Le lendemain matin, devant les portes du foyer des jeunes enfants de la ville.
Une femme s'agenouillait devant une garçon apeuré en lui souriant tendrement.
« Ne t'en fait pas Henry, ce gentil couple va prendre soin de toi le temps que l'on trouve une solution. Ils ont déjà un enfant de ton âge, tu vas bien t'amuser. »
Henry ne répondait pas, il esquissa simplement un sourire de politesse à la jeune femme qui, il le savait, faisait de son mieux.
« Merci Mlle Belle, mais ne vous fatiguez pas. Je sais ce qu'il m'attend. Répondit-il en frissonnant.
- Tu es en sécurité maintenant, tu peux me croire. Insiste-t-elle en posant une main sur son épaule.
- Jamais. Lui lança-t-il au visage avant de se résigner et de rejoindre sa famille d'adoption »
Belle observa la scène dubitative. Jamais elle n'avait eu à faire à un jeune garçon si triste et défaitiste. Elle tourna les talons à regret alors que les trois personnages se dirigeaient vers le parking souterrain du building d'en face.
« Alors Henry, tu aimes le foot ? Lui demandait l'homme avec un large sourire.
- …
- Le base-ball peut-être ?
- …
- Laisse-le Ethan. Il finira par s'ouvrir à nous quand il sera prêt. » Conseilla la femme qui ouvrait la porte arrière de la voiture familiale pour le nouveau membre.
Elle adressa un sourire si chaleureux au jeune garçon que celui-ci en vint à croire en la possibilité d'un avenir meilleur, si seulement son futur n'était pas déjà tout tracé.
L'homme soupira mais acquiesça rapidement en ouvrant, lui, la portière conducteur.
Il n'eut pas le temps d'entrer une jambe devant le volant que son corps tombait lourdement sur le sol. La femme fit le tour de la voiture pour rejoindre son mari inerte puis leva les yeux vers l'homme qui s'approchait.
« Monsieur ! S'il vous plaît, appelez les secours, je crois que mon mari fait un malaise. »
Il lui sourit avant de caresser l'air d'une main assurée, faisant tomber la femme dans un sommeil aussi profond que celui de son mari. L'homme leva les yeux vers le petit qui sortit de la voiture pour le rejoindre tête baissée.
« Je te suis, mais ne leur fait pas de mal. Supplia-t-il sans broncher
- C'est promis. » Lui répondit Gold en le prenant par l'épaule.
Chez Regina
« Il faut bien que l'on retourne au bureau. Ce n'est pas la peine d'éveiller les soupçons de qui que ce soit en se terrant ici. Affirmait Regina en passant devant la cuisine, sautillant pour enfin réussir à enfiler son talon.
- Des soupçons sur quoi ? Demandais-je en léchant un de mes doigts enduit de pâte à crêpes.
- Je ne sais pas. Gold à des yeux partout et ma chère mère ne doit pas se douter que l'on compte se mêler de cette histoire. Je ne suis toujours pas sûr que ce soit avisé d'ailleurs.
- Regina... Tu es en danger, et c'est forcément lié à cette histoire avec ce gamin. Il faut qu'on enquête.
- C'est comme ça que tu enquêtes ? » interrogea-t-elle en me regardant me lécher les doigts.
Je répétais alors mon geste en sortant ma langue plus lentement le long de mon doigt avant de le sucer tout en soutenant le regard de ma brune qui en gémit. Victorieuse, je lui souriais bêtement. Elle soupira en continuant :
« Emma, si tu continues à me détourner de notre devoir ça risque de mal tourner pour nous deux. Maintenant, range ce doigt et... Fais ce que tu étais censée faire. » Finit-elle en cherchant ses clefs, visiblement troublée.
