[Règle n°20 – Se laisser surprendre]
Bien le bonjour ! Il n'y a pas eu beaucoup d'action à proprement parler dans le chapitre précédent, alors j'espère que vous êtes prêts pour en avoir une dose, additionnée de suspens et de bouleversements !
Sur ce, bonne lecture ! :D
« Finalement, on n'était que des gamins livrés à eux-mêmes
qui manquaient cruellement d'amour…
et qui vivaient dans la rancœur. »
« Il est temps que tu me rendes la monnaie de ma pièce. J'ai un service à te demander. »
Sasuke relisait le message pour la centième fois au moins. Il n'avait pas été surpris outre mesure lorsqu'il l'avait reçu, et pour cause : la relation étrange qu'il entretenait avec Lee avait toujours été basée sur un échange équilibré de services, et depuis le temps que Lee l'aidait sans rien demander en retour, il fallait s'attendre à ce qu'il finisse par exiger une contrepartie. Ce n'était pas cela qui dérangeait Sasuke.
Ce qui le faisait jeter des regard suspects tout autour de lui, ce qui le faisait jouer nerveusement avec l'agitateur de son americano, ce qui le faisait se méfier de tous les regards un peu insistants des clients du café, c'était le fait que Naruto avait absolument tenu à lui venir en aide. Le changement de comportement soudain qu'avait affiché Sasuke en lisant le message, quelques jours auparavant dans le métro, n'avait pas échappé au blond, qui avait kidnappé le portable sans que son ami ne puisse le retenir. Il avait compris la situation sans la moindre explication, et avait pris Sasuke à part quelques heures plus tard, dès qu'ils avaient eu un moment seul à seul, pour lui assurer qu'il ne l'abandonnerait pas.
Tout cela partait d'un bon sentiment, Sasuke le savait pertinemment, pourtant il ne pouvait pas s'empêcher de s'inquiéter. Ce que Lee lui avait demandé était bien plus risqué que tout ce qu'il avait pu faire jusque-là. Il avait encore ses moindres explications gravées dans sa mémoire, et leur plan était parfaitement rôdé. Ils en avaient parlé, tous les trois, pendant plusieurs heures et avaient pris le temps de régler tous les détails qui leur étaient passé par la tête. Néanmoins, penser que tout se déroulerait comme prévu paressait utopique à l'esprit cartésien de Sasuke ; s'il avait retenu quelque chose des quelques escapades qu'il avait menées avec Lee, puis avec Naruto, c'était qu'il y avait toujours un événement imprévu qui surgissait pour faire mentir leurs prévisions et leurs stratégies.
Jusque-là, il avait apprécié pouvoir compter sur Naruto, et il avait ravalé ses quelques craintes en se persuadant que c'était aussi pour trouver l'assassin de son père que son ami faisait tout cela. Il agissait pour lui, pour la vérité, pour sa famille et pour rétablir la Justice. Mais ce soir-là, c'était différent. Naruto voulait agir pour Sasuke, pour l'aider, et cela rendait le brun mal à l'aise – assez pour l'empêcher de cacher son appréhension. Le bout de ses doigts frappait furieusement la petite table de bois où il était accoudé, et ses talons jouaient une mélodie débordante d'impatience sur le carrelage du café. Que faisait donc Naruto ? Voilà déjà longtemps qu'il était parti aux toilettes…
Pour ne pas devenir complétement paranoïaque, Sasuke tenta de mettre de l'ordre dans sa tête. C'était stupide de penser qu'un tueur à gage se cacherait derrière une porte pour faire un sort au blond dès qu'il sortirait des cabinets… Oui, c'était tout-à-fait idiot, c'était même à la limite de la divagation. Il valait mieux, pour sa santé mentale, qu'il reste terre-à-terre, en se remémorant par exemple ce que Lee lui avait appris lorsqu'ils s'étaient vus, trois jours auparavant.
L'inscription qu'ils avaient trouvée sur un morceau de papier brûlé dans l'entrepôt numéro neuf ramenait aux anciens numéros des affaires de la police de Tōkyō. Cinq ans auparavant, la numérotation avait changé, mais le doute n'était pas permis : les deux caractères inscrits juste avant le numéro, イス*, renvoyaient forcément au terme "case". Restait à savoir quelle affaire portait le numéro 8436.7.12… Lee lui avait assuré qu'il faisait de son mieux pour le savoir le plus vite possible, mais puisqu'il s'agissait d'une ancienne affaire, ses recherches n'étaient pas facilitées.
Finalement, ce n'était peut-être pas une si bonne idée que de se rappeler tout cela… peu de réponses, et davantage d'interrogations, cela n'arrangeait pas l'état émotionnel de Sasuke. Il ferma les yeux un instant pour calmer sa respiration hachée et tenter de relativiser. S'ils avaient plus de questions en suspens, cela voulait dire qu'ils avançaient dans leurs recherches. Il restait peut-être beaucoup de temps avant la résolution de toute cette histoire, mais au moins il ne restait pas assis à ne rien faire. Un jour viendrait où il parviendrait à ses fins, où il prouverait la culpabilité de son père.
— Ça va, Sasu ?
