Bonjour, bonjour!

J'espère que vous allez bien et que la reprise du boulot pour les uns, la rentrée pour les autres, s'est déroulée sans trop d'anicroches.

Un grand merci à Eclipse, Soi Yo et PoivronRouge pour leurs commentaires! ^^

J'ai fait une correction du chapitre précédent mais ça concerne surtout des tournures et constructions de phrases ainsi que des coquilles laissées ça et là, donc pas d'inquiétude, je n'y ai pas rajouté de nouvelles informations par rapport à la première publication.

Je vous laisse découvrir la suite ( Nos personnages favoris n'arrêtent pas de progresser! Quand ce n'est pas l'un, c'est l'autre! ^^ ) et vous souhaite bonne lecture!

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Chapitre 21 – La langue des émotions

Elles nous prennent à la gorge, nous broient le cœur.

Nous décollent les pieds du sol pour ensuite nous écraser sous leur poids.

Larmes et rires, de joie ou de douleur, les deux, tour-à-tour.

Porte vers les autres qui aide, tantôt à s'exprimer, tantôt à se laisser toucher.

Equilibre à maintenir, marée à contrôler pour ne pas être submergé.

Mais le pire, c'est quand elles se taisent.

Au soulagement succède alors l'incompréhension : est-on encore humain ? Est-on devenue monstre ?

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- 54 ans après la défaite d'Aizen – 17 Septembre -

Nanao supervisait un entraînement dans le terrain à côté, il avait éclusé les documents les plus urgents, il faisait beau et il n'y avait aucun intrus dans son bureau.

Parfait.

Sifflotant un air joyeux, le capitaine Kyoraku se dirigea vers la fenêtre qu'il ouvrit précautionneusement. Jetant un œil sur ses environs, il constata avec satisfaction que tout le monde avait, intelligemment et fort à propos, décidé d'aller voir ailleurs s'il y était. Il tendit son bras à l'extérieur et le tendit jusqu'à la gouttière le surplombant. Il avait beau être grand, il lui fallait se hisser jusqu'à la pointe des pieds pour atteindre son but. Il tâtonna un instant avant de détecter avec ravissement le contact tiède et lisse de la porcelaine chauffée par le soleil.

Saisissant son butin, il se retrouva bientôt à son bureau, humant avec délectation le précieux nectar.

« ELLE EST REVEILLEEEEEEEEEEE ! »

Kyoraku en aurait presque hurlé de surprise puis de colère. La malheureuse coupe gisait au sol, son contenu répandu sur le bois du parquet.

Il n'eut pas le temps de s'attendrir davantage sur cette issue funeste car la furie rose entrée en trombe dans son bureau l'agrippa au col en continuant de vagir de toute la force de ses poumons.

« OÙ EST NANA ? ELLE EST REVEILLEE ! FAUT QUE J'LA PREVIENNE ! »

« Ma Nanao-chan supervise un entraînement, lieutenant Kusajishi. Et j'apprécierai que vous épargniez mes tympans. »

Mais la petite avait déjà disparue en envoyant valdinguer…

NON !

Trop tard. La bouteille avait rejoint la coupe par terre, dans un sinistre et terrible bruit de pot brisé

Kyoraku eut l'impression que le son ne provenait pas seulement de la porcelaine, mais aussi de son pauvre cœur.

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« Dites donc, capitaine. J'ai entendu une curieuse rumeur l'autre jour. »

Toushirou Hitsugaya ne releva même pas l'entrée en matière de son lieutenant. Blasé, il continuait d'organiser les patrouilles qui partiraient en mission le mois prochain, tâchant de former des binômes complémentaires et équilibrés et de minimiser les risques d'embrouille.

Rangiku n'avait pas besoin de l'approbation de son supérieur pour continuer cependant.

« Une source sûre m'a dit l'autre jour qu'elle vous avait vu vous balader dans le 2ème district. »

Toushirou ne broncha toujours pas. Il avait bien visité le 2ème district récemment pour…

Ha.

Zut !

Si Matsumoto l'asticotait comme ça, c'est qu'elle avait du grain à moudre. Est-ce que sa « source » l'avait vu…

« Du côté des joailliers et orfèvres, pour être plus précis. »

Toushirou jura intérieurement mais garda stoïquement sa contenance et inscrivit un nouveau nom dans la 4ème patrouille. Rangiku devait le guetter avec des yeux de lynx pour étudier la moindre de ses réactions.

« C'est inhabituel pour vous, vous ne trouvez pas ? Tellement inhabituel et curieux qu'elle n'a pas pu s'empêcher de vous suivre. »

Que Kami le préserve des commères et surtout de son lieutenant !

« Et comme elle entrait dans la boutique, elle a vu l'orfèvre vous remettre une petite boîte en vous assurant que cela lui irait parfaitement. »

Pourrait-il prétendre qu'il avait eu la soudaine lubie de s'accrocher un piercing à l'oreille ?

Non, c'était trop gros. Elle n'y croirait pas une seconde et, fine mouche comme elle l'était, elle prendrait tout de suite son explication foireuse pour une confirmation de son intuition.

« Aloooooors… »

Elle s'approcha encore davantage du bureau, yeux brillants et sourire carnassier aux lèvres.

C'était l'hallali.

« RAN-RAAAAAAAAN ! ELLE EST REVEILLEEEEEEEE ! MA-CHAAAAAAAN ! ZETES OÙÙÙÙÙ ? »

« Quoi ? »

Le monstre à visage d'enfant débarqua en trombe dans le bureau et attrapa sans plus de façon la main de sa collègue.

« Elle est réveillée ! Viiite, faut qu'on trouve Ma-chan ! »

En moins de temps qu'il n'en fallait pour le dire, le bureau se trouva complètement désert, si ce n'est la présence d'un jeune homme écroulé sur son bureau.

Sauvé par le gong.

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Elle courait à toute vitesse, prenait un virage serré puis rebondissait sur les murs et les personnes sans discrimination. Elle n'avait en tête que cette nouvelle incroyable, ces mots victorieux, cette joie débordante. Et elle ne s'arrêterait pas avant que tous les concernés, et même les moins intéressés, ne l'aient appris à leur tour.

Trois d'entre eux étaient déjà au courant. Il n'en restait plus qu'un et elle avait un flair incroyable pour le trouver, quoique que cela faisait un bout de temps qu'il avait arrêté de se promener avec des sucreries dans les poches.

Arrivant aux portes de sa division, elle se faufila entre les gardes, grimpa sur un toit, glissa sur les tuiles pour atterrir dans une cour, traversa un couloir à toute vitesse jusqu'à débarquer dans un bureau dont elle prit à peine le temps d'ouvrir la porte.

« ELLE EST REVEILLEE ! »

Haletante et triomphale, elle attendit que ses mots fassent effet.

Le capitaine face à elle resta complètement interdit. Son absence de réaction intrigua la petite qui s'approcha plus calmement.

« Byakki ? Tu m'as entendu ? »

Elle agita une main devant ses yeux.

Renji observait la scène, interloqué.

« Heu, lieutenant Kusajishi ? Vous parlez du lieutenant Mumei, c'est cela ? »

« Ouaip ! Elle s'est réveillée, y a une heure. J'ai déjà prév'nu Nana, Ran-Ran et Ma-chan. Mais Byakki bouge pas. Tu crois qu'il dort ? »

« Je vous ai parfaitement entendu, lieutenant. Merci de m'avoir prévenu. »

« C'est tout ? »

La petite n'en revenait pas. Elle savait très bien qu'il s'était fait un sang d'encre, mais ça ne l'empêchait pas de rester vissé à sa chaise comme si elle ne venait pas de lui apporter la meilleure nouvelle du siècle !

