans l'Éther.

Elle se sentit immédiatement vulnérable, et se redressa vivement. De lourdes chaînes entravèrent ses mouvements.

- Toute fuite est vaine, ma chère, entendit-elle une voix résonner dans la pénombre glacée, et personne ne viendra à votre secours.

- Rien n'est impossible pour l'Exécutrice du puissant Roi d'Asgard ! s'exclama-t-elle furieusement.

Hela fut soudain prise de nausées, consécutivement à son coup d'éclat incompatible avec l'inébranlable migraine qui tambourinait toujours dans son crâne.

Elle entendit son interlocuteur ricaner, puis celui-ci sortit de l'ombre. Elle le reconnut comme étant le Roi Laufey.

Au moins, personnage royal contre personnage royal, elle ne perdait pas au change...

- Sans votre magie, sans vos armes, et sans vos guerriers, je doute que vous ferez le poids, Exécutrice.

- Odin vous fera payer cet affront, gronda-t-elle à la manière d'une bête sauvage.

- Il n'en a plus les moyens. Il ne les a même jamais eus. C'est à se demander quelle folie l'a poussé à nous attaquer...

- Je vous emmerde, Laufey, grogna Hela, piquée au vif.

- Votre séjour prolongé dans nos geôles pourrait peut-être vous inculquer le respect, Princesse. Je vous enjoins à y prendre vos aises, car il est peu probable que vous en sortiez un jour.

Deux gardes, surgis de nulle part, vinrent la saisir pour la transporter aux prisons. Hela poussa un hurlement de rage, qui résonna douloureusement sur les parois glacées du palais.