Une Visite Snapienne
Drago observait son ami être extrêmement agité depuis la lecture de l'article du journal et il ne savait pas trop quoi faire pour le calmer depuis. Même s'il avait du Serpentard en lui, Harry gardait son tempérament Gryffondor mêlé à son envie de protéger tout le monde. C'était d'ailleurs pour cela qu'il s'était isolé à l'origine…
Le brun retint un soupir de soulagement quand il vit les deux elfes réapparaître.
« Nous avons trouvé le Traître-à-son-sang et la Sang-de-Bourbe, » commença Kreattur.
« Merlin ! Merci ! » s'exclama Harry en faisant fi pour une fois des insultes de son elfe.
Le plus important n'était pas une question de langage. Il s'en chargerait plus tard.
« Mais il est impossible à Kreattur et Dobby d'aller les chercher. Ils sont toujours en présence de sorciers du Ministère, des Mangemorts, et quand ils ne le sont pas, ils sont à Azkaban où nous ne pouvons pas aller. »
« MERDE ! »
La tasse présente sur la table explosa dans la seconde qui suivit. Harry n'était plus seulement en colère et inquiet, il était totalement frustré. Evidemment, les deux lieux les plus dangereux et les plus hautement surveillés de la Grande-Bretagne, si ce n'est peut-être le quartier général de Voldemort.
Drago nettoya le désastre d'un coup de baguette et se tourna vers les elfes.
« Sont-ils toujours ensemble ou bien séparés ? »
« Ils sont toujours tenus séparés, » affirmèrent-ils.
« Est-ce qu'ils s'attendent à ce qu'Harry viennent les libérer ? » s'enquit-il ensuite.
« Kreattur le suppose, » fit l'elfe de la maison Black. « Mais Kreattur n'a pas fait attention aux conversations des sorciers. Kreattur n'a fait que rechercher les amis de Maître Black. »
« Dobby a entendu une conversation entre un homme du Ministère et son ancien Maître Malfoy. Ils attendent qu'Harry Potter fasse une erreur en se présentant afin de l'attraper et l'amener devant Celui-Dont-On-Ne-Doit-Pas-Prononcer-Le-Nom. Ils ont dit que ce serait d'autant plus facile qu'Harry Potter est maintenant seul. Ils ne savent pas qu'Harry Potter est en compagnie de Mr Drago. »
Ils ne purent continuer leur discussion plus avant que quelques coups furent frappés à la porte. Le brun s'y dirigea rapidement puisqu'Harry n'était pas en état de recevoir, trop préoccupé par le sort de ses deux meilleurs amis. Il observa par la fenêtre pour voir de qui il s'agissait avant d'ouvrir.
« Mr Snape, » fit-il en saluant l'homme. « Que nous vaut le plaisir ? »
« Puis-je entrer ? »
« Oui, bien sûr. »
Le Serpentard s'écarta et laissa le Moldu pénétrer dans la maison avant de refermer la porte. Tobias Snape observa un instant le mobilier avant de se figer devant Dobby et Kreattur.
« Qu'est-ce que c'est que … ces … créatures ? »
« Ce sont des elfes de maison, » répondit Drago avant de se tourner vers le Gryffondor. « Harry, tu donnerais quoi comme équivalent moldu ? »
« Pour ? » s'enquit le roux qui sortait de ses pensées. « Bonsoir, Mr Snape. En voilà une surprise. »
« Jeune homme, » fit Tobias avec un hochement de tête.
« Vous prendrez bien une tasse de thé ou du café ? » fit Harry qui reprenait instinctivement ses habitudes cordiales face à un hôte.
Au moins sa tante lui avait indirectement appris certaines bonnes manières…
« Volontiers. Du café.
« Pour les elfes, » répéta Drago.
