Nuées Blanches

Chapitre 21 : Horreur

Empire d'Adrestia, village de Remire…

Elion arracha sa lance du corps d'un villageois fou et essuya le sang qui avait giclé sur sa joue. Dans son dos, Linhardt se collait au mur d'une maison, incapable de se tenir debout. Il pleurait de terreur, sans bruit. Elion revint vers lui après s'être assuré que plus aucun danger ne les menaçait et s'assit à côté de lui en serrant sa main dans la sienne.

_ Tout ira bien, on va s'en sortir.

_ Je… j'ai peur…

_ Il faudrait être totalement dénué d'émotions pour ne pas être pétrifié par la peur, en de pareille circonstance. Mais ne t'inquiète pas, je te l'ai dit, moi vivant, personne ne te fera de mal.

Linhardt se redressa sur les genoux en s'agrippant à la manche de la tunique anthracite d'Elion.

_ Je ne veux pas que vous donniez votre vie pour moi ! Il n'y a rien d'héroïque là-dedans, et… et je ne comprends pas qu'on puisse vouloir mourir pour quelqu'un comme moi…

Le garde de la porte retira son casque et passa sa main dans ses cheveux indigo avant de relever le menton tremblant de Linhardt.

_ Je n'ai pas l'intention de mourir, Lin. Je veux te protéger, et pour ça, je dois rester vivant. Maintenant viens, on va quitter ce village de malheur. Daraen et son groupe avaient raison de fuir cet endroit.

_oOo_

Mercedes passa sa main sur le bras d'un villageois et la profonde blessure se referma. L'homme soupira de soulagement et s'enfuit par un chemin sécurisé vers la sortie du village.

La jeune fille continua d'avancer à la recherche de blessé pendant que Felix et Sylvain lui ouvraient la voie, ne laissant dans leur sillage que des cadavres.

Felix saisi Sylvain par le poignet, les yeux fixés devant lui. Son ami suivit son regard et resserra sa prise sur sa lance. En face d'eux, un sinistre chevalier noir au casque en forme de crâne les observait de ses yeux sanglant du haut de son cheval.

_ Ce n'est pas vous que je veux.

_ Vous êtes vraiment le professeur Jeritza ?

_ Mon nom importe peu, désormais, je… Que fais-tu ici ? Va-t-en tout de suite !

Felix jeta un regard par-dessus son épaule et aperçut Mercedes.

Le Chevalier Macabre passa devant lui et son cheval s'arrêta devant la jeune fille en la forçant à reculer.

_ Quitte ce village tant qu'il en est encore temps.

_ Emile, viens avec moi ! Rentrons ensemble à la maison…

_ Trop tard.

Le sinistre chevalier disparut dans un éclair rouge.

_oOo_

Byleth frappa de sa lame extensible la villageoise totalement folle qui avait tenté de tuer Dimitri. Elle se tourna ensuite vers le haut du village, accessible par un escalier. Edelgard regardait elle aussi dans cette direction, les lèvres pincées en serrant sa hache. Claude abaissa légèrement son arc en voyant une silhouette apparaitre en haut des marches ; une silhouette bien connue, dos vouté, manteau crème, une canne à la main et des cheveux clairs dégageant un front ridé.

_ Tomas !

_ Que faites-vous ici ?!

Le vieux bibliothécaire de Garreg Mach ricana en descendant quelques marches. Il observa tranquillement Byleth se tenir entre Dimitri et Jeralt, Claude à côté du capitaine et Edelgard à la suite.

_ En voilà une belle brochette… Je m'appelle Solon, pour vous servir.

_ Où est Tomas !?

L'homme ricana et frappa le sol de sa canne et une vive lumière en émana. L'instant d'après un homme vêtu de noir se tenait à la place de Tomas. Ses veines saillaient sous la peau grise de son crâne dégarni de cheveux presque bleuté. Son œil gauche était entièrement noir, écarquillé par des agrafes sombres l'empêchant de cligner.

La magie noire suintait de tous ses pores. Il continua de descendre les marches avant de s'arrêter juste devant le groupe.

