Chapitre 19 : Dans le bec du phénix
Installée dans la chambre qu'elle occupait avec James dans la demeure de Sirius, Lily n'arrivait pas vraiment à se concentrer sur la lecture du livre ouvert devant elle. Ses pensées revenaient invariablement vers Harry et elle s'efforça de comprendre où elle avait failli.
La jeune Lily Evans avait été aussi surprise que ses parents quand le professeur McGonagall était venue lui annoncer qu'elle était une sorcière à l'âge de onze ans. Toutefois, ceux-ci l'avaient toujours encouragée à faire de son mieux lors de sa scolarité à Poudlard et de profiter de cette chance pour exceller. Elle se souvenait de leurs expressions empreintes de fierté en recevant chaque bulletin de notes et en particulier lorsqu'elle avait décroché ses BUSE puis ses ASPIC avec des notes allant d'Effort Exceptionnel à Optimal. Sa relation avec Pétunia s'était malheureusement détériorée avec le temps, au fur et à mesure que les deux sœurs s'étaient mises à évoluer dans des univers complètement différents mais Lily avait essayé de l'inclure dans sa vie, en vain.
A sa sortie de Poudlard, la Gryffondor s'était battue pour ses idéaux, en rejoignant l'Ordre du Phénix. Elle avait aussi choisi de vivre sa vie pleinement, peut-être trop vite, en épousant James et en donnant naissance à leurs deux garçons en pleine période d'instabilité du monde magique britannique. Jusqu'ici, la sorcière née-moldue n'avait jamais regretté ces différents choix… à l'exception d'un seul, fait un peu moins de douze ans auparavant.
Jamais Lily n'aurait dû faire confiance à Albus lorsqu'il les avait persuadés, elle et James, de confier temporairement Harry à sa sœur. Elle avait d'ailleurs protesté à l'époque, étant parfaitement consciente de l'intolérance de Pétunia et de Vernon envers la magie. Malheureusement, James avait été tellement horrifié par les pouvoirs d'Harry et en particulier par son don de Fourchelang. D'après son époux, il existait des passages très sombres dans l'histoire de la famille Potter avec son lot de mages noirs qui possédaient des pouvoirs inhumains, notamment liés à la pyromancie. Lily avait cédé à la pression de son mari et du directeur de Poudlard mais seulement à la condition que ce placement soit temporaire et qu'ils puissent le récupérer avant son entrée à Poudlard. Au moins il serait en sécurité par rapport aux Mangemorts, s'était-elle consolée à l'époque, en pensant aux protections mises en place par Albus.
Un an plus tard, la maison située au 4, Privet Drive, s'envolait en fumée avec tous ses occupants. Lily s'était enfermée dans la chambre d'Harry cette nuit-là et après avoir jeté un sort d'insonorisation pour ne pas réveiller Andrew, elle avait hurlé et pleuré toutes les larmes de son corps. Quoi que puisse en penser James, c'était son bébé qui était mort cette nuit-là !
Sauf qu'il n'était pas mort. Cet enfant qu'elle avait essayé d'enfouir au plus profond de son cœur était vivant et avait grandi loin d'elle. À ses yeux, le pire était peut-être de lui avoir enseigné depuis son arrivée à Poudlard et de ne pas avoir remarqué qui il était. En tant que mère, n'aurait-elle pas dû reconnaître son propre enfant, même après tout ce temps ?
Elle ne savait rien de lui, de ses goûts, de ses passions… ni même pourquoi il était venu à Poudlard sous une autre identité. Kyle Reese semblait être une identité d'emprunt et sa véritable identité lui faisait horreur alors comment se faisait-il appeler d'ordinaire ? Tout ce qu'elle savait, c'était qu'il cultivait une profonde haine à son égard et à celle de James. Elle avait lu le mépris dans ses yeux lorsqu'il l'avait désignée comme un « larbin » d'Albus.
Lily devait reconnaître qu'elle avait eu peur en le voyant pointer une baguette sur James. Le sortilège de crache-limaces, bien qu'inconfortable, s'était avéré tout à fait inoffensif. Le mystère concernant sa provenance avait été d'ailleurs rapidement résolu. Il s'agissait d'un modèle expérimental de baguette « jetable » élaboré par Fred et George Weasley, que les jumeaux avaient oublié dans la chambre lors de leur séjour, l'été précédent.
Contrairement aux modèles aboutis qui étaient désormais vendus en magasin, cette baguette produisait seulement deux à trois sortilèges correctement avant de se transformer en autre chose. Malheureusement pour James, lorsqu'il avait voulu tester la baguette pour en déterminer la provenance, celle-ci s'était brusquement transformée en enclume avant de lui tomber sur le pied. Inutile de préciser que le cri haut perché qu'il poussa, ainsi que la succession rapide de jurons qu'il énuméra dans les secondes qui suivirent avaient été entendus dans toute la maison.
