Crabbe et Goyle s'envoyaient des pommes de pin pour s'occuper depuis environ une demi-heure et Blaise lisait son livre tranquillement quand le ciel s'obscurcit. Il n'allait pas tarder à pleuvoir. Mais que faisait Granger ? Il était persuadé qu'elle viendrait à la minute ou Neville lui apprendrait pour la lettre de Drago. Pourtant midi était passé et elle n'avait pas montré le bout de son nez.

Une pomme de pin tomba en bas des arbres et Crabbe pouffa de rire. Si la lettre était effectivement un piège, discrets comme ils l'étaient, leur présence était sans doute déjà repérée. Blaise leurs jeta un regard noir et le silence revint sur l'arbre de guet. Il replongea les yeux dans son livre. Peut-être le petit moine avait vu clair dans son jeu et n'était tout simplement pas aller rapporter la nouvelle à Granger. Peut-être était-il passé par la case Potter qui lui avait dit de ne rien lui dire... Il regarda la lettre toujours poser sur le rocher. Les feuilles se mirent à frémir et le bruit significatif des gouttes d'eau s'écrasant sur la surface du lac prit de l'ampleur. Goyle grommela. La lettre allait être illisible si ils attendaient plus. Tant pis pour la finesse, il allait convaincre Granger lui-même. Il se leva et partit à travers les branches.


– Harry je dis simplement que j'aurais voulu que tu m'en parles.

– J'avais peur que tu ailles contre mes ordres et que tu descendes chercher la lettre.

– Tes ordres ? Depuis quand je suis à tes ordres ? Ne sommes-nous pas une équipe tous les trois ? Je pensais que mon avis valait quelque chose.

– Biensûr qu'on est une équipe, se défendit l'intéressé.

– Si on est une équipe alors dis moi ce qu'il se passe.

– Ce n'est pas facile pour moi non plus Hermione. Je suis enfermé dans ce camp, mon royaume est envahi par Jedusor et nous sommes coupés du monde à attendre des nouvelles d'un homme en qui je n'ai pas confiance... Crois-tu que je n'ai pas envie de l'ouvrir cette lettre ? Mais je sais que ça nous mettrait en danger, que ça te mettrait en danger Hermione. Alors en plus du poids de ma propre curiosité, je ne veux pas avoir la tienne sur le dos.

Hermione croisa les bras sur sa poitrine et regarda la fenêtre.

– C'est très malpoli d'écouter aux fenêtres Blaise...

Il pensait pourtant être discret. Blaise grimpa à l'intérieur de la chambre sous les yeux étonnés de Potter et... Weasley, dont il n'avait pas deviné la présence tant il était silencieux, assit sur le lit, apparemment mal à l'aise. Cette fille avait un œil de lynx.

– Désolé, je ne faisais que passer...

– Biensûr... Et pour ce qui est de la lettre je suis d'accord avec toi, c'est peut-être un piège et prendre le risque que les Mangemorts découvrent notre camp ne vaut pas le coup.

– Quoi ? J'hallucine !

Blaise donna un coup de pied dans un des tabourets qui tomba pathétiquement au sol.

– Je me doutais que Neville n'avait pas tout seul eu l'idée de me prévenir de l'annulation d'un tour de garde qui n'existe pas. Tu es incroyable Blaise... fit Hermione. Son ton était plein de reproches.

– Ne me fais pas croire que tu ne meures pas d'envie de savoir ce qui est écrit dans cette lettre ! De nous tous, tu es sans doute la plus impatiente de sortir de ce camp ! Tu t'entraînes à l'épée avec Goyle, passes tes nuits à étudier la géographie de Poudlard et prends trois fois plus de tours de gardes que nous trois réunis !

– ça n'a rien avoir avec cette lettre...

– Tu meurs d'ennuis ici! s'étrangla Blaise.