Sasuke papillota en levant le regard vers Naruto, qui était de retour en face de lui. Il ricana un peu en imaginant le spectacle navrant qu'il avait dû offrir, puis répondit évasivement que tout allait bien. Une pensée volante traversa soudain son esprit : peut-être aurait-il dû choisir une tisane au lieu d'un café, il avait grand besoin de déstresser…
— Il va être temps de bouger si on veut pas se faire remarquer, non ? demanda judicieusement Naruto, interrompant de nouveau les divagations vides de sens de son ami.
Sasuke acquiesça en se saisissant de son gobelet, et avala le reste de son café avant de ramasser ses feuilles de cours éparpillées sur la table. Il les glissa dans un sac à dos presque vide, où traînaient un stylo, un petit pointeur laser et un masque hygiénique, puis se leva pour aller jeter son gobelet et celui de Naruto. Lorsque Sasuke passa la porte du café, le blond glissa un bras sur ses épaules en l'attirant.
— On passe au Lawson avant d'y aller ? Faudrait pas qu'on crève de faim cette nuit !
Le cœur de Sasuke sursauta joyeusement dans sa poitrine lorsque son regard croisa le visage rayonnant de Naruto. Il esquissa un discret sourire devant l'enthousiasme de son ami et le suivit jusqu'au konbini au coin de la rue. Après avoir fait les imbéciles dans les trois rayons de la supérette en se jetant des pains au curry à la figure – pour une obscure raison qu'ils oublièrent vite –, ils achetèrent ceux avec lesquelles ils avaient joué puis quittèrent le magasin en se vannant comme des enfants. Quelques instants plus tard, ils levèrent les yeux vers un haut building vitré qui leur fit doucement perdre leurs sourires. Au-dessus des portes coulissantes, quelques caractères en plastique et métal poli arrachèrent une grimace d'aversion à Sasuke. Le siège social de la Uchiwa Corporation, luisant sous les dernières lueurs du jour, se dressait devant eux, laissant filer son flot d'employés en costume.
— Hey… commença Naruto en posant une main rassurante sur l'épaule de Sasuke pour le sortir de sa torpeur. Ça va le faire, d'accord ? On va y arriver.
Un regard dubitatif lui répondit, mais le blond ne se laissa pas abattre par sa mine déconfite. Il tapota son épaule, puis l'attira au travers de la marée humaine pour passer les portes du bâtiment. Le hall grouillait de personnes qui discutaient de leur journée, partageaient des résultats, échafaudaient des projets. Habillés de costumes et étranglés dans leurs cravates, Sasuke et Naruto n'eurent aucun mal à se fondre dans la foule. Un agent de sécurité baladait un regard ennuyé autour de lui, mais sa lassitude semblait avoir pris le pas sur son attention… Les garçons se dirigèrent donc sans se presser vers les ascenseurs, qui s'ouvraient et se refermaient sans arrêt dans une chorégraphie dénuée de la moindre beauté. Tellement de silhouettes y entraient, en sortaient ; personne ne s'aperçut que deux anonymes, beaucoup plus jeunes que la plupart des employés, étaient descendus au premier sous-sol. Ils furent les seuls à s'arrêter à cet étage-là, mais aucun regard surpris ne se leva sur eux quand ils s'extirpèrent de la masse humaine qui avait investie l'ascenseur numéro cinq. Lorsque les portes se refermèrent dans leur dos, Naruto ne put s'empêcher de chuchoter, à travers le masque qu'il venait d'enfiler :
— C'était flippant, on aurait dit un tas de zombie, ou des robots programmés…
Il mima un frisson, puis suivit Sasuke qui avançait déjà dans le long couloir gris, percé d'une unique porte qui se trouvait à quelques mètres de là. Quand ils arrivèrent en face d'elle, le brun posa la main sur la poignée, avant de se retourner vers Naruto en l'interrogeant du regard. Son ami acquiesça en retour, et Sasuke entrouvrit la porte pour vérifier que la salle était bien plongée dans le noir. Une odeur puissante d'eau de javel l'assaillit alors, mais il ne recula pas. Lorsqu'il fut certain que la pièce était vide, il se glissa à l'intérieur, suivi de près par Naruto qui referma la porte après lui.
Sasuke alluma l'écran de son portable pour leur donner un peu de luminosité sans se faire remarquer, tandis que le blond tentait en plissant les yeux de voir où ils étaient arrivés. L'ombre de plusieurs rayonnages se distinguait sur le plafond clair, mais impossible de savoir où finissaient ces longues étagères chargées de flacons et de matériel d'entretien : elles se perdaient dans l'obscurité de la pièce. Le long de l'un des murs, plusieurs chariots de ménage étaient alignés, attendant qu'on ait besoin d'eux.
Promenant le faible faisceau lumineux de son portable vers un coin de la pièce, Sasuke fit un signe à Naruto pour qu'il le suive. Tout en avançant prudemment, les garçons se dirigèrent vers le dernier rayonnage et le suivirent jusqu'à atteindre l'autre bout de la salle. Là, dans un recoin sombre à l'abri des regards, se tenait un haut placard que Sasuke ouvrit en grand. Seules quelques blouses, tâchées ou déchirées, y étaient encore suspendues, et un carton de gants jetables, vide depuis longtemps, prenait la poussière dans un coin. Du bout du pied, Naruto le fit bouger avec une grimace, cherchant à s'assurer qu'aucune bestiole bizarre n'en avait fait son abri, mais non, rien n'en sortit. Avec un soupir affligé, ils s'installèrent dans le placard avant de refermer les portes derrière eux.
— Plus qu'à attendre vingt-trois heures… murmura Sasuke.
