Bonjour,

Et voilà, le confinement prend fin et peu à peu notre vie devrait redevenir normale. J'espère que vous allez tous bien et que ce virus n'aura touché ni vous ni vos proches.

Je n'ai pas pu publier comme je l'aurais voulu durant cette période. Il était compliqué pour moi d'être concentré sur l'écriture et la publication. J'ai donc décidé de faire un break. Et maintenant, je dois reprendre le boulot. Je vais tenter de reprendre la publication deux fois par semaine mais je ne garantis rien malheureusement. Une fois par semaine, sûr dans tous les cas.

Je vous remercie d'être toujours là et pour tous vos gentils messages.

Une nouvelle fois, continuez à prendre soin de vous et de vos proches. C'est le plus important.

Bonne lecture et à jeudi

Sydney8201

Musique du chapitre :

In the end de Linkin Park

Chapitre 31 : Décisions

« Réfléchis avec lenteur, mais exécute rapidement tes décisions. »

Isocrate

Castiel avait réfléchi longtemps mais une fois sa décision prise, il était impatient de la mettre en application. Elle n'avait pas été facile à prendre. Bien au contraire. Elle était douloureuse et le resterait probablement encore de longues semaines. Mais elle était la décision la plus raisonnable. Celle que son cerveau lui avait dicté. Il n'avait pas écouté son cœur. Il aurait été plus facile de le faire bien sûr. Il lui criait de rester avec Dean. De ne surtout pas arrêter ce qu'il y avait entre eux. De profiter de chaque moment. De chaque instant. C'était ce dont il avait envie. Ce n'était toutefois pas ce qui est mieux pour lui. Car Ellen avait raison depuis le début. Ca ne pouvait que mal se terminer. Et Castiel avait déjà suffisamment souffert. Il refusait de prolonger cette torture pour quelques moments de bonheur.

Ce n'était pas juste envers Dean de continuer. Le jeune prostitué n'avait pas tous les éléments en main. Il ne savait pas combien Castiel l'aimait et combien il espérait pouvoir avoir plus un jour. Il lui mentait depuis trop longtemps. Il était temps que cela s'arrête.

Il voyait également cette décision comme la meilleure manière de tester son ami. Il lui annoncerait qu'il ne voulait pas continuer à coucher avec lui. Qu'il préférait conserver leur amitié et son travail. Si Dean acceptait son choix sans ciller alors il aurait la confirmation de ce qu'il pensait déjà. Le jeune prostitué ne partageait pas ses sentiments et il était parfaitement inutile de les lui avouer. Si toutefois Dean protestait et refusait de l'accepter, il envisagerait de se montrer parfaitement honnête avec lui. Il y aurait alors une chance pour que son ami ait des sentiments similaires à son égard.

Il était presque sûr que ce n'était pas le cas. Mais il avait besoin d'une confirmation. Besoin de savoir exactement sur quel pied danser avec le jeune homme. Il ne pouvait pas continuer à avancer dans le noir sans savoir où il mettait les pieds. Il refusait de rester dans cette impasse.

Bien sûr, il savait que voir Dean continuer à coucher avec ses clients continuerait à être difficile pour lui. Mais il espérait que ne pas continuer à le faire, lui, l'aiderait à combattre sa jalousie. Dean ne lui « appartiendrait plus ». Il n'aurait plus aucune raison de vouloir le garder pour lui seul. Et peut-être finirait-il par ne plus l'aimer avec autant de force. Il pouvait toujours espérer.

Savoir que sa décision était la bonne ne la rendait toutefois pas plus facile à vivre. Et sans nul doute pas plus facile à annoncer. Il ne pouvait néanmoins pas reculer éternellement. Il voulait franchir ce pas important. Il voulait reprendre le contrôle de sa vie et prendre enfin la bonne direction pour s'en sortir.

Il ne perdit donc pas une journée à se morfondre ou à réfléchir inutilement quand il était de toute façon sûr de son choix. Il envoya un message à Dean rapidement lui demandant de le rejoindre dans un parc au centre-ville. Il savait que le lieu de rendez vous pouvait sembler étrange. Mais il refusait d'avoir cette discussion chez lui ou chez le jeune homme. Il avait bien trop peur que cela l'empêche de rester ferme. Qu'il finisse par craquer et par coucher une nouvelle fois avec son ami. Parler en public et dans un endroit comme celui-ci lui éviterait de succomber à la tentation.

Dean accepta de le rejoindre. Castiel s'y rendit un peu plus tôt pour être sûr d'être là le premier. Il s'installa sur un banc et regarda autour de lui les gens qui allaient et venaient. Aucun ne prêtait attention à lui. Ils ne pouvaient pas savoir ce qui allait se passer sous leurs yeux. Il ne pouvait pas deviner combien Castiel souffrait à cet instant précis. Et combien ce qu'il allait dire à Dean risquait de tout bouleverser entre eux.

Il aperçut finalement son ami du coin de l'œil après quelques minutes à regarder les gens marcher. Il lui fit un petit signe de la main puis le laissa prendre place à côté de lui avant de prendre la parole.

- Merci d'être venu. Je … je sais que tu dois toujours être en colère contre moi.

- Pourquoi m'avoir fait venir ici Cas ? Pourquoi ce parc ?