_ Pour ce village, il est trop tard… et pour vous aussi.

Sa canne frappa de nouveau le sol et une énergie noire et malsaine jaillit de l'impacte.

_oOo_

Garreg Mach…

Rowan soupira de satisfaction en fermant les yeux, savourant les doigts caressant paisiblement sa nuque, glissant parfois le long de sa colonne vertébrale. Les rayons du soleil réchauffaient son dos nu. Le clapotis de l'eau le berçait lentement.

_ Ça va, Rowan ?

_ Moui…

Il se tourna en souriant à Darios et son compagnon se pencha vers son visage pour l'embrasser.

Un craquement sec les fit sursauter. Rowan récupéra sa chemise pour l'enfiler à la hâte alors que Darios se retournait.

_ Léo ? Et… vous tous ? Qu'est-ce qu'il se passe ?

Léo soupira et tourna la tête vers Daraen, cramponnée au bras de Chrom. Elle avait un regard sombre et semblait réfléchir intensément pour mettre en place les pièces d'un puzzle complexe.

_ La maladie qui décime les villageois de Remire n'est pas normale… Ni Daraen, ni moi ne sommes expert en guérison magique, tout au plus, nous pouvons soutenir les guérisseurs. Mais nous sommes capables de voir ce qui est, magiquement parlant, curable. Là, ça ne l'était pas. Tout en ayant malgré tout une origine magique, cette infection était devenue…

_ Naturelle, d'une certaine façon, donc transmissible. J'ai refusé d'aller me battre là-dedans sans savoir ce qu'il s'y propageait.

Darios observa Daraen d'un air effaré. Il connaissait la jeune femme depuis plusieurs années et jamais il ne l'avait vu rechigner à aller se battre. C'était même tout le contraire !

_ Il se passe des choses vraiment terrifiantes, dans ce monde…

Daraen sourit et prit le brun et le bond chacun par un bras pour les éloigner du groupe.

_ En parlant de choses terrifiantes, j'ai besoin de vous… Aelfric, vous voyez de qui il s'agit ? Ecoutez-moi attentivement…

_oOo_

Village de Remire…

Jeralt abaissa son bras qu'il avait levé devant son visage pour se protéger de l'étrange vague de magie noire qu'avait lancée Solon. Il regarda Byleth charger vers le mage noir en brandissant l'Epée du Créateur, Dimitri sur ses talons. Les flèches de Claude sifflaient vers les villageois qui tentaient de leur barrer le chemin. Edelgard et Monica restaient en retrait, observant avec attention les mouvements ennemis sans pour autant intervenir, laissant Hubert et Ferdinand le faire.

Le capitaine de l'Ordre de Seiros passa rapidement en revu les élèves éparpillés dans le village et remarqua Elion et Linhardt quitter les lieux. Il en fut soulager, le garde de la porte n'avait que trop souffert, il méritait de sauver sa peau. Jeralt avait beau être chevalier, les notions héroïques consistant à mourir tout aussi héroïquement pour de parfaits inconnus, très peu pour lui !

C'était avec cette ligne de conduite qu'il avait élevé sa fille, et la voir se battre contre Solon, luttant pour protéger sa propre vie le remplit de fierté. Elle s'exposa pourtant pour protéger Dimitri d'un éclair de magie et cette réaction instinctive fit sourire Jeralt, malgré la situation. Il avait élevé sa fille pour qu'elle ne pense qu'à sa propre survie, et son dénuement total d'émotion avait facilité la tâche, mais la voir prendre des risques pour sauver la vie d'une autre personne était la preuve qu'elle possédait bel et bien des sentiments.

Jeralt repoussa un villageois enragé avant de regard Byleth à nouveau.

La jeune femme recula vivement en entrainant Dimitri avant de projeter sa lame extensible sur Solon, l'enroulant autour de sa canne à l'étrange lumière bleutée qui venait d'apparaitre et la lui arrachant des mains. Le mage noir esquissa un rictus mauvais.