Un léger grognement las lui répondit alors que Naruto posait sa tête sur l'épaule du brun, lui arrachant un discret sourire. Ses cheveux mi-longs qui chatouillaient le front du blond, sa douce chaleur et sa respiration calme débarrassèrent Naruto de l'appréhension qui avait grimpé en lui en rentrant dans le bâtiment. Il avait bien tenté de sauver les apparences, mais il n'en restait pas moins humain ; s'introduire dans le siège social d'un grand groupe était différent de leur première escapade. Si quelqu'un les découvrait ici, ils risquaient de se faire arrêter. Ils ne jouaient plus aux apprentis espions, cette fois, et ils n'avaient pas le droit à l'erreur.
— Ça fait quand même bizarre, hasarda Naruto sur le ton de la confidence, on dirait qu'il y a du doré et du marbre partout dans ce bâtiment, mais dès qu'on est arrivé au sous-sol, plus rien… Plus que du lino et de la peinture dégueu…
Sa remarque fit discrètement ricaner Sasuke.
— Te laisse pas berner par les apparences. Il n'y a que du faux, que du plastique, ici. Les seules vraies richesses, je pense qu'elles sont dans le bureau du dernier étage… !
La tête de Naruto bougea imperceptiblement sur l'épaule de Sasuke.
— C'est celui de ton… de Fugaku ?
Sasuke ne répondit d'abord pas. Il lança un regard de biais à son ami – inutile puisqu'ils étaient plongés dans le noir – puis murmura :
— Moi aussi ça me fait mal de l'appeler comme ça, et… j'accepte pas la signification sentimentale qu'il y a derrière, mais c'est mon père. Tu peux l'appeler comme ça, venant de ta part ça me gêne pas. Je sais que tu me juges pas.
Naruto ne répondit qu'en soufflant un petit rire, puis laissa le silence s'étirer, reposant. Leurs respirations finirent par s'accorder calmement, et les minutes succédèrent aux secondes. Une étrange torpeur s'empara de Sasuke. Malgré la situation dans laquelle ils se trouvaient, malgré l'odeur dérangeante de javel qui filtrait au travers des portes rouillées du placard, malgré le danger, il se sentait bien. Coincé entre les parois froides de métal autour de lui et le corps de Naruto, lové tout contre son bras, il ne se sentait aucunement oppressé, bien au contraire. Lui qui avait tant de mal à s'endormir sans voir un bout de ciel, ce soir-là, il se laissa aller à somnoler sans même y penser.
Quand il rouvrit les yeux, un moment après, il mit un court instant avant de rassembler ses souvenirs. Naruto dormait toujours à côté de lui, sa respiration s'était faite un peu plus bruyante. Quelques rais de lumière passaient entre les deux portes du placard, et des bruits de voix mesurés se faisaient entendre, qui achevèrent de réveiller Sasuke. Apparemment, les équipes de ménage se préparaient et s'organisaient pour la nuit… Tout en tentant de bouger le moins possible, le brun récupéra son portable dans sa poche pour voir l'heure. Il était bientôt vingt-trois heures, et quand Sasuke rangea son portable, la lumière de la pièce s'éteignit et il entendit la porte se fermer, faisant taire les quelques bruits de conversations. Il faudrait bientôt qu'ils sortent de cet endroit…
Sasuke laissa filer quelques instants, s'assurant qu'il n'y ait plus aucun bruit, pour éviter de tomber sur un agent de nettoyage en sortant. À ses côtés, Naruto n'avait pas bronché, il dormait toujours aussi profondément. Sa respiration était si calme que Sasuke avait presque envie de ne pas le réveiller. Ou peut-être avait-il également envie de profiter un peu de la situation ?
— Naru ? susurra-t-il pour s'assurer qu'il était toujours plongé dans le sommeil.
Rien ne bougea.
Sasuke leva une main hésitante vers le visage posé sur son épaule, et heurta du bout des doigts le front de Naruto, avant de faire glisser sa main dans ses cheveux. Ils étaient doux et caressaient agréablement sa paume. Une envie soudaine passa dans son esprit, et il tourna la tête jusqu'à ce que les mèches blondes viennent chatouiller son nez, puis déposa un baiser aérien, presque imperceptible, sur le front de Naruto. Il sentit alors une légère décharge remonter le long de son échine et se loger dans son cœur. En soupirant un peu, il détourna la tête. Il aurait tellement aimé pouvoir avouer ses sentiments dès maintenant, ne plus se cacher derrière une amitié feinte, ne plus avoir à ravaler ses envies ! Mais Naruto n'était pas prêt. Il fallait laisser du temps au temps, et Sasuke en était parfaitement conscient. Cependant, il n'avait jamais été d'une nature très patiente…
Pour éviter de trop penser à sa relation avec le blond – y réfléchir lui prenait trop rapidement la tête – Sasuke posa la main sur l'épaule de Naruto, le secouant doucement pour le réveiller. Un grognement sourd lui répondit, et Sasuke sentit son ami remuer pour se caler de nouveau contre lui.
— Non, faut se réveiller maintenant, allez. chuchota-t-il en se décalant un peu sur le côté.
