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HELLO ?

Ils rattrapèrent le convoi au moment où le repas de midi se terminait. Edward baissa la tête, appuyant un baiser subtil sur la joue de Bella avant de descendre du cheval et de se tourner pour l'aider à faire de même. Il la garda dans ses bras un battement plus longtemps que nécessaire, réticent à faire éclater la bulle singulière dans laquelle ils étaient depuis avant l'aube.

"Bella." Alice se précipita vers eux avec un sourire heureux et enveloppa Bella dans une éteinte. "Bon anniversaire."

"Merci Alice."

"Oh qu'est-ce que c'est ?" Alice tendit la main pour toucher le pendentif du collier qui pendait maintenant autour du cou de Bella.

"Oh Edward l'a troqué contre sa montre à gousset." Bella jeta un coup d'œil à Edward rencontrant brièvement ses yeux avec un sourire tandis que ses joues se teintaient de rouge. "Même si je lui ai dit qu'il ne devrait pas."

Edward fit claquer sa langue et secoua la tête face à son entêtement. Elle aimait ce collier. Il savait qu'elle le savait mais elle était troublée par l'idée qu'il avait troqué le peu qu'il avait et que ce n'était pas nécessaire de le lui donner. "J'ai eu la chance d'offrir un cadeau à ma magnifique femme alors je l'ai saisie. Tu me pardonneras au final."

"Oui je vais te pardonner mais je t'ai dit que j'étais parfaitement satisfaite de ce que tu m'avais donné auparavant."

Alice passa son bras autour de l'épaule de Bella. "Dis-moi sœur," dit-elle à voix basse pour que seuls Edward et Bella puissent entendre. "Qu'est-ce que ton mari t'a donné avant... que tu ne puisses pas ramener entre tes mains ?"

"Alice!" siffla Bella et Edward lutta pour ne pas rire. Alice, il en était venu à comprendre, pouvait ressembler à une femme sophistiquée et de haute naissance mais elle avait le langage des gamins des rues.

Bella se laissa entraîner par son amie et Edward alla stocker les prises du jours pour qu'elles puissent être cuites pour le repas du soir. Ce soir leurs estomacs seraient bien remplis.

Au moment où le convoi s'apprêtait à partir James apparut aux côté d'Edward. "Tu es un sacré fou, tu le sais ça ?"

Instantanément la bonne humeur d'Edward s'évanouit en se souvenant ce que Bella avait dit avoir entendu.

James était inconscient du changement d'humeur. "Ta petite femme se réjouit-elle de la babiole que tu as échangée ? C'est bien pour vous d'avoir trouvé des peaux rouges dans ce coin qui préfèrent échanger que nous piller. Mais tout ce qu'il va se passer c'est que certains des autres vont vouloir leurs bijoux indigènes et ils vont se faire massacrer."

Toutes choses bien considérées, c'était un bon argument mais Edward n'était pas en mode d'écouter. Il recula et envoya son poing dans le visage de son chef qui tomba sur le cul, Edward le domina les poings serrés. "Peut-être que tu ferais mieux de t'inquiéter de menaces plus immédiates."

"Tu as perdu la tête ?" James se releva face à Edward. "Non, et je n'ai même pas à répondre à cette question. Tu es complètement à l'ouest depuis que tu as trempé ta…"

Edward fit un pas en avant, forçant James à reculer. "Assez James. Je sais de première main que tu n'as aucun respect pour les familles qui te paient mais tu respecteras nos femmes. Est-ce que tu réalises que Bella t'a entendu toi et tes commentaires crus? Tu as de la chance que je ne dise pas à Jasper ce que tu as dit concernant sa femme."

James plissa les yeux et repoussa Edward. "Bon sang c'est de ça que tu parles ? C'est une petite bêtise et tu es un putain d'hypocrite en plus. Au début de ce voyage tu étais l'un des nôtres."

"Je n'ai jamais été comme toi."

"Ouais, regarde-toi tout grand et puissant. Je ne suis jamais allé après cette petite fille. Mais c'est ton oeuvre à toi, sale con alors ne me regarde pas. Tu es tellement pris par tes conneries territoriales, tu n'écoutes pas un putain de mot de ce que je dis. Tu vas faire tuer quelqu'un du convoi."

"Oh ça va. Je ne suis pas allé chercher les indiens pour faire du troc. Ils nous ont trouvé. J'ai fait cet échange pour rester correct avec eux. J'en parlerais aux autres pour qu'ils ne se fassent pas de folles idées."