Quoique… Elle plissa les yeux et l'observa attentivement. Il lui rendit son regard sans sourciller et ce qu'elle y lut dut la satisfaire car elle arbora un sourire avant de hocher la tête.

« Bon, j'y r'tourne. A plus ! »

« Lieutenant Kusajishi. »

Elle fit immédiatement volte-face.

« Avez-vous pensé à prévenir le capitaine Soi Fon ? »

On entendit presque trois petits points se dessiner dans l'air.

« J'y vais tout d'suiiiiiiiite ! »

Le silence s'installa à nouveau dans le bureau. Renji ne savait plus trop quoi penser. Il avait fini par faire le lien entre les visites de la gamine et le coma de la lieutenante de la seconde. Mais ce qu'il ne comprenait pas, c'est pourquoi elle venait papoter avec son capitaine. Est-ce qu'il connaissait Mumei ? Etaient-ils proches ? Depuis quand ? Comment ? Ils n'avaient jamais discuté ensemble à la fin des réunions d'état-major. Les plus folles interrogations se promenaient dans sa tête et l'attitude du noble en face de lui n'aidait certainement pas à détromper ses suppositions.

Celui-ci n'avait toujours pas bougé, regard perdu dans ses pensées. Ce n'est qu'au bout de quelques minutes qu'il se pencha à nouveau sur le rapport en face de lui sans dire un mot.

« Capitaine ? »

Il releva la tête, prêt à écouter ce que son lieutenant avait à lui dire.

« Vous n'y allez pas ? »

Il le regarda avec une légère surprise dans le regard, ne s'attendant pas à une telle intervention de son subordonné.

« Elle doit être déjà suffisamment entourée. »

Et sans rien ajouter, il se concentra à nouveau sur ses tâches.

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Quand Yachiru débarqua à la seconde division, elle fut très déçue d'apprendre que la capitaine était déjà partie à l'hôpital, avertie par un message d'Unohana.

Et zut ! Elle avait rarement l'occasion de débouler sans crier gare dans le bureau de Soi Fon, préférant pour cela se munir d'une bonne excuse pour la déranger. La maître-espionne était peut-être la seule personne qui avait réussi à protéger sa division des invasions de la gamine. Celle-ci s'était pris bon nombre de pièges en pleine face, et ses bonbons disparaissaient mystérieusement après chaque excursion chez eux. Mais le Seireitei ignorait qu'une personne avait réussi à forcer le respect de l'enfant. Son honneur était donc sauf.

Soupirant un peu, elle reprit sans attendre le chemin de la quatrième division. Elle avait joué une bonne farce à Shinsui et glané une info intéressante sur le compte de Toushirou. Ce n'était pas une si mauvaise journée. Elle était même absolument magnifique lorsqu'on prenait en compte le réveil de Kohana.

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« Kohana. »

La jeune femme ouvrit les yeux pour croiser le regard de sa supérieure.

« Capitaine. » Croassa-t-elle avant de toussoter. Rien que cet effort lui avait donné le vertige et elle ne souhaitait qu'une chose : fermer à nouveau les yeux. Unohana l'aida à se relever et lui fit avaler quelques gorgées d'eau tout en utilisant un kido de guérison pour lui redonner un peu d'énergie.

« Kohana va avoir besoin de plusieurs mois de convalescence pour relancer son organisme et sa production de reiatsu, reprendre du poids et des forces, tout en passant par plusieurs exercices de rééducation. Mais ce n'est pas tout. Ce passage forcé dans ton monde intérieur a dû sérieusement remuer. Il va falloir faire le tri, t'habituer aux changements que cela implique, retrouver tes marques. Kohana, je veux te voir toutes les semaines pour discuter. Si tu préfères un autre médecin, je t'en enverrai un. Mais il est hors de question d'y couper, de garder le silence ou de nous tester. Il va falloir que tu nous fasses confiances pour que nous puissions t'aider à trouver un équilibre. »

Kohana hocha faiblement la tête, évitant de croiser le regard des deux capitaines.

« Si tu as besoin de plus de séances, nous en ferons plus. Si quelque chose te tourmente même au beau milieu de la nuit, je veux que tu viennes me trouver sans attendre. Moi ou un autre interlocuteur auquel tu pourras également accorder ta confiance. Je t'ordonne également de passer une heure par jour avec des amis durant ta convalescence. Il faut que tu apprennes à t'ouvrir aux autres. Ça va être très dur au départ, une souffrance presque physique, mais c'est nécessaire pour qu'un tel épisode ne se reproduise plus. »

Kohana hésita un moment puis hocha à nouveau la tête.

Unohana lui sourit gentiment.

« Je ne doute pas que tu aies déjà fait un excellent travail avec ton zanpakuto. Tu ne te serais pas réveillée autrement. Mais il va falloir capitaliser sur ces efforts pour te sortir définitivement de tes mauvaises habitudes. Capitaine ? D'ici une semaine, elle devrait être à même de travailler quelques heures par jour. Ça lui changera les idées et lui permettra de se focaliser sur autre chose. Mais je ne veux aucun autre effort physique que les exercices de rééducation qui seront supervisés par mes équipes. D'ici deux mois, si elle a repris suffisamment de poids et que son niveau de reiatsu est revenu à la normale, je lui permettrai de commencer les entrainements. Elle ne reprendra l'ensemble de ses fonctions que lorsque je la jugerai suffisamment stable physiquement et émotionnellement. »

« Entendu capitaine. Merci pour votre aide. »

Unohana se contenta de sourire et sortit de la pièce après avoir tapoté le bras de Kohana, comme pour lui souhaiter bon courage.

La lieutenante n'osa pas lever les yeux vers sa supérieure, ayant peur de lire déception ou colère sur son visage.

« Kohana. »

Ha. Si elle l'appelait par son prénom, ce n'était pas mauvais signe. Rassemblant ce qu'elle pouvait de courage, elle se décida enfin à tourner la tête.

Soi Fon gardait un air impassible mais l'observait attentivement elle-aussi.

« Il est hors de question que tu en fasses une habitude. Je n'ai pas envie de me retrouver amputée d'une lieutenante chaque automne. C'est compris ? »

« Oui, capitaine. Je suis désolée. »

Soi Fon soupira et s'assit sur la chaise à côté du lit.

« Je n'ai pas détecté les signes non plus. J'aurai dû m'apercevoir que quelque chose ne tournait pas rond. »

« Je suis la première à n'avoir rien vu venir, rien compris, et à tout camoufler. Vous n'avez aucun reproche à vous faire, capitaine. »

« Kohana. Tu avais un énorme potentiel accompagné d'un énorme problème dès le départ. J'ai remarqué tout de suite l'un et l'autre. Mais j'avais trop besoin du potentiel, ce qui fait que je ne me suis pas suffisamment concentrée sur le problème, laissant Omaeda se charger de ton blocage. Tu apprenais vite et bien, et tu excellais dans ton métier. Je t'en ai trop demandé, trop vite, te confiant des missions que j'aurai hésité à donner à beaucoup de mes vétérans. J'ai failli dans mes responsabilités de capitaine envers toi, et je porte une part de responsabilité pour ce qui t'est arrivé. »

Soi Fon fit une pause, plongée dans ses pensées. Son regard, un instant perdu dans le vague, se fit soudain plus vif et alerte.

