Yo,
R.A.R (Une review fera toujours plaisir):
Mira: Je suis contente de te revoir, merci pour ta review ! Tu as bien compris que l'on entrait dans le dernier acte et je suis ravie que le développement de l'histoire et des personnages te plaise. J'espère que cette suite qui concerne grandement Kuchiki te satisfera tout autant ! Bonne lecture à toi !
Trolocat: "L'enfer" je crois que ça définit bien l'ambiance de ce dernier acte ! Ton enthousiasme me fait chaud au cœur, merci de ton suivi et de ton engouement ! Ichigo aura besoin de ton soutien, je pense :) Mais d'autres événements arrivent en même temps, je te laisse le découvrir dans ce chapitre. Bonne lecture à toi !
Voici le chapitre 23. Bonne lecture à tous !
Quelques heures plus tôt
Keishicho
Bureau de Byakuya Kuchiki.
Quand Byakuya Kuchiki avait voulu sortir de l'hôpital, il était d'abord passé par la chambre adjacente à la sienne, celle de Rikichi. Mais il n'avait trouvé qu'un lit vide aux draps déjà ôtés. Une infirmière lui avait appris que le jeune homme était parti bien plus tôt travailler. Sur ce, Byakuya avait rejoint le Keishicho avec un certain soulagement. Si même son second, qui avait vécu les deux nuits les plus terribles de sa carrière – la première nuit fut sans doute celle de la Chambre des Péchés-, souhaitait toujours aller de l'avant, alors tout n'était pas perdu.
Il fallait en effet qu'il reprenne du poil de la bête, qu'il s'investisse assez pour agir efficacement et présenter des résultats concrets à la presse le plus rapidement possible. Il ne pouvait pas rester sur une défaite. Il ne pouvait clairement pas continuer comme ça.
En arrivant au poste de police, il reconnut des gardes à l'entrée et un service de surveillance accru. Le parking était bien plus vide que d'habitude. Sans doute devait-il y avoir beaucoup d'agents sur le terrain avec les perturbations de la veille.
Il passa sans problème les contrôles et entra dans le hall, d'habitude si bruyant en écho par la hauteur de son plafond. Pourtant, en passant les portes, Byakuya ne put que reconnaître un profond et presque étrange silence. Seuls ses souliers sur le marbre résonnaient au rythme de ses pas. Il prit l'ascenseur et fut aussi étonné du peu de personnes présentes à l'étage de son département d'enquête. Un rapide coup d'œil à son portable clarifia la situation : Shunsui lui rappelait qu'il serait toute l'après-midi sur le terrain, près du Palais de Justice en ruine, pour assurer la sécurité. Shunsui avait dû prendre ses hommes, comme Rikichi, par exemple, qui semblait aussi absent. Les personnes restantes travaillaient silencieusement à des rapports. Il tomba sur quelques regards fuyants et des murmures indiscrets à son égard. Puis il s'enferma dans son bureau.
Une petite surprise de mauvais goût l'attendait sur la table de travail. Un journal peu scrupuleux y était posé. La première page le montrait en photo, à genoux en sortant du Palais de Justice qui explosait, avec en gros titre :
"Le capitaine Byakuya Kuchiki : incompétent pour cette mission ?"
Il jeta le journal à la poubelle avant de s'installer à son fauteuil en soupirant. Il avait l'habitude de certaines piques de collègues peu satisfaits de son arrivée au poste. Pour beaucoup, il était le capitaine pistonné sans grande expérience et bien trop jeune. Nombre de lieutenants, de deux fois son âge, en avaient appelé au scandale à sa nomination. Une tension était toujours distincte dans son équipe et Byakuya se contentait de fermer les yeux et de refermer son cercle à certaines personnes de confiance. Au final, il avait appris à vivre avec ces reproches constants en fond. Ce genre de menaces de jaloux frustrés ne lui faisaient plus rien.