Mais il ne fit qu'arracher un nouveau grognement au blond, qui avait apparemment décidé de poursuivre sa nuit dans ce placard froid, au fond d'une salle malodorante… Sasuke parvint à se contorsionner pour tenir Naruto à bout de bras et entrouvrir de l'autre main le placard. La pièce était toujours plongée dans l'obscurité, et le silence régnait, uniquement troublé par la respiration du blond. Sasuke alluma la lampe torche de son portable et s'accroupit en face de Naruto en le prenant par les épaules.
— Bon, maintenant ça suffit, réveille-toi.
— … 'suke, t'es cruel… ! soupira le blond en ouvrant doucement les yeux.
Comprenant que Naruto ne bougerait pas sans une bonne motivation, le brun se leva en emportant ses affaires et se dirigea vers le sortie en se targuant d'un « j'y vais » chantant. Il n'en fallut pas davantage à Naruto pour se lever en catastrophe et rattraper Sasuke en trois enjambées, tout en gueulant le plus silencieusement possible à son ami de l'attendre. Ils arrivèrent bientôt devant la porte du local, et l'entrouvrirent pour laisser couler un filet de la lumière blafarde du couloir. Le plus dur restait à faire.
Le long corridor paressait vide et silencieux, mais l'était-il réellement ? Dans ce bâtiment froid qui transpirait la cupidité, toutes les apparences semblaient trompeuses. Sasuke passa un regard circonspect sur le linoléum à moitié effacé par de trop nombreux passages, sur la peinture écaillée par endroits, puis sortit prudemment la tête de la pièce pour observer du côté des ascenseurs. Apparemment, ils étaient seuls.
Ils se faufilèrent tous deux hors du local et suivirent le couloir de nouveau, jusqu'à arriver à un tournant. Sasuke jeta un coup d'œil et aperçut une caméra tournée vers une large porte blanche, à quelques mètres de là. Il récupéra au fond de son sac son pointeur laser qu'il garda dans sa main en avançant prudemment. Lorsqu'ils arrivèrent au milieu du couloir, il pointa le fin faisceau rouge vers la caméra quelques instants pour la désactiver. Quand ce fut chose faite, ils échangèrent un regard entendu avant de faire les quelques pas qui les séparaient de la porte. Juste à côté, dans un renfoncement du mur, un petit bureau de teck blanc sur lequel était uniquement posé un écran d'ordinateur et un pot à crayon vide les attendait. Sasuke en fit le tour en fouillant dans sa poche de pantalon, d'où il sortit une petite clef en métal, un passe-partout que lui avait confié Lee.
Sur la droite du bureau, plusieurs tiroirs s'offraient à lui, mais un seul s'ouvrait avec une clef. En un instant, il avait récupéré un badge qui ouvrit la grande porte blanche, celle des archives.
Le badge autour du cou, et après avoir refermé le tiroir à clef au cas où quelqu'un descende jusqu'ici pendant qu'ils étaient dans la salle des archives, Sasuke pénétra dans l'immense pièce juste après Naruto et referma la porte le plus discrètement possible derrière lui. Ici, au moins, ils étaient sûrs d'être seuls. Le blond récupéra donc son portable dans la poche intérieure de sa veste de costume – quelle idée de devoir s'habiller ainsi pour pouvoir passer inaperçus ! – et alluma le flash. Sasuke fit de même avec le sien, et ils purent voir plus distinctement la salle qui s'ouvrait devant leurs yeux ébahis.
Le silence y était tel qu'ils entendaient leurs respirations se répondre. La porte était en fait située presque au milieu de la pièce, car ils avaient autant de rayonnages devant eux que derrière. À leur gauche et à leur droite, une sorte de couloir s'enfonçaient dans les profondeurs de la salle, bordé de chaque côté par de hautes étagères métalliques qui soutenaient d'innombrables dossiers et cartons. Une odeur de vieux papier poussiéreux flottait dans l'air renfermé de la salle.
Naruto se rendit rapidement compte que sur le côté de chaque rayon, l'année concernée était indiquée. Il le fit remarquer à Sasuke, qui acquiesça, puis se dirigea vers leur gauche en invitant du regard le blond à le suivre. Les années défilèrent devant leurs yeux attentifs tandis qu'ils avançaient précautionneusement dans la salle sombre. Ils finirent par arriver dans les derniers rayonnages remplis, et en virent deux qui correspondaient à l'année qu'ils cherchaient.
— Et maintenant ? demanda Naruto d'une voix toujours prudente.
Soudain, un signal sonore les fit sursauter, suivi du bruit léger de la ventilation. Ils soufflèrent de concert, soulagés mais le cœur encore battant, avant que Sasuke ne se décide à répondre :
— Il faut trouver le dossier dont Lee nous a parlé. Regarde dans ce rayon, moi je regarde dans celui d'à côté.
Le blond acquiesça en silence et se dirigea vers le rayon que lui avait indiqué Sasuke. Les dossiers y étaient classés par date et ils connaissaient uniquement l'année de l'affaire. Il allait lui falloir éplucher tous les noms qui s'étalaient devant lui… Inspirant pour se donner du courage, Naruto commença par le dossier situé le plus haut à sa droite. La couleur du carton, qui avait dû s'approcher du rouge cramoisi il y a quelques années de cela, était passée et il avait été écorné par trop de manipulations. Le nom du client ne correspondait pas. La pochette suivante était, elle, en parfait état, mais ne correspondait pas davantage. Et ainsi se suivirent les pesants cartons d'archivages, les chemises aux élastiques détendus, les dossiers écornés et les pochettes qui menaçaient parfois de se déchirer entre les mains du jeune homme.