Bien que cette baguette ne puisse pas supporter des sortilèges trop puissants, Lily ressentait une lueur d'espoir à l'idée qu'Harry ne l'ait pas utilisée pour mettre le feu à la maison ou pour blesser sérieusement quelqu'un. Pour autant, elle ne le comprenait pas et Lily avait toujours détesté ne pas comprendre, à plus forte raison lorsqu'il s'agissait de quelque chose ou de quelqu'un qui comptait beaucoup à ses yeux. A l'époque de sa scolarité, c'était sa détermination qui lui avait permis de percer le secret de Rémus et de nouer une solide amitié avec lui en dépit de la carapace qu'il avait érigée envers tous ceux extérieurs au cercle des Maraudeurs.
N'y tenant plus, elle décida de quitter la chambre pour partir à la recherche de l'adolescent. Descendant l'escalier, elle entendit des notes de piano s'élever depuis. A sa connaissance, seule Hermione avait coutume de jouer de cet instrument mais à sa grande surprise, ce n'était pas elle qui était en train de jouer.
Les yeux fermés, Harry était en train de jouer un air qu'elle reconnût comme la Sonate au Clair de lune de Beethoven. Ses mains parcouraient fluidement les touches tandis que son visage était empreint de concentration mais aussi d'une certaine paix. Pour la première fois depuis son arrivée ici, le Gryffondor lui apparut réellement détendu, peut-être parce qu'il était complètement absorbé par la musique.
Lily décida de ne pas l'interrompre et se fit aussi silencieuse que possible pour l'écouter. Cet air magnifique qui lui semblait si triste et si grave, reflétait à merveille la situation dans laquelle elle se trouvait vis-à-vis de son fils. Tous les souvenirs qu'elle avait si profondément enfouis remontaient progressivement à la surface. Elle se souvenait de la première fois où elle avait posé les yeux sur lui, avec sa petite touffe de cheveux noirs. Elle se rappelait de ses yeux verts si semblables aux siens et si innocents à l'époque. Elle revoyait si nettement le petit garçon doux et affectueux de trois ans qui marchait vers elle pour lui demander de lire un conte. Il aimait les dragons à l'époque, était-ce toujours le cas ?
Perdue dans ses pensées, elle ne s'était pas rendue compte que la musique s'était arrêtée. Lorsqu'elle posa de nouveau les yeux sur lui, l'enseignante remarqua qu'il n'avait pas quitté le piano mais sa posture était différente, plus alerte, d'une manière qui lui rappelait James ou Sirius lorsqu'ils n'étaient pas à l'aise.
- Désirez-vous quelque chose, professeur ? Demanda Harry d'une voix neutre, tout en feuilletant négligemment la partition posée devant lui.
Lily voulait savoir tellement de choses qu'elle ne savait pas par où commencer. Où avait-il grandi ? Qui l'avait élevé ? Avait-il été heureux ? Quels étaient ses plats préférés ? Avait-il déjà eu une petite amie ? Comment était-il devenu si talentueux dans des domaines beaucoup trop avancés pour son âge ?
Toutes ces questions étaient pourtant secondaires en comparaison de ce qu'elle désirait vraiment. La mère d'Harry aurait voulu pouvoir remonter le temps afin de ne jamais le laisser à la garde sa sœur, quitte à se brouiller avec James et Dumbledore au passage. Elle voulait que son fils la considère comme sa mère plutôt que comme une étrangère à haïr et à craindre, elle voulait plus que tout que son fils l'aime et lui pardonne, aussi égoïste cela puisse-t-il paraître.
La gorge nouée, elle essayait d'arrêter de tortiller ses mains, un signe de nervosité qu'elle avait rarement manifesté depuis sa scolarité à Poudlard. Elle finit par prendre la parole d'une voix rauque, ses yeux verts rivés sur lui.
- Je voulais… Je voudrais te demander pardon, même si je sais que c'est beaucoup demander. Je voulais que tu saches que je regrette profondément de t'avoir laissé chez Pétunia, je ne pensais pas… Je suis tellement désolée, Harry.
L'adolescent ne répondit pas, ni ne quitta son siège. Déglutissant non sans difficulté, elle s'attendit à ce qu'il lui lance une pique sur sa servilité auprès d'Albus ou une insulte vis-à-vis de ce qu'elle avait fait. A la place, il se leva lentement et commença à se diriger vers la porte. Il s'arrêta avant de la franchir et s'exprima d'une voix teintée de lassitude.