Castiel s'était attendu à ce que Dean lui pose cette question. Il avait préparé sa réponse pour ne pas être pris de court et risquer de dire n'importe quoi.

- Je voulais un endroit neutre … un endroit qui ne soit pas chez toi ou chez moi. Et il fait beau … j'avais envie de prendre l'air. Je ne voulais pas m'enfermer dans un café ou dans un restaurant.

Dean le dévisagea une seconde les sourcils froncés. Visiblement, il n'était pas vraiment sûr de comprendre pourquoi Castiel avait choisi cet endroit. Mais il sembla l'accepter malgré tout. Castiel reporta son attention sur des enfants qui jouaient au ballon non loin d'eux.

- Je me suis dit qu'en te faisant venir ici, je … personne n'aurait l'avantage … personne … c'est difficile à expliquer. Disons juste que je voulais qu'on soit sur un pied d'égalité et que rien ne puisse venir nous distraire.

- Ok, souffla Dean qui ne semblait toujours pas convaincu.

Castiel ne voulait pas perdre plus de temps à expliquer son choix quand il avait bien plus important à dire. Il avait le cœur qui battait fort dans sa poitrine. Il pouvait sentir la chaleur du corps de Dean proche du sien. Il entendait sa respiration. Voyait du coin de l'œil la façon qu'il avait de croiser ses mains entre ses cuisses, de se pencher en avant et de regarder lui aussi les gens qui vaquaient à leurs occupations sans se soucier d'eux. Il prit finalement une grande inspiration avant de choisir de se lancer. Attendre plus longtemps ne lui faciliterait pas la tâche. « Reculer pour mieux sauter » comme disait l'adage.

- Je t'ai fait venir parce que j'ai plusieurs choses importantes à te dire. Mais je pense qu'il est important que je commence par m'excuser. Je ne l'ai pas fait suffisamment lors de notre dispute. Je ne l'ai en tout cas pas fait correctement. Alors voilà, je … je suis désolé. Je sais que je t'ai fait de la peine. Et crois-moi, c'est bien la dernière chose que je voulais. Je n'ai pas réfléchi. Mais maintenant que j'ai pu le faire à tête reposée, je sais que j'ai eu tort de le frapper. Tort de ne pas te laisser une chance de te défendre toi-même.

Dean hocha la tête. Castiel pensait réellement ce qu'il disait. Il ne le faisait pas uniquement pour apaiser la tension toujours palpable entre Dean et lui. Il le faisait parce qu'il en avait besoin et parce qu'il se sentait réellement coupable.

- J'aurais probablement du réfléchir avant d'agir. Mais tu dois comprendre qu'entendre ces choses … entendre ce type parler de toi ainsi … c'était trop dur pour moi. Et quelque chose me dit que tu aurais eu du mal à rester en retrait si les rôles avaient été inversés. Je ne supporte pas qu'on manque de respect à qui que ce soit mais c'est encore pire quand cela concerne quelqu'un à qui je tiens.

« Quelqu'un que j'aime » était sur le bout de sa langue mais il le ravala aussitôt. Ce n'était pas ce qu'il avait prévu de dire.

- Je ne doute pas de ta capacité à te défendre seul. Je sais que tu as sans doute déjà entendu pire et fait face à des types qui tenaient des propos insultants avant de me rencontrer. Mais … si tu as l'expérience, ce n'est définitivement pas mon cas. Cette attaque … c'était presque comme si en étant dirigée contre toi, elle l'était également contre moi. Je … je ne pouvais pas le laisser faire. Et si je sais maintenant que j'ai eu tort, je peux te promettre que je n'en avais pas conscience sur le moment. Je pensais bien faire. Je pensais avoir le devoir d'intervenir. Je suis désolé si cela t'a vexé ou fait de la peine.

Dean hocha la tête et Castiel fut soulagé de voir qu'il acceptait ses excuses sans protester. Bien sûr, il ne comptait pas s'arrêter là. Il avait également des reproches à faire à son ami. Des choses à lui dire. Il était toutefois content d'avoir déjà su s'exprimer sur cette première partie sans bafouiller. C'était un premier pas dans la bonne direction. Il devait maintenant enchaîner. Il savait que le pire était encore à venir. Annoncer sa décision à Dean ne serait pas simple. Il savait que cela allait probablement lui briser le cœur. Mais il était déterminé. Il était prêt. Et il continuait de penser qu'il avait fait le bon choix. Qu'il avait pris la meilleure décision qui soit dans ces circonstances.

- Je ne suis pas le genre d'homme à fuir ses responsabilités. Je ne suis pas parfait bien sûr. J'ai déjà commis des erreurs par le passé. Mais j'ai toujours mis un point d'honneur à en assumer les conséquences. Quelles qu'elles soient. Je ne fuirais pas cette fois non plus. Je sais que ce que j'ai fait aura des répercussions et je saurais y faire face. Si Ellen veut me renvoyer alors je ne protesterais pas. Je lui ferais valoir mes arguments. Je lui expliquerais pourquoi j'ai agi ainsi et je m'excuserais. Mais je ne ferais pas un scandale si elle refuse de les prendre en considération. Parce que je sais que j'ai mal agi et que j'ai pris un risque. Je sais que cela pourrait retomber sur Ellen ou sur toi. Par ma faute.

