Merci à Vagabondedarcy et Shadedwords pour leurs reviews. Et merci à Jill Holmes pour avoir mis ma fanfic en Alert.
Bonne lecture !
DISCLAIMER : Les âmes vagabondes ne m'appartient pas, l'histoire et les personnages originaux sont de Stephenie Meyer.
Le plongeon
Vagabonde
Lorsque Voix-de-Cristal vint récupérer le plateau, elle vit que je n'avais touché à rien. C'était volontaire.
J'avais quand même faim, alors j'avais juste mangé un petit bout de pain et veillé à ce qu'il en reste pour faire croire que je n'avais rien avalé. Et les couverts étaient glissés sous l'assiette. Sauf le couteau. Je l'avais caché sous mon oreiller.
En voyant la nourriture intacte, la mère d'Espérance… et la mienne ? Non, je devais arrêter de penser comme ça. Elle occupait le corps d'une mère humaine qui avait délaissé ses enfants et aggravé la situation avec une liaison.
Elle ouvrit la bouche pour parler, mais face à mon regard sombre et mauvais, elle se tut et se dépêcha de sortir.
Je me levai pour recommencer à inspecter la chambre en quête d'une échappatoire, quand j'entendis des bruits de pas.
La Traqueuse entra dans la pièce avec l'air soupçonneux. Je pris peur. Avait-elle remarqué l'absence du couteau ?
« Vous n'avez rien mangé. Vous devez pourtant être affamée ! »
Je ne lui répondis rien. J'avais trop peur de me trahir.
« N'allez pas me dire que cette humaine vous a bien traitée ! Quoi, elle vous nourrissait en échange d'informations sur nous ? Un peu comme un animal qu'on tenterait d'apprivoiser ? »
L'entendre parler de mes humains de cette façon me fit perdre mon sang-froid.
Mélanie n'avait pas été franche avec moi, mais elle avait toujours veillé sur moi comme une lionne protège ses petits. Et Ian m'aimait, son amour n'était pas feint, mes rêves et mes souvenirs me le rappelaient douloureusement.
« C'est vous qui me traitez comme un animal, en me maintenant prisonnière ! Aucune âme n'agirait ainsi avec les siens, Traqueuse. »
Elle parut désarçonnée par ma réponse et eut le bon sens de rester silencieuse un moment.
Lentement, elle marcha vers la fenêtre et regarda au-dehors.
« Les humains ne sont pas comme les autres espèces que nous avons déjà rencontrées. Leurs émotions… elles sont si complexes ! »
Je me tendis. De quoi parlait-elle ? On aurait dit du regard dans sa voix.
« Qu'avez-vous envisagé ? »
« Pardon ? »
« Après cette vie, que ferez-vous ? Irez-vous sur une autre planète ? Vous pourriez découvrir une vie plus paisible qu'ici. Je sais de quoi je parle, j'ai visité tant d'autres mondes… Pourquoi vous acharner sur celui-ci ? Les humains sont en voie d'extinction. »
« Non ! La rébellion est là, elle est bien réelle. C'est la preuve que les humains sont encore forts, qu'ils savent qu'ils peuvent reprendre le dessus et nous exterminer. »
Son discours me surprit. Elle pensait donc bien à une guerre ? J'étais sûre que les autres âmes, Traqueurs ou autres, ne pensaient pas comme ça. La preuve, elle me gardait ici en secret, contre ma volonté.
« Non, Traqueuse. C'est en vous qu'une guerre fait rage. »
Et je sus, tandis que je parlais, que j'avais raison.
Mon interlocutrice parut se troubler, ses yeux se perdirent dans le vague. Elle posa brièvement la main sur sa tempe avec l'air crispé, avant de me fusiller du regard.
« Vous êtes aveugle, Vagabonde ! Vous refusez d'affronter la réalité pour ce qu'elle est. »
Puis elle fit volte-face et quitta la chambre. Je la regardai partir avec incompréhension. Pourquoi ce trouble si soudain, après ma dernière phrase ? J'avais touché un point sensible, je le sentais, mais lequel ?
Lorsque la nuit tomba, je m'attendis à ce que Voix-de-Cristal m'apporte à manger, mais cette fois, ce fut Feuille-qui-Danse.
Je reconnus en lui le père violent des souvenirs de mon hôte. Sauf qu'il avait bien changé. Il avait perdu au moins cinq kilos de graisse, il n'avait plus le visage rougi par l'alcool ni l'air débraillé. C'était un homme ordinaire, habillé et coiffé correctement, comme toutes les personnes occupées par une âme.
Il posa le plateau sur la table puis s'assit sur le lit.
« Vous devez manger », dit-il en me regardant.
« Je n'ai pas besoin qu'on me regarde pendant que je me nourris », me hérissai-je.
Il haussa un sourcil face à l'irritation dans ma voix.