_ Voyez-vous ça… Et vous pensez avoir gagné ? Pitoyables créatures… Le village de Remire n'était qu'une expérience parmi tant d'autres. Et votre vénérée Sainte Seiros peut vous le confirmer…

Son regard dérangeant passa sur les élèves, un à un, leur donnant la désagréable impression de les sonder. Il s'arrêta un bref instant sur Edelgard et Monica avant de passer à Claude, puis Dimitri, et enfin s'arrêter sur Byleth.

_ Astre maléfique… un jour ta lumière se noiera dans les ténèbres.

Le mage noir disparut dans un éclair lumière malsaine et sa canne prisonnière de l'Epée du Créateur le suivit.

Jeralt regarda le village de Remire avec un pincement au cœur en constatant les dégâts irréparables qui l'avaient saccagé. Les cadavres des villageois malades s'amoncelaient, les maisons prenaient feu les unes après les autres, les survivants se serraient les uns contre les autres avec des regards hagards.

Les élèves se regroupèrent, les yeux hantés par le massacre insoutenable qu'ils venaient de voir ; et de perpétrer.

Le retour à Garreg Mach se fit dans un silence pesant, accompagné par les pleurs des rares villageois qui avaient survécus.

_oOo_

Garreg Mach, jour 2 de la Lune des Etoiles, entrée du monastère…

Elion regarda les quelques étoiles dans le ciel de nuit. Son tour de garde allait bientôt prendre fin et il lui tardait de retrouver la chaleur de sa chambre. Le vent qui venait de Faerghus devenait plus glacial de jour en jour.

Il entendit alors un bruit d'éclaboussure accompagné de celui si caractéristique des hauts-le-cœurs. Intrigué, le jeune garde se dirigea vers l'origine du bruit et serra les poings.

_ Linhardt…

Le jeune élève redressa la tête, ses yeux soulignés de profondes cernes noires, son visage plus blanc que d'habitude et le menton souillé.

_ Elion… je n'y arrive pas… Dès que je ferme les yeux, je… je revois tout ça… le sang, les cadavres, le feu… cette odeur de mort, j'ai beau me frotter jusqu'à m'arracher la peau, elle ne veut pas partir !

Elion s'accroupi à côté du jeune homme et passa son bras autour de ses épaules secouées de spasmes.

_ Viens, Lin, je vais bientôt avoir finit mon tour de garde. Dans ton état, je sais exactement ce qu'il te faut pour te calmer.

_oOo_

Chambre d'Elion…

Linhardt s'assit sur le bord du lit, une cuvette sur les genoux. Elion ouvrit la fenêtre après s'être débarrassé de son armure et de son casque, se retrouvant bien plus libre de ses mouvements dans sa tunique gris anthracite. Il ramassa un manteau cendré sur le dossier d'une chaise et le jeta sur ses épaules avant de se tourner vers Linhardt. Des larmes silencieuses roulaient sur ses joues.

_ C'était la première fois que tu assistais à ce genre de spectacle, n'est-ce pas ?

_ Je… Je pensais être prêt à tout au nom de la science… Mais jamais je ne pourrais faire des choses aussi atroces pour mes expériences !

_ Je le sais. Lin, les gens comme toi, qui ont une éthique et une morale, sont malheureusement loin d'être commun. Pour mener à bien leurs recherches, certains n'hésitent pas à sacrifier des vies. J'en suis la preuve vivante…

Linhardt hocha la tête avant d'hoqueter et de se pencher sur la bassine.

Elion s'agenouilla devant lui et repoussa les cheveux verts de l'élève en arrière, les glissant derrière ses oreilles pour dégager son visage.

_ Je n'ai pas dormi depuis Remire… Si je ferme les yeux, si je m'endors, les cauchemars m'assaillent… Je suis épuisé, mais je ne veux pas dormir. Je ne veux plus jamais revivre cet enfer !

Elion caressa la joue de Linhardt et se releva pour vider la bassine par la fenêtre, la rinçant au passage avec l'eau d'un broc assorti à ladite bassine et qu'il utilisait au quotidien pour se débarbouiller le visage. Il rendit la bassine au jeune homme et tira un coffret de bois assez imposant de sous son lit.