« Tu vas suivre à la lettre les ordres d'Unohana. Je n'en ai rien à faire de tes états d'âme. Tu vas lui déballer tout ce qui passe dans ta caboche pour qu'elle t'aide à recoller les morceaux. Je te donne quatre mois pour reprendre toutes tes fonctions de lieutenante, pas un de plus, tu m'entends ? En attendant, j'ai justement besoin de quelqu'un pour calculer les commandes de fourniture à passer. Ça devrait t'occuper quelques jours. »

« A vos ordres, capitaine. »

Soi Fon sortit sans rien ajouter et Kohana ne put s'empêcher de sourire face à l'attention maladroite et l'inquiétude qui transparaissait dans cette dureté apparente.

Elle ne resta pas bien longtemps seule. Une troupe exubérante et bruyante succéda à la supérieure abrupte.

« Kohana ! »

« Bon sang, ne refais plus jamais ça ! »

« Comment te sens-tu ? »

« Depuis quand es-tu réveillée ? »

« D'puis deux heures, j'vous l'ai déjà dit ! »

« Qu'est-ce que c'est bon de te retrouver ! »

« J'ai apporté des bonbons et des gâteaux ! »

« Et j'ai quelques livres pour t'occuper quand tu t'ennuieras. »

« Si tu savais, j'ai une nouvelle sensationnelle ! »

Elles s'agitaient, riaient, babillaient, l'enlaçaient avant de virevolter dans la chambre pour cacher leurs larmes. Mais Kohana n'avait nulle part où dissimuler les siennes.

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La visite de ses amies, aussi réconfortante soit-elle, l'avait complètement épuisée. Unohana les avait chassées en les grondant de leur agitation, avant d'aider Kohana à s'allonger pour dormir un peu.

Elle avait sommeillé jusqu'au soir, lorsque le grincement de la porte de sa chambre l'avait réveillée. Elle eut du mal à distinguer de qui il s'agissait au départ, jusqu'à ce que ses sens embrouillés détectent enfin un reiatsu familier. Il s'était assis sans dire un mot sur la chaise, l'observant un instant.

« Comment vous sentez-vous ? »

« Je ne sais pas. Tout est si étrange. J'ai du mal à reprendre pied dans la réalité. »

Il hocha la tête et laissa un silence réconfortant s'installer à nouveau.

Kohana ferma les yeux, goûtant ce moment de contemplation partagé.

« J'aurai dû intervenir, dès que vous m'en avez parlé. »

Elle le regarda, étonnée.

« Si je vous avais forcé à consulter le capitaine Unohana, ou bien si je l'avais alertée, vous n'en seriez peut-être pas là. »

Elle se rappela peu à peu les éléments de cette dernière soirée avant que Mushoku ne l'entraîne de force dans son monde intérieur.

« En quelques heures à peine, vous n'auriez pas pu faire grand-chose. Et je ne vous aurai sans doute pas écouté. Je n'étais pas prête à la voir, à demander de l'aide. »

« Et maintenant ? »

« Maintenant… » Sa voix se fit songeuse, étonnée, réalisant la situation au moment même où elle la décrivait. « Maintenant, je viens de me réveiller d'un coma de deux mois et demi. Je n'aurai pas survécu plus de quelques jours seule. Et je me retrouve complètement dépendante des autres. Je ne peux pas marcher, je ne peux pas boire ou manger, ni même me relever sans aide. Je vis l'une des choses que je redoutais le plus au monde, mais je m'aperçois que mes craintes n'avaient plus lieu d'être. »

« Et que craigniez-vous ? »

Kohana sentit ses yeux s'embuer. Elle eut un petit rire désabusé.

« Tellement de choses que je ne sais pas par quoi commencer. Mais dans ce cas précis, j'avais juste peur d'être sans défense, complètement à la merci des autres. Sauf que je n'ai rencontré que des amis et des mains secourables là où je redoutais le mépris, l'abandon et la maltraitance au pire, la mort au mieux. »

« Est-ce si difficile de faire confiance ? »

Cette fois-ci elle sentit nettement une larme couler sur sa joue. Elle commençait à s'habituer à ce phénomène étrange, même si sa fréquence l'inquiétait sérieusement. Décidemment, il touchait droit au but à chacune de ses remarques. Mais sans trop savoir pourquoi, elle n'arrivait pas à lui refuser une réponse. Était-ce parce qu'il était là au bon endroit, au bon moment ? Ou simplement parce qu'il écoutait sans prononcer ni jugement, ni conclusion hâtive et qu'elle n'avait pas peur ? Tout ce qu'il faisait depuis le début, c'était poser des questions. Des questions qui allaient droit au but et la forçait à gratter là où il fallait.

« Ça l'était. Ça l'est toujours. C'est peut-être le cœur de mes problèmes. »

« Si vous vous êtes réveillée, cela veut-il dire que vous avez trouvé une solution, un début de piste ? »

Elle réfléchit longuement.

« Peut-être. Une résolution. » De nouveau, un petit rire qui se moquait d'elle-même. « A vrai dire, je ne sais pas trop dans quoi j'ai mis les pieds. J'ai l'impression d'être un nouveau-né complètement perdu dans un nouveau monde, inconnu et difficile à percer. Mais oui… j'ai une réponse, un début de quelque chose. »

Sa voix s'étrangla, elle devint lourde d'émotions à peine contenues qui ne demandaient qu'à déborder.

« Je sais une chose maintenant. Je veux vivre. Je ne sais pas encore comment m'y prendre. Mais je ne veux plus être spectatrice de mon existence. Je veux faire partie de ce monde moi aussi. Ne plus rester en lice, être complètement dans la mêlée même si j'ai les jetons. Je veux… je veux faire partie du jeu au lieu de rester à compter les points. Et tant pis si je n'y vois plus rien, si je me prends des coups et des gnons. Mais bon sang, qu'est-ce ça me flanque la frousse. »

Byakuya ne répondit rien, trop occupé à l'observer et à l'écouter. Pour la première fois, il remarqua une drôle de lueur dans les yeux de la lieutenante. Une énergie qu'il n'y avait jamais trouvé auparavant. Son visage était d'ordinaire froid et fermé, éteint. Ce n'est que lors de ces moments partagés entre eux deux qu'il s'adoucissait un peu et perdait de sa méfiance et de sa distance.

Mais ce soir, tout son visage était un reflet de cette volonté implacable, de ce désir fou d'agir. Il y avait quelque chose de lumineux dans ce reflet, quelque chose d'étrangement communicatif.

Il se demanda ce que son visage à lui reflétait à ce moment-là. Lui aussi gardait ses distances, réprimant violemment la moindre émotion qui le traversait. Est-ce que son visage s'était adouci lorsqu'ils discutaient ensemble, avait-il alors un air plus franc et ouvert ? Et ce soir, face à cette étincelle, est-ce qu'un peu de cette lumière se reflétait dans ses yeux ?

Il se sentait étrangement touché par cette volonté. Alors qu'elle ne pouvait plus accomplir un pas, elle décidait d'escalader des montagnes. Il ne sut pas trop ce qui l'y avait poussé, mais il saisit doucement la main la plus proche de lui et la serra un instant.