– Comme tout le monde ici ! Mais je ne suis pas pour autant aussi déraisonnable que vous tous semblez le croire ! Plutôt que de me cacher les choses ou de me manipuler pour servir vos intérêts, je préférerais qu'on me demande mon avis ! Nous sommes dans le même bateau à devenir fous dans ce camp à ne jamais rien entreprendre.

Le rythme des gouttes d'eau se fit plus pressant à l'extérieur de la cabane.

– Il pleut, la lettre sera bientôt illisible... tenta Blaise, espérant une dernière fois les convaincre.

– Je suis d'accord avec Blaise, nous devrions descendre chercher la lettre...

Weasley s'était levé mais ne faisait pas le fier pour autant. Le pauvre devait avoir l'habitude de se retrouver entre les deux héritiers de Gryffondor et devait craindre que se mettre les deux d'un coup à dos puisse avoir des répercussions.

– Ron ! s'indigna Harry.

– Ne prends pas ça pour de la trahison s'il te plaît. Je pense juste qu'on devient fous ici. Notre présence ne sert à rien et se tenir cachés ne nous fera pas gagner la guerre. Les femmes et les enfants de ce camp sont en sécurité et il est temps d'agir pour que ceux de Gryffondor le soient aussi. Jedusor forme des hommes chaque jour pendant que nous nous chamaillons pour une lettre. J'étais dans ces camps, je sais à quel point le rejoindre est tentant. J'aurais d'ailleurs moi aussi...

Le rouquin se retourna vers Granger dont le regard glissa vers le sol.

– Si c'est un piège, nous nous battrons. Si c'est une lettre, alors nous pourrons peut-être faire quelque chose pour renverser Jedusor.

Il retourna vers le lit et se rassit.

– Je.. J'imagine que tu n'as pas tort. Je dois en parler avec Narcissa.

– Au diable Narcissa ! Je vais chercher la lettre, lança Blaise en repassant par la fenêtre.

– Dans ce cas, je vais la prévenir pendant que tu descends. mais tâche d'être discret.

Blaise se laissa tomber en dehors de la cabine. Les branches étaient humides et la pluie froide. Il devait se dépêcher si il voulait pouvoir déchiffrer quoique ce soit sur ce maudit papier.


Dans la cabine de Narcissa tout le monde était devenu silencieux. Blaise ne pouvait s'empêcher d'être déçu que la lettre ne soit pas de Drago. Il était un peu triste, évidemment, de savoir que Cédric était mort, mais il aurait aimé savoir où était son vieil ami.

– Même s'il est rassurant de savoir que ce n'était pas un piège, cette lettre ne reste pas pour autant de bonnes nouvelles.

La chef était sans doute elle aussi déçue que ce ne soit pas des nouvelles de son fils. Potter prit la parole :

– Se rendre à cet enterrement est un gros risque. Réunir tous les dirigeants des peuples résistants à Jedusor en un seul endroit, n'est-ce pas du suicide ?

– Il est nécessaire de parler stratégie avec vos alliés, Potter.

– C'est de la folie, répéta-t-il.

– Je crains que nous n'ayons pas le choix Harry. La perte de Cédric a dû gravement peiner Amos et nous avons besoin de nous assurer qu'il est toujours prêt à se tenir à nos côtés... ajouta Granger.

– Nous ne pouvons pas tous partir. C'est hors de question, reprit Potter.

– Il ne fait aucun doute que Jedusor sera mis au courant de cet enterrement et qu'il tentera d'attaquer le palais. La plupart de ses troupes seront tournées vers Poufsouffle. Nous devons utiliser cet événement à notre avantage et envoyer des hommes vers Gryffondor pour libérer le maximum de prisonniers, voire attaquer les frontières. Il reste sûrement à Gryffondor des alliés à notre cause et nous avons besoin d'hommes. Narcissa semblait avoir déjà pris sa décision.

– Et qui voulez-vous envoyer à Gryffondor ?