_ Allonge-toi, Lin, et ferme les yeux.

Linhardt le regarda en haussant un sourcil étonné.

_ Rassure-toi, je ne vais pas te sauter dessus ! Mais tu dois dormir et j'ai peut-être une idée.

Il ouvrit son coffret et en sorti un luth magnifique.

_ Et si tu fais des cauchemars, je serais là.

Ses doigts glissèrent sur les cordes de son luth et en voyant le regard fasciné de Linhardt, il lui sourit doucement.

_ C'est un couple que j'ai rencontré dans une taverne qui m'a apprit à en jouer, du moins les bases. Un barde roux et son amant, un héraut aux cheveux blancs. J'aime bien en jouer, ça me calme. Je suis loin d'être aussi bon qu'eux mais j'espère que ça te permettra de dormir sereinement.

Linhardt hocha la tête et obéit sans plus discuter au garde de la porte. Il fut étonné de la qualité de son oreiller et ferma les yeux. Les notes douces du luth résonnaient dans la pièce, chassant au loin les images violentes et sanglantes qui tournaient en boucle dans son esprit.

Pour la première fois depuis les évènements de Remire, Linhardt s'endormit sans penser aux horreurs du massacre. Et lorsque ses cauchemars revenaient l'assaillir, il lui semblait entendre les notes maladroites d'un luth et entendre une voix lui souffler que tout allait bien. Parfois la mélodie s'interrompait et il lui semblait sentir quelque chose de chaleureux se poser sur son front, contribuant à l'apaiser.

_oOo_

Salle d'audience, jour 3 de la Lune des Etoiles…

Une grande agitation régnait dans le monastère. Les élèves couraient dans tous les sens, les filles se promenant par groupes compact qui semblaient dissuader les garçons de les approcher.

Darios haussa un sourcil en écoutant Rhea lui parler d'une tradition du monastère qui aurait lieu le 25 du mois.

_ Il s'agit d'un bal merveilleux ! Notre vénérée Déesse aimait tant danser… Ce bal est annuel, mais unique chaque année. J'espère que nos chers étudiants en feront un aussi incroyable que l'an dernier ! Notre Divine Ancêtre Sothis en sera comblée…

_ Divine Ancêtre Sothis ?

Rhea se mit à rire devant l'interrogation de Rowan.

_ C'est l'une des nombreuses appellations de notre vénérée Déesse. Sothis est son prénom, mais il ne convient pas de le prononcer sans raison. Nous nous devons de témoigner le plus profond respect à notre vénérée Déesse !

Darios fronça les sourcils. Ça faisait beaucoup de ''vénérée Déesse'', dans les propos de Rhea. Il ressentait toujours un malaise en sa présence, surtout depuis l'instant où Daraen avait admit avoir peur de l'Archevêque, mais sa façon de parler de la Déesse, son fanatisme, augmentait ce sentiment dérangeant.

_ Vous nous parliez du bal.

_ Oh ? Oui, c'est vrai… Une légende raconte qu'en se rendant au sommet de la Tour de la Déesse avec l'être aimé et en y formulant un vœu ensemble, la Déesse l'exaucera. Ce bal est un jour spécial qui se prépare dès le début du mois, d'où l'agitation que vous avez put noter. C'est tout à fait passionnant. Mais pas autant que notre vénérée Déesse… Vous ai-je déjà parlé de la façon dont elle aurait libéré un village de la tristesse en dansant ?

Darios sentit les doigts de Rowan se resserrer sur sa main, traduisant son envie de quitter les lieux au plus vite. Et il ne pouvait que le comprendre, en voyant l'expression béate de Rhea.

