Ses yeux laissaient apparaître toute la tristesse et la colère qu'il ressentait. Qu'est-ce que cette imprégnation avait bien pu lui faire subir ! Alban ne méritait en aucun cas d'avoir souffert. C'était quelqu'un de doux, généreux et incroyablement gentil. Voir ses yeux emplis de chagrins et assombris par la colère n'était pas ce que j'appréciais le plus. Ainsi, l'imprégnation s'amusait à détruire bien des vies.

— C'était il y a six ans maintenant. Je me suis imprégnée d'une femme de la ville voisine, elle était sublime. Très vite, le lien nous a rapprochés et nous filions l'amour parfait nageant dans un océan de bonheur.

Il s'arrêta et émit un rire sans joie. Avant de secouer la tête et de se reprendre.

— Je lui ai appris ma véritable nature, ce que bien sûr elle a accepté sans broncher, amourachée comme elle l'était. Après lui avoir raconté les légendes quelques jours plus tard, je lui ai parlé de l'imprégnation. Elle était euphorique. Notre relation était l'illustration d'une parfaite histoire d'amour... D'une imprégnation réussie sans accrocs.

Je me saisie de sa main et la serra dans un geste que j'espérais réconfortant. Je sentais que le plus dur allait arriver. Il me sourit faiblement avant de poursuivre son histoire.

— Cela faisait déjà un an que nous étions ensemble quand nous avons commencé à parler mariage et enfants. Alors, six mois plus tard nous étions mariés et elle attendait notre enfant. Sa grossesse a été compliquée et nous savions que nous n'aurions pas d'autres enfants après lui, ça serait trop risqué. Alors nous avons tout mis en place pour l'accueillir de la meilleure façon possible. Il y avait toujours quelqu'un pour veiller sur elle lors de mes rares absences. Je supportais de moins en moins de m'éloigner d'elle alors que je la voyais souffrir de plus en plus. Comme tu t'en doutes, l'accouchement a été terrible et elle en est morte.

Il serra ma main avec force, il me l'aurait certainement brisée si je n'avais pas été de la même nature que lui.

— Je l'ai senti s'éteindre à travers le lien. La douleur a été terrible, je ne saurais la décrire avec des mots. Le loup a pris le dessus consumé par la souffrance je ne parvenais plus a garder le contrôle. Je sentais en permanence le lien rompu. J'ai cru devenir fou. Cela a duré deux semaines et puis... Et puis plus rien. Le loup s'est souvenu de l'enfant et nous sommes rentrés pour prendre soin de lui. Une fois que la magie du lien a eu terminé de s'évaporer, je me suis rendu compte que je ne l'avais jamais vraiment aimé, tous ses défauts m'ont sautés aux yeux... Aujourd'hui, je n'éprouve pour elle qu'une vague affection parce qu'elle est la mère de mon fils.

Je l'enfermais dans une forte étreinte. Remuer le passer n'était jamais une bonne chose, mais je le comprenais désormais. Oui, j'étais bien mieux sans l'imprégnation, sans cette illusion cruelle. Est-ce que Sam, Jared, Paul, Quil, Embry, Brady et Alendre se rendraient un jour compte de l'épouvantable réalité ? Je ne le leur souhaitais pas.

— Si l'imprégnée d'Uley venait à disparaître, il reviendrait vers toi, hanté par ses anciens sentiments que l'imprégnation a dissimulé, annonça Alban. Mais, je ne le souhaite pas, vraiment pas.

— Je ne le souhaite pas non plus. Uley et moi, c'est une époque révolue.

Un sourire orna ses lèvres alors qu'il fixait l'horizon pensif. Il avait tant souffert et maintenant il allait de l'avant. Il fallait que je fasse pareil, que je prenne ma vie en main. Le passer ne pouvait éternellement m'entraver et le bonheur des autres maintenant qu'il ne s'avérait n'être qu'une illusion était bien plus facilement supportable.

— Tu me le présenteras ?

— Hum ?

— Ton fils ?

Ses yeux pétillèrent à nouveau de joie alors qu'il songeait à son enfant. Il entreprit aussitôt de me le décrire et s'amusa à me conter ses dernières frasques. Le petit Josh semblait être un enfant bien créatif du haut de ses cinq ans. Alban espérait que sa génération n'aurait pas à se transformer et que si c'était le cas, qu'il n'aurait pas à subir la cruauté de l'imprégnation. Je l'espérais également.

— C'est pour ça que je n'ai pas encore arrêté de muter. Si, je suis là, on n'aura pas besoin de lui.

— C'est vrai. J'espère que ton fils ne connaîtra jamais tout cela, que pour lui ça restera des légendes qu'il transmettra à sa descendance.

On resta finalement toute la journée sur la plage. Parfois en silence, parfois en blaguant, souvent en parlant de sujet plus léger que celui qui nous avait occupé une bonne partie de la journée. C'était si bien, si agréable. Juste un instant comme cela loin de tous nos soucis quotidiens. Savoir que je ne risquais pas de le perdre au détour d'un regard avait chassé toutes mes angoisses. Il n'allait pas m'oublier en un battement de cils. Tout irait bien.

— Leah ?

— Oui ?

— Toi et moi... On peut essayer ? Toi, je t'ai choisi et je ne veux pas te laisser t'en aller. Ce n'est peut-être pas le meilleur moment pour te demander ça alors qu'on a parlé de mon ex-femme les trois quart de la journée, mais... Je sens au plus profond de moi que c'est avec toi que je serais heureux et sache que je ferais tout pour te rendre heureuse, que j'essaierai par tous les moyens de ne jamais te blesser.

Je m'étais figée dès le début de sa tirade, inquiète de ce qu'il allait annoncer. Pendant un instant j'avais eu peur de le perdre alors que je commençais tout juste à espérer un avenir. Mais non. Il ne me fuyait pas, il m'offrait tout ce que j'espérais.

— Tu as raison. On devrait essayer.

Un sourire radieux se modela sur ses lèvres, juste avant qu'il ne s'empare des miennes dans un baiser pleins de promesses. Une nouvelle aventure débutait et pour une fois je n'en arpenterai pas les chemins escarpés, seule.

Il n'y eu pas de « je t'aime » ce jour là, mais beaucoup par la suite qui scellèrent d'éternelles promesses de bonheur.

END