Le temps défilait, creusant la motivation et l'estomac de Naruto. Quand il eut parcouru deux étagères de long en large, il alla récupérer un pain au curry dans le sac de Sasuke, en profitant pour voir que lui non plus n'avait pas eu de chance de son côté. En empochant un onigiri, il retourna à ses recherches et passa en revue tous les dossiers qui s'alignaient sur les longues étagères. La lampe torche de son portable rangé dans sa poche de poitrine se baladait sur des dizaines et des dizaines de numéros d'affaires, de noms de clients ou d'entreprises, et de pays des quatre coins du monde. Il eut plusieurs faux espoirs quand il tomba sur des affaires concernant des clients coréens, mais il fut déçu à chaque fois – jamais le nom du client ne correspondait.
Il parcourut ainsi les cinq hauteurs d'étagères interminables du rayon de droite, mais ne trouva rien. Il passa au rayon de gauche et recommença ses investigations, pochette par pochette, carton par carton. Il avait dévoré deux onigiris et trois sandwiches, et parcouru une bonne moitié des étagères lorsqu'il trouva enfin un dossier orangé estampillé du nom qu'ils cherchaient. Un large sourire mangea le bas de son visage et ses yeux s'écarquillèrent tandis que son cœur se gonfla de satisfaction. Il le posa par terre et l'ouvrit pour feuilleter à la va-vite les quelques papiers classés dedans. Quand il mit enfin la main sur quelques feuillets agrafés ensemble provenant d'une quelconque compagnie de transport, il les prit en photo un par un avant de tout remettre en place.
Il se dirigea ensuite vers le rayon d'à côté en récupérant son portable dans sa poche, le cœur léger, quelque peu fier d'être celui qui avait trouvé le bon dossier. Alors qu'il allait faire le paon devant Sasuke, il s'immobilisa soudainement en sentant son cœur hésiter. Son ami était bien devant lui, debout, presque au fond de la pièce, mais une femme au regard glacial le retenait fermement en le bâillonnant d'une main et en le tenant en respect de l'autre, avec un revolver qui luisait d'une manière bien trop menaçante au milieu de toute cette obscurité. Sous les yeux terrifiés de Naruto, la gorge de Sasuke s'affolait, cherchant à aspirer de l'air qui ne passait pas au travers des doigts fins mais forts de la femme. Quant à elle, elle avait beau être habillée de la tenue blanche et bleue du personnel de nettoyage, elle ressemblait à tout sauf à une femme de ménage. Ses cheveux fous, d'une étrange couleur rose, n'étaient ni attachés, ni recouverts de la casquette réglementaire. Un masque hygiénique dissimulait le bas de son visage, mais ses yeux verts, vifs, suffisaient à inquiéter, et ils donnaient l'impression étrange d'être habitués aux situations de ce genre. Ils étaient de toutes manières trop intrépides pour être ceux d'une employée perdue qui serait par hasard tombée sur des intrus. Et depuis quand le personnel de nettoyage était-il armé ?
— Si tu fais un pas de plus, je le refroidis.
La voix glaciale de la femme, et son ton aussi tranchant qu'un rasoir, firent redescendre Naruto sur terre en un clin d'œil. Il réalisa alors que, sans même s'en rendre compte, il avait fait quelques pas dans leur direction. Mais le regard affolé de Sasuke et le canon pressé sur sa tempe le dissuadèrent d'avancer davantage. Leur situation lui parut brusquement désespérée. Que pouvait-il faire pour aider son ami ? Attaquer par surprise ? Non, la femme avait l'air bien trop sûre d'elle. Appeler au secours ? Ridicule, ils n'avaient aucun droit d'être là, et personne n'avait la moindre possibilité de leur venir en aide. Faire exactement ce qu'on lui ordonnait, et voir comment la situation évoluait ? C'était probablement sa meilleure possibilité pour le moment…
— Je vous en prie, lui faites pas de mal. parvint-il à articuler d'une voix brisée par l'inquiétude.
Il pensa soudainement que si la téléportation avait existé, il aurait donné beaucoup pour en bénéficier…
— Vous auriez dû y réfléchir avant de fourrer votre nez là où il fallait pas.
Par pur réflexe, Naruto leva les bras devant lui en assurant à la femme qu'il ne voulait pas que la situation dérape ; mais dans la panique, il lâcha son portable qui tomba sur le sol en le faisant sursauter, le flash tourné vers le plafond. La lumière vive l'aveugla un instant, avant qu'il ne rouvre doucement les yeux.
— Na… ruto ?
Le blond fit un pas en avant, ignorant la mise en garde, pour mieux voir la jeune femme qui tenait Sasuke en otage. À n'en pas douter, c'était elle qui venait de parler. Ses yeux paressaient légèrement plus surpris désormais, et elle fixait Naruto sans ciller. Comment pouvait-elle connaître son prénom ? Qui était-elle ? Est-ce qu'il était censé la connaître ? Non, des cheveux aussi roses que ça ne s'oubliaient pas. Et il était persuadé de n'avoir jamais vu son visage. Son frère la connaissait peut-être ? Ou sa mère ? Ou un ami ? Elle n'avait tout de même pas lâché son prénom au hasard ! Trop d'interrogations sans réponse se bousculaient dans son esprit, et sentant déjà la migraine arriver, Naruto préféra lâcher, avec une intonation légèrement hébétée :
— T'es qui, toi ?
