Quand un animal est acculé, il attaque

-BOUGEZ-VOUS ! rugit Loki. Si je vous rattrape, je n'aurais aucun scrupule à vous botter le cul !

Draco Malfoy, Blaise Zabini, Théo Nott, Gregory Goyle et Vincent Crabbe entamaient leur troisième tour de la salle de duel. Comme prévu quelques semaines plus tôt, ils avaient été choisis pour suivre des cours avancés de défense. Chaque professeur avait un système de fonctionnement différent et celui de Loki Potter était le plus audacieux. Dans chaque année, il avait sélectionné une demi-douzaine d'élèves pour confirmer leur potentiel en duel. Début décembre, un quart d'entre eux avait dû abandonner car leurs parents sorciers s'étaient indignés que leurs chères têtes blondes se mettent au sport. Loki s'était donc fait un plaisir de leur signaler par courrier après leur désistement que ses cours donnaient droit à une lettre de recommandation auprès de la Guilde de Défense – un sésame éminemment recherché malgré son peu de visibilité en Grande Bretagne – et que leur opposition à ces fameux cours avait ôté toute possibilité à leurs enfants de les obtenir. Bien entendu, les parents avaient voulu se rétracter, parfois même en utilisant Dumbledore comme intermédiaire, mais rien ni personne ne pouvait forcer Loki à faire quoi que ce soit.

Les invitations aux cours particuliers étaient parvenues aux élèves le samedi suivant l'annonce et certains noms avaient beaucoup surpris, notamment la sélection exclusivement Serpentard en défense pour la sixième année. Cela avait même donné lieu à un débat parmi les professeurs.

Flash-Back

La liste finale des élèves sélectionnés pour les cours particuliers devait être discutée avec toute l'équipe enseignante pour éviter notamment que des élèves aient des cours en même temps. D'un commun accord, ils avaient décidé qu'ils donneraient les noms des élèves de première année et ainsi de suite. Les ennuis commencèrent quand Albus Dumbledore s'aperçut que personne n'avait sélectionné Ginevra Weasley en cours particuliers chez les élèves de cinquième année.

-Elle a pourtant un talent indéniable … commenta Albus.

-Uniquement pour le sortilège de chauve-furie, coupa Pomona. Je ne compte plus le nombre de mes élèves qui l'ont reçu parce qu'ils ont refusé quelque chose à mademoiselle Weasley. Personnellement, dans mon cours, elle se trouve dans la moyenne des élèves de Gryffondor, pas plus, pas moins.

Les autres professeurs allèrent dans son sens. La rousse, malgré les certitudes du directeur, ne brillait que par son harcèlement envers Harry Potter. Ses résultats avaient toujours été moyens et rien dans son attitude ne montrait qu'elle avait l'intention de se distinguer.

-Peu d'élèves de son âge aurait pu tenir tête à des mangemorts, rappela Albus en se tournant vers Loki.

-Ses exploits dus à sa stupidité n'entrent pas en ligne de compte dans son parcours scolaire, déclara fraîchement Loki, le seul qui ait assisté en partie audit exploit. Outre le fait qu'elle ne soit même pas capable de se défendre correctement alors que nous sommes en guerre, ce qui est franchement irresponsable, elle n'a pas le bon état d'esprit pour aspirer à des études plus approfondies, au moins en défense. Je ne suis pas ici pour flatter les egos de despotes en culottes courtes, comme mademoiselle Weasley qui se vante dans tous les coins de couloirs qu'elle s'est battue contre les mangemorts sans avouer qu'elle s'est fait assommer dès les premiers instants, mais à apprendre à des élèves comment utiliser la magie pour se protéger et protéger ceux qui ne le peuvent pas.

-Je suis sûr que … protesta Albus.

-Non, coupa Loki. Pas dans mon cours surtout avec son état d'esprit. Vous autre ?

Tous les professeurs confirmèrent l'avis de Loki, ce qui renfrogna Albus. Ils passèrent donc à la suite. En passant à la sixième année, beaucoup furent surpris de la sélection entièrement Serpentard du professeur de défense.

