La brise faisait virevolter ses cheveux avec force mais la jeune femme aux cheveux blonds ondulés n'était plus dans le même état…

Car cette plaine qu'elle parcourait depuis des heures et des heures n'en finissait plus ! C'était un vrai cauchemar.

Cela faisait tellement de temps qu'elle marchait. Ses pieds lui hurlaient de faire une pause le temps de se reposer avant d'être de nouveau malmenés par les bosses et les crevasses beaucoup trop nombreuses.

Pourtant elle voulait persister dans son dessein. Elle voulait en savoir plus sur sa présence dans ce monde abandonné. Elle avait avalé des kilomètres de terres stériles, de boues séchées, et de gravas roussis par des flammes, avait-elle supposée, tout cela pour ne découvrir qu'un décor figé qui n'avait pas évolué depuis des heures. La notion même du temps lui avait échappée et, à et instant, elle ne pouvait dire combien de temps s'était écoulé depuis son réveil en ce monde étrange.

Mais même si elle ne semblait pas souffrir de la faim et de la soif – ce qui l'avait étonnée d'ailleurs – la fatigue elle, prenait peu à peu sa place dans son esprit. L'épuisement n'était pas physique mais mental.

De prime abord, quand elle avait vu ce paysage, elle avait été curieuse. En compagnie de sa poupée de tissu fraîchement trouvée, elle avait gambadé comme une gamine pendant un temps indéfini sur ces plaines dévastées. Mais très vite, la bonne humeur enfantine qu'elle avait affichée s'était muée en une sensation de mal être qui l'avait fait stoppée une première fois pendant un court instant. Et la lumière du jour n'avait pas semblé avoir changée de position dans le ciel.

Mais ce qui l'avait prise au dépourvue, c'était qu'une brusque montée d'une douleur éphémère avait atteint sa conscience et une larme s'était échappée de son œil droit. Elle n'en connaissait pas la provenance et ne saisissait pas son origine qui lui avait fait ressentir une peine immense, l'espace d'un instant. Cela ne provenait pas de ce qu'elle pouvait voir pourtant.

Depuis, elle avait encore marché et à présent, elle se sentait de plus en plus faible.

Une douleur lancinante naquit alors dans sa tête et, pour la première fois depuis le début de son périple, elle s'arrêta enfin véritablement. Lever la tête fut la seule chose qui lui vint comme une évidence. Elle s'aperçue alors de son emplacement sur ces étendues chaotiques.

Devant ses yeux perplexes, la blonde découvrit une petite cavité rocheuse et quelques arbres autours mais rien d'autre. C'était théâtrale. Un vrai décor de théâtre ou d'opéra à la géométrie et symétrie coordonnés.

Soudain, comme si le ciel avait entendu une quelconque prière silencieuse, celui-ci se mit à noircir. Le soleil déclina à une vitesse folle et bientôt, elle se retrouva illuminée par une lueur crépusculaire.

Elle se figea d'incompréhension d'abord, puis de stupeur.

D'un claquement de doigt, le jour avait laissé place aux prémices de la nuit. C'était si soudain qu'elle balbutia à voix haute les premiers mots qui passaient dans son esprit.

Sa mémoire fit alors émerger une parcelle des souvenirs qu'elle avait oubliée… Enfin ce n'était pas elle, volontairement, qui avait oublié. Elle n'avait pas choisi d'être presque totalement amnésique. Mais dans l'idée, c'était comme si de nouveaux cadenas avaient éclatés pour lui dévoiler l'accès à des fragments de son subconscient cachés jusqu'alors.

Elle comprit en une fraction de quoi il retournait.

Et cela la frappa comme une évidence.

Hystoria ! C'était son prénom…

Mais en même temps, ce n'était pas le sien. Elle sentait qu'une autre identité cherchait à briser d'elle-même les chaînes qui la retenaient prisonnière au fond de sa mémoire.

Elle était Hystoria Arlaurhys et une vague de soulagement l'étreignit à cette pensée. C'était déjà ça.

