Un énorme merci à Rosae Blue, pcam, CharlotteDucat, Andyyouu, Darkling29, Alice, Fleur d'Ange et DI5M pour toutes vos reviews sur mon chapitre précédent ! Elles me font vraiment chaud au cœur :)
Je vous préviens, ce chapitre est extrêmement long… Merci à ma courageuse bêta, Polka60, pour sa relecture/correction ! Bonne lecture !
XXIV. Good Girl Gone Bad
Aussi loin qu'elle s'en souvienne, Hermione Granger avait toujours été l'une de ces personnes qu'on aimait railler. Lorsque sa famille s'était installée à Fort Wickdale, afin d'ouvrir leur cabinet dentaire, son intégration dans la petite école primaire s'était révélée compliquée.
On voyait peu de famille comme la sienne, à Fort Wickdale, un petit village reculé du nord de l'Ecosse, connu pour sa communauté très unie, et sa méfiance envers les étrangers. Hermione n'avait jamais réalisé à quel point elle était différente avant d'y emménager.
A Glasgow, où ils avaient vécu précédemment, ils représentaient le cliché d'une famille lambda. Personne dans la rue ne se retournait à leur passage.
« Tu devrais faire plus d'efforts pour t'intégrer avec les autres enfants. » lui répétait patiemment sa mère entre deux rendez-vous, lorsque Hermione rentrait de l'école, le visage dépité, retenant difficilement ses larmes.
Hermione avait peu de choses en commun avec ses condisciples. Dès son jeune âge, on lui avait détecté un QI plus élevé que la moyenne. A l'Académie des enfants intellectuellement précoces de Glasgow, ses professeurs acclamaient son érudition, sa soif d'apprendre et sa maturité. La petite école primaire de Fort Wickdale ne disposait ni des ressources ni de l'encadrement approprié pour s'occuper d'une élève surdouée dans son genre. Elle s'était alors réfugiée dans les livres, y trouvant un épanouissement intellectuel qu'aucune interaction sociale ne lui procurait.
Tout était un prétexte pour se moquer d'elle. Sa chevelure ''indomptable'', trop épaisse, difficile à entretenir. Ses dents trop avancées. Son intérêt pour les livres et les sujets intellectuels. Au fil des années, Hermione avait développé une angoisse profonde envers les enfants de son âge. Elle ne rêvait que d'une chose. Grandir pour finalement quitter cet environnement hostile et enfin s'épanouir, sans subir toutes ces pressions sociales. C'était cette perspective d'avenir qui l'avait poussée à supporter le harcèlement dont elle faisait l'objet.
Sa fortune s'était présentée plus vite que prévue. A l'aube de ses 11 ans, elle avait reçu une lettre de Poudlard, une école pour enfants spéciaux. Immédiatement, elle avait pensé à un signe d'une entité extérieure. Quelqu'un avait entendu ses plaintes et ses frustrations et avait enfin décidé de lui venir en aide.
Une sorcière, lui avait-on annoncé d'un ton factuel.
Elle avait observé la lettre, les yeux vitreux, incapable de croire à l'immensité de ce nouveau monde qui s'ouvrait à elle. L'idée que la magie puisse exister lui avait paru tellement… irréaliste. Les Granger avaient l'esprit rationnel. Ils aimaient les sciences, les preuves, les faits.
Ils avaient toutefois dû remettre en cause toutes leurs croyances lorsqu'une vieille dame à l'apparence stricte, vêtue d'une manière curieuse, avait agité un objet longiligne en direction de la cheminée. Un feu ardent avait jailli dans l'âtre, sortant de nulle part. Mrs Granger avait laissé échapper un cri apeuré.
Ce soir-là, Wendell Granger, son père, s'était assis sur son fauteuil préféré et il avait englouti deux verres de scotch, renonçant à cinq années de sobriété. Il n'avait pas touché une seule goutte d'alcool depuis la mort tragique de son père, intervenue dans un accident de voiture, face à un automobiliste ivre. Son visage déjà pâle avait pris la couleur d'un linge blanc immaculé.
« Vous êtes spéciale Miss Granger. » avait indiqué une certaine Minerva McGonagall, qui s'était présentée comme la directrice adjointe de Poudlard, une école de sorcellerie.
Poudlard, disait-elle, pourrait accueillir Hermione afin de parfaire son éducation magique et stimuler ses compétences dans un environnement sûr, protecteur et adapté. Il s'agissait de l'établissement privé le plus prestigieux du Royaume-Uni.
Ils disposaient d'un fonds particulier pour les personnes comme elles. Chaque année, Poudlard approchait les meilleurs étudiants d'origine moldue lorsqu'ils atteignaient l'âge requis. Ils étaient régulièrement suivis par le Ministère de la Magie pendant leur enfance.
Cette journée avait changé sa vie. Hermione s'était retrouvée dans un nouvel environnement du jour au lendemain, forcée de s'adapter à une culture totalement différente. Cette découverte s'était révélée… exhilarante. Sa première promenade sur le Chemin de Traverse l'avait laissée émerveillée. La vue de ces sorciers à l'accoutrement original, ces bâtiments à l'architecture biscornue et ces créatures semblant sortis d'un conte pour enfants avaient été inoubliables.
En arrivant pour la première fois à Poudlard, Hermione avait été fascinée. Pour la première fois depuis longtemps, elle avait été heureuse à l'idée de se rendre à l'école. La perspective de passer les sept prochaines années dans cet endroit fantasque avait semblé être un rêve inespéré. Une nouvelle chance pour elle.
Jamais elle n'aurait pu imaginer que ses espoirs disparaîtraient en fumée.
A Poudlard et dans le monde magique, personne ne s'était jamais soucié du fait qu'elle soit racisée. Pourtant, même dans ce nouvel univers dont elle pensait faire partie intégrante, Hermione Granger était différente. Elle s'en était rendue compte pour la première fois lors d'un cours de vol, dispensé par le Professeur Bibine.
Des garçons de Serpentard étaient passés devant elle, se moquant ouvertement de ses difficultés à appeler son balai.
« Pas aussi facile que les autres cours, hein, Sang-de-Bourbe ? » avait demandé Vincent Crabbe, un gorille deux fois plus grand et imposant que ses camarades de classe.
Sa bande d'amis avait ricané bruyamment avant de s'éloigner, lançant des regards hautains à Hermione. Confuse, elle s'était retournée vers Harry qui l'avait regardée avec gêne.
« Sang-de-Bourbe ? Qu'est-ce que ça signifie ? » lui avait-elle demandé.
Ses connaissances du monde magique étaient encore limitées et elle n'avait jamais lu ni entendu ce terme. Cependant, au vu du ton employé par Crabbe, elle pouvait deviner qu'il s'agissait d'un terme insultant. Harry n'avait pas semblé vouloir lui donner la signification du mot mais après maintes insistances de la part de la petite fille, il avait fini par céder.
« C'est un insultant contre les personnes d'origine moldue. » avait-il expliqué. « Certains sorciers pensent qu'ils sont supérieurs parce que leur sang est ''pur.'' »
Il avait grimacé en prononçant ce mot.
« Ce sont des bêtises. Tu es la fille la plus intelligente que je connaisse, Hermione. » avait renchéri Harry en voyant la mine dévastée de la fillette.
Ce jour-là, Hermione avait compris qu'il existait une hiérarchie dans la société sorcière. Ses espoirs d'avoir intégré une société avancée, peu préoccupée par les différences entre les humains s'étaient évanouis en quelques secondes. Harry, comme d'habitude, s'était montré adorable avec elle. Il était même allé jusqu'à demander à sa mère, d'origine moldue, de rassurer Hermione.
« Tu es une petite fille très spéciale, Hermione. Pleine de ressources et extrêmement intelligente. Ne laisse jamais personne te dire le contraire. » avait déclaré Lily Potter d'une voix douce.
Hermione avait trouvé un réconfort à l'entente des mots de Mrs. Potter, une femme intelligente et parfaitement intégrée à la société sorcière, malgré son statut de Née-Moldu.
« Tu pourras devenir ce que tu veux, Hermione. Auror, médicomage, dresseuse de dragon. » lui avait assuré le père d'Harry.
« Même Ministre de la Magie ? » avait interrogé Hermione d'un ton timide.
« Bien sûr ! Mais sincèrement, je ne sais pas si tu devrais aspirer à ce poste. Les Ministres de la Magie ne sont pas les individus les plus futés que je connaisse. » avait grommelé M. Potter.
« Pas de politique à cette table, James. » avait rappelé Mrs. Potter d'une voix sévère, s'attirant le regard désolé de son mari.
« Désolé, Lils. Ce que je voulais dire Hermione, c'est que tu pourras faire tout ce que tu veux si tu travailles assez dur. » assura James d'un ton confiant, lui adressant un clin d'œil.
Hermione avait éprouvé du soulagement, et même une certaine jalousie envers son ami. Quelle chance il avait, d'avoir une famille aussi aimante et compréhensive.
A l'école pourtant, cela n'avait pas été aussi simple. Les Quatre, un groupe de filles à l'influence incontestable, avaient pris Hermione en grippe. Il ne se passait pas un jour sans que l'une d'elles, notamment Daphné Greengrass et Pansy Parkinson, lui fasse des remarques désobligeantes sur son apparence ou son attitude pendant les cours.
Toutefois, à Poudlard, contrairement à Fort Wickdale, elle avait des raisons d'être heureuse. Harry, son meilleur ami, était toujours à ses côtés, constamment prêt à la défendre. D'autre part, Hermione adorait les enseignements dispensés à Poudlard et elle était encensée par tous ses professeurs. Elle avait donc rapidement appris à ignorer les moqueries et le harcèlement constant des Quatre et avait choisi de se faire discrète.
Son parcours académique était sans tâche. Préfète, puis Préfète-en chef, Présidente du Club de Métamorphose, Présidente du Club des Nouveaux Élèves de Poudlard et Fondatrice de la Société d'Aide à la Libération des Elfes de maison. Première de sa promotion, elle était destinée à rejoindre les meilleurs programmes universitaires après sa sortie de Poudlard.
Hermione aimait tout prévoir. Elle avait déjà planifié son parcours des trente prochaines années. Tout ce qu'elle entreprenait était destiné à l'aider à atteindre ses objectifs. Ses ambitions étaient impressionnantes. Je veux être la plus jeune Ministre de la Magie que le Royaume-Uni n'ait jamais connu, disait-elle souvent à ses camarades de Gryffondor, s'attirant des regards sceptiques mais bienveillants.
Tout destinait Hermione Granger à un avenir prometteur. Du moins, c'était ce qu'elle avait cru. Tout avait été chamboulé lorsqu'elle avait intégré Poudlard pour sa septième et dernière année et que son chemin avait croisé celui de Sirius Black.
Son emprise sur Hermione avait été immédiate. Elle qui n'avait accordé que peu d'importance aux garçons de son entourage, elle avait été renversée par l'intensité de ses sentiments pour lui. Progressivement, Hermione avait perdu de vue les préoccupations qui avaient pourtant rythmés son quotidien durant ces six dernières années.
Sirius avait pris une place conséquente dans sa vie. Il était la première personne à qui elle pensait lorsqu'elle se réveillait le matin. Il occupait chacune de ses pensées. Il avait été le premier à lui faire connaître les joies de l'amour et le plaisir des étreintes passionnées.
Ce qu'il lui faisait ressentir était… indescriptible. Son cœur palpitait avec violence lorsqu'elle le voyait. Son cerveau perdait sa capacité à réfléchir lorsqu'il était en sa présence. Son corps frissonnait de façon incontrôlée lorsqu'il posait les mains sur elle. Jamais elle n'aurait imaginé que des sensations aussi intenses puissent exister. Elle n'était pas seulement attachée à Sirius. Elle était dévorée par un sentiment si profond et ardent que plus rien ne semblait compter à part lui. Sa présence était comme une drogue à laquelle elle ne voulait plus échapper.
Peu à peu, la voix entêtante dans son esprit lui criant que leur liaison était interdite avait commencé à perdre de l'ampleur, jusqu'à devenir complètement muette. Elle se fichait de leur différence d'âge et de son statut de professeur. Elle n'avait que faire des froncements de sourcils que causeraient leur relation si elle était révélée au grand jour.
Sirius voyait en elle quelque chose que peu de gens saisissaient. Il stimulait sa confiance en elle. Il lui faisait sentir qu'elle n'était pas simplement cette adolescente Miss Je-Sais-Tout, comme les Quatre se plaisaient à la surnommer sans cesse. Hermione était une femme mature, désirable, spéciale.
Même les moqueries des Quatre et les remarques des autres élèves ne la touchaient plus. Elle était désormais au-dessus de ça. Pourquoi se préoccuper de choses aussi futiles lorsqu'elle avait désormais plus important dans sa vie ?
Elle avait observé Ginny Weasley, la nouvelle élève, s'empêtrer dans les lianes dangereuses des Quatre. Au début, elle avait tenté de la mettre en garde.
« Ces filles sont dangereuses. Tu n'as vraiment pas envie de te retrouver dans leurs mailles. » avait-elle assuré en apprenant que Ginny souhaitait se rendre à leur soirée de bienvenue. « Si elles trouvent la moindre faiblesse, elles te détruisent. J'en sais quelque chose. Elles n'aiment pas les personnes avec les origines comme les miennes. »
Pourtant, ce n'était pas ses mises en garde contre les Quatre que Ginny avait relevé, mais un autre détail.
« Tu es Née-Moldue ? » avait interrogé Ginny, mal à l'aise.
Hermione avait trouvé étrange la lueur alertée qu'elle avait vu apparaître dans les yeux de Ginny mais elle ne s'en était pas formalisée davantage. Quelques jours plus tard, Daphné Greengrass, la leadeuse des Quatre, avait lancé les hostilités.
Hermione avait suivi l'affaire de loin, sachant pertinemment qu'il serait stupide de sa part de s'y mêler. Elle avait trouvé une autre distraction et un nouvel objectif à remplir : l'élection de Miss Fondatrice. Les nouvelles responsabilités attribuées à ce titre honorifique s'étaient révélées attrayantes et Hermione avait commencé à contempler l'idée d'y participer pour solidifier son dossier scolaire.
Au début, elle avait eu quelques réserves. Après tout, ces évènements étaient habituellement réservés aux princesses populaires telles que Daphné Greengrass et Mandy Brocklehurst. Seules les filles dans leur genre accédaient traditionnellement au rang de Miss Fondatrice.
Pourtant, Hermione avait été présélectionnée et une partie d'elle avait éprouvé une excitation soudaine à l'idée d'être considérée comme une potentielle concurrente dans la course, au même titre que les Quatre.
Hermione avait tenté de se différencier par un programme bien pensé et intelligent, bien loin des préoccupations stupides que prônaient certaines des candidates comme Pansy Parkinson. Au même moment, Sirius avait commencé à lui témoigner un intérêt évident et Hermione avait été ravie de l'assister dans son projet.
Bien rapidement, leur relation avait évolué vers quelque chose de moins… professionnel. Ce jour-là dans le living-room des Potter, lorsqu'elle s'était approchée pour embrasser Sirius, elle s'était demandée quel doxy l'avait piquée. Pourtant, quelque chose dans l'attitude de Sirius lui avait assuré qu'il serait réceptif à sa tentative de rapprochement. Hermione avait finalement fait le premier pas et Sirius n'avait pas refusé ses avances.
