Le trajet était long et bien moins périlleux que ce qu'avaient envisagé Harry, Ron et à peu près tout ceux ayant de près ou de loin participé à son organisation. Il ne croisèrent personne dans la forêt hantée. Ron et Hermione étaient partis seuls et à pied pour rejoindre le Palais des Rois aux confins de Poufsouffle. Ils cheminaient le long des routes les plus éloignées de Serpentard, faisant le plus grand détour possible. Elle et Ron en avaient pour deux semaines de route et arriveraient juste à temps pour la cérémonie. Ils dormirent dans les bois ou aux bords des chemins durant tout le trajet et ne s'arrêtèrent dans des villages que pour acheter à manger. Elle savait qu'elle aurait peut-être pu négocier une nuit à l'auberge avec Ron mais n'avait pas envie de le mettre dans une situation où il devrait « désobéir » aux ordres d'Harry. Il ne servait à rien de pousser le garçon dans l'embarras pour si peu. Ils se contentèrent donc de campements provisoires et sans feu, le plus souvent possible cachés dans les bois.

Arrivés aux frontières ils ne croisèrent pas grand monde non plus, la plupart des villages étant d'anciens champs de batailles abandonnés, gardés par quelques groupes de soldats disséminés de-ci de-là. Il n'était pas très difficile de rentrer dans le pays lorsqu'on se déplaçait en petit groupe mais Hermione n'avait pas de doute qu'une armée entière ne passeraient pas aussi facilement. De toute manière ils avaient sur eux une lettre du Roi qui les feraient rentrer sur le territoire si il y avait le moindre problème. En définitive, ils n'en eurent pas besoin. Si l'accès au territoire de Poufsouffle avait été si facile, il ne faisait aucun doute dans l'esprit d'Hermione que des espions de Jedusor pouvaient s'y faufiler aussi. Il faudrait être prudent.

à la fin de la première semaine de voyage, ils arrivèrent dans les terres profondes du royaume. Ici les village étaient encore peuplés et les champs n'étaient pas brûlés. Ils bifurquèrent vers le Palais des Rois, en direction de la région centrale du pays. Neville leur avait préparé une carte et un itinéraire précis. Ils louèrent aussi des chevaux, chose qu'ils avaient cherché à faire depuis qu'ils étaient entré à Poufsouffle. à leur grand désarroi aucun villageois habitant près des frontières ne faisait suffisamment confiance aux étrangers pour s'engager dans ce commerce avec eux. Ce n'est que dans une petite ville fortifiée qu'ils étaient parvenus à faire affaire. Rassurés quant à leurs chances de réussite, leurs campements du soir se firent moins précaires et ils s'autorisèrent enfin des feux. Comme ils se sentaient le danger s'éloigner, Hermione demanda à Ron de reprendre les leçons de combat qu'elle avait commencées avec Crabbe. Ainsi les soirées devinrent moins monotones, même si ils étaient toujours épuisés de leurs longues journées qui alternaient marches et chevauchées.

Ils parvinrent finalement avec seulement deux jours de retard au Palais des Rois.


Harry quitta le campement le même jour que sa cousine. Lui et quelques hommes partirent dans l'autre sens, par le vieux pont moussu, vers les montagne de Gryffondor. Ses compagnons, deux petits groupes d'assassins, avaient été placés sous ses ordres par Narcissa. Il avait quand même demandé à Zabini de l'accompagner également. C'était peut-être un Serpentard qui n'en faisait qu'à sa tête mais il était doué avec une épée, faisait un bon compagnon de route et surtout les autres assassins l'écoutaient.

Le chemin qui menait à Pavelle était occupé par des barrages de Mangemorts et il durent assez rapidement rebrousser chemin en direction des pics de montagnes, plus loin dans les terres de Gryffondor. Ils savaient, grâce aux informations que Rogue leur avait données, que l'occupation n'était pas chose facile pour Jedusor et ses hommes, qu'ils rencontraient des difficultés du côté des cols où seuls les natifs de ces montagnes savaient naviguer. Il était évident qu'il ne trouverait pas des alliés dès les premiers jours, peut-être même qu'il serait compliqué de prouver qu'il était leur Prince. Cependant Harry était confiant en son peuple et quelque part, ni lui ni eux n'auraient vraiment le choix vu la situation. Ils se trouvaient trop peu avec le désir de faire face à Jedusor pour se payer le luxe de ne pas faire équipe.

