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LE LION ET LE SERPENT

A l'approche du premier match de la saison, Gryffondor contre Serpentard, les réunions de l'A.D. se trouvèrent suspendues car Angelina insistait pour qu'ils s'entraînent presque chaque jour. Le fait que la Coupe de Quidditch n'ait pas eu lieu depuis si longtemps ne faisait qu'ajouter à la passion et à la fébrilité qui entouraient cette première rencontre. Les Serdaigle et les Poufsouffle s'intéressaient de très près au résultat du match car eux-mêmes auraient à affronter chacune des deux équipes au cours de l'année. Et les directeurs des maisons en compétition, tout en s'efforçant de prétendre que seul l'esprit sportif les animait, étaient bien décidés à voir leur équipe l'emporter : même McGonagall s'abstint de leur donner des devoirs dans la semaine qui précéda le match.

- Je crois que vous avez suffisamment à faire pour le moment, dit-elle d'un air hautain.

Personne n'en crut ses oreilles jusqu'à ce qu'elle tourne son regard vers Ron et Potter en ajoutant avec gravité :

- Je me suis habituée à voir la coupe de Quidditch dans mon bureau, jeunes gens, et il me serait très désagréable de devoir la remettre au professeur Snape, alors utilisez votre temps libre pour vous entraîner.

Snape ne se montrait pas moins partial. Il avait retenu si souvent le terrain de Quidditch pour l'entraînement des Serpentard que les Gryffondor avaient du mal à y jouer eux-mêmes. Il faisait par ailleurs la sourde oreille chaque fois qu'on lui rapportait que des Serpentard tentaient de jeter des mauvais sorts aux joueurs de Gryffondor lorsqu'ils les croisaient dans les couloirs. Lorsque Alicia s'était retrouvée à l'infirmerie avec des sourcils si longs et si épais qu'ils lui obscurcissaient la vue et lui entraient dans la bouche, Snape avait affirmé qu'elle avait dû essayer de s'appliquer un sortilège de Cheveux Drus. Il refusa d'écouter les quatorze témoins qui affirmaient avoir vu Miles Bletchley, le gardien de Serpentard, lui lancer un maléfice par-derrière alors qu'elle travaillait à la bibliothèque. Megan et George se chargèrent eux-mêmes de remédier à cette injustice en attirant Bletchley dans le parc en fin de journée et en lui infligeant un bain magiquement forcé dans le lac noir, dont il ressortit frigorifié et terrifié, clamant avoir senti une des tentacules du calmar géant sur sa cheville.

Le match allait probablement être serré : Ron n'avait pas le niveau d'Oliver, et bien qu'il ne soit pas un mauvais gardien – suite à un arrêt spectaculaire où il s'était suspendu d'une seule main à son balai et avait donné un tel coup de pied dans le Souafle que la balle avait survolé le terrain sur toute sa longueur pour finir sa course à travers l'anneau central des buts adverses, Fred et George eux-mêmes avaient envisagé de reconnaître qu'ils avaient un lien de parenté –, son stress était un véritablement fléau. Encaisser un but le mettait dans un tel état de nerfs qu'il risquait fort de recommencer la même faute la fois suivante, et les tactiques des Serpentard pour le déstabiliser n'arrangeaient rien. Si personne n'osait s'en prendre à lui en présence de Megan – effrayés par la sanction de Bletchley –, Hermione et Potter lui avaient rapporté qu'il était souvent la cible d'insultes, sarcasmes et intimidations. Draco, notamment, ne se privait pas d'imiter Ron laissant tomber le Souafle chaque fois qu'il le croisait, lui avait-on dit.

Les plaisanteries de mauvais goût de Draco n'inquiétaient pas vraiment Megan. Ron devait apprendre à surmonter son stress, surtout avec les temps qui arrivaient. En revanche, elle se souciait de savoir ce qu'il allait advenir de son ancien meilleur ami. Ils ne s'étaient plus adressé la parole depuis qu'il lui avait transmis le message de Voldemort en début d'année, et elle doutait que sa réponse ait eu un réel effet sur lui. A en juger par son attitude, il continuait de croire que son heure de gloire allait arriver, sans se rendre compte que le fait d'être proche des Mangemorts ne faisait que le mettre en danger.

Octobre s'éloigna sous la pluie battante et les rugissements du vent et novembre s'installa, avec sa froideur d'acier, ses matins de givre et ses courants d'air glacés qui mordaient les mains et le visage. Le ciel et le plafond de la Grande Salle avaient pris une teinte gris perle, le sommet des montagnes qui entouraient Poudlard s'était couvert de neige et la température dans le château était tombée si bas que nombre d'élèves mettaient leurs gants en peau de Dracon pour parcourir les couloirs entre deux classes.

Le matin du match, le ciel était clair et froid. Lorsque Megan, Hermione et Ginny, portant leurs écharpes, gants et cocardes rouge et or, descendirent dans la Grande Salle pour prendre leur petit-déjeuner, les conversations étaient plus bruyantes et l'humeur plus exubérante qu'à l'ordinaire. A la table de Serpentard, en plus des habituels écharpes et chapeaux vert et argent, chaque élève portait un badge argenté en forme de couronne où se lisait : Weasley est notre roi.

- Qu'est-ce que c'est que ça ? souffla Hermione en leur jetant un regard en biais.

- Sûrement une idée de Draco, répondit Megan. Il avait fait des badges « A bas Potter » l'année dernière, tu te souviens ? Il est doué pour ce sort.

- Oh oui, je suis tellement fière de lui, répliqua Hermione. C'est mauvais signe, ça, Megan. Très mauvais signe.