Pendant un court instant, les doigts de la femme se resserrèrent imperceptiblement autour de la crosse de son arme, et ses sourcils se froncèrent. Cachait-elle son trouble, ou bien était-elle encore plus décidée à les faire taire ? Tout cela ne répondait aucunement à la question la plus importante : qui était-elle ? Naruto n'en avait pas la moindre idée. Il ne savait qu'une chose, il fallait qu'il sorte Sasuke de là.
— Je sais pas comment tu me connais, mais lâche mon pote… S'il te plaît.
Peut-être aurait-il dû faire comme s'il n'avait rien entendu lorsqu'elle l'avait appelé par son prénom ; pour passer inaperçu, pour ne pas se trahir. Peut-être aurait-il dû jouer les incrédules et improviser une action héroïque pour tirer son ami des griffes de cette folle-furieuse. Mais il n'avait rien d'un héros, et son frère lui avait assez répété qu'il ne fonctionnait pas comme tout le monde. Alors il resta là, debout les bras ballants au milieu des rayonnages trop ordonnés, trop droits, trop sombres, à attendre qu'un quelconque mot franchisse la barrière des lèvres serrées de la jeune femme, toujours cachées derrière son masque. Pour savoir quoi faire, comment réagir, comment aider Sasuke…
En face de lui, le visage de la femme se ferma encore davantage, et il l'entendit grincer des dents. Alors que Naruto s'imaginait de plus en plus lui sauter à la gorge pour la forcer à lâcher son ami, elle ôta le canon de son revolver de la tempe de Sasuke, et, d'un geste vif, le poussa dans les bras du blond en pointant son arme vers eux.
— Dites-moi ce que vous foutez là, et je déciderai de ce que je fais de vous.
Indifférent à ce qu'elle pouvait bien leur dire, Naruto posa ses mains sur les épaules du brun, qui reprenait son souffle, et lui demanda avec un regard inquiet :
— Ça va, Sasuke ?
Dans un élan de bon sens, le brun plaqua une main sur la bouche de son ami, mais trop tard, son prénom lui avait échappé… Réalisant sa faute, Naruto se mordit les lèvres en écarquillant les yeux. Il coula un regard discret sur le côté, pour voir que la femme arborait désormais un air définitivement surpris. Il faisait manifestement un très mauvais espion.
— J'aurais dû te reconnaître. commença la voix fluette, mais irrémédiablement insensible de la femme. Mais alors…
Un silence interminable remplit l'espace, tandis que le revolver était toujours pointé vers eux. Ils n'avaient aucune échappatoire. À moins que… Forçant son cœur à calmer sa cadence folle, Sasuke se tourna doucement vers la soi-disant femme de ménage et plongea un regard décidé dans ses yeux – que son esprit associa soudain, sans aucune raison, à une mare d'eau stagnante : verts et froids.
— Vous ne voudriez pas tirer ici, ça alarmerait tout le monde et ça créerait un bordel qui vous mettrait autant dans la merde que nous.
D'une manière tout-à-fait inattendue, le masque de la femme se déforma légèrement sous l'impulsion d'un sourire en coin. Elle baissa doucement son revolver et en désarma le chien en clignant enfin des yeux. Les garçons ne savaient pas trop comment interpréter ce brusque changement de comportement. Pouvaient-ils se détendre, maintenant ? Ou valait-il mieux qu'ils restent sur leurs gardes ? Sans même le réaliser, ils ne s'étaient pas lâchés depuis que Naruto avait accroché Sasuke pour lui demander comment il allait.
— Vous avez ce que vous vouliez, non ? demanda alors la femme en rangeant son arme dans la ceinture de son pantalon. Alors, on se casse. Vous avisez pas de me fausser compagnie, mon ami est toujours à portée de main.
Ce disant, elle tapota son revolver au travers de sa blouse blanche striée de bleu et les dépassa en s'en allant d'un pas décidé. En tournant au coin du rayon, elle leur lança un dernier regard, en leur adressant un signe de tête pour qu'ils la suivent. Naruto et Sasuke échangèrent une œillade interloquée, mais tombèrent rapidement d'accord : elle avait l'air de vouloir sortir tout aussi discrètement qu'eux, et si elle pouvait les aider à s'en aller de ce bâtiment de malheur plus tôt que ce qu'ils avaient prévu, ce n'était pas une si mauvaise idée. Elle leur évitait ainsi de passer quelques heures de plus dans le placard exigu où ils avaient trouvé refuge plus tôt dans la nuit. Et puis, rien ne les empêcherait de filer à l'anglaise dès qu'ils seraient dehors…
Ils acquiescèrent de concert et, ramassant leurs affaires, suivirent la femme hors de la salle des archives. En sortant, Sasuke ne put s'empêcher de la trouver bien peu prudente : elle marchait sans la moindre discrétion, et tourna au coin du couloir sans même ralentir un minimum la cadence ni jeter le plus discret regard à l'angle du mur pour voir si quelqu'un arrivait. S'il l'avait prise pour une professionnelle pendant un temps, il avait désormais des doutes. Et étant donnée la violence avec laquelle elle lui avait sauté dessus lorsqu'il l'avait découverte cachée derrière l'un des rayons, il ne parvenait pas à annihiler le mauvais pressentiment qui courait dans son esprit en rondes interminables.