Dean tourna alors le visage vers lui et Castiel se força à en faire de même pour soutenir son regard. Il était prêt à s'entendre dire qu'il allait effectivement être renvoyé. Qu'il le méritait après avoir frappé l'un des meilleurs clients d'Ellen et Dean. Il fut donc surpris quand ce dernier lui adressa un petit sourire.

- Tu ne vas pas être renvoyé. Tu risques de te faire taper sur les doigts mais … Ellen ne te renverra pas.

- Elle … comment ça ?

Castiel était surpris. Il savait combien Ellen tenait à l'image de sa société. Combien elle insistait pour que ses employés l'aident à entretenir cette image de marque. Il aurait pu comprendre qu'elle le renvoie pour l'avoir terni malgré lui.

- Je l'ai appelé parce que je savais qu'elle serait rapidement mise eu courant. J'ai préféré prendre les devants et lui expliquer tout moi-même. Elle n'était pas vraiment contente de l'entendre et … je dois t'avouer qu'au début, elle était même furieuse contre toi. Mais j'ai pris le temps de lui expliquer comment on en était arrivé là … et elle a fini par comprendre.

Castiel était soulagé de l'apprendre. Il était prêt à renoncer à sa relation avec Dean. Mais il n'était en revanche pas prêt à renoncer à son travail. Il était le seul moyen pour lui de continuer à veiller sur l'homme qu'il aimait. De passer du temps avec lui. De le voir tous les jours. Il se fichait de l'argent. Il pourrait en gagner ailleurs. Mais il avait besoin d'être auprès de Dean autant que possible.

- Elle aurait probablement fait bien pire si elle avait entendu ce que tu as entendu et si elle n'approuvera jamais la violence, elle l'accepte pour cette fois. Elle t'a engagé pour veiller sur moi et d'une certaine manière, c'était avant tout ce que tu cherchais à faire alors … elle ne te renverra pas. Elle veut juste que tu lui promettes de ne surtout pas recommencer.

Castiel était prêt à lui faire toutes les promesses qu'elle souhaitait si cela signifiait qu'il pouvait garder son travail. Il savait qu'il était passé proche du renvoi une nouvelle fois. Il était grand temps qu'il se reprenne en mains. Ellen ne se montrerait pas aussi compréhensive la prochaine fois.

- Je ne recommencerais pas. Je peux te promettre … et le promettre à elle aussi que je ne referais pas deux fois la même erreur. J'ai pris conscience de beaucoup de choses ces derniers jours. Des choses importantes sur lesquelles j'ai eu besoin de réfléchir. Mais je suis enfin prêt à les admettre.

- De quoi est-ce que tu parles Cas ?

Castiel reporta son attention sur les enfants en face d'eux. Il était trop difficile de regarder Dean dans les yeux quand il s'apprêtait à dire toutes ces choses.

- J'étais jaloux … pas seulement de ton dernier client mais probablement de tous ceux que tu as eu depuis qu'on a commencé à … coucher ensemble. Et j'ai eu du mal à l'accepter parce que je n'avais jamais été jaloux avant. Ce n'était pas un sentiment que je connaissais. Et ce n'est pas un sentiment que je veux continuer à ressentir. Il est évident que je ne sais pas comment le canaliser. Je n'aime pas être comme ça. Tu ne m'appartiens pas. Je refuse de me montrer possessif. Je refuse d'être le genre d'homme qui veut contrôler la vie et les rencontres de ses proches. Et une nouvelle fois, je suis désolé de ne pas l'avoir compris plus tôt. De ne pas avoir su prendre les décisions qui s'imposaient dès le début.

Dean lui saisit la main et la serra une seconde dans la sienne. Castiel sentit aussitôt un frisson parcourir son bras. Son cœur s'accéléra dans sa poitrine. Il avait envie de se tourner en direction du jeune homme et de l'embrasser. Il avait envie d'oublier toutes les choses qu'il avait à lui dire et de continuer à ignorer le problème. Mais il savait qu'il n'en avait pas le droit.

- Je te remercie pour tes excuses Cas. Je sais combien il est difficile de dire « pardon ». Ca demande beaucoup de courage et … je suis touché que tu l'aies fait. Je pense d'ailleurs qu'il est temps pour moi d'en faire de même. Je n'aurais pas du te hurler dessus. Je n'aurais pas du te parler comme je l'ai f ait. J'aurais du te laisser une chance de m'expliquer ta réaction. J'aurais dû essayer de la comprendre.

Castiel était content de l'entendre. Il en avait besoin. Il estimait effectivement que Dean avait lui aussi ses torts. Et l'entendre les admettre ainsi le touchait. Il hocha la tête.

- Merci Dean, souffla t-il.

- Ne me remercie pas. Tu méritais que je te le dise. Et je sais … je sais que nous sommes capables de trouver une solution à notre problème si nous prenons le temps d'en discuter calmement ensemble. Je sais qu'on peut surmonter tout ça. Je … il existe forcément une solution qui nous éviterait de nous disputer à nouveau.

Castiel pouvait sentir que le jeune homme avait déjà une petite idée derrière la tête. Mais il était presque sûr qu'elle n'était pas la même que la sienne. Il était toutefois curieux d'en savoir plus.

- J'ai moi aussi pris le temps de réfléchir depuis notre dispute et … je sais que j'aurais probablement réagi comme toi si les rôles avaient été inversés. J'aurais frappé cet enfoiré. J'aurais été incapable de rester en retrait.