Je la rejoignais et l'agrippais par les hanches pour qu'elle arrête enfin de gesticuler. Nous nous fixions alors quelques instants. Depuis la veille, une nouvelle force nous avait envahis. Nos ébats s'étant terminés dans un mélange de plénitude et de magie. Nous nous sentions désormais comme lié par une force qui nous dépassait. Nous n'avions pour le moment pas abordé le sujet mais je savais qu'elle ressentait ce changement notable dans nos pouvoirs respectifs.
Je lui caressais le visage en reprenant notre discussion :
« Le mieux qu'on ait à faire maintenant c'est de nous renseigner sur Gold et tout ce qui entoure ses pouvoirs ou le but réel de son existence.
- J'ai quelques livres dans ma bibliothèque qui contiennent des informations qui pourraient nous aider...
- Tu vois ! La réponse est peut-être là. Tu connais déjà mieux que moi le sujet, je vais avoir besoin de ton aide ici. Lui confiais-je en déposant un baiser sur ses lèvres maquillées.
- Ces livres appartiennent pour la plupart à ma mère. Il est possible qu'on trouve quelque chose d'utile...
- Alors je te suis... Ponctuais-je en la faisant pivoter sur elle-même et en lui claquant une fesse. »
Elle poussa un petit cri de surprise puis me fusilla du regard par-dessus son épaule. Lui emboîtant le pas, j'étouffais un rire.
« Ah, ce n'était pas un cri de douleur ça Maître Mills...
- ...
- Je garde ça en tête pour plus tard.
- Ça suffit. M'ordonna-t-elle de sa voix la plus grave.
- Pour le moment oui.
- Emma... »
Je passais la porte de la pièce en levant les mains en signe de rédemption. Elle tenta de cacher un rictus en se tournant vers une étagère.
« Par où on commence ? Lui demandais-je déjà perdue parmi ces centaines d'ouvrages.
- Ceux-là concerne le Ténébreux et ses légendes. Celui-ci est plus mythologique et ne contient pas vraiment d'informations précises... »
Les couvertures de ces livres étaient si belles que j'en touchais la tranche en lisant les titres, parfois farfelus. Mon doigt se posa alors sur l'un d'entre eux en particulier. L'ouvrage était bleu nuit, l'écriture dorée. Mon cœur s'arrêta au moment où j'articulais le titre « Le chant des Ombres ». A ce moment, je sus qu'il m'appartenait.
Je le sortais de son emplacement avec délicatesse. J'entendis des murmures puis, soudainement, un flash saisissant bombarda ma tête d'images effrayantes et me fit tomber à la renverse.
Des Ombres rassemblées autour d'un homme, cette fois il s'agissait bien d'ombres. Je ne distinguais aucun visage, elles chantaient simplement à l'unisson et l'homme planté au milieu en souffrait terriblement. Il hurlait pour qu'elles se taisent mais rien n'y faisait. Il tomba à genoux, gémissant de douleur... Les suppliant de le pardonner.
J'ouvrais de nouveau les yeux au moment où son corps se disloquait. Je hurlais comme lui en me redressant retenu par les bras sécurisants de Regina.
« Emma ! ? Tu m'entends ? Est-ce que ça va ? Paniquait-elle en examinant mon visage.
- Je... Je crois oui...
- Que s'est-il passé ?
- Je ne suis pas sûr... »
Je lui montrais le livre qui, de toute évidence, avait provoqué cette épouvantable vision.
« Le chant des Ombres ? Lisait-elle l'air interrogateur.
- Le chant... Il est important. M'affolais-je dans ses bras en tentant de me relever.
- Quel chant ? »
Je négligeais depuis tout ce temps un détail de poids.
« A chaque fois qu'une Ombre m'apparaît j'entends son chant. Toujours le même, c'est entre un air fredonné et une vibration. Ça peut varier d'une Ombre à une autre mais de quelques octaves. C'est...
Je plaçais une main sur mon front en la regardant d'un air stupéfait et en lui tendant le livre dont je ne supportais plus les vibrations. Elle l'ouvrit délicatement.
« Je ne me souviens pas de ce bouquin, me confia-t-elle en parcourant les pages.
