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Nino estimait qu'il était quelqu'un de patient. De la patience, il en fallait quand on sortait avec Alya Césaire. Il l'avait appris à ses dépens. Lorsqu'il avait dû la suivre dans ses folles aventures, quand il devait l'écouter partir à des kilomètres de son idée originale, quand il devait passer des heures au téléphone avec elle pour peaufiner son article, quand il devait l'aider à garder ses sœurs jumelles… Dieu qu'il avait de la patience. Mais cette patience, ce n'était pas quelque chose de nouveau. Il l'avait appris plus jeune, quand il trainait avec Bridgette et Marinette. Nino avait acquis une montagne de patience avec elles. Les deux tornades en avaient fait voir de toutes les couleurs au pauvre petit garçon qui partageait leur quotidien. Mais il avait adoré chaque instant, chaque minute et chaque seconde. Et, avec du recul, il chérissait encore plus ces instants passés tous ensembles. C'étaient des moments précieux. Il croyait que seuls ses souvenirs gardaient traces de ces instants. Mais ça, c'était avant de tomber sur une boite dans la chambre de Mari'. Une boite qu'il avait déjà vue lorsqu'il l'avait aidé à défaire ses affaires il y a bientôt un an. Mais une boite qui était restée fermée. Une boite qui l'avait nargué tout au long de la scolarité quand il venait chez elle. Une boite qu'il pouvait enfin ouvrir.
Quand il était arrivé chez Marinette ce dimanche après-midi pour passer du temps seul avec sa meilleure amie, Nino avait été agréablement surpris de la voir allongée à même le sol de sa chambre, la boite entre-ouverte à côté d'elle, un panneau de liège juste en face d'elle. Le cadre était décoré avec un de ses design – il reconnaissait sa signature artistique à des kilomètres si on le lui demandait - et la voir concentrée sur sa tâche, complètement inconsciente de son environnement le ramena des années en arrière quand elle dessinait pendant leurs après-midi jeux. C'était attendrissant. Et Nino ne voulait pas être celui qui brisait sa petite bulle de bonheur. Alors, silencieusement, il entra dans sa chambre, fermant doucement la trappe et l'observa quelques instants. C'est elle qui le remarqua. Elle lui lança un sourire amusé quand elle se redressa et vint l'enlacer.
« Tu es là depuis longtemps ?
- Quelques minutes, pas plus Nettie. Tu travailles sur quoi ?
- J'ai pensé que nous pourrions faire un pêle-mêle de photos pour décorer ma chambre. Je sais qu'Alya fait toujours pleins de photos alors je voulais commencer avec d'anciens souvenirs et en ajouter au fur et à mesure de l'année. Tu es partant pour un petit voyage dans le passé ? Sourit-elle.
- Depuis le temps que je voulais savoir ce qu'il y a dans cette boite. S'amusa Nino. Par où on commence ? »
Ils s'installèrent sur le sol, l'un en face de l'autre. Nino était excité et Mari' n'arrêtait pas de lui lancer des regards amusés. Étant à l'aise sur le sol, Marinette s'empara de la boite et la lui tendit.
« À toi l'honneur du coup. »
Le léger sourire sur ses lèvres fit fondre le cœur de Nino. Il prit la boite avec tendresse, la posa entre eux deux, à côté du pêle-mêle, et prit une première poignée de photos. Les souvenirs revinrent en force.
Sur la première photo, ils étaient tous les trois. Pas plus d'un an. Les trois avaient de la nourriture partout sur le visage, si ce n'est dans les cheveux. Leurs bavoirs étaient recouverts de purée également et on voyait Tom et la mère de Nino en train de grimacer. Bri' semblait pleurer à grosses larmes et Nino et Mari' jouaient avec leurs purées.
Sur la seconde, ils étaient encore tous les trois. Cette fois, plus vieux. Ils avaient tous les trois leurs petits cartables à leurs pieds, un grand sourire aux lèvres et des tenues flambant neuves sur eux. Indéniablement, c'était la première rentrée des classes. Les doudous dépassaient des sacs.