- Sans doute, concéda Castiel.

- Et je sais aussi que … si toutefois je devais te laisser coucher avec d'autres hommes, je serais probablement jaloux. C'est naturel et … c'est normal. C'est quelque chose que beaucoup de gens ressentent. Ça veut dire qu'on tient l'un à l'autre et ça ne peut pas être une mauvaise chose. C'est même plutôt une bonne nouvelle.

Castiel pensait au contraire que c'était une très mauvaise nouvelle. Car si Dean « tenait » à lui comme il le disait, pour Castiel c'était bien plus fort. Il ne tenait pas seulement au jeune homme. Il était amoureux de lui. Il l'aimait comme jamais avant il n'avait aimé qui que ce soit. Et c'était parce qu'il avait tous ces sentiments à l'intérieur de lui qu'il avait pris la décision de tout arrêter. S'il n'avait pas été amoureux de Dean, il aurait pu continuer à coucher avec lui. Il aurait peut être été jaloux mais il était presque sûr qu'il aurait su le gérer. Qu'il aurait su l'ignorer.

- Je veux croire que nous sommes plus forts que ça. On est deux adultes. On est intelligent. On sait ce qu'on veut. On sait exactement ce qu'on ressent et maintenant qu'on s'est tout dit, je suis convaincu qu'on saura passer outre. Il existe des solutions. Il existe une issue à notre problème. Mais on doit en discuter ensemble comme on l'a fait depuis le début. Se cacher des choses et se mentir ne nous mènera à rien.

Castiel le pensait aussi. Mais il savait combien tout ceci était ironique et hypocrite. Parce qu'il mentait à Dean ouvertement depuis le début. Il avait accepté cette relation tout en sachant depuis le début qu'il voulait plus. Il lui cachait la vérité depuis trop longtemps.

- Si tu es prêt à faire en sorte que cela s'arrange, alors sache que je le suis aussi, ajouta Dean sans doute pour l'encourager à prendre la parole à son tour.

Castiel acquiesça avant de prendre une profonde inspiration. Il expira lentement par le nez pour tenter de calmer un peu le rythme effréné de son cœur dans sa poitrine. Il devait absolument rester calme. Ne pas se laisser submerger par les émotions. Il avait gardé le contrôle jusque là et il voulait que cela continue jusqu'au bout.

- Je suis prêt à trouver une solution. Et je sais exactement ce qu'il faut que nous fassions pour que tout cela cesse.

- Tu … tu as déjà pris ta décision ? demanda Dean, visiblement un peu vexé.

- J'ai beaucoup réfléchi et … oui, j'ai pris ma décision. J'espère que tu l'accepteras parce que je ne compte pas revenir dessus. Je l'ai prise en pensant à notre bien-être à tous les deux. Crois-moi quand je te dis que ce n'est pas une décision égoïste.

- Qu'est-ce que tu as décidé ?

C'était le moment ou jamais. Celui que Castiel avait redouté depuis qu'il avait pris sa décision. Mais celui qu'il avait été impatient de connaître également. Celui qui risquait de changer sa vie, sa relation avec Dean et bien d'autres choses encore. Il était prêt à y faire face même s'il était mort de trouille.

- Je veux arrêter, déclara t-il finalement.

Ce n'était pas ainsi qu'il avait envisagé de le dire mais les mots avaient franchi le seuil de ses lèvres sans sa permission. Il s'empressa donc d'apporter quelques précisions.

- Je veux qu'on arrête de … de coucher ensemble. Je veux … je pense qu'on devrait redevenir seulement amis. C'est plus simple.

- Je pensais … je croyais que tu allais m'annoncer que tu voulais arrêter de travailler avec moi.

Castiel n'aurait pas su dire si Dean était déçu ou s'il faisait seulement un constat. Il aurait aimé pouvoir lire clairement les émotions de son ami. Il avait besoin de savoir ce que son annonce lui avait procuré comme sentiment. Pour savoir s'il existait une infime chance qu'il soit lui aussi amoureux de Castiel de son côté. Il n'y croyait pas vraiment mais l'espoir était tout de même là, tapi dans un petit recoin de son esprit.

- Non, ça n'arrangerait rien et … je sais que ce n'est pas la meilleure solution. Non, il est temps qu'on pointe du doigt la vraie source du problème et … ce n'est pas notre travail Dean … c'est le fait qu'en commençant à coucher avec toi, j'ai également commencé à te voir comme … comme quelqu'un qui m'appartient. Ce que je ne veux surtout pas penser ou ressentir. C'est pour ça qu'on doit arrêter. Ce n'est pas forcément ce dont j'ai envie mais c'est ce dont on a besoin tous les deux.

Il soupira une fois son petit monologue terminé et tourna le visage vers Dean. Il espérait y lire quelque chose. De la déception. De la colère. De la douleur. N'importe quel sentiment qui aurait pu lui donner un peu plus d'espoir. Un indice sur ce que le jeune homme pouvait ressentir pour lui. Mais son visage était fermé. Ses yeux étaient sombres. Il avait relevé ses défenses. Remis son masque. Il était parfaitement illisible pour Castiel. C'était frustrant.

- Je … je ne sais pas quoi dire, finit par admettre Dean après de longues secondes de silence.