« Voix-de-Cristal tient à ce que vous vous nourrissiez. »
Je croisai les bras et levai le menton en un geste de défi.
« Si je refuse, qu'allez-vous faire ? Me crier dessus ? Me menacer ? Me frapper ? »
Il parut se crisper.
« Alors, vous vous souvenez ? » dit-il.
« Oh oui, je me souviens très bien ! Et je n'ai pas envie de manger en votre présence. »
« C'était l'humain, pas moi. Je… jamais nous ne ferions de choses aussi répugnantes ! »
« Alors, pourquoi ne pas avoir pris un autre hôte ? »
Il poussa un soupir.
« Je n'ai pas envie de passer pour un pois sauteur. Et puis, il n'y a pas que de mauvais souvenirs. En dehors d'elle… »
« Elle ? »
« Espérance. Elle n'est pas la fille biologique de mon hôte. »
« C'est pour ça que vous tenez à ce qu'elle subisse une insertion ? »
« Je ne sais pas… J'avoue que quand j'y pense, mon corps… c'est comme si de la satisfaction se formait en moi, de manière indépendante de ma volonté. Et puis, c'est plus prudent. Les humains sont violents ! Elle risque de devenir comme eux en grandissant. »
« C'est ridicule ! Élevée parmi nous, elle ne sera que douceur et gentillesse. »
« Votre jugement a été altéré par votre période de captivité, Vagabonde. »
« Captivité ? C'est l'hôpital qui se moque de la charité ! Est-ce que vous réalisez que je suis prisonnière ici, dans votre maison ? »
« Non, nous vous gardons en sûreté jusqu'à ce que… »
« Jusqu'à ce que quoi ? »
Il secoua la tête, puis saisit le verre posé sur le plateau et me le tendit. Il contenait du jus de fruits.
« Buvez, je vous en prie. Mangez. Vous devez prendre soin de vous. »
Lorsqu'il me tendit l'assiette, je la repoussai et me dirigeai vers la fenêtre.
« Laissez-moi seule. »
« Seulement si vous me promettez de vous montrer coopérative. »
« Je vous ai dit de me laisser. »
Je l'entendis soupirer, mais refusai de tourner la tête. Lorsque la porte se ferma derrière moi, je m'autorisai à souffler. Enfin seule !
Bon, que faire ? J'étais au premier étage. La fenêtre était verrouillée, mais j'avais le couteau.
Je me dirigeai vers la porte et collai mon oreille au battant. Des voix me parvinrent, mais trop étouffées pour savoir de quoi elles parlaient.
Au bout de cinq minutes, comme personne ne montait, j'en conclus que je pouvais passer à la suite de mon plan. Enfin, si on pouvait appeler ça un plan.
Je sortis le couteau de sous l'oreiller puis m'approchai de la fenêtre. Il y avait une couche de plastique autour du verre, sur la zone qui s'enfonçait dans le mur.
Je me mis à gratter la couche de protection sur le verre. Je dus m'y reprendre plusieurs fois, car la pointe ripait parfois sur le verre.
Finalement, j'arrivai à entamer le plastique. Je l'arrachai et trouvai le loquet coincé dans le verrou. Avec mon arme, je dus m'y reprendre à plusieurs fois avant de réussir à le débloquer. Je le poussai en arrière jusqu'à ce qu'il disparaisse dans la fente du mur.
Fébrile, je posai mes mains sur la vitre et la coulissai sur la gauche.
Lorsque la fenêtre coulissa, je retins un cri de triomphe. Ça fonctionnait !
Sitôt ouverte, je souris en sentant le vent sur mon visage.
Si Mélanie était là pour me voir…
Je me ressaisis. Il ne fallait pas crier victoire, car j'étais encore dans la maison.
Je me penchai en bas. Cette fenêtre ne donnait pas sur la rue, mais le jardin arrière. Je pouvais voir une piscine en contrebas, un mètre en avant. Elle était pleine d'eau, mais je doutais sincèrement que ça me serve à quelque chose.
Je regardai les murs sur ma droite et ma gauche. Pas de lierre ni de gouttière pour tenter l'escalade. Et zut…
J'étais encore en train de réfléchir, quand j'entendis la porte s'ouvrir dans mon dos.
« Vagabonde, est-ce que… Mais… ?! Que faites-vous ? »
Je me retournai et vis qu'il s'agissait de Feuille-qui-Danse. Il se retourna et cria vers le couloir.
« Elle essaie de s'enfuir ! »
Horrifiée, je me dégageai de la fenêtre et balbutiai qu'il avait tort, que je ne tentais rien, quand la Traqueuse entra en trombe. L'air furieuse, elle me lança du spray Paix à la figure.
Le parfum de framboise envahit mes narines.
Je perdis connaissance, mais quand je me réveillai, je sentis une vive douleur dans mes bras. Non, en fait, je ne le sentais presque pas. J'avais dû dormir avec les bras levés, ce qui avait coupé la circulation dans mes membres.