-Pourquoi ne pas avoir choisi parmi les autres maisons ? demanda Filius, curieux

-Le programme que je compte mettre en place pour mes cours particuliers répond à plusieurs critères auxquels de très nombreux élèves ne répondent pas, expliqua Loki. Les élèves que j'ai sélectionnés sont exactement ce que je cherche et le fait qu'ils appartiennent à la même maison pour cette promotion n'est qu'une heureuse coïncidence.

-J'estime que d'autres élèves auraient mieux convenu, grinça presque Albus. Qui sait ce qu'ils pourraient faire avec un tel enseignement …

-Vous êtes un professeur accrédité par la guilde de défense ? coupa sèchement Loki

-Non, répondit Albus, surpris.

-Les seules personnes qui pourraient contester objectivement mes choix à cette table sont les professeurs Flitwick, Snape et Sinistra, décréta Loki. Vous avez peut-être réussi à vaincre Gellert Grindelwald mais la guilde a estimé que votre combat ne présente pas de véritables capacités en duel. Donc, vous n'avez pas votre mot à dire, sauf si vous avez des arguments solides, autre que votre ressentiment envers la maison Serpentard, cela s'entend.

Devant les actes immoraux dont s'était rendu coupable Dumbledore à l'encontre d'Harry, Loki s'était renseigné sur les hauts faits de son supérieur hiérarchique et avait été étonné que la guilde ne reconnaisse pas ses capacités en duel. Le lui renvoyer en pleine figure était une petite vengeance.

-Je ne vous permets pas ! gronda Albus, offensé. En tant que directeur de cette école …

-Vous nous avez permis de sélectionner les élèves qui auraient droit à des cours particuliers de notre part sans que vous ne puissiez mettre votre veto, claqua Loki. Dois-je vous fournir à nouveau le procès-verbal de la convention établie entre Poudlard et le ministère ?

Avec le fiasco de Dolores Ombrage et le retour de Voldemort, le ministère avait décidé de redéfinir ses attentes vis-à-vis de l'école. La commission rassemblée pour statuer de la responsabilité de Dumbledore dans le recrutement de Sybille Trelawney et de Rubeus Hagrid s'était également rendu compte que les standards de l'école n'étaient pas cohérents par rapport au niveau demandé dans le monde du travail. Elle avait donc restauré quelques prérogatives des professeurs, notamment les cours particuliers mais également les apprentis. Dumbledore l'avait appris après avoir repris son poste et il n'avait rien pu y faire.

-Ça ira, merci, répondit sèchement Albus. Etes-vous sûr de votre choix ?

-Certain, répondit affablement Loki. A moins que mes collègues souhaitent donner des cours à ces mêmes élèves ?

Personne n'osa moufeter, toujours impressionnés par les prises de bec entre le directeur et le professeur de défense. Ils passèrent donc à la suite et le directeur fut surpris que seuls les professeurs de runes et d'arithmancie aient décidé de prendre Harry Potter en cours particulier.

-Il s'agit du Survivant ! s'exclama Albus

-Mais ce n'est pas le Survivant que nous avons en classe mais Harry Potter, rappela sèchement Minerva. Ses résultats aux BUSES sont remarquables dans toutes les matières, personne ne le nie, mais je n'ai pas noté quoi que ce soit qui me dirait qu'il s'épanouira dans une carrière qui demanderait la pratique intensive de la métamorphose. D'après ce que j'ai vu, c'est également le cas dans les autres matières, je me trompe ?

-Pas du tout, confirma Filius. Monsieur Potter nous montre depuis l'année dernière des progrès stupéfiants dans ses études sans pour autant se distinguer dans une matière particulière.

-Même en défense ? s'étonna Albus avec un pétillement dans les yeux

-Indépendamment du fait que l'élève en question soit sous ma tutelle, Harry n'a jamais montré de prédisposition dans cette matière, commenta froidement Loki. Parce qu'il est le rescapé du massacre de sa famille par Voldemort en personne, la population imagine et croit dur comme fer que c'est son rôle de les sauver de ce sorcier aux motifs douteux et lui met la pression pour qu'il s'acquitte de cette tâche au plus vite sans prendre en considération ses propres sentiments sur la question. J'ai testé mon pupille et il n'a pas besoin de cours supplémentaires. Et si vous pensez toujours le contraire et que vous tenez à les lui donner vous-même, sachez qu'en tant que tuteur, je refuserai catégoriquement, encore plus si c'est pour qu'il aille vaincre Voldemort. Le peuple sorcier devra régler ses problèmes tout seul et non les mettre sur les épaules d'un adolescent. Vous voilà prévenu.