Immédiatement, elle avait été parcourue d'une multitude de sentiments : la honte, la gêne, la culpabilité. Il avait fallu du temps pour qu'Hermione se remette de son embarras.
« Vous n'avez pas besoin de vous excuser. Nous étions deux, après tout. Nous n'avons pas besoin d'en parler davantage, entendu ? Je peux agir comme s'il ne s'était rien passé si cela permet de faciliter les choses, pour vous. » lui avait assuré Sirius, après qu'elle ait passé des jours à s'efforcer de l'éviter.
Hermione avait d'abord cru que son baiser inattendu serait sans suite. Pourtant, cela avait été loin d'être le cas.
« La vérité, c'est que je ne peux pas m'empêcher d'y penser. » avait déclaré Sirius plongeant son regard sombre dans celui d'Hermione. « Et peut-être que je devrais le regretter car je suis votre professeur mais ce n'est pas le cas. »
Hermione était restée pétrifiée sur place, ne sachant pas comment agir face à la situation.
« Je suis certain que vous l'avez ressentie… Cette…connexion entre nous. C'est pour ça que vous m'avez embrassé, ce soir-là. » avait-il dit.
Et rapidement, leur aventure passionnée, secrète et terriblement excitante avait débuté, plongeant Hermione dans un état d'euphorie indescriptible.
C'était Sirius qui avait été son plus grand supporter pour l'élection, même lorsque sa confiance en elle avait été au plus bas, déçue d'être constamment dans les dernières positions du classement.
« Je te l'ai dit Hermione, tu as quelque chose que les autres n'ont pas. Mais la différence entre toi et ces filles, c'est qu'elles croient en leur chances et qu'elles comprennent qu'il faut s'adapter. » avait déclaré Sirius avec patience. « Il va falloir que tu commences à être un peu égoïste. C'est une compétition. »
Puis il s'était penché dans sa direction pour capturer ses lèvres. Ce jour-là, leur relation avait franchi un nouveau cap. Ce jour-là, Hermione Granger était définitivement tombée dans les griffes attirantes de Sirius Black.
Les semaines suivantes, elle avait suivi avec hauteur le conflit explosif de Ginny Weasley contre les Quatre. Pourquoi Ginny s'évertuait-elle à perdre son temps avec des pestes de leur acabit ? Hermione avait écouté d'une oreille distraite les récits de Ginny, ne pouvant s'empêcher de porter un jugement négatif face à leur guerre ridicule et immature.
« Tu aurais vu sa tête, elle était complètement traumatisée. » avait un jour raconté Harry à Hermione d'une voix dramatique, se penchant de manière exagérée sur la table. « Je ne te chercherai jamais des noises, Ginny. »
Ils avaient apparemment fomenté un plan complexe pour cloisonner les Quatre dans la forêt interdite, avant d'enfermer Tracey Davis dans la cabane hurlante pour obtenir un journal. Ginny avait esquissé un sourire plein de fierté et clamé que l'objet contenait tous les ''petits secrets personnels de Daphné Greengrass.''
Hermione avait secoué la tête, dépassée par ces enfantillages. Elle n'avait plus d'énergie à accorder à ces histoires. Sa vie était désormais remplie de choses positives. Elle n'avait jamais été aussi heureuse de son existence et elle n'était pas prête à tomber de ce nuage de perfection pour se rouler dans la boue avec Ginny et les Quatre. Pourtant, tout avait changé en l'espace de quelques semaines seulement.
Hermione parcourut la Carte du Maraudeur avec curiosité, observant avec admiration son niveau de détail. Elle s'interrogea sur les sorts utilisés pour créer quelqu'un chose d'aussi complexe. Dans son dortoir, elle pouvait distinguer son propre point ainsi que celui de sa camarade de chambrée. Elle observa attentivement les alentours du château. Le couvre-feu était passé et il y avait peu d'agitation dans les couloirs. Rusard et son animal de compagnie fidèle, Miss Teigne, semblaient inspecter les lieux, à la recherche d'élèves sortis de leurs lits.
Comme souvent désormais, ses pensées se tournèrent vers Sirius. Se languissait-il de sa présence comme c'était le cas, pour elle ? Un sourire apparut au coin de ses lèvres. Hermione déplaça la carte, à la recherche de l'étage où se trouvait son bureau.
Elle ne l'espionnait absolument pas, décréta-t-elle. Pourtant, elle imaginait déjà le regard entendu d'Harry. Sirius ne semblait pas dans son bureau et Hermione s'amusa presque à explorer tous les étages, à la recherche de son point sur la carte.
Soudainement, elle finit par le trouver dans un recoin du septième étage, dans ce qui semblait être une remise. Toutefois son point n'était pas seul.
Millicent Bulstrode, lut-elle.
Hermione fronça les sourcils. Pourquoi Sirius se trouvait-il dans un coin isolé du château à une heure tardive, en compagnie d'une élève ?
Il y avait probablement une explication tout à fait logique, pensa-t-elle immédiatement. Elle ne devait pas se faire d'idées sans raison valable. Peut-être lui donnait-il une leçon particulière ?
A cette heure-ci ? A cet endroit ? pensa-t-elle en secouant la tête. Cela lui semblait peu probable.
Elle eut un éclair de lucidité en réalisant qu'il s'agissait probablement d'une retenue. Il lui faisait sans doute récurer des vieilles armoiries. Il était de notoriété publique que Millicent Bulstrode n'était pas une élève studieuse. Elle ratait régulièrement les cours, et lorsqu'elle était présente, ne semblait pas porter attention aux professeurs. Elle était l'une des dernières de leur classe. Quant à son comportement, il n'était pas meilleur. Elle faisait partie des Quatre, le clan qui terrorisait Poudlard, et passait son temps à tourmenter le reste de l'école par pur plaisir.
Hermione tenta de reporter son attention sur quelque chose d'autre mais elle n'y parvint pas. Régulièrement, son regard revenait vers les points de Sirius et Millicent. Elle décida soudainement de replier la carte, sachant pertinemment qu'elle ne pourrait pas se concentrer sur autre chose.
« Méfaits accomplis. » murmura-t-elle avant de ranger la carte dans sa commode d'un geste brusque.
Hermione saisit ses notes de Métamorphoses afin de réviser une dernière fois en vue de l'interrogation du lendemain. Elle ne parvint cependant pas à se concentrer sur les mots inscrits sur le parchemin. Elle finit par abandonner. Alors qu'elle se décidait à aller dormir, Hermione ne résista pas à la tentation d'ouvrir une nouvelle fois la carte du Maraudeur.
Elle fut envahie d'un profond malaise en réalisant que les points de Sirius et Millicent étaient toujours présents, au même endroit, deux heures plus tard. Quelque chose en elle se réveilla - une panique insidieuse et latente, lui susurrant des paroles désagréables.
Le lendemain, Hermione passa une journée affreuse. Cette voix dans son esprit était toujours présente, devenant plus résonnante au fil des heures, lui criant d'écouter son instinct. Elle s'efforça de l'ignorer.
Elle ne voulait pas se faire des films et devenir paranoïaque. Elle n'avait aucune preuve. Aucun élément lui faisant penser que quelque chose se tramait. Juste deux points dans une même salle sans aucun contexte. Elle ne devait pas sauter aux conclusions.
Et quelles seraient ces conclusions, de toute manière ? Qu'il se passait quelque chose entre eux ? Non, c'était improbable. Jamais cette fille ne pourrait l'attirer. Sirius aimait les femmes intelligentes, discrètes, spirituelles. Millicent Bulstrode n'était rien de tout cela.
Malgré tout, le doute ne quitta pas Hermione. Et peu à peu, il commença à la ronger. Pendant toute la matinée, son attention fut rivée sur Millicent, à la recherche d'un quelconque indice, d'un geste ou d'une parole déplacée. Elle resta particulièrement attentive à son comportement pendant leur cours de DCFM. Elle ne vit rien. Millicent suivait à peine le cours, gribouillant dans un journal ce qui ne semblait pas être sa prise de notes. Quant à Sirius, il fit son cours comme d'habitude et ne regarda pas une seule fois dans la direction de Millicent Bulstrode.
Pourtant, Hermione réalisa qu'il ne regardait jamais dans sa direction pendant le cours. Il s'adressait uniquement à elle parce qu'elle participait activement. En public, Sirius avait l'attitude qu'un professeur aurait normalement avec une élève. Jamais il n'avait eu de geste qui pourrait faire planer le doute sur leur relation. Le voir distant avec Bulstrode n'était donc pas une quelconque preuve.
Le jour suivant, lorsqu'elle entra dans le bureau de Sirius, elle resta un peu en retrait. Il sembla immédiatement remarquer son attitude distante.
« Tout va bien, Hermione ? » demanda-t-il.
Elle hocha la tête même s'il s'agissait d'un mensonge grossier. Elle se força à esquisser un sourire, même si le cœur n'y était pas.
« Je suis passée ici, hier soir. » dit-elle quelques minutes plus tard. « Tu n'étais pas là. »
« Une réunion avec le reste des professeurs qui s'est éternisée. » répondit-il.
« Toute la soirée ? » demanda Hermione, en l'observant avec attention.
« Oui. Quand Filius et Minerva débattent sur un sujet, ça prend des heures. » ajouta-t-il avec un rire.
Elle l'observa avec incrédulité tandis qu'il s'esclaffait, une lueur rieuse dans les yeux, son visage séduisant rejeté en arrière.
Son estomac se noua et ce malaise profond la parcourut de nouveau. Il venait de lui mentir effrontément. Sans une seule hésitation dans le regard ni la voix. Les paroles avaient même quitté ses lèvres avec une facilité déconcertante.
« J'aurais préféré être en ta compagnie, évidemment. A vrai dire, je n'ai pas arrêté de penser à toi une seule seconde. » dit-il de sa voix suave sans la lâcher du regard, une lueur intense brillant dans ses yeux noirs.
Non, pensa-t-elle, s'efforçant de trouver une explication plausible. Elle ne pouvait pas croire qu'il lui mente sans raison valable. Pas quand il la regardait ainsi. Comme si elle était la seule à compter à ses yeux. Comme s'il ne voyait qu'elle. S'il ne voulait pas lui avouer la vérité, c'était probablement qu'il y avait une raison importante à cela, décréta-t-elle.
Il plongea les mains dans ses cheveux et Hermione se perdit dans son regard ténébreux, son cœur s'accélérant comme à chaque fois qu'il la touchait. Lorsqu'il lui fit l'amour ce soir-là, ce fut presque comme s'il avait remarqué sa soudaine insécurité. Il était fou d'elle, insista-t-il dans son oreille. Jamais il n'avait ressenti quelque chose d'aussi puissant pour quelqu'un d'autre. Et Hermione se sentit chavirer, sous la chaleur de ses baisers ardents, rassurée par la conviction sans faille présente dans ses paroles.
Son soulagement fut toutefois temporaire. Dès qu'ils étaient séparés, le doute s'insinuait de nouveau en elle, telle une maladie vicieuse, l'empêchant de fonctionner correctement. Pour s'occuper, Hermione tenta alors de se concentrer à bras le corps sur la prochaine épreuve de l'élection.
N'était-ce pas une autre preuve évidente de la loyauté de Sirius à son égard ? Il lui avait donné des indices sur l'épreuve à venir parce qu'il voulait la voir gagner, elle. Pas des pestes superficielles comme Greengrass ou Parkinson.
Pas Millicent Bulstrode.
Pourtant sa paranoïa ne sembla pas décroitre. Hermione continua à épier Millicent Bulstrode à distance, sa rancœur grandissant au fil des jours. Elle remarqua rapidement que Millicent ne semblait pas dans son assiette. Elle paraissait constamment broyer du noir pour une raison obscure, ce qui éveilla davantage la curiosité d'Hermione. Son attitude avait-elle un rapport avec Sirius ?
Hermione surveillait la carte du Maraudeur à chaque fois qu'elle en avait l'occasion. Sirius ignorait qu'elle était encore à sa possession. Lorsqu'il lui demanda si elle avait vu sa carte, Hermione haussa les épaules, répondant d'un air évasif qu'elle n'en avait aucune idée. Sirius n'insista pas, semblant la croire.
Depuis cette fameuse soirée, elle n'avait pas revu les points de Sirius et Millicent ensemble. Elle voyait Millicent dans des endroits un peu isolés du château, parfois pendant des heures durant, toujours seule. La curiosité d'Hermione grandit davantage.
Le jour où McGonagall leur annonça officiellement la date de l'épreuve suivante, Hermione surprit les paroles de Daphné Greengrass.
Cette dernière était passée devant elle pour s'approcher de Millicent. Discrètement, Hermione fit deux pas en avant et tendit l'oreille, se tournant vers McGonagall, faisant mine d'écouter les paroles de la Directrice Adjointe.
« Hey. » dit Daphné à voix basse. « J'ai besoin de te parler. On peut discuter après ? »
Hermione n'entendit pas la réponse de Millicent, murmurée du bout des lèvres. Pourtant, elle leur jeta un regard bref et elle vit que ses yeux se faisaient fuyants.
« Ça attendra, il faut qu'on parle. » répliqua Daphné d'un ton autoritaire qui n'admettait pas de refus.
« Ok. » répondit Millicent avec lassitude.
« Rejoins-moi à l'entrée des cachots – près de la gargouille. » indiqua Daphné.
Greengrass reporta ensuite son attention sur McGonagall et elle n'échangea pas un mot avec son amie pendant le reste de l'annonce.
Hermione fronça les sourcils. Le ton de Greengrass lui avait paru étrange et elle se demanda ce qu'elle avait de si important à dire à Millicent. Finalement, sa curiosité eut raison d'elle. Elle n'aurait probablement pas d'autre occasion. Lorsque McGonagall cessa de parler, elle vit Millicent quitter la pièce en trombe, sans adresser le moindre regard à ses amies. Hermione sortit à son tour, et elle pressa le pas en direction de sa salle commune. Elle se rua dans les escaliers menant aux dortoirs des garçons. Elle n'y croisa personne. Elle se dirigea vers le dortoir d'Harry et jeta des regards furtifs autour d'elle avant d'y entrer.
« Accio cape d'invisibilité. » dit-elle en pointant sa baguette sur la malle d'Harry.
Elle aurait pu demander directement la permission à son ami mais elle n'avait pas le cœur à lui raconter la vérité ni à inventer un mensonge pour justifier sa demande. Hermione fourra la cape dans son sac et redescendit les escaliers à toute vitesse. Une fois dans les couloirs, elle courut à en perdre haleine en direction des cachots. S'assurant que personne n'était dans les parages, elle se couvrit entièrement avec la cape puis descendit lentement les escaliers, s'efforçant de ne pas faire de bruit tandis qu'elle s'enfonçait dans les cachots.
Elle repéra rapidement la gargouille et aperçut Daphné Greengrass, adossée contre un mur, l'air profondément agacé.
Hermione se dirigea vers la gargouille et se plaça derrière, attendant avec appréhension. Quelques minutes plus tard, Millicent Bulstrode arriva en traînant le pas. Hermione tendit la nuque. De sa position, elle voyait seulement le dos de Millicent. Elle pouvait cependant discerner le visage de Daphné et l'expression sur son visage paraissait particulièrement hostile.