Plus les photos passaient et plus les souvenirs remontaient. Que ce soit lors d'une bataille d'eau, lorsque Nino avait le bras dans le plâtre, des sourires, des pleurs, des dodos dans des endroits improbables, des déguisements d'halloween ou de mardi gras, des photos lors des kermesses de l'école… Peu importe les photos, ce n'était que des souvenirs qui étaient chers à leur cœur. Au fur et à mesure que l'après-midi passait, les rires remplissaient la pièce en se remémorant un peu plus de chaque souvenir. Les détails s'entrechoquaient entre les deux adolescents et, rapidement, c'est comme s'ils retraçaient une ancienne vie. Plus les années passaient dans les photos et plus Bridgette se faisait absente ou avait l'air plus fatiguée. Les rires se calmèrent, laissant place à une nostalgie un peu triste. D'un regard, les deux amis se promirent de ne pas pleurer, de rester positif. Sur chacune de ces photos, Bri' était radieuse malgré les traces de sa maladie. C'était tout ce qu'il fallait retenir. Vers seize heures, le pêle-mêle était rempli de moitié. Quelques photos de leurs vacances d'été ensemble ont été ajouté. Cette année-là à la montagne, en train de souffrir dans une montée vertigineuse, le sac à dos pesant une tonne. Cet autre été à la mer, les pieds dans le sable, un écouteur dans une de leurs oreilles pour écouter la même chanson. Les soirées du camping dans le Cantal lors de leur douzième année. Tous les étés étaient représentés par une photo. Tous les Noëls fait ensemble aussi.
Un second pêle-mêle était en cours de construction, pour que de nouvelles photos de l'année passée et pour les futures années soient ajoutées. Nino en avait sur son portable. Ils les imprimeraient sur la mini-imprimante de Mari' après le gouter. Des crêpes et un thé glacé plus tard, ils étaient de retour dans la chambre. Adossés tous les deux contre la méridienne de Marinette, ils observaient silencieusement les photos éparpillées un peu partout autour d'eux. Nino prit une photo où il avait son plâtre au bras.
« Je ne me souviens même plus comment je me suis réellement cassé mon bras. Et, avant que tu ne redises quoique ce soit, je suis persuadé que je n'étais pas si nul que ça en roulade. Ce n'est définitivement pas comme ça que j'ai cassé mon bras.
- Si tu le dis. Renifla Mari' en prenant une autre photo.»
S'en était une à l'hôpital, un an avant que Bri' ne meure et ne quitte plus cet endroit avec sa sœur jumelle, lors d'un examen de contrôle. Elle souriait et faisait une bataille de pouce avec Nino. On voyait son reflet dans le miroir d'en face, en train de prendre la photo. C'était un souvenir très clair pour Marinette. Sa propre mère n'avait pas pu les amener ce jour-là. La mère de Nino s'était proposée. Ils avaient passés plus d'une heure à l'hôpital mais ils avaient eu l'impression que cela n'avait duré que cinq minutes tellement ils s'étaient amusés. Oui, c'était bizarre à dire : ils s'étaient amusés à l'hôpital.
Nino la coupa de ses pensées.
« Tu te souviens ? Quand nous avons appris pour le cancer de maman, j'ai passé des jours renfermés sur moi-même. »
Comment ne pas s'en souvenir ? Ces jours faisaient partis des souvenirs intacts dans leurs mémoires, à lui comme à elle.
« Bri' et toi êtes venues tous les jours me voir. Même si nous ne parlions pas, vous restiez à mes côtés sans un mot. Juste à être là. »
Le silence entre les deux était apaisant. Il dura quelques secondes avant que Nino ne reprenne.
« Tu es restée à mes côtés lorsque ma maman est décédée Mari. Silencieusement, parce que tu savais que c'était ce qu'il me fallait. Tu étais là, à mes côtés alors que ta sœur était sur son lit d'hôpital.
- Tu avais besoin de moi Nino.
- Et j'ai l'impression que je ne suis pas là pour toi quand tu en as besoin. Soupira-t-il tristement.
- Tu as toujours été là Nino. Quand Bri est morte, tu étais avec moi. À chaque seconde. Sérieusement, on prenait même nos bains ensemble ! Sourit-il avec tendresse.
- Je ne t'accompagnais pas aux toilettes. Taquina-t-il.
- Seul moment de solitude. Mais je sais que tu restais juste à côté. Tu as toujours été mon rocher, tu sais ?