Fin Flash-Back

Albus s'était ensuite insurgé que personne n'ait sélectionné Ronald Weasley mais cette fois, ce fut Filius qui monta au créneau pour rappeler les résultats médiocres du roux et son comportement belliqueux. Conscient qu'il n'aurait pas gain de cause s'il s'opposait à d'autres recrutements, comme celui des Serpentards, le directeur avait dû se taire pour que la réunion continue sereinement.

Quand les listes avaient été rendues publiques, la plupart des professeurs avaient été pris d'assaut par les élèves non sélectionnés. Ils avaient dû se faire entendre, généralement à coup de retenues et de points en moins, pour que le calme revienne.

Loki avait passé le mois de novembre à recevoir les élèves qu'il avait choisi et à vérifier s'il ne s'était pas trompé. Durant trois semaines, un jour par année, il les avait testés sur leurs connaissances théoriques et avis sur la magie, leur santé physique et enfin, leurs connaissances pratiques. Comme le sorcier moyen était complètement allergique à tout effort physique, la sélection naturelle s'était faite d'elle-même.

Curieusement, il s'était attendu à ce que les cinq Serpentards râlent sur le programme mais ils n'avaient pas bronché une seule seconde. En fait, il semblait même qu'ils n'en aient pas soufflé un seul mot à leurs familles. Toutefois, comme tout se savait dans cette fichue école, ils avaient reçu d'appel du pied pour apprendre le maximum d'informations sur ce professeur qui défiait ouvertement Voldemort pour que ce dernier puisse l'anéantir.

Loki avait simplement reniflé.

Le professeur de défense avait opté pour commencer par travailler leur endurance physique. Chaque semaine, les élèves mettaient des tenues de sport moldues puis faisaient trois tours de la salle de duel avant de lancer des sorts sur les cibles avec le maximum de puissance et suffisamment de précision. C'était dur mais les cinq vert et argent n'avaient pas renoncé. Loki se souvenait de l'image que projetaient Vincent Crabbe et Gregory Goyle dans son adolescence – et même depuis qu'il avait repris la tutelle d'Harry – et il avait été surpris de leurs aptitudes réelles. Du groupe, ils étaient les plus doués, même s'ils avaient une puissance magique légèrement en dessous de la moyenne. Celui qui avait pris la plus grande claque était Draco Malfoy et cela, le professeur n'en était pas tellement étonné. Le complexe de supériorité des Malfoy n'était un secret pour personne et il était clair qu'il cachait efficacement la réalité. Quand il s'agissait de faire ses preuves sans le soutien de son père et le poids de la famille Malfoy, le blond était assez moyen et s'attendait inconsciemment que les personnes autour de lui s'adaptent pour avoir un niveau plus faible que lui mais maintenant que Loki avait pris le groupe en main, il comprenait que désormais, rien ne lui tomberait tout cuit dans le bec.

-Maintenant, visez la cible avec un sort d'expulsion ! ordonna Loki

Chacun à leur tour, les cinq Serpentards terminèrent leur tour et se positionnèrent pour exécuter l'ordre. Les plus précis furent Vincent et Gregory mais Théo, Blaise et Draco n'étaient pas loin derrière eux. Ils continuèrent sur d'autres sorts de défense de base pendant une demi-heure avant que le professeur signale la fin du cours. Ils filèrent prendre une douche et se changèrent dans les vestiaires avant de retourner dans le salon pour la dernière partie du cours. Ils adoraient cette petite collation où ils étaient libres de discuter.

-Pourquoi avez-vous refusé de suivre Voldemort ? demanda Vincent

-Ses arguments étaient particulièrement légers, sourit Loki. Le pouvoir ? Je suis Régent Potter et avec les excellentes relations que j'entretiens avec l'Héritier Potter, il y a de grandes chances pour que je sois le prochain représentant du clan pour de nombreuses années. Le respect ? Je suis maître de duel ce qui veut dire que même si je quitte le pays, on me proposera du travail où que je me trouve sans que je n'aie besoin de chercher. La connaissance ? Je ne suis pas britannique donc je n'ai jamais été éduqué avec vos restrictions. Ce sorcier ne me peut rien m'apporter.