Deux semaines après leur départ, suite à un long détour dans les bois qui les avaient fait simplement tourner autour du lac, Harry et ses hommes trouvèrent l'entrée de Mimsy-Porpington, une trouée dans la chaîne de montagnes qui séparaient Gryffondor du continent d'à côté. Cet endroit était si haut qu'il était quasiment infranchissable. Harry y était déjà allé évidemment, quand il était enfant, avec son père. Cela faisait tout de même une bonne décennie qu'il n'y avait pas mis les pieds. Des rumeurs à l'ancienne cour de ses parents faisaient état de villages qui s'étaient déclarés indépendants de Gryffondor et ne reconnaissaient pas la réunification survenue sous la dynastie Dumbledore. Harry savait que c'était faux. Il était vrai par contre que les gens qui vivaient dans cette montagne avaient leur manières et leurs coutûmes. Dans tous les cas, lors de son dernier passage par la trouée, il se souvenait de gens qui ne montraient que du respect pour son père. Il n'y avait aucune raison qu'ils n'en aient pas pour lui.


Lorsqu'ils arrivèrent enfin devant les portes massives du Palais des Rois, Hermione avait le trac. Il était vrai qu'elle avait déjà conversé avec le Roi de Serdaigle et rencontré le Roi de Poufsouffle cependant elle ne les connaissait pas si bien que ça. Elle n'était pas à l'abri qu'ils se trouvent vexés que ce soit elle et non son cousin qui se présente devant eux. La dernière fois n'était-ce pas Drago qui avait réglé les choses avec Xenophilus Lovegood ? Elle ferma les yeux pour tenter de garder son calme. Il ne servait à rien de paniquer maintenant. Elle voulait être utile dans cette guerre. Elle allait devoir se montrer avisée et tactique. Elle sentit la main de Ron sur son épaule et elle prit encore quelques secondes avant de relever la tête, ouvrir les yeux et lui sourire.

– On y va? lui demanda-t-il.

– Oui, allons-y.

Elle lui attrapa la main et ils entrèrent par le pont-levis déjà noir de monde. Dans la basse-cour des dizaines de personnes s'affairaient à transporter des marchandises tandis que des négociations de dernière minute animaient de nombreuse conversations. La cour contenait de larges jardins et de petites habitations. Le château était vieux. Hermione devina qu'il datait d'avant la réunification et elle pensa que Neville aurait sans doute été capable de réciter par cœur son histoire. Ron et elle se dirigèrent à travers la foule vers la haute-cour. Devant les portes, un homme les arrêta et Hermione produisit la lettre du roi. Le garde scruta le papier, le sceau qui en composait la signature et appela finalement un autre homme qui à son tour les scruta d'un mauvais œil. Maintenant qu'elle y pensait, ils avaient sans doute l'air un peu pouilleux. Peu être aurait-il dû s'arrêter dans une auberge pour se laver des affres de la route et se changer. Elle avait passé sa robe avant de rentrer dans la cour de château mais cela ne faisait que renforcer la contradiction avec ses cheveux et les vêtements de Ronald qui n'étaient vraiment pas des plus présentables. Elle passa comme elle put une main dans ses cheveux et demanda à ce que la lettre soit amenée au Roi au plus vite, qu'ils patienteraient dans une auberge. L'homme venu seconder le premier hésita puis les fit passer dans la haute-cour. Là ils furent emmenés, presque de force et sous bonne garde, par un groupe de trois soldats. La garde n'avait pas confiance en eux ce qui n'était pas plus mal de l'avis d'Hermione. Après tout, une sécurité aussi stricte était préférable lorsque les dirigeants de trois royaumes se réunissaient. Il était sans le moindre doute préférable que les gardes ne laissent rentrer que les sujets concernés dans l'enceinte du château.

Dans un couloir ils finirent par croiser Amos qui ne la reconnue pas tout de suite. L'homme avait d'énormes cernes et ne semblait pas avoir dormi depuis des semaines. Il ordonna qu'on les conduise à une chambre chacun et qu'on leur permette de se déplacer seuls dans l'enceinte des murs du château. Il leur assura qu'ils auraient le droit à tout le confort qu'il pouvait mettre à leur disposition et fit appeler sa propre femme de chambre pour qu'elle prépare des bains pour elle et pour Ron.