Il regarda en silence son ordinateur encore éteint. Il était motivé mais il était aussi déjà fatigué avant l'heure. En allumant, il verrait une tonne de mails de la part de tous les médias possibles. Il regarda d'abord l'écran du téléphone fixe posé à côté. Trente-six appels manqués. La journée allait être longue.
Ses yeux glissèrent sur le portrait rond près de la lampe de bureau. Sa femme était ravissante, comme toujours. L'image sembla lui redonner de l'aplomb. Même si l'enquête retombait à zéro et qu'un lourd travail l'attendait, il ne fallait pas que cela affecte sa motivation.
Mais, environ un quart d'heure plus tard, le silence propice à sa concentration prit fin. Il entendit soudain des cris étouffés, des gémissements et des bruits sourds, comme des corps tombant à terre. Il releva la tête et s'immobilisa, écoutant avec attention pour déterminer ce qu'il se passait et anticiper sa réaction. Puis il y eut encore des bruits de lutte. Une attaque ?! Mais, pourtant, il n'y avait aucun bruit, aucune alarme, aucun coup de feu !
Byakuya repensa à la fuite de Bazz-B la veille, aidé par de possibles complices parmi son équipe. Cela se pourrait-il qu'ils attaquent ? C'était insensé ! Pas si tôt ! Et pas dans un endroit pareil !
Il s'élança hors de son fauteuil et engloutit les quelques pas entre le bureau et l'entrée en une seconde. Il attrapa son arme dans la poche de sa veste accrochée au porte-manteau. Mais, au moment où il ouvrit la porte pour regarder ce qu'il se passait dans le hall, il n'eut le temps de voir que des corps d'officiers à terre, inconscients. Puis, soudain, il tomba à la renverse avec une violente douleur au visage.
— Jolie droite, Bazz-B. Vous autres, venez l'asseoir sur son fauteuil.
Le temps que Byakuya recouvre ses esprits, la porte du bureau avait déjà été fermée et plusieurs voix d'hommes qu'il connaissait retentissaient ici et là. On le tenait de partout pour le traîner le long de la pièce. Une main le hissa sur son fauteuil en tirant sur ses cheveux et une autre vint l'aider en lui arrachant presque la chemise pour le porter.
— Bien, nous revoilà enfin ensemble, Byakuya Kuchiki.
Il fut enfin temps de regarder, d'affronter la réalité. Car le capitaine le savait, tout basculerait au moment d'ouvrir ses paupières. Mais aucune préparation mentale n'aurait pu empêcher ses muscles de trembler, ses entrailles de se serrer, et son être de se sentir soudain gelé, aussi froid qu'un cadavre alors même que tous ses sens en éveil et son cœur battant faisaient jaillir la vie dans ses veines.
En ouvrant les yeux, il vit ce monstre qui avait fini par le hanter : Äs Nödt. Avec cette tunique en soie noire traditionnelle aux allures chinoises qui retombaient comme une robe autour de ses fines cuisses élégamment dessinées par un collant sombre surmonté de bottes en cuir à talon, le meneur d'Anarkheia revêtait une image féminine et assurée. Un délicat maquillage soulignait ses yeux de corbeaux, allongeant et recourbant ses cils. Ses cheveux de jais, enfin, si raides, retombaient au hasard dans son dos ou sur sa poitrine, voguant par-dessus ses bras croisés.
Byakuya revoyait pour la première fois Äs Nödt. Dans cette enquête, il était toujours arrivé après, comme à la Chambre des Péchés, pour sauver Ichigo et Grimmjow, et, récemment, au Palais de Justice. Il ne l'avait distingué qu'au travers du regard même de ses victimes. Il l'avait vu en Ichigo, dans sa peur à la moindre évocation de son nom ou dans sa haine après l'enlèvement de son frère jumeau. Äs Nödt provoquait cela chez les humains : la plus intensive émotion que l'on puisse exprimer. Soit la peur. Soit la colère. Rien d'autre. Et ces émotions, Byakuya les avait déjà ressenties des années auparavant.