Castiel ne savait pas non plus. Il avait dit tout ce qu'il avait sur le cœur. Tout ce qu'il avait prévu de dire au jeune homme. La balle était maintenant dans son camp. Il pouvait faire valoir ses arguments. Il pouvait accepter la décision de son ami. Ou il pouvait se mettre à hurler. Castiel ne changerait pas d'avis. Il était toutefois prêt à entendre ce que Dean pouvait avoir à en dire. Ce qu'il en pensait.


Dean avait fini par prendre une décision. Il avait longuement pensé à ce que Charlie lui avait dit et aux conseils qu'elle lui avait donné. Il avait pesé le pour et le contre de chaque option. Il avait même songé à faire une liste écrite pour être sûr de ne rien oublier. Mais il avait trop peur que Sam finisse par tomber dessus et lui pose des questions auxquelles il ne voulait pas répondre.

Il fit donc sa liste mentalement. Il envisagea même l'idée de parler à son ami de ses vrais sentiments pour lui. De lui avouer qu'il l'aimait depuis un moment maintenant. Qu'il était désolé de lui avoir menti à ce sujet. Qu'il avait très envie de se racheter et si Castiel le souhaitait, de tenter quelque chose de plus sérieux avec lui. Bien sûr, à chaque fois qu'il songeait à ce scénario, il ne voyait pas comment il pouvait bien se finir. Il n'imaginait pas une seule seconde que Castiel puisse partager ses sentiments. Il finit donc par l'abandonner.

Seuls deux scénarios tenaient la route. Le premier était d'arrêter de coucher avec Castiel. De redevenir ami avec lui. Dean pensait sincèrement que cela pourrait l'aider à ne plus être aussi jaloux. Puisqu'il n'était clairement pas amoureux du jeune prostitué, il finirait même probablement pas ne plus avoir le moindre problème à le savoir avec d'autres hommes.

Dean avait sérieusement envisagé cette option. Elle était probablement la plus raisonnable. Mais il avait fini par l'écarter. Par pur égoïsme. Il le savait. Il refusait de perdre Castiel. Il refusait de ne plus passer la nuit dans son lit et dans ses bras. Il voulait continuer à coucher avec lui. A être un peu plus qu'un ami à ses yeux même s'il n'était pas réellement ce qu'il aurait voulu être à pour lui. Il choisit de se montrer réellement égoïste pour la première fois de sa vie.

Il opta pour la seconde solution. Elle n'était pas idéale. Et elle était clairement plus favorable pour lui que pour Castiel. Il allait lui demander de démissionner. Il savait que Castiel tenait à son travail. Et il aimait lui aussi beaucoup l'avoir à ses côtés durant la journée. Mais il devait sacrifier l'un de deux aspects de sa relation avec Castiel pour que les choses s'arrangent. Et puisqu'il n'était pas prêt à sacrifier leur relation intime, il était grand temps pour lui de sacrifier leur collaboration professionnelle.

Il espérait sincèrement que Castiel serait partant. Il espérait parvenir à le convaincre que cette solution était la seule envisageable pour eux. Il avait même commencé à construire un argumentaire qu'il espérait sans faille.

Il fut toutefois pris de court quand Castiel lui envoya un message lui demandant de le rejoindre dans un parc au centre-ville. Il ne s'était pas attendu à ce que son ami fasse le premier pas. Mais il ne pouvait pas refuser pour autant. Ils avaient besoin de parler. Besoin de mettre les choses au clair pour pouvoir enfin repartir de l'avant. Bien sûr, le choix du lieu de rendez vous étonnait Dean. Il ne comprenait pas pourquoi Castiel n'avait pas opté pour le calme de l'un de leurs appartements. Il choisit toutefois de ne pas trop s'en inquiéter. Il était inutile d'angoisser sans savoir ce qui allait se passer.

Il arrivait pile à l'heure mais ne fut pas surpris de voir que Castiel était déjà là. Lui aussi serait venu en avance s'il avait été à l'initiative du rendez-vous. Pour ne surtout pas être pris de court. Il s'approcha de lui puis prit place sur le banc à ses côtés. Il finit par demander à son ami pourquoi il avait choisi cet endroit. Et si sa réponse lui semblait légèrement bancale, il choisit de ne pas l'interroger plus longtemps sur le sujet. Il savait que ce n'était pas pour ça que Castiel l'avait fait venir. Il était évident qu'il avait des choses importantes à lui dire et Dean savait qu'il avait besoin de les entendre.

Entendre Castiel s'excuser et assumer sa part de responsabilité dans leur dispute lui fit un bien fou. Il avait fini par se demander s'il n'avait pas eu tort de réagir ainsi. S'il n'avait pas eu tort de porter toutes ces accusations contre son ami. L'entendre admettre qu'il avait compris son erreur le soulageait considérablement. Il eut alors la force d'admettre ses fautes à son tour. Il savait que sa réaction avait été disproportionnée. Que Castiel n'avait pas agi par méchanceté ou parce qu'il le trouvait trop faible pour se défendre par lui-même. Il l'avait fait parce qu'il tenait à lui. Parce qu'il voulait le protéger et si ce n'était pas nécessaire dans ces circonstances, cela partait quand même du bonne intention. Dean aurait du le prendre en considération avant de lui hurler dessus comme il l'avait fait.