Elles prirent place à la table de Gryffondor, où tout le monde était également vêtu de rouge et d'or. Fred et George arrivèrent derrière elle, et furent salués par une salve d'applaudissements et d'encouragements. Le sourire aux lèvres, ils rejoignirent Alicia (qui avait retrouvé des sourcils normaux grâce à Madame Pomfrey) et Angelina qui mangeaient sans appétit un peu plus loin. Un accueil tout aussi enthousiaste fut réservé à Ron et Potter lorsqu'ils firent leur entrée à leur tour. Ces vivats semblèrent saper le moral de Ron, qui s'effondra sur le banc le plus proche comme s'il s'apprêtait à prendre le repas du condamné.

- Je devais être complètement dingue pour vouloir faire ça, dit-il dans un murmure rauque. Dingue.

- Ne sois pas idiot, répliqua Potter d'un ton ferme en lui passant un assortiment de céréales. Tu te débrouilleras à merveille. C'est normal d'avoir le trac.

- Je suis lamentable, coassa Ron. Je suis nul. Même si ma vie en dépendait, je serais incapable de jouer convenablement. Où avais-je la tête ?

- Ressaisis-toi. Pense un peu à la façon dont tu as renvoyé le Souafle l'autre jour, même Fred et George ont dit que tu avais été brillant.

Ron tourna vers Potter un visage torturé.

- C'était un hasard, murmura-t-il d'un air misérable. Je ne l'ai pas fait exprès. J'ai glissé de mon balai à un moment où tout le monde regardait ailleurs et quand j'ai essayé de remonter dessus j'ai donné un coup de pied dans le Souafle sans le vouloir.

Megan cligna des yeux. Ce n'était pas du tout une bonne nouvelle.

- Bah, tu sais, répondit Potter, revenant rapidement de sa surprise, il suffit de quelques hasards de ce genre pour être sûrs de gagner, non ?

- Comment tu te sens ? demanda Ginny à son frère qui regardait le fond de son bol vide comme s'il envisageait sérieusement de se noyer dans le lait qui y restait.

- Il a simplement le trac, dit Potter.

- C'est bon signe, à mon avis, on ne réussit jamais aussi bien aux examens que quand on a un peu le trac, fit remarquer Hermione avec conviction.

- Bonjour, dit une voix éthérée et rêveuse.

Luna Lovegood avait quitté la table des Serdaigle pour venir jusqu'à eux. Plusieurs élèves la regardèrent avec des yeux ronds, d'autres la montraient du doigt en riant ouvertement. Elle avait déniché un chapeau représentant une tête de lion grandeur nature, perchée sur son crâne en équilibre précaire.

- Je suis pour Gryffondor, dit Lovegood en montrant inutilement son chapeau. Regardez ce qu'il fait...

Elle leva la main et tapota le chapeau à l'aide de sa baguette magique. La tête de lion ouvrit grand sa gueule et poussa un rugissement très réaliste qui fit sursauter tout le monde.

- Il est bien, non ? dit joyeusement Lovegood. J'aurais voulu qu'il dévore un serpent qui aurait symbolisé l'équipe de Serpentard, mais je n'ai pas eu le temps de le rajouter. En tout cas... Bonne chance, Ronald !

Et elle s'éloigna d'un pas aérien. A peine s'étaient-ils remis du choc provoqué par le chapeau qu'Angelina se précipita vers eux, accompagnée par Katie et Alicia.

- Dès que vous êtes prêts, dit-elle, on file sur le terrain, on vérifie les conditions météo et on se change.

- On arrive tout de suite, lui assura Potter. Le temps que Ron mange quelque chose.

Mais il apparut très vite que Ron était incapable d'avaler quoi que ce soit d'autre et son meilleur ami estima préférable de l'emmener sans attendre dans les vestiaires. Megan se leva en même temps qu'eux et attira Potter un peu à l'écart.

- Il ne faut pas que Ron voie ce qui est écrit sur les badges des Serpentard, chuchota-t-elle d'un ton impératif.

Potter lui jeta un regard interrogateur mais elle se contenta de hocher la tête. Ron s'avançait vers eux, l'air perdu et désespéré, Hermione sur ses talons. Megan le serra dans ses bras en lui souhaitant un bon match puis rejoignit Ginny.

- Bonne chance, dit Hermione derrière elle.

Elle se dressa sur la pointe des pieds et l'embrassa sur la joue. Megan ricana face à l'air ahuri du garçon.

- Quand est-ce qu'ils vont vraiment s'embrasser, ces deux-là ?

Megan tourna vers Ginny des yeux surpris. La jeune fille haussa les épaules.

- C'est plutôt évident, non ? Mais ce sont deux boulets.

- Tu parles de Ronald Weasley et Hermione Jean Granger ? s'enquit Megan.

- Qui d'autre ?

L'idée était surprenante. Megan n'y avait jamais pensé. Ron était un butor insensible qui n'avait jamais été séduit par autre chose que les charmes de Vélane de Fleur Delacour et qui peinait, le reste du temps, à distinguer les filles des garçons, et Hermione n'avait jamais montré le moindre intérêt pour le sexe opposé – elle avait même su demeurer insensible à la parade nuptiale du célèbre champion de Quidditch l'an passé. L'idée que ces deux-là aient un jour une vie amoureuse lui paraissait déjà comique, qu'elle les pousse dans les bras l'un de l'autre était presque désopilante.

- Vous venez ? lança Hermione en revenant vers elles. Il faut se dépêcher si on veut avoir de bonnes places.

Dévisageant sa meilleure amie pour essayer de l'imaginer embrasser Ron, elle la suivit avec le flot des élèves qui se déversait sur le terrain de Quidditch. Les supporters de Serpentard étaient plus excités que jamais, et la plupart d'entre eux sifflaient un air qu'elle ne connaissait pas. Avaient-ils composé un hymne ? Ron avait-il déjà vu leurs badges ? Si oui, qu'en pensait-il ?