- Professeur, je ne serai jamais en mesure de vous accorder ce pardon que vous recherchez, même si je le voulais. L'enfant dont vous vous souvenez a agonisé chez les Dursley et d'une certaine façon, il est mort en même temps qu'eux.
- Qu'est-ce que tu veux dire ? Demanda-t-elle d'un ton incertain, craignant par avance de connaître sa réponse.
L'adolescent se retourna vers elle et elle le regarda attentivement. Elle ignorait s'il s'agissait de sa véritable apparence mais ses cheveux noirs lui rappelaient ceux de James et l'un de ses yeux était vert comme les siens. En revanche, elle était certaine qu'il n'avait pas un œil bleu étant petit, peut-être était-ce un œil artificiel comme celui d'Alastor ? Cette hypothèse lui paraissait d'autant plus vraisemblable qu'il avait une fine cicatrice qui partait de son front jusqu'à sa joue en passant par cet œil. Il avait toujours sa fine cicatrice en forme d'éclair au niveau de son front qu'il avait reçue bébé la nuit où Voldemort avait essayé de les tuer, Andy et lui.
- Vous n'avez pas lu le rapport de la police magique à la mort des Dursley ? Le placard sous l'escalier qui me servait de chambre y était pourtant décrit, enfin ce que les flammes en avaient laissé. J'ai découvert à cet âge-là que les monstres n'avaient pas besoin d'avoir de longues griffes ou de grandes dents.
- Détestes-tu les moldus depuis ? L'interrogea-t-elle d'une voix blanche, en craignant que son fils ne soit devenu un partisan des théories anti-moldu des sang-purs.
- Non, j'ai compris que la cruauté était tout simplement humaine. On la retrouve chez les moldus comme chez les sorciers. A l'époque, je me suis d'ailleurs demandé si c'était un trait que vous partagiez avec Pétunia.
Cette dernière pique, peut-être par sa désinvolture, la frappa en plein cœur. La percevait-il comme un monstre, elle aussi ? Une personne qui prenait plaisir à infliger de la souffrance à autrui ? Jamais elle n'aurait cru que Pétunia puisse faire du mal à un enfant, qui plus est son propre neveu mais après tout, si elle avait pu se comporter ainsi à son égard, comment Harry aurait-il pu supposer que sa propre mère était différente ?
Elle essaya de se ressaisir et de se concentrer sur les questions qu'elle voulait lui poser. Examiner la situation sous un angle analytique était le seul moyen pour elle de ne pas éclater en sanglots.
- L'autre jour, tu as parlé de ta mère adoptive… Vit-elle aux Etats-Unis ?
L'expression du Gryffondor se rembrunit avant de se lisser dans une parfaite neutralité. Il s'agissait visiblement d'un sujet sensible pour lui.
- Elle est décédée il y a quelques années, vous pouvez par conséquent abandonner l'idée de la retrouver pour vous en servir comme d'un moyen de pression contre moi, rétorqua-t-il avant de porter son regard sur le côté.
Suivant ses yeux, Lily aperçut James et Sirius dans l'encadrement de la porte. Le propriétaire des lieux semblait mal à l'aise tandis que son époux paraissait seulement sur ses gardes. Harry mit ses mains dans ses poches et leur adressa un sourire dépourvu de toute sincérité.
- Je suppose que le professeur Dumbledore vous a demandé de procéder à mon interrogatoire, messieurs… et que malheureusement, je n'aurais pas droit à un avocat pour assurer ma défense. Pourquoi ne pas s'installer dans la bibliothèque ?
Sans attendre leur réponse, l'adolescent passa simplement à côté d'eux pour quitter la pièce et après un bref échange de regards, les deux Maraudeurs et Lily lui emboitèrent le pas. Bien que toujours décontenancée, la sorcière décida de prouver par tous les moyens à son fils qu'elle n'était pas le monstre qu'il croyait.
Allongée sur son lit, Hermione avait renoncé à se remettre sur le devoir qu'elle préparait pour le professeur Flitwick. Ce n'était pas tant que sa soif de connaissance s'était tarie mais plutôt que son esprit était hanté par un adolescent aux yeux vairons qui résidait comme elle au 12, Square Grimmaurd, pour le moment.
A l'instar d'Andrew, la Gryffondor avait obtenu l'autorisation de rester quelques jours supplémentaires dans la demeure ancestrale de la famille Black, au moins jusqu'à ce que la semaine de deuil décrétée à la mort de Rusard arrive à son terme. Bien sûr, la sorcière née-moldue était tout à fait consciente qu'il ne s'agissait pas d'un acte désintéressé de la part du directeur. Nul doute que ce dernier espérait revenir un peu dans leurs bonnes grâces ou bien se servir d'eux pour créer un lien de confiance avec Kyle, non, Harry.