Mais ce n'était pas exactement comme avant, le capitaine devait l'admettre. Là, l'aura qui s'échappait de lui était encore plus meurtrière et terrible. La dernière fois, Äs Nödt n'était qu'un vulgaire criminel. Byakuya se souvenait de son arrestation, immobilisé face contre terre, menotté et jeté dans un fourgon blindé, puis silencieux et aphasique dans sa cellule, et enfin faible, l'air presque mort à son procès, ses yeux ayant perdu leur éclat. Était-ce vraiment lui qu'il avait vu alors, ou était-ce déjà un tour de passe-passe pour tromper tout le monde et préparer son évasion ? Car force était de constater que, face à lui à présent, jamais Byakuya n'aurait pu déceler une quelconque faiblesse en son ennemi.
— Tu vas me faire rougir à me regarder comme ça…
Byakuya aurait voulu bouger, faire en sorte de ne plus regarder cet homme ou cette femme -peu lui importait-, mais on lui tenait furieusement les cheveux pour immobiliser sa tête. La seule personne qu'il pouvait voire, autre qu'Äs Nödt, était ce maudit Bazz-B qui se tenait contre la porte, bras croisés. Il lui souriait avec un air amusé et satisfait. Son regard semblait dire de manière moqueuse : "Je t'avais prévenu !".
Enfin, le capitaine entendit des rires de la part des hommes qui le tenaient. Avec un petit effort, il parvint à distinguer ceux qui le tenaient de chaque côté. Il reconnut les visages. Les uniformes. Des membres de son équipe. Cinq en tout. Certains dont le manque de fidélité ne l'étonnait pas, d'autres qu'il avait à peine remarqués depuis qu'il était capitaine. Mais, même chez les plus âgés, il restait estomaqué de comprendre en cet instant que les valeurs auxquelles ils avaient fait foi en devenant policier ne signifiaient plus rien pour eux et qu'ils étaient passés dans le camp ennemi.
— T'occupes pas d'eux, c'est moi qui t'intéresse, non ?
Äs Nödt souriait diablement en s'approchant dans une démarche féline jusqu'à Byakuya. Lui, était cloué à son fauteuil. Le criminel vint alors avec souplesse passer une jambe au-dessus de lui pour s'asseoir sur le bureau. Il se hissa avec agilité et se retrouva face au capitaine, les jambes croisées. Il prit son menton entre ses doigts et passa son pouce sur ses lèvres un instant.
— Je te l'avoue, j'ai été bien occupée ces derniers temps et cela fait un moment que je ne t'ai pas observé ; continua-t-il en caressant son visage ; Mais, il n'y a pas à dire, tu es encore mieux en vrai… Le visage si froid et impassible…
Il chuchota en se penchant un peu en avant :
— Ça me donne toujours envie de réchauffer tout ça.
Mais, à peine Byakuya eu-t-il le temps de comprendre le sens caché, qu'un des hommes vint le frapper au visage. C'était le plus vieux, le plus hargneux envers lui :
— Sal'té d'clebs de Kuchiki… Tous des beaux visages de marbre mais des foutues mauviettes…
Il cracha sur lui. Byakuya se sentit humilié.
— Pas de commentaires inutiles ; ordonna Äs Nödt en levant la main ; nous n'avons pas beaucoup de temps.
Byakuya desserra enfin les dents. Pas beaucoup de temps ? Que prévoyait-il maintenant ? Et ensuite ?
— Qu'est-ce que vous faites là ? parvint-il à dire d'une voix assez audible; tout le pays vous recherche et vous… vous venez dans le plus grand commissariat de Tokyo ?
— Mais pas le plus surveillé, je dois dire ; sourit Äs Nödt ; tu excuseras ma sentence critique mais il faut impérativement que papy revoit ses mesures de sécurité parce que là, c'est le comble du ridicule…
Byakuya Kuchiki fit en sorte de ne pas relever l'insolence envers son grand-père. Mais, d'une certaine manière, il devait bien le croire… Comment cette situation avait-elle pu arriver ?
— Qu'est-ce que… vous avez fait ?