Megan, Hermione, Ginny et Neville trouvèrent des places de choix dans les tribunes de Gryffondor. De l'autre côté du terrain, les Serpentard et leurs rares supporters dans les autres maisons chantaient une chanson dont Megan ne parvenait pas à distinguer les paroles.

L'équipe de Serpentard fut la première à arriver sur le terrain, arborant eux aussi les badges argentés. Montague, leur nouveau capitaine, était grand et gros, avec des avant-bras massifs qui ressemblaient à des jambons poilus. Derrière lui se tenaient Crabbe et Goyle, presque aussi grands, balançant leurs battes toutes neuves, clignant stupidement des yeux sous le ciel lumineux. Draco était à côté d'eux, sa tête blonde étincelant à la clarté du soleil. Megan se força à détacher les yeux de lui pour regarder l'équipe de Gryffondor faire son entrée en file indienne, accueillis par des hurlements divers. La chanson des Serpentard était étouffée par les acclamations et les sifflets.

- Les capitaines, vous vous serrez la main, ordonna l'arbitre, Madam Hooch.

Angelina et Montague s'exécutèrent.

- Enfourchez vos balais...

Madam Hooch porta le sifflet à ses lèvres et souffla. Les balles furent lâchées et les quatorze joueurs s'élevèrent dans les airs. Angelina, Alicia et Katie se jetèrent vers le Souafle, Ron fila vers les buts, Fred et George brandirent leur batte et Potter entreprit de décrire un large cercle autour du terrain, imité par Draco à l'autre extrémité du stade.

- Et c'est maintenant Johnson qui prend le Souafle, quelle joueuse extraordinaire, cette fille, ça fait des années que je le dis mais elle refuse toujours de sortir avec moi...

- JORDAN ! s'écria le professeur McGonagall.

- C'était pour rire, professeur, juste pour ajouter un peu de piquant. Elle évite Warrington, passe devant Montague, houlà ! elle est frappée dans le dos par un Cognard de Crabbe... Montague reprend le Souafle, il remonte le terrain et... excellent Cognard expédié par George Weasley, en plein sur la tête de Montague qui lâche le Souafle rattrapé par Katie Bell, Katie Bell de Gryffondor fait une passe de revers à Alicia Spinnet qui s'élance...

Le commentaire de Lee résonnait dans tout le stade. Megan adorait sa façon subjective de commenter les matches et s'étonnait toujours que l'école autorise un élève de l'une des maisons en jeu à assurer cette fonction. Autour du stade, la foule hurlait, conspuait et chantait. Hermione, Ginny et Neville s'époumonaient à encourager les joueurs, tandis que Megan se contentait de les suivre des yeux, à l'affut des belles occasions et des erreurs.

- ... elle contourne Warrington, évite un Cognard, c'était tout juste, Alicia ! Et les spectateurs sont ravis, écoutez-les, qu'est-ce qu'ils chantent ?

Lorsque Lee s'interrompit en tendant l'oreille, la chanson s'éleva, forte et claire, de la marée vert et argent qui s'étalait dans les tribunes des Serpentard :

« Weasley est un grand maladroit / Il rate son coup à chaque fois / Voilà pourquoi / Les Serpentard chantent avec joie / Weasley est notre roi. / Weasley est né dans un trou à rats / Il laisse le Souafle entrer tout droit / Voilà pourquoi / Grâce à lui, c'est sûr, on gagnera, Weasley est notre roi. »

- ... Et Alicia repasse à Angelina ! s'écria Lee, tentant de noyer sous sa voix les paroles de la chanson.

- C'est une blague ? grinça Megan, les dents serrées.

Hermione et Neville étaient pétrifiés d'horreur, et Ginny semblait si furieuse qu'elle aurait pu se jeter des tribunes pour se ruer sur les supporters de Serpentard de l'autre côté du stade.

- Vas-y, Angelina ! On dirait qu'elle n'a plus que le gardien devant elle ! ELLE TIRE... ELLE aaargh...

Bletchley, le gardien de Serpentard, avait bloqué le Souafle. Il le renvoya à Warrington qui fonça en zigzaguant entre Alicia et Katie. Au-dessous d'eux, la chanson résonnait avec de plus en plus de force à mesure qu'il se rapprochait de Ron.

« Weasley est notre roi / Weasley est notre roi / Il laisse le Souafle entrer tout droit / Weasley est notre roi. »

Megan fixa Ron avec appréhension, silhouette solitaire voltigeant devant les trois anneaux, tandis que le massif Warrington fonçait sur lui.

- Aller, aller…, murmura la jeune fille.

- ...Warrington en possession du Souafle, Warrington qui s'avance vers les buts, hors de portée des Cognards, seul le gardien lui fait face...

Dans les tribunes des Serpentard, la chanson résonna de plus belle : « Weasley est un grand maladroit / Il rate son coup à chaque fois... »

- ...Voici donc le premier test pour le nouveau gardien de Gryffondor. Weasley, frère des batteurs Fred et George, et un nouveau talent prometteur de cette équipe...Vas-y, Ron !

De telles paroles ne pouvaient qu'accentuer le stress de Ron, aussi ce furent les supporters de Serpentard qui poussèrent les hurlements de joie : il avait plongé de toutes ses forces mais le Souafle était passé entre ses bras écartés et avait traversé l'anneau central. Cette erreur allait le condamner pour tout le reste du match, pensa Megan avec regrets.

- Serpentard marque ! annonça la voix de Lee parmi les acclamations et les huées de la foule, le score est donc de dix à zéro en faveur de Serpentard... Pas de chance, Ron.

Les Serpentard chantèrent de plus en plus fort : « WEASLEY EST NÉ DANS UN TROU À RATS / IL LAISSE LE SOUAFLE ENTRER TOUT DROIT... »

- Je vais me les faire, souffla Ginny.