« Tu voulais me voir ? » demanda Millicent d'une voix lente.
« Je sais qui est ton amoureux secret. » révéla Daphné d'un ton sarcastique.
Hermione écarquilla les yeux à ses paroles. Daphné était-elle au courant de quelque chose ? Les battements de son cœur s'accélérèrent.
« Je ne sais pas de quoi tu parles. » répondit Millicent.
« Épargne-moi tes mensonges. Je vous ai surpris l'autre jour, dans un couloir. Je t'ai vu l'embrasser. » répliqua Daphné avec froideur.
Le visage d'Hermione se décomposa.
« Je…Je… » commença à murmurer Millicent, comme si elle tentait de se justifier.
Elle devint soudainement silencieuse.
« Lui, Millicent ? Vraiment ? De tous les mecs de cette école, il fallait vraiment que tu le choisisses lui ? A quoi joues-tu ? » demanda Daphné.
« Tu… Tu ne peux pas comprendre. » répondit Millicent d'une voix nerveuse.
« Dans ce cas-là, explique-moi. » insista Daphné. « Je suis vraiment curieuse d'entendre tes justifications. »
La gargouille derrière laquelle Hermione était cachée changea brusquement de position. Hermione sursauta, ne pouvant retenir un cri étouffé. Elle plaqua sa main contre sa bouche, priant intérieurement de ne pas avoir été entendue.
Les deux étudiantes tournèrent leur attention vers la gargouille et Hermione sentit la panique s'insinuer en elle, nerveuse à l'idée qu'elles réalisent qu'elle espionnait leur conversation.
« Tu as entendu, ça ? Il y a quelqu'un. » dit Millicent.
« C'était juste la gargouille. Ne change pas de sujet. » répliqua Daphné d'un ton sec.
Hermione réprima un soupir de soulagement lorsqu'elles ne semblèrent pas lui prêter davantage d'attention.
« Alors ? » insista Daphné. « Depuis combien de temps ça dure ? »
« Deux mois. » répondit Millicent. « Ça a commencé quelques semaines après la rentrée. »
« Vous avez couché ensemble ? » interrogea Daphné, sans aucun tact.
« Oui. » répondit Millicent, sans hésitation.
Hermione sentit lentement son cœur se briser tandis qu'elle entendait la révélation de Millicent. Elle se sentit chancelante. Elle n'entendit même plus le reste de la conversation, trop chamboulée pour pouvoir se concentrer sur leurs paroles.
Millicent fit soudainement volte-face, marchant d'un pas furieux en direction des escaliers, un air contrarié sur le visage. Quelques instants plus tard, Daphné quitta les lieux à son tour, prenant la direction opposée, probablement vers la salle commune des Serpentard.
Hermione s'était laissée tomber sur le sol, le dos collé contre le mur, le visage hagard, le souffle court. Elle ferma les yeux, ramenant ses genoux contre elle. Après ces derniers jours horribles, agités par le doute et la paranoïa, elle avait enfin obtenu sa réponse.
Et ce n'était pas celle qu'elle avait espéré.
Elle avait l'impression de ne plus pouvoir respirer. C'était comme si son cœur s'était arrêté. Ou pire. Qu'on le lui avait arraché avec violence avant de le laisser tomber brutalement au sol, le laissant étouffer, assoiffé, meurtri.
« Tu es spéciale, Hermione. Tu as quelque chose que le reste n'a pas. »
« Je te l'ai dit, Hermione. Tu es spéciale, et les autres finiront par s'en rendre compte. » assura Sirius.
« Tu mérites de gagner. »
« Il fallait bien que je trouve quelque chose à redire. Si je passe mon temps à te faire des compliments, on va commencer à se poser des questions, Hermione. »
« Pour être honnête, ton devoir était parfait. » admit-il. « Parfait, comme le reste. »
« Je n'ai pas arrêté de penser à toi une seule seconde. »
« C'est la première fois que je ressens quelque chose d'aussi intense. »
Toutes les paroles prononcées par Sirius lui revinrent en mémoire, telles des lames glacées s'enfonçant profondément dans sa poitrine. Quand les premières larmes apparurent au coin de ses yeux, tombant sur le sol grisâtre, elle se demanda comment cette douleur pouvait être si insupportable ?
Sirius lui avait menti. Ce qu'ils avaient partagé n'était pas exclusif. Elle s'était laissée berner par ses belles paroles, préférant écouter ses émotions et les sensations physiques qu'il lui faisait ressentir.
Jamais de son existence elle ne s'était sentie aussi stupide. Elle qui était habituellement complimentée pour son intelligence. C'était risible, pathétique même.
Et cela faisait tellement mal.
Lorsqu'elle remonta finalement dans son dortoir, elle eut l'impression d'avoir pleuré toutes les larmes de son corps. Elle ignora les paroles de sa camarade de dortoir et s'allongea dans son lit, épuisée et le cœur en mille morceaux.
Pour la première fois de sa vie, elle ne se rendit pas en cours, le jour suivant. Elle prétendit être malade à sa camarade de dortoir et lui demanda de l'excuser auprès des professeurs.
Elle resta enfermée dans son dortoir toute la journée, dans l'obscurité la plus totale, allongée dans son lit, les yeux fixant le plafond. Lorsqu'elle ne pleurait pas, elle regardait le mur opposé, le regard vide. Elle avait l'impression qu'un trou béant s'était formé dans sa poitrine et que rien ne parviendrait à le remplir. Passer à autre chose lui semblait totalement insurmontable. Comment pourrait-elle le croiser dans les couloirs, se rendre à ses cours et faire comme si de rien n'était alors que son cœur était émietté dans sa poitrine ?
Lorsqu'Hermione se décida finalement à sortir de son dortoir, il était près de minuit. Elle avait passé plus de vingt-quatre heures sans s'alimenter. Pourtant, la pensée d'avaler quoi que ce soit la rendait nauséeuse. Elle enfila sa cape par-dessus sa robe de chambre et descendit lentement les escaliers menant à la salle commune, pieds nus. Celle-ci était vide et elle se glissa par le trou du portrait de la Grosse Dame pour quitter la Tour de Gryffondor. Elle erra dans les couloirs pendant près d'une heure, sans but apparent, tentant de s'aérer l'esprit.
Elle n'y parvint pas. Son cerveau se posait un milliard de questions auxquelles elle avait besoin de réponses. Même si celles-ci seraient douloureuses. Rester dans l'ignorance était pire que tout, pour quelqu'un comme elle.
Elle descendit les escaliers et longea le corridor obscur en direction de son bureau. Elle avait besoin d'en avoir le cœur net. Pour sa santé mentale. Pour pouvoir tourner la page.
Arrivée devant la porte, elle tambourina sans aucune retenue, voulant s'assurer qu'il l'entende. Une minute plus tard, la porte s'ouvrit et il apparut dans l'encadrement. Il portait encore sa robe de sorcier et ne semblait pas dormir.
« Hermione ? » demanda Sirius d'une voix surprise. « Entre. »
Il s'effaça pour la laisser entrer et elle pénétra dans la pièce, sans un mot. Ses yeux tombèrent sur une armoirie placée sur le mur et elle y vit son reflet. Elle était dans un piteux état. La mine fatiguée, les yeux rougis et gonflés tant elle avait pleuré. Ses cheveux étaient ébouriffés et sans forme.
« Tout va bien ? » demanda-t-il d'une voix prudente.
Elle croisa son regard sombre et son cœur se serra en voyant sa mine préoccupée. Puis, sans crier gare, Hermione fondit en larmes. Quelques secondes plus tard, il était à ses côtés, essayant de l'étreindre mais elle le repoussa violemment.
« Je sais… Je sais tout… » hoqueta-t-elle.
Il ne répondit pas, attendant visiblement qu'elle poursuive.
« Millicent Bulstrode ! » éructa-t-elle, entre deux sanglots.
Sirius ne tiqua pas.
« Hermione… Je ne sais pas de quoi tu parles. » dit-il finalement, d'une voix mesurée.
« Arrête de mentir, je sais ce qu'il se trame entre vous. » accusa-t-elle, sentant une colère soudaine monter en elle.
Elle commença à faire les cent pas dans la pièce, agitée.
« Je vous ai vus sur cette carte, vous étiez ensemble pendant des heures… Tu m'as menti ce jour-là… J'ai été tellement stupide… Pourquoi, Sirius ? Elle l'a avoué de sa propre bouche… Je pensais que toi et moi, c'était vrai… Qu'est-ce qu'elle a de plus que moi… Pourquoi ? »
Ses phases étaient incohérentes, et elle savait qu'elles n'avaient probablement pas de sens, entrecoupées par ses sanglots.
« Hermione… » reprit-il de sa voix suave, comme s'il essayait de l'amadouer.
Il tenta à nouveau de s'approcher d'elle, mais elle attrapa le premier objet à sa portée et elle le jeta dans sa direction. Elle avait oublié sa baguette sur sa table de chevet.
« Non, arrête ! » hurla-t-elle, sentant une hystérie soudaine la parcourir.
Sirius sembla surpris par son éclat soudain, et il cessa d'avancer vers elle. L'objet qu'elle avait jeté - une sorte de balance, s'était encastré à ses pieds, sans le toucher.
« Je vais te dire la vérité, Hermione. Mais j'ai besoin que tu te calmes. » prévint-il.
Hermione acquiesça.
« Millicent Bulstrode est une élève instable et troublée. » dit-il d'un ton calme. « Elle m'a approché, un jour, c'est vrai. Elle a beaucoup de problèmes familiaux. Nous en avons parlé à plusieurs reprises parce que j'ai eu des problèmes similaires avec ma propre famille à l'adolescence. »
« Pourquoi tu m'as menti dans ce cas ? Tu as dit que tu étais à une réunion de professeurs ? » accusa-t-elle d'un ton contrarié.
« Parce que je ne voulais pas parler de ses problèmes intimes. Elle m'a confié des informations personnelles, je voulais respecter sa vie privée. Et très sincèrement, je craignais que tu te fasses des idées. Que tu réagisses comme tu le fais maintenant. » ajouta-t-il avec une grimace.
Sans comprendre pourquoi, elle se sentit honteuse. Pourquoi se sentait-elle coupable alors qu'elle n'avait rien causé ?
« Après ça, elle a commencé à me faire des avances. J'ai refusé, évidemment. Elle a commencé à devenir très insistante. Elle a très mal pris mon refus et m'a même menacé de mentir. De dire qu'il s'était passé quelque chose entre nous et qu'elle me dénoncerait auprès de la Direction. » ajouta-t-il en secouant la tête.
« Je… Je n'y crois pas… » réfuta Hermione, secouant frénétiquement de la tête.
Ça n'avait pas de sens. Pas après cette conversation qu'elle avait entendue entre Bulstrode et Greengrass. Pourquoi Millicent aurait-elle menti à son amie à ce sujet ?
« Elle a visiblement des problèmes mentaux. Je ne veux pas la psychanalyser mais il y a quelque chose qui ne va pas chez elle. » poursuivit Sirius. « Elle consomme aussi des drogues et ça ne m'étonnerait pas que ça explique son comportement. »
Hermione ne répondit pas, et il tenta un autre pas vers elle.
« Hermione, je t'en prie, il faut que tu me croies. » plaida-t-il. « Que veux-tu que je fasse pour que tu me croies ? »
Il avait haussé la voix, visiblement agité et elle l'observa en silence. Il paraissait aussi contrarié qu'elle l'était.
« J'ai du Veritaserum. Je suis prêt à en prendre maintenant si ça peut te permettre de me croire, Hermione. » continua Sirius avec sérieux. « Est-ce que tu veux que je le fasse ? »
Après une longue hésitation, Hermione acquiesça.
« Très bien. » dit-il d'un ton déterminé, avant de se diriger vers l'armoire où il gardait toutes ses potions et ses instruments dangereux. Il attrapa une fiole sur une étagère et lui montra. Sur l'étiquette, le mot Veritaserum était inscrit. Le liquide était transparent, mais scintillait légèrement, ce qui était caractéristique de cette potion. Sans plus attendre, il ouvrit la fiole et but tout le contenu d'une traite, sans hésitation.
« Demande moi ce que tu veux. N'importe quoi. Je ne pourrais pas te mentir. » assura-t-il.
Son regard était rivé sur le sien, et il l'observait avec appréhension. Hermione croisa les bras, nerveuse.
« Est-ce qu'il s'est passé quelque chose entre toi et Millicent Bulstrode ? Est-ce que vous avez couché ensemble ? » demanda-t-elle dans un murmure.
« Non. » répondit-il calmement, sans la lâcher du regard.
« Est-ce que tu m'as déjà menti ? » interrogea-t-elle.
« J'ai probablement exagéré quelques-unes de mes histoires d'Auror mais je ne t'ai jamais menti, Hermione. » assura-t-il.
Elle hésita avant de poser la question finale.
« Est-ce que… tu m'aimes ? » demanda-t-elle, le cœur battant.
« Oui. » dit Sirius sans une seule hésitation.
Une abondance de sentiments traversa Hermione. Elle se sentit tomber au sol, de nouveau en larmes. Cette fois, elle pleurait de soulagement. Sirius se rua vers elle et l'attira contre son torse. Elle se laissa aller contre lui, sanglotant inlassablement, épuisée par cet ascenseur émotionnel qu'elle vivait depuis les derniers jours. Il devait probablement la prendre pour une folle à lier. Merlin, elle ne pouvait pas lui en vouloir. Elle commençait elle-même à douter de son équilibre mental.
Elle ne se reconnaissait pas. Allongée sur le sol de son bureau, parmi les débris de cuivre, vêtue de sa robe de chambre, dans un état piteux, au bord de l'hystérie.
« Je suis désolée. » chuchota-t-elle, le visage enfoui dans sa nuque, ses larmes ruinant la chemise blanche qu'il portait.
« Ne le sois pas. » répondit-il, avant de poser un baiser rassurant sur le haut de sa tête.
Elle sentit les bras de Sirius se glisser sous ses genoux et autour de sa taille. Il la releva avec facilité. Elle se sentit posée sur un matelas confortable et quelques secondes plus tard, Sirius s'installa à ses côtés, l'étreignant par derrière. Hermione sombra dans le sommeil dans cette position, rassurée par les bras de Sirius autour d'elle.
Elle se réveilla trois heures plus tard. Elle s'extirpa des bras de Sirius et quitta silencieusement la chambre. Une fois dans le bureau, elle observa la pièce, comme si elle se réveillait d'un cauchemar vivifiant. Les preuves de son hystérie de la veille étaient toujours apparentes. Sa cape était jetée sur le sol, et les débris de l'instrument qu'elle avait sauvagement jeté sur Sirius étaient toujours éparpillés par terre. Elle se sentit de nouveau honteuse. La veille, elle avait perdu toute maîtrise d'elle-même. Elle ne savait pas quel botruc l'avait piquée. Sirius devait désormais la prendre pour une folle.
Hermione vit le flacon vide de Veritaserum sur le bureau de Sirius et elle s'en empara. Il restait un fond de potion dans la fiole. Elle voulait croire Sirius. Elle désirait vraiment le croire. Toutefois, pour se faire, elle devait s'assurer qu'il ne mentait pas. Elle referma soigneusement la fiole, ramassa sa cape et glissa le flacon à l'intérieur de sa poche avant de quitter la pièce. Il devait être tôt, car elle ne croisa personne dans les couloirs à part Peeves qui tentait de faire tomber une statue sur Miss Teigne. Il ricana et tira la langue à Hermione lorsqu'elle passa devant lui.