Ils passèrent devant les quelques ascenseurs sans en faire cas, puis la femme ouvrit, à l'aide d'un passe-partout, une porte qui se trouvait quelques mètres plus loin ; celle de la cage des escaliers de service. Ils descendirent quelques marches, mais Sasuke, qui la suivait de près, remarqua rapidement qu'une caméra était fixée au mur, un peu plus bas. Il eut le réflexe de récupérer son pointeur laser dans la poche de son pantalon, mais, devant lui, la jeune femme ne s'arrêta pas ; elle ne leva même pas le regard vers le petit boîtier de plastique blanc. Le brun s'arrêta au milieu de l'escalier en la suivant du regard, effaré devant un tel manque de considération. Elle avait beau être déguisée, elle avait tout de même des chances de se faire repérer… ! Sans parler d'eux, les deux hommes qui se baladaient derrière elle en costume et à visage découvert.
Quand elle se rendit compte que plus personne ne la suivait, la femme chercha les garçons du regard. Naruto avait rejoint Sasuke, et lui aussi la considérait avec une lueur de surprise au fond de ses yeux bleus.
— Et les caméras ? demanda le brun en répondant à sa question silencieuse.
— Je m'en suis chargée en arrivant. répondit-elle en haussant les épaules.
Elle avisa alors le petit laser que Sasuke tenait dans sa main, et ferma les yeux un court instant en soupirant, avant de le fixer de nouveau d'un air exaspéré.
— Me dis pas que t'as grillé des caméras ?
Le silence qui suivit sa question fut assez éloquent, mais Sasuke ne la laissa pas répliquer, dardant sur son visage odieux un regard mauvais. Il n'aimait pas – il haïssait – qu'on remette en doute ses décisions, surtout quand la personne qui osait le faire ne le connaissait ni d'Ève ni d'Adam. Pourquoi les prenait-elle ainsi de haut sans même les connaître, sans rien savoir sur leur présence en ces lieux ?
La femme parut réfléchir un court instant, ravalant doucement la colère qui brûlait en son for intérieur.
— J'ai passé des semaines à préparer le chemin, à tout faire pour que rien ne soit laissé au hasard. Vous venez de griller ma discrétion comme une belle bande d'amateurs.
Naruto tiqua. Ils venaient de griller sa discrétion, en mettant hors service des caméras ? Cela voulait-il dire qu'elle les avait piratées pour passer inaperçue ? Qu'était-elle au juste, un agent secret, une espionne, une policière ? Et puis pourquoi les entraînait-elle à sa suite ? Elle pouvait tout aussi bien leur avoir tendu un piège à la sortie, après tout ! De son côté, Sasuke commençait à en avoir assez de recevoir des ordres de quelqu'un qui n'avait aucune légitimité. Même si cette fille avait l'air de savoir ce qu'elle faisait, lui ne le savait pas et il détestait cela. À bout de nerfs, il demanda, les lèvres pincées pour ne pas laisser exploser sa colère :
— Mais t'es qui, à la fin ?
La réponse ne tarda pas à venir, sur un ton autoritaire qui déplut fortement à Sasuke :
— Quelqu'un qui pourrait bien vous aider, mais il faut d'abord qu'on se casse d'ici. Alors fermez-la un peu et suivez-moi.
Ce fut la remarque désobligeante de trop. Tandis que Naruto serrait les poings, énervé de se faire traiter de la sorte sans aucune raison apparente, son ami descendit deux marches en pointant un doigt menaçant vers la femme, assenant d'un ton sans appel :
— Pour qui tu te prends, à nous parler comme ça, au juste ? On se connaît pas, on devrait même pas te suivre. Plutôt que de…
Elle le fit taire en levant une main devant elle, légèrement plus résignée. Une main fatiguée sur le front, elle laissa un autre soupir s'échapper de ses lèvres comprimées. En rouvrant doucement les yeux, elle croisa le regard enflammé du brun.
— On discutera après, ok ? commença-t-elle avant de jeter un coup d'œil à sa montre. Dans cinq minutes, une personne va sortir de la porte du troisième étage pour nettoyer le palier et si on reste là, elle nous entendra à coup sûr. Alors bougez vos fesses.
Sur ce, elle fit volte-face et reprit sa descente sans plus porter la moindre attention aux garçons. Sasuke, qui tremblait encore sous l'impulsion de la colère et de la fatigue, sentit soudain une main se poser sur son épaule. Il se retourna pour croiser le regard de Naruto, et c'était comme si la douce chaleur du contact, mêlée à la confiance qu'il lisait sur le visage du blond, chassaient peu à peu son exaspération.
— On verra bien où ça nous mène… hasarda Naruto, qui semblait avoir retrouvé le sourire. De toute façon, on est deux contre elle, et je surveille tes arrières. Je peux compter sur toi pour surveiller les miennes ?
La mine enjouée du blond acheva de rasséréner Sasuke. C'était étrange à quel point Naruto avait le pouvoir de balayer ses idées noires. Avec une facilité déconcertante, il s'imposait dans l'esprit du brun et prenait tant de place, lui et ses sourires, ses excentricités et son positivisme, que le reste semblait parfois disparaître. Sasuke avait parfois l'impression que c'était trop beau pour être vrai, que la réalité finirait irrémédiablement par le rattraper…
Il cligna deux ou trois fois des yeux pour ne pas penser à des choses négatives, et acquiesça pour répondre à Naruto.