— J'ai profité de l'enquête au Palais de Justice pour provoquer une petite erreur de communication. Tout le monde est tellement stressé une fois qu'une jolie bâtisse prend feu que forcément… on baisse sa garde trop facilement. Et pfiout ! Tout le monde a suivi les fausses directives que j'ai données en ton nom. Résultat : la majorité des agents est sur le terrain, actuellement ! Presque plus personne ici ! Ensuite, je n'avais qu'à appeler ma petite escorte et neutraliser la faible sécurité intérieure.
Äs Nödt se mit à rire en gardant la bouche fermée, et en posant sa tête sur sa main, accoudée à une de ses cuisses. Son autre main caressait quelques mèches éparpillées sur le front du capitaine, resté coi par l'explication.
— Excuse-moi pour la petite usurpation d'identité mais je n'avais pas le choix. Tu crois que tu vas être traîné dans la boue ? Les médias raffolent des scandales : « Monsieur le capitaine n'avance pas dans son enquête… », « Monsieur le capitaine ne sait pas mener une équipe… », tu imagines ? chantonna-t-il.
Il y eut de nouveaux ricanements de la part des traîtres. Ils n'en pensaient pas moins.
— Ne t'inquiète pas, cela ne durera plus pour longtemps. Je compte partir.
Byakuya ouvrit les yeux en grand. Avait-il bien entendu ? Que voulait dire ce « partir » aussi inattendu qu'incompréhensible ? Quitter Tokyo ? Le pays ? Alors qu'il venait d'initier un mouvement de panique et de rébellion dans toute la ville ?
— Oui, j'entends ton cerveau bouillonner ; sourit Äs Nödt ; tu es beau quand tu réfléchis à toute vitesse comme ça… Tu sais… je ne suis pas un vulgaire terroriste qui se complaît dans la tuerie de masse. Hier, j'ai fait passer un message. Les médias se sont bien chargés de le montrer au monde entier. Maintenant, Anarkheia n'a plus qu'à battre de ses ailes. Anarkheia, c'est tout le monde et personne à la fois, tu l'avais compris n'est-ce pas ?
Äs Nödt pencha lassement sa tête sur sa main, laissant tomber quelques mèches de cheveux sur son visage. En ce même temps, il descendit sa main sur la gorge de Byakuya pour la serrer lentement. Ce dernier sursauta mais fut bien vite immobilisé par les acharnés sur les côtés.
— Alors, tu vois bien que cette petite enquête ne mène plus à rien… Les purifications vont continuer, venant de toutes parts, et vous ne pourrez rien faire. Ce n'est pas avec ton petit badge de capitaine que tu comptais stopper Anarkheia, hein ? Ou alors… tu voulais m'avoir moi en pensant que tout cela se finirait comme par magie ? Que quand on coupe la tête du berger, le troupeau s'éparpille ?
Il rit un instant, et cela terrifia d'autant plus Byakuya.
— Tu es si naïf, ça me plait. Mais, je crains qu'il n'y ait que moi-même pour me stopper. Et quand je te dis que je pars, je pense que nous ne nous reverrons jamais. C'est une décision importante que j'ai prise, j'espère que tu en as conscience…
Il eut un instant une moue boudeuse et un regard plus sombre avant de retrouver cette étrange jovialité. Il dégagea ses minces jambes pour se remettre debout, tout près de lui :
— Donc ! Je voulais que l'on ait un dernier petit tête-à-tête, toi et moi !
Il glissa son index grand et maigre sur le bois sombre du bureau. Il s'arrêta soudain sur un objet. Un objet qui fit bouillonner de colère Byakuya alors qu'un nouveau coup venait de s'abattre sur lui car il se débattait.
— Il faut que l'on parle, oui… Dans l'intérêt d'Anarkheia, d'ailleurs… Tu ne pensais pas que tu allais en réchapper, tout de même, si ? Je sais tout, Byakuya Kuchiki. Et principalement ce qui te concerne…
Äs Nödt prit soudain le petit cadre photo qui trônait sur le bureau. Il regarda la belle Hisana en la sondant de ses fins yeux noirs :
— Ne touchez pas à ça ! hurla Byakuya, hors de lui.