- Gryffondor reprend le Souafle et c'est Katie Bell qui remonte le terrain..., s'écria vaillamment Lee, malgré la chanson qui retentissait avec tant de force qu'il avait du mal à se faire entendre.

« GRÂCE À LUI, C'EST SÛR, ON GAGNERA, / WEASLEY EST NOTRE ROI... »

Alors qu'Angelina rejoignait Katie, elle cria quelque chose à Potter, qui était resté en vol stationnaire pendant plus d'une minute à regarder l'évolution du match. Il sembla se rappeler que son rôle consistait à rechercher le Vif d'or puisqu'il recommença aussitôt à faire le tour du terrain. Draco, lui, n'avait pas perdu tout ce temps et continuait de voler autour du stade, chantant à pleins poumons :

« WEASLEY EST NOTRE ROI WEASLEY EST NOTRE ROI... WEASLEY EST NÉ DANS UN TROU À RATS... »

- ...Warrington reprend le Souafle, s'écria Lee, il passe à Pucey, Pucey évite Spinnet, vas-y, Angelina, tu peux l'arrêter ! Non, finalement, tu ne peux pas. Mais voilà un très beau Cognard de Fred Weasley, non, c'est George, oh, peu importe, un des deux en tout cas, et Warrington lâche le Souafle repris par Katie Bell... heu... qui le lâche aussi... Et c'est Montague qui le récupère, le capitaine des Serpentard en possession du Souafle remonte le terrain, allez, Gryffondor, il faut le bloquer ! Et Pucey évite une nouvelle fois Alicia, il fonce droit vers les buts, arrête-le, Ron !

Mais comme Megan l'avait prédit, il était bien trop déstabilisé par son erreur précédente, sans parler de la chanson qui continuait de retentir autour du stade. Il ne vit pas Pucey feinter et plongea dans la mauvaise direction, laissant le Souafle traverser sans peine l'anneau de gauche. Une terrible plainte émana des tribunes de Gryffondor, mêlée aux cris et aux applaudissements des Serpentard. Sa propre maison allait blâmer Ron pour ses erreurs, lui reprocher leur défaite…

Fred et George envoyaient les Cognards en direction des joueurs de Serpentard avec férocité. Ce n'était pas seulement leur frère qui se faisait insulter haut et fort, c'était toute leur famille. Il en fallut de peu pour qu'ils se retiennent de frapper directement leurs adversaires avec leurs battes. Megan elle-même sentait sa baguette la chatouiller alors qu'elle voyait, de l'autre côté du terrain, Pansy Parkinson, le dos tourné, guider le chant comme un horrible bouledogue chef de chœur.

- Katie Bell de Gryffondor évite Pucey, contourne Montague, beau virage, Katie, et passe à Johnson qui file vers les buts, vas-y Angelina ! Gryffondor MARQUE ! Quarante – dix, quarante – dix en faveur de Serpentard et c'est Pucey qui reprend le Souafle...

Le lion ridicule que Luna Lovegood portait sur la tête rugit parmi les acclamations de Gryffondor.

- On peut encore gagner ! s'exclama Hermione, qui ne tenait pas en place.

Trente de points de différence n'était effectivement pas irrattrapable, admit intérieurement Megan, mais cela impliquait que Ron ne laisse pas entrer plus de buts que les poursuiveuses n'en marquaient, et que Potter attrape rapidement le Vif d'or. Or, les recherches de celui-ci ne semblaient pas fructueuses.

- Pucey passe à Warrington qui passe à Montague, Montague repasse à Pucey, Johnson intercepte, Johnson prend le Souafle, passe à Bell, tout ça se présente très bien... non, très mal... Bell est frappée par un Cognard envoyé par Goyle, de Serpentard, et c'est Pucey qui reprend possession du Souafle...

« WEASLEY EST NÉ DANS UN TROU À RATS / IL LAISSE LE SOUAFLE ENTRER TOUT DROIT / GRÂCE À LUI, C'EST SÛR, ON GAGNERA... »

Potter plongea soudain. Megan donna un coup de coude à Hermione, qui en fit un à Ginny, qui en fit un à Neville, et tous quatre retinrent leur souffle. Presqu'aussitôt, Draco surgit à la gauche de son adversaire. Le Vif d'or changea soudain de direction, et les deux attrapeurs se retrouvèrent côte à côté, plongeant vers le sol. Au fond d'elle, Megan espérait que Draco allait l'emporter, mais elle savait que les autres joueurs de Gryffondor, surtout Ron, avaient besoin d'une victoire. Les deux attrapeurs tendirent la main, puis…

- OH LÀ LÀ LÀ LÀ IL L'A ATTRAPÉ ! rugit Hermione.

Effectivement, c'étaient les doigts de Potter qui s'étaient refermés sur la minuscule balle dorée. Le garçon reprit de l'altitude et les supporters de Gryffondor hurlèrent de joie : ils avaient gagné !

Un Cognard puissamment expédié par Crabbe frappa Potter au creux des reins et l'éjecta de son balai, atterrissant sur le dos sur la surface gelée du terrain de Quidditch.

- HARRY ! hurlèrent Hermione, Ginny et Neville d'une même voix.

Madam Hooch donna un coup de siffler aigu, et le stade explosa en huées, hurlements indignés et quolibets.

- Le match était terminé ! tempêtait Hermione tandis qu'elle suivait Megan hors des tribunes. On n'a pas le droit d'envoyer un Cognard sur un joueur une fois que le match est terminé, je l'ai lu dans Le Quidditch à travers les âges !

La jeune fille continua de récriminer alors qu'elles descendaient les escaliers qui menaient au terrain, perdant de vue quelques instants ce qui s'y déroulait.

- Oh mon Dieu, si Harry est blessé…, s'angoissa Hermione.

