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LE RETOUR DE HAGRID
Megan et Hermione se précipitèrent dans leur dortoir pour y prendre des vêtements chauds. Avec une consternation certaine, Megan vit son amie porter non pas seulement une écharpe et des gants mais également un de ses propres chapeaux d'elfe grossièrement tricotés, qu'il lui fallut un certain temps pour enfiler.
- Vous savez, il fait froid dehors, dit-elle pour se justifier tandis que Ron claquait la langue d'un air impatient lorsqu'elles redescendirent enfin dans la salle commune.
Ils se faufilèrent à travers le trou que cachait le portrait de la grosse dame et s'enveloppèrent hâtivement dans la cape d'invisibilité que Potter avait descendue de son dortoir. Ron avait tellement grandi qu'il devait plier les genoux pour que ses pieds ne dépassent pas. Puis, avançant lentement, précautionneusement, ils descendirent les nombreux escaliers, s'arrêtant à intervalles réguliers pour vérifier sur la carte du Maraudeur si Filch ou Mrs Norris n'étaient pas dans les parages. Ils eurent de la chance et ne rencontrèrent personne en dehors de Nick Quasi-Sans-Tête qu'ils virent glisser d'un air absent, fredonnant une chanson qui ressemblait atrocement à Weasley est notre roi. Ils traversèrent le hall d'entrée et sortirent dans le parc silencieux, à présent recouvert de neige. Alors qu'ils approchaient de la cabane, aux fenêtre allumées, dont la cheminée laissait échapper des volutes de fumée, Potter accéléra le pas, les trois autres se bousculant derrière lui. Megan émit un grognement contrarié. Leurs pieds crissant dans la neige, ils s'avancèrent ainsi jusqu'à la porte de la cabane. Lorsque Potter leva le poing et frappa à trois reprises, un chien se mit à aboyer avec force de l'autre côté du panneau.
- Hagrid, c'est nous ! dit le garçon à travers le trou de la serrure.
- M'en serais douté ! répondit une voix bourrue.
Sous la cape, ils échangèrent des regards radieux. D'après le son de sa voix, Hagrid était content de les voir. Enfin quelque chose de normal à Poudlard.
- Ça fait trois secondes que je suis rentré... Fiche le camp de là, Fang... J'ai dit fiche le camp, espèce d'endormi...
Le verrou fut tiré, la porte s'ouvrit avec un grincement et la tête de Hagrid apparut dans l'entrebâillement. Hermione poussa alors un cri.
- Par la barbe de Merlin, tais-toi donc ! dit Hagrid en jetant des regards frénétiques au-dessus de leurs têtes. Ah, vous avez pris la cape, hein ? Allez, entrez, entrez !
- Je suis désolée ! dit Hermione, le souffle court.
Ils pénétrèrent dans la maison en se faufilant entre Hagrid et la porte et enlevèrent leur cape d'invisibilité pour qu'il puisse les voir.
- J'ai simplement... Oh, Hagrid !
- Mais c'est rien, rien du tout ! répondit précipitamment Hagrid.
Il referma la porte derrière eux et se hâta de tirer les rideaux, mais Hermione continuait de le regarder d'un air horrifié. Du sang coagulé collait ses cheveux et son œil gauche n'était plus qu'une fente au milieu de chairs enflées d'une couleur qui oscillait entre le noir et le violet. Son visage et ses mains étaient recouverts de nombreuses plaies, dont certaines saignaient encore, et il se déplaçait avec précaution, ce qui laissait penser qu'il avait des côtes cassées. De toute évidence, il venait tout juste de rentrer. Une épaisse cape de voyage était accrochée au dossier d'une chaise et un sac à dos suffisamment grand pour y promener plusieurs enfants en bas âge était posé contre le mur, à côté de la porte. Hagrid lui-même, qui avait deux fois la taille d'un homme normal, s'approcha en boitillant de la cheminée et mit sur le feu une bouilloire de cuivre.
- Qu'est-ce qui vous est arrivé ? demanda Megan, tandis que Fang leur faisait la fête en essayant de leur lécher le visage.
- Vous l'ai dit, rien du tout, répondit Hagrid d'un ton ferme. Voulez une tasse de thé ?
- N'essayez pas de nous faire croire ça, répondit Megan. Vous avez une allure épouvantable.
- Je vous dis que je vais très bien, insista Hagrid.
Il se redressa et se tourna vers eux pour leur adresser un grand sourire, mais il fit la grimace.
- Alors, là, vous pouvez dire que ça fait plaisir de vous revoir tous les quatre...Vous avez passé de bonnes vacances ?
- Hagrid, quelqu'un vous a attaqué ! dit Ron.
- Pour la dernière fois, c'est rien du tout ! assura Hagrid d'un ton sans réplique.
- Vous diriez que ce n'est rien si l'un d'entre nous venait vous voir avec une livre de steak haché à la place du visage ? Répliqua Megan, imperturbable.
- Vous devriez aller voir Madame Pomfrey, Hagrid, dit Hermione d'un air anxieux. Vous avez quelques blessures qui paraissent inquiétantes.
- Je m'en occupe, d'accord ? répondit Hagrid d'une voix autoritaire.
Il s'avança vers l'énorme table de bois qui occupait le milieu de la pièce et écarta d'un geste vif une serviette qui y était posée. Au-dessous, il y avait un steak cru, sanguinolent, verdâtre par endroits, et un peu plus grand qu'un pneu de voiture.
- Vous n'allez pas manger ça, Hagrid ? s'exclama Ron en se penchant pour voir de plus près. Ça paraît empoisonné.
- Normal, c'est de la viande de dragon, expliqua Hagrid. Et je l'ai pas achetée pour la manger.
Il prit le steak qu'il plaqua brutalement sur la partie gauche de son visage. Des gouttes de sang verdâtre coulèrent dans sa barbe et il laissa échapper un grognement de satisfaction. Megan eut une grimace de dégoût.
- Ah, ça va mieux. C'est bon pour calmer la douleur, vous comprenez ?
- Alors, vous allez nous raconter ce qui vous est arrivé ? demanda Potter.
- Peux pas, Harry. Top secret. Si je vous le disais, ça me coûterait plus que mon poste.
- Ce sont les géants qui vous ont battu, Hagrid ? demanda Hermione à voix basse.
Les doigts de Hagrid laissèrent échapper le steak de dragon qui glissa avec un bruit de succion sur sa poitrine.
- Les géants ? répéta-t-il.
Il rattrapa le steak avant qu'il ne tombe plus bas et l'appliqua à nouveau sur son visage. La grimace de Megan s'étala un peu plus sur son visage.
- Qui vous a parlé de géants ? Qui vous avez vu ? Qui vous a dit ce que j'ai... ? Qui a raconté que j'avais été...hein ?
- On a deviné, répondit Hermione sur un ton d'excuse.
- Ah, c'est ça, deviné ? dit Hagrid en la regardant avec sévérité de l'œil qui n'était pas recouvert par le steak.
- D'une certaine manière, c'était évident, ajouta Megan.
Ron et Potter approuvèrent d'un signe de tête. Hagrid leur lança un regard noir. Il émit un grognement, jeta le steak sur la table et s'avança à grands pas vers la bouilloire qui s'était mise à siffler.