Malheureusement, l'adolescente n'était pas entièrement libre de ses mouvements pour autant. Prétextant d'agir dans ses intérêts, le professeur Dumbledore lui avait assigné un membre de l'Ordre du Phénix pour assurer sa protection. A l'heure actuelle, c'était Mondingus Fletcher qui était de garde devant sa chambre. A ses yeux, il s'agissait davantage d'une façon de la tenir éloignée de son ami.
Elle avait toujours du mal à réaliser que Kyle était le frère d'Andy supposé mort depuis plus de dix ans. Hermione ne comptait plus toutes les questions qu'elle souhaitait lui poser. Lui avait-il menti concernant son passé ou seulement modifié quelque peu la vérité ? Si elle était tout à fait honnête avec elle-même, ce n'était pas ce qui la préoccupait le plus. Ce qu'elle voulait savoir avant tout, c'était ce qu'il ressentait pour elle.
Dans tous les cas, celui-ci n'irait nulle part dans un avenir proche. En surprenant une conversation entre le professeur Potter et Sirius Black, elle avait entendu que toutes les sorties de la maison avaient été magiquement scellées et que la cheminée était désormais coupée du reste du réseau de poudre de cheminette. Transplaner s'avérerait également impossible avec les nouvelles barrières en place, si bien que la seule manière de venir ou de quitter le 12, Square Grimmaurd consistait à utiliser un portoloin ensorcelé par le professeur Dumbledore lui-même et chacun des portoloins avait été conçu de sorte à ne pouvoir fonctionner qu'avec l'aura spécifique de son porteur et de façon à ne transporter que cette personne. Hermione ne voyait aucune faille dans ces différentes mesures de sécurité, qu'elles trouvaient même effrayantes dans la mesure où ils ne pourraient même pas sortir de la maison si un incendie venait à se déclarer. Si des procédures particulières avaient été mises en place à cet effet, elle n'était pas au courant de leur existence.
Un bruit sourd dans le couloir l'arracha à ses pensées et elle porta instinctivement sa main à la poche où elle gardait sa baguette magique. A sa grande surprise, c'est le visage d'Andy qui apparût dans l'entrebâillement de la porte, lui indiquant silencieusement de la suivre. Acquiesçant de la tête, Hermione enjamba la silhouette inconsciente de Mondingus Fletcher avant de suivre à petit pas son ami vers les escaliers. A en juger par la paire d'oreilles à rallonge qu'il tenait à la main, celui-ci devait être aussi curieux qu'elle de savoir ce qui se disait en bas.
La bibliothèque des Black était suffisamment spacieuse pour accueillir la douzaine de personnes qui s'y trouvaient actuellement. Azrael avait espéré qu'ils soient aussi nombreux, une telle assemblée était plus facile à diviser et à monter les uns contre les autres mais il n'avait pas été certain que Dumbledore le permettrait. C'était révélateur de la façon dont Dumbledore gérait son organisation, davantage un club où il imaginait que chacun pouvait s'exprimer, bien que le directeur de Poudlard ait probablement le dernier mot.
Visiblement dans le but de rendre l'atmosphère moins oppressante, il n'y avait pas de large table, seulement de petites tables prévues pour recevoir des livres ou des plateaux. Azrael était assis dans un fauteuil, avec un rare exemplaire de l'Histoire du monde sorcier Britannique, volume 2, ouvert sur ses genoux. Sirius Black et les époux Potter étaient assis sur un large canapé directement en face de lui tandis que deux autres canapés avaient été disposés de part et d'autre, le premier pour les époux Weasley à la gauche des Potter et le second pour Remus Lupin et Nymphadora Tonks à leur droite. Dispersés dans des fauteuils individuels un peu plus en retrait, se trouvaient Kingsley Shacklebolt, Alastor Maugrey, le professeur Rogue et Albus Dumbledore lui-même.
Le Président-sorcier du Magenmagot ne tarda pas à faire apparaître des tasses de thé vides et des théières fumantes sur les petites tables, à destination de chacune des personnes présentes, ainsi que des plateaux de petits biscuits. L'exécuteur attendit que Molly Weasley se soit servie et ait bu une gorgée de sa tasse avant de se servir avec la même théière. Prudence était mère de sûreté après tout, surtout dans un nid de phénix.
Cela étant dit, l'assassin ne comptait pas leur faciliter la tâche pour autant. Il se plongea dans la lecture du livre précieux qu'il tenait entre ses mains, autant par plaisir de parcourir son contenu que pour tester la patience de ses hôtes. Il dût bien s'écouler deux ou trois minutes avant que le professeur Dumbledore ne se racle la gorge pour attirer son attention.
- Harry, nous souhaiterions te poser quelques questions, commença le directeur de Poudlard d'un ton affable.