Maintenant qu'elle avait retrouvé son prénom, elle se rendit compte que toute la personnalité qu'elle avait montrée au sol et au ciel nuageux de cette étrange monde ne lui correspondait pas. Elle s'était, en effet, comportée comme une enfant, une enfant joyeuse et insouciante. À présent, elle pensait comme une adulte, même si son cerveau fermait encore un grand nombre des portes de sa véritable identité.

D'une rapide réflexion, elle se remémora les informations qu'elle possédait.

Elle était une jeune femme nommée Hystoria et elle avait vingt ans. Elle s'était réveillée en ces lieux sans savoir comment ni pourquoi et elle sentait des ondes d'émotions l'envahir minute après minute. Joie, peine, gratitude, colère… Elle passait de l'un à l'autre sans raison apparente.

Pour ce qui était du reste de sa mémoire, pour le moment, elle l'ignorait mais nul doute que son esprit viendrait lui apporter les éléments manquants en temps voulu…

Car après tout, c'était presque normal ! Elle le savait intérieurement.

Tous ce qu'elle voyait n'était pas réel, pas totalement en tout cas. Par exemple, il était impossible que l'inversion entre l'astre lumineux et l'astre nocturne se fasse en un temps si court. Il n'y avait qu'une seule et unique réponse qui justifiait ce fait.

Une vision.

Cela ne pouvait être que ça.

Ces fameux rêves, rarissimes pour certains et tout bonnement inconnus pour d'autres.

Hystoria était dans une vision, un rêve ultra réaliste dans lequel elle pouvait agir plus ou moins librement et découvrir des choses stupéfiantes. Tout, ou presque, était possible dans ces mondes parallèles. Parfois, on pouvait même y rencontrer des entités que le commun des mortels ne pouvait ne serait-ce qu'imaginer apercevoir.

Mais ce sentiment qui avait pris possession de son corps, il n'avait plus rien à voir avec ce qu'elle avait d'abord ressentie à son réveil. Tout lui importait à présent.

Qui était-elle réellement ? Connaître son prénom ne lui suffisait plus !

Où était-elle ? Cette région n'avait rien d'ordinaire !

Que faisait-elle là ? On l'avait amenée ici pour une raison, mais laquelle ?

Toutes ces questions se bousculèrent dans son esprit fatigué et un mal de crâne fit surface. Par ailleurs, sa forte douleur aux pieds lui rappela à quel point elle avait malmenée ses membres inférieurs durant les trop nombreuses heures précédentes.

Mais tout ce qui se situait sous son bassin n'étaient pas les seules parties de son corps à souffrir.

Même ses bras, ses mains et ses doigts se firent soudain beaucoup plus lent à la détente. Le bas de son dos s'ajouta aux protestations et cria son besoin d'accalmie.

Elle se sentait cassée de toute part, comme si elle avait exercé des activités physiques d'une intensité bien trop grande. Son corps tout entier la suppliait d'arrêter. Elle ne pouvait que se rendre à l'évidence. Aucun effort ne pouvait plus être fait, elle était au bout de son énergie.

C'est alors qu'elle comprit.

Hystoria su immédiatement pourquoi le renfoncement dans cet immense bloc de roche était apparu.

C'était voulu.

Bien évidemment.

Sens de l'humour ou ironie ?

Finalement, elle s'y dirigea en prenant soin de ne pas faire d'action stupide.

Lorsqu'elle arriva sur place, elle y découvrit, avec une petite dose de confusion, qu'une paillasse composée de feuilles et de brindilles était disposée au fond avec, en prime, une large couverture miteuse mais qui, à première vue, était épaisse. Plus étonnant encore, il y avait deux sortes de… chaises ? Deux morceaux de roches taillés qui avaient la forme et la hauteur adéquate d'une chaise pour enfant… mais cela restait une assise. Elles étaient posées contre la roche, à l'extérieur du renfoncement.

Pour terminer en beauté, Hystoria découvrit un cercle de caillou qui entourait un petit monticule fait de cendres et de bois brûlés… Un reste de feu de camp, voilà ce que c'était.