- Jamais vu des mômes aussi doués pour en savoir plus que ce qu'ils devraient, marmonna-t-il en versant de l'eau bouillante dans quatre de ses énormes tasses de la taille d'un seau. Et c'est pas un compliment, ajouta-t-il en voyant Megan sourire. On appelle ça des fouineurs. Des gens qui se mêlent de ce qui ne les regarde pas.
Mais un frémissement dans sa barbe vint contredire le ton de sa voix.
- Alors, vous êtes parti à la recherche des géants ? dit Potter avec un grand sourire en s'asseyant à la table.
Hagrid posa une tasse de thé devant chacun d'eux, s'assit à son tour, et reprit son steak de dragon qu'il appliqua à nouveau sur son visage.
- Oui, bon, d'accord, grogna-t-il, c'est ça.
- Et vous les avez trouvés ? demanda Hermione d'une voix étouffée.
- Bah, franchement, ils sont pas très difficiles à trouver. On les voit de loin.
- Où sont-ils ? demanda Ron.
Dans les montagnes, répondit Hagrid sans plus de précisions.
- Alors, comment se fait-il que les Moldus... ?
- Oh, si, ils les voient, dit Hagrid d'un air sombre. Mais quand on les retrouve morts, on dit que c'est un accident de montagne.
Il déplaça un peu le steak pour qu'il recouvre ses contusions les plus douloureuses.
- Hagrid, racontez-nous ce qui vous est arrivé, dit Megan. Racontez-nous l'attaque des géants et Potter vous racontera l'attaque des Détraqueurs.
Hagrid s'étouffa dans sa tasse et lâcha son steak. Une impressionnante quantité de salive, de thé et de sang de dragon se répandit sur la table tandis que Hagrid toussait, crachait et que le steak glissait par terre en tombant avec un bruit mou. Megan s'écarta de la table avec un râle dégouté.
- Qu'est-ce que ça veut dire, l'attaque des Détraqueurs ? grogna Hagrid.
- Vous n'êtes pas au courant ? s'étonna Hermione, les yeux ronds.
Megan esquissa un sourire : bien sûr qu'il n'en savait rien, il ne s'agissait que d'un moyen d'obtenir son récit.
- Je ne sais rien de ce qui s'est passé depuis que je suis parti. J'étais en mission secrète, je ne voulais pas que des hiboux me suivent partout... Fichus Détraqueurs ! Vous me faites une farce, ou quoi ?
- Pas du tout, ils sont arrivés à Little Whinging et nous ont attaqués, mon cousin et moi, répondit Potter. Là- dessus, le ministère de la Magie m'a renvoyé de Poudlard...
- QUOI ?
- ... et je suis passé devant le tribunal, mais racontez-nous d'abord l'histoire des géants.
- Tu as été renvoyé ?
- Racontez-nous votre été et je vous raconterai le mien.
Avec un mélange d'innocence et de détermination dont Megan ne le pensait pas capable, Potter soutint le regard noir que Hagrid lui lança de son unique œil ouvert.
- Oh bon, d'accord, dit enfin le garde-chasse, résigné.
Il se pencha et arracha le steak de dragon de la gueule de Fang.
- Oh, Hagrid, ne faites pas ça, ce n'est pas hygién..., commença Hermione, mais Hagrid avait déjà remis la viande sur son œil enflé.
Megan leva les yeux au ciel. Elle ne pourrait plus jamais manger un steak.
Hagrid but une nouvelle gorgée de thé pour se donner du courage, puis il se lança dans son récit. En compagnie de Madame Maxime, il avait mis un mois à atteindre les montagnes où se cachaient les géants. Ils en avaient trouvé entre soixante-dix et quatre-vingts, hauts de six à huit mètres, impressionnants, même pour Hagrid, leurs ronflements déclenchant des avalanches. Ils avaient d'abord noué des liens avec le Gurg, le « chef », lui offrant des cadeaux de grande valeur telle qu'une branche de Feu de Sempremais ou un casque de guerrier fabriqué par un gobelin, puis discutant avec lui pour lui parler de Dumbledore et de sa défense de leurs intérêts, espérant le rallier à leur cause. Mais une nuit, une bagarre avait éclatée et le Gurg avait été tué. Ils avaient tenté de suivre le même schéma avec le nouveau chef, Golgomath, mais celui-ci s'était retourné contre Hagrid et Madame Maxime avait dû faire usage de la magie contre les géants, ce qui avait rompu toute possibilité de négociation avec eux. Les observant désormais de loin, ils avaient découvert que des Mangemorts étaient, eux, mieux accueillis. Ils s'étaient alors tournés vers les géants qui s'étaient opposés à Golgomath lorsque le Gurg précédent avait été tué. Ils avaient ainsi pu en convaincre six ou sept, mais ceux-ci furent attaqués par les sympathisants de Gurg, et les survivants ne voulurent plus entendre parler d'eux.
- Alors, aucun géant ne va venir ? dit Ron, déçu.
- Non, dit Hagrid.
Il poussa un profond soupir et retourna le steak de dragon sur son visage sous le regard consterné de Megan.
- Mais on a fait ce qu'on devait faire, on leur a transmis le message de Dumbledore et certains d'entre eux l'ont entendu. J'imagine qu'il y en a qui s'en souviendront. Peut- être que ceux qui ne veulent pas rester avec Golgomath quitteront les montagnes et alors, il y a une chance pour qu'ils se rappellent que Dumbledore a voulu être ami avec eux... Peut- être qu'ils viendront.
La neige s'accumulait contre la fenêtre à présent.
- Hagrid ? dit Hermione à voix basse après un moment de silence.
- Mmmm ?
- Est- ce que... Vous avez trouvé une trace de... vous avez entendu quelque chose au sujet de... de votre... mère, quand vous étiez là-bas ?
Lorsque l'œil valide de Hagrid se posa sur elle, Hermione parut un peu effrayée.
- Je suis désolée... Je... N'en parlons plus...
- Morte, grogna Hagrid. Elle est morte il y a des années. Ils me l'ont dit.
- Oh...je...Je suis vraiment navrée, dit Hermione d'une toute petite voix.
Hagrid haussa ses épaules massives.
- Pas de quoi, dit-il d'un ton abrupt. Me souviens pas beaucoup d'elle. Pas formidable, comme mère.
Ils redevinrent silencieux. Hermione jetait aux trois autres des regards inquiets pour les inciter à dire quelque chose.
- Vous ne nous avez toujours pas raconté ce qui vous a mis dans cet état, dit enfin Ron en montrant le visage ensanglanté de Hagrid.
- Ni pourquoi il vous a fallu aussi longtemps pour rentrer, ajouta Potter. Sirius dit que Madame Maxime est revenue depuis une éternité...
- Qui vous a attaqué ? demanda Megan.
- Je n'ai pas été attaqué ! répondit Hagrid d'un ton catégorique. J'ai...
Mais ses paroles furent soudain noyées par des coups frappés à la porte. Hermione sursauta. Sa tasse lui glissa des mains et se fracassa sur le sol. Fang laissa échapper un jappement. Tous les cinq regardèrent la fenêtre, à côté de la porte. L'ombre d'une petite silhouette trapue ondoyait à travers le mince rideau.
- C'est elle, murmura Megan, la voix suintante de mépris.
- Vite, venez là-dessous, dit Potter.
Il attrapa la cape d'invisibilité et la jeta sur lui, Ron et Hermione tandis que Megan venait les és les uns contre les autres, ils reculèrent dans un coin de la pièce. Fang s'était mis à aboyer de toutes ses forces. Hagrid semblait ne rien comprendre.