Megan poussa plusieurs élèves de leur passage et émergea sur le terrain. Potter était remis sur pieds, étreint par Katie et Angelina, visiblement inquiètes et ravies à la fois. Tous les joueurs de Gryffondor hurlaient de joie en donnant des coups de poing dans le vide en signe de victoire – tous sauf Ron, qui rentrait seul au vestiaire d'un pas accablé. Megan s'apprêtait à le rejoindre pour tenter de lui remonter le moral lorsque la voix de Draco, qui avait atterri un peu plus loin, lui parvint.

- On voulait écrire un autre couplet ! Mais on n'a pas trouvé de rimes à « grosse et laide »... On aurait aimé chanter quelque chose sur sa mère, tu comprends ?

Megan fit volte-face, comprenant sans peine qu'il venait oser d'insulter Molly.

- On a également eu du mal à caser « pauvre type » dans les paroles... à propos de son père...

Fred et George, qui s'apprêtaient à serrer la main de Potter, s'immobilisèrent soudain et regardèrent Draco. Megan hésita. Devait-elle dire à Draco de la fermer ou ignorer ses sarcasmes et aller s'occuper de Ron ?

- Laissez tomber, disait Angelina en prenant Fred par le bras. Laisse, Fred, laisse-le s'égosiller, il est simplement hargneux parce qu'il a perdu, cette espèce de petit parvenu à la...

- Mais toi, tu aimes bien les Weasley, Potter ? poursuivait Draco d'un ton railleur. Tu passes même tes vacances avec eux, je crois ? Je me demande comment tu fais pour supporter l'odeur mais enfin, j'imagine que quand on a été élevé – si on peut employer ce mot-là – chez les Moldus, même le taudis des Weasley ne sent pas trop mauvais...

Potter ceintura George. Dans le même temps, il fallut les efforts combinés d'Angelina, d'Alicia et de Katie pour empêcher Fred de bondir sur Draco qui riait ouvertement. Madam Hooch était toujours occupée à sermonner Crabbe pour avoir jeté un Cognard après la fin du match. Megan sortit sa baguette : s'il semblait que Fred et George étaient maîtrisés, elle allait s'occuper de Draco.

- Ou peut-être, ajouta le garçon en s'éloignant avec un regard torve, que tu te souviens de l'odeur que dégageait la maison de ta mère, Potter, et que la porcherie des Weasley te la rappelle.

Aussitôt, Potter lâcha George, et tous deux se précipitèrent sur Draco et entreprirent de le rouer de coups.

- POTTER ! GEORGE ! NON !

Megan écarquilla les yeux en entendant Draco hurler de douleur, George l'injurier, Madam Hooch siffler, et la foule vociférer.

- Impedimenta !

Sous la force de son sortilège, Potter fut projeté à terre. D'un nouveau coup de baguette, Megan écarta George du corps de Draco. Recroquevillé, le nez en sang, il gémissait de douleur.

- Qu'est-ce qui vous prend ? s'exclama Madam Hooch tandis que Potter se relevait d'un bond.

L'arbitre arrivait vers eux, le regard fou, son balai abandonné par terre à quelques mètres de là. George avait une lèvre enflée, Fred était toujours retenu de force par les trois poursuiveuses de Gryffondor et Crabbe, resté un peu plus loin, caquetait comme un poulet.

- Je n'ai jamais vu un tel comportement, poursuivit Madam Hooch, hors d'elle. Rentrez immédiatement au château, dans le bureau de votre directrice de maison ! Allez ! Dépêchez-vous !

Potter et George quittèrent le terrain à grandes enjambées, le souffle court et sans dire un mot, sous les hurlements et les quolibets de la foule.

- Que ce soit bien clair, dit Megan d'un ton sec en s'approchant de Madam Hooch. Il était en train d'insulter leurs mères.

- Et vous jugez que c'est une excuse satisfaisante, Miss Buckley ? répliqua McGonagall, qui venait de descendre de la tribune des professeurs en tremblant de rage.

- Si George et Potter ne lui avaient pas sauté dessus, c'est moi qui lui aurais lancé un sort.

- Et vous auriez été punie ! Mais au moins auriez-vous eu la décence de vous servir de la magie. Alors vous viendrez dans mon bureau après le déjeuner, quand j'en aurais terminé avec ces deux-là !

Bouillonnante de rage, elle prit à son tour le chemin du château. Avec un pressentiment désagréable, Megan vit qu'Umbridge lui emboîtait le pas, marchant plus lentement qu'elle avec ses courtes jambes potelées. Elle se retourna vers Draco, que Montague venait d'aider à se relever.

- Tu es pitoyable, lui cracha Megan.

Rejoignant Hermione et l'équipe de Gryffondor, elle suggéra que tout le monde retourne au château : après tout, ils avaient gagné ! Fred était encore tremblant de rage, mais la jeune fille le tira par le bras, l'obligeant à se détourner de Draco.

- Je vais m'en occuper, d'accord ?

- Non, cette fois il s'agit de mes parents, c'est à moi de régler ça, gronda Fred.

- Maugrée autant que tu veux, Molly et Arthur sont aussi une famille pour moi.

Megan chercha Ron des yeux pendant le déjeuner, mais il ne se trouvait nulle part – les acclamations des supporters de Gryffondor ne lui auraient pourtant pas fait de mal. George et Potter ne réapparurent pas non plus, mais McGonagall semblait plus furieuse encore qu'après la fin du match. Obéissant à son injonction, Megan se rendit dans le bureau de sa directrice de maison lorsqu'elle eut fini de manger. Sous son regard dont jaillissaient presque des éclairs, elle prit place sur la chaise qui faisait face au bureau.

- Vous pensez qu'il est intelligent de se battre pour régler ses problèmes, Miss Buckley ? lança la sorcière d'un ton assassin.