— Allons, allons, ce n'est qu'une photo !
Il caressa le portrait délicatement en souriant presque tendrement :
— J'avoue avoir fouiné un peu pour savoir quel genre de femme pouvait te plaire, Byakuya Kuchiki. Et je suis tellement jalouse ! Une si magnifique femme, tu as dû passer de belles années avec elle…
— Tais-toi ! Arrête ça !
Le capitaine s'avança comme pour mordre cette main qui touchait le cadre mais un des policiers tira fermement ses cheveux longs pour le stopper. La réaction fit sourire Äs Nödt :
— Les veufs sont toujours les hommes les plus charmants : ils semblent respecter leur femme défunte au point d'en faire une déesse, c'est si touchant…
Il jeta le cadre sur le bureau et croisa ses bras, l'air indécis :
— Mais, souvent, c'est parce qu'ils ont commis quelque chose qu'ils regrettent…
Byakuya rouvrit les yeux, le cœur plus bondissant encore. Si Äs Nödt était face à lui… S'il parlait au nom d'Anarkheia… Allait-il être le temps de son jugement ?
— De quoi pourrais-tu avoir des remords, Monsieur le capitaine ?
Pas possible qu'il sache ?... Pas possible…
Soudain, Äs Nödt vint lui prendre le menton pour relever sa tête, forçant sur sa nuque. Byakuya aperçut son visage tout près, arborant un sourire fier et des yeux plissés, éclatants de charisme et de confiance :
— Tatata… Tu ne pensais tout de même pas être un petit ange, hein ? Comme quoi, l'uniforme ne lave pas les péchés… C'est vrai que l'on pourrait croire, quand on s'appelle Kuchiki, qu'on ne commet aucun écart, mais là…
Äs Nödt grimaça pour faire comprendre qu'il y avait une tache qui encrassait bien la tenue parfaite que Byakuya avait toujours voulu porter… Et qu'il connaissait bien cette tache… Et qu'il voulait le punir pour cela.
Il reprit d'une main le cadre photo et regarda encore une fois le portrait :
— Tu lui as fait beaucoup de mal, tu le sais sans doute…
Puis Äs se pencha à son oreille pour lui susurrer d'une voix faussement doucereuse et qui glaça immédiatement le pauvre capitaine de police sur place :
— Et pas qu'à elle, n'est-ce pas ?
Mais Byakuya n'eut pas le temps ni l'occasion de réfléchir plus. L'homme qui le tenait à la tête força sur l'arrière de son crâne soudainement et, d'un élan brusque en empoignant ses cheveux, frappa violemment son visage contre le bureau. Le coup fut aussi sec que rapide mais la douleur au front et au nez fut imminente. Byakuya cria et sentit bientôt un écoulement chaud à sa narine.
Désorienté, il entendit le petit rire d'Äs Nödt qui remit le cadre à sa place et claqua dans ses doigts.
— Contre le mur ; ordonna-t-il aux hommes qui maintenaient Byakuya, encore sonné.
Il ne put rien faire contre tant de mains violentes et immenses sur son corps raidi par la peur et la douleur. Pendant ce temps, Äs Nödt faisait claquer ses talons contre le sol en marchant à travers la pièce, bras croisés :
— Remontons le temps de quelques années. Ta femme et toi vivez le parfait amour. Achat d'une maison. Sans doute la volonté d'avoir un enfant et de fonder une famille… Mais le pire que vous pouviez tous les deux craindre va arriver.
Byakuya était adossé au mur, les bras en croix, tenu par ces traîtres de policiers. Le plus baraqué du groupe se tenait face à lui et préparait ses poings. Byakuya voyait la scène arriver clairement. L'homme attendait la permission de le frapper. Un ordre qui viendrait de la conteuse d'histoire qui se promenait, l'air satisfait, dans son bureau :
— Hisana est malheureusement atteinte d'une maladie dégénérative. Vous le saviez tous les deux mais vous aviez voulu tenter votre chance. Voir un peu ce que cela était de vivre une vie sans ce souci. Bien sûr, la maladie a fini par la rattraper.