Mais c'était qu'on lui avait tout préparé !

Une petite grotte venue de nulle part avec tout ce qu'il fallait pour passer la nuit – sans sensation de satiété – sans craindre de finir gelée par la noirceur nocturne qui rendait l'air ambiant déjà plus froid.

Et puis… Il y avait les arbres autour. Si la seule chose qui lui manquait était le combustible, cela allait être un jeu d'enfant car elle n'en était pas une justement.

Consciente de la nuit tombante et ne souhaitant pas se retrouver dans le noir sans lumière et sans chaleur, Hystoria prit la décision immédiate, malgré son état, d'aller couper du bois… Enfin, disons plutôt, récupérer du bois par tous les moyens possibles.

Cela lui rappela quelques images de son enfance d'ailleurs. Des images la montrant en train d'apprendre à survivre dans la nature. Quel âge avait-elle à cette époque ?

Même pas neuf ans ?

– Beaucoup trop jeune…, pensa-t-elle à voix haute.

Mais toujours était-il qu'elle se rappelait ce qu'il fallait faire dans ce genre de situation de survie… plus ou moins.

Ne voyant pas d'alternative à des outils adaptés pour couper les branches ou le tronc, elle se décida d'employer la magie. Elle allait cependant la manipuler avec précaution pour éviter d'ajouter d'autres blessures à son corps déjà douloureux. Remarque, était-il seulement possible de se blesser ? Après-tout, elle était dans un rêve, et tout était presque possible dans un rêve, surtout dans ce genre de songe là.

Mais rien ne pouvait se répercuter dans la réalité car tout se passait dans sa tête.

Fort heureusement.

Deux ou trois petites explosions plus tard, Hystoria se retrouva avec un stock de matériau suffisant pour alimenter un feu pendant toute une nuit. En l'amenant vers son miraculeux abri, elle toucha le bois et elle fut rassurée de constater qu'il était parfaitement sec.

Encore un coup du destin. Soit elle avait une chance inouïe, soit c'était fait exprès. Mais à quoi bon se poser la question, tant qu'elle ne mourrait pas de froid…

Alors qu'elle craignait le froid en plus.

– Foutu rêve, pensa-t-elle de nouveau.

En deux voyages, le bois, en quantité, fut amené à côté des pierres formant le cercle du feu de camp. Elle l'enflamma d'une petite boule de feu.

Au bout d'une minute et après avoir beaucoup soufflée pour attiser les flammes, le feu prit enfin, pile au moment où la nuit tomba brutalement sur cette terre qu'Hystoria appréhendait toujours.

Elle alla, de suite, chercher la volumineuse couverture pour s'y emmitoufler.

À présent, la seule source de lumière dans la zone était le feu qu'elle avait allumé. Une lumière chatoyante éclaira son visage et les murs protecteurs derrière elle. Face à elle, le noir complet. Le ciel était couvert, ne permettant pas à la lune de venir apporter sa petite touche d'éclairement.

Hystoria sentit la solitude la peser brusquement, comme si une enclume s'était abattue sur sa tête. Dans cet environnement mystérieux, il n'y avait qu'elle, même pas un bruit de vie sauvage. Rien…

Elle attrapa plus fermement la poupée qui n'avait pas quittée ses bras depuis tout ce temps – et elle ne l'avait même pas remarqué d'ailleurs – puis elle l'a blottit contre sa poitrine, entre ses seins.

Elle n'avait pas peur. Elle se sentait juste seule au monde.

Mais elle n'eut pas le temps de profiter davantage de cette première soirée en terre dévastée. Elle sentait pleinement l'épuisement qui prenait place dans ses muscles. Ses yeux commençaient à piquer. Sa tête devenait lourde.

Elle s'enroula plus profondément dans sa couverture. Hystoria ferma les yeux lentement et plongea dans les limbes d'un sommeil qui, pour la première fois depuis longtemps, se voulait réparateur. Pourquoi se sentait-elle si apaisée ?