- Je pense qu'une bonne correction ne fait pas de mal quand elle est méritée, répliqua Megan en croisant les bras, pas intimidée. Vous n'avez pas entendu ce que Draco a dit.

- Peu importe ce qu'il a pu dire, Buckley ! tonna McGonagall en frappant son bureau du plat de la main, faisant trembler toutes ses fournitures. Rien ne justifie qu'on se jette sur un camarade pour le rouer de coups, encore moins lorsqu'il ne s'agit que de provocations puériles après une défaite !

Megan secoua la tête : il y avait beaucoup de choses qui, selon elle, justifiaient qu'on s'en prenne à une autre personne. Insulter et humilier les gens qu'elle aimait en faisait partie.

- Je ne veux plus voir aucun élève de Gryffondor adopter un tel comportement, ni aucun autre élève d'ailleurs, reprit sévèrement la directrice de la maison. Les choses ont changé à Poudlard, est-ce que vous le comprenez ?

- A cause d'Umbridge ?

Ce fut la première fois qu'un adulte ne corrigeait pas Megan sur son vocabulaire irrévérencieux en lui rappelant d'utiliser le titre « professeur ».

- Cette… Notre Grande Inquisitrice a reçu un nouveau décret d'éducation de la main du ministre, l'autorisant à prononcer toute sanction ou à modifier celles prononcées par ses collègues professeurs. A titre d'exemple, elle a pu prendre la décision d'interdire à vie vos camarades Potter et Weasley de jouer au Quidditch à la suite de leur comportement odieux de ce matin.

- Pardon ? hoqueta Megan. Interdire à vie ? On ne peut pas les interdire à v… Est-ce qu'ils sont renvoyés de l'équipe ?

Elle était choquée. Jamais encore un élève n'avait été ainsi privé de pratiquer le sport préféré des sorciers, surtout lorsqu'il s'agissait des meilleurs joueurs de leur équipe.

- Renvoyés. Et ils ne pourront plus jouer tant que s'exercera l'autorité de Dolores Umbridge dans cette école.

- Ce qui ne devrait plus durer très longtemps, gronda Megan, l'air féroce.

- Ne vous avisez pas de commettre d'autres impairs, Buckley, aboya McGonagall. Merlin seul sait ce qu'elle peut encore nous réserver comme sanctions. Vous n'êtes pas sans savoir que votre protection se doit d'être assurée, et qu'elle ne saurait l'être mieux qu'au sein de cette école. Je vous l'ai déjà dit : ne provoquez pas Dolores Umbridge.

Megan serra les dents. Elle ne dirait rien devant sa directrice, mais il était hors de question de laisser cette dernière frasque impunie. L'injustice était trop grande ! Crabbe avait eu des lignes à copier, et Draco aucune sanction. Fred et George allaient être malheureux, et même si elle se fichait du bonheur de Potter, il était un atout pour son équipe, et un soutien pour Ron. Ron qui était introuvable depuis la fin du match…

- Je ne veux plus voir de serpents tourner autour de son bureau, crut bon de préciser McGonagall.

- Je ne vois pas de quoi vous voulez parler.

- Bien entendu, après tout vous n'êtes que l'une des deux seules personnes capables de s'exprimer en Fourchelang dans cette école.

L'élève et le professeur s'affrontèrent silencieusement du regard pendant de longues secondes, puis un accord tacite s'imposa entre elles. Toutes deux détestaient Umbridge, et il était acquis qu'elle pouvait causer à Megan de réels ennuis. Il n'était plus question de protéger Poudlard, lequel était désormais bel et bien tombé aux mains du ministère, il s'agissait maintenant de ne pas se faire avoir.

- On ne me reprendra plus à de telles erreurs, répondit posément Megan.

McGonagall acquiesça, puis la congédia. Il avait commencé à neiger au-dehors, et des cris d'excitation s'élevaient autour du château alors que des élèves enthousiastes se lançaient dans des batailles humides dans la cour ou dans le parc, au risque de déclencher l'ire de Filch s'il découvrait de la neige fondue dans les couloirs et sous leurs chaussures. Megan ne ressentait aucune forme de joie face à la poudre blanche qui tourbillonnait derrière les fenêtres. Fred et George étaient renvoyés de l'équipe de Quidditch. Ils allaient être dans tous leurs états.

Alors qu'elle prenait la direction de la tour de Gryffondor, où elle espérait retrouver ses amis, des sanglots ponctués de reniflements lui parvinrent. Espérant qu'il ne s'agissait pas de Ron, elle glissa un coup d'œil dans le couloir d'où lui provenaient ces tonalités désagréables, et découvrit, derrière la statue de Hengist de Woodcroft, un petit garçon dont les yeux bleus étaient baignés de larmes. Encore lui.

- C'est encore Downhill, Codex et Greengrass ? lui demanda Megan en se plantant devant lui. Je t'ai dit de venir m'en parler s'ils recommençaient.

Derek Barish s'essuya maladroitement les yeux.

- Non, souffla-t-il avant de se moucher dans un bruit de trompette bouchée. Ce n'est rien…

- Tu es en train d'arroser les pieds du fondateur de Pré-au-lard, lui fit observer Megan. Mais si ce n'est rien…

Elle tourna les talons, mais le garçon s'extirpa de sa cachette pour lui courir après.

- Toi, tu peux comprendre ! s'exclama-t-il.

- Ah oui ?

Le rythme cardiaque de Megan s'accéléra tandis qu'elle se retournait vers lui. Savait-il ? Comment avait-il pu le découvrir ? Et s'il le savait, comment se faisait-il que des Aurors ne soient pas encore venus l'arrêter ? Dumbledore la couvrait-il ? Elle n'avait plus vu le directeur depuis le festin de rentrée, il ne semblait pas se soucier de ses élèves la majeure partie de l'année.

- Oui, toi aussi… tes parents sont morts, murmura Derek en levant les yeux vers elle.

