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Le prisonnier d'Azkaban tournait et retournait dans la salle comme dans une cage. Un point négatif qu'Harry donnait au travail de Ronald était le traitement des prisonniers. Depuis que Ronald prouvait que torturer et laisser à l'abandon des détenus dans une souffrance éternelle n'étaient pas la meilleure façon de les réhabiliter ou de traiter leur semblable, on avait certes, moins de fous à Azkaban mais aussi beaucoup moins de succès dans les interrogatoires.

Harry n'aurait rien contre un ou deux sorts de torture envers l'être face à lui. Croisant les doigts devant lui, il tapota sur son gabardine d'un gris foncé, qui avait sans doute été noir à la base.

A coté de lui, Drago fit craquer ses phalanges. Avec une douceur tendre, il vint déposer un verre d'eau devant le prisonnier et une tarte aux fraises.

« Elles viennent du jardin de madame Weasley. Des Rosiers de l'époque des grands-parents d'Arthur, ils étaient déjà là quand vous passiez du temps avec les maraudeurs là-bas. Je l'ai fait moi-même.
― Me…Merci. Est-ce-que… il va venir me voir ?
― Pas immédiatement. En toute sincérité, nous n'avons pas encore pu évoquer le sujet. C'est délicat…
― Il doit beaucoup m'en vouloir. Je n'avais pas le choix. Il le sait, vous lui avez dit ?
― On le lui dira, mais on n'a pas terminé de parler, Monsieur Pettigrow. »

Harry roula des yeux. Franchement, trop de manières. Trop de pertes de temps. Au début, c'était l'un ou l'autre, jamais en même temps. Mais Peter avait plusieurs fois manqué d'agresser Malfoy et Harry avait refusé qu'on continue sans qu'il ne soit présent. Quant à venir seul, après avoir manqué de tuer Peter, on lui avait interdit.

« Revenons, dit tendrement Drago, à ce dont on parlait. Peter, vous vous souvenez ? Vous me parliez de votre première année. Vous étiez impressionnés par Sirius et James mais surtout l'ami de Remus. Et puis en troisième année, vous avez commencé à voir Sirius autrement.
― Il me séduisait, tout le temps. Il retirait son tee-shirt et le jetait. Il s'offrait, le dos nu après les séances de Quidditch chouinant pour mes massages.
― Il appréciait vos attentions.
― Oui, tellement.
― Il appréciait de pouvoir vous parler sans crainte, vous étiez rassurant.
― On aime se confier à moi, même le Lord se confiait. Je sais écouter.
― C'est exact, vous seriez un très bon psycho'mage, Peter. » susurra Drago.

« Ainsi, Sirius se découvrait, aimait le fait de pouvoir vous confier…
― Il m'a dit, souffla Peter sur le ton du secret, qu'il avait des envies… sexuelles… des fortes envies…
― Pour les hommes, vous me l'avez déjà dit. Il ne voulait pas vous dire le nom et vous avez pensé que ça pouvait être James, du fait que Sirius n'osait pas lui confier son homosexualité.
― Oui… mais ce n'était pas lui. »

Effectivement, songea Drago, ce n'était pas James.

« Alors…
― Sirius était inquiet. Il ne voulait pas en parler. Et, son père a commencé à se battre contre les réformes en faveur des moldus et celles pour la dépénalisation de l'homosexualité. Orion Black et Abraxas Malfoy permirent que la reforme ne passe pas en écosse, autant chez les moldus que chez les sorciers et que le crime de sodomie soit toujours condamnable de prison. Il en parlait rudement chez lui.
― Ce ne devait pas être facile, il avait heureusement un ami sur qui compter.
― Oui, oui. J'étais toujours là. Il se confiait, il me disait tout. Et en quatrième année, alors qu'on allait rentrer en cinquième année, il était encore plus stressé. Car nous l'avions tous fait mais pas lui. Il en avait de plus en plus envie mais il craignait de s'avouer. Il avait peur de se faire rejeter ou que ça se passe mal.
― C'est compréhensible, quelle chance de vous avoir !
― Oui ! Je lui ai alors avoué que je l'aimais. Terriblement. Beaucoup.
― Et qu'a-t-il dit ? »

Peter se renfrogna, sa main jouant avec le gâteau. Drago attrapa la main et Peter redressa un regard un peu attristé.

« Il m'a dit qu'il aimait une autre personne. Je…
― Contentez-vous de penser si c'est trop dur de parler, on formulera ensuite.
Je lui ai dit que c'était à cause de lui que j'étais ainsi. Quelques temps plus tard, James nous a dit que Lily l'accompagnait au mariage, et Remus nous a dit pour Nymphadora. J'ai demandé encore à Sirius.
― Et ?
Il m'a dit non. J'ai demandé encore, lui demandant juste d'essayer. Au moins, et il a dit peut-être. Peut-être, mais que pour essayer.
― Qu'est-ce qu'il se passa ensuite ? »

Harry haïssait les moments où seul Drago pouvait entendre les pensées de Peter mais il n'intervenait plus. Il se crispa toutefois aux mots sortants, préférant soudainement que Peter les garde en pensées.