James grommela et ajusta sa veste puis ils se remirent à marcher. "Nous devons être prudents. Nous allons faire des équipes de garde et cela t'inclut, homme marié ou pas. Tu peux t'arracher à ta petite femme pour faire ton putain de travail ? Laurent, Victor et moi avons au moins autant besoin d'un peu de sommeil que toi."

"De ce point de vue là tu n'auras aucun problème avec moi. J'ai plus de raison que toi de vouloir protéger cette famille."

"Je ne parierais pas là-dessus, c'est mon gagne-pain après tout."

Plus tard dans la soirée lorsque la famille s'était installée pour dormir - Edward qui avait hérité du deuxième tour de quart - tenait Bella en sécurité dans ses bras.

"Penses-tu vraiment qu'il y ait un danger à cause des Indiens ?" demanda Bella.

Il soupira. Il détestait rallonger la déjà longue liste de choses qui pourraient aller mal sur la piste. "Je ne peux pas dire que je les blâme d'être en colère. Cette piste que nous empruntons est nouvelle. Les tribus qui n'ont pas côtoyé les colons les voient passer maintenant chaque année. Il y a des malentendus des deux côtés et il y a eu des troubles des deux côtés."

"C'est drôle non ?" Elle posa sa main sur son torse et sa tête sur son épaule. "Pour nous c'est une terre sauvage, peu peuplée. C'est quelque chose que nous devons endurer pour arriver là où nous voulons aller mais pour eux c'est là où ils vivent."

"Oui et nous prenons plus de leur terre chaque jour." Il lui caressa lentement le dos de haut en bas. "Mais de l'autre côté c'est pour cela que je t'ai dit que tu ne devrais pas t'inquiéter de ne jamais revoir Emmett et Rosalie. Crois-moi chaque année je fais ce voyage, l'ouest a vu de grands changements. Il y aura des trains et des ville avant même que tu t'en aperçoives. Un jour nous pourrons aller partout avec nos enfants et leur raconter comment c'était quand il nous a fallu des semaine pour arriver où est notre maison."

"Notre maison. Imagine cela..." Il souleva son menton pour pouvoir embrasser ses lèvres. "Oh mon amour. Je le fais. Chaque nuit. Je le fais."

Oo FH oO

Les trois semaines suivantes furent les plus longues de la vie de Bella.

Ils avaient traversé des sections de piste beaucoup plus difficiles où les jours semblaient s'étirer comme des semaines mais être si près de la fin équivalait à de la torture.

"Cela n'a pas de sens," dit Bella aux autres femmes alors qu'elles étaient assises ensemble pour préparer le repas. "Nous avons dépassé le point le plus dangereux."

Elle tenait une des pommes de terre en l'air. De petites fermes commençaient à parsemer le paysage et elles avaient acheté les pommes de terre fraîches ce matin-là.

"Nous ne mourrons pas de faim. Même si nous étions bloqués, nous pouvons être secourus facilement même si l'hiver arrive tôt. Nous avons traversé la rivière Klamath il y a une semaine et c'était la dernière à traverser. Pourquoi suis-je si nerveuse ?"

Rosalie se rassit et prit bébé Jacob qui commençait à s'agiter. "Eh bien, les montagnes Siskiyou ne sont pas aussi difficiles que les Rocheuses mais elles ne sont pas faciles non plus. Je suppose que chacun d'entre nous pourrait chuter à flanc de montagne si nous ne sommes pas prudents."

"Tais-toi maintenant, Rosalie !" réprimanda Esmée. "Pas besoin de tenter le destin."

"Ce n'est pas un grand mystère pourquoi tu es si anxieuse..." dit Alice. "Tu reverras ton père dans une semaine, Bella."

A ce moment, les mains de Bella hésitèrent dans leur tâche et son cœur s'accéléra. Le désir qu'elle ressentait de voir son père était presque plus qu'elle ne pouvait supporter. Une semaine, c'était trop long.

Mais c'était aussi trop court.

Le lendemain, Carlisle resta à ses côtés. Bella fut surprise. Les choses avaient été gênantes entre eux depuis le mariage impromptu qu'il avait imposé. Il lui avait accordé une distance respectueuse et Bella n'avait pas jugé bon de la réduire.

Elle aimait toujours son père adoptif, bien sûr. Elle lui avait parlé quand il le fallait, elle avait eu peur pour lui la nuit horrible où Jacob était né et Alistair était mort. Mais elle avait été blessée. Elle était en colère mais elle était aussi une enfant qui avait perdu toute estime aux yeux de son père adoptif. Il n'avait pas confiance en elle et elle n'était pas sûre de savoir comment rétablir ce lien perdu.