« Je dirais entre la femme de chambre, le majordome et l'esclave. Un elfe de maison est lié à un sorcier et se doit d'obéir à ses ordres quels qu'ils soient sans quoi il est susceptible d'être puni plus ou moins sévèrement en cas de manquement ou faute et cela varie encore en fonction du Maître de l'elfe. »
« Et donc … »
« Kreattur est mon elfe suite à un héritage, » soupira Harry alors qu'il sortait une tasse. « Même si je n'ai jamais désiré un esclave. J'essaie d'être le plus juste possible. Au moins, dès qu'il essaie de s'autoflageller pour une erreur et que je le vois, je l'immobilise pour qu'il ne le fasse pas. C'est une manie dont j'ai horreur chez eux. Même Dobby n'arrive pas à s'en départir totalement alors qu'il est un elfe libre ! C'est exaspérant… »
« C'est naturel chez un elfe, » répondit Dobby en haussant des épaules. « Et Dobby est un elfe. »
« Pas un bon elfe ! » grogna Kreattur. « Un bon elfe ne serait pas content d'être libre ! Un bon elfe doit servir son maître. »
« Mais un bon maître ne doit pas faire souffrir ses elfes, » soupira Harry qui ne voulait pas entendre ce genre de chamailleries comme cela arrivait quand il voyait les deux elfes dans la même pièce. « Et j'ai pas honte d'avoir rusé pour libérer Dobby ! Et je le referais sans la moindre hésitation pour tous les autres elfes des familles Sang-Purs si cela signifie les libérer de mauvais traitements. »
« Harry, » fit alors Drago en apportant la théière et le thermo de café. « Bien que cela soit bien dans le principe, la plupart des elfes seront malheureux car cela est ancré dans leurs mœurs. Cela fait des siècles qu'ils servent les sorciers ainsi. »
« Je sais… Mais j'ai jamais dit que je les laisserais sans rien. Si c'est travailler pour un sorcier qu'ils veulent faire, ils peuvent en trouver des bons qui seront attentifs à leur bien-être comme le serait un patron de ses employés. »
« Harry Potter est un grand sorcier, » sourit Dobby. « Un très grand et noble sorcier ! »
« Et si on arrêtait de parler de moi, » fit le roux, soudain mal à l'aise. « Je suppose que vous n'êtes pas venu nous voir pour débattre des droits des créatures magiques, Mr Snape. Qu'est-ce qui vous amène ? »
« Severus a téléphoné et il semblait vraiment soucieux. »
« Voilà qui ne me surprend pas, » dit Drago en s'installant à table et invitant le Moldu à en faire autant.
« Moi si, mais bon, faudra que je m'y fasse à l'idée. »
« Harry…. »
« Oui, je sais … Ce n'était qu'un masque. »
« Eh bien…, » commença Tobias en fixant le Gryffondor en particulier. « Il m'a informé qu'une nouvelle importante était apparue dans le journal sorcier et il m'a demandé de venir vous convaincre de ne rien faire car il s'agit d'un piège. »
« On l'avait deviné, » répondirent les deux sorciers.
« Mais cela ne changera rien au fait qu'on va essayer de les délivrer, » ajouta Harry.
« Severus te demande de ne pas le faire. »
« Ce sont mes amis ! »
« Il me l'a dit. Il te demande néanmoins de ne rien faire. »
« Il peut toujours courir ! Il n'aura qu'à venir lui-même m'en empêcher. »
Tobias se tourna vers le brun.
« Pas la peine de me demander de le convaincre. C'est un Gryffondor. En plus, il est meilleur que moi en duel, je suis incapable de le maîtriser et de le coincer ici. Sans parler du fait qu'il m'en voudra à mort. Parrain devra se bouger pour venir le ligoter et le droguer pour qu'il n'aille pas faire une bêtise. »
« Et donc, vous allez faire quoi ? »
« On va aller les chercher, » répondit Harry.
« Et moi, je vais essayer de trouver un plan pour qu'on s'en sorte tous les quatre relativement indemnes. Et ça, cela ne sera pas évident. »
Tobias se frotta le front.
« Il se doutait que vous diriez cela, » dit-il au bout d'un instant.
« Il nous connait bien en même temps, » répliqua Drago. « Ou presque, » ajouta-t-il en avisant le regard émeraude d'Harry.
Le Moldu sortit une feuille de sa poche et la posa sur la table.
« Il m'a fait écrire et relire trois fois ceci pour s'assurer que je ne me trompe pas avec vos termes. Ce sont les localisations de vos amis et certaines choses que Severus sait à leur sujet. »
Harry s'en empara rapidement et lut les quelques lignes avec attention. Drago se leva et vint en faire de même au-dessus de l'épaule du Gryffondor.