Äs Nödt s'approcha de l'officier qui venait de se débarrasser de sa chemise pour rester en maillot de corps et qui fixait son ex capitaine avec une fureur et une folie terrifiantes. Il embrassa l'épaule de cette machine de guerre d'un mètre quatre-vingt en chuchotant :
— Tu peux commencer.
Aussitôt, Byakuya reçut un magistral coup de poing en pleine figure et cria comme pour faire mieux passer la douleur. Mais celle-ci s'intensifia à nouveau et son corps entier eut l'impression de subir cette force écrasante. Il lui était impossible de se débattre avec les bras en croix et s'il voulait s'affaisser, on lui mettait des coups dans les genoux pour l'obliger à se redresser.
— Le drame commence ; continua de narrer Äs Nödt ; Elle est la plupart du temps à l'hôpital. Tu fais le double de tes heures au commissariat pour payer les soins. Vous ne vous voyez plus. Et à chaque fois que vous vous rencontrez, cela finit toujours en dispute et en larmes.
Les coups cessèrent soudain. La main fraîche aux doigts fins du terroriste passa sur son visage, offrant un instant de répit au capitaine. Un instant de répit ? Non, par vraiment… Car si la douleur s'apaisait, les mots étaient toujours là, à lui rappeler douloureusement son passé.
— Tu n'arrives plus à suivre… Tu accumules tant de haine et de frayeur… Tu te sens inutile et ça t'énerves à un point qui te dépasse totalement… Et la voir si faible te tourmentes trop…
— Non… non… stop…
— Fais face à ton jugement, Byakuya Kuchiki….
La main fraîche fut retirée. Un nouveau coup de poing dans la mâchoire sembla la déboîter.
— Et un matin…
— Non… non…
— Elle ne se réveille plus, c'est ça ?
— Arrête !
Nouveaux coups. La douleur du cœur dépasse celle du corps mais elle est insoutenable.
— Et toi… ; continua Äs Nödt sans sourire ; Qu'as-tu fait à ce moment-là ?! Au lieu de pleurer ta femme, qu'as-tu fait ?!
Le ton était monté et les coups redoublèrent d'intensité. Äs Nödt semblait cette fois en colère. Plus de rire ni de voix doucereuse mais celle grave d'un juge qui clamait les crimes d'un homme à tout l'auditoire.
— Tu aurais dû pleurer plusieurs jours et plusieurs nuits… Rassembler la famille, honorer ta femme… Et au lieu de ça… Tu t'es senti si frustré ! Si débordant de hantise pour le monde entier ! La mort de ton épouse ne t'a a nullement ouvert à la sagesse ! Tu avais besoin de balancer ta colère à la figure de quelqu'un ! N'importe qui ferait bien l'affaire ! Et, autant saisir cette opportunité pour calmer ta frustration de mal alpha si imbu de lui-même ! Comme s'appelait-elle déjà ? Cette pauvre aide-soignante sur qui tu es tombé à l'hôpital juste après la nouvelle du décès. Alors que la peau de ton épouse était encore chaude !
Les coups arrivaient en rythme, à chaque fin de phrase comme le tambour solennel d'un soldat qui annonce la mort prochaine par décapitation du criminel après son jugement, sur les planches de la guillotine.
— Une jeune femme innocente… Isane Kotetsu… C'est son nom.
Byakuya pleurait. Il ne s'entendait pas. Il venait à peine de s'en rendre compte car le sang donnait déjà la sensation d'un liquide coulant sur sa figure tuméfiée.
— Un assaut violent. Les coups… Le viol… La peur dans son regard… Et toi… toi qui n'en avais rien à faire ! Qui n'as pensé qu'à toi ! Même pas à ton épouse ! À toi seulement !
Le capitaine hurlait mais rien n'y faisait. Il y avait toujours cette douleur dans son cœur. Cette douleur dans son corps. Et la voix d'Äs Nödt qui surpassait tout.