« On s'allongeait sur le vieux canapé du grenier Weasley, et on touchait nos corps habillés, je passais mes doigts sur ses cuisses, il tremblait, rougissait, soupirait, me regardait avec envie et…
― Et ?
― Rien. Sirius me repoussait et me disait qu'il ne pouvait pas, qu'il avait peur, qu'il s'inquiétait, que quelqu'un allait arriver, que ce n'était pas normal, qu'on allait nous punir, que James l'apprendrait, que Remus l'apprendrait… Il était très pur, comme son sang. Personne ne pouvait le toucher, sauf moi. »

Son parrain avec ça… Son parrain avec ça… Encore et encore. Ces histoires, Harry et Drago les connaissaient. Elles tournaient et retournaient. Ce n'étaient pas à elles qu'ils voulaient accéder mais ils n'avaient pas d'autres choix que de repasser par elles.

« Et vous avez été blessé…
― Je cherchai Sirius, on était à un mariage… je ne sais plus le mariage de qui… et on m'a dit qu'il était dans les chambres. Je suis monté, il n'y était pas. Remus est arrivé et m'a dit que Sirius était en train de baiser dans des toilettes.
― Il n'était pas innocent et pur ?
― Je le croyais… Remus m'a dit qu'il lui avait demandé de venir mais que Sirius n'a pas voulu, qu'il préférait faire la chose. Il en voulait, encore, plus, encore, PLUS ! ENCORE ! IL VOULAIT JUSTE QU'ON LE BAISE ! ET… »

Drago avait reculé, cette fois-ci à temps, évitant la poigne de Peter. Harry sauta en avant, projetant le maraudeur contre le mur.

« Harry, Non ! » s'écria Drago.

Le blond se précipita vers Peter, venant doucement lui caresser la main, lui retournant le poignet…

« C'est là que vous avez craqué…
― Oui… Oui… Oui…
― Est-ce-que je peux voir ?
― Ce qu'il m'a fait… je veux le voir… je dirais… je montrerai… si je le vois…. C'est lui qui m'a fait ça… Il doit le voir. Il doit savoir.
― Peter, vous l'aimez, n'est-ce pas ? Il va être blessé… s'il le voit. Laisse-moi voir pour lui.
― S'il vous plait… juste… je dois lui montrer. Qu'il sache ce qu'il m'a fait.
― Il le sait déjà…
― Je ne dirais rien. »

La porte de la cellule se referma.

« … Harry !
― Drago, on était d'accord. C'était la dernière tentative. Plan C.
― Ce n'est pas éthique, Ronald n'approuverait pas.
― Et Drago approuverait-il ?
― Je…
― Ne perds pas ta capacité à vouloir la victoire. Aimer ne doit pas nous rendre stupide. Dis-moi sincèrement, regretteras-tu qu'on le fasse ?
― Non…
―Parfait, le soir de la disparition de Ginny, je suis passé chez les Lupin-Black et j'en ai profité pour récupérer des cheveux de Sirius.
― … Il est passé chez Ronald le lendemain matin, il n'était pas bien. J'ai récupéré des cheveux… »

Harry et Drago se fixèrent avec un sourire entendu. Clairement. « …tu aurais été parfait à Serpentard.
― Tu n'aurais pas fait tâche à Gryffondor. »

X.X.X.

« Sirius ! Sirius !
― Ne me touche pas, gronda Harry sous les traits de Sirius.
― Oh, ne dis pas ça…
― Tu voulais que je vienne, me voilà. Maintenant, montre-moi ce que tu avais à me montrer.
― Laisse-moi te…
― Je pars…
― Je montre, je montre, je montre… Mais ça va te faire mal. Je veux que tu le regardes devant moi.
― Très bien…
― Avec moi !
― Il en est hors de question, trancha Drago, ce n'était pas dans l'arrangement. Maintenant, mettez les souvenirs dans la pensine… »

Harry, il ne te montera que ce qu'il veut. Tu dois t'en souvenir. Il va continuer à dissimuler ce qu'on veut. Ce n'est qu'un premier pas…
Je devrais être en train de chercher Ginny.
Comme-ci tu avais besoin de la chercher, on sait tous les deux que…
Qu'elle viendra à moi.
Tu n'as jamais été aussi sexy…
Tu parles de mon parrain.
Je parle surtout de cette paire de lunettes et de cette cravate… en étant uniquement en boxer. C'est original.
Pas ma faute, à part le cul et le cou, on n'a rien à la même taille. » gronda l'Auror en retirant sa paire de lunettes et enfilant sa chemise.

« … C'est plus sexy que Crabbe, définitivement…
― C'est Ron en Crabbe…
― … Ah… » la main de Malfoy se plaqua sur son visage, blanchissant… « Mais… alors… c'est lui que j'ai attrapé par l'épaule ?
― Oui ?
― … on était si près.
― Malfoy, le Polynectar…
― Je sortais de Quidditch, je n'avais pas eu le temps de prendre une douche et…
― Je t'assure que Ron ne se souvient ni de ta coupe de cheveux, ni de l'odeur que tu avais. Tu ne lui sortais pas les yeux, il lui suffisait de te voir pour être dégouté donc.
― Vexant ! »