« Il va falloir leur donner des potions pour qu'ils puissent nous suivre, » fit directement le Serpentard. « Et un carré de chocolat. »
« Du chocolat ? » fit le Moldu sans comprendre.
« A cause des détraqueurs, » répondit Harry l'air sombre. « Ce sont des créatures assez dangereuses qui aspirent les souvenirs heureux d'une personne. Elles peuvent aller jusqu'à aspirer son âme si elles ne sont pas retenues. En temps normal, on se sert d'elles pour maintenir les prisonniers à Azkaban mais maintenant qu'elles obéissent à Face-de-Serpent, elles doivent faire pas mal de ravages. »
« Et il va falloir aussi se séparer, » dit Drago avec une grimace alors que son esprit fonctionnait à vive allure. « Si on en libère un, tout le monde sera au courant et la garde sera renforcée auprès de l'autre. Sans parler du fait que le rescapé sera un poids dans l'opération de sauvetage. »
« J'aime pas vraiment l'idée de se séparer mais on ne va pas avoir le choix, » maugréa le Gryffondor en reposant le papier sur la table.
« Vu la situation, Severus m'a demandé de vous dire d'être extrêmement prudents. »
« On va déjà essayer de trouver un plan parce que j'avoue ne pas savoir où sont ces salles, » répondit Drago en pointant deux termes du doigt.
« Moi oui, » rétorqua Harry. « J'y ai été jugé pour avoir usé du patronus devant Dudley alors qu'il y avait un détraqueur à Little Whining. C'est juste à côté du département des mystères. »
« Et il va falloir que tu t'occupes de Weasley car il ne suivra jamais un Malfoy. »
« Tu t'en sortiras avec Hermione ? »
« Elle a un cerveau, elle au moins. Elle pourra choisir entre des mangemorts en colère et armés et sa nemesis réputée ennemi numéro 2 qui lui tend la main et une opportunité de s'échapper. »
« C'est vrai que vu comme ça… »
« Weasley restera à cheval sur le principe 't'es un Serpentard et fils de mangemort'. Et je n'aurais pas la patience de raisonner avec lui. »
Tobias regarda les deux jeunes hommes en face de lui planifier un instant tout en buvant sa tasse de café. Severus n'allait vraiment pas être ravi de l'entendre mais les deux allaient foncer dans leur ministère pour sauver les deux jeunes gens qui y sont enfermés.
Il ne resta pas très longtemps après cela et laissa les jeunes à leur plan et à leur guerre en leur répétant bien d'être prudent et qu'en cas de besoin, sa porte était ouverte.
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Drago se retournait encore et encore dans son lit. Le lendemain, ils s'introduiraient au Ministère. D'une certaine manière il angoissait. Il angoissait de se faire attraper, il angoissait de mourir, mais surtout il angoissait d'être séparé d'Harry sans lui avoir révélé au préalable ses sentiments.
Cela faisait quelques jours qu'il s'était rendu compte de la vérité. Il éprouvait des sentiments forts pour Harry. Il s'était questionné pendant un moment si c'était juste un lien d'amitié suffisamment puissant ou quelque chose de plus fort encore. En apprenant la nouvelle des amis du Gryffondor et les conséquences qui allaient d'office en découler, il avait réalisé que c'était réellement de l'amour. Il était amoureux de ce Gryffondor au grand cœur.
Il aurait pu en être rebuté mais comme il assumait depuis un long moment son homosexualité au grand dam de son père car, comme il lui avait souvent expliqué, ce n'était pas un problème pour assurer le prolongement de la lignée Malfoy avec la magie et les découvertes en potions. Et il connaissait maintenant très bien l'homme qui se cachait sous la figure du Survivant. Oh combien il aimait cet homme.
Il s'arma de courage et se leva pour s'asseoir à côté de lui. Harry ne dormait pas encore apparemment à cause d'un cauchemar et était plongé dans un roman moldu pour se détendre.