- Nous voulons tous des choses, Albus. Par exemple, je voudrais quitter cet endroit. Peut-être pourrions-nous envisager un accord mutuellement bénéfique ? Par exemple, via un serment inviolable ?
Ses mots causèrent des réactions diverses dans l'auditoire. Les Potter parurent choqués qu'il propose un serment inviolable tandis que les Weasley paraissaient déjà surpris qu'il sache ce dont il s'agisse. Fol'œil se contenta de rire tandis que Rogue paraissait au bord de l'apoplexie.
- Quelle arrogance ! C'est bien un Potter, siffla Rogue avec dédain.
Azrael se contenta de hausser un sourcil devant la réaction du maître des potions avant de pouffer de rire.
- Pardonnez-moi, professeur. On m'a traité de beaucoup de choses mais rarement de Potter, c'est un nom que j'ai cessé d'utiliser quand Harry Potter est devenu légalement mort. Toutefois, j'apprécierais que vous dirigiez votre colère vers le véritable Potter que vous haïssez. Vous pouvez même vous livrer à un duel à mort avec lui pour ce que ça me concerne. Je serai le premier à vous acheter une bouteille du meilleur Whisky Pur Feu de chez Ogden si vous l'emportez, s'exclama Azrael avec un sourire aux lèvres avant de lever sa tasse de thé, comme pour porter un toast.
Cette dernière prise de parole refroidit considérablement la température de la pièce mais l'exécuteur se contenta d'apprécier le liquide fumant à sa juste valeur. Il s'agissait d'un Earl Grey de bonne qualité, avec lequel les gâteaux se mariaient à merveille. L'assassin songea qu'il devrait remercier madame Weasley pour la qualité de ses pâtisseries.
- Est-ce que tu hais James et Lily à ce point ? La faute est mienne, Harry. Ils n'ont fait que suivre mes recommandations, déclara Dumbledore d'un ton empreint de regret.
- Vous avez très certainement votre part de responsabilité, professeur mais mon ressentiment envers vous est moins personnel. Vous avez enfreint des lois et très certainement failli à la fois en tant que professeur et en tant que président-sorcier du Magenmagot mais je n'étais pas de votre famille. Eux étaient mes parents et c'était leur devoir civique et moral de s'occuper de leur enfant plutôt que de le jeter aux loups… sans mauvais jeu de mot, M. Lupin, termina Azrael avec un sourire glaçant adressé au lycanthrope.
Remus Lupin pâlit quelque peu mais ne répondit pas. L'exécuteur remarqua que Nymphadora Tonks avait pris sa main dans la sienne pour la serrer en geste de réconfort. Qu'ils soient amis ou amants, leur affection était une information dont il prit note. Après tout, il n'y avait pas de raison pour qu'il ne profite pas de l'occasion pour apprendre des choses à leur sujet.
- Potter, ou quelque soit le nom que tu veux employer, ces histoires de famille ne m'intéressent pas, intervint Alastor Maugrey. Ce que je veux savoir, c'est ton implication dans les événements de Pré-au-Lard.
- Vous voulez dire en dehors du fait que j'ai protégé et aidé à fuir Andrew Potter et ses amis, au péril de ma vie ? Rétorqua Azrael avec une expression faussement candide.
- Nous te sommes reconnaissants, Molly et moi, pour avoir sauvé Ron et Ginny, s'exclama Arthur Weasley avec une expression contrite.
La sincérité du père de Ron le prit un peu au dépourvu mais l'exécuteur se contenta de hocher la tête pour accepter ses remerciements. Au moins, sa femme s'était abstenue de lui asséner une étreinte écrasante comme elle le faisait pour ses enfants. Il n'était pas sûr qu'il aurait pu retenir de se défendre par réflexe à ce que son corps aurait perçu comme une agression.
- J'ai compté une douzaine de Mangemorts et une vingtaine de loups-garous qui leur étaient affiliés, dont la transformation avait été déclenchée par une potion, semble-t-il. En vertu de l'article R.43 du code de justice magique, j'ai tué en légitime défense plusieurs d'entre eux… je vous avoue que je ne les ai pas comptés, déclara Azrael dans un haussement d'épaules.
- Ce ne sont pas les Mangemorts qui nous intéressent dans le cas présent mais un assassin, qui semble avoir été présent sur les lieux, intervint Kingsley dont le visage ébène reflétait une certaine curiosité.
Ah, c'était donc ce qui les intéressait. Azrael n'avait pas vu de témoin, en tout cas pas capturé vivant donc ils avaient dû trouver des fragments de son masque sur la scène. Au moins, il ne le portait pas sur le visage quand il s'était effondré, ce qui lui laissait quelques portes de sortie pour éviter d'avoir à révéler qui il était.