Pourtant ils restèrent à l'écouter, et le jeune homme brun eut la certitude que Rhea avait un jour ou l'autre croisé sa ''vénérée Déesse''. Mais si cette certitude était réelle, alors cela risquait de compliquer les choses…

_oOo_

Réfectoire…

Byleth sourit en voyant les élèves s'agiter, plus excités les uns que les autres à la perspective de préparer ce bal. Après les évènements de Remire, ils avaient tous bien mérité cette période de fête et de calme ; même Rhea en avait convenu, sous l'influence de Seteth dont la précieuse Flayn avait assisté elle aussi au carnage. La professeur était néanmoins étonnée que la frêle jeune sœur du bras droit de l'Archevêque ne soit pas plus traumatisée que cela, comme si elle avait déjà assisté à ce genre d'atrocité par le passé. Flayn l'intriguait, elle ne pouvait le nier.

Ce mois-ci, aucune mission n'était assignée à aucun élève du monastère, les mystérieux rodeurs tournant autour d'une vieille chapelle abandonnée seraient surveillés par une escouade de chevalier de l'Ordre de Seiros dirigé par Jeralt.

Byleth remarqua Dimitri repousser Dedue qui venait s'enquérir de son état. Il était bien plus pâle que d'ordinaire et cela inquiéta la jeune femme. Elle se dirigea vers le jeune homme blond et posa sa main sur son épaule alors qu'il se tenait la tête entre les mains.

_ Vous vous sentez mal, Dimitri ?

_ J'ai dit que je ne voulais voir pers… Oh, c'est vous professeur… Pardonnez-moi mais je ne suis pas d'humeur plaisante, aujourd'hui.

_ Vos insomnies ?

_ Comment êtes-vous au courant ?

Byleth sourit et le tira par le bras pour le forcer à ce lever.

_ J'ai remarqué que la vie nocturne du monastère est plus intéressante que la vie diurne. Alors je me couche tard et j'observe mes élèves. Vous ne dormez que très peu et vous vous frottez souvent les tempes. Des migraines ? Venez, elles ne vont pas se calmer dans ce réfectoire bondé.

Dimitri se laissa entrainer par Byleth jusqu'à un jardin désert dans un coin du monastère. Le calme du lieu apaisa le mal de tête qui lui vrillait le crâne sans répit.

_ Les fantômes… ils reviennent chaque nuit depuis quatre ans…

_ La Tragédie de Duscur ?

_ Pourquoi ai-je survécu, ce jour-là ? J'aurai dû mourir… Si seulement Gilbert, ne m'avait pas sauvé…

_ Gilbert ? Le père d'Annette ?

_ Son véritable nom est Gustave. Il était chevalier au service de mon père mais… Sa culpabilité de ne pas l'avoir sauvé est telle qu'il a disparut du jour au lendemain sans prévenir pour ne réapparaitre que bien plus tard sous le nom de Gilbert.

Byleth s'assit en calant son dos contre un arbre et fit signe à Dimitri de s'asseoir à côté d'elle.

_ Moi, je suis vraiment heureuse qu'il vous ait sauvé la vie. Je vous comprends, la Tragédie de Duscur a dût être un traumatisme que vous ne pourrez aisément oublier… Mais vous rencontrez a été pour moi un bonheur que vous ne pouvez imaginer !

_ Professeur…

Dimitri détourna le regard en rougissant légèrement. Elle était bien loin, la Byleth inexpressive rencontrée en Remire. Et ce n'était pas plus mal.

La main du prince se posa sur celle de la jeune femme et il sentit ses lèvres s'étirer en un sourire.

_ Moi aussi, je suis heureux de vous avoir rencontrée… Je n'avais pas ressentie un tel sentiment de paix et de joie depuis ce jour-là. Et quand vous êtes près de moi, les fantômes s'éloignent et ma tête ne me fait plus autant souffrir… Professeur, à propos du bal…

Dimitri sembla hésiter à dire quelque chose puis se ravisa finalement. Byleth se sentie déçue mais se dit que le bal était encore loin. Si Dimitri voulait l'inviter, il avait encore tout son temps. Elle posa sans vraiment s'en rendre compte sa tête sur l'épaule de Dimitri et sentit la main du jeune homme serrer un peu plus la sienne. Elle avait peut-être choisi de diriger la maison des Aigles de Jais, mais c'était toujours vers Dimitri qu'elle se tournait.