- Hagrid, cachez nos tasses, souffla Megan.
Il les prit et se hâta d'aller les cacher sous le coussin, dans le panier de Fang. Le molosse sautait à présent contre la porte, Hagrid l'écarta avec son pied et ouvrit.
Umbridge se tenait sur le seuil, vêtue de sa cape de tweed vert et d'un chapeau assorti muni de rabats pour les oreilles. Les lèvres pincées, elle se pencha en arrière pour voir le visage de Hagrid. Elle lui arrivait tout juste au nombril.
- Alors, dit-elle lentement en parlant très fort comme si elle s'adressait à un sourd. C'est vous, Hagrid ?
Sans attendre de réponse ou d'invitation à entrer, elle s'avança dans la pièce d'un pas résolu, ses yeux globuleux roulant en tous sens. Megan résista à l'envie de lui jeter un sort sous cape.
- Va-t'en, dit-elle sèchement en agitant son sac à main devant le museau de Fang qui avait bondi sur elle et essayait de lui lécher le visage.
- Heu... je ne voudrais pas paraître malpoli, dit Hagrid, le regard fixé sur elle, mais, nom d'une gargouille, j'aimerais fichtrement bien savoir qui vous êtes !
- Je m'appelle Dolores Umbridge.
Son regard balayait la cabane. A deux reprises, il s'arrêta sur le coin de la pièce où se tenait Megan, Ron, Hermione et Potter, serrés les uns contre les autres, osant à peine respirer.
- Dolores Umbridge ? répéta Hagrid qui paraissait totalement désorienté. Je croyais que vous faisiez partie du ministère... Ce n'est pas vous qui travaillez avec Fudge ?
- J'étais sous-secrétaire d'Etat auprès du ministre, en effet, dit-elle.
Elle arpentait à présent la pièce, notant chaque petit détail, depuis le sac à dos posé contre le mur jusqu'à la cape de voyage accrochée à la chaise.
- Maintenant, je suis le professeur de défense contre les forces du Mal...
- Courageux de votre part, remarqua Hagrid. On n'en trouve plus beaucoup qui voudraient faire ce travail.
- ... et également la Grande Inquisitrice de Poudlard, ajouta Umbridge, comme si elle ne l'avait pas entendu.
- C'est quoi, ça ? demanda Hagrid, les sourcils froncés.
- Voilà précisément la question que j'allais vous poser, répondit Umbridge en montrant par terre les débris de la tasse d'Hermione.
- Oh, ça, dit Hagrid.
Il jeta un regard des plus inutiles vers le coin où les quatre élèves étaient cachés.
- Ça, c'est... C'est Fang. Il a cassé une tasse. Alors, j'ai été obligé d'en prendre une autre.
Hagrid montra sa propre tasse, son autre maintenant toujours le steak de dragon contre son œil. Umbridge lui faisait face à présent et c'était lui qu'elle examinait en détail après en avoir fini avec la cabane.
- J'ai entendu des voix, dit-elle.
- Je parlais à Fang, affirma Hagrid.
- Et il vous répondait ?
- Ben... d'une certaine manière, oui, répondit Hagrid, mal à l'aise. Je me dis parfois que Fang est presque humain...
Megan leva les yeux au ciel. Umbridge le prenait déjà pour un ahuri, il n'arrangeait pas son cas.
- Dehors, dans la neige, il y a les traces de pas de quatre personnes qui sont allées du château jusqu'à votre cabane, fit remarquer Umbridge d'une voix doucereuse.
Effrayée, Hermione inspira bruyamment une bouffée d'air. Megan lui plaqua une main sur la bouche. Par chance, le faible son fut couvert par les reniflements de Fang qui flairait la robe d'Umbridge. Apparemment, elle n'avait rien entendu.
- Je viens tout juste de rentrer, dit Hagrid, son énorme main montrant le sac à dos. Peut- être que quelqu'un est venu me voir tout à l'heure, quand je n'étais pas encore là.
- Il n'y a aucune trace de pas qui reparte de votre cabane.
- Eh ben, je... Je sais pas, moi..., balbutia Hagrid.
Il tira nerveusement sur sa barbe et se tourna à nouveau vers le coin où se trouvaient les quatre autres, comme s'il cherchait de l'aide. Quel acteur épouvantable.
- Heu...
Umbridge pivota sur ses talons et parcourut toute la longueur de la pièce en regardant soigneusement autour d'elle. Elle se pencha et jeta un coup d'œil sous le lit. Elle ouvrit les placards et passa à quelques centimètres de l'endroit où Megan, Ron, Hermione et Potter se pressaient contre le mur. Après avoir scruté les profondeurs de l'énorme chaudron dont Hagrid se servait pour cuisiner, elle fit à nouveau volte-face et dit :
- Que vous est-il arrivé ? Où avez-vous eu ces blessures ?
Hagrid enleva aussitôt le steak de dragon. Erreur : les contusions noires et violettes autour de son œil étaient à présent bien visibles, ainsi que les taches de sang coagulé qui parsemaient son visage.
- Oh, j'ai eu un petit accident, dit-il maladroitement.
- Quel genre d'accident ?
- Je...J'ai trébuché.
Megan secoua la tête, consternée.
- Vous avez trébuché, répéta Umbridge avec froideur.
- Oui, c'est ça. Contre... contre le balai d'un ami. Moi-même, je ne vole pas. Vous avez vu ma taille ? Je ne pense pas qu'il existe un balai capable de supporter mon poids. Cet ami élève des chevaux, des Abraxans, je ne sais pas si vous en avez déjà vu, de grandes bêtes avec des ailes, un jour j'ai fait un tour sur l'un d'eux et c'était...
- Où étiez-vous ? demanda Umbridge, interrompant d'une voix glaciale les balbutiements de Hagrid.
- Où je...
- Où vous étiez, oui. Le trimestre a commencé il y a deux mois. Un autre professeur a dû assurer vos cours. Aucun de vos collègues n'a pu me donner de renseignements sur vos coordonnées. Vous n'avez laissé aucune adresse. Où étiez-vous ?
Il y eut un silence. Hagrid la fixait, de ses deux yeux, cette fois. On entendait presque son cerveau tourner frénétiquement.
- Je... Je suis parti pour ma santé, dit-il.
- Pour votre santé...
Le regard d'Umbridge se promena sur le visage bariolé et enflé de Hagrid. Du sang de dragon s'égouttait lentement sur son gilet.
- Je vois...
- Oui, dit Hagrid, un peu de... d'air frais, vous comprenez ?
- Bien sûr, comme garde-chasse, vous devez terriblement manquer d'air frais, répondit Umbridge avec douceur.
La toute petite partie du visage de Hagrid qui n'était pas couverte de bleus devint écarlate.
- Enfin... le changement de décor, vous comprenez...
- Décor de montagne, par exemple ? dit aussitôt Umbridge.
« Elle sait », pensa Megan, inquiète.
- De montagne ? répéta Hagrid qui réfléchissait visiblement très vite. Non. Pour moi, rien ne vaut le sud de la France. Un bon petit soleil et... et la mer.
- Vraiment ? Vous n'êtes pas très bronzé, pourtant, fit remarquer Umbridge.
- Ah ça... la peau sensible, répondit Hagrid, en risquant un sourire aimable.