Après une douche rapide, Hermione se dirigea vers l'une des salles des classes utilisées pour les cours de Potions. Elle s'installa devant l'un des chaudrons avec son manuel et commença à rassembler les trois ingrédients mentionnés sur la page ouverte face à elle.
La Séparation des Éléments était un procédé qu'ils utilisaient parfois en cours afin de dissocier les divers ingrédients d'une potion pour en étudier la composition. Il permettait de vérifier exactement ce qui se trouvait dans une potion.
Hermione versa le fond de la fiole qui contenait le prétendu Veritaserum que Sirius avait ingéré la veille et attendit dix minutes, comme le sollicitait le manuel. Finalement, une fumée blanchâtre s'éleva dans le ciel et un symbole apparut. Elle nota soigneusement les symboles au fur et à mesure qu'ils apparaissaient. Lorsqu'elle eut terminé, elle compara les symboles à la légende. Chaque symbole incarnait un ingrédient particulier.
Hermione soupira de soulagement en réalisant que les ingrédients formaient la composition exacte du Veritaserum. Elle laissa même échapper un rire nerveux. Sirius n'avait pas triché. Il avait bien ingéré la potion afin de lui dire la vérité. Il l'avait fait sans hésitation, cherchant absolument à la convaincre qu'il ne mentait pas. Le cœur d'Hermione se réchauffa lorsqu'elle se souvint que Sirius avait confessé ses sentiments pour elle.
Elle avait été tellement stupide. Elle avait failli tout gâcher. A cause d'une seule personne – Millicent Bulstrode.
Harry vint trouver Hermione près de l'entrée de la Grande Salle, après le petit déjeuner.
« Hermione ! » s'exclama-t-il. « Je ne t'ai pas vue de toute la journée, hier. Je commençais à m'inquiéter. Midgen a dit que tu étais malade, tu te sens mieux ? »
« Mieux que jamais. » répondit-elle, esquissant un petit sourire en direction de son meilleur ami.
Harry reporta son attention sur le large tableau des scores de l'élection qu'Hermione observait.
Miss Fondatrice
Tableau d'Honneur
1. Mandy Brocklehurst – 345 points
2. Daphné Greengrass – 330 points
3. Tracey Davis – 290 points
4. Ginevra Weasley – 250 points
5. Millicent Bulstrode – 245 points
6. Pansy Parkinson – 220 points
7. Hermione Granger – 205 points
8. Luna Lovegood – 195 points
9. Lavande Brown – 160 points
10. Sally-Ann Perks – 140 points
Éloïse Migden – Éliminée/Forfait – 0 points
Padma Patil – Éliminée/Forfait - 0 points
Susan Bones - Éliminée/Forfait - 0 points
« Tu mérites tellement d'être placée plus haut. » commenta Harry, fronçant les sourcils. « Je ne comprends pas comment les Quatre se retrouvent dans le haut du tableau. Ces filles sont des vipères. »
« On dirait qu'il n'y a pas de justice dans ce monde. » commenta Hermione d'une voix lente sans lâcher du regard le tableau.
« Si c'était au mérite, tu serais première. Tu es la meilleure de notre promotion et tu feras probablement quelque chose de plus utile pour l'école comparée aux autres. » avança Harry. « Mais je suis certain que ce n'est pas perdu. Dans combien de temps est la prochaine épreuve, déjà ? »
« Deux semaines. » répondit Hermione d'une voix plate.
Les coéquipiers d'Harry sifflèrent le nom de ce dernier en passant près d'eux.
« On va s'entraîner. Je te vois tout à l'heure, Hermione ! » dit-il, tandis qu'il se joignait aux autres.
Elle ne répondit pas, les yeux rivés vers son propre nom, figurant à la septième place. Harry avait raison. Si cette élection se basait sur le mérite, les scores seraient totalement différents. Mais non, la popularité, la superficialité et d'autres qualités stupides la dominaient.
Les Quatre étaient des filles méprisables, abjectes et cruelles. Et pourtant, elles étaient les plus plébiscitées. Hermione serra les dents lorsqu'elle pensa aux mots de Sirius la veille. Non seulement Millicent Bulstrode avait tenté de le séduire, mais elle ne s'était pas seulement arrêtée là. Probablement blessée dans son égo de petite princesse superficielle, elle avait menacé de mentir au sujet de Sirius auprès de la Direction. Réalisait-elle seulement les conséquences que pouvaient avoir ses actes ? Probablement pas, pensa Hermione avec dépit. Bulstrode était une petite fille pourrie gâtée, habituée à obtenir ce qu'elle voulait. L'école toute entière était à ses pieds. Le refus de Sirius l'avait probablement rendue furieuse.
Qui savait ce que Millicent était capable de faire ? Pendant toute sa scolarité, Hermione avait assisté en première loge à leur méchanceté gratuite envers les autres élèves. Les insultes, les brimades, les humiliations publiques. Comme beaucoup d'autres dans l'école, Hermione en avait été la victime.
Ces filles étaient des dangers publics, agissant en toute impunité grâce au statut et à la réputation de leurs parents, des sorciers riches et puissants. Elles en profitaient pour faire asseoir leur dictature écœurante.
Hermione en avait assez.
Se faire insulter et harceler était une chose. Mais que Millicent Bulstrode essaie de s'en prendre à Sirius, l'homme qu'elle aimait, Hermione ne pouvait ni le concevoir ni l'accepter. Les Quatre et ses amies étaient dangereuses et il était temps que quelqu'un s'occupe enfin d'elles.
Millicent Bulstrode était une priorité. Après ses menaces envers Sirius, Hermione savait qu'elle pouvait à tout moment fabriquer des histoires de toutes pièces pour lui causer du tort. Qui le croirait si une adolescente l'accusait d'un comportement inapproprié ? L'estomac d'Hermione se noua en pensant à l'éventualité que Sirius puisse perdre son poste et soit forcé de quitter l'école pour une faute qu'il n'avait pas commise.
Son idée lui vint un jour à la bibliothèque, tandis qu'elle était occupée à travailler sur sa présentation pour l'épreuve.
Dans un livre, elle vit la mention de l'Élixir Soporifique, un puissant tranquillisant. Elle se souvenait clairement en avoir vu dans le bureau de Sirius. Cette substance était régulée et interdite au grand public. Il était impossible d'en obtenir sans autorisation spéciale. Pourtant, grâce à son statut d'ancien Auror, Sirius était autorisé à posséder certaines substances.
L'Élixir Soporifique était normalement utilisé sur des d'énormes créatures magiques afin de les transporter en toute sécurité. Le grimoire indiquait que si la potion était ingérée par un humain, cela suffisait à le mettre dans le coma artificiel pendant plusieurs semaines. Il n'y avait, généralement, pas de séquelles. Il s'agissait presque d'une sieste prolongée. Pendant l'une de ses escapades dans le bureau de Sirius, elle s'empara de l'une des fioles qu'il possédait.
Le jour de l'épreuve lui sembla être une bonne occasion de mettre son plan à exécution. Ce serait probablement sa seule occasion de se rapprocher de Millicent sans que cela n'éveille les soupçons. D'autre part, la présence d'autres personnes dans la pièce serait un avantage.
« Vous vous sentez prêtes ? » demanda Luna d'une voix rêveuse tandis qu'elles marchaient dans les couloirs en compagnie d'Hermione et Ginny.
« J'ai surtout hâte que ça se termine. » répondit Ginny, l'air ennuyé.
Elles passèrent devant les Quatre. Pansy Parkinson ricana à leur passage, et chuchota quelque chose à ses amies. Probablement une autre moquerie. Hermione serra les poings. Derrière Parkinson et les autres, Millicent Bulstrode suivait le groupe, à la traîne, le teint pâle et l'air détaché.
Dans la Salle des Trophée, Hermione profita du fait que les elfes servaient des boissons aux jury et aux candidates, pour prendre l'un des elfes à part. Elle avait une excellente relation avec certains d'entre eux. Même si la plupart ne voulait pas entendre parler de la S.A.L.E, ils appréciaient la gentillesse d'Hermione à leur égard.
« Millicent Bulstrode… » dit-elle en désignant l'étudiante, à l'autre extrémité de la salle. « …voulait boire un verre de jus de citrouille. » indiqua-t-elle, après avoir discrètement versé trois gouttes de l'Élixir Soporifique dans le seul verre contenant du jus de citrouille.
Hermione observa avec appréhension tandis que l'elfe se dirigeait vers Millicent, faisant léviter son plateau. Cette dernière était à l'écart, adossée contre le mur, refusant visiblement de prendre part aux trivialités de l'élection.
Millicent attrapa le verre que fit léviter l'elfe dans sa direction et le but d'une traite. Hermione réprima un soupir de soulagement. Tandis que McGonagall partageait aux candidates les instructions sur l'épreuve, Hermione ne cessa de jeter des regards furtifs vers Millicent. Cette dernière paraissait extrêmement pâle et elle se demanda s'il s'agissait déjà des effets de l'Élixir. Les candidates quittèrent rapidement la pièce une fois le coup d'envoi lancé et Hermione fit de même.
Pendant les deux heures suivantes, elle fit les cent pas, avec appréhension. Elle avait déjà répété son passage plus d'une vingtaine de fois. Elle se sentait prête. Si elle était aussi nerveuse, c'était à cause de Millicent Bulstrode. Son plan allait-il fonctionner ? Elle n'aurait pas de seconde chance. Elle se demanda si elle n'aurait pas dû mettre une goutte de plus pour s'assurer d'obtenir les effets escomptés.
Lorsqu'elle se rendit dans la Grande Salle, et que les candidates arrivèrent à tour de rôle avant le début officiel de l'épreuve, elle ne vit pas Millicent. Toutes ses amies étaient toutefois installées.
« Pour cette épreuve, les candidates devront présenter en dix minutes un plan d'action pour collecter le maximum de fonds afin de soutenir l'une des causes de leur choix. » expliqua McGonagall. « Vous serez jugées sur votre créativité, votre attention au détail et à votre capacité à communiquer. »
« J'espère que je ne vais pas passer en premier. » entendit Hermione, non loin d'elle.
Elle tourna la tête vers Sally-Ann Perks qui semblait particulièrement nerveuse.
« L'ordre de passage sera défini par un tirage au sort. » poursuivit McGonagall.
Elle attrapa le morceau de parchemin qui fut éjecté du récipient.
« Millicent Bulstrode. » appela-t-elle.
Personne ne bougea et McGonagall jeta un regard parmi les candidates, fixant la chaise vide où était supposée être Millicent.
« Millicent Bulstrode. » répéta-t-elle d'une voix sévère.
Encore une fois, seul un silence suivit son appel et des murmures commencèrent à s'élever dans la Grande Salle.
McGonagall sembla agacée mais elle sélectionna le parchemin suivant et invita Pansy Parkinson à se présenter devant le jury. Hermione réprima un soupir satisfait. L'Élixir avait fonctionné.
Lorsque ce fut son tour, elle fut poussée par une confiance supplémentaire. Sa prestation fut impeccable et les regards admiratifs qu'elle vit sur les visages des membres du jury la remplirent de satisfaction. Elle croisa le sourire de Sirius et sentit son cœur battre un peu plus rapidement dans sa poitrine tandis qu'elle regagnait sa place. Elle avait fait un sans-faute.
Daphné Greengrass passa derrière elle et sa prestation fut bien piètre par rapport à celle d'Hermione. Lorsqu'elle eut terminé, Daphné jeta un regard particulièrement hostile à Hermione en regagnant sa place. Elle pensait probablement l'intimider. Pourtant, Hermione soutint son regard, plus confiante que jamais.
Lorsqu'on annonça les résultats, et qu'Hermione réalisa qu'elle avait obtenu le nombre maximum de points, une joie indescriptible la parcourut. L'école se fendit en applaudissements pour elle. Elle ressentit une satisfaction étrange. Un sentiment de puissance qui ne lui était pas familier. Elle comprenait désormais pourquoi Daphné Greengrass et les autres tenaient savamment à leur réputation au sommet de l'échelle sociale de l'école. Il était tellement gratifiant d'être acclamée ainsi. C'était presque… addictif. Elle était finalement prise au sérieux, traitée avec respect et admiration par le corps étudiant. Ce sentiment était des plus grisants.
Hermione sentit une tape encourageante sur son épaule. Elle détourna les yeux et croisa le regard de Ginny qui l'observait en souriant.
« Tu l'as mérité. » dit-elle.
Hermione lui adressa un sourire éclatant.
« Je suis tellement heureuse. » déclara Hermione avec excitation.
Elles suivirent le groupe d'élèves qui sortait de la Grande Salle. La majorité d'entre eux s'étaient arrêtés devant le classement affiché à l'entrée de la Grande Salle. Hermione s'engagea dans le sillage de Ginny tandis qu'elle se frayait un chemin parmi les élèves afin de consulter le tableau à son tour.
Miss Fondatrice
''Tableau d'Honneur''
1. Daphné Greengrass – 405 points
2. Mandy Brocklehurst – 385 points
3. Tracey Davis – 310 points
4. Hermione Granger – 305 points
5. Ginevra Weasley – 295 points
6. Luna Lovegood – 275 points
7. Pansy Parkinson – 250 points
8. Lavande Brown – 185 points
Millicent Bulstrode – Éliminée/Forfait – 0 points
Sally-Ann Perks – Éliminée/Forfait – 0 points
Éloïse Migden – Éliminée/Forfait – 0 points
Padma Patil – Éliminée/Forfait - 0 points
Susan Bones - Éliminée/Forfait - 0 points
L'excitation d'Hermione s'accrut lorsqu'elle réalisa qu'elle avait gagné plusieurs places dans le classement et se trouvait désormais en quatrième position. Elle observa avec satisfaction la mention de l'élimination de Millicent Bulstrode. Elle se demanda vaguement où elle se trouvait actuellement. Probablement dans une salle de classe vide, rendue béate puis inconsciente par l'Élixir.
« Wow. McGonagall ne plaisante vraiment pas. » commenta Ginny, incrédule. « Elle a éliminé Bulstrode et Perks parce qu'elles n'ont rien présenté pendant l'épreuve. »
« Prépare-toi, Weaslette. Tu es la prochaine à prendre le siège éjectable. » susurra Daphné Greengrass, d'une voix doucereuse.
« Je n'en serais pas si certaine si j'étais toi. » répondit Ginny sur le même ton. « Si cette journée a prouvé quelque chose, c'est que tu as de sacrées concurrentes et qu'elles avancent plus vite que toi. Fais attention, on dirait que la couronne ne te sera pas servie sur un plateau d'argent. »
Hermione sourit avec satisfaction tandis qu'elle voyait l'expression contrariée de Daphné. Elle paraissait avoir reçu un seau rempli de doxys en pleine figure.