Je tentai de les bouger, mais ils étaient lourds. Je les regardai et compris que ce n'était pas ça.
On les avait attachés aux barreaux métalliques de la tête du lit avec des fils de nylon. J'étais ligotée !
« C'est pour votre bien », dit Voix-de-Cristal.
Je tournai la tête vers elle. Assise à mon chevet, elle paraissait triste et effrayée, comme si j'étais un chien atteint d'une maladie qui lui valait l'euthanasie.
« Libérez-moi ! C'est barbare, ce que vous faites. »
Comme elle refusait de bouger, j'optai pour une autre approche.
« Je vous en prie, je ne sens plus mes bras ! C'est atroce. Et je… j'ai besoin d'aller aux toilettes. »
« Bon… mais ne traînez pas. La Traqueuse va revenir. »
« Pourquoi ? Où est-elle allée ? »
Voix-de-Cristal attendit de m'avoir détachée pour me répondre.
« Au Centre de Soins. Espérance va subir une insertion. »
« Quoi ?! Non ! Non, non, non… »
La mère baissa tristement la tête.
« Je crois que ça vaut mieux. Nos disputes la faisaient tout le temps pleurer. Je suis fatiguée de me battre, et surtout après avoir vu comment vous vous comportez… Quelques mois passés avec les humains et vous êtes méconnaissable. »
Je sentis une colère sourde monter en moi.
« Sortez ! Je ne veux plus vous voir ! »
« Mais je… »
« Vous n'êtes qu'une lâche, comme votre hôte. Vous avez abandonné un de vos enfants, exactement comme elle. »
Mes mots firent mouche. Elle sortit sans dire un mot.
Une fois seule, je m'assis sur le lit et me pris la tête dans les mains. Tout était fichu ! Espérance allait avoir droit à une Insertion et ensuite…
NON !
Je refusais d'abandonner. Je n'avais pas fait tout ce chemin pour renoncer maintenant.
Je devais tenter quelque chose. Mais qui sait s'il n'était pas déjà trop tard ? Peut-être qu'à l'heure où je réfléchissais, l'insertion était en cours.
Non, je devais d'abord y aller. Vérifier de mes propres yeux ! Mélanie n'aurait pas baissé les bras si tôt, elle.
Armée de résolution, je courus à la fenêtre. Une chance, ils n'avaient pas réparé le plastique protecteur sur le verrou.
Je l'ouvris, puis regardai dehors. Personne, il faisait nuit et c'était silencieux.
J'avisai la piscine en contrebas. C'était de la folie !
Pourtant, l'image d'Espérance avec des yeux argentés me vint à l'esprit. Et pire encore, tous mes amis avec ces mêmes yeux : Jeb, Mélanie, Jamie, Ian…
Non, plutôt mourir que de les livrer !
La Traqueuse pourrait en avoir assez de mon silence et me droguer à nouveau pour m'extraire et me prendre ce corps. Si je ratais mon coup, je mourrais dans ce corps et il ne serait plus exploitable. Enfin, espérons-le.
Tremblante de peur, je m'assis sur le cadre de la fenêtre. Mes jambes pendaient dans le vide, mes mains s'agrippaient fermement au rebord.
C'est de la folie !
Je me penchai vers le bas. C'était haut. Trop haut.
Je me souvins de ce que Mélanie m'avait raconté. Elle avait tenté de se tuer en sautant dans une cage d'ascenseur vide pour empêcher les miens de lui faire une insertion. J'avais trouvé ça fou et horrible à l'époque. Pourtant, aujourd'hui, je m'apprêtais à faire le même genre de folie.
Sauf qu'il était trop tard pour faire machine arrière. Et puis, j'avais vu pire, ces derniers jours.
Je fermai les yeux et m'imaginai que j'étais dans la grotte du bassin rempli d'eau où j'aimais nager avec Ian. Je l'imaginai dans l'eau, me faisant signe de le rejoindre.
Un léger sourire aux lèvres, je sentis les tremblements diminuer. Alors, avant que la peur revienne, je fis l'impensable.
Je me propulsai en avant. Avec un cri de terreur, je me sentis tomber dans le vide.
J'ouvris les yeux et eus à peine le temps de voir le jardin plongé dans le noir avant que mon corps soit immergé.
Sitôt les premières secondes du choc passé, je nageai vers la surface et m'agrippai au rebord.
J'avais réussi ! J'étais sortie de la chambre et l'eau de la piscine avait amorti ma chute.
Toussant et crachant, je me hissai hors du bassin puis marchai vers la clôture.
Je l'enjambai en lançant un bref regard vers la maison, plus précisément vers la fenêtre de ma chambre. Je ne voyais personne, mais ça n'allait pas durer.
Je courus au bout de la rue et me cachai derrière un arbre.
Haletante, je lançai des regards alentour en guettant un danger.
Qu'allais-je faire, maintenant ?