Il s'excusa donc et il fut content de voir que Castiel semblait soulagé de l'entendre faire. Ils avaient tous les deux leurs part de responsabilité dans cette dispute. Ils avaient tous les deux commis des erreurs. Et il était inutile de chercher à déterminer lequel avait le plus fauté. Ils devaient passer à autre chose.

Castiel semblait du même avis que lui. Il semblait lui aussi avoir envie de trouver une issue. Une solution qui leur éviterait de se disputer à nouveau. Si Dean savait déjà comment il voulait procéder, il préféra ne pas le lui dire clairement. Il voulait qu'ils en discutent ensemble avant. Il voulait aider Castiel à en arriver à la même conclusion que lui sans lui donner la sensation qu'il lui imposait son choix.

Il n'en eut toutefois pas l'occasion. Car Castiel lui avoua presque aussitôt qu'il avait pris sa décision de son côté. Sans le consulter. Sans en parler avec lui. Il avait fait son choix et il ne comptait pas revenir dessus.

Quand Castiel lui annonça finalement ce qu'il avait décidé, Dean sentit son cœur se briser dans sa poitrine. Il avait pris la décision que le jeune prostitué redoutait le plus. Celle qui confirmait ce qu'il savait déjà. Castiel ne voulait plus coucher avec lui. Il préférait redevenir son ami sans que le sexe ne se mette entre eux et vienne tout gâcher. Dean avait vu juste. Jamais son ami ne partagerait ses sentiments. Il n'était clairement pas amoureux de lui puisqu'il semblait parfaitement capable de prendre ses distances quand Dean souffrait terriblement simplement en l'envisageant. Et s'il n'avait pas le droit d'être en colère contre lui à ce sujet, il avait tout de même le cœur brisé et une furieuse envie de le lui faire payer.

Il prit quelques secondes pour retrouver un semblant de calme et après avoir avoué à Castiel qu'il ne savait pas quoi lui dire, il finit par trouver l'inspiration. Il ne reprocherait jamais à son ami de ne pas avoir les mêmes sentiments que lui à son égard. Il savait qu'il était impossible d'avoir le moindre contrôle sur ce qu'on ressentait. Si lui n'en avait pas été capable, alors il ne voit pas comment Castiel aurait réussi. Il n'avait pas réussi à s'empêcher de tomber amoureux. Son ami ne pouvait pas se forcer à aimer Dean autrement que comme un ami. Il avait toutefois une question à lui poser à ce sujet.

- Est-ce que je dois en déduire que tu choisis ton travail plutôt que … plutôt que moi ?

Castiel secoua aussitôt la tête. Il ne semblait pas s'être attendu à une telle question.

- Non Dean … ce n'est pas … ce n'est pas comme que je vois les choses. Après tout tu es … tu es mon travail. C'est toi que je protège et je ne crois pas que je serais capable de ne plus être là pour veiller sur ton bien être. Je ne pourrais jamais faire confiance à quelqu'un d'autre. Et tu es aussi mon ami. Je tiens à notre amitié. Je veux la préserver. Le sexe, c'est … c'est autre chose. C'est un rajout. Et quand je prends le temps de réfléchir, je sais que c'est la seule chose dont je peux me passer en ce qui te concerne. Je refuse que le sexe vienne gâcher notre amitié. Je refuse que ma jalousie finisse par tout gâcher entre nous. C'est aussi simple que ça.

C'était logique, sensé et probablement juste. Castiel avait été bien plus lucide que Dean. C'était normal puisqu'il n'était pas amoureux lui. Sa décision avait dû être bien plus facile à prendre. Le jeune prostitué ne pouvait guère la contester. Il pouvait protester mais il doutait que cela le mène à quoi que ce soit. Il était préférable de l'accepter. De se résigner. De baisser les bras.

- Et puis je sais que si je me contentais de démissionner, je passerais mes journées à penser à ce que tu fais … à ce que tu subis et à tous les risques que tu prends. Je ne pourrais pas rester éloigné très longtemps. Je finirais par devenir dingue et … on se disputera à nouveau. On veut éviter que cela dégénère tous les deux. C'est la seule option dont on dispose pour y parvenir.

Dean finit par hocher la tête devant la logique de Castiel. Il avait bien préparé son argumentaire. Il avait visiblement anticipé la réaction de son ami. Ce dernier ne pouvait pas dire grand-chose de plus. Il soupira longuement.

- Je … je dois t'avouer que je ne suis pas sûr … je peux comprendre comment tu en es arrivé à cette conclusion mais je ne partage pas ton avis. Je n'ai pas envie de me priver de quelque chose qui nous apporte du plaisir et du bonheur à tous les deux. Mais je respecte ta décision. Je respecte ton choix et si tu veux tout arrêter alors … on arrêtera tout.

Castiel sembla soulagé de l'entendre. Il lui sourit et Dean sut alors qu'il avait bien fait de céder. Il détestait l'idée de ne plus pouvoir partager avec son ami tout ce qu'ils avaient partagés depuis leur petit arrangement. Mais il voulait également le rendre heureux. Il voulait le protéger. Il voulait le garder auprès de lui. Et s'il s'agissait là de la seule solution pour y parvenir, alors c'était forcément la bonne. Il devait simplement l'accepter et accepter de faire ce sacrifice.