Au loin, à plus de cinq cents mètres de distance, dans le noir complet, une silhouette l'observa avec des yeux bleus perçants…

O_o_O_o_O

La brise était agréable en ce mois d'avril. Un ciel bleu magnifique rendait ce début d'après-midi fort appréciable.

Le long du chemin qui menait à la place principale du complexe des Chevaliers Célestes, Aram, Matael et Kaze marchaient avec entrain.

À peine une dizaine de minute plus tôt, Aurore leur avait demandée d'aller faire un tour des échoppes de la base dans le but de venir compléter leur stock en nourriture et en matériau de première nécessité. Ils avaient tous les trois acceptés. Ce qui avait laissé à leur maison, seulement Aurore et Line qui s'entraînaient et Shanna qui veillait sur Hystoria.

De bon cœur, les trois hommes marchaient donc d'un pas soutenu mais assuré, en profitant pleinement de l'ambiance estivale qui naissait jour après jour. Et c'était peut-être à cause de ça que le sujet du voyage d'Aram et Aurore avait été relancé.

– Et donc, les rues de la citadelle sont envahies de marchands itinérants ? Fit une première voix. Mais comment ils font alors pour circuler ? Ça doit être impraticable s'il y a du monde.

– Surtout au beau milieu de l'après-midi ! Ajouta une seconde voix.

– Alors d'une, tu serais étonné, Matael, de constater que l'organisation est un point fort des gérudos, répondit Aram entre deux bouchées d'une part de tarte aux pommes qu'Aurore avait préparé le matin même. Tout est très bien agencé, rien ne traîne, rien de se ressemble la nourriture d'un côté, les vêtements et les équipements de l'autre… L'exact opposé à ici en quelque sorte.

Matael parut se satisfaire de la réponse.

– De deux, Kaze, reprit Aram, les après-midis gérudo sont beaucoup trop difficile climatiquement parlant pour avoir l'idée saugrenue de sortir faire une bronzette au soleil. Avec Aurore, on en a fait les frais… Enfin, si vous avez envie de teindre votre peau en rouge pétant ce n'est pas mon problème… Là, je ne pourrais pas vous retenir mais je pourrais toutefois vous conseiller des endroits sympas. Quitte à se massacrer la peau, autant le faire à fond non ?

– Non merci ! Commenta Matael d'un revers de la main.

– Va savoir Matael, peut-être que tu auras du succès auprès de la gente féminine, lança Kaze. Un coup de soleil et hop, te voilà avec une peau basanée comme elles.

– Je n'ai pas envie de me transformer en tomate, merci !

– C'est un mal pour un bien et je t'en crois suffisamment capable Matael ! Ça serait même hilarant, t'en pense quoi Aram ?

Ce dernier regarda son ami aux cheveux verts.

– Ce que j'en pense ? Répondit-il. Qu'il serait surtout très idiot de vouloir tenter ! Le soleil là-bas, quand il tape, il tape et ça fait des dégâts ! Rien à voir avec ici.

– T'es pas drôle vieux…

Aram haussa les épaules.

– Je suis juste réaliste et puis… laissez-moi finir ma tarte tranquille. Hum… Délicieux.

Ses deux camarades échangèrent un sourire amusé.

– Mais qu'est-ce qui s'est passé Aram ? Demanda Matael avec un ton chargé malgré tout d'interrogation. La gourmandise à prit possession de ton corps là-bas ? Tu ne faisais jamais ça avant ! Les gérudos t'auraient-elles ensorcelé ?

Aram rigola.

– Alors… Je t'explique ! Quand tu as à ta disposition, encarts et plats savoureux dans une cuisine royale accessible pratiquement vingt-quatre heure sur vingt-quatre, c'est difficile de ne pas se laisser tenter. Aurore et moi en avons eu pour notre voyage en termes de gastronomie. Et puis le buffet qu'on nous a servis pour notre départ… Mais quelle extase ! Ce n'est pas l'ordinaire servi dans le réfectoire des élites qui viendra faire concurrence à la nourriture gérudo, crois-moi.