- Tu es sûre ? »
Il lui lança un regard en coin, le regard empli d'une tendresse qu'elle seule pouvait lui faire ressentir. Dans son regard, Mari' y vit les sous-entendus. Nino était patient. Il le savait, elle le savait. Toutefois, il y a toujours un moment où la patience s'effritait. Marinette avait assez fuit. Elle posa sa tête sur son épaule et croisa ses doigts aux siens. Nino commença à faire de légers mouvements pour la rassurer. Pas besoin de mot.
« Je connais le gars qui est venu me parler Vendredi. Admit-elle après un long moment de silence, la voix pas plus haute qu'un murmure. C'était un voisin en Chine… et il est vite devenu mon petit-ami lorsque je suis arrivée dans son collège un deux ans après notre déménagement. »
Elle se rétracta sur elle-même, honteuse. Nino ne broncha pas, conscient qu'il fallait lui laisser le temps de parler. Alors, il continua de lui caresser la main et encaissa le coup silencieusement.
« Notre relation a duré un peu plus de deux ans. Mais, dès le début, les choses ont dégénérées et je n'ai rien vu. »
Et là, elle ouvrit les vannes. Elle le lui devait bien. Elle lui raconta tous les détails qui lui revenaient en mémoire. Les paroles blessantes, les crises de jalousie dès qu'un autre homme lui adressait la parole, la surveillance continue, les humiliations enveloppées de miel pour que personne ne se doute que c'était malveillant… C'était du harcèlement pur et simple, de l'intimidation. Elle lui expliqua qu'elle s'en était rendu compte que très tardivement, malgré les alertes lancées par Mei, la sœur de Wang. Pourtant, ayant subie les brimades de Chloé depuis sa plus tendre enfance, elle aurait dû mieux savoir. Elle s'en voulait d'avoir été si aveugle, si idiote et si naïve. Encore une fois.
Elle le rassura longuement sur le fait qu'il avait toujours été à ses côtés, que lui seul l'empêchait de fondre en larmes dans les jours les plus durs, que lui seul l'avait empêché de sombrer, et que lui seul lui avait fait ouvrir les yeux lorsqu'il avait commencé à parler d'Alya. Il avait été l'élément déclencheur, il l'avait soutenu à distance sans s'en rendre compte. Parce que c'était ça leur relation. Un soutien indéfectible, sans faille, dans n'importe quelles conditions et circonstances. Même sans le savoir. Juste la présence de l'autre suffisait. Et elle savait qu'il comprenait parfaitement ce sentiment.
« Pourquoi tu ne m'en a jamais parlé Nettie ? » Demanda-t-il en déposant un baiser sur le haut de sa tête et en l'attirant un peu plus dans ses bras.
C'était confortable. Et ces instants volés ensemble étaient de plus en plus rares avec l'âge et leurs amoureux respectifs.
« J'avais honte. Je crois. Ou je savais que ce n'était pas bien et j'avais peur.
- Peur de quoi ? Tu sais que je ne t'aurais pas jugé. »
Elle haussa les épaules et n'osa pas répondre. Ce n'était pas ça. Elle savait qu'il serait resté à ses côtés. Quoiqu'il arrive. Quoiqu'elle fasse. C'était juste…
« Tu me manquais. Horriblement. Et j'étais malade d'être partie en te laissant. J'avais besoin de toi et je savais que c'était réciproque. Je crois que je ne voulais pas t'ajouter ça en plus. Je ne sais pas. Je suis tellement désolée Nino. »
Pour seule réponse, il la serra encore plus dans ses bras, lui promettant de la protéger de ce mec et qu'Adrien ne serait plus le seul à s'opposer à lui.
« Le père d'Adrien est-il déjà au courant que vous sortez ensemble du coup ? Demanda Nino en s'écartant pour étirer ses jambes. Parce que vous n'avez pas vraiment été très discrets vendredi. Sourit-il malicieusement. Pas que je me plaigne. Depuis le temps que je veux faire de vrais doubles rendez-vous avec vous deux.
- En fait, nous avons été le lui dire vendredi soir. Grimaça-t-elle. J'ai passé une partie de la journée hier à la séance photo d'Adrien avec les autres mannequins vedettes de cette collection… J'y ai croisé Chloé, Lila qui est jumelée avec Adrien et qui était bien trop collante…
- Serait-ce de la jalousie que je vois sur ton adorable visage ? Se moqua Nino.