Le palais était constitué d'un assemblage de grands bâtiments. L'un était une énorme église appelée la Basilique des Rois, l'autre contenait les appartements du Roi et de ses invités. Une aile, comme à Chourave, était entièrement réservée aux femmes. C'était là qu'Hermione était logée. Ron lui fut envoyé dans un quartier plus modeste mais tout de même confortable, dans le quartier des officiers. Au centre de ces deux bâtisses s'érigeait un donjon immense où se trouvait la salle de réception, les quartiers militaires et les cuisines. Hermione crut comprendre que de petites chambres étaient aussi présentes pour les moines et autres religieux qui couchaient ici. Ce quartier était évidemment strictement réservé aux hommes. Une fois sortie du bain, on lui fit visiter la basilique. L'architecture en était incroyable. Si de l'extérieur la taille de l'immense église était étonnante, on ne pouvait deviner la finesse et l'impression démesurée de grandeur lorsqu'on se trouvait à l'intérieur. Regarder les plafonds lui donnait presque le vertige. La pièce était divisée par de grands piliers en pierre sculptés. Au sommet de ces piliers se dressaient des statues de saints et des motifs floraux incroyables. Les très longs bancs en bois étaient aménagés en rangs pour faire face au chœur où un autel doré aux gravures anciennes en parfait état siégeait. Les vitraux laissaient passer une faible lumière qui reflétait de nombreuses couleurs cependant l'essentiel de l'éclairage venait des milliers de bougies qui étaient allumées partout où se posait le regard. Dans l'un des transept, elle aperçut un escalier qui semblait descendre dans ce qui, elle l'apprit plus tard, était l'entrée du tombeau royal. Quelques fidèles étaient agenouillés, les mains jointes, chuchotant des serments. D'autres faisaient le tour de la salle en faisant des signes de croix près de leurs torses. Derrière le chœur, un groupe d'hommes en habit de moine parlaient discrètement.

L'œil d'Hermione s'arrêta sur eux, elle croisa le regard d'un homme un peu en retrait qui semblait l'observer... Soudain, elle sentit une main sur son épaule et se retourna pour voir Ron, propre et convenablement vêtu, lui sourire.

– C'est incroyable ici ! s'exclama-t-il, s'attirant quelques regards courroucés de la part des moines. Je ne suis pas un homme de religion moi-même, tu le sais, mais je dois dire que l'architecture est extraordinaire...

– Oui, c'est véritablement époustouflant.

– C'est pas à Gryffondor qu'on construirait une maison aussi grande pour l'homme géant qui vit dans le ciel, chuchota Ron. Hermione rigola, attirant de nouveaux regards de mécontentement. Ils quittèrent l'église en pouffant.

Le soir, Amos leurs annonça que la venue de Xenophilius Lovegood avait été retardée jusqu'au lendemain. Ils l'attendraient donc pour procéder à l'enterrement du Prince Cédric. Il prononça ces paroles avec la gorge nouée et Hermione ressentit en elle une profonde tristesse. Elle n'avait passé que très peu de temps avec Diggory mais elle savait que c'était un homme bien. Elle avait conscience à quel point son père était attaché à lui. Elle voyait dans le regard du Roi toute la désolation et le malheur d'un homme ayant perdu un être proche. Elle retrouvait dans ce regard celui qu'avait Harry parfois lorsqu'il pensait à ses parents et sans doute le sien propre lorsqu'elle parlait d'eux. Amos était un homme franc et loyal à ses idéaux et à ceux qui les partageaient. En cet instant, cela était une évidence pour Hermione. Amos Diggory ferait tout pour rendre justice à son fils. Il ne se rallierait pas avec Serpentard et tuerait Jédusor de ses propres mains si l'occasion devait se présenter. Il n'y avait aucun doute. Hermione se sentit rassurer de lire ça dans le regard d'un allié aussi précieux et lui murmura « c'était un homme bien » avant de poser sa main sur son bras d'un geste compatissant. Il tourna la tête vers la fenêtre et essuya discrètement une larme qui perlait à ses paupières. Un groupe de moine passa tout près d'eux. Elle sentit leurs regards sur eux et frissonna inexplicablement. On trouvait des religieux dans tous les recoins du château et leur présence encapuchonnée ne rassurait en rien la jeune Gryffondor. On ne voyait que rarement leurs visages et ils chuchotaient toujours des choses incompréhensibles entre eux au bout des couloirs. Ce comportement lui faisait froid dans le dos. Elle tira le souverain vers un petit salon pour s'arracher à ces regard qu'elle ne supportait déjà plus après seulement une après-midi entre ces murs.