- Pourriez-vous être plus spécifique concernant cet assassin, M. Shacklebolt ? Demanda Azrael, avant de refermer soigneusement l'ouvrage qu'il tenait entre les mains avec un marque-page.
- D'après les éléments que nous avons retrouvé à Pré-au-Lard, il s'agirait d'un assassin connu sous différents pseudonymes, tels que l'Ange de la Mort ou le Faucheur. Au Japon, il est aussi connu comme le Shinigami noir.
- Effectivement, je vois tout à fait de qui vous parlez. Je peux vous confirmer qu'il était présent à Pré-au-Lard, je ne serais pas ressorti vivant de ce guêpier sans son intervention, répondit calmement l'adolescent.
C'était la plus stricte vérité, au détail près qu'il s'agissait de lui-même. S'il n'avait pas dissimulé son identité sous ce masque, il aurait davantage hésité à employer les grands moyens donc d'une certaine façon, le Faucheur lui avait permis de rester en vie. Il restait maintenant à constater comment ils allaient accepter ou contester cette information. Une chose était sûre, cela dit, il n'y avait pas de veritaserum dans son thé !
- Vous n'êtes donc pas le Faucheur ? L'interrogea Dumbledore, en haussant un sourcil.
Mettant à profit son meilleur jeu d'acteur, Azrael adressa au professeur un regard éberlué avant d'éclairer de rire. Son amusement n'était d'ailleurs même pas forcé puisque c'était la première fois qu'on lui posait la question aussi ouvertement, enfin dans le cas d'une personne qui n'était pas mourante ou sur le point d'être éliminée.
- Non, professeur et croyez bien que je suis navré de vous décevoir. Connaissez-vous seulement sa réputation ? Si j'avais été l'Ange de la Mort, croyez-vous vraiment que nous serions en train d'avoir cette conversation ? Vous êtes peut-être un très puissant sorcier mais la moitié de vos amis ici présents seraient morts avant que vous arriviez à le capturer… déclara l'adolescent d'un ton clairement désabusé.
- Cela veut dire que vous le connaissez, n'est-ce pas ? Le pressa Kingsley d'un ton fiévreux. Savez-vous qui il est en réalité ? Ou bien l'endroit où il se trouve ?
L'exécuteur aurait dû se douter que son activité sur le sol britannique avait dû attirer l'attention des autorités locales mais il ne s'était pas attendu à ce que l'Ordre du Phénix s'y soit particulièrement intéressé. N'étaient-ils pas assez occupés à mener une guerre de l'ombre contre les Mangemorts pour avoir à s'occuper des affaires privées d'organisations criminelles internationales ?
- Non, M. Shacklebolt, ce n'est pas comme ça que fonctionne l'organisation à laquelle il appartient, du peu que j'en sache en tout cas. Contrairement à la vôtre, il n'y a pas de grandes réunions, ni d'organigramme.
- Quel est ton rôle dans cette organisation, au juste ? Demanda Maugrey, visiblement désireux de recentrer le débat sur quelque chose de constructif.
- Je pensais que c'était évident. Je suis… une sorte de consultant du renseignement, ce qui n'est d'ailleurs pas illégal selon les lois sorcières britanniques.
- En d'autres termes, un espion, reformula Fol'œil. Quelle était précisément ta mission ?
- Principe de réciprocité, M. Maugrey, rétorqua Azrael avec un sourire. Que comptez-vous faire de moi ?
- Que veux-tu dire ? Demanda Molly Weasley d'un air confus.
Azrael était parfois abasourdi par le degré d'amateurisme de cette organisation. Se retenant de passer une main sur son front pour exprimer sa lassitude, il s'éclaircit la gorge avant de prendre la parole.
- Je pense qu'un récapitulatif de la situation s'avère nécessaire pour certaines personnes présentes dans la pièce. Vous avez kidnappé un mineur et le détenez actuellement contre sa volonté en dehors de toute instance légale et sans qu'il dispose d'un avocat pour le défendre. Sachant que l'enlèvement et la séquestration ont été commis en bande organisée, cela veut dire non seulement la perte de leurs emplois pour ceux qui travaillent au ministère mais aussi une peine maximum de vingt ans à Azkaban. N'hésitez pas à m'arrêter si je me trompe, M. le président-sorcier du Magenmagot, termina Azrael avec un sourire poli.
L'exécuteur ne put s'empêcher d'apprécier certaines réactions, notamment l'air horrifié de madame Weasley et l'expression estomaquée de Nymphadora Tonks. Il ne fut guère surpris de voir James Potter prendre la parole, sans agressivité mais avec un air circonspect.
- Tu es notre fils, Harry, s'exclama le professeur de défense contre les forces du mal. De par notre autorité parentale, les charges d'enlèvement et de séquestration ne tiennent pas.