Il avait perdu deux dents. Umbridge regarda Hagrid avec froideur et son sourire s'évanouit. Elle remonta son sac au creux de son bras puis ajouta :
- Je vais bien entendu informer le ministre de votre retour tardif.
- Très bien, dit Hagrid en hochant la tête.
- Il faut aussi que vous sachiez qu'en tant que Grande Inquisitrice il est malheureusement de mon devoir d'inspecter mes collègues enseignants. Nous nous reverrons donc sans doute dans peu de temps.
Elle fit brutalement demi-tour et s'avança vers la porte.
- Vous nous inspectez ? dit Hagrid, comme en écho.
L'air perplexe, il la suivit du regard.
- Oh, oui, murmura Umbridge, la main sur la poignée de la porte. Le ministère est décidé à se débarrasser des enseignants qui n'apportent pas entière satisfaction, Hagrid. Bonsoir.
Elle sortit et referma la porte avec un bruit sec. Potter fit un geste pour se débarrasser de la cape d'invisibilité, mais Megan lui attrapa le poignet.
- Attends, souffla-t-elle. Elle est peut-être restée derrière la porte.
Hagrid semblait penser la même chose. Il traversa la pièce de son pas lourd et écarta le rideau de quelques centimètres.
- Elle retourne au château, annonça-t-il à voix basse. Nom de nom...Alors comme ça, elle inspecte les gens...
- Oui, dit Potter en rejetant la cape. Trelawney est déjà mise à l'épreuve...
- Heu... Qu'est- ce que vous avez l'intention de nous faire étudier en classe, Hagrid ? demanda Hermione.
- Oh, ne t'inquiète pas pour ça, j'ai plein de choses prévues, répondit Hagrid avec enthousiasme en reprenant son steak de dragon qu'il s'appliqua à nouveau sur l'œil. J'ai gardé exprès quelques créatures pour votre année de BUSE. Tu verras, elles sont vraiment spéciales.
- Heu... spéciales dans quel sens ? demanda timidement Hermione.
- Je ne veux pas te le dire, pour l'instant, répliqua Hagrid d'un ton joyeux. Il ne faut pas gâcher la surprise.
- Écoutez, Hagrid, dit Hermione d'un ton pressant, en abandonnant tout faux-semblant, Umbridge ne sera pas contente du tout si vous amenez en classe des créatures trop dangereuses.
- Dangereuses ? s'exclama Hagrid qui paraissait sincèrement étonné. Ne sois pas stupide, jamais je ne vous ferais étudier des choses dangereuses ! D'accord, ce sont des créatures qui n'ont besoin de personne pour se débrouiller dans la vie...
- Hagrid, il faut que vous passiez l'inspection d'Umbridge et pour cela, il va plutôt falloir nous apprendre à nous occuper des Porlocks ou à faire la différence entre des Noueux et des hérissons, dit Megan, sérieuse.
- Mais ça n'a pas grand intérêt, Megan. Ce que j'ai en réserve est beaucoup plus impressionnant. Il y a des années que je les élève. Je crois bien que c'est le seul troupeau domestique qui existe dans tout le Royaume-Uni.
- Hagrid... S'il vous plaît, le pria Hermione, avec une nuance de désespoir dans la voix. Umbridge cherche le moindre prétexte pour se débarrasser des professeurs qu'elle pense trop proches de Dumbledore. Hagrid, s'il vous plaît, apprenez-nous des choses bien ennuyeuses sur lesquelles on est sûrs d'être interrogés le jour des BUSE.
Mais Hagrid se contenta de bâiller longuement et de jeter, de son œil unique, un regard d'envie vers l'immense lit installé dans un coin de la cabane.
- Ecoutez, la journée a été longue et il est tard, dit-il.
Il tapota gentiment l'épaule d'Hermione, dont les genoux se dérobèrent sous le choc et heurtèrent le sol avec un bruit sourd.
- Oh, désolé.
Il la releva en la prenant par le col de sa robe.
- Ne vous inquiétez pas pour moi, je vous promets que j'ai vraiment de très bons sujets d'étude pour vos prochains cours maintenant que je suis revenu... Pour l'instant, vous feriez bien de rentrer au château et n'oubliez pas d'effacer vos empreintes derrière vous !
- Je ne sais pas si vous avez réussi à lui faire comprendre les choses, dit Ron un peu plus tard, alors qu'ils retournaient au château en s'enfonçant dans la couche de neige de plus en plus épaisse.
Grâce au sortilège d'Oblitération que lançait Hermione, leurs traces s'effaçaient à mesure qu'ils avançaient.
- Dans ce cas, j'y retournerai demain, répondit Megan.
- Je viendrai avec toi, ajouta Hermione d'un ton décidé. S'il le faut, nous ferons le programme de ses cours à sa place !
- Je me fiche que Trelawney se fasse renvoyer, mais elle ne se débarrassera pas de Hagrid, affirma Megan, déterminée.
Dès le lendemain matin, toutes deux se frayèrent un chemin jusqu'à la cabane de Hagrid dans une couche de neige de cinquante centimètres. Ron et Potter n'avaient pas pu les accompagner, leur montagne de devoirs ayant atteint une hauteur alarmante. Dans le parc, des élèves patinaient sur le lac gelé dans de grands cris de joie, certains sculptaient des statues de neige et de glace du bout de leurs baguettes ou glissaient sur les pentes neigeuses, et d'autres s'adonnaient à des batailles de boule de neige. Megan aperçut notamment Fred et George ensorceler des boules pour frapper de plein fouet les fenêtres de la tour de Gryffondor. Elle se rappela avec chaleur qu'ils avaient ensorcelé des boules semblables pour viser le turban du professeur Quirrell cinq ans plus tôt, harcelant ainsi le visage de Voldemort sans le savoir.
- Je devrais leur dire quelque chose…, marmonna Hermione en leur jetant des regards en biais.
- Laisses-les s'amuser, rétorqua Megan. Ils sont privés de Quidditch, tu te souviens ?
L'argument suffit à la convaincre. Elles terminèrent ainsi leur course devant la cabane de Hagrid. Dans la lueur blanche du matin, aucune lumière ne filtrait par les petits carreaux des fenêtres. Megan leva le poing et frappa à la porte. Derrière le pan de bois, Fang se mit à aboyer, mais il n'y eut aucun pas lourd dans la cabane, et Hagrid ne vint pas ouvrir.
- Tu crois qu'il nous ignore ? s'enquit Hermione.
- Il ne manquerait plus que ça.
Megan frappa de nouveau. Toujours rien. Hermione se joignit à elle.
- Eh ! Vous croyez que vous pouvez nous laisser dans le froid ? lança Megan d'une voix forte. C'est mal nous connaître de croire qu'on va abandonner !
Les deux jeunes filles dansaient d'un pied sur l'autre pour empêcher leurs jambes de geler dans la neige, leurs collants trempés. De la fumée sortait en spirales de la cheminée, indiquant que leur professeur de soins aux créatures magiques s'était déjà levé ce matin-là. Fang aboyait avec ferveur, leur attirant des coups d'œil curieux de la part des élèves passant à proximité.
- Est-ce que tu crois qu'il peut être malade, ou pire ? chuchota Hermione, inquiète, après plusieurs dizaines de minutes passées à frapper sans réponse. Tu as vu toutes ses blessures, est-ce qu'il a pu se sentir mal ce matin ?