« Je ferai ce que je peux pour vous y aider, même si je ne suis pas forcément le mieux placé pour. »

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Il ne tarda pas à la quitter. La conversation l'avait épuisée et elle avait besoin de dormir.

De toute façon, il avait du tri à faire dans ses pensées. Celles-ci tourbillonnaient à toute vitesse dans son esprit et il se retrouva sans trop savoir comment au bord de la rivière, à leur coin habituel.

Il observa pendant de longues minutes le flot des eaux, l'écume légère qui naissait de leur rencontre avec les rochers avant d'expirer dans un murmure chantant.

Elle avait d'abord été un soldat agonisant et cherchant refuge dans ses bois, appelant à l'aide avec ce qui lui restait de forces. Puis une inconnue à la loyauté douteuse qui en savait dangereusement trop sur son clan et dont il devenait malgré lui le garde-malade et le coéquipier. Ses mots l'avaient poignardé pile entre deux mailles, réveillant des souvenirs lointains et une amertume toujours bien présente.

Oui, il avait une idée de l'horreur des quartiers les plus éloignés du Rukongai. Hisana en faisait encore des cauchemars après leur mariage. Pas pour elle, en sécurité auprès de lui, mais pour la sœur qu'elle avait abandonnée dans cet enfer. Et il ne pouvait pas nier qu'il avait déjà songé à des moyens de rétablir un semblant d'ordre là-bas. Mais en tant que chef de clan, on aurait vu ses actions comme une tentative de prendre davantage de pouvoir. Les retombées politiques auraient été désastreuses et auraient pu déclencher une nouvelle guerre entre familles. Comme capitaine, il ne pouvait pas risquer ses shinigamis sur des distances aussi grandes alors qu'ils peinaient déjà à endiguer les flux de hollows affamés.

Richesse, renommée, puissance, influence, cette lieutenante n'avait pas le dixième de ses moyens. Mais elle gardait l'espoir de faire une différence. A la colère et la méfiance avait succédé un autre sentiment. Le respect. Ils avaient commencé à travailler ensemble, poussés par la nécessité et leur voisinage forcé. A sa très grande surprise, ils avaient rapidement trouvé une méthode qui leur convenait à tous les deux, utilisant les connaissances et les aptitudes de chacun pour délier les nœuds et remonter les fils. Leur collaboration n'avait pas seulement été efficace, mais également agréable. Ils se comprenaient rapidement, n'hésitaient pas à remettre en question les hypothèses et les a priori l'un de l'autre, ne lâchaient pas le morceau avant d'avoir trouvé un raisonnement satisfaisant, arrivaient tout aussi rapidement à des conclusions sans avoir à traîner l'autre derrière eux.

Il avait perçu à travers son attitude son professionnalisme, son implication dans son travail, sa loyauté envers Soi Fon. La méfiance avait disparu. Ne restait plus qu'une saine prudence face à une équation bourrée d'inconnues.

A ce moment-là, Kohana peinait à retrouver sa forme et avait proposé des entraînements. Quelques inconnues avaient été résolues pour laisser davantage de place à des mystères imposants. Et à s'étudier l'un l'autre, repérant les gestes pour riposter ou parer, avancer ou se dissimuler, écoutant les messages contenus dans le moindre de leurs silences, avait germé une drôle de confiance, un peu sélective, un peu bosselée, et néanmoins présente.

Mais de toutes ces étapes, il y en avait une qui l'avait pris complètement au dépourvu. Un court regard échangé à travers une salle bondée, un infime geste soulignant un détail, un léger sourire face à une référence qu'eux seuls pouvaient comprendre. Cette complicité née de leur double alliance avait été inattendue, presque effrayante. Il avait mis tant de temps à bâtir un lien solide avec sa sœur, son lieutenant, certains de ses collègues, sans parler de sa famille ! Et il se retrouvait en quelques mois à peine avec une connivence mi grave et mi joyeuse. Après l'étourdissement de la foule et l'attention constante pour dénicher les coupables, succédait l'apaisement du silence partagé à deux, de la contemplation de ce havre secret. Chacun faisait le point de tout ce qu'ils avaient vu, entendu et perçu. Puis l'un d'entre eux partageait une observation.

Leurs discussions, d'abord focalisées sur leur préoccupation première, avaient commencé à virer à des sujets plus légers, plus personnels. Des livres qu'ils avaient appréciés, des mélodies qui les avaient touchés, des personnes rencontrées, des plats savourés. Et ces conversations à bâtons rompus, entrecoupées de pauses et de songes, avaient perdurées bien après leur mission achevée.

Lorsqu'il n'y avait ni urgence, ni mission lointaine, ni rapports pressants ou imprévus de la dernière heure, ils se retrouvaient le soir, au bord de la rivière. Ou bien, lorsqu'il pleuvait, dans la cuisine du cabanon, à partager une tasse de thé en observant le son des gouttes sur le toit et les feuilles.

Elle lui avait proposé de reprendre les entraînements. Pas seulement les jeux d'adresse, de vitesse ou de discrétion, mais également les combats. C'est alors qu'il avait réalisé la mesure de la confiance qu'elle lui accordait. Il avait un peu tâtonné au départ, ne voulant pas réveiller son angoisse par une attaque trop soudaine ou trop violente. Les premières fois, les engagements se retrouvaient souvent interrompus alors qu'elle essayait désespérément de contrôler sa respiration affolée tandis qu'il lui donnait l'espace nécessaire pour reprendre son calme.

Il avait dû chercher des moyens de l'encourager à passer à l'offensive. Malheureusement, il n'était pas le premier à le tenter et elle se révélait imperméable à la plupart de ses attaques verbales. A sa très grande horreur, il avait fini par adopter certaines des stratégies de Yoruichi, cherchant des taquineries qui pourrait l'agacer et qu'il débitait d'un ton impassible. Mais elle avait un caractère beaucoup plus posé que lui et réagissait rarement. Il éprouvait une immense fierté, et un brin de culpabilité, les rares fois où il arrivait à faire mouche.

Et un soir, hésitante et apeurée, elle lui avait confié le silence de son zanpakuto et ses craintes. L'inquiétude l'avait frappé de plein fouet.

Finalement, avec Kohana, il se prenait toujours des émotions en pleine face sans jamais les voir venir.

Lorsqu'il avait appris son coma suivi de son hospitalisation, ce fut la peur. Une peur irrépressible, insupportable et familière.

Une peur à la hauteur de l'incommensurable joie qui avait envahi tous ses membres en entendant le cri de victoire tonné par Yachiru alors qu'elle débarquait en trombe dans son bureau. Une joie qui vous suffoque et vous aveugle alors que la peur qui vous étreignait décampe si subitement qu'elle vous laisse tout étourdi. Il avait repris son souffle et ses esprits juste à temps pour répondre à Yachiru avant qu'elle n'essaye de le « réveiller ».

Finalement, c'était cette ultime claque qui l'avait convaincu. Il devait faire le point, trier, comprendre, décider.

Tenait-il à elle ? Oui, plus de doute possible.

Mais jusqu'à quel point ?

Une impression lui revint en mémoire. Cette gêne qu'il éprouvait lorsqu'elle portait les traits de Kyoko tout en prononçant les mots de Kohana.

Et cet effroi mélangé d'horreur face à son corps gisant tel un cadavre dans ce lit d'hôpital, maigre à faire peur, sans plus aucune étincelle de vie pour l'animer.

Cette étincelle qui l'avait fait sursauter alors qu'elle illuminait soudain les yeux et le visage de la jeune femme, témoin d'une volonté qui s'affirme.