Peu d'élèves de son âge osaient la regarder dans les yeux, surtout pour évoquer le délicat sujet de ses parents.

- Ça n'a rien à voir, aboya Megan, bien que soulagée de constater que le garçon n'avait pas découvert qu'elle était responsable de la mort des siens.

- Toi, c'était il y a longtemps, est-ce que… Est-ce que ça devient moins difficile, est-ce que ça fait moins mal ?

Sa voix se brisa sur le dernier mot et il se mit à sangloter en la fixant désespérément. Horrifiée, Megan pria pour que personne ne traverse le couloir. Ou plutôt si, que quelqu'un vienne pour s'occuper du garçon qu'elle ne pouvait pas décemment laisser seul en larmes au milieu du couloir, mais qu'elle serait bien incapable de réconforter.

- Non, répondit-elle sans réfléchir.

Les sanglots de Derek redoublèrent. Quelle horrible situation. Pourquoi Hermione n'était-elle pas là ? Elle savait s'occuper des larmes et des émotions.

- Tu devrais aller voir tes préfets, suggéra Megan d'un ton indifférent. Ou ta directrice, ou l'infirmière, ou tes amis. Ils sont là pour ça, non ?

- Mais personne d'autre ne peut comprendre, se lamenta Derek. Mes parents sont morts. Je ne les reverrai jamais. Ma mère me faisait des crêpes tous les dimanche matin, et j'allais pêcher avec mon père tous les étés. C'est fini, c'est terminé, ça ne va jamais recommencer, ce n'est pas un cauchemar, ça n'a pas de fin, et tu dis que ça ne va jamais… Je ne veux pas vivre ça, comment on vit avec ça ? Je n'ai pas envie, j'en ai marre !

Plus il parlait, plus la colère prenait le pas sur ses pleurs. Megan haussa un sourcil. Elle était complètement dépassée par ce débordement d'émotions. Pire encore, il réveillait en elle une douleur sourde qu'elle avait consciencieusement enterrée depuis longtemps. Elle aussi avait pleuré, hurlé, contesté. Mais elle en avait terminé avec cette horrible époque, et elle refusait d'y replonger. Elle se renferma un peu plus sur elle-même. Hors de question de compatir avec le garçon.

- Ce n'est pas comme si tu avais le choix, lui fit-elle remarquer froidement.

- Si, je pourrais… Je pourrais… Tout arrêter. Ce serait fini. Et on serait… Enfin, je ne sais pas ce qu'il y a après, mais je serais sûrement avec eux… Ce serait mieux. Tu ne penses pas ?

- Tu es en train de me demander si ce serait mieux que tu te suicides ? répéta Megan. Tu as quel âge, douze ans ?

- Treize, souffla le garçon.

- Et tu crois que c'est suffisant, treize ans, pour savoir si tu veux vivre ? Tu te crois mature mais tu n'es qu'un enfant, tu n'as aucun recul. Treize ans, tu viens à peine d'avoir le droit de faire des sorties à Pré-au-Lard. Moi, à treize ans, j'avais empêché Voldemort de récupérer la pierre philosophale, tué un Basilic, et j'affrontais des Détraqueurs. Reviens me voir quand tu auras un peu plus d'expérience, quand tu auras vécu tous les trucs dingues qui vont encore t'arriver. On rediscutera de tout ça. Pour l'instant, tu mouches ce nez plein de morve, tu arrêtes de pleurer et tu te prends en main. Se mettre à pleurer comme ça, ça n'a jamais rien changé à tes problèmes, ça ne va pas commencer maintenant. Tu n'as plus de parents alors tu dois compter sur toi-même, à partir de maintenant c'est toi et toi-même contre le monde, alors montre-toi un peu à la hauteur, au nom de Merlin !

Derek cligna des yeux. D'un geste nonchalant, le nez froncé comme si elle était confrontée à une mauvaise odeur, Megan fit apparaître un mouchoir propre qu'elle lui tendit. Il y eut un nouveau bruit de trompette.

- C'est bon, elle est finie, ta crise ? lança Megan.

Le garçon acquiesça, l'air plus sûr de lui.

- Merci, murmura-t-il.

Sur un signe de tête, Megan tourna les talons et reprit sa route vers la tour de Gryffondor. Avec un peu de chance, elle n'avait pas dit n'importe quoi et le garçon n'allait pas se jeter de la fenêtre la plus proche. Elle n'avait jamais été confrontée à de tels projets. Elle savait que chaque seconde de sa vie était remplie de rebondissements et de rencontres qu'elle aurait regretté de n'avoir pas vécus. Mais après tout le petit Barish ne survivrait peut-être pas à la guerre qui s'annonçait, fils d'un Moldu et visiblement fragile. Peu importait, Megan aurait fait de son mieux pour le maintenir en vie jusqu'à ce qu'il soit emporté par d'autres forces que les conséquences directes de ses actes de l'année précédente. Elle se rasséréna ainsi jusqu'à émerger du trou qui menait à la salle commune de Gryffondor, où toute cette histoire quitta son esprit : les jumeaux étaient là.

Tous deux semblaient complètement abattus. Ils s'étaient changés et douchés, mais rien n'était parvenu à faire disparaître la terrible réalité : ils ne joueraient plus au Quidditch.

- Elle va nous le payer, promit Megan en s'approchant d'eux.

George hocha lentement la tête, le regard dans le vague.

La nouvelle se répandit comme une traînée de poudre. Le soir, après le dîner, toute la maison de Gryffondor avait eu connaissance de l'horrible sanction. Tous les visages étaient furieux ou inconsolables.

- Interdits à vie, dit Angelina d'une voix caverneuse alors qu'ils s'étaient réunis dans la salle commune.

Elle serra la main de Fred, mais sans conviction.