- Si tu penses sincèrement que tu sauras accepter que je couche avec tous ces types simplement parce que toi et moi on ne couchera plus ensemble alors … tant mieux pour toi et tant mieux pour moi. Tu as sans doute raison. C'est ce qu'on veut après tout.

- On s'était promis de faire passer notre amitié avant tout le reste. C'est ce qui a motivé ma décision. Ca et rien d'autre. Je peux te promettre que ce n'est pas l'argent que je gagne qui m'a poussé à faire ce choix. C'est avant tout parce que je ne veux surtout pas gâcher notre amitié que j'ai choisi de faire ce … ce sacrifice.

Dean n'avait jamais réellement pensé que Castiel faisait passer son travail avant lui. Il avait dit cela uniquement pour lui faire du mal. Parce que son annonce lui avait brisé le cœur et qu'il ressentait le besoin de le punir pour ça. C'était toutefois injuste. C'était cruel et ce n'était pas ainsi que Dean voulait se comporter avec l'homme qu'il aimait.

- Je suppose que tu … je te fais confiance. Je sais que tu n'as pas pris cette décision sur un coup de tête. Et j'étais sérieux quand je t'ai dit que je refusais que cet arrangement puisse avoir le moindre impact sur notre amitié. Mais … tu parles d'un sacrifice et je me dis qu'il est dommage de se priver de quelque chose qui … qui était plutôt génial. Parce que c'était génial non ? Le sexe je veux dire. C'était intense.

Castiel hocha la tête. Il ne niait pas l'alchimie qui existait entre eux. Mais il ne semblait pas douter de son choix pour autant.

- C'était génial oui. Sans doute ce que j'ai connu de mieux mais … notre amitié aussi est géniale et elle … c'est elle que je veux privilégier. On pourrait se lasser du sexe. On pourrait … chacun de notre côté … rencontrer quelqu'un avec qui on aura la même alchimie. Mais un ami comme toi … je sais que je n'en trouverais pas un autre. Être aussi proche de quelqu'un, c'est précieux. C'est inestimable. Et c'est extrêmement rare. Je n'ai jamais eu un ami comme toi.

Dean était touché par ce qu'il entendait. Peu importait en fin de compte que ce ne soit pas vraiment ce qu'il attendait de leur relation. Peu importait qu'il veuille plus de son côté. Castiel avait raison. Lui aussi n'avait pas connu ça très souvent. Il y avait Charlie et c'était tout. Avoir un deuxième ami ne lui ferait pas de mal. Il voulait garder Castiel dans sa vie sous quelque forme que ce soit.

- Notre amitié compte aussi beaucoup pour moi. Et tu as raison … on peut prendre du plaisir avec n'importe qui mais on ne peut pas avoir cette connexion unique avec beaucoup de gens.

- On est d'accord alors ?

- On est d'accord.

Dean pouvait sentir qu'il souffrirait énormément de cette décision. Mais il lisait un immense soulagement sur le visage de Castiel. Il saurait s'en contenter. Il allait se raccrocher à ces vieux réflexes. Penser au bien-être de ses proches plutôt qu'au sien. C'était un sacrifice qu'il faisait depuis toujours. Un sacrifice que son père lui avait ordonné de faire en lui confiant la tâche d'élever Sam à sa place quand il était lui-même encore un enfant. Il savait comment le faire et comment ignorer la douleur qu'il ressentait en se privant de ce qu'il voulait pour rendre quelqu'un d'autre heureux. Il voulait croire qu'il en serait capable à nouveau.

- Je suppose que les patrons de mes bars préférés vont être contents de me voir revenir … ils ont du perdre une bonne partie de leur chiffre d'affaire ces dernières semaines, lança Dean en guise de plaisanterie.

Tourner quelque chose de douloureux en quelque chose d'un tant soit peu drôle était son premier réflexe dans ce genre de situation. Ce n'était pas facile mais c'était un territoire connu pour lui. Il était triste et il savait que cela ne faisait que commencer. Mais d'une certaine manière, il était aussi soulagé. Il avait eu la confirmation que Castiel n'était pas amoureux de lui. La confirmation qu'l avait bien fait de garder la vraie nature de ses sentiments pour lui. Il avait eu raison de se protéger au final. La souffrance aurait été pire encore s'il avait du écouter son ami le rejeter aujourd'hui. Il préférait encore ce qu'il était en train de vivre. Il en retirait au moins quelque chose de positif. Castiel lui avait assuré qu'il tenait énormément à leur amitié. C'était mieux que rien.

- Je suppose, concéda finalement Castiel d'une toute petite voix.

Il était peut-être encore trop tôt pour en plaisanter. Dean choisit donc de ne pas insister. Il était évident que ce n'était pas ce dont Castiel avait besoin pour le moment.

- Il y a autre chose que je voulais te dire … quelque chose qui n'a strictement rien à voir avec nous mais que je pense que tu as envie de savoir.

Dean était content de voir que son ami souhaitait changer de sujet. Ils s'étaient tout dit sur leur relation et il était inutile de s'attarder dessus. Ca ne changerait rien et c'était trop douloureux pour le jeune prostitué.

- Je t'écoute.

- Gabriel … il m'a dit qu'il avait presque fini de lire ton manuscrit et pour le moment, il est plutôt emballé. Il m'a assuré que si le reste de ce que tu avais écrit était aussi bon, il serait ravi de te proposer un contrat.

