21.
Hanako les repéra de loin. Ils étaient de dos, et ne pouvaient donc pas les voir arriver. Les deux garçons étaient assis en silence, côte à côte au milieu des chrysanthèmes. Tous deux regardaient dans la même direction. Le bruissement des fleurs à leur passage les avertit toutefois de leur présence, et ils se retournèrent en même temps.
« Hanako… »
Kou baissa les yeux, sans se lever. Il était similaire à un enfant se sentant coupable d'une bêtise, se préparant à se faire gronder. C'était un peu ça, sauf que Hanako n'avait pas le cœur à s'énerver contre lui. C'était fait, et ça ne changerait pas. Et de toute manière, ce n'était pas comme s'il pourrait recommencer.
« Tu regrettes ?
- Je me sens… tout se mélange dans ma tête, c'est compliqué. Mais si Senpai est sauvée, alors… non, je ne regrette pas. »
Quelque part, ça le soulageait un peu de savoir qu'il n'avait pas de regret. Le contraire n'aurait conduit qu'à plus de souffrance. Peu importe la profondeur des regrets, il est impossible de revenir en arrière. Hanako le savait mieux que personne. Maintenant, une petite discussion s'imposait entre les deux.
« Mitsuba, tu veux bien porter Yashiro ? J'aimerais bien discuter avec lui.
- Je veux bien vous laisser discuter, mais pourquoi Queue-de-Cheval la porterait pas à la place ?
- Parce que j'ai plus confiance en toi.
- Bon, on y peut rien après tout. Normal, je suis bien plus fiable. »
Sousuke fit apparaître de son écharpe l'un de ses longs bras osseux sur lequel il déposa la jeune fille, à la façon d'un brancard. Il trouvait à son pouvoir des utilités assez surprenantes pour un esprit. Il s'éloigna un peu, assez loin pour ne pas les entendre, mais non sans leur jeter des regards curieux.
Hanako prit sa place et s'installa à côté de Kou.
« Pourquoi ne pas m'en en avoir parlé ?
- …Tu t'y serais opposé, non ?
- Probablement…
- Tu es fâché ?
- Non mais… Je crois que je suis un peu triste. »
Cette fois, Kou tourna la tête vers lui, et le regarda, accusant le coup. Hanako pensait que le garçon culpabiliserait, et d'ailleurs il l'espérait un tout petit peu, parce que ce n'était pas rien. Ce n'était pas bien.
« Je pensais que tu ne te souciais pas de qui meurt ou qui vit ? Que ça ne faisait pas de différence pour toi ? »
Jamais Hanako ne se serait attendu à une telle réponse. Le garçon était bienveillant, tête brûlée, honnête, et un peu trop innocent pour son bien. Il n'avait pas du tout anticipé qu'il puisse lui balancer ses propres mots dans les dents alors qu'il venait de lui dire qu'il était triste pour lui. Il avait eu ces paroles lorsque Kou avait appris pour l'espérance de vie réduite de Nene, et il se doutait combien le garçon en avait été blessé. Il ne masqua pas son trouble.
« Gamin, je ne savais pas que tu pouvais te montrer aussi vicieux. Franchement, attendre un moment comme celui-là pour me ressortir ça…"
Cela eu le mérite de faire rire le blond. Un rire léger, sans moquerie. Hanako avait l'impression qu'il n'avait plus entendu rire quelqu'un depuis une éternité. Cette journée avait été tellement longue, et elle n'était pas encore terminée. Cela lui tira un sourire timide.
« Quand tu m'avais sorti ça, j'étais vraiment en colère. J'avais l'impression d'avoir été trahi. Mais je sais aujourd'hui que c'est faux, et quelque part… Ça me rend heureux que tu te sentes triste pour moi. »
Décidément, le garçon ne manquait pas de le surprendre, pas mais pas forcément de façon positive.
« Ça te rend heureux de voir les gens tristes ? Faudrait songer à consulter. Mais si c'était ton but, t'as réussi, félicitation.