- Interdits à vie. Plus d'attrapeur, plus de batteurs... Qu'est-ce qu'on va bien pouvoir faire ?

On n'aurait oublié qu'un peu plus tôt dans la journée, ils avaient gagné le match. Les joueurs étaient avachis autour de la cheminée, à l'exception de Ron que l'on n'avait toujours pas revu. Megan, la tête posée contre les genoux de George, n'avait même pas essayé de leur remonter le moral : aujourd'hui était tout simplement une très, très mauvaise journée.

- C'est tellement injuste, dit Alicia d'un air hébété, son bras autour des épaules de George. Et Crabbe qui t'a envoyé un Cognard après le coup de sifflet final ? On ne lui a pas interdit de jouer, à lui ?

- Non, dit Ginny d'un air accablé.

Hermione et elle étaient assises de chaque côté de Potter.

- Il a simplement eu des lignes à copier. Ça faisait beaucoup rire Montague pendant le dîner.

- Et interdire Fred alors qu'il n'a rien fait du tout ! s'exclama Alicia avec fureur en tapant du poing sur son genou.

- Ce n'est pas ma faute si je n'ai rien fait, assura Fred avec une expression redoutable sur le visage. Si vous ne m'aviez pas retenu, toutes les trois, j'aurais réduit ce petit fumier en charpie.

Megan ne releva même pas l'insulte envers Draco. Elle allait devoir mettre la main sur lui.

Au dehors, la neige tombait toujours. Le Vif d'or, que Potter avait gardé sans s'en rendre compte après le match, voletait tout autour de la salle commune. Les élèves le suivaient des yeux, comme hypnotisés, et Crookshanks sautait de fauteuil en fauteuil pour essayer de l'attraper, sans amuser personne.

- Je vais me coucher, dit Angelina en se levant lentement. On va peut-être s'apercevoir que tout ça n'était qu'un cauchemar... Peut-être qu'en me réveillant demain matin je réaliserai que le match n'a pas encore eu lieu...

Elle fut bientôt suivie par Alicia et Katie. Un peu plus tard, Fred et George saluèrent Megan puis regagnèrent leurs lits d'un pas traînant, lançant des regards noirs à tous ceux qu'ils croisaient. Peu après, Ginny rejoignit également son dortoir. Il ne restait plus que Megan, Hermione et Potter devant la cheminée.

- Vous avez vu Ron ? demanda Hermione à voix basse.

Ils firent non de la tête.

- Je crois qu'il nous évite. Où pensez-vous qu'il...

A cet instant précis, il y eut un grincement derrière eux. Le portrait de la grosse dame avait pivoté sur ses gonds et Ron entra par le trou aménagé dans le mur. Il était très pâle et de la neige parsemait ses cheveux. Lorsqu'il vit les trois autres, il se figea sur place.

- Où étais-tu ? demanda Hermione d'une voix anxieuse.

Elle s'était levée d'un bond.

- Je suis allé faire un tour, marmonna Ron.

Il portait toujours sa tenue de Quidditch.

- Tu as l'air frigorifié, dit doucement Megan. Viens t'asseoir.

Ron s'approcha de la cheminée et se laissa tomber dans le fauteuil le plus éloigné de celui de Potter en évitant soigneusement de croiser son regard. Le Vif d'or dérobé voleta au-dessus de leurs têtes. Megan fronça les sourcils.

- Je suis désolé, grommela Ron en regardant ses pieds.

- Pourquoi ? demanda Potter.

- D'avoir cru que je saurais jouer au Quidditch. Je vais donner ma démission demain matin à la première heure.

- Si tu démissionnes, dit Megan d'un air sombre, il n'y aura plus que trois joueurs dans l'équipe.

Devant l'air surpris de Ron, Potter ajouta :

- Je suis interdit de Quidditch à vie. Fred et George aussi.

- Quoi ? glapit Ron.

Hermione lui raconta toute l'histoire. Megan crut bon de préciser qu'Umbridge ne pourrait pas les empêcher de jouer en dehors de Poudlard, le ministère n'étendant pas son influence si loin, à moins qu'ils candidatent pour intégrer l'équipe nationale. Lorsque le récit de Hermione fut terminé, Ron parut plus angoissé que jamais.

- Tout ça c'est de ma faute...

- Ce n'est pas toi qui m'as poussé à taper sur Malfoy, répliqua Potter avec colère.

- Si je n'étais pas si mauvais au Quidditch...

- Ça n'a rien à voir.

- C'est cette chanson qui m'a énervé.

- Ça aurait énervé n'importe qui.

Hermione se leva et s'approcha de la fenêtre pour ne plus entendre leur dispute. Elle regardait les flocons de neige virevolter devant les carreaux. Megan l'observa, tâchant d'ignorer la joute des garçons. Ron ne voudrait rien entendre ce soir, mais elle l'empêcherait fermement de démissionner le lendemain. Elle allait tout faire pour tirer quelque chose de bon de cette épouvantable journée.

- Bon, laisse tomber, tu veux ? s'exclama Potter. C'est déjà suffisamment pénible comme ça, pas la peine en plus de t'entendre dire que tout est de ta faute !

Ron ne répondit rien. Il resta assis, l'air accablé, à contempler l'ourlet humide de sa robe de sorcier. Au bout d'un moment, il murmura tristement :

- Je ne me suis jamais senti aussi mal de ma vie.

- Bienvenue au club, répondit Harry avec amertume.

- Eh bien, moi, dit Hermione d'une voix un peu tremblante, je crois que j'ai quelque chose à vous annoncer qui devrait vous remonter un peu le moral.

- Oh, vraiment ? répliqua Megan, sceptique.

- Oui, assura Hermione.

Elle se détourna de la fenêtre d'un noir d'encre, constellée de flocons de neige. Un large sourire s'étalait sur son visage.

- Hagrid est revenu, dit-elle.