– Je vois et j'imagine bien…, fit Kaze en approuvant de la tête la dernière phrase avec un rictus moqueur. C'est pour cette raison qu'Aurore fait la cuisine de temps à autres alors… On est franchement bien lotit en comparaison de certains ici…

– Bien lotit ? Objecta Matael en écartant les bras. N'oublie pas, Kaze, que Monsieur et Madame ont séjournés dans le palais de la Reine et dinés en sa compagnie. Tu en as beaucoup vu toi, des mercenaires qui finissent à une table royale ?

– T'es jaloux ?

– Qui ne le serait-pas ? Déclara Matael. Tu as vu la tronche d'Aram et Aurore ? Ce sont de vraies divinités vivantes et on dit que la beauté de la Reine des Gérudos et de ses suivantes rivalisent avec les meilleures divas du continent. Qui ne serait pas jaloux dans ces cas-là ? Je suis sur qu'Aram et sa sœur ont eu un succès fou entre les murs de la ville !

– Terrible accusation que te porte Matael, Aram ! Qu'as-tu à répondre à cela ?

Le concerné porta un rapide regard vers un oiseau qui passait non loin avant de répondre.

– Qu'il va m'en vouloir tout sa vie parce que c'est effectivement le cas, annonça-t-il impassiblement.

– Attends, t'es sérieux ? Cria presque Matael, au comble de l'excitation.

Aram prit un air innocent.

– Il ne s'est rien passé de concret… vu que je les ai toujours rembarrés vite fait. Ce fut une épreuve quotidienne que d'échapper à des jeunes gérudos venues « faire connaissance » comme elles disent. Mais je ne suis pas le seul à plaindre, Aurore en a vécu des vertes et des pas mures aussi… Tiens en parlant des vertes et des pas mures…

Aram avala une dernière bouchée de sa part de tarte aux pommes.

– Bon c'est décidé, la prochaine fois, je viens aussi, annonça Matael d'une voix forte et nette. Pas question que vous soyez les seuls, toi et ta sœur, à profiter d'une telle attention.

– Si ça peut te faire plaisir…, répondit nonchalamment Aram.

– Mais dit moi Aram, fit calmement remarquer Kaze, je croyais que vous étiez censés être discret là-bas, que vous craigniez que les mêmes personnes qui nous ont attaqués à Leurain soit infiltrées sur tout le continent. C'est ce que vous avez déclarés à votre départ alors comment avez-vous pu être si « plébiscités » par toute la citadelle si vous étiez censés être le moins visible possible ?

Très bonne question en effet mais ce n'était ça qui allait désarçonner Aram.

– Ah ça…, répondit-il. La reine à mit en place un dispositif diablement efficace pour éviter que notre présence soit révélée. Pour être honnête, nous avons été surpris au début mais après quelques jours passés en compagnie de la reine à déambuler dans la citadelle, nous nous sommes rendu compte que la sécurité était bel et bien de mise. Je crois que je ne m'étais jamais sentis aussi bien entouré – et pas dans le sens que tu aimerais entendre Matael – de toute ma vie… Ah mais, je crois que nous arrivons à destination, j'aperçois du monde sur la place.

– Ah oui, effectivement…

À force de parler, les trois garçons n'avaient pas remarqués qu'ils avaient atteint la place tant convoitée.

En ce début d'après-midi, elle était pleine de monde. Mercenaires et élites discutaient, s'entraînaient et personnes ne fit attention au groupe de trois personnes qui venait de faire son entrée. Pour le plus grand bonheur d'Aram, Matael et Kaze, ils étaient superbement ignorés… Cela au moins, ça ne changeait pas et c'était tout à leur avantage.

Ils avancèrent donc en direction d'une première boutique… qui allait être la seule d'ailleurs.

Une fois rentrés à l'intérieur, Matael se dirigea vers la partie épicerie, Kaze vers l'armurerie et Aram se retrouva donc seul… Et cela lui convenait.

Il en profita pour respirer un bon coup.