- Tu l'aurais vu faire ce qu'elle lui faisait, tu aurais déjà sauté sur elle. Railla-t-elle. Pour en revenir aux mannequins, le gars qui est jumelé à Chloé… est Wang. Avoua-t-elle, retenant un frisson.
- Tu l'as revu ?
- Il n'a rien pu faire ou me dire, ne t'inquiète pas. M. Agreste est au courant de notre passif et a voulu me tester. Il ne m'aime pas trop…
- Le jour où ce mec aime quelqu'un d'autre que lui-même, Paris aura été frappée par une météorite et ce sera la fin du monde. Marmonna Nino dans sa barbe. »
Mari' rigola doucement, lui donnant un coup d'épaule. Elle prit une nouvelle photo dans les mains sans vraiment la voir.
« Je… je n'ai plus peur de lui. Enfin, si, un peu. Mais…
- Tu n'es plus toute seule. Lui assura Nino avec douceur.
- Et c'est là toute la différence. Sourit-elle franchement en le regardant droit dans les yeux. J'ai repris confiance. Je ne suis plus celle qu'il a connu.
- Bien dit Dudette. »
Il lui tendit son poing et elle ne se fit pas prier pour frapper le sien contre. Ils rirent une nouvelle fois, heureux d'avoir pu mettre les choses à plat entre eux.
« J'imagine que tu dois faire un compte-rendu à Alya tout à l'heure.
- Hum… tu la connais que trop bien. Grimaça-t-il. Je ne vais rien lui dire si tu ne le veux pas. C'est ton histoire à partager. Ce n'est pas à moi de décider à qui la raconter ou non.
- Honnêtement, je n'ai pas très envie de la raconter une fois de plus. Adrien est déjà au courant et Al' pressent déjà quelque chose. Autant lui dire maintenant avant que les choses n'aillent trop loin.
- Tu crois que Wang va essayer de saboter ta relation avec Adrien. Pressentit Nino.
- Je ne crois pas. Rit-elle faussement. J'en suis sûre. »
Ils s'observaient quelques instants supplémentaires, chacun prenant conscience de ce qui allait arriver par la suite. Nino ne le connaissait pas autant que Mari', alors il ne savait pas vraiment jusqu'où il était prêt à aller. Mais si Mari' était inquiète, il n'allait certainement le sous-estimer. Il n'approcherait pas sa meilleure amie. Hors de question. Ni son meilleur ami d'ailleurs. Et Alya serait un adversaire redoutable face à lui.
« Elle va m'étouffer. Se plaignit faussement Mari'.
- Qui ? Rit Nino.
- Alya. Quand elle apprendra toute l'histoire. Elle va me sauter dessus et m'étouffer dans des câlins dès demain matin. »
Nino éclata de rire pour de bon. Le pire, c'est qu'il ne pouvait pas le nier. Son regard fut attiré par une autre photo, lui donnant une idée.
« Sauf…
- Sauf ?
- Sauf si on détourne son attention. »
Avec un air plein de malice, il prit la photo et la mit devant les yeux de Marinette. Elle fronça les sourcils, ne voyant pas où il voulait l'amener.
« Alya adore le sucré. Vous êtes d'horribles addictes au sucre toutes les deux. »
Le regard de Mari' se posa alors que le gâteau présent sur la photo. Le fameux gâteau au chocolat de la mère de Nino. Une tuerie. Seule elle avait le secret qui le rendait si bon. Et la recette aussi.
« J'ai trouvé la recette. Continua Nino, comme s'il lisait ses pensées. Et avec tes talents de pâtissière, je suis sûre que nous pouvons détourner son attention pour te laisser le temps de respirer entre chaque câlin d'ours qu'elle te fera. »
Cinq minutes plus tard, ils étaient dans les cuisines de la boulangerie, un papier devant eux et un stylo dans la main de Marinette. Elle lui demanda de lister les ingrédients et les étapes, chose que Nino connaissait par cœur à force de l'avoir lu au cours des dernières années par nostalgie. Quand la recette fut de nouveau notée, ils prirent chacun des ingrédients et se lancèrent dans la confection du gâteau.
Nino quitta la boulangerie lorsque la nuit était tombée. Mari' sortit de la boulangerie à sa suite, un sourire aux lèvres et le gâteau emballé dans son carton. Nino s'en empara avant qu'elle ne le fasse tomber et la prit dans son bras vacant pour un câlin. Il déposa un baiser son sa tempe et la laissa pour la soirée.