« Si tu avais vu sa tête. » lança Hermione à Ginny. « Je n'aurais pas été étonnée si elle t'avait lancé un sortilège impardonnable. »
« Quelqu'un a besoin de lui fermer le clapet. » assura Ginny, les dents serrées. « Sa tête est tellement gonflée qu'elle ne passe probablement plus les portes. »
Hermione éclata de rire. Sa victoire l'avait placée sur un petit nuage et elle ne voulait plus jamais en redescendre. Elle était impatiente de retrouver Sirius plus tard dans la soirée. Hermione suivit Ginny en direction de la salle des Trophées.
Lorsqu'elles pénétrèrent dans la pièce, Hermione riait encore à gorge déployée. Ginny imitait Rusard en train de se dépêtrer avec le niffleur pendant la présentation de Luna Lovegood.
La première chose qu'Hermione vit en entrant fut une silhouette au sol, immobile. Elle reconnut immédiatement Millicent. Pourtant, elle réalisa que quelque chose n'allait pas. Elle n'était pas simplement inconsciente. Sa peau avait pris une couleur grisâtre et une mousse étrange coulait de sa bouche. Hermione cessa immédiatement de rire.
« Qu'est-ce que… » dit-elle en fronçant les sourcils.
Les effets de l'Élixir décrits dans le livre ne mentionnaient pas cela. Millicent aurait simplement du tomber dans un sommeil profond.
« Qu'est-ce qui lui arrive ? » demanda Hermione d'une voix lente, sentant une soudaine panique la traverser.
Ginny ne répondit pas immédiatement, les yeux fixés vers la silhouette inerte de Millicent. Puis, elle se rapprocha sous le regard anxieux d'Hermione.
« Est-elle…est-elle… » bégaya Hermione avec horreur.
« Elle est morte. » confirma Ginny dans un souffle.
Ces mots frappèrent Hermione avec une violence qu'elle ne parvint pas à saisir. Elle sentit son cœur tomber dans sa poitrine. Elle ne put retenir le cri qui s'échappa de ses lèvres.
Non, pensa-t-elle avec terreur. Non, ce n'est pas possible.
Pourtant ce corps inerte ne pouvait signifier qu'une seule chose.
Millicent Bulstrode était morte.
Et Hermione Granger en était responsable.
Elle fut traversée par des spasmes incontrôlables tandis qu'elle faisait cette douloureuse découverte. Elle sentit une nausée soudaine remonter dans sa gorge et elle se rua vers la corbeille de papiers à l'entrée dans la pièce, déversant le contenu de son estomac.
Millicent Bulstrode était morte.
Des larmes se formèrent dans ses yeux.
Millicent Bulstrode était morte.
Ses vomissements se firent plus intenses. Son corps fut secoué par de violents sanglots. Elle n'arrivait plus à respirer.
Millicent Bulstrode était morte.
Autour d'elle, elle entendit de l'agitation soudaine. Des hurlements déchirants, des bruits de lutte et d'autres sons qu'elle ne parvint pas à distinguer. Elle les entendit à peine, trop occupée à s'efforcer de reprendre le contrôle sur sa respiration.
Hermione sentit soudainement quelqu'un l'attraper puis elle fut tirée dans une étreinte. Il s'agissait de bras familiers, qui l'avaient déjà entourée de la sorte, mais dans des circonstances différentes. Elle reconnut immédiatement son odeur. Ce parfum boisé, masculin, entêtant. Sirius.
Hermione entendit sa voix lui murmurer des paroles à l'oreille. Elle ouvrit les yeux. Ils se trouvaient dans les couloirs et elle était dans ses bras. Devant eux, à quelques mètres, elle aperçut deux silhouettes qui marchaient lentement, ainsi qu'une troisième, lévitant dans les airs.
« Hermione, est-ce que ça va ? Dis quelque chose. » murmura-t-il à voix basse.
Sa voix lui parut lointaine, même s'il lui parlait à l'oreille. Elle n'écoutait plus, perdue dans sa bulle anxiogène.
Millicent Bulstrode était morte.
Quelques instants plus tard, Hermione fut déposée dans un lit. Elle se laissa faire, comme une poupée immobile qu'on pouvait animer à sa guise. Elle reconnut l'infirmerie et ses murs d'un blanc immaculé, presque aveuglant. Elle ferma de nouveau les yeux, se repliant en position fœtale. Ses larmes n'avaient pas cessé. Elle n'était pas attentive à l'agitation autour d'elle. Elle entendit des personnes lui parler mais elle ne réagit pas. Même lorsque l'infirmière lui fit avaler une potion au goût désagréable, Hermione ne protesta pas.
Quelques minutes après l'avoir ingérée, elle se sentit soudainement plus détendue. Probablement une potion calmante, pensa-t-elle. Sa nausée s'estompa et même si les larmes étaient toujours présentes au coin de ses yeux, elle n'était plus secouée par ses sanglots violents.
Désormais que ses réactions physiques étaient sous contrôle, son cerveau sembla retrouver sa capacité à réfléchir de nouveau.
Elle avait provoqué la mort de Millicent Bulstrode. Comment était-ce possible ? Elle avait suivi les instructions du grimoire à la lettre. La potion aurait simplement dû la rendre dans un état proche de la somnolence et temporairement inhiber ses enzymes. Puis peu à peu, elle aurait dû sombrer dans un coma artificiel inoffensif. La dose qu'elle lui avait donnée n'aurait pas dû conduire à sa mort.
Hermione avait juste voulu l'écarter. Elle avait souhaité voir Millicent Bulstrode disparaître.
De l'école.
De sa vie.
De celle de Sirius.
Ironiquement, elle avait obtenu exactement ce qu'elle désirait. Elle n'avait toutefois pas imaginé que les conséquences seraient aussi graves. Que se passerait-il lorsque les Aurors découvriraient la vérité ? Hermione serait arrêtée pour homicide et envoyée à Azkaban.
Elle avait détruit sa vie, à peine commencée. Des larmes remplirent à nouveau ses yeux. Tous ses efforts et sacrifices pour préparer un futur prometteur allaient tomber à l'eau. Tout serait jeté à la poubelle pour une erreur de sa part.
Elle sentit une main se poser doucement sur son épaule et elle tourna la tête. Elle vit McGonagall, accompagnée d'un homme à l'allure imposante, au chevet du lit.
« Miss Granger, je sais que c'est difficile mais cet officier a besoin de vous poser des questions. » expliqua la directrice adjointe d'une voix grave.
Hermione déglutit. C'était la fin. Ils venaient probablement l'interroger pour comprendre son implication. Avaient-ils déjà relevé les indices sur le corps de Millicent ?
Elle se releva avec difficulté et suivit l'homme dans une pièce adjointe. Il s'agissait d'une chambre individuelle de l'infirmerie. Probablement l'endroit réservé aux patients très contagieux. L'Auror tira deux sièges et invita Hermione à s'installer sur l'un deux. Elle baissa les yeux sur ses mains, nerveuse. Elle le savait, les prochaines minutes seraient décisives.
« Miss Granger. Je suis sur l'Auror Gawain Robards. Pouvez-vous me décrire en détail la découverte du corps de Miss Bulstrode ? » interrogea-t-il.
« Je… Ginny et moi avons décidé de rentrer dans la Salle de Trophées plus tôt que prévu. Quand nous sommes entrées, elle était…elle était au sol. » expliqua-t-elle, la gorge obstruée.
Hermione ferma les yeux, tandis que l'image du corps de Millicent lui revenait en mémoire. Elle réprima ses larmes.
« Avez-vous remarqué quelque chose de suspect pendant les heures précédentes ? »
« Co... Comment ça ?» demanda-t-elle d'une voix prudente.
« Avez-vous vu Miss Bulstrode agir étrangement ? Ou prendre une quelconque substance ? »
La panique lui serra l'estomac. Ils savaient déjà que Millicent avait ingéré l'Élixir Soporifique, pensa-t-elle avec panique. Que devait-elle faire ? La soupçonnaient-ils déjà ? Ou s'agissait-il de questions de routine car elle avait découvert le corps ?
« N… Non. » répondit-elle finalement, après quelques secondes d'hésitation.
« Vous en êtes certaine ? » insista l'Auror, semblant troublé par son hésitation.
« Oui. » répondit-elle d'une voix plus ferme, cette fois.
Elle le vit griffonner quelque chose sur son carnet.
« Avez-vous une quelconque idée de la raison pour laquelle elle aurait consommé ces stupéfiants ? » interrogea-t-il.
« Que… Que voulez-vous dire ? Quels stupéfiants ? »
« Elle est décédée d'une overdose de drogues. » répondit l'Auror d'un ton factuel.
Hermione ouvrit la bouche, puis la referma, interdite.
« Je... Je n'en ai aucune idée. » dit-elle finalement.
« Très bien. N'hésitez pas si vous vous souvenez de quoi que ce soit. » indiqua-t-il tandis qu'il se relevait d'un bond, sous le regard anxieux d'Hermione.
Il quitta la pièce et Hermione s'enfonça contre le dos de la chaise, confuse et soulagée à la fois. Lorsqu'elle fut de retour dans la salle principale de l'infirmerie, elle constata que Ginny semblait déjà avoir quitté la pièce. Tracey Davis était toujours sur l'un des lits, le regard vide. Une culpabilité gigantesque serra l'estomac d'Hermione en réalisant que c'était de sa faute. On l'autorisa finalement à quitter les lieux, et elle s'empressa de rejoindre la Salle Commune de Gryffondor.
Elle fut soulagée de retrouver son dortoir et elle s'enferma dans la salle de bain.
Jamais de sa vie elle ne s'était sentie aussi désemparée. Une partie d'elle voulait tout simplement aller se dénoncer mais elle n'en trouva pas le courage. Pitoyable pour une soi-disante Gryffondor. La vérité était qu'elle était terrifiée à l'idée de faire face aux conséquences. Elle enfouit son visage dans ses mains, tremblante.
Il fallait qu'elle réfléchisse à une solution, rapidement. Chaque minute qui passait la faisait basculer dans une situation compromettante. Elle n'avait pas tous les éléments en main. L'Auror avait indiqué qu'il s'agissait d'une overdose, causée par Millicent elle-même. Combien de temps leur faudrait-il pour comprendre la vérité ? Probablement quelques heures, pensa-t-elle avec angoisse.
Pourtant, même s'ils réalisaient ce qui avait réellement causé sa mort, cela ne signifiait pas qu'ils pourraient remonter jusqu'à Hermione. Après tout, elle n'avait pas versé l'Élixir dans le verre directement. Personne ne l'avait vue faire quoi que ce soit. Du moins, elle l'espérait. Elle décida finalement de patienter.
Hermione ne parvint pas à trouver le sommeil, cette nuit-là, ni les nuits suivantes. D'ailleurs, elle passa par divers états émotionnels pendant les jours qui suivirent la mort de Millicent. Il fut difficile de dissimuler son traumatisme devant les autres. La plupart de ses camarades pensait que sa tristesse était liée au fait d'avoir trouvé le corps. Ils ne doutaient pas qu'elle cachait une vérité plus sombre. Ginny paraissait dans le même état de choc. Hermione fut surprise de la voir ainsi. Elle avait toujours vue Ginny confiante, brave et intrépide. Pourtant, elle semblait profondément ébranlée, elle aussi.
« Comment tu te sens ? » lui demanda un jour Ginny, dans la salle commune de Gryffondor.
« Je n'arrive plus à dormir, depuis. » confia Hermione avec sincérité.
Elle n'avait pas menti. Elle n'arrivait plus à fermer l'œil. A chaque fois qu'elle tombait dans le sommeil, celui-ci était agité de cauchemars effrayants.
« Je sais… Moi non plus. » admit Ginny.
« C'est tellement… horrible. » poursuivit Hermione en enfouissant son visage dans ses mains, tremblante. « Pourquoi… Pourquoi ça s'est passé comme ça ? Ça ne devait pas se passer comme ça… »
Elle savait qu'elle devait faire attention à ce genre de paroles. Pourtant, en parler à Ginny l'aidait à extérioriser ses sentiments. Elle ressentait un besoin de se confier, de partager ce fardeau avec quelqu'un. Elle savait toutefois que c'était impossible. Ginny posa un bras sur les épaules d'Hermione, comme pour la réconforter. Hermione posa sa tête sur son épaule.
Millicent Bulstrode avait emporté beaucoup de choses avec elle. L'équilibre mental d'Hermione. Son innocence. Sa joie de vivre.
Parfois, lorsque la culpabilité devenait trop forte, Hermione y faisait face en essayant de trouver des raisons à sa mort. Millicent n'était pas une bonne personne. Elle avait passé les dernières années à martyriser, harceler et rabaisser des étudiants sans vergogne avec ses amies. Hermione, en première ligne. Millicent avait menacé de mentir au sujet de Sirius, sans se soucier du fait qu'elle gâcherait sa carrière et sa vie. Peut-être qu'au fond, Hermione avait rendu service à beaucoup de gens qui, comme elle, souffraient en silence de son comportement détestable.
Et au fil du temps, la diabolisation de Millicent Bulstrode devint son mécanisme de défense. Hermione devint obsédée à l'idée de justifier cette version des faits. Une fois qu'elle vit Ginny quitter la salle commune, probablement pour retrouver Draco Malfoy, Hermione remonta dans le dortoir des filles. Elle pénétra dans celui de Ginny et ferma la porte derrière elle. Elle vit une malle au pied du mur, sur laquelle les initiales G.W étaient gravées. Elle s'empressa de l'ouvrir et de fouiller à l'intérieur. Au bout de quelques minutes, elle trouva ce qu'elle cherchait : un carnet noir. Elle l'ouvrit afin de vérifier qu'il s'agissait bien de ça.
Ce journal appartient à Daphné Greengrass, indiquait la première page.
Ginny l'avait subtilisé à Greengrass des semaines auparavant. Le lendemain, pendant le petit déjeuner elle et Harry s'étaient vantés de leur plan de génie pour trouver le mot de passe du journal. Hermione le rangea dans son propre dortoir avant de retourner en cours.
Finalement, les résultats de l'autopsie de Millicent Bulstrode furent annoncés, révélant les causes de sa mort. Millicent consommait apparemment des stupéfiants régulièrement, et la réaction avec l'Élixir Soporifique s'était révélée mortelle.
Des Aurors commencèrent à interroger des élèves afin de trouver la provenance de l'Élixir et des scarabées qu'elle avait ingérés. Immédiatement, la panique d'Hermione refit surface. Elle se rendit immédiatement dans les cuisines, à la recherche de l'elfe qu'elle avait mandaté pour réaliser sa basse besogne. Elle prétexta avoir besoin d'aide avec un placard à balais bloqué pour le faire sortir des cuisines et l'entraîner vers un coin discret des sous-sols du château.
« Oubliettes ! » murmura-t-elle, pointant sa baguette sur l'elfe d'un geste fébrile.
Un air confus apparut sur le visage de la petite créature. L'elfe s'abaissa profondément devant Hermione avant de retourner aux cuisines, le pas titubant. Hermione vérifia que personne ne se trouvait dans les parages avant de retourner en cours.
Elle réprima une grimace lorsqu'elle entra dans la salle de cours de DCFM. Comme toujours, désormais, elle ne jeta même pas un regard vers le tableau et se dirigea à sa place, s'efforçant de ne pas regarder dans sa direction. Elle avait volontairement évité Sirius depuis le jour de la mort de Millicent. Elle craignait de s'effondrer devant lui. La soupçonnait-il de quelque chose ? Si Hermione parvenait à cacher sa culpabilité face aux autres élèves, elle savait que ce serait impossible face à lui. A la fin du cours, tandis qu'elle rangeait ses affaires, elle entendit sa voix :
« Miss Granger, puis-je avoir une seconde ? J'ai quelques questions à propos de votre devoir. » dit-il de sa voix grave.