— Et qu'a fait cette pauvre enfant ? Rien… Elle n'a pas pu se défendre… Et elle a eu honte, elle n'a jamais porté plainte… Toi, tu ne t'es jamais dénoncé. Parce qu'un homme qui viole une femme, ça fait tache sur une carrière. Et sur une image de jeune veuf.
Un ultime coup finit de détruire son nez et Byakuya laissa sa tête frapper violemment contre le mur, propulsée par le coup de poing. Puis, soudain, on lâcha ses bras en croix. Byakuya s'effondra au sol, ses mèches retombant sur son front et ses joues collants de sueur, de larmes et de sang. Il entendit à peine les rires des hommes autour de lui.
La main fraîche réapparut sur son visage. Il la laissa balayer les mèches de cheveux et caresser son front comme un prêtre pour un baptême :
— Te voilà lavé de ta faute, Byakuya Kuchiki. Tu es à nouveau pur. Tu ne devais pas vivre avec cela plus longtemps. Sans doute aurais-je dû ordonner un pire châtiment mais que veux-tu… J'ai un faible pour toi et te savoir mort avant de partir ne m'aurait pas enchantée. Et puis… C'est aussi la faute de cette jeune femme car elle n'a pas mené la propre justice à laquelle elle avait entièrement droit. Elle a préféré se suicider… On m'a dit qu'elle avait ce genre de tendances depuis longtemps. Ce n'est pas uniquement ta faute, elle n'a jamais eu beaucoup de respect pour sa vie. Dommage… Je ne pourrai pas la purifier…
Byakuya avait mal au plus profond de son âme. Il ne sentait plus aucune énergie. Mais, quelque part, il se sentit aussi soulagé. Soulagé d'être vivant pour poursuivre ce terroriste… soulagé peut-être aussi, au fond, inconsciemment, que quelqu'un l'ait frappé pour le crime qu'il avait commis et pour lequel il voulait demander pardon chaque jour, tant à la victime qu'à son épouse qui avait gardé un amour si fidèle et sincère. Mais il était plus facile d'oublier, d'enterrer cela au fond de soi, plutôt que de faire face à la honte de sa vie. Il lui paraissait presque que ce châtiment était juste.
— Enfin, tu n'es peut-être pas encore tout à faire pur…
Byakuya ouvrit les yeux. Äs Nödt avait abandonné sa main de son visage et s'était remis debout en retouchant sa tunique pour la remettre droite ainsi que ses cheveux qui retombaient sur son torse.
— Ces chers messieurs ont eux aussi des problèmes à régler avec toi, je le crains. Pour cette part, je ne m'y connais pas bien assez alors je vais devoir te quitter… mais je leur fais confiance pour exécuter la volonté d'Anarkheia.
Le sang de Byakuya ne fit qu'un tour et soudain il fut remis debout par une force prodigieuse qui arracha légèrement ses vêtements.
— Non ! Non ! Arrêtez !
— Arrêter ? On a aussi notre justice à faire nous ! dit le plus vieux des cinq policiers qui l'entouraient maintenant ; Pour tout ce temps à nous ignorer, à nous donner des tâches ingrates et à nous pourrir la vie continuellement avec votre sale insigne de capitaine ! Vous n'êtes pas digne de ce titre !
Byakuya comprit qu'un nouvel assaut allait commencer. Il regarda Äs Nödt comme un dernier espoir pour s'en sortir. Mais ce dernier approuvait complètement. Il s'approcha une dernière fois de lui.
— Je dois y aller. Ichigo va bientôt venir à moi. Il va vouloir t'appeler mais je crains que tu ne sois indisposé. Alors nous nous rejoindrons seulement tous les deux pour parler un peu.
Il referma les quelques centimètres qui les séparaient pour l'embrasser chastement sur les lèvres, l'espace de deux secondes. Byakuya resta stupéfait et silencieux. Äs Nödt nettoya ensuite le sang sur ses lèvres et finit d'une voix plus douce et distraite :
— Je dois m'en aller maintenant, alors pas la peine de me courir après, cette fuite amoureuse a assez duré… Mais… J'ai vraiment été ravie de te connaître.