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Pour une fois, elle était en avance à l'école. Et, pour une fois, elle regrettait d'être arrivée si tôt. Pourquoi ? Parce que tous les regards se tournaient vers elle quand elle passait et les chuchotements étaient clairement à son sujet. Clairement, Marinette était mal à l'aise. Le pire dans tout ça ? Elle ne voyait ni Nino ni Alya pour leur demander ce qu'il se passait. Sa première pensée était que ces étudiants l'avait vu avec Adrien vendredi midi et que la rumeur comme quoi ils sortaient ensemble avait déjà fait le tour de l'école. Mais vu les regards haineux, ce n'était sans doute pas ça. Non ? À moins qu'il ne soit tous fan d'Adrien et qu'ils la jugeaient insuffisante pour lui… Encore.
« Fille ! »
Le cri d'Alya put à peine la prévenir. Avant même qu'elle n'ait finit de se retourner, la rousse s'était jetée sur elle. D'un cri, Mari' perdit l'équilibre et tomba brutalement au sol, Alya toujours sur elle. Mais elle restait imperturbable alors que la franco-chinoise grognait doucement. Alya, elle, serrait encore plus son emprise sur sa meilleure amie.
« Nino m'a tout raconté. Je suis tellement, tellement, tellement désolée pour toi. Tu peux compter sur moi pour lui faire bouffer…
- Calme-toi Al'. Arriva Nino en tendant ses deux mains pour relever ses dudettes. Tu l'étouffes.
- Où est l'appât Nino ? L'appât ! »
Alya la regarda suspicieusement alors que Nino éclatait de rire et sortait la petite boite contenant le gâteau de son sac. Alya regarda la boite et fit vaciller son regard entre les deux amis d'enfance.
« Qu'est-ce que c'est ? »
Ils échangèrent un regard conspirateur et Nino ouvrit la boite. Al' aurait presque pu commencer à saliver devant le gâteau qui avait l'air délicieux. Seulement, elle était trop préoccupée pour sa meilleure amie. Hésitante, elle regarda la pâtisserie puis Mari. Plusieurs fois de suite. À tel point que Marinette se mit à rire et passa son bras sous celui d'Alya pour se coller à elle.
« Je vais bien Al'. Promis. Vous êtes là, c'est tout ce qui compte.
- Ce type est un connard.
- Je ne peux pas te contredire. Sourit-elle sans réelle joie. Mais je compte bien ne pas le laisser m'atteindre cette fois.
- On sera toujours là pour toi.
- Je sais. »
Mari' l'embrassa sur la joue et la prit pleinement dans ses bras. Elle était tellement heureuse de l'avoir comme amie. Attendrit, Nino laissa échapper un « Oooow » avant d'être engloutit à son tour dans le câlin. Les murmures autour d'eux augmentèrent un peu plus.
« Quelqu'un sait ce qui se passe ? Murmura Mari à ses deux meilleurs amis.
- J'ai aussi droit au câlin collectif ? »
La nouvelle voix envoya une grosse vague de froid dans le cœur de Mari'. Nino et Alya la sentirent se tendre et levèrent le regard vers l'intrus. Le sang de Nino ne fit qu'un tour. Entre le fait qu'il ait parlé mandarin, dont il maitrisait quelques mots grâce à Mari, et le fait de l'avoir reconnu comme étant celui qui avait parlé à Mari' vendredi dernier, c'était largement suffisant pour qu'il comprenne qui il était.
« Espèce de… Commença-t-il en se dégageant de l'emprise des filles et en commençant à se diriger vers Wang.
- Nino, non. La coupa Marinette. »
Ils échangèrent un regard et Nino prit une grande inspiration pour se calmer. Alya se posta subtilement devant Mari', comme pour la protéger du regard de cet homme. Cela réchauffa le cœur de la brune. Elle posa sa main sur le bras d'Alya, afficha un léger sourire rassurant à Nino et se tourna vers Wang.
« Qu'est-ce que tu fous là Wang ? Siffla Mari en français pour le perturber, croisant les bras sous sa poitrine.
- Je suis venu terminer mon dossier d'inscription. Répondit-il dans un français très approximatif. Surprise ? »
Le trio le dévisagea, partagé entre l'horreur et la colère.