Elle jura intérieurement, sentant la nervosité s'insinuer en elle. Elle tenta de calmer son anxiété tandis qu'elle se dirigeait vers son bureau. Une fois tous les élèves sortis, il agita sa baguette en direction de la porte et celle-ci produisit un cliquetis sonore tandis que la serrure se verrouillait. Hermione garda les yeux résolument rivés sur ses mains.
« Hermione. » dit-il. « Je sais que tu m'évites. »
Elle se tritura nerveusement les mains. Pourquoi avait-elle accepté de lui parler ? Il n'aurait aucune difficulté à lui tirer les vers du nez.
« Je sais ce que tu penses. » poursuivit-il. « Que j'ai quelque chose à voir là-dedans. »
Cette fois, Hermione leva les yeux vers lui, médusée. Elle croisa son regard préoccupé. De quoi parlait-il ? Pensait-il qu'elle le soupçonnait d'être impliqué dans la mort de Millicent ?
« Je te jure que je n'ai rien à voir là-dedans. » dit-il, affichant une certaine nervosité qu'elle ne lui connaissait pas.
Sirius était toujours très sûr de lui. Il dégageait habituellement ce calme et cette confiance à toute épreuve. Le voir presque… préoccupé était nouveau pour elle. Elle était pourtant davantage confuse par les raisons de son attitude.
« Peu importe ce qu'ils découvrent en fouinant, je… » commença-t-il
« Je croyais qu'il ne s'était rien passé entre vous. » coupa Hermione.
Son regard et son silence furent des plus parlants. Encore une fois, Hermione sentit son monde s'écrouler. Il avait menti. Il s'était réellement passé quelque chose entre lui et Millicent Bulstrode. Malgré ce qu'il avait prétendu lorsqu'elle l'avait confronté, quelques semaines auparavant, dans ses appartements.
Sous Veritaserum.
Le Veritaserum était un puissant philtre de vérité. Il n'était pourtant pas entièrement infaillible. Certains sorciers, bien que rares, parvenaient à en contrer les effets s'ils avaient le contrôle total de leur esprit. Sirius était-il un manipulateur hors-pair, insensible aux effets du Veritaserum ?
Cela expliquait sa soudaine attitude. Il savait qu'en investiguant davantage, les Aurors apprendraient la vérité sur sa relation avec Millicent. Immédiatement, cela le rendrait suspect. Sirius voulait couvrir ses arrières. Il savait que les Aurors ne seraient pas aussi stupides qu'elle-même l'avait été s'ils étaient en possession d'une telle information. Il avait réussi à la manipuler avec aisance.
Elle avait été tellement idiote. Tellement naïve. Si désespérée d'être aimée par Sirius qu'elle avait choisi de fermer les yeux et d'ignorer les signes évidents. Hermione quitta le bureau en trombe, ignorant les appels de Sirius. Elle ne voulait pas qu'il la voit s'effondrer une nouvelle fois. Elle ne lui accorderait pas cette satisfaction. Pas cette fois.
Arrivée dans son dortoir, elle s'installa sur son lit, le regard rivé sur le mur. Ses pensées se dirigèrent immédiatement vers Millicent. Si Sirius avait menti sur sa relation avec elle, cela signifiait que… Non, pensa-t-elle en secouant la tête. Millicent n'était pas quelqu'un de bien, se répéta-t-elle. Elle se dirigea vers sa commode et se saisit du journal personnel de Daphné Greengrass, commençant à le parcourir. Il s'agissait d'années entières de conversations entre les Quatre. Des messages où elles insultaient tout le monde de manière cruelle et désinhibée. Elle fut choquée par la violence des propos qu'il contenait. Elle se sentit nauséeuse en lisant certains passages.
Son malaise, cette fois, fut causé par un autre sentiment. La rage. Plus jamais elle n'éprouverait une once de culpabilité envers Millicent Bulstrode. Pas après ce qu'elle lisait dans ces pages. Et si elle était parfaitement honnête, Hermione espérait secrètement que ses amies subiraient le même sort qu'elle. C'était exactement ce qu'elles méritaient.
Hermione Granger en avait terminé d'être une victime.
Elle était fatiguée de pleurer. Fatiguée d'être dans cet état de panique constant. Elle devait prendre son destin entre ses propres mains. Elle ne pourrait compter sur personne d'autre qu'elle-même. Comme Sirius l'avait fait, elle devait couvrir ses propres arrières. Et le plus pressant dans cette histoire, c'était de s'assurer d'écarter tous les soupçons.
Dans la soirée, Hermione quitta le dortoir d'un pas résolu, et s'enferma dans la première salle de classe vide qu'elle trouva. Dans son sac, elle sortit une boule de cristal qu'elle avait déniché dans la salle de cours de Divination. Les cours avaient été interrompus jusqu'à nouvel ordre, suite à la suspension de Trelawney. Elle avait pris la plus petite qu'elle avait trouvé. Elle serait suffisante pour ce qu'elle s'apprêtait à faire. Hermione jeta un sort de silence sur la porte. Elle serra la boule de cristal dans sa main, inspirant profondément. Puis d'un geste brutal, elle frappa son visage de toutes ses forces avec l'objet.
Hermione entendit un claquement sonore, tandis que la boule s'écrasait violemment contre son front. Elle fut sonnée par la douleur et tomba au sol, gémissant bruyamment. Elle entendait ses oreilles siffler. Elle sentit un liquide épais couler le long de son front puis traverser sa joue avant de tomber sur le sol. La vue du sang la força à se redresser. Hermione prit le pan de sa robe de sorcière et l'enfouit dans sa bouche, mordant l'étoffe de toutes ses forces. Elle saisit la boule de cristal une nouvelle fois, des larmes au coin des yeux, remplie d'appréhension. Puis, de nouveau, elle assena un violent coup sur son visage. Elle voulut hurler mais le tissu dans sa bouche l'empêcha de produire le moindre cri. Elle lâcha la boule, désormais fendue. Le verre avait provoqué une large entaille sur sa joue et la blessure saignait désormais abondamment.
Quelques instants plus tard, Hermione marchait vers la tour de Gryffondor, les vêtements en désordre, son visage tuméfié, du sang coulant sur la chemise blanche de son uniforme. Au pied de la Tour, elle croisa Harry. Les yeux de son ami s'écarquillèrent d'horreur tandis qu'il observait son piteux état.
« Hermione ! » s'exclama—t-il, se ruant dans sa direction, épouvanté. « Qu'est-ce qu'il t'est arrivée ? »
« Est-ce qu'on peut monter, d'abord ?» demanda-t-elle en reniflant. « Je ne me sens pas en sécurité, ici. »
Elle voulait s'assurer d'être vue par un maximum d'élèves. Une fois arrivés dans la salle commune, Harry l'aida à s'installer sur l'un des sofas. Immédiatement, un groupe d'élèves se regroupa autour d'eux, l'observant avec horreur. Les questions fusèrent dans tous les sens.
Plus tard, lorsqu'Harry accompagna Hermione, à l'infirmerie, Pomfresh posa une main choquée sur sa poitrine en l'apercevant. Hermione dut expliquer sa présumée attaque en détail aux professeurs puis aux Aurors. Le lendemain Harry, Ron et Ginny lui rendirent visite et les yeux embrumés, Hermione répéta le même récit inventé de toutes pièces.
« Je marchais dans les couloirs pour rentrer dans la salle commune. Je me souviens juste de ce bruit… Puis j'ai senti une douleur dans mon dos, comme celle d'un sort cuisant. J'ai trébuché près d'une statue et je me suis cognée la tête dessus. » dit-elle, prenant une voix tremblante.
Elle s'arrêta et fit mine de frissonner, pour paraître plus convaincante.
« Et j'ai senti cette personne se jeter littéralement sur moi pour m'attaquer. » poursuivit-elle.
« Une fille ou un garçon ? » interrogea Ginny.
Hermione hésita quelques secondes. La veille, elle n'avait pas révélé le sexe de la personne. Elle voulait s'assurer de pouvoir changer sa version si le besoin se présentait.
« Je… Je ne suis pas sûre. La personne était complètement encapuchonnée. Je crois que la commotion m'a un peu aveuglée. J'ai essayé de me débattre mais la personne était trop forte pour moi. J'ai hurlé et je crois que ça l'a surpris. Il ou elle s'est relevée et a pris la fuite. J'ai couru aussi vite que j'ai pu et je suis tombée sur Harry près de notre salle commune. » mentit Hermione en se mordant la lèvre inférieure.
Des larmes commencèrent à couler sur ses joues et elle vit Ginny l'observer avec un mélange d'horreur et de pitié. Ces derniers jours, Hermione parvenait à pleurer sur commande.
« C'était juste… horrible… J'ai cru que… J'ai vraiment cru que cette personne allait me tuer. » ajouta-t-elle entre deux sanglots.
Après son attaque orchestrée, elle s'attira la compassion de la majorité des élèves et des professeurs. Elle ne comptait plus les élèves qui proposaient de l'accompagner en cours, porter ses affaires, prendre des notes pour elle ou lui ramener de la nourriture dans la salle commune pour éviter qu'elle ne se déplace trop pendant sa convalescence. Ces élans d'attention étaient agréables.
Feindre son agression avait été la meilleure idée qu'elle avait eue depuis longtemps. Personne ne la soupçonnait. Après tout, pour le reste de l'école, elle était aussi une victime. Le corps enseignant renforça les mesures de sécurité au sein de l'école. Dans le même temps, toutes les rumeurs les plus sensationnelles furent répandues parmi les élèves. Chacune d'entre elles la rendait moins suspecte.
Ils étaient si loin de la vérité, pensa-t-elle avec satisfaction lorsqu'elle entendit Parvati Patil prétendre que c'était le Ministère qui orchestrait ces attaques afin de destituer Dumbledore de ses fonctions. Après tout, il était de notoriété publique que le Directeur et Cornelius Fudge, le Ministre de la Magie britannique, étaient en conflit.
Encore une fois, Hermione réussit à échapper aux suspicions. Son nouveau classement à l'élection l'enhardit. Elle était désormais en quatrième place. Cela signifiait que, pour la première fois depuis le début de cette élection, elle avait réellement ses chances.
Elle était la seule des candidates à vouloir apporter une vraie valeur ajoutée à l'école. A faire des choses concrètes et sensées avec ce titre. Que feraient ses compétitrices avec un tel pouvoir ? Parader dans les couloirs de l'école pour se faire voir, probablement.
Hermione était la plus méritante. Et elle allait s'assurer que les autres en prennent conscience.
Elle commença par Daphné Greengrass, l'étudiante la plus populaire de Poudlard et probablement sa plus grande concurrente directe. Pourtant, sans sa réputation, Daphné n'était rien. Et Hermione avait les moyens de la détruire.
Elle dissémina des centaines de copies de son journal personnel dans l'école. Des pages entières où elle injuriait, rabaissait et humiliait les autres sans aucune pitié. Le lendemain, toute l'école réalisa enfin à quel point elle était détestable. Hermione l'observa en silence tandis que Daphné chutait de son piédestal sans parachute, traitée de tous les noms, fustigée de tous les côtés par le reste de Poudlard.
Pourtant, Hermione n'avait pas prévu qu'une autre chute interviendrait aussi rapidement, sans qu'elle n'ait à lever le petit doigt.
« Vous avez entendu les rumeurs sur Ginny Weasley ? » demanda Lavande Brown, dès qu'Hermione et Harry furent installés à la table de Gryffondor, lors du déjeuner.
Hermione leva un sourcil interrogateur. Ils venaient à peine de voir Ginny, avant qu'elle ne les délaisse pour parler à Malfoy. Hermione se rappela que ce dernier avait paru particulièrement agité.
« Elle s'est faite expulsée de son ancienne école. Apparemment, une fille a chuté d'une falaise dans des conditions bizarres. Pas d'autres témoins à part Ginny. Et deux mois plus tard, elle a attaqué un élève et il a failli perdre un œil. »
« Je suis sûr qu'il y avait une explication. » défendit Harry.
« Attends, tu n'as pas entendu le pire. La fille et le type étaient des Nés-Moldu. C'est pour ça qu'elle a été expulsée. Ils ont ouvert une enquête et apparemment c'est une extrémiste anti Nés-moldu. » ajouta Lavande avec dégoût.
« Je n'arrive pas à y croire... Je la trouvais vraiment cool. » commenta Dean en secouant la tête avec déception.
« Ce que je n'arrive pas à croire c'est qu'ils l'aient acceptée ici. Je veux dire, cette fille est un danger public. Imagine que ce soit elle qui t'ait attaqué, Hermione ? Elle déteste les nés-moldu, après tout. Ce ne serait pas improbable. » ajouta Lavande.
Hermione ne répondit pas.
« Je suis sûr que ce n'est pas vrai. » riposta Harry en jetant un regard en direction d'Hermione. « Ginny n'est pas comme ça. »
Pourtant Hermione ne rata pas l'hésitation audible dans sa phrase. Elle resta silencieuse. Un souvenir lui revint en mémoire. Lors de l'une de leurs premières discussions, plus tôt dans l'année, Ginny lui avait posé une question qui l'avait troublée.
« Des origines comme les tiennes ? » avait répété Ginny en fronçant les sourcils. « Qu'est-ce que tu veux dire ? »
« Les Nés-Moldus. » avait répondu Hermione.
« Tu es Née-Moldue ? » avait demandé Ginny, visiblement mal à l'aise face à l'information.
Elle avait ensuite partagé un regard alerté avec son frère jumeau. A l'époque, même si elle avait trouvé son attitude curieuse, Hermione n'avait pas relevé. Tout prenait son sens, désormais, lorsqu'elle entendait les paroles de Lavande.
« Qu'est-ce que tu en sais ? Si elle n'est pas comme ça, pourquoi elle ne parle jamais de son ancienne école ? Personne ne savait qu'elle avait été expulsée. » rétorqua Lavande en direction d'Harry.
Harry ne sembla pas pouvoir fournir une réponse valable et il garda le silence, jetant un regard impuissant vers Hermione. Cette dernière observait son assiette vide, l'air perdu. Était-ce vraiment si improbable que ces informations soient fausses ? Il était commun que les sorciers de Sang-Pur aient des préjugés sur les personnes comme elles. Et l'attitude de Ginny ainsi que son silence sur son passé la rendaient suspecte. Elle avait toujours précipitamment changé de sujet lorsqu'on l'interrogeait sur la raison de son départ de son ancienne école. Hermione attrapa son sac et esquissa un geste pour se relever. Elle avait perdu l'appétit.
« Tu ne manges pas ? » demanda Lavande.
Hermione ne répondit pas et quitta la pièce en trombe, ignorant les appels d'Harry.
Une boule se forma dans la gorge de d'Hermione. Pourquoi les gens autour d'elle étaient si peu dignes de confiance ? Après la trahison de Sirius, entendre que Ginny était une extrémiste anti-moldue était dévastateur.