« Dray ? » fit-il en relevant un sourcil. « Ca va ? »
« Oui, enfin … j'ai peur. »
« Moi aussi mais s'il fallait à chaque fois que je l'écoute, je serais mort il y a bien longtemps. »
« Qu'est-ce qui te permet de ne pas en tenir compte. »
« J'en tiens compte, » répondit Harry en posant son livre sur la table. « Cela m'a donné un certain instinct de préservation mais … comment expliquer… Je ne sais pas… je fais ça depuis tellement longtemps… Je me focalise sur ceux que j'aime et que ce que je fais me permet de les sauver. »
Drago le regarda un instant, dubitatif.
« J'ai du mal à croire que ça marche, » dit-il.
« En première année, on venait à peine d'apprendre le sortilège de lévitation et à Halloween, il y a eu l'affaire du troll. Ron et moi on a du l'affronter pour sauver Hermione. »
« Comment vous avez fait ? »
« On lui a balancé des trucs à la figure pour le distraire d'Hermione et je lui ai grimpé sur le dos. Ron a lancé le sortilège et il lui a arraché sa massue des mains pour l'assommer avec. »
« Bande de Gryffondors décérébrés complètement cinglés ! » s'exclama le brun.
« Et loyaux ! » ajouta Harry en riant doucement en voyant l'expression sur le visage de son ami. « Ron et Hermione ont toujours été là pour moi. Je ne peux pas les abandonner. »
Drago hocha la tête. Il se tortillait les mains alors qu'il cherchait en lui le courage de se déclarer. Le roux sembla le remarquer alors qu'il reprenait roman.
« Est-ce qu'il y a autre chose qui t'angoisse ? »
« Hmmm… disons que c'est plutôt le fait de n'avoir jamais l'occasion de faire quelque chose qui m'angoisse. »
« Et qu'est-ce c'est ? » demanda le Gryffondor, curieux.
Le Sang-Pur resta un moment à tergiverser sur ses sentiments et inspira un grand coup pour se donner du courage.
« Harry. Je ne sais pas du tout comment on doit dire cela puisque j'ai toujours eu ce que je voulais et que tout venait à moi quand je claquais des doigts ou presque … » Harry fronça les sourcils alors qu'il l'écoutait attentivement. « … Mais c'était essentiellement parce que j'avais un nom et une réputation qui faisaient tout à ma place. J'étais un enfant gâté. »
« Ce n'est pas moi qui vais te contredire mais où veux-tu en venir ? »
« Je … j'éprouve des sentiments pour toi et je ne sais pas du tout quoi faire pour ne pas paraître déplacé ou … commettre une erreur… ou … »
Harry soupira.
« D'accord, j'ai compris, » dit-il un peu gêné. « Hmmm… Je ne sais pas trop quoi faire non plus dans ce genre de situation non plus. Et je n'ai jamais parlé relations avec Ron parce que d'une part j'ai toujours une épée de Damoclès au-dessus de la tête qui m'empêchait d'y penser sérieusement, et d'autre part parce qu'il pense aux filles et moi … »
« Aux garçons ? » proposa Drago.
« Oui. » Il vit le Serpentard soupirer de soulagement. « Tu pensais que j'étais hétéro ? »
« Au moins hétéro puisque tu es sorti avec deux filles. »
« Deux désastres. Cho pensait qu'à Cédric et Ginny … au final, je la vois plus comme ma sœur que comme une petite amie. Et je préfère de loin observer les garçons à la sortie de la douche que les filles. »
« On est d'accord…, » rit Drago un peu plus à l'aise.
« Donc, tu … tu m'aimes ? » s'enquit le Gryffondor.
« Aussi étrange que cela puisse paraître, oui. Et … et toi ? »
Harry préféra détourner le regard un instant pour observer le jardin par la fenêtre. Il soupira.
« Je vais être honnête avec toi, Drago. Je t'apprécie beaucoup mais avec ce qui se passe, je n'avais pas songé à ouvrir mon cœur à ce point-là. Pas si c'est pour faire souffrir quelqu'un. »
« Mais s'il n'y avait pas la guerre, j'aurais une chance ? » demanda le Serpentard.
Harry lui fit un sourire engageant.
« Tu n'es pas du tout désagréable à vivre ni à regarder, Dray. »
Le brun sourit à son tour et vint déposer ses lèvres sur celles du Gryffondor. Ce dernier fut surpris par autant d'audace mais finalement se laissa aller car ils n'avaient qu'une vie et qu'au final, ils pourraient très bien mourir le lendemain.