« Ton… ton inscription ? Ici ? »
Toute la bonne volonté de Marinette commençait à s'effriter. Le croiser de temps en temps, okay. Elle pouvait gérer. Mais tous les jours ? Dans son lycée ? L'angoisse commença à monter en elle. Sa respiration devint un peu plus difficile. Et Wang le voyait. Un sourire suffisant se dessinait sur ses lèvres. Les doigts d'Alya se lièrent au sien et le bras de Nino s'enroula autour de sa taille. Juste leur présence la rassura et réussit à la calmer. Le regard imperturbable, Mari' dévisagea Wang sans vaciller. Son sourire disparu.
« Je commence en Septembre vu que l'année est finie d'ici deux semaines. Confirma Wang. Écoute chérie…
- Ne t'approche pas. Menacèrent Alya et Nino d'une même voix. Et ne l'appelle pas « chérie ».
- On se calme les cerbères. Railla-t-il en arrêtant son mouvement. Tu n'as plus besoin d'être avec tes soi-disant petits amis.
- Qu'est-ce que tu racontes ? S'énerva Mari. Je sors avec Adrien et seulement Adrien. Ça fait du bien de le dire à voix haute. Pensa-t-elle en souriant.
- Ah oui ? Pourtant ce n'est pas ce que tout le monde pense. »
Elle haussa un sourcil en le regardant prendre son portable. Il le déverrouilla et alla chercher ce qu'il voulait dessus avant de retourner l'écran vers elle et ses amis. Ils se figèrent. Devant eux, un post twitter avec une photo d'elle et Nino la veille au soir, le bras de ce dernier autour d'elle et ses lèvres sur sa tempe. En légende, rien de moins qu'un « AdrienAgreste trompée par sa petite-amie. Il mérite tellement mieux qu'une fille comme cette Marinettedesign » et une multitude de commentaires qui devaient être tout sauf amicaux. Le cœur de Mari' se brisa. Elle lança un regard autour d'elle et comprit la cause des murmures autour d'elle.
« Tu ne dis rien Alya ? Intervint Anabelle, une fille de leur classe. Ton petit-ami te trompe avec ta meilleure amie. Tu mérites tellement mieux aussi. »
Alya éclata de rire, perturbant l'ensemble des personnes autours. Wang se renfrogna. Alya se calma rapidement et se colla un peu plus à Marinette.
« Ces deux-là sont comme des frères et sœurs. Aucune chance qu'ils puissent sortir ensemble. »
Mari' et Nino échangèrent un regard avant de se sourire. Le métis se décolla d'elle et posa une main sur son épaule, prenant un faux air désolé.
« Désolé Nettie, mais sortir avec toi serait comme sortir avec ma sœur. Tu ne m'en veux pas ?
- Je préfère les blonds aux yeux verts. Sourit-elle avec un clin d'œil. »
Il rit aussi et se tourna vers Wang.
« Lancer de fausses rumeurs sur nous ne changera rien. Adrien est comme mon frère et Mari' comme ma sœur. Sans compter qu'Aya est tout pour moi. Jamais je ne les trahirai comme ça. Et tu peux essayer en imaginant le couple Alya/Adrien, tu te casseras les dents aussi.
- Vous… vous ne sortez pas ensemble ? Bredouilla Anabelle, gênée.
- Absolument pas. Nia Nino avec véhémence, se tournant vers elle et en la pointant du doigt. Et j'ai du mal à croire que tu sois tombée dans le panneau si facilement. Toi ainsi que vous tous. Éleva-t-il la voix en les regardant tous. Mari' n'est pas ce genre de femme et vous devriez le savoir. Et je ne suis pas du genre à tromper non plus.
- Ce sont tous des idiots. Intervint Kim en s'approchant d'eux trois, arrivant tout juste au lycée. Tout va bien ? Demanda-t-il en fixant de haut en bas le chinois.
- Il allait partir, ne t'en fait pas Kim. Sourit Mari'. En tout cas, bien tenté Wang mais tu ne m'auras pas comme ça.
- Le pire, rigola-t-il, c'est que ce post n'est même pas de moi. »
Marinette fronça les sourcils, se demandant de qui il s'agissait alors. Elle s'attendait à un tel coup bas de sa part. Si ce n'était pas lui, alors qui ? Elle ne reconnaissait par le nom de la personne qui avait posté ça. Dans tous les cas, vu le nombre de commentaires et de partages, elle ne doutait pas que Gabriel allait s'en mêler. Et ça la fatiguait d'avance !