Carlisle soupira doucement. "Es-tu nerveuse de voir ton père ? Je sais que tu es excitée mais peut-être as-tu un peu d'appréhension ?"

Bella regarda ses bottes. Elles étaient usées à plusieurs endroits. Elle pouvait sentir des rochers pointus sous ses pieds. "Tu veux dire parce que je lui reviens en femme souillée ?"

"Bella, ce n'est pas ce que je voulais dire."

"Ce n'est pas ça ?" Bella souffla un grand coup. "C'est ce qui me rend nerveuse."

Ils se turent tous les deux pendant quelques temps avant que Carlisle ne reprenne la parole. "Être père n'est pas une chose facile. On fait de notre mieux pour bien élever nos enfants. C'est l'espoir de tout père d'élever ses fils pour être le genre d'homme que d'autres pères choisiraient pour leurs filles. Et c'est l'espoir de chaque père qu'il choisira pour ses filles des maris qui s'occuperont d'elles et les soutiendront de la manière qu'elles méritent. C'est le devoir de tout père d'assurer le bonheur de sa fille et ce n'est pas une tâche que je prends à la légère.

Je dois admettre que je suis nerveux de voir ton père aussi. Je lui ai enlevé cette décision et il ne sera pas content." Carlisle s'arrêta net et mit sa main sur l'épaule de Bella pour l'arrêter aussi.

"Bella, je vais être honnête avec toi. J'aime Edward depuis que je l'ai rencontré. Il semblait être un homme bon mais je ne pouvais pas être sûr qu'il était assez bien pour toi, surtout vu la vie qu'il mène."

"Cependant, ces derniers mois ont mis fin à toute crainte que j'avais pour toi. Edward a été un bon mari et il m'a prouvé à maintes reprises que ta sécurité et ton bonheur sont primordiaux pour lui." Il offrit un sourire. "Plus que cela, le changement qu'il a fait apparaître en toi est remarquable. Le mariage te va bien, Bella."

Bella baissa la tête mais ses lèvres se relevèrent au coin. "Le mariage avec Edward," dit-elle d'une petite voix.

"Oui, tout cela a mieux marché que je ne l'aurais jamais espéré." Ils se remirent à avancer.

"Ton père ne sera pas content que le choix lui ait été enlevé mais il ne sera pas trop en colère, je crois." Il fit une grimace. "Au moins, pas contre toi. Il connaît Edward de son propre voyage et il a des yeux. Il ne lui faudra pas longtemps pour voir ce que je voie."

Il lui toucha brièvement le bras, un geste affectueux. "Il sera toujours aussi fier de toi, Bella. Je le sais parce que je le suis."

Bella s'arrêta, prise par le flot d'émotions que ces mots apportaient. Lorsque Carlisle se retourna pour voir pourquoi elle s'était arrêtée, elle jeta ses bras autour de lui et le serra très fort. Ses mains sur son dos étaient un réconfort qu'elle s'était refusé trop longtemps. "Merci."

Il l'embrassa sur le front. En se retirant, il lui prit le visage en coupe et lui caressa la joue avec son pouce, un geste tendre qui apaisa une grande partie de l'incertitude dans le cœur de Bella.

Oo FH oO

"Mon Dieu. Edward, regarde !"

Edward accéléra le pas pour rejoindre sa femme au sommet d'une colline. Dans la vallée en contrebas, il pouvait voir des bâtiments où une petite ville bourgeonnait dans la vaste étendue sauvage.

Bella mit son bras autour de sa taille, en s'appuyant sur lui. "As-tu déjà eu une si belle vue ?"

"Hmm. Je crois que j'ai vu mieux." Il mit sa main sous son menton, en inclinant sa tête vers le haut pour qu'elle le regarde. "Il y a tant de raisons pour lesquelles je suis heureux que ce soit mon dernier voyage sur la piste. Il y a eu beaucoup de belles vues mais aucune ne sera jamais aussi belle que lorsque tu y étais avec moi."

Son sourire s'élargit et elle inclina la tête vers le haut de façon invitante. Il prit cette invitation, se penchant pour l'embrasser et s'attarder.

Avec le piétinement constant des troupeaux, le grincement des roues des chariots et les gens, le bruit d'un cheval s'approchant d'eux était indiscernable. Edward était très occupé à embrasser sa femme comme il se doit lorsque quelque chose s'interposa entre eux. Il fut frappé à la poitrine et repoussé loin de Bella.

Edward était sur le point de protester lorsqu'il vit que la chose qui l'avait poussé était le canon d'un fusil de chasse. Un fusil de chasse qui était toujours pointé sur sa poitrine. Un fusil de chasse qui était pointé sur lui par un Charlie Swan furieux.