_oOo_

Entrée de Garreg Mach, jour 6 de la Lune des Etoiles…

Linhardt bailla longuement avant de s'appuyer contre le mur du monastère en fermant les yeux.

_ Content de voir que tu vas mieux. Quand tu piques du nez debout comme ça, c'est que tout va bien.

L'élève ouvrit un œil et esquissa un sourire en voyant Elion le regarder.

_C'est grâce à vous… Elion, vous avez entendu toute cette agitation autour de ce bal ? Je trouve ça terriblement épuisant, rien qu'à les regarder courir partout. Ça me donne envie de faire une sieste…

_ A propos de ce bal, tu connais la légende autour de la Tour de la Déesse ?

_ Oui… Mon père m'a envoyé une lettre à ce sujet. ''L'avenir de la famille repose sur vous, Linhardt. Trouvez une riche noble hautement placée durant ce bal et courtisez-là. Je ne suis pas s'en vous rappeler que vous êtes enfant unique, c'est à vous de produire des héritiers pour notre glorieuse famille Von Hevring.'' Je le connais pas cœur, son refrain.

_ Un héritier…

Linhardt soupira et s'assit aux pieds d'Elion, calant son menton dans la paume de sa main.

_ C'est comme ça que fonctionne la noblesse, ici… Je ne ferais pas un mariage d'amour, comme tout le monde ici de toute façon. Et pire, je ne pourrais peut-être pas poursuivre mes recherches comme je l'entends, ni faire toutes les siestes dont mon corps à besoin pour rester en bonne santé !

_ C'est… Je suis désolé.

_ Bah, je m'en moque, de toute façon. Si héritier je dois produire, il faudra que j'ai quelque chose à en tirer… Comme par exemple ce qu'il arrive si deux personnes portant le même emblème ont un enfant… Flayn aussi porte l'emblème de Cethleann, comme moi.

Elion se crispa et récupéra sa lance pour reprendre une attitude de garde bien plus sérieuse.

_ Fait comme tu veux. Invite cette Flayn dans la Tour de la Déesse et promets-lui le mariage si ça te chante. Moi je ne pourrais pas bouger d'ici, dommage. J'aurais bien aimé inviter une ou deux jolies filles dans cette tour et leur débiter des flots de compliments niais.

Le garde de la porte de referma, ce que Linhardt remarqua immédiatement.

Pourquoi se braquait-il dès que certains sujets étaient abordés, notamment les filles ? Cela dit, les propos d'Elion concernant son envie de '' débiter des flots de compliments niais'' à de jolies filles étaient loin de lui plaire.

Il regarda le visage d'Elion, crispé et froid. Devant un tel visage, il savait qu'il valait mieux partir. Et dire qu'ils s'étaient tellement rapprochés depuis qu'il avait passé la nuit dans sa chambre, à l'écouter jouer du luth.

_ Elion, vous ne pourrez pas bouger d'ici le soir du bal… Mais rien ne m'empêche de venir vous rejoindre.

_ J'ai du travail. Et j'en aurais aussi ce soir-là.

_ Je viendrais quand même.

Linhardt se redressa en le regardant bien en face avant de repartir.

Elion le regarda partir en s'empêchant d'espérer qu'il tiendrait parole.

_oOo_

Daraen désigna un homme aux cheveux brun portant une robe rouge de Cardinal à Rowan et Darios.

_ Lui ?

_ Oui.

_ Il n'a pas l'air dangereux.

_ Il est amoureux d'une femme morte il y a plus de vingt ans, et a apprit l'existence d'un moyen de la ramener d'entre les morts. Il n'y a pas plus dangereux. De plus… Il est prêt à sacrifier des vies, dont celle du chef de leur meute de loup… Lui, je ne veux pas qu'il lui arrive quoi que ce soit. C'est clair ?

_ Limpide.

Darios tapota la lame de son épée et serra la main de Rowan. Son regard se planta dans celui de Daraen pour lui signifier qu'ils étaient prêts.