-Nous n'avons pas cette liberté, soupira Vincent. Nos pères se sont engagés auprès de lui et il pense que nous devons automatiquement suivre leurs pas, même si nous ne sommes pas d'accord.

-Est-ce que vous avez entendu parler d'enfants de mangemorts qui avaient refusé leur « destinée » ? demanda Loki

-Disons qu'on entend de temps en temps la mort mystérieuse de certains d'entre eux, fit Théo. Le lien n'est pas très long à faire.

-J'aime sa vision du libre-arbitre, railla Loki. Etes-vous toujours certains de ne pas vouloir le suivre ?

-Oui, confirma Gregory. Il a peut-être raison sur le fond mais ses méthodes ne mènent à rien.

Seul Draco resta silencieux.

-Tu ressasses le fait que tu ne sois pas le meilleur ? ricana Blaise

-Je m'y suis fait, soupira Draco en souriant. Non, je pense au fait qu'objectivement, Voldemort n'apporte rien de concret à notre société.

-Développe, fit Théo.

-Il prône la supériorité des sangs purs et a le contrôle absolu sur ses hommes, fit Draco. Mais il ne fait rien pour que les anciennes traditions soient mises au goût du jour. Aucun mangemort n'apprend les anciennes lois pour les transmettre aux autres nés de sorciers. Non, il ordonne de tuer tous les moldus et les nés de moldus sans aucune raison valable. Pour quelle raison devrions-nous le suivre ? Ce ne sont pas nos objectifs, du moins pas les miens.

-Est-ce que vous avez pu en apprendre plus sur les buts de Voldemort ? demanda Loki, curieux

-C'est assez surprenant mais nos parents ne nous ont jamais dit un seul mot dessus, avoua Vincent. Leur « maître » exige que leurs enfants prennent la marque et ils obéissent comme de bons chiens.

-Normal, il réfléchit pour eux, renifla Gregory.

-Vous avez une haute opinion de vos parents, nota Loki.

-Nos pères respectifs sont très loin d'être des lumières, répondit Gregory. Ils ne sont les chefs de famille que parce que les précédents sont morts dans des circonstances obscures.

-Cela ne m'étonne à peine, railla Loki. Pendant que j'y pense, j'ai une question à vous poser. J'ai eu l'occasion de consulter vos dossiers scolaires et certains d'entre vous ont des frères et sœurs. Comment votre refus les impactera ?

-Personne ne sait encore que nous n'allons pas rejoindre Voldemort, soupira Vincent. L'idéal serait qu'on puisse les récupérer avant que nos pères ne s'en rendent compte …

-Vos mères pourraient aider, non ? pointa Loki

-Bien sûr, assura Gregory. Mais si elles partent, nous devons partir en même temps pour qu'on ne puisse pas faire pression sur nous.

-Nous avons donc six mois pour trouver une solution, résuma Blaise.

En fait, beaucoup moins, songea Loki. Car le professeur avait encore en tête l'ultimatum donné à Severus ….

§§§§§

Harry ferma les yeux et fit ses exercices de respiration enseignés par Snape. Quand il rouvrit les yeux, une flamme de colère rentrée y brillait.

-Professeur Dumbledore, articula Harry. Mon garant magique a été clair : si vous voulez me parler, ce sera uniquement en sa présence. Vous n'êtes donc pas le bienvenu dans cette classe.

-Je suis le directeur de l'école … protesta Albus.

-Et vous ne pouvez pas aller à l'encontre des volontés des tuteurs d'un élève sauf s'il est en danger de mort, coupa Harry. La pratique de l'arithmancie n'entre pas dans cette catégorie ou sinon, je n'ai pas été prévenu.

Albus cilla.

-Nous savons tous les deux qu'il y a des sujets qui ne doivent pas parvenir à certaines oreilles, tenta Albus.

-Si ça me concerne, ça concerne également mon garant magique, insista Harry. Aucun de nous ne cèdera, professeur, donc je vous prierai de quitter cette salle pour ne pas pénaliser les autres élèves. Merci.

Conscient qu'il avait perdu la bataille, Albus se retira en serrant les dents.