- Bien sûr que non ! Mais… Ça montre que tu te soucis de moi. Ça ne serait pas le cas d'un mauvais esprit.
- Tu parles encore de ça… Enfin, c'est inutile. De toute façon, maintenant tu ne pourras plus jamais m'exorciser.
- Je crois pas que j'en aurais eu l'intention un jour.
- Je comptais sur toi, moi !
- Tu sais, Hanako… Tu es quelqu'un de bien meilleur que tu ne le penses. »
Hanako se rembrunit. Pour certaines raisons, il détestait lorsque Kou disait ça. Il ne méritait pas d'être considéré comme quelqu'un de bien, il n'en avait pas le droit. Ce serait nier son crime, et il en était hors de question. Et puis, même sans ça… Il ne le méritait tout simplement pas.
« Je suis surtout quelqu'un de bien pire que tu ne le crois. Tu sais, au final… je crois que je me sens soulagé.
- Pour Senpai ?
- C'est horrible non ? Tu es mort pourtant ! Et moi, ça me rassure… Ce n'est pas vraiment l'attitude de « quelqu'un de bien », non ?
- C'est pas comme ça que je le vois. Ça montre juste à quel point Senpai compte pour toi. Maintenant, on sait qu'elle va pouvoir vivre, grandir, et un jour vieillir, moi aussi ça me rassure, c'est d'ailleurs pour ça que je l'ai fait. On va pouvoir appréhender l'avenir plus sereinement, non ?
- C'est étrange… Entendre un fantôme parler d'avenir… Tu es mort, tu sais ?
-Je ne m'en rends sans doute pas trop compte, mais… Le temps ne s'arrête pas pour autant. Et ce n'est pas comme si nous n'avions rien. Nous sommes tous liés les uns aux autres. Et j'ai promis à Mitsuba d'exaucer son vœu. C'est pareil pour toi, tu voulais aider Senpai à vivre pleinement sa vie. Ça va encore t'occuper pour les années à venir, tu sais ? Alors, je pense que même des fantômes comme nous pouvons parler d'avenir. »
Vraiment, Hanako ne comprenait pas… Où le garçon trouvait-il cet optimisme ? Pourquoi était-il incapable de le voir tel qu'il était vraiment ? Hanako était pourtant résolu… Il n'avait jamais songé avoir encore un avenir, et encore moins en mériter un. Et pourtant, les mots de Kou répandaient en lui une douce chaleur.
« T'es vraiment particulier toi.
- Comment je suis supposé le prendre ?
- Toi aussi, tu aurais dû continuer à vivre pleinement ta vie. Comment tu peux encore réussir à garder le sourire et à penser à demain ? Ça me dépasse…
- A la place, tu m'aideras à vivre pleinement mon existence de fantôme ! C'est pas très différent, non ? Et oui, ne pense pas avoir le champ libre ! Je compte bien continuer à te remettre en place quand tu embêteras Senpai !
- Pff… incroyable. »
Hanako fit glisser sa casquette devant son visage, la serrant fort dans sa main tremblante. Il ignorait quelle émotion prédominait. Les mots de Kou l'avait ébranlés plus qu'il ne l'aurait cru, et ses yeux étaient à présents tout embués.
Bonjour chers lecteurs... Vous savez à présent toute la vérité sur la disparition de Kou, et cette histoire touche désormais à sa fin. Demain sera publiée la dernière partie. Elle ne devait être à la base qu'un court OS d'environ 2000 mots, du moins dans mon idée, mais ça ne s'est pas passé exactement comme ça haha. Au final, j'aurais publié un morceau de ce beau bébé chaque jour pendant 3 semaines. D'un coté, je suis assez fière d'en être arrivée au bout, mais aussi un peu triste. J'espère que vous aurez apprécié cette fiction, et si c'est le cas, je vous encourage à me laisser un petit commentaire, ça me ferait vraiment plaisir !
Sur ce, je vous dis à demain pour connaitre le point final de cette histoire :)