Pourquoi s'était-elle liée d'amitié avec Hermione, dans ce cas ? Était-ce pour pouvoir gagner sa confiance et lui infliger le même traitement qu'elle avait fait subir à ces deux étudiants d'origine moldue ?
La vérité était que Ginny Weasley était exactement comme les Quatre. Une fille dangereuse et remplie de préjugés. Hermione comprenait désormais pourquoi elle avait si bien réussi à s'opposer à elles. Elle savait exactement comment elles fonctionnaient parce qu'elle leur ressemblait.
Les jours suivants, elle ignora totalement les tentatives de Ginny pour s'adresser à elle. Hermione lui aurait craché dessus si elle avait pu. Elle ne lui inspirait que du mépris. Elle ne serait pas dupée par son air désolé.
Le seul point positif de ces nouvelles révélations fut que Ginny Weasley, qui était à la botte d'Hermione en termes de points, souffrirait pour l'élection.
Cela signifiait qu'Hermione n'avait plus qu'une seule concurrente sérieuse, la première du classement. Mandy Brocklehurst. Elle savait qu'elle ne pourrait pas aller trop loin dans ses actions contre Mandy. Hermione avait eu la chance d'échapper aux soupçons lors de ses actes précédents mais elle ne voulait pas tenter le diable.
Elle avait besoin d'écarter Mandy d'une manière simple mais efficace. Elle eut l'idée en écoutant Dean et Seamus discuter dans la salle commune. Ils avaient apparemment réussi à faire entrer de la poudre de Billywig sous le nez des professeurs. Hermione avait clairement distingué les termes Tête de Sanglier et Salle sur Demande dans leur conversation, mais elle n'avait pas prêté attention aux détails.
Pendant le cours suivant de Potion, elle avait fait mine d'ajouter des graines de Mandragore dans sa potion. Seamus, comme d'habitude, l'avait copiée pour ne pas rater sa propre concoction. Une fois que les graines avaient touché la surface du liquide, le chaudron avait éclaté et une substance visqueuse avait explosé au visage de Seamus. Dans l'agitation, elle avait tiré le sac de ce dernier dans sa direction. Seamus avait été finalement envoyé à l'infirmerie. Elle avait saisi son sac, assurant à Harry qu'elle l'apporterait directement à Seamus après le cours.
Hermione s'enferma dans les toilettes de filles afin de fouiller dans le sac de Seamus. Elle lâcha un soupir de soulagement lorsqu'elle y découvrit la poudre, soigneusement enveloppée dans une besace. Elle transféra une partie dans une bourse avant de rapporter le sac à Dean, lui demandant de le remettre à Seamus.
Le lendemain, Hermione profita de l'inattention de Rusard qui sermonnait un élève pour sortir du château afin d'éviter qu'il contrôle ses affaires. Elle attendit que l'équipe de Serdaigle vienne s'entraîner sur le stade de Quidditch, comme tous les mercredis. Une fois certaine qu'ils se trouvaient tous sur le terrain, elle s'introduisit discrètement dans les vestiaires et glissa le sac de poudre dans les affaires de Mandy.
Mandy fut fouillée à son entrée dans l'école, après l'entraînement. Sans surprise, Rusard trouva la poudre de Billywig sur elle et la dénonça immédiatement à McGonagall. Le soir même, Mandy Brocklehurst fut éliminée de l'élection.
Hermione s'efforça de réprimer son sourire satisfait. Elle était finalement passée à la tête de la compétition. Il ne restait plus qu'une semaine avant le bal, et elle avait de grandes chances d'être couronnée Miss Fondatrice.
Sans doute avait-elle pris trop d'aisance, car la situation commença à dégénérer.
Le lendemain de l'élimination de Mandy, Ginny interpella Hermione dans les couloirs. Immédiatement, Hermione se tendit. Elle n'avait plus adressé la parole à Ginny depuis la découverte de son secret infâme.
« Hermione, s'il-te-plaît, écoute-moi. Juste… Écoute-moi. » plaida Ginny. « C'est vraiment important. »
Hermione ne sut pas ce qui la força à écouter Ginny. Sans doute cette urgence audible dans sa voix.
« Je t'écoute. » dit-elle finalement.
« Je sais que tu me détestes probablement. Et je ne suis pas là pour chercher à te convaincre de ne pas le faire. » assura Ginny. « Je veux juste te mettre en garde. »
Le ton grave de Ginny la rendit mal à l'aise. La mettre en garde ? Était-elle en train de la menacer ?
« Me mettre en garde contre quoi ?» s'étonna Hermione, qui n'en croyait pas ses oreilles.
« Harry et moi pensons que quelqu'un est après les candidates à l'élection. »
La réponse de Ginny l'interpella. Elle ouvrit la bouche, surprise.
« C…Comment ça ? » demanda-t-elle, en tentant de garder une voix calme, sans succès.
« Ça expliquerait tout ce qui se passe. Les attaques sur certaines d'entre elles. Bones qui a failli se faire empoisonner, le sabotage de Brocklehurst, celui de Daphné Greengrass. Ton agression. Et peut-être même Millicent Bulstrode. » énuméra Ginny.
Les yeux d'Hermione s'écarquillèrent, horrifiée. Non, pensa-t-elle avec panique. Les suspicions de Ginny étaient problématiques. Elle savait que quelque chose se tramait. La soupçonnait-elle ? Non, décréta Hermione. Si c'était le cas, Ginny ne serait pas venue lavoir directement. Elle n'aurait pas non plus mentionné son agression comme un élément de preuve. Hermione savait que ses prochaines paroles seraient décisives. Elle devait absolument éviter que les soupçons se dirigent vers elle.
« Mais les Aurors ont dit qu'il s'agissait d'une overdose. » dit-elle, feignant la naïveté.
« Je commence à en douter. » admit Ginny, l'air sombre.
« Mais qui pourrait-faire ça ? Tu penses que c'est l'une des candidates ? » interrogea Hermione d'une voix insistante.
Elle devait creuser pour comprendre l'ampleur des doutes de Ginny. Savoir exactement quelles informations elle avait à sa disposition.
« Aucune idée. Pour l'instant. Mais je compte bien enquêter. » affirma Ginny avec détermination.
« Tu ne crois pas que c'est un travail pour les Aurors ou les professeurs ? » demanda Hermione sur le ton de l'évidence, l'observant comme si elle était folle. « Si jamais c'est vrai, tu sais à quel point c'est dangereux ? »
Ginny était une fille obstinée. Si elle commençait à fourrer son nez dans ses affaires, qui savait ce qu'elle pourrait déterrer ? Il fallait absolument qu'Hermione évite de la mettre sur sa propre piste.
« Je sais, c'est pour ça que je te le dis. Pour que tu fasses attention à toi, et pour que tu m'aides à comprendre ce qu'il se passe. » indiqua Ginny.
Hermione hocha la tête.
« Qu'est-ce qu'on va faire ? » demanda-t-elle finalement, prenant une voix tremblante.
« Remonter chacune des pistes. Et s'il le faut, j'irais voir les profs. Peut-être que le Professeur Black pourrait nous aider. Après tout, c'est un ancien Auror. » lança Ginny.
L'idée frappa Hermione comme un cognard enragé. Sirius. C'était la perche qu'elle devait utiliser. Combien de temps faudrait-il avant qu'on découvre la vérité au sujet de lui et Millicent ? Greengrass était déjà au courant. Il était probable qu'elle l'ait déjà raconté à ses amies.
Sirius Black était le suspect le plus évident. Pousser les soupçons vers quelqu'un d'autre en attendant de brouiller les pistes lui permettrait de gagner du temps. Sirius lui avait menti. Il l'avait manipulée sans aucun remord. Hermione n'aurait plus de scrupules envers lui. Ginny la fixait toujours avec appréhension. Hermione réprima une grimace. Il fallait qu'elle trouve quelque chose à dire, et rapidement.
« Hermione ? » insista Ginny, paniquée.
« G… Ginny. Je…dois t'avouer quelque chose. » dit Hermione. « Promets-moi de ne le dire à personne. Personne ne doit savoir. » dit-elle nerveusement.
Ginny acquiesça, visiblement alertée par son attitude.
« J'ai… J'ai surpris le professeur Black avec Millicent Bulstrode, quelques semaines avant sa mort. Ils s'embrassaient. » mentit Hermione. « Je crois qu'il se passait quelque chose entre eux. »
Les yeux de Ginny s'écarquillèrent.
« QUOI ? » s'exclama-t-elle, abasourdie.
« Chut ! Les autres vont t'entendre ! » plaida Hermione.
« Pourquoi tu n'as rien dit ? » interrogea Ginny en baissant la voix.
« Je… Je ne voulais pas lui causer de problèmes. »
« Mais c'est dégoûtant… » commenta Ginny. « Il pourrait être son grand-père. Il doit avoir trente ans de plus qu'elle. »
« Dix-neuf. » rectifia sèchement Hermione, sans pouvoir s'en empêcher. « Et ils étaient tous les deux majeurs. Ce n'est pas interdit et c'était leur choix. »
Ginny parut interloquée par son opinion sur le sujet.
« Très bien. Peut-être qu'ils ne faisaient rien de mal. Mais pourquoi tu n'as rien dit après la mort de Millicent ? » questionna Ginny.
« Car sa mort était un accident. Et le professeur Black était quelqu'un de bien. Enfin c'est ce que je croyais. » ajouta Hermione avec amertume.
« Ça change totalement la donne. » commenta Ginny, commençant à faire les cent pas dans le couloir vide.
« Je suis sûre qu'il n'a rien à voir là-dedans. Je ne veux pas lui causer de problèmes sans aucune preuve. » ajouta Hermione.
« Des preuves. » répéta lentement Ginny, semblant réfléchir à toute vitesse. « C'est ce qu'il nous faut mais il faut que je retourne en cours. On en reparle plus tard. »
Hermione l'observa s'éloigner, partagée entre le soulagement et la panique. Cela lui laissait quelques heures pour penser à sa prochaine stratégie. Elle attendit le lendemain pour aborder Ginny de nouveau.
« Il faudrait trouver un moyen de rentrer dans son bureau. Mais c'est risqué si on se fait prendre, Ginny. » dit Hermione, feignant la nervosité.
« Il faut trouver un moment où personne ne se balade dans les couloirs ni dans le château. » affirma Ginny, l'air résolu.
Soudainement, ses yeux s'agrandirent comme si elle venait d'être traversée d'un éclair de lucidité.
« Mais évidemment ! Le bal ! Comme n'ai-je pas pu y penser avant ? » s'exclama-t-elle.
Hermione réprima un soupir de soulagement. C'était exactement ce qu'elle avait prévu.
« Tout le monde sera dans la Grande Salle ou dans le parc, le jour du bal. C'est le moment parfait pour aller fouiner. On aura des heures. » avança Ginny avec excitation.
Hermione fit mine de réfléchir.
« C'est une bonne idée. » déclara-t-elle finalement, baissant la voix. « Mais je ne veux pas y croire, Ginny. Je ne veux vraiment pas y croire… »
« Je sais que c'est difficile. » répondit Ginny d'une voix douce.
Elle posa une main sur l'épaule d'Hermione.
« Tu as bien fait de m'en parler. » poursuivit Ginny. « Ce qui s'est passé n'est pas normal. C'est un adulte, un professeur, il… »
Elle s'interrompit brusquement lorsqu'un groupe de cinquième année passa à côté d'elles.
« Tu en as parlé à Harry ? » demanda Ginny, une fois qu'elles se retrouvèrent dans le dortoir de Ginny, quelques heures plus tard.
Hermione secoua la tête, horrifiée. Harry ne devait pas savoir. Cela ficherait tous ses plans en l'air. Il était critique que personne ne sache qu'Hermione était au courant de la relation de Millicent et Sirius mis à part Ginny. Pour l'instant.
« Non, Ginny. Il ne doit pas savoir. C'est son parrain. Tu sais à quel point il l'admire et le met sur un piédestal. » réfuta Hermione.
Ginny acquiesça devant son faux prétexte.
« On va simplement enquêter. Si on ne trouve rien, il n'y aura pas besoin de continuer à le suspecter de quoi que ce soit et nous n'aurons pas besoin de de le dire à Harry. Entendu ? » suggéra Ginny.
Hermione hocha la tête. Soudainement, Ginny s'approcha d'elle et l'attira dans une étreinte qui se voulait rassurante. Hermione tenta de réprimer son dégoût. Elle n'avait pas oublié les informations écœurantes sur le passé de Ginny. Elle n'avait néanmoins pas le choix. Elle devait jouer un rôle pour la convaincre.
Le jour du bal se profila rapidement et en sortant de son lit ce matin-là, Hermione réalisa qu'il s'agirait d'une journée décisive. Si elle jouait bien ses cartes, elle échapperait une fois pour toutes aux suspicions.
« Tout va bien, Hermione ? Tu as l'air bien préoccupée aujourd'hui. » fit remarquer Harry dans la salle commune.
« Tout va bien. » répondit rapidement Hermione.
« Ne mens pas, je suis ton meilleur ami, Hermione. Je sais quand quelque chose te tracasse » rappela-t-il.
Si tu savais, pensa Hermione avec gravité. Harry n'avait pas la moindre idée de ce qui se tramait derrière son dos. Il la pensait innocente et ne pouvait imaginer ce qu'elle était devenue. Merlin, elle ne se reconnaissait même plus. L'Hermione qu'ils connaissaient tous avait cessé d'exister. Elle était désormais une personne profondément différente. Harry ne savait pas qui se cachait derrière le masque. Et elle espérait, qu'après cette soirée, il n'aurait jamais besoin de le savoir.
« J'imagine que c'est le stress des dernières semaines. Avec tout ce qu'il s'est passé dernièrement, je n'ai pas la tête à participer à ce bal. » mentit-elle.
« Je comprends. Mais le bon côté des choses, c'est que tu as vraiment toutes tes chances de gagner. Tu étais en première position avant qu'ils ne retirent le tableau ! » ajouta-t-il avec excitation.
Hermione dut faire preuve de toute sa concentration pour ne pas afficher un air trop satisfait. Plus tard ce jour-là, elle enfila une longue robe de soirée noire pour le bal. La tenue était sobre et confortable. La soirée serait mouvementée et elle ne voulait pas rendre les choses plus difficiles avec une robe trop sophistiquée.
Son plan était simple. Elle devait attirer Ginny dans le bureau Sirius, lui faire boire le reste de l'Élixir Soporifique à son tour, à une dose plus mesurée toutefois. Assez pour que Ginny entre un état léthargique mais pas assez pour qu'elle tombe dans l'inconscience. Elle utiliserait le Polynectar trouvé dans le bureau de Sirius pour prendre l'apparence de ce dernier devant Ginny. Elle devrait ensuite trouver un moyen de faire sortir Sirius de la Grande Salle pour qu'il n'ait pas un alibi solide. Plus tard, Hermione s'assurerait qu'un Auror retrouve Ginny inconsciente dans le bureau. Ils retrouveraient également. Puis, une fois sa conscience recouvrée, il serait facile pour Ginny de mettre les Aurors sur la piste de Sirius. Elle pourrait même révéler la relation entre lui et Millicent. La connaissant, Ginny serait ravie de prendre le rôle du sauveur de la situation. Elle n'impliquerait pas Hermione si cette dernière le lui demandait.