- C'est un demi-géant, il lui faudrait plus que ça pour se sentir mal, répliqua résolument Megan. Hagrid, ouvrez cette porte par Merlin, ou je fais sauter les gonds !
- Qu'est-ce que c'est que ce cirque ?
La voix forte du garde-chasse leur parvint sur la droite. Il se tenait à la lisière de la forêt interdite, ses contusions plus affreuses encore que la veille dans la lumière du jour, les sourcils froncés. De toute évidence, il ne les voyait que d'un seul œil. Avec un soupir résigné, Megan observa Hagrid les rejoindre, son regard noir braqué sur elles.
- Qu'est-ce que vous faisiez dans la forêt interdite ? lança-t-elle lorsqu'il eut ouvert la porte pour les faire enfin entrer. Vous savez combien de créatures il y a là-dedans qui vous vaudraient un renvoi immédiat avec les bons baisers d'Umbridge ?
- Je sais très bien ce qu'il y a dans cette forêt, je sais ce que je fais, Megan, répliqua Hagrid d'un ton bourru. Mettez-vous près du feu, vous allez vous transformer en bonhommes de neige.
Megan et Hermione obéirent sans discuter. Elles savourèrent la chaleur des flammes en silence tandis que leur hôte allait se laver les mains dans l'immense évier en pierre qui faisait le coin de la pièce puis entreprenait de préparer du thé.
- Hagrid, on est venus vous parler de quelque chose, dit Hermione d'une petite voix lorsqu'ils s'assirent enfin tous trois autour de la table. Vous vous souvenez, hier, qu'on vous a conseillé de suivre le programme du professeur Grubbly-Plank ? Le professeur Umbridge est là depuis la rentrée, on a pris le temps de la connaître, et… Hagrid, vous devez vraiment vous méfier d'elle.
- Elle ne me fait pas peur, répliqua tranquillement le demi-géant. Ne vous en faîtes pas pour moi.
- Qu'est-ce que vous faisiez dans la forêt interdite ? répéta Megan.
- Je vous prépare une surprise.
Son unique œil pétillait de joie. Ce ne pouvait être qu'un très mauvais signe.
- On a déjà rencontré Aragog, Hagrid, et c'était une très mauvaise surprise.
Le visage de l'intéressé se rembrunit.
- Je t'ai déjà dit combien j'étais désolé de son attitude, Megan. Je ne pensais pas qu'il se conduirait comme ça, sachant que nous sommes amis, j'en ai parlé avec lui, et –
- Vous allez vraiment nous faire étudier Aragog ? s'étrangla Hermione, qui avait entendu avec horreur le récit de ses trois amis de leur confrontation avec l'Acromentula et sa descendance.
- Non, non non, ne t'en fais pas, répondit précipitamment Hagrid.
- Ron ne s'en serait jamais remis, fit remarquer Megan. Alors qu'est-ce que c'est, cette surprise ?
- Si je vous le dis ce ne sera plus une surprise !
- Mais on ne veut pas être surpris ! Ecoutez, Umbridge est une véritable plaie, vous n'avez pas idée. Elle est ici pour espionner Poudlard pour le compte du ministre, elle pense que Dumbledore prépare une armée pour se retourner contre Fudge ! Non, Hagrid, ne riez pas, je suis très sérieuse (Hermione approuva vigoureusement). Elle est déjà en train de se débarrasser de Trelawney, elle a des pouvoirs de sanction illimités, elle peut renverser des décisions prises par d'autres professeurs, elle a privé Fred et George de Quidditch à vie –
- Et Harry aussi, précisa aussitôt Hermione.
- Mais enfin c'est absurde, s'étonna Hagrid.
- Oui, c'est absurde ! tempêta Megan. Toute cette histoire est absurde, cette vipère qu'on nous colle dans les pattes en année de BUSE, qui passe son temps à inspecter les professeurs et saper leur autorité, qui met des sanctions à tour de bras, elle a interdit toute réunion d'élèves pour essayer de nous contrôler, et elle ne nous laisse pas pratiquer la magie dans ses cours ! Elle va tout faire pour s'en prendre à vous, Hagrid, tout. Tout le monde connaît votre loyauté envers Dumbledore, et même si je suis la première à vouloir remettre ça en question, elle elle va s'en servir contre vous, vous êtes sa nouvelle cible, elle ne vous pardonnera rien.
- Megan a raison, renchérit Hermione en voyant Hagrid s'apprêter à répliquer, les sourcils froncés. Il faut impérativement que vous ne lui donniez aucune excuse pour s'en prendre à vous. Le professeur Grubbly-Plank avait préparé un programme de cours qui plaisait tout à fait à Umbridge, il faut que le suiviez. Elle a parlé des Croups et des Noueux, des –
- Aucune personne saine d'esprit ne préférerait étudier les Noueux plutôt que les Chimères, l'interrompit Hagrid d'un ton sans appel.
Hermione enfouit son visage dans ses mains.
- Hagrid, dîtes-moi que vous n'allez pas nous faire étudier des Chimères, gémit-elle.
- Oh, c'est extrêmement difficile d'obtenir des œufs de Chimère ! répondit Hagrid d'un air frustré.
- Ils sont classés dans la catégorie A des marchandises interdites de commerce, lui indiqua Megan.
- Oui, on n'en trouve que sur le marché noir, mais à des prix exorbitants, et encore, quand on en trouve !
Megan et Hermione échangèrent un regard consterné. Tandis qu'elles sirotaient leur thé, Hagrid étala sur ses plaies un onguent étrange qui dégageait une forte odeur de viande périmée.
- D'où est-ce qu'elles viennent, ces blessures ? s'enquit Megan. De la fameuse « créature surprise » ?
- Vous n'avez pas des devoirs à faire, vous ?
- On les a terminés, répondit Hermione sur le ton de l'évidence.
- Et Harry et Ron, où est-ce qu'ils sont ?
- Ils terminent les leurs. Hagrid, vous n'avez pas répondu à la question de Megan.
- C'est vrai que Harry est privé de Quidditch ?
La matinée entière ne suffit pas à convaincre Hagrid de modifier son programme de cours ou de leur avouer enfin l'origine de ses blessures. Elles regagnèrent la salle commune de Gryffondor peu avant le déjeuner, de nouveau trempées jusqu'à l'os, et se laissèrent tomber dans deux fauteuils devant la cheminée. L'air maussade, elles racontèrent à Ron et Potter leur échec.
Le lendemain matin, au petit déjeuner, la réapparition de Hagrid à la table des professeurs ne provoqua pas un enthousiasme unanime. Certains, comme Fred, George et Lee poussèrent un rugissement ravi et se précipitèrent entre les tables de Gryffondor et de Poufsouffle pour aller serrer chaleureusement son énorme main. D'autres, comme Parvati et Lavender échangèrent des regards sinistres en hochant la tête. Megan choisit de les ignorer, elle trouverait le moyen d'empêcher Hagrid de se mettre à nouveau dans une situation délicate, même si elle devait pour cela s'interposer entre un élève et un Erumpent.