L'aime-t-il ?

Non. Pas à ce point. Pas encore.

Pourrait-il l'aimer ?

Ses poumons se dilatent. Il inspire rapidement.

Oui. Si elle lui en accorde la chance.

Il exhale un grand souffle, comme si un poids venait de se lever de ses épaules. Un doux sentiment de joie et d'excitation mêlée l'envahit face aux possibilités du futur.

Appréhension et crainte aussi.

Voudra-t-elle de lui ? Sera-t-elle seulement disposée à explorer cette voie avec lui pour déterminer le chemin à prendre ?

Il y a quelques mois, il en aurait douté. Mais il se rappelle cette étincelle dans ses yeux et les paroles prononcées.

« Je veux vivre. Je ne veux plus être spectatrice de mon existence. Je veux faire partie de ce monde moi aussi. »

Acceptera-t-elle ?

Ce sera à lui de la convaincre et de la rassurer.

En attendant, elle a d'abord une convalescence à mener à bien, un nouveau monde à découvrir.

Et il sera là pour l'aider.

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- 54 ans après la défaite d'Aizen – 20 Septembre -

« Kohana ! »

« Yukiko ? Mais… comment ? »

La gérante de l'Odyssée de Rex se tenait avec assurance en plein cœur de la 4ème division, comme s'il n'y avait rien de plus simple au monde que de franchir les murailles du Seireitei.

« Oh, disons que j'ai conclu un accord avec ta capitaine… » La jeune femme s'installa dans un fauteuil et observa avec un sourire la chambre de l'invalide. Elle paraissait déjà bien moins austère que lors de sa dernière visite, alors que Kohana était encore inconsciente. Des livres sur la table, quelques fleurs, un paquet de sucreries à moitié entamé elle nota d'ailleurs que Yachiru avait fait des progrès et réussi à en laisser quelques-uns pour son amie.

« Encore un ? »

« Ah mais l'autre, c'est du business ! Je te transmets les infos que je récupère et elle ferme les yeux quand ma cuisto ou moi partons en excursion dans le monde des vivants, en nous offrant le portail en prime. Et puis, c'est doublement avantageux pour elle, parce qu'avec les recettes et les produits qu'on rapporte, on garde notre avantage sur nos concurrents et donc, notre utilité pour vous. »

« Et là, ce n'était pas du business ? »

« Bien sûr que non, voyons ! Disons qu'en dehors des affaires, nous avons un intérêt commun. »

Kohana la dévisagea stupéfaite, grattant les couches de son cerveau pour tenter de deviner de quoi elle parlait.

« Je donne ma langue au chat. » Se résolut-elle à avouer.

Yukiko l'observa avec surprise. « Mais c'est toi, voyons ! »

« Quoi ? »

« Avec ta paranoïa et ton anorexie latente, le meilleur moyen pour te remplumer et bâtir tes réserves d'énergie, c'est avec des plats sortis tout droit de mes cuisines, et certainement pas avec cette affreuse tambouille d'hôpital qui n'est bonne qu'à servir d'engrais, et encore. Du coup, j'ai un sauf-conduit pour le temps de ta convalescence et pendant ce temps, je t'engraisse gratis pour que tu puisses rapidement reprendre tes fonctions. Pas mal trouvé, non ? »

« Et Soi Fon a accepté ? »

« Oh, elle a mis une ou deux conditions. Je dois être escortée à chaque fois, autant pour ma protection que pour m'empêcher de me balader là où il ne faut pas. Omaeda a promis de s'en charger. De toute façon, j'ai besoin de son aide pour parcourir rapidement les districts. C'est une sacrée randonnée de l'auberge à ici. Mais bon, c'est vrai que l'excuse est un peu faiblarde. Fallait juste trouver une raison, aussi tordue soit-elle, pour que Soi Fon ne culpabilise pas trop d'avoir accepté. Elle a dû trouver un cœur de mère dernièrement dans les objets trouvés. Je doute qu'elle ait donné son accord pour qui que ce soit d'autre. Elle est sacrément pas commode, ta capitaine. »

Kohana se contenta de sourire. Elle avait une drôle de sensation à l'intérieur. L'attention de sa capitaine qui devenait presque mère poule sur les bords et l'obstination de son amie lui faisaient chaud au cœur.

« Où est-il d'ailleurs ? »

« Omaeda ? Il arrive. Il est en train de faire réchauffer les plats en suivant à la lettre les instructions. »

Le mentionner eut l'effet de le faire venir. Elles entendirent un toc-toc maladroit à la porte, rapidement expliqué par l'irruption de l'ancien lieutenant en train de batailler ferme pour garder tous les plats en équilibre sur ses bras. Il n'y avait pas de grosses portions mais seulement des petits bols contenant quelques bouchées. Des dizaines de petits bols. Des odeurs alléchantes imprégnèrent aussitôt la chambre. Rien de trop lourd ou de trop prononcé, mais des promesses de saveurs délicates et inégalées. Omaeda posa avec soulagement son précieux chargement sur la table avant de se redresser et de froncer les sourcils en direction de son élève.

« Petite. Ne refais plus jamais ça ! Tu m'as flanqué une de ces frousses. Deux fois en même pas un an, c'est abusé ! »

Kohana hocha faiblement la tête, ne faisant pas confiance à sa voix pour répondre. Et sans rien contrôler ni rien comprendre, elle fondit soudain en larmes.

Elle se retrouva bientôt encerclée par ses deux amis qui la prirent dans leurs bras sans dire un mot.

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- 54 ans après la défaite d'Aizen – 24 Septembre -

« J'imagine qu'il ne serait pas possible de suggérer à la lieutenante Kusajishi de fréquenter moins souvent mes bureaux ? »

« A moins de parler devant elle d'un autre endroit beaucoup plus intéressant à ses yeux, ça me semble compliqué. »

Byakuya la regarda attentivement avant d'inspecter la chambre d'hôpital.

« Non. Ce n'est pas parce que c'est mon amie que je suis prête à la supporter au-delà de mon seuil de résistance. »

Il haussa imperceptiblement les épaules. « Il va falloir que je me renseigne sur les nouveautés du Rukongai alors. »

« Je crois qu'il y a de nouveaux desserts à l'Odyssée de Rex. Le temps qu'elle fasse les allers-retours, retrouve son chemin, remplisse son porte-monnaie et goûte à toutes les additions sur la carte, ça devrait vous procurer quelques semaines de tranquillité. »

« Et d'ici-là, il y a des chances qu'elle perde cette habitude. »

« Mais pourquoi s'est-elle mise à hanter votre division ? Je croyais qu'elle avait déjà une livraison mensuelle de sucreries de votre part ? »

Byakuya évita son regard.

« Ce n'était pas pour des bonbons… Elle venait m'informer des dernières nouvelles du Gotei. Une vocation soudaine de gazette, sans doute. »

« C'est curieux. Yachiru est très curieuse mais elle n'a rien d'une commère. Au contraire, elle a tendance à garder ses secrets mieux que personne. »

« Elle a été en effet d'une discrétion exemplaire cette année. Je préfère encore sa curiosité silencieuse aux questions sans-gêne de certains nobles qui ont pourtant reçu une éducation bien plus développée. »

Kohana eut la désagréable impression d'un rouage qui grinçait dans sa tête, suivi d'un grand déclic.