Il fallait reconnaître à l'Auror qu'il connaissait bien la loi sorcière mais dans le cas suivant, il aurait besoin d'un peu plus que la théorie. L'exécuteur lui adressa un sourire condescendant en levant à nouveau sa tasse.
- Vous seriez correct, professeur, si Harry Potter était toujours de ce monde. Vous semblez l'avoir oublié mais il est officiellement mort, il y a plus de dix ans. De ce fait, son dossier est classé aussi bien dans le monde sorcier que chez les moldus.
- Au détail près que tu es bien et bien vivant, répliqua Fol'œil avec suspicion. Ton dossier peut être rouvert, du moment que le lien de parenté peut être établi.
- Je ne l'aurais pas mieux formulé, M. Maugrey. Ce lien de parenté peut être établi via une comparaison de la signature magique entre un échantillon de sang actuel et celui pris, soit à la naissance de l'enfant dans un hôpital sorcier, soit à sa première année d'étude à Poudlard lorsqu'il est né dans un hôpital moldu. Je n'entrerai pas dans les détails mais hélas, les deux signatures magiques ne concorderaient pas dans mon cas, s'exclama Azrael d'un ton faussement rempli de regret.
Il n'avait effectivement aucune intention de leur expliquer que sa magie avait été profondément affectée, à la fois par le rituel de sang qu'Anna avait fait avec lui et par le don que lui avait fait Zack avant de mourir. Leurs magies vivaient dans son sang et avaient quelque peu altéré sa signature magique, pas suffisamment pour ne plus être reconnu comme un Potter par les protections de leur maison mais assez pour ne plus avoir exactement la même signature magique qu'à sa naissance.
- Et qu'en est-il des preuves matérielles ? Intervient Kingsley. Vous avez vécu avec James et Lily étant enfant, il y a forcément chez eux des photos, des jouets…
Azrael se resservit une tasse de thé et y mit un peu de sucre, laissant ainsi quelques instants aux époux Potter pour regagner un semblant d'espoir, ou plutôt de triomphe dans le cas de l'animagus. Ce n'est qu'après avoir savouré une gorgée de Earl Grey qu'il consentit à dissiper tout malentendu.
- Vous avez tout à fait raison, Auror Shacklebolt. Malheureusement, je crains fort que les rares effets personnels d'Harry Potter qui avaient été tous rassemblés et stockés dans son ancienne chambre se soient malheureusement envolés comme par magie.
- C'est impossible ! Les protections du manoir… commença James, éberlué.
- Elles sont impeccables, je l'admets volontiers. Toutefois, pourquoi chercher à les détruire quand on est simplement autorisé à entrer ? Si Harry Potter était par miracle revenu d'entre les morts, il n'aurait eu qu'à faire un pas pour les traverser.
- Ce serait une entrée par effraction, intervint Dumbledore.
- On accuse rarement les fantômes de ce genre de choses et comme l'a si dit bien le professeur Potter, s'il s'agissait d'un Harry Potter en chair et en os, il rentrait simplement chez lui. Quel dommage qu'il n'existe plus aucune trace de son existence en dehors de ses papiers d'état civil et autres formalités d'usage, rétorqua Azrael en levant les mains en signe d'impuissance.
Comme quoi, il avait bien fait de prendre ses précautions. Encore aujourd'hui, il appliquait toujours à la lettre les leçons d'Anna et en particulier celles qui visaient à le garder en vie et hors de portée des agences de police et de renseignements des pays où il était amené à intervenir.
L'adolescent fut sorti de ses pensées lorsque James Potter frappa sa cuisse du plat de sa main, non pas par dépit mais par joie.
- Je sais ! Il reste quelqu'un que tu n'as pas pu effacer. Toby était ton elfe de maison, il était déjà lié à toi à l'époque. Les autres elfes n'étaient pas liés magiquement aux enfants parce que cela vous aurait trop épuisés à cet âge mais Andy et toi aviez chacun un elfe et le tien, c'était Toby, expliqua James avec un large sourire. Toby ! Toby, montre-toi !
Le regard d'Azrael se fit considérablement plus dur et il reposa délicatement sa tasse sur la table, de peur de la fracasser sous le coup de la colère. Posant ses deux mains sur ses genoux, il prit une profonde inspiration avant de prendre la parole d'un ton tranchant.
- Il ne viendra pas.
- C'est impossible, un elfe est obligé d'obéir à un ordre de son maître, rétorqua l'Auror en fronçant les sourcils.
- C'est exact mais cet elfe n'avait pas vu son lien renouvelé depuis des années et il était en piteux état… il a donc trouvé un autre maître, plus enclin à prendre soin de lui. Je gage que vous n'essayerez pas de le retrouver, les conséquences seraient fâcheuses dans le cas contraire, expliqua calmement Azrael.