Le cours d'histoire de la magie fut d'un ennui ordinaire – Umbridge n'avait visiblement pas l'intention d'inspecter Binns. A la fin de l'heure et demie, Megan, Ron, Hermione et Potter quittèrent la salle de classe en traînant des pieds : la semaine ne s'annonçait pas passionnante. Des rires gras attirèrent cependant l'attention de Megan : de l'autre côté de la cour de récréation, Crabbe et Goyle s'amusaient à se lancer un manuel qu'un élève de première année tentait désespérément de récupérer. Un peu plus loin, Draco et Pansy ricanaient en observant le spectacle. Avant que Hermione s'en aperçoive et décide de remplir son rôle de préfet, Megan sortit sa baguette discrètement et la pointa dans leur direction. Le livre s'envola des mains de Goyle et heurta le visage de Parkinson avec force. Les rires s'arrêtèrent aussitôt. Ron, Hermione et Potter, qui débattaient de l'avenir de Trelawney à Poudlard, n'avaient rien remarqué, Parkinson s'était mise à hurler sur Goyle, lui reprochant d'avoir agi volontairement, l'élève de première année avait récupéré son manuel et déguerpi en courant, et le regard de Draco s'était rapidement posé sur Megan. Il n'était pas dupe.
- Je vais aux toilettes, annonça la jeune fille aux trois autres Gryffondor. Je vous retrouverai devant le cachot.
L'air de rien, elle s'éloigna de la cour. De l'autre côté, Draco fit de même. Elle tirait vers elle la porte des toilettes des filles du rez-de-chaussée lorsque la main du garçon se plaqua dessus pour la refermer devant elle.
- A quoi tu joues ? lança-t-il, l'air mauvais.
- C'est ton truc de t'en prendre à des plus faibles que toi, hein ?
- Parce que ça ne t'est jamais arrivé ?
- Moi, c'est plus compliqué : tout le monde est plus faible que moi.
Renonçant à son excuse des toilettes, elle s'éloigna en direction des cachots, là où il y aurait moins de d'oreilles et de regards indiscrets. Comme elle s'y attendait, Draco la suivit. Dès qu'elle fut à couvert, elle fit volte-face et pointa sa baguette dans la poitrine du garçon.
- Insulte encore une seule fois Molly ou Arthur Weasley et ce sera la dernière chose que tu diras jamais, siffla-t-elle, menaçante.
Ses yeux verts s'étaient assombris, mais ils n'avaient pas viré au noir. Chaque année qui passait, elle maîtrisait mieux sa colère.
- Tu ne me fais pas peur, répliqua Draco.
Il y avait un léger tremblement au fond de sa voix, mais son regard était assuré. Croyait-il qu'elle ne lui ferait jamais de mal ? Avait-il raison ?
- Tu me dégoûtes, cracha-t-elle.
La cloche sonna. Elle le repoussa et s'éloigna de lui pour attendre le reste de la classe devant la salle de potion. Ils n'échangèrent plus un regard.
Le lendemain, ce fut avec une certaine appréhension que Megan, Ron, Hermione et Potter, emmitouflés des pieds à la tête, prirent la direction de la cabane de Hagrid. Ils n'avaient toujours pas percé le secret de la « surprise » que leur professeur leur réservait. Pire encore, ils ignoraient si Umbridge serait présente. Mais la Grande Inquisitrice n'était nulle part en vue lorsqu'ils avancèrent péniblement dans l'épaisse couche de neige pour rejoindre Hagrid qui les attendait en lisière de la forêt. Le professeur n'offrait pas une vision très rassurante. Ses contusions, violettes le weekend précédent, se nuançaient à présent de vert et de jaune et certaines de ses plaies saignaient encore. S'agissait-il de nouvelles blessures ou ne cicatrisait-il pas des précédentes ? Comme pour compléter ce sinistre spectacle, il portait sur l'épaule quelque chose qui ressemblait à une moitié de vache morte.
- Aujourd'hui, on va travailler là-bas ! annonça joyeusement Hagrid aux élèves qui approchaient, en montrant d'un signe de tête les arbres sombres de la forêt. C'est plus abrité. D'ailleurs, ils préfèrent l'obscurité.
- Qui est-ce qui préfère l'obscurité ? lança vivement Draco à Crabbe et à Goyle. Qu'est-ce que c'est que ça, encore, vous avez entendu ?
Megan l'ignora. Elle ne devait pas perdre contrôle.
- Prêts ? demanda Hagrid, toujours aussi enjoué, en regardant les élèves rassemblés. Bon, alors, pour votre cinquième année, je vous ai réservé une petite excursion dans la forêt. Je pense qu'il vaut mieux voir ces créatures dans leur milieu naturel. Ce qu'on va étudier aujourd'hui est plutôt rare. Je crois bien que je suis la seule personne au Royaume-Uni à en avoir dressé.
- Et vous êtes vraiment sûr qu'elles sont dressées, vos créatures ? demanda Draco. Ce ne serait pas la première fois que vous nous amèneriez des bêtes sauvages.
Un murmure approbateur parcourut les rangs des Serpentard et quelques élèves de Gryffondor semblaient trouver que le garçon n'avait pas tort – y compris Megan, bien qu'elle refusât de le montrer.
- Bien sûr qu'elles sont dressées, répondit Hagrid.
Il fronça les sourcils et remonta un peu la vache morte sur son épaule.
- Alors, pourquoi vous avez la figure dans cet état ? demanda Draco avec raison.
- Occupe- toi de tes affaires ! répliqua Hagrid avec colère. Et maintenant, si vous avez fini de poser des questions stupides, allons-y !
Il tourna les talons et s'avança droit vers la forêt. Personne ne semblait très disposé à le suivre. Ron et Hermione poussèrent un soupir mais acquiescèrent d'un signe de tête à Potter. Poussée par son insatiable curiosité et sa témérité légendaire, Megan prit la tête du petit groupeet tous les quatre emboîtèrent le pas à Hagrid, entraînant derrière eux le reste de la classe.
Ils marchèrent pendant environ dix minutes jusqu'à un endroit de la forêt où les arbres étaient si rapprochés qu'il régnait une obscurité crépusculaire et qu'on ne voyait pas trace de neige sur le sol. Avec un grognement, Hagrid déposa par terre sa demi-carcasse de vache et se retourna pour faire face aux élèves. La plupart d'entre eux avançaient prudemment d'arbre en arbre en jetant autour d'eux des regards inquiets, comme s'ils s'attendaient à une attaque imminente.
- Rapprochez-vous, rapprochez-vous, les encouragea Hagrid. Ils vont être attirés par l'odeur de la viande mais de toute façon, je vais les appeler parce qu'ils aiment bien savoir que je suis là.
Il secoua sa tête hirsute pour écarter ses cheveux de son visage et lança un étrange cri perçant qui résonna parmi les arbres comme l'appel d'un monstrueux oiseau. Personne ne songea à rire. La plupart des élèves paraissaient trop effrayés pour émettre le moindre son, Hagrid lança à nouveau son cri aigu. Une minute s'écoula pendant laquelle tout le monde continua de jeter des regards alarmés parmi les arbres pour essayer d'apercevoir les créatures attendues. Et tandis que Hagrid écartait ses cheveux et gonflait sa poitrine pour la troisième fois, Megan vit deux yeux blancs, brillants, au regard vide, grandir dans les ténèbres. Un instant plus tard, la tête de dragon, puis le corps squelettique d'un grand cheval ailé, entièrement noir, émergèrent de l'obscurité. Megan poussa un soupir. Des Sombrals. Hagrid allait leur faire un cours sur les Sombrals.