« La Saison ! Je devais participer à la Saison ! Quel jour sommes-nous ? Ils vont tous s'étonner de l'absence de Kyoko Shiba ! »

« Calmez-vous, Kohana-san. Il est hors de question que vous y participiez dans votre état. »

« Mais Kuukaku-sama comptait sur moi ! Et le capitaine voulait que je sonde les opinions autour de moi. Et vous, avec votre conseil qui cherche à vous trouver une épouse à tout prix et qui vous les lance dans les bras sans vous demander votre avis ! »

Byakuya haussa un sourcil et ne put s'empêcher de sourire.

« Malgré la justesse de votre observation, permettez-moi de vous rassurer. Quand bien même vos interventions auraient été les bienvenues, je suis apte à me défendre contre les assauts des marieuses. Cela aurait été plus confortable avec une alliée dans la salle mais je me suis débrouillé des années seul, je peux bien survivre cette Saison encore. Quant à Kuukaku-sama, elle peut compter sur son frère et ses cousines pour la seconder. Ils seront sans doute moins habiles que Kyoko et elle ne pourra pas autant satisfaire à sa paresse mais il va bien falloir qu'elle s'habitue à assumer seule ses fonctions, à moins qu'elle ne se décide à convoler elle-aussi. »

L'idée était tellement étrange et incongrue qu'elle stoppa net Kohana dans son affolement, lui permettant de reprendre son calme. Elle lâcha enfin, mi inquiète, mi amusée :

« Je ne sais pas ce qui serait le plus difficile à trouver. Un homme qui convainque Kuukaku de l'épouser ou qui soit assez courageux pour le lui demander. »

« Je ne crois pas manquer de courage mais la folie nécessaire pour imaginer une telle entreprise doit me faire défaut. »

Elle le regarda avec surprise avant qu'un sourire amusé et rieur ne se dessine sur son visage.

« Et le capitaine Soi Fon a sûrement envoyé plusieurs équipes infiltrer l'armée des serviteurs présente sur chaque évènement. Vous n'avez donc aucun souci à vous faire et pouvez vous concentrer sur votre rétablissement. »

« Oui, j'imagine. »

Byakuya l'observa un instant.

« Vous avez l'air déçue ? »

« Je n'ai pas l'habitude de rester à l'écart des évènements. Et j'avais promis. Rester ici à ne rien faire… être inutile… Je n'aime pas ça. »

Le capitaine observa d'un œil critique les piles de formulaires, rapports, documents comptables et autres papiers qui traînaient çà et là dans la pièce.

« Vous ne donnez pas l'impression d'être en vacances non plus. »

« Oh ! » Kohana avait remarqué ses coups d'œil à travers la pièce. « Mais c'est juste de la paperasse. Ce n'est pas… »

« Kohana-san, vous vous rendez compte, j'espère, que le temps d'un capitaine et de son lieutenant est partagé entre soixante-dix pour cent d'administration et de gérance, vingt-cinq pour cent d'entraînements et cinq pour cent d'action réelle ? La plupart de vos collègues sont enchaînés à leur bureau une grande partie de la journée. »

« Je passais jusque-là la moitié de mon temps en missions. Le troisième et le quatrième siège s'occupaient de la majorité de l'administratif. »

« Cela à cause de votre double statut avec l'Onmitsukido. Dans ce cas, bienvenue dans la réalité d'un officier du Gotei 13. »

Elle lui lança un regard mauvais. Était-il en train de se moquer d'elle ? Elle avait encore du mal à discerner les infimes changements dans son ton et son attitude. Mais elle n'eut pas le temps de déchiffrer sa réplique car il observait, intrigué, un petit objet caché derrière des livres.

Il s'approcha de la table et saisit ce qui semblait être une sphère en bois, parfaitement lisse.

« Qu'est-ce-que c'est ? » Lui demanda-t-il, curieux.

Elle ne reconnut pas l'objet et le prit à son tour, le tournant et le retournant entre ses doigts. Était-ce… des pièces de bois imbriquées les unes contre les autres ? Il n'y avait aucune aspérité, aucun espace, mais la teinte différait légèrement d'une pièce à l'autre.

Elle prit une grande inspiration.

Un casse-tête.

C'était un casse-tête.

Koshiro ? Il était venu ? Lui qui ne mettait les pieds en dehors de l'Onmitsukido qu'à contre cœur et seulement au prix d'un énorme chantage de sa part ?

Cette fois-ci, elle les sentit arriver. Ça commençait à bien faire ! Sa colère se réveilla contre elle mais il était trop tard.

Et Byakuya aperçut, complètement affolé et éberlué, des gouttes d'eau couler le long des joues de la jeune femme alors qu'elle tenait serré contre elle une étrange sphère en bois.

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- 54 ans après la défaite d'Aizen – 28 Septembre -

« Je n'y comprends rien. Je n'ai jamais fait ça avant. Et c'est complètement ridicule. Ça me prend tout le temps, je ne les vois pas venir, et d'un coup, elles tombent, sans prévenir. Et qu'est-ce que je vais faire si ça continue comme ça ? Si je n'arrive pas à les arrêter ? Comment est-ce que je vais pouvoir reprendre mon boulot ? Partir en mission ? Vous imaginez ? Une espionne qui pleurniche à chaque pas ? Bonjour la discrétion ! Je me fais repérer et pouf, je fonds en larme ? Je trouve une info et j'en pleure de joie ? J'interroge quelqu'un avec le nez dans un mouchoir ? C'est n'importe quoi ! Et complètement stupide et gênant en plus ! »

« Calme-toi, Kohana ! »

La voix d'Unohana était ferme et inflexible. Elle claqua comme un coup de fouet sur les balbutiements affolés de la jeune femme qui se tut immédiatement.

Affolée, elle respirait bruyamment, se frottant les bras et se balançant légèrement sur elle-même.

Unohana ne l'avait jamais vu ainsi. Kohana avait toujours gardé ses émotions fermement sous contrôle avant. Elle les mâtait tellement bien qu'elle-même ne se rendait pas compte qu'elle les éprouvait. Mais depuis son réveil, elle était devenue un livre ouvert pour les autres. Elle se retrouvait comme une enfant face à des flots d'émotions qu'elle ne savait ni comprendre, ni calmer, et encore moins accepter.

La joie, la peur, la tristesse, l'affection, la colère, la fatigue, … autant d'expressions différentes qui se posaient sur ce visage d'ordinaire fermé, pour vite s'envoler et être remplacé par une autre. C'en était presque fascinant à contempler et le médecin avait l'impression d'avoir une inconnue face à elle par moment.

« As-tu déjà observé un enfant ? Je ne parle pas de Yachiru, elle est un cas à part. Ni non plus ceux des derniers districts du Rukongai, qui doivent apprendre à grandir avant même de savoir parler. Des enfants des premiers districts peut-être ? Ou des enfants du monde des vivants ? »

« Je… pas particulièrement ? Pourquoi ? »

« Arriverais-tu à te rappeler la manière dont ils se conduisaient et surtout, la manière dont ils exprimaient leurs émotions ? »

La jeune femme fronça les sourcils, farfouillant dans sa mémoire.

« Ils crient beaucoup ? »

Unohana faillit exploser de rire mais se retint au dernier moment. En revanche, elle ne put empêcher un large sourire amusé.