— Bien sûr, tu peux compter sur moi.
Et il n'y avait aucun mensonge dans cette promesse.
Les garçons se mirent à descendre eux aussi les escaliers, restant tout de même attentifs au moindre détail. Ils n'étaient pas encore prêts à faire confiance à cette femme aux cheveux roses qui prétendaient pouvoir les aider et qui piratait les caméras du siège social de la Uchiwa Corporation pour pouvoir s'y introduire en pleine nuit.
Un court instant plus tard, elle ouvrait devant eux la porte du troisième sous-sol, et Naruto et Sasuke la suivirent dans le froid presque paralysant du parking souterrain. Seul le bruit des talons de leurs chaussures sur le béton peint du parking meublait le silence qui s'était imposé depuis leur petit accrochage dans les escaliers.
La femme paraissait connaître l'endroit sur le bout des doigts car elle ne sembla pas hésiter un seul instant lorsqu'elle se dirigea vers un large couloir qui se trouvait à l'autre extrémité du parking. Ils y entrèrent, se faisant rapidement happer par l'obscurité de l'endroit, juste avant qu'elle ne sorte une minuscule lampe de poche de sa blouse. Son faisceau se balada sur le sol légèrement pentu, avant de se figer sur une lourde porte commandée par un lecteur de badge.
À peine quelques secondes plus tard, ils étaient dehors, entre deux buildings où seules quelques lumières subsistaient à cette heure tardive de la nuit, et leur guide improvisée sortait des fourrées qui longeaient le bâtiment un sac où elle rangea sa blouse et son masque après s'en être débarrassé, ainsi que la carte dont elle s'était servi pour les faire sortir.
— Bon, les gars. poursuivit-t-elle en tournant de nouveau son regard perçant vers eux. Je crois qu'on a besoin de parler. On trouve un coin tranquille ?
Alors qu'elle enfilait une veste chaude sur son haut aussi rose que ses cheveux, Sasuke répliqua d'un verbe acerbe :
— C'est pas parce que tu nous as fait sortir que ça change la situation. Comment on pourrait te faire confiance ?
— Parce que tu crois que t'as le choix ? répondit-elle immédiatement en dardant sur lui des yeux dédaigneux. Je vous ai surpris dans les archives de l'Uchiwa Corporation, donc vous y avez récupéré quelque chose en douce. Toi, t'es Uchiwa Sasuke, le fils du PDG. Même un idiot comprendrait que t'avais aucun droit d'être ici, et que tu cherchais quelque chose qui pourrait faire du tort à ton père. Et toi… commença-elle en pointant Naruto du doigt, sans pour autant terminer sa phrase. Je sais pourquoi vous êtes venus, suivez-moi. On attire trop l'attention à poireauter ici.
Encore une fois, elle s'en alla sans demander son reste, mais c'est Naruto qui en fut le plus irrité cette fois. En serrant les poings, il la suivit d'abord sans mot dire, mais dès qu'ils eurent tourné dans la rue principale, il parcourut au pas de course les quelques mètres qui le séparaient d'elle, saisit son bras sans la moindre tendresse et l'entraîna dans une ruelle avant de la plaquer contre le mur froid d'un quelconque restaurant, sous le regard mi-amusé, mi-blasé de Sasuke. Si lui-même n'avait pas beaucoup de patience, Naruto en avait encore moins…
— Je considère avoir déjà assez attendu comme ça. Alors quoi, Sasuke a droit à des explications, et moi pas ? C'est quoi le souci, exactement ? Je veux, j'ai le droit de savoir.
Devant lui, le regard surpris de la jeune femme se mua en un regard rempli de ressentiment. D'un geste habile, elle retourna la situation à son avantage et ce fut Naruto qui se retrouva coincé entre le mur et les bras musclés de la femme. Des fourmis se baladaient déjà dans le dos du blond, résultat de la force titanesque avec laquelle il avait été projeté contre la paroi.
Alors que Sasuke, qui avait jusque-là observé la scène de loin, s'approchait pour apporter son aide à son ami, la furie aux cheveux roses – car elle avait presque l'air folle avec ses yeux si exorbités – se tourna vers lui en pointant un doigt menaçant dans sa direction.
— Toi, ne t'en mêle pas, ok ? invectiva-t-elle avant de reporter son attention sur Naruto. Et toi, écoute-moi bien. Dans cette situation, t'as aucun droit. Tu vois ça ? demanda-t-elle en brandissant une petite plaque dorée devant le visage incrédule du blond. Je suis détective privée, et toi t'es qu'un lycéen de dernière année qui pense pouvoir abattre tous les murs du monde juste parce qu'il en a envie. Tu veux savoir comment je sais ça sur toi, Uzumaki Naruto ? Pas de souci. C'est ta mère qui m'a engagée.
* Signification des katakanas : イ [i] & ス [su].
Ouhouhou, et boum, la bombe est lâchée ! Si seulement je pouvais voir vos têtes en lisant, ça me ferait bien rire x) Voilà voilà, une arrivée de Sakura en fanfare (ben oui, j'ai pas donné son nom mais tout le monde s'en doute) et qui chamboule pas mal de choses.
Quelle sera la suite des événements et qu'est-ce que Sakura fout là ? Faites vos jeux, rien ne va plus ! Et dites-moi ce que vous avez pensé de ce chapitre !
À la prochaine tout le monde !