L'animal regarda les élèves pendant quelques secondes en agitant sa longue queue noire, puis baissa la tête et commença à arracher de ses crocs pointus des lambeaux de chair à la vache morte.
- Qu'est-ce qu'il attend pour les appeler de nouveau ? murmura Ron.
La grande majorité des élèves avaient toujours la même expression d'attente, perplexe et anxieuse, et ne cessaient de lancer des coups d'œil partout, sauf en direction du cheval qui se tenait devant leur nez. Trois personnes seulement semblaient le voir : un garçon de Serpentard à la silhouette filiforme, qui se trouvait juste derrière Goyle et regardait le cheval manger avec une expression de dégoût, Neville dont les yeux suivaient le mouvement de balancier de la longue queue noire, et Potter, qui semblait étrangement soulagé. Megan croisa les bras sur sa poitrine. Ce cours allait être éprouvant.
- Ah, en voilà un autre ! annonça fièrement Hagrid.
Un Sombral surgit d'entre les arbres, serra ses ailes contre son corps et baissa la tête à son tour pour dévorer la viande.
- Et maintenant, levez la main, ceux qui arrivent à les voir. Oui, bien sûr... je savais que tu les verrais, Harry, dit Hagrid d'un ton grave. Megan aussi, bien sûr... Ah, toi aussi, Neville, hein ? Et...
- Excusez-moi, l'interrompit Draco d'une voix narquoise, mais qu'est-ce qu'on est censés voir, exactement ?
Bien entendu, il ne voyait rien. Draco avait grandi dans le cocon rassurant et confortable du manoir de ses parents, il n'avait pas été confronté aux mêmes horreurs que Megan. Mais bientôt, il serait parfaitement capable de voir les Sombrals, comme tous les autres élèves présents.
Pour toute réponse, Hagrid montra la vache morte. Toute la classe l'observa pendant quelques secondes puis il y eut des exclamations de surprise et Parvati laissa échapper un petit cri aigu : voir des morceaux de chair s'arracher tout seuls de la carcasse et disparaître comme par enchantement devait sembler très étrange.
- Qu'est-ce qui fait ça ? demanda Parvati d'une voix terrifiée en allant se réfugier derrière l'arbre le plus proche. Qui est-ce qui mange ?
- Des Sombrals, répondit fièrement Hagrid.
- Oh, murmura Hermione qui venait soudain de comprendre.
- Il y en a tout un troupeau, à Poudlard, reprit Hagrid. Maintenant, qui peut me dire... ?
- Mais ils portent malheur ! l'interrompit Parvati, l'air effaré. On dit qu'il arrive d'horribles catastrophes aux gens qui les voient. Le professeur Trelawney m'a dit un jour...
- Non, non, non, coupa Hagrid en pouffant de rire, ça, ce sont des superstitions, ils ne portent pas malheur du tout, au contraire, ils sont très intelligents et très utiles ! Oh, bien sûr, ceux-là n'ont pas beaucoup de travail, ils tirent simplement les diligences de l'école. Parfois, Dumbledore les utilise aussi quand il a un long voyage à faire et qu'il ne veut pas transplaner et... Tiens, regardez, en voilà encore deux...
Deux autres chevaux surgirent silencieusement de l'obscurité. L'un d'eux passa tout près de Parvati qui frissonna et se plaqua un peu plus contre l'arbre.
- J'ai senti quelque chose, dit-elle, je crois qu'il est juste à côté de moi !
- Ne t'inquiète pas, il ne te fera pas de mal, assura Hagrid avec patience. Maintenant, qui peut me dire pourquoi certains d'entre vous les voient et d'autres pas ?
Hermione leva la main.
- Je t'écoute, dit Hagrid en lui adressant un sourire radieux.
- Les seules personnes qui peuvent voir les Sombrals, répondit-elle, sont celles qui ont vu la mort.
- C'est exactement ça, approuva Hagrid d'un air solennel. Dix points pour Gryffondor. Donc, les Sombrals...
- Hum, hum...
Umbridge venait d'arriver derrière eux. Elle portait toujours sa cape verte et son chapeau assorti et tenait son bloc-notes à la main. Hagrid, qui n'avait encore jamais entendu la fausse toux d'Umbridge, observait avec inquiétude le Sombral le plus proche, croyant que c'était lui qui avait toussé.
- Hum, hum…
- Ah, bonjour, dit Hagrid avec un sourire, en voyant enfin qui avait produit ce son étrange.
- Avez-vous reçu le mot que je vous ai envoyé dans votre cabane ce matin ? demanda Umbridge de cette même voix lente et sonore avec laquelle elle s'était déjà adressée à lui, comme si elle avait affaire à un étranger particulièrement obtus. Je vous annonçais que je viendrais inspecter votre cours.
- Ah, oui, répondit Hagrid d'un ton joyeux. Content que vous ayez trouvé où c'était ! Comme vous le voyez – enfin, je ne sais pas si vous le voyez ou pas –, aujourd'hui, on fait les Sombrals...
- Je vous demande pardon ? dit le professeur Umbridge d'une voix forte, la main derrière l'oreille et les sourcils froncés. Qu'avez-vous dit ?
Hagrid parut un peu surpris.
- Heu... les Sombrals, répéta-t-il en haussant le ton. Vous savez, ces... heu... grands chevaux avec des ailes !
Il agita ses bras gigantesques dans l'espoir de lui faire mieux comprendre de quoi il parlait. Umbridge leva les sourcils et marmonna en même temps qu'elle écrivait sur son bloc-notes :
- Doit... recourir...à un... langage...gestuel... rudimentaire...
Megan fronça les sourcils, furieuse de ce comportement humiliant.
- Enfin, en tout cas..., reprit Hagrid, un peu troublé, en se tournant vers la classe. Heu... Qu'est-ce que je disais, déjà ?
- Semble... avoir... des problèmes... de mémoire..., grommela Umbridge suffisamment fort pour que tout le monde puisse l'entendre.
On aurait dit que pour Draco, Noël venait d'arriver avec un mois d'avance. En revanche, Hermione, le teint écarlate, avait du mal à contenir sa rage. Megan lui fit un signe de tête. Elle allait s'en occuper. Hagrid jeta un regard un peu inquiet au bloc-notes d'Umbridge, mais il poursuivit vaillamment :
- Ah oui, c'est ça, je voulais vous expliquer pourquoi nous en avons un troupeau à Poudlard. Voilà, on a commencé avec un mâle et cinq femelles. Celui-ci s'appelle Tenebrus, dit-il en caressant le premier cheval qui était apparu, c'est mon préféré, il est le premier à être né ici, dans la forêt...
- Savez-vous, l'interrompit Umbridge d'une voix claironnante, que le ministère de la Magie a classé les Sombrals dans la catégorie des créatures dangereuses ?
Bien entendu, Hagrid l'ignorait : il n'avait visiblement jamais ouvert le document ministériel de classification des créatures magiques. Il se contenta de pouffer de rire.
- Les Sombrals ne sont pas dangereux ! s'exclama-t-il. Oh, bien sûr, ils pourraient vous arracher un petit bout de quelque chose si vous les embêtiez...
- Montre... des signes... de... plaisir... à l'évocation... de la... violence..., marmonna Umbridge en recommençant à écrire sur son bloc-notes.