« Tu sais chérie, reprit Wang en s'étant approché d'elle bien que Nino, Kim et Alya l'encadraient. Je te pardonne pour ton petit écart. Je comprends, je t'assure.
- Qu'est-ce que tu racontes encore ? Siffla-t-elle entre ses dents.
- Je te manquais alors tu as décidé de me trouver un remplaçant. Sourit-il avec une fausse sympathie.
- Ne prends pas tes rêves pour des réalités. Nous ne sommes plus ensemble. »
Son sourire s'agrandit. Il leva la main pour lui caresser la joue mais elle se recula. Prenant ça comme un signe que quelque chose n'allait pas, Kim se déplaça et se mit entre elle et lui. Il le fusilla du regard.
« Quelque chose me dit que tu n'es pas vraiment autorisé à t'en approcher autant. »
Wang le dévisagea, inspira et se détourna pour sortir de la cour. La sonnerie n'allait pas tarder à se faire entendre et il avait une séance photo dans quelques heures. Il était attendu au siège de l'entreprise pour sa préparation. Il fit quelques pas pour la dépasser. Avant de quitter l'établissement, il se stoppa et tourna son visage vers elle.
« Chérie, je comprends parfaitement que tu veuilles croire que tu l'aimes. Mais tu es amoureuse de son statut et de sa belle gueule, rien de plus. Avec le temps, tu te rendras de nouveau compte que c'est moi qui suis fait pour toi. Il se lassera de toi, comme de toutes ses autres copines.»
Un faux regard attendri, un petit sourire en coin faussement amoureux. S'en était écœurant. Mais désormais, elle pouvait voir le mensonge dans ses gestes. Avant qu'elle n'ait pu dire quoique ce soit, il enchaina.
« Je t'attendrais et regagnerais ton cœur. »
Il quitta la cour sans que rien ne puisse être répondu. Les poings de Marinette se serrèrent alors que son sang bouillonnait de rage. Maintenant qu'elle était sortie de son emprise, elle voyait clairement à quel point il était possessif et à quel point il la contrôlait. Même après plus d'un an loin de lui, sa voix déclenchait encore des frissons sur elle. Si, à l'époque, elle prenait ça pour des frissons positifs, elle était convaincue qu'il ne s'agissait que du dégoût et de la peur désormais. Une seule touche de lui et elle se recroquevillerait sur elle-même. Son cerveau avait passé une étape, refusant d'avoir peur de lui. Mais son corps, lui, n'avait pas encore dépassé ce stade. Et ce constat l'effarait. Une fois de plus, elle se sentit honteuse d'être tombée dans le panneau.
La colère s'accumulait. Il fallait que ça sorte.
Elle se dégagea de son cercle protecteur et courut après lui. Elle entendit Nino et Alya l'appeler mais ce fut Kim qui s'approcha le plus prêt d'elle en se lançant à sa poursuite. Avant de la rattraper complètement, elle s'arrêta à une dizaine de mètre de Wang.
« Je ne t'appartiens pas Wang. Je ne t'ai jamais appartenu. Je ne me laisserais plus faire par toi. Cria-t-elle. »
Kim la regarda. Jamais il ne l'avait vu si énervé, si à cran. Lançant un regard vers ce Wang, il grogna en le voyant la dévisager avec un air suffisant et prédateur. Instinctivement, il vint se mettre aux côtés de son amie. Elle ne lui accorda même pas un regard, trop concentrée sur Wang. Mais la fureur dans ses yeux troubla Kim. Si elle le détestait autant, c'est que ce devait être grave. Mari' aimait tout le monde, ou presque. Elle était la gentillesse et la reine des secondes chances.
« C'est ce que nous verrons. »
Et, sans un mot de plus, Wang monta dans la voiture qui venait d'arriver pour le récupérer. Alya et Nino arrivèrent à ce moment-là. Kim plaça une main sur l'épaule de Mari, brisant sa petite bulle.
« Ça va Marinette ? »
Elle se tourna vers lui et adressa un sourire radieux.
« Bien mieux maintenant. Ça m'a fait du bien. On y va ? On va être en retard en cours. »
Il éclata de rire et lui tendit son bras pour qu'elle s'y accroche.