Hermione ne se faisait aucune illusion sur le fait que sa propre relation serait révélée au grand jour à un moment ou un autre. Mais elle était prête à prendre ce risque. Il serait simple d'accuser Sirius de l'avoir manipulée. Il serait probablement mis en cause pour son agression. Tout le monde penserait qu'il essayait de faire taire les étudiantes qu'il manipulait. Hermione serra les poings, comme à chaque fois qu'elle pensait à lui. Son désir de vengeance était tel qu'il lui en faisait oublier sa peine. Désormais, la colère surpassait la tristesse. La peur avait laissé place à la haine.
Dans la Grande Salle, elle observa Ginny et Malfoy près du bar avec appréhension. Tout serait une question de timing. Elle devait s'assurer que personne ne les voit pénétrer toutes les deux dans le bureau de Sirius. Hermione prétexta à Harry une envie pressante pour quitter la salle de bal où une musique retentissante résonnait toujours.
Hermione s'introduisit dans la première alcôve qu'elle trouva et ouvrit la carte du Maraudeur d'un geste fébrile. Elle repéra quelques Aurors près de la Grande Salle, dans le Parc et aux entrées des salles communes. Le reste de l'école semblait calme. Elle vérifia l'étage où se trouvait le bureau de Sirius et fronça les sourcils lorsqu'elle reconnut un nom devant la porte.
Daphné Greengrass.
Le point pénétra dans le bureau et la nervosité envahit Hermione. Pourquoi Greengrass se trouvait-elle dans le bureau ? Sa présence mettait en péril son plan. Après une seconde d'hésitation, elle rangea la carte et se précipita vers les escaliers. En seulement quelques minutes elle se retrouva devant la porte à son tour. Elle jeta des regards autour d'elle. Les couloirs étaient vides et Greengrass semblait toujours être dans le bureau, selon la carte. Hermione utilisa son double de clef qu'elle introduisit lentement dans la serrure, s'assurant de faire du bruit afin que Greengrass l'entende.
Lorsqu'elle entra dans la pièce, Hermione constata que les lumières étaient allumées. Elle fit quelques pas dans la pièce, sa baguette brandie en l'air. Elle s'arrêta soudainement, observant la carte avec attention. Le point de Greengrass était tout près du sien. Hermione posa les yeux vers le large bureau et vit un tissu rouge dépasser. Elle traversa le reste de la pièce et hurla un sort de Stupéfixion vers Greengrass qui s'écroula immédiatement. Elle n'avait pas eu le temps de se défendre. Elle ne l'avait probablement même pas vue.
Hermione observa la silhouette inconsciente de Greengrass, puis les alentours, tentant de réfléchir rapidement à une solution. Cela ne faisait pas partie du plan, mais elle pourrait peut-être s'adapter.
Après tout, Greengrass était également au courant de la relation de Sirius et Millicent. Sirius aurait pu l'apprendre par un moyen ou un autre et s'attaquer à elle, comme à Ginny. Oui, ce serait suffisant. Elle n'avait plus le choix, désormais.
Hermione se maudit intérieurement. Elle aurait dû le prévoir. Penser à tout. Elle avait cru que publier les pages du journal de Daphné Greengrass dans toute l'école serait suffisant pour l'écarter définitivement. Après tout, Daphné Greengrass accordait de l'importance à sa réputation par-dessus tout. Hermione l'avait visiblement mal jugée. Jamais elle n'aurait imaginé que Greengrass puisse soupçonner Sirius. Savait-elle quelque chose qu'Hermione ne savait pas ? La pensée que Daphné soit au courant de sa propre liaison avec Sirius lui retourna l'estomac.
« Calme-toi, Hermione. Réfléchis. » dit-elle à haute voix, pour tenter de calmer ses nerfs. « Tu ne peux pas te permettre de faire d'erreurs. Pas maintenant. »
Hermione fit léviter le corps de Daphné sur le sofa. De son sac en perles, elle extirpa les lianes qu'elle s'était procurée dans l'une des serres du professeur Chourave. Elle attacha fermement les mains et les jambes de Daphné. Hermione lui jeta un dernier regard, respira profondément pour retrouver sa contenance et quitta la pièce
Tandis qu'elle arrivait au détour du premier couloir, elle tomba nez à nez avec une élève blonde. Elle portait une longue robe de soirée rose. Elle jura intérieurement en la reconnaissant. Il s'agissait d'Astoria Greengrass, la demi-sœur de Daphné.
« Tu as vu Daphné ? » demanda-t-elle d'une voix fluette.
« Hm, non. » répondit rapidement Hermione, tentant de dissimuler son irritation.
« Pourtant je l'ai vue entrer dans cette pièce. Et tu viens d'en sortir, toi aussi. » répliqua Astoria. « Qu'est-ce que vous tramez, toutes les deux ? »
Elle observait Hermione d'un air suspicieux.
« Je ne vois pas de quoi tu parles. » répondit Hermione.
Pourquoi cette famille était-elle aussi curieuse ? Ne pouvaient-elles pas s'occuper de leurs affaires ?
« Dans ce cas, je peux regarder ? D'ailleurs ce n'est pas le bureau du professeur Black, par hasard ? » insista Astoria, fronçant les sourcils.
Hermione saisit sa baguette d'un geste rapide et hurla un sort de Stupéfixion dans sa direction. Elle ne sut pas comment Astoria parvint à se débrouiller - mais cette dernière fit preuve de réflexes remarquables. Elle se jeta sur le côté, évitant le sort in extremis. Immédiatement, Hermione lui lança un sort cuisant qui atteignit de plein fouet une statue près d'Astoria, sans la toucher. Toutefois, l'un des morceaux détruits fut propulsé en direction de son visage et cogna violemment sa tête. Astoria s'agenouilla au sol, gémissant de douleur, se tenant le coin de la tête.
Hermione profita de son moment d'inattention pour lui jeter un nouveau sort qui cette fois, atteignit Astoria de plein fouet. Elle s'effondra sur le sol, inanimée. Hermione jeta des regards paniqués autour d'elle, effrayée à l'idée que le bruit ait alerté des Aurors ou d'autres élèves. Elle fit léviter Astoria vers le bureau de Sirius pour l'attacher à une chaise. Elle jeta un regard à l'horloge. Le bal avait commencé depuis bientôt deux heures et elle n'avait même pas encore attiré Ginny dans le bureau, comme prévu.
Après avoir verrouillé le bureau, Hermione retourna dans la Grande Salle. Cette fois, il fut facile d'attirer l'attention de Ginny qui s'écarta des bras de Draco Malfoy avec réticence. La conduire au bureau de Sirius et la stupéfixer pendant qu'elle tentait d'ouvrir la porte fut relativement simple.
Hermione observa les trois étudiantes attachées face à elle, toutes inconscientes. Ce n'était pas ce qu'elle avait prévu. Son plan était désormais menacé. Une boule d'angoisse se forma dans son ventre. Il lui fallut prendre de grandes inspirations pour essayer de calmer son anxiété. Il était primordial qu'elle garde sa lucidité. La panique entraînerait irrémédiablement des erreurs.
Elle avait actuellement trois étudiantes enfermées dans le bureau de Sirius Black. Son plan était complètement chamboulé et il faudrait qu'elle trouve une solution au plus vite. Premièrement, elle devait s'assurer d'avoir un alibi.
Elle rejoignit de nouveau la Grande Salle, où la fête battait toujours son plein, et se fraya un chemin parmi les élèves pour retrouver Harry qui discutait avec Dean Thomas, Lavande Brown et Parvati Patil.
Son plan aurait pu fonctionner s'il avait seulement s'agit de Daphné et Ginny. L'ajout d'Astoria Greengrass dans l'équation était toutefois problématique.
Elle n'aurait pas le choix, elle devrait se débarrasser d'Astoria d'une façon ou d'une autre.
Le visage grisâtre de Millicent, allongée sur le sol de la Salle des Trophées lui revint en mémoire. La solution avait été excessive, et même si Hermione n'avait jamais voulu en arriver à cette extrémité, cela s'était avéré efficace. Là où elle se trouvait, Millicent Bulstrode ne lui poserait plus jamais de problèmes, pensa Hermione sinistrement.
Ce soir, si elle agissait intelligemment, elle pourrait enfin sortir de ce cercle vicieux une fois pour toute. Le timing serait primordial.
« Granger ? » demanda une voix derrière elle, la tirant de ses pensées morbides.
Elle se retourna et tomba sur Draco Malfoy qui l'observait, l'air impatient.
« Tu as vu Ginny ? Elle n'est pas revenue depuis que vous êtes parties. » déclara-t-il, visiblement irrité.
Il pensait sans doute que Ginny lui avait posé un lapin. Ça n'aurait pas été improbable. Tout le monde voyait qu'elle le menait par le bout de la baguette. Ginny n'était pas seulement une peste comme les Quatre, ou bien une extrémiste anti Nés-Moldu, elle s'amusait également avec les sentiments des autres sans aucune pitié.
Hermione éprouva un élan de pitié pour Malfoy. Elle ne l'avait jamais particulièrement apprécié mais elle savait exactement ce que c'était d'être manipulée de la sorte. Qu'on joue avec vos sentiments sans scrupule et qu'on vous brise le cœur en mille morceaux.
Machinalement, elle jeta un regard vers Sirius, installé près du bar. Elle l'avait évité comme la peste depuis qu'il avait confirmé ses doutes au sujet de Millicent. A plusieurs reprises, il avait cherché à lui parler, notamment après sa fausse agression. Hermione était restée froide face à toutes ses tentatives. Même si ses sentiments étaient toujours aussi intenses. Elle ne lui laisserait pas une autre occasion de la manipuler comme il l'avait fait. Immédiatement son cœur se serra. Tout cela n'avait été un jeu pour lui. Et c'était désormais Hermione qui devait en payer les conséquences.
« Alors ? » insista Draco.
Hermione reposa son attention sur lui.
« A vrai dire, je ne sais pas non plus où elle est. Nous étions supposées répéter nos discours respectifs une dernière fois, c'est pour ça que nous sommes parties. Mais elle m'a dit qu'elle avait quelque chose d'urgent à faire et que je ne devais pas l'attendre car ça prendrait du temps. » mentit Hermione.
Draco l'écouta en silence, ses sourcils froncés. Elle avait presque l'impression qu'il doutait de son excuse. Savait-il qu'elle mentait ? Draco Malfoy avait toujours semblé particulièrement observateur. Ginny lui avait-elle parlé de ses doutes envers Sirius ? De la relation avec Millicent Bulstrode ? Après tout, Ginny et lui passaient tout leur temps ensemble. Peut-être que Ginny avait laissé échapper des informations à Malfoy. La paranoïa d'Hermione était telle qu'elle l'empêchait de penser clairement. Les minutes défilaient rapidement, son plan d'origine était tombé à l'eau à cause d'Astoria et la peur la rendait nerveuse.
« Mais ça fait déjà un petit moment, peut-être qu'on devrait aller la chercher. » s'empressa de proposer Hermione.
Elle ne pouvait pas prendre de risques. Elle devait jouer la carte de la sécurité.
« Très bien. » accepta Malfoy.
Il se dirigea vers la sortie de la Grande Salle, Hermione sur ses talons. Ils passèrent devant les élèves qui discutaient et riaient bruyamment à l'entrée. Tandis qu'elle suivait Malfoy dans le hall, elle réalisa que sa démarche n'était pas totalement nette. Il semblait avoir bu. Elle attendit qu'ils passent devant une alcôve pour saisir sa baguette et envoyer un sort de Stupéfixion dans sa direction. Draco était de dos et il n'eut pas le temps de voir le sort l'atteindre. Il s'effondra d'un coup. Hermione le tira dans l'alcôve, s'assurant que sa figure immobile ne soit pas visible si d'éventuels élèves passaient dans les environs.
Ça devient plus facile, pensa-t-elle en observant Draco, inconscient. Il était effrayant de réaliser qu'elle devenait de plus en plus expérimentée. Hermione se pencha dans sa direction et d'un geste sec, tira un cheveu de son crâne. Elle la plaça dans l'une des fioles de Polynectar qu'elle avait subtilisé dans le bureau de Sirius avant d'ingurgiter la potion. Elle grimaça au goût de métal qu'elle sentit dans sa gorge.
Malfoy était loin d'être son alternative favorite pour son plan. Mais elle n'avait plus le temps de réfléchir à d'autres solutions - elle devrait faire avec les moyens du bord. Pour commencer, elle utiliserait Malfoy pour faire diversion. Après tout, il était de notoriété publique que Daphné, Ginny et Astoria étaient toutes liées à Draco Malfoy d'une manière romantique. Ce n'était pas idéal, mais c'était un début.
Elle appliqua un sort de copiage sur ses vêtements. Immédiatement sa robe noire se transforma en un tuxedo noir élégant. Avant de partir, elle s'assura de stupéfixer Malfoy une seconde fois. Elle reviendrait s'occuper de lui plus tard.
Quand elle fut de retour dans le bureau de Sirius, les trois étudiantes somnolaient toujours, assommées par le sort de Stupéfixion qui s'atténuerait probablement bientôt. Elle prit la seconde fiole de Polynectar, qui contenait cette fois l'une de ses propres mèches de cheveux et se dirigea vers Astoria. Elle lui ouvrit la bouche et versa le contenu à l'intérieur. Elle pencha sa tête pour s'assurer qu'elle avale le liquide dans sa totalité. Quelques minutes plus tard, le visage d'Astoria se métamorphosa en celui d'Hermione.
Elle observa son propre visage, interdite, comme si elle se voyait pour la première fois depuis des lustres et qu'elle réalisait ce qu'elle était devenue.
Une meurtrière.
Pas maintenant, pensa-t-elle, chassant sa culpabilité d'un revers de la manche. Ce n'était plus le moment d'avoir des incertitudes. Elle grimaça en réalisant qu'elle ne pouvait pas réitérer le sort de copiage pour changer la tenue d'Astoria. Hermione ne pouvait pas attendre que le sort qu'elle avait lancé sur sa propre tenue se dissipe afin qu'elle puisse copier la robe pour Astoria. Le Polynectar n'était efficace qu'une heure. Elle prit finalement une cape qu'elle trouva dans le bureau et entoura Astoria avec, afin de dissimuler les vêtements qu'elle portait. Elle s'assura de fouiller les trois étudiantes afin de subtiliser leurs baguettes magiques respectives. Elle soupira avec appréhension tandis qu'elle quittait la pièce. Lorsqu'elle ferait de nouveau son entrée dans la salle, ce serait Draco Malfoy qu'elles apercevraient.
Hermione Granger ignorait ce que l'avenir lui réserverait. Pourtant, si elle était certaine d'une chose, c'était que seule l'une de ses captives pourrait s'en sortir vivante.
Fin du Chapitre
Choqué(e)s ? Vous n'imaginiez probablement pas qu'Hermione était notre coupable… J'attends vos impressions !
Je vous laisse un peu le temps de vous en remettre car le chapitre suivant va être intense. Vous savez désormais comment Hermione réagit sous la panique. Et ce n'est très beau à voir… Donc les paris sont ouverts ! Qui s'en sortira ? Qui ne s'en sortira pas ? :)
Finalement, il reste trois chapitres (ou plutôt deux et demi, vous comprendrez pourquoi plus tard)
A très vite,
Fearless