- Mais non, voyons ! reprit Hagrid qui paraissait légèrement anxieux, à présent. Un chien aussi peut vous mordre si vous le provoquez, non ? Les Sombrals ont une mauvaise réputation à cause de cette histoire de mort... Les gens croyaient que c'était un mauvais présage d'en voir un, mais ils n'y comprenaient rien, voilà tout, pas vrai ?
Umbridge ne répondit pas. Elle acheva ce qu'elle était en train d'écrire, puis regarda Hagrid et reprit, toujours de sa voix lente et sonore :
- S'il vous plaît, continuez à faire votre cours comme d'habitude, je vais me promener (elle mima l'acte de marcher, provoquant les rires de Draco et de Pansy Parkinson) parmi les élèves (elle montra du doigt plusieurs d'entre eux) et leur poser des questions (elle pointa l'index vers sa bouche).
Hagrid la regarda d'un air ébahi, en se demandant pourquoi elle se comportait avec lui comme s'il était incapable de comprendre l'anglais normal. Megan serra les dents si fort que c'en fut douloureux. Des larmes de fureur étaient apparues dans les yeux d'Hermione.
- Espèce de harpie malfaisante ! murmura-t-elle tandis qu'Umbridge s'approchait de Pansy Parkinson. Je vois bien ce que tu es en train de faire, espèce de tordue, d'horrible, de vicieuse petite...
- Bon, continuons, dit Hagrid en s'efforçant de reprendre le fil de ses explications. Donc, les Sombrals... Oui, c'est ça. Il y a des tas de choses à dire en leur faveur...
- Parvenez-vous à comprendre facilement le professeur Hagrid quand il parle ? demanda le professeur Umbridge d'une voix forte en s'adressant à Pansy Parkinson.
Comme Hermione, Pansy avait les larmes aux yeux, mais, cette fois, c'étaient des larmes de rire. Sa réponse sembla presque incohérente, à force d'être interrompue par ses gloussements.
- Non... parce que... voilà... on dirait... souvent, c'est comme s'il grognait.
Umbridge griffonna sur son bloc-notes. Les quelques endroits dépourvus de bleus sur le visage de Hagrid prirent une teinte écarlate mais il s'efforça de faire comme s'il n'avait pas entendu la réponse de Pansy.
- Heu... Oui... beaucoup de choses en faveur des Sombrals. Par exemple, une fois qu'ils sont dressés, comme ceux-là, vous ne pouvez plus vous perdre. C'est fou ce qu'ils ont le sens de l'orientation, suffit de leur dire où vous allez...
- En admettant qu'ils puissent vous comprendre, bien sûr, dit Draco, ce qui plongea Pansy Parkinson dans une nouvelle crise de fou rire.
Umbridge leur adressa un sourire indulgent puis se tourna vers Neville.
- Vous arrivez à voir les Sombrals, Longbottom, n'est-ce pas ? dit-elle.
Neville acquiesça d'un signe de tête.
- Qui avez-vous vu mourir ? demanda-t-elle d'un ton indifférent.
Visiblement elle n'avait jamais perdu un proche. Megan sentit sa baguette peser lourd dans sa poche mais résista à l'envie de la saisir. Le moment viendrait. Inutile d'attirer plus d'ennuis à Hagrid.
- Mon... mon grand- père, répondit Neville.
- Et qu'est-ce que vous pensez de ça ? reprit Umbridge, un doigt boudiné pointé vers les chevaux qui avaient déjà dépouillé la carcasse d'une bonne partie de sa viande.
- Heu..., dit Neville, visiblement nerveux, en jetant un coup d'œil à Hagrid. Je pense que... heu... c'est intéressant...
- Les élèves... sont... trop... intimidés… pour admettre... qu'ils... ont... peur, marmonna Umbridge en écrivant une nouvelle fois sur son bloc-notes.
- Non ! protesta Neville, qui paraissait bouleversé. Non, je n'ai pas peur !
- Tout va bien, ne vous inquiétez pas, dit Umbridge.
Elle lui tapota l'épaule avec un sourire qui se voulait compréhensif mais qui apparut plutôt comme un rictus ironique aux yeux de Megan. Umbridge se tourna ensuite vers Hagrid et reprit sa voix lente et sonore pour s'adresser à lui.
- Eh bien, Hagrid, je crois que j'ai tout ce qu'il me faut, dit-elle. Vous recevrez (elle mima le geste de prendre quelque chose devant elle) les résultats de votre inspection (elle montra le bloc-notes) dans un délai de dix jours.
Elle leva ses dix doigts boudinés puis, avec un sourire encore plus large qui la faisait plus que jamais ressembler à un crapaud sous son chapeau vert, elle s'en alla d'un air affairé. Draco et Pansy Parkinson étaient pris de fou rire, Hermione tremblait de fureur et Neville paraissait désemparé et furieux.
- Cette horrible vieille gargouille menteuse et complètement tordue, tempêta Hermione une demi-heure plus tard, tandis qu'ils retournaient vers le château en empruntant le chemin qu'ils avaient tracé dans la neige un peu plus tôt. Vous avez vu ce qu'elle mijote ? C'est encore son obsession des hybrides – elle essaye de faire passer Hagrid pour une espèce de troll arriéré simplement parce que sa mère était une géante. Ce n'est vraiment pas juste, ce cours n'était pas mal du tout, bon, d'accord, si on avait encore eu droit aux Scroutts à pétard, je ne dis pas, mais les Sombrals, c'est très bien. En fait, d'après ce que dit Hagrid, ils sont très utiles !
- Umbridge dit qu'ils sont dangereux, fit remarquer Ron.
- Comme l'a expliqué Hagrid, ce sont des créatures qui n'ont besoin de personne pour se débrouiller dans la vie, répondit Megan d'une voix égale.
- J'imagine qu'un prof comme Grubbly-Plank ne nous les montrerait pas avant notre année d'ASPIC, mais, bon, ils sont intéressants, non ? Ajouta Hermione. Certaines personnes peuvent les voir, d'autres pas ! Moi j'aimerais bien les voir.
- Vraiment ? lui demanda Potter à mi-voix.
Elle parut soudain frappée d'horreur.
- Oh, Harry – excuse-moi – non, bien sûr, je ne tiens pas du tout à les voir, c'était idiot de dire ça.
- Aucune importance, assura-t-il, ne t'en fais pas.
- J'ai été étonné que tant de gens puissent les voir, dit Ron. Quatre dans la classe...
Il se tourna alors vivement vers Megan.
- Et toi, Megan, tu n'as pas dit pourquoi tu pouvais les voir !
La gorge serrée, Megan hésita sur la répondre cinglante à apporter, mais elle fut heureusement interrompue avant d'avoir pu émettre un son.
- Au fait, Weasley, on se demandait quelque chose.
Elle n'avait pas entendu Draco, Crabbe et Goyle qui marchaient juste derrière eux, leurs pas étouffés par la neige.
- Tu crois que si tu voyais quelqu'un mourir, ça t'aiderait à repérer le Souafle sur un terrain de Quidditch ?
Draco et ses deux acolytes hurlèrent de rire en les dépassant, puis ils se mirent à chanter Weasley est notre roi. Les oreilles de Ron devinrent cramoisies.
- Oublie-les, Ronald..., marmonna Megan.
Malgré son comportement odieux, elle savait qu'il venait volontairement de lui éviter de répondre à une question qui la bouleversait, et elle le détestait d'être venu à sa rescousse ainsi alors qu'elle était encore furieuse contre lui.