– Il faut qu'on l'étudie, il contient forcément les réponses. »
Elle jeta un œil sur moi en acquiesçant. Nous nous mîmes alors en quête d'informations alors qu'elle me lisait chacune des pages en analysant mes réactions.
Il reprenait et détaillait la raison de l'existence des Ombres et leurs interactions exclusives avec un Être spécial, un Être doué d'une perception unique du monde des morts et des vivants, un Être qui devra consacrer sa vie aux Ombres et à leur passage dans l'au-delà : Le Sauveur/Passeur.
J'étais donc « l'élue ». La tête serrée entre mes deux mains, je tentais de comprendre ce que tout cela impliquait alors que Regina continuait sa lecture. L'ouvrage en lui-même était en fait une prophétie.
« Le Sauveur était, est et sera le lien inaliénable entre la mort tragique d'un humain trahi par son égal et la conquête son salut. Son destin sera imbriqué à celui de son exact opposé qu'il combattra éternellement mais jamais ne vaincra. »
Je levais les yeux sur la conteuse, mon « exact opposé » ? Je me redressais sur ma chaise, encourageant Regina à continuer :
« Le Ténébreux sera lui aussi impuissant face au Passeur mais devra se méfier de l'Âme Sœur. »
Cette fois-ci je fronçais les sourcils en me massant les tempes. Je n'étais pas certaine de comprendre toute l'histoire mais je sentais qu'il était essentiel de continuer.
« Celle-ci, par son sacrifice, nourrira le pouvoir alors sans limite de son gardien. Par le chant des morts curateur, la vengeance seule fera reculer la noirceur de l'âme damnée, jusqu'à l'avènement de son successeur. »
Elle tourna le livre vers moi pour que je puisse contempler l'image imprimée en noir et blanc sur la page adjacente. Un cercle d'Ombre autour d'un homme agenouillé, une fumée sombre passant de ce démon à un autre, comme un héritage.
« Si le Ténébreux est Gold, le Sauveur ou passeur c'est toi. Suis-je censée être l'âme sœur ? Est-ce pour ça qu'il a essayé de me tuer ?
– On dirait un vieux bouquin écrit par un curé Regina, je ne suis pas sûr qu'il faille tout prendre au pied de la lettre...
– Prends ma main » m'intime-t-elle en posant sa main droite sur la table.
Je m'exécutais alors, c'était toujours un plaisir de sentir un contact quel qu'il soit avec ma brune. Dès que nos peaux se touchèrent, un flot de magie et de lumière à peine perceptible nous entourait.
« Tu as remarqué ça ? Me demandait-t-elle en souriant
– Depuis hier oui...
– Depuis que nous nous sommes vraiment ouvertes l'une à l'autre, quelque chose nous lie. »
Dans mes souvenirs, notre soirée avait été une avancée majeur dans notre relation. Je la revis allongée sur le dos, les bras au-dessus de la tête alors que je tenais ses poignets captifs en signe de domination sensuelle et que mon autre main était la cause de ses gémissements erratiques... Elle plongea dans mon regard et m'avoua son amour alors qu'elle se soumettait à moi. J'en perdis momentanément le contrôle mais fus envahi par une puissance qui ne me quitta plus au moment où débutaient son orgasme et le mien.
« Tu es mon âme-sœur. Ponctuais-je en réalisant ce que cela impliquait selon la prophétie.
– Est-ce qu'il faut que je me sacrifie pour que tu réussisses dans ta mission ?
– Mais quelle mission ? Demandais-je en me levant brusquement. Je dois mettre toute ma vie de côté pour aider des fantômes ? Je dois te voir mourir pour mettre fin aux agissements d'un démon ? Non, je... Je n'en suis pas capable Regina, c'est n'importe quoi. On n'est pas dans un Marvel ! »
Je sortais de la bibliothèque et quittais la maison en trombe afin de prendre l'air et mettre en ordre mes pensées.