- S'agit-il d'une menace, Harry ? Demanda Albus d'un air réprobateur.
- Non, je ne fais pas de menaces, professeur, seulement des promesses mais permettez-moi de développer pour qu'il n'y ait aucune ambiguïté. Si quelqu'un venait à poursuivre Toby, une prime si alléchante sera mise sur sa tête que son espérance de vie s'en trouverait considérablement réduite.
Depuis les escaliers, Andrew et Hermione avait tout entendu grâce aux oreilles à rallonge. Le jeune Potter essayait de digérer tout ce qu'il venait d'entendre, au sujet de son frère et du Faucheur. Kyle… Harry, quel que soit le nom qu'il avait choisi, ne voulait pas rester ici et ne semblait pas vouloir redevenir Harry. Plus encore, il s'était assuré qu'on ne pourrait pas le ramener de force, sur le plan légal tout du moins. Le professeur Dumbledore avait beau être Président-sorcier du Magenmagot, il n'était pas au-dessus des lois pour autant. L'Ordre du Phénix ne pourrait pas garder son frère indéfiniment ici et il faudrait un jour se poser la question de le libérer.
- Je n'en reviens pas que Kyle soit un espion… murmura Hermione en secouant la tête.
- Vu la colère qu'il a, je m'étonne qu'il n'ait pas fait massacrer nos parents par ce Faucheur…
- Tes parents n'auraient pas dû négliger leur elfe de maison. Ce pauvre Toby aurait dépéri sans Kyle…
Andrew ne put s'empêcher de sourire face à la compassion que sa meilleure amie témoignait à leur elfe de maison. Son sourire s'effaça en réalisant que lui aussi avait été indifférent à ce pauvre Toby. Il était toujours si discret, jamais le Gryffondor ne lui avait demandé pourquoi il nettoyait une pièce qui ressemblait à une chambre d'ami jamais utilisée. Tout ce temps, c'était la chambre d'Harry qu'il entretenait, en mémoire de celui-ci.
Un miaulement attira son attention et il regarda par la fenêtre. Ce n'est pas un chat qu'il aperçut mais plusieurs silhouettes encapuchonnées qui regardaient les différents immeubles de la rue. L'une d'entre elles tenait un objet brillant en main mais qu'il n'arrivait pas à identifier à cette distance. Tout ce qu'il savait, c'était qu'ils se rapprochaient de l'endroit du 12, Square Grimmaurd. Pourtant, c'était impossible ! Le sortilège de Fidelitas était censé les protéger.
- Hermione…
- Chut, j'essaie d'écouter ce qu'ils disent !
- Hermione, il faut vraiment que tu voies ça !
- Attends ! Kyle, je veux dire Harry, il est en train de dire que le temps est compté, que des gens arrivent…
- Justement, regarde par la fenêtre !
Hermione leva enfin la tête et se rapprocha de la fenêtre. Andrew ne les avait pas quittés des yeux. Ils ne semblaient pas les voir exactement mais ils regardaient dans la direction de la maison désormais et l'objet, peut-être un orbe, était de plus en plus lumineux.
- Andy, est-ce que tu entends ce bruit ?
- Oui, d'où est-ce que ça vient ?
- Je ne sais pas mais j'ai l'impression que quelque chose vibre.
Le Gryffondor avait un très mauvais pressentiment. C'était la maison qui s'était mise à vibrer, même les vitres. Est-ce qu'ils allaient la détruire ? Un Fidelitas les gardait peut-être cachés à la vue de tous mais si quelqu'un détruisait leur emplacement approximatif, seraient-ils protégés par le sortilège ?
- Je dois les prévenir ! S'exclama Andrew avant de se mettre à descendre les escaliers quatre à quatre.
Il était déjà trop tard. Quand il arriva en bas des escaliers, un large cercle lumineux était apparu au niveau de la porte et une silhouette en sortit. Un homme vêtu d'une longue cape noire et d'un masque blanc orné d'un serpent sur la joue gauche. Était-ce le fameux Faucheur ?
Le Gryffondor avait dégainé sa baguette par réflexe mais il fut percuté par un rayon de lumière avant d'avoir pu jeter le moindre sort. La dernière pensée qu'il eut fût pour ses parents et pour ses amis, Merlin les sauve !
Note de l'auteur : Cela fait très, très longtemps que je n'ai pas publié sur cette fiction et j'en suis sincèrement désolé. Je vais essayer de la poursuivre, et ce à un rythme plus régulier pour achever le premier tome, en parallèle d'autres projets d'écriture. J'espère que ce chapitre vous aura plu.