– Eh bien vous ! Vous êtes leur prince, vous avez toute l'autorité pour les guider.

– Moi ? Qui ira à Poufsouffle pour négocier avec nos alliés dans ce cas ?

– Granger a déjà négocié avec Serdaigle. Elle connaît Amos, en tant que bâtarde de Gryffondor, elle possède le rang requis et représente une perte plus minime si le palais est effectivement prit d'assaut.

– Il en hors de question ! fit Potter avec une colère soudaine. Je n'enverrait pas Hermione se jeter dans la gueule du loup !

– Il ne peut en être autrement Harry, expliqua Granger doucement. Je pense que c'est le moyen le plus raisonnable de renforcer notre alliance avec les royaumes voisins. Saisir cette opportunité pour libérer une partie de Gryffondor est un bon plan. Je peux partir à Gryffondor si tu préfères mais la potentielle perte du prince héritier de Gryffondor ne ferait qu'affaiblir nos relations avec les forces encore capables de s'opposer à Jedusor. Narcissa a raison.

– Bien. Je vais y réfléchir... Je ne dis pas que je suis d'accord mais... si je n'ai pas le choix...

Potter quitta la pièce suivit par Weasley, Granger partit elle aussi peu de temps après.

– Partez-vous pour Poufsouffle aussi Narcissa ? La famille Malfoy ne devrait-elle pas rentrer officiellement dans les négociations ? demanda Blaise, maintenant qu'ils se retrouvaient seuls.

– Je dois avouer ne pas trop savoir. J'aurais aimé en parler avec Severus. Je ne pense pas qu'il soit temps de révéler qui nous sommes. Cela n'apporterait rien de plus et mettrait Drago dans une posture encore plus instable que celle qui est la sienne en ce moment. Elle enfouit son visage dans ses mains et posa ses coudes sur la table.

– Il s'en sortira votre altesse. Drago est un garçon intelligent.

– Il y a eu beaucoup de mort sur ce champ de bataille... qui nous dit qu'il n'en fait pas partie ? Mais tu dois avoir raison Zabini, c'est un garçon intelligent. Il a sans doute trouvé un moyen de ne pas se battre contre son propre camp. Enfin, je l'espère.


Harry rentra dans la cabane et s'allongea sur le lit. Narcissa avait raison, il ne fallait pas passer à côté d'une occasion de libérer Gryffondor. Il passa une main dans ses cheveux et sur la cicatrice de son visage. Pouvait-il vraiment envoyer Hermione à Poufsouffle, seule ? Quelqu'un toqua à la porte.

– Entrez... dit-il sans détourner les yeux du plafond.

– Laisse-moi partir avec elle Harry.

Ron se tenait dans l'entrée, droit comme un piquet, avec sur le visage son air le plus solennel.

– Je pensais que tu voudrais libérer les camps...

– Je le veux. Mais je ne veux pas qu'on l'envoie seule là-bas.

– Je ne sais pas si je vais autoriser son départ. ça n'est pas une bonne idée...

– Parles-en avec elle, choisissons ensemble, ne la laisse plus en dehors des décisions.

– Je sais qu'elle veut partir, rien ne la fera changer d'avis.

– Laisse-moi y aller avec elle, la protéger. Elle ne risquera rien, je veux rester avec elle.

– Ron... commença Harry.

– Je sais ! l'interrompit le garçon sachant ce qui allait suivre. Cela ne change rien au fait que j'ai juré de vous protéger tous les deux devant ton père ! Elle sera en danger et je donnerais ma vie pour elle.

Harry baissa la tête vers son ami et se redressa sur le bord du lit. Il n'y avait donc rien à faire, il devait la laisser partir au Palais des Rois. Là où l'armée de Jedusor les attendrait sans aucun doute.

– Allons en parler avec elle, soupira Harry. Mais si tu vois ne serait-ce que l'ombre d'un Mangemort, tu la ramènes ici immédiatement et au diable les politicailleries !