Un dernier regard. Un dernier sourire. Presque trop parfaitement exécutés. Presque véridiques.
— Alors adieu, Monsieur le capitaine.
Et il partit avec son bras droit qui n'avait pas bougé. Bazz-B lui lança un clin d'œil avant de fermer la porte du bureau. Une seconde plus tard, les coups reprirent.
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Quelques heures plus tard.
Keishicho.
Arrivé à l'étage où travaillaient le capitaine Kuchiki et son équipe, Grimmjow fut étonné d'un bruit qui semblait retentir d'autant plus fort dans le silence des bureaux. Il reconnut de suite le phénomène : quelqu'un se faisait frapper. Il ne se donna pas même le temps de voir les quelques corps allongés par terre, contre leur bureau. Il ne pensa qu'à engloutir le plus rapidement possible les quelques mètres entre l'ascenseur et la porte du bureau de Kuchiki car les bruits semblaient venir de l'intérieur. Il ouvrit la porte, les yeux grands ouverts sur la scène qui se découvrit sous lui.
Le capitaine Byakuya Kuchiki était méconnaissable. Il était tenu par trois hommes. Un à chaque bras pour l'immobiliser. Un autre avait du sang sur la main et relevait la tête pendante du pauvre homme en tirant sur ses longs cheveux d'ébène. La victime faisait peine à voir. Certaines mèches retombaient sur son visage pâle. Ses yeux et sa bouche étaient plissés dans une grimace de douleur. Du sang maculait sa peau, de son arcade sourcilière à ses narines jusqu'à sa lèvre explosée. Il ne disait rien, il avait encaissé des coups et tenait à peine sur ses jambes, risquant de tomber à chaque instant si les trois hommes ne le retenaient pas. Des hommes… en uniformes. Un autre policier au poing fermé était face à Byakuya et se tourna soudainement pour fixer le bleuté qui venait d'entrer et de les interrompre.
L'instant d'après, Grimmjow reçut par derrière un violent coup à la nuque et tomba à terre. Tout devint noir.
— Putain, les mecs, c'est qui ce type aux tifs bleus ? Je m'absente une minute pour aller pisser et faut déjà qu'il y ait une merde ?!
Un homme bedonnant et au nez en fraise se tenait à l'embrasure de la porte, sa boucle de ceinture d'une main et une flasque d'alcool dans l'autre.
— Laisse tomber, c'est un des deux connards rescapés, on n'a qu'à s'occuper de lui aussi…
— Attendez… doucement, là. Il nous a rien fait ce type ; éclaira un type un peu moins musclé que les autres.
— Toi, p'tite merde, tu vas pas m'emmerder longtemps ; fit le plus vieux qui envoya un autre coup de pied dans les côtes de Byakuya ; si t'es pas capable de suivre, tu dégages. Cette idée d'Anarkheia c'est une putain d'bonne opportunité pour calmer ses nerfs une bonne fois pour toute. Et Kuchiki va bientôt être qu'une loque. Si j'peux m'défoncer sur une nouvelle proie facile, j'le ferai et tu m'en empêcheras pas !
OoOoOoOoOoOoOo
Au même moment
Sur la route
Il allait bientôt arriver. S'il avait vu juste, Äs Nödt y serait. Il devait le tuer là-bas. Là où il avait été abandonné, dans cette forêt sombre et immense dont il ne se souvenait que de l'odeur du bois brûlé et des rayons du soleil couchant perçant les troncs et les feuillages.
Il sortit de l'autoroute sans même décélérer. Il devait se dépêcher pour arriver à temps. Pour le retrouver.
Il profita du peu de monde sur les routes pour appuyer sur la pédale de vitesse avec plus de véhémence encore, dépassant à toute allure un panneau qui indiquait l'arrivée dans quelques kilomètres de la Forêt Aokigahara.