« C'est un début. Et pourquoi crient-ils ? Simplement pour faire du bruit ? Ou pour se faire remarquer ? »

« Je… ne crois pas… »

A nouveau, elle essaya de se remémorer la façon dont les enfants se conduisaient autour d'elle lorsqu'elle était en mission. Ils pleuraient. Ils riaient. Ils observaient tout autour d'eux avec des yeux grands ouverts, exprimaient sans fard ni masque leur admiration, leur peur ou leur envie, envoyaient regards bougons et sourires radieux à tout va…

« Ils ne cachent absolument pas leurs émotions. Ils les expriment complètement, comme elles viennent. »

« Exactement. Mais pense-tu que c'est parce qu'ils ne veulent pas les cacher, ou simplement parce qu'ils ne le souhaitent pas… ou ne le peuvent pas ? »

Kohana ne savait pas exactement où le médecin voulait en venir mais elle sentait que celle-ci avait un but bien précis en tête, qu'elle connaissait déjà la réponse mais tentait d'amener sa patiente à la même conclusion.

« J'ai déjà vu un petit qui mentait à sa mère. On ne peut pas avoir envie de montrer qu'on ment à ce genre de moment. Il y avait une sacrée punition à la clé. Mais elle a tout de suite deviné. N'importe qui pouvait voir qu'il cachait la vérité. Alors… ils ne le peuvent pas ? Non, c'est ridicule. Parce que quelques années après, ce n'est plus la même histoire. Ce n'est pas une case qui se coche ou un déclic qui s'opère à partir du nombre d'années. Ils ne savent pas, plutôt ? »

« Exactement. Cacher ses émotions n'est pas quelque chose d'inné, même si certains sont plus doués ou précoces que d'autres. Toi aussi, au départ, tu ne savais sûrement pas. Et tu as dû apprendre à toute vitesse, j'imagine, ce qui fait que tu ne t'en souviens pas. »

Unohana l'observa un instant avant de reprendre, songeuse.

« De tout ce que tu m'as confié, ce n'est pas tant que tu as appris à dissimuler tes émotions, mais plutôt à les bloquer. Tu n'as pas eu le temps de passer par le cursus normal et plus lent, si l'on peut dire. Tu as pris un raccourci. Kohana, tu ne sais pas dissimuler tes émotions. »

L'espionne ravala son orgueil à grand peine. Dans son métier, ce n'était jamais une vérité agréable à entendre.

« Et c'est pour ça que je n'arrête pas de pleurer ? »

« Pas exactement. Je remonte le fil à l'envers. Pour dissimuler ses émotions, il faut d'abord apprendre à les contrôler, les gérer. Ne pas leur laisser prendre toute la place mais ne pas les rembarrer tout au fond non plus, leur laisser une place pour s'exprimer. Il faut avoir l'habitude de les ressentir, l'habitude d'avoir le cœur qui se gonfle, l'estomac qui se tord, les dents qui grincent, les yeux qui larmoient, la peau qui rougit. Il faut comprendre leur mécanisme, se connaître par rapport à elles. Savoir ce qui nous fait réagir, à quel point, comment. Alors, on peut commencer à s'entraîner. On s'entraîne pour garder les idées claires, la respiration calme, le but bien en vue. On s'entraîne afin de ne pas réagir autant, pour faire la part des choses. Il faut d'abord accepter d'être touché avant de pouvoir calmer le jeu, ceci afin de prendre une décision que l'on ne risque pas de regretter quelques heures plus tard. »

« Et moi, j'ai tout bloqué. »

« Exactement. Au lieu de les laisser s'exprimer, aussi discrètement cela soit-il, tu les as complètement enfermées à l'intérieur. Elles n'avaient nulle part où aller et sont restées là, à former une boule de plus en plus grosse et menaçante. Jusqu'à ce qu'elles se transforment en bombe incontrôlable. »

« Et la bombe a explosé ? »

« Chez certains, c'est une grande explosion qui peut mener à des actes très violents et complètement inattendus. Chez d'autres, c'est comme un venin qui se diffuse et paralyse le corps peu à peu, jusqu'à ce que le cœur cesse de battre. »

La seconde métaphore réveilla plusieurs souvenirs en Kohana. Elle savait exactement de quoi Unohana parlait. Des larmes perlèrent à nouveau au coin de ses yeux et elle les essuya avec colère avant de se concentrer à nouveau sur la conversation.

« Mais du coup, il faut que j'apprenne maintenant ? »

« Oui. Imagine que tu avales pour la première fois de ta vie un piment, alors que tu as toujours mangé des plats sans saveur auparavant. Tu auras la bouche, la gorge et le nez en feu, les yeux qui pleurent, l'impression d'étouffer. Et tu chercheras désespérément de l'eau, du riz, quelque chose pour calmer la sensation de brûlure. Alors que quelqu'un qui a mangé très épicé toute sa vie croquera dans ce même piment comme dans une pomme.

C'est pareil pour les émotions. Elles apparaissent pour la première fois au-devant de la scène pour toi et sont d'autant plus violentes, colorées, prenantes. Tu réagis immédiatement et de façon très marquée dès qu'elles arrivent et tu les exprime, bien malgré toi, par les larmes. Ce ne sera pas forcément toujours le cas, ce ne sera pas toujours aussi fort non plus. Tu vas t'accoutumer peu à peu à leur présence, jusqu'à ce que tu parviennes à les maîtriser. »

« Et combien de temps est-ce que ça va me prendre ? » Sa voix était rauque, ses joues mouillées. Unohana lui tendit un mouchoir d'un geste discret, sans la regarder.

« Les premiers mois vont être les plus durs. Mais tu ne cesseras jamais d'en apprendre plus sur elles. C'est un travail constant. »

« Combien de temps pour être capable de reprendre mes missions ? »

« Cela va dépendre de toi Kohana. On cherche constamment à donner des chiffres. Mais il faut parfois accepter que l'humain supporte mal d'être comptabilisé. »

Devant l'air anxieux et mécontent de la jeune femme, Retsu se résolut enfin à donner une réponse.

« Te connaissant, cela m'étonnerait beaucoup que tu n'aies pas repris toutes tes fonctions d'ici cinq à six mois. Cependant, tu n'es pas prête pour des missions suicides du genre de celle de l'année dernière. Le moins tu agiras sous une double identité pour le moment, le mieux. Tu as trop besoin d'apprendre à te connaître pour te le permettre. »

« Kyoko Shiba est donc en grand voyage d'exploration dont elle ne reviendra pas avant un an au moins. » Accepta avec résignation l'espionne.

« Tu tenais tant à ce personnage ? »

« Il était… pratique. »

« Mais encore ? »

La jeune femme réfléchit. « Je n'aurais jamais été capable de me conduire comme ça en public si j'avais été moi. C'est… bizarre à dire mais, parce que je jouais un rôle, parce que je portais un autre visage et surtout, parce que j'avais une place assignée avec un ordre de mission, j'étais à mon aise et donnais la réplique sans problème. »

Elle réfléchit davantage.

« Elle me donnait l'impression que je maîtrisais la situation. »

Le médecin attendit encore mais rien d'autre ne suivit cet aveu.