Depuis la mise en place des cours particuliers, le directeur tentait sans succès de parler seul à seul avec Harry. Grâce à l'aide de la carte des Maraudeurs et de la cape d'invisibilité, le brun avait pu l'esquiver à chaque fois qu'il faisait le pied de grue devant les salles d'arithmancie et de runes. Mais alors que décembre commençait à peine, le vieux sorcier avait changé de tactique et s'était imposé pendant le cours. Le jeune homme ne s'était donc pas laissé faire et le conflit qui opposait le directeur aux Potter allait maintenant être connu de toute l'école, à la plus grande contrariété d'Albus Dumbledore.

Neville observait la situation d'un point de vue extérieur. Son presque frère continuait de se faire harceler par les Weasley mais maintenant, Dumbledore s'y mettait. Cela lui semblait curieux que le directeur s'intéresse d'aussi près à Harry alors que quand il était sous sa responsabilité, il n'avait fait aucun geste pour son bien-être. Mais ce que le brun ne notait pas – ou peut-être que si – c'était que le directeur était de plus en plus agacé qu'on ne suive pas son avis quand il s'agissait de diriger la vie du Survivant. L'année dernière, le vieux sorcier devait se débrouiller avec les actes d'Ombrage et de Fudge qui avaient réussi à l'éjecter hors de l'école mais maintenant qu'il était de nouveau à la tête de Poudlard, il se rendait compte que les choses avaient changé et pas en sa faveur.

Alors que la sonnerie annonçait la fin des cours, Neville attendit que la majorité des élèves soit partie pour rejoindre Harry pour se diriger ensemble la tour Gryffondor.

-Je n'aime pas ça, grogna Harry.

-Quoi, l'arithmancie ? rigola Neville. Pourtant, le professeur dit que tu fais des merveilles !

-Ne sois pas stupide, pouffa Harry malgré lui. Dumbledore qui insiste pour me voir seul.

-Tu as une idée de la raison ? demanda Neville, redevenu sérieux.

-Non, soupira Harry. Mais Loki peut-être.

-Tu veux qu'on aille le lui demander ? proposa Neville

Harry grimaça, clairement hésitant et gêné.

-Si tu ne dis rien, je ne pourrais pas comprendre, rappela doucement Neville.

-Est-ce que ça ne fait pas trop gamin que je rapporte tout ce qui se passe à Loki ? souffla Harry. On va finir par croire que je ne sais pas m'occuper de mes affaires tout seul à seize ans !

-Si tu avais eu une vie plus classique, je l'aurais également pensé, concéda Neville. Mais tu as vécu quatorze ans de ta vie à ne dépendre que sur toi-même parce qu'on t'a fait comprendre par la manière forte que les adultes ne feraient jamais rien pour toi sans contrepartie. Quand Loki est arrivé, tu as appris ce qu'est un vrai parent et la vie avec. De plus, Loki t'a fait comprendre qu'il se méfiait du directeur et tu as compris qu'il n'avait pas forcément tes intérêts à cœur. Tu l'as dit, ton garant magique doit être mis au courant de tout ce qui te concerne.

-D'accord, soupira Harry. Tu viens ?

-Uniquement si tu arrives à nous avoir une part de tarte à la noix de coco, répondit Neville.

-Alors que le dîner n'a pas encore été servi ? s'indigna faussement Harry. Tu veux que Loki nous engueule ou quoi ?

Les deux adolescents éclatèrent de rire avant de se rendre dans les appartements du professeur de défense.

§§§§§

Le Premier Druide avait requis la présence de Loki mais ne voulant pas déranger son seigneur, Sina avait pris sur elle de s'y rendre à sa place. Recouverte d'une longue cape sans couleur, elle arriva sans bruit devant le domaine et actionna la cloche d'entrée à l'instant exact où le soleil disparut des cieux. Un jeune homme grelottant sous le vent glacé qui s'était soudainement levé arriva une dizaine de minutes plus tard et croisa le regard de Sina pour en tomber à la renverse.

-Le mal … balbutia le jeune homme en reculant à terre sans la quitter du regard.

Malgré elle, Sina sourit. Cela faisait longtemps qu'on n'avait plus eu peur d'elle.

-Seule une personne qui l'aurait reconnu pourrait le voir, commenta Sina. Ne crois pas que parce que tu es protégé dans cette communauté, tu sais tout du monde qui t'entoure. Je suis attendue en ces lieux.