Dean s'était attendu à tout sauf à ça. Il n'avait plus pensé à son manuscrit depuis qu'il l'avait donné à Gabriel. Il avait eu d'autres problèmes à régler. D'autres choses qui occupaient son esprit. Et si la nouvelle était bonne, il ne savait pas trop quoi en penser. Ni comment la prendre. Il n'avait pas imaginé une seule seconde que Gabriel pourrait aimer ce qu'il avait écrit. Il ne s'était pas préparé à prendre une décision dans ce sens.

- C'est une bonne nouvelle non ? Enfin … je sais que tu n'as jamais vraiment voulu publier ce que tu écris mais … le fait qu'il aime c'est une bonne chose.

- C'est une bonne nouvelle, confirma Dean même s'il ne savait pas vraiment quoi en penser. C'est juste … c'est une surprise. J'étais convaincu qu'il allait trouver tout ça ridicule. Je m'étais plutôt préparé à recevoir des critiques plutôt qu'une proposition de contrat.

Castiel sembla peiné de l'entendre. Dean savait combien ses proches détestaient l'entendre manquer ainsi cruellement de confiance en lui. Il ne le faisait pas pour leur faire de la peine. Il le faisait parce qu'il le pensait. Il se savait doué pour procurer du plaisir aux gens. Mais il avait toujours cru qu'l s'agissait là de son seul talent. Peu importait que les autres lui disent le contraire. Il se souvenait parfaitement des horreurs que son père avait dites à son sujet. Elles étaient gravées dans son esprit et il était difficile de les oublier.

- Tu ne devrais pas douter de toi constamment Dean. Tu as du talent. Je le sais. Gabriel le sait et … je suis convaincu que Sam le sait aussi. Il n'y a que toi qui t'acharne à en douter.

Dean avait déjà entendu ce discours une bonne centaine de fois. Mais même s'il savait Castiel sincère, cela ne changeait pas grand-chose à sa façon de penser. Il continuait de croire que son père avait vu juste. Qu'il était le seul à avoir compris que Dean ne valait finalement pas grand-chose.

- Je suis désolé Cas. Tu n'es pas le premier à me dire que j'ai tort mais c'est plus fort que moi.

- Mais Gabriel est l'un des meilleurs dans son domaine et il ne te dirait pas ça juste pour te faire plaisir. Je veux dire … tu peux douter de la sincérité de tes proches mais certainement pas de celle de quelqu'un dont c'est le métier. Il ne prendrait jamais le risque de publier un livre s'il n'a pas la certitude qu'il sera un succès.

Dean prit quelques secondes pour y réfléchir. Castiel avait probablement raison. Il connaissait Gabriel mieux que lui après tout. Et il était vrai qu'il avait réussi dans son métier en ayant un don pour choisir les meilleurs ouvrages. Dean avait fait quelques recherches à son sujet après lui avoir donné son manuscrit. Il n'était toutefois pas encore complétement sûr de vouloir lui faire confiance. Il avait peut être l'aval de Gabriel mais il ne pouvait pas être sûr d'avoir celui du public. Et recevoir des critiques d'inconnus sur quelque chose qui lui tenait tant à cœur risquait de le détruire.

- Qu'est-ce que tu feras s'il te propose un contrat ? Est-ce que tu accepterais au moins d'y réfléchir ?

Dean ne pouvait pas dire « non ». Mais il ne pouvait pas dire « oui » non plus. La vérité était qu'il n'en avait pas la moindre idée. C'était une décision importante. Une qui avait le potentiel de changer sa vie pour de bon. Il n'était pas convaincu d'être prêt. Il aimait sa vie telle qu'elle était. Il était le meilleur dans son domaine et il maitrisait chaque aspect de sa vie professionnelle. Tout arrêter pour faire autre chose était un risque important. Il n'aurait peut être pas la force de le prendre.

- Je ne sais pas comment répondre à cette question Cas. Je pourrais te dire « oui » pour te faire plaisir mais je ne veux pas te mentir alors je me contenterais de te dire que je n'en sais rien. J'aime mon métier. J'aime l'idée que je suis bon dans ce que je fais. Alors peut être que je ferais le même choix que toi en fin de compte. Peut être que je le privilégierais plutôt que de faire un choix risqué.

Il n'avait pas dit cela pour faire de la peine à Castiel mais il fut évident qu'il l'avait touché. Il n'avait pas vraiment réfléchi avant de tenir ses propos. Il était probablement un peu en colère contre son ami. Et il souffrait toujours de la décision qu'l l'avait forcé à prendre. Il était temps pour lui de rentrer chez lui. De retrouver son calme et d'assimiler tout ce qui venait de se passer.

- Dean, souffla Castiel, visiblement peiné.

- Je suis désolé. Ce n'est pas ce que je voulais dire. Je peux te promettre que tout va bien entre nous. Je suis juste … je crois que je suis juste fatigué. Je vais rentrer et … on se voit demain d'accord ?

Castiel hocha la tête. Dean ne perdit pas une seconde de plus et se leva du banc. Il s'éloigna ensuite sans jeter le moindre coup d'œil à son ami. Il n'en avait pas la force. Il se détestait pour avoir faire de la peine à Castiel. Il était préférable pour eux deux qu'ils partent maintenant avant de lui faire mal gratuitement à nouveau.