« J'ai appris assez jeune une leçon qui a changé ma façon de voir le monde. Je pensais qu'avec ton métier, tu en avais déjà conscience. Mais peut-être que cela te fera du bien de l'entendre formuler à voix haute. Lorsque tu regardes la personne en face de toi, dis-toi qu'elle aussi se remémore toutes les maladresses qu'elle a commises. Elle aussi est rongée par les doutes. Elle aussi souffre et connait des malheurs. Et elle aussi se demande de quelle manière tu la juges en ce moment-même. Certains peuvent donner l'impression de maîtriser la situation, mais ce sont généralement les premiers à savoir qu'ils en sont incapables. Ou alors, ce sont des idiots. On a beau exposer des vitrines éblouissantes, la vie parfaite n'existe pas. »

Kohana était plongée dans ses pensées et Unohana en profita pour réfléchir à tout ce qu'elles avaient partagées durant leur conversation. Elle leva les yeux avec stupeur lorsqu'une petite voix râleuse et amusée interrompit sa méditation.

« Encore heureux. Qu'est-ce qu'on s'ennuierait sinon. »

Elle dévisagea Kohana avec surprise. Lentement, un sourire se dessina sur le visage de la patiente et du médecin, avant de s'élargir petit à petit, jusqu'à se transformer en rire. Un rire hésitant et complice, timide et joyeux.

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- 54 ans après la défaite d'Aizen – 6 Mars –

« Tu es bien songeuse, ce soir, Yachiru. »

« Hmmm. »

Retsu fronça les sourcils, étonnée par l'attitude inhabituelle de sa fille. Encore un peu traumatisée par les évènements des derniers mois, elle posa une main sur son front pour prendre sa température et sonda son reiatsu. Mais tout semblait normal. Elle regarda ensuite son mari, attablé avec elles, mais il lui rendit son regard en haussant une épaule. Il n'avait manifestement aucune idée de ce qui passait par la tête de la petite.

« Tu es rentrée tard. Tu as fait une longue balade ? »

Ce que la capitaine ne précisait pas, c'est que Yachiru savait pertinemment ce matin qu'il y avait de la tarte pour le dessert du soir. Mais elle était pourtant arrivée bien après l'heure du repas. Cette histoire de complot et l'empoisonnement qu'elle avait subi avaient agi comme un déclic et ses parents s'étaient bien rendu compte qu'après des décennies de stagnation, la petite avait repris sa croissance. Mais jusqu'à quel point ? Et est-ce que cette nouvelle maturité allait continuer de progresser ou comptait-elle rester à cette nouvelle étape ?

« Faut combien d'temps pour faire des enfants ? »

Kenpachi s'étrangla avec son verre d'eau et se rappela soudain une pile de rapports urgents qu'il devait signer. Il disparut en quelques secondes à peine. Retsu écarquillait les yeux. Sa petite avait pris un peu de maturité, oui, mais quand même pas à ce point ?

« Pourquoi poses-tu cette question ? »

« Bah, s'ils ont des enfants, ils vont grandir et d'venir aussi forts qu'leurs parents, voire même plus. Et p't'être qu'eux, y voudront bien s'battre contre Ken-chan. Et pis, comme ils ont des parents super doués, ils vont être très forts eux aussi, non ? C'est comme ça qu'ça marche la géténique. »

« La génétique. Oui, il y a des chances en effet si les parents sont très forts. Mais de qui parles-tu ? »

Après une dure journée de labeur, des patients récalcitrants et chahuteurs, des nouveaux plein de maladresse, des recherches qui n'avançaient pas comme on le souhaitait et des tâches administratives à n'en plus finir, parler avec Yachiru n'était pas forcément le passe-temps idéal. Comprendre les sauts de puce que faisaient ses idées en courant et bondissant partout dans son cerveau était une véritable gymnastique mentale qui avait le don de saper ses interlocuteurs de toute énergie. Mais lorsqu'on y consacrait le temps et les efforts nécessaires, on constatait que sa logique était imparable et ses observations remarquablement fines. Le tout, comme pour une pelote de laine livrée à la merci de Yoruichi, était de trouver le bon bout.

« Byakki et la souris ! » S'écria l'enfant comme si c'était l'évidence même.

« La souris, c'est Kohana, c'est ça ? »

« Ouiii ! »

« Et tu pense qu'ils vont avoir des enfants ? Qu'est-ce qui te fait dire ça ? »

Retsu savait que l'imagination de Yachiru pouvait courir à plusieurs centaines de kilomètres à l'heure et qu'elle ne devait pas se créer de fausses joies. Mais si ça se trouve, la petite avait entendu quelque chose en ce sens. Elle ne put s'empêcher de sourire à l'idée que ces deux personnalités si complexes soient parvenues à créer un lien aussi fort entre elles.

« Bah, ils arrêtent pas d'parler ensemble, ou d'se taire ensemble. Un peu comme Ken-chan et toi quand vous restez près d'l'étang pendant des heures sans piper mot. Et pis, chais pas. J'me disais qu'ils avaient l'air de bien s'aimer. Et qui pourraient vouloir s'marier comme Ken-chan et toi. Et les gens qui s'marient, y zont des enfants, non ? »

Il allait vraiment falloir qu'elle prenne le temps de discuter de tous ces sujets avec Yachiru. Mais elle était vraiment trop fatiguée ce soir. Et c'était une discussion qui devrait être minutieusement préparée pour gérer l'hyperactivité aussi bien physique que cérébrale de la petite et s'assurer qu'elle n'irait pas chercher midi à quatorze heures.

« On peut passer des heures à discuter sans que cela amène à autre chose qu'une solide amitié, Yachiru. Et on ne se marie pas par amitié. Les as-tu entendu parler de mariage ? »

« Non. Ch'crois pas. Y parlent de boulot, d'histoires, des trucs barbants de ce genre. Mais du coup, j'me disais qu'si zavaient des enfants, ce serait super pour Ken-chan parce qu'y pourrait s'entraîner avec. Et du coup, j'me demandais combien d'temps ça prenait. »

Il faudrait qu'elle ait cette discussion avec elle dans les prochains jours, elle ne pouvait plus y couper. En attendant, temporiser allait être le mot clé.

« Un enfant mets du temps à grandir. Regarde-toi, tu as pris à peine quelques centimètres en plusieurs décennies. Même si tu prends un enfant un peu plus normal, il faut compter en dizaines d'année. Et avoir un enfant n'est pas chose aisée ici. C'est même très rare. »

« Pourquoi ? »

Elle eut la drôle d'impression d'un couperet de guillotine qui venait de tomber.

« C'est un sujet complexe et j'aurais besoin de t'expliquer beaucoup de choses en même temps. Que dirais-tu d'une journée toute les deux avec balades et pique-nique dans le Rukongai ? Je pourrai prendre le temps de te répondre à ce moment-là. »

« Un pique-nique ? Avec des tartes à la fraise ? Et des glaces ? »

« Bien entendu. Ça ne serait pas un vrai pique-nique, sinon. »

« Super ! »

« Yachiru ? »

« Viiiiii ? »

« Ne parle pas de cette discussion en dehors de la maison. Se marier, avoir des enfants, ce ne sont pas des sujets anodins. C'est quelque chose de très personnel et ni Byakuya ni Kohana n'apprécieraient que tu le mentionne. Ils n'y ont sans doute jamais songé et cela pourrait les gêner ou les blesser. »

« Ah bon ? Bon, j'dirai rien alors. »

« Merci Yachiru. »

Autant la petite avait une imagination galopante qui reposait par moment sur des fondations inexistantes, autant elle pouvait être traversée par de remarquables intuitions qu'elle-même n'arrivait pas à argumenter. Était-il possible… ? En tout cas, si ces deux-là commençaient à éprouver des sentiments mutuels, elle ferait tout pour les aider le plus discrètement possible.