-Qu'est-ce qui me le prouve ? balbutia le jeune homme qui s'était finalement arrêté

La capuche de Sina fut repoussée suffisamment pour faire apparaître le bas de son visage ainsi qu'un sourire malicieux mais néanmoins prometteur de cruauté.

-Tu commences enfin à poser les bonnes questions, déclara Sina. Voici les armoiries de mon seigneur.

D'un geste délicat, elle sortit de sa cape un médaillon représentant deux triskèles croisés en argent, l'un dans le sens positif, l'autre dans le sens négatif, encadrés par deux faux d'obsidienne et dont le cœur était un tourbillon en diamant.

-Va, humain, susurra Sina. De ta diligence dépendra sûrement ta survie.

Le jeune homme n'en attendit pas plus avant de s'enfuir en courant sous le rire machiavélique de Sina. Elle n'attendit pas longtemps avant que plusieurs druides armés ne viennent à sa rencontre.

-Qui es-tu, sale engeance ?! cracha l'un d'entre eux. Tu n'as pas le droit de venir en ces lieux !

Sina n'apprécia guère le ton employé et malgré la présence du portail enchanté, elle le fit rencontrer violemment le mur du corps de garde.

-Ce n'est pas parce que quelques sorciers se sont montrés indignes des offrandes de la Magie que tu dois considérer tout le monde comme ton ennemi, humain, siffla Sina.

-Tu vas voir, espèce de …

-Il suffit, coupa une voix forte.

Un druide s'avança jusqu'à la grille qu'il ouvrit sans hésiter malgré sa cécité.

-Bienvenue, salua le druide.

-Premier druide Dan, répondit Sina. Je suis là pour répondre à votre requête. Mais permettez-moi de vous dire que l'accueil des vôtres laisse à désirer.

-Le premier ou le second ? sourit doucement Dan

-Autant je peux comprendre la réaction de votre novice mais je ne m'attendais pas à ce que vous acceptiez en vos murs un humain qui croit que les sorciers sont les seuls à pouvoir vivre sur la terre, commenta Sina.

-Il nous faut bien connaître l'angle d'attaque de nos ennemis, haussa des épaules Dan. Venez, suivez-moi, le temps n'est guère clément.

-Vous trouvez ? fit malicieusement Sina

Alors que chacun retournait à ses activités, le Premier Druide mena Sina dans son bureau.

-J'aurais préféré que le seigneur Loki soit présent mais je comprends qu'il ait d'autres choses à gérer, souffla Dan. Je vais être bref. Après que le jeune Harry ait été amené ici suivis d'Alice et Franck Longbottom, nous avons recueilli un être qui provient également de Grande Bretagne. D'après les informations que nous avons pu récolter, il se pourrait même qu'il ait un lien avec votre jeune protégé.

-Qui ? demanda simplement Sina

-Remus Lupin, annonça Dan.

-C'est un ami des parents du seigneur Harry, confirma Sina. Pourquoi demander la présence du seigneur Loki ?

-Il s'avère qu'il n'est pas ce qu'il parait, révéla Dan. Il a été lourdement ensorcelé dès son plus jeune âge pour croire être un loup garou alors qu'il est un lycan. Il sera difficile de lui faire comprendre la vérité.

-Je ne vois toujours pas ce qui aurait requis la présence du seigneur Loki, insista Sina.

-Il semblerait qu'un être suffisamment doué dans les arts de l'esprit fasse sa loi en Grande Bretagne, déclara Dan. Séparément, chaque cas que vous nous avez amenés ainsi que celui de ce Lupin ont pour origine la même personne et pourrait lui valoir un tribunal magique sans pitié. Notre congrégation atteint ses limites et nous sommes les plus avancés dans les arts anciens parmi les nôtres. Si je voulais voir le seigneur Loki, c'était pour le mettre en garde contre cet ennemi. S'il a la possibilité de se protéger bien mieux que ce que nous pourrons lui offrir, alors qu'il le fasse.

Sina haussa un sourcil. Les druides ne déclaraient jamais forfait sans une bonne raison.

-Qu'avez-vous vu, Premier Druide ? demanda Sina

-Il n'y a pas de mal ni de bien, il n'y a que le pouvoir et ceux qui sont prêts à tout pour l'obtenir, déclara Dan.