On pouvait dire ce qu'on voulait mais cacher ses véritables intentions en présence de ses camarades n'étaient pas choses aisées.

Trois jours s'étaient passés depuis la conversation entre Aurore, Line et lui-même. En un peu moins de soixante-douze heures, il avait eu le temps de sonder un peu plus ses deux amis et Aram avait constaté, avec regret, que ses deux camarades n'avaient absolument aucune idée qu'à leurs côtés, se trouvait un prince disparu de sa terre natale depuis huit ans. C'était terrible mais c'était la réalité.

En vérité, Aurore aurait très bien pu envoyer qu'une seule personne pour réaliser les emplettes mais, et Aram l'avait bien compris lorsque sa sœur lui avait adressé un discret clin d'œil, elle avait fait en sorte qu'il soit trois. Depuis trois jours, ils essayaient tous les deux de se convaincre qu'ils ne pouvaient pas compter sur Matael, Kaze et Shanna. Mais depuis ces mêmes trois jours, il ne ressentait qu'une boule au ventre à l'idée de devoir retourner ses armes contre eux. D'autant plus que cela allait être leurs nouveaux armements qui serait de mise.

Aram devait bien se l'avouer, plus les jours défilaient, plus il angoissait… Et il n'était pas le seul. Aurore, fidèle à elle-même, jouait la cheffe surchargée mais c'était uniquement pour tromper les apparences, elle était loin d'être sereine elle aussi. Et en ce qui concernait l'ébène, malgré ses airs de haute gradée hautaine et inapprochable, Line n'était pas totalement rassurée non plus. Et c'était humain après-tout. Qui serait imperturbable en sachant ce qui pouvait arriver dans les jours à venir ?

Car, en plus, il y avait un problème qui devenait urgent…

– Bah alors Aram, la bouffe de ce midi te ramollit à ce point ? Va faire une sieste cher ami, ça te requinquera !

Juste après ces mots, la main de Matael se posa avec force sur son épaule gauche. Aram sursauta.

– Eh oh Aram, t'es avec moi ? Demanda Matael, perplexe.

– Oui ne t'en fait pas, répondit Aram avec le sourire le plus franc qu'il put faire.

– Si tu le dis…

Sans attendre de réponse, Matael s'en alla vers le commerçant pour payer ses achats.

Oui, pas de doute, cela devenait de plus en plus dur de cacher ses émotions. Tout ce qu'avait révélé Line avait pris une place démesurée dans son esprit, si bien qu'il ne pensait globalement qu'à ça. Tôt ou tard, Matael comme Kaze et tout comme Shanna, allaient se poser des questions sur ses absences fréquentes.

Car c'était plus fort que lui, il ne pouvait cesser d'y penser sur commande. C'était impossible.

Mais le plus important… Qu'aillaient-ils faire une fois qu'ils seraient au courant de tout ? S'il n'y avait pas eu ce foutu signal de manipulation mentale et avec de la diplomatie, ça aurait pu aller, mais là… Aurore et lui ne voulaient pas prendre le risque d'informer leurs camarades si jamais ils se mettaient à tout raconter à Reiyan…

C'était la variable que ni lui, ni Aurore et ni Line ne pouvaient prédire.

D'ailleurs, il devrait élucider un mystère encore enfoui. Comment cela se faisait-il que Line ne soit pas impactée par le contrôle d'esprit ?

Mais ce n'était pas la priorité… Parce qu…

– Aram, réveille-toi et aide-moi à porter ça ! Fit une voix masculine qui le sortit une nouvelle fois de sa torpeur silencieuse.

Aram prit le sac que Kaze lui tendit, il était plein de pierres d'affûtages et d'outils d'entretiens en tout genre. À peine avait-il levé les yeux, qu'on lui parla de nouveau. Aram tendit l'oreille.

– C'est à Hystoria que tu penses Aram, pas vrai ?

Si seulement il ne s'agissait que de ça… Mais en autre oui. C'était même la personne qui hantait le plus son esprit et qui tourmentait son âme. Kaze avait vu juste mais en même temps ce n'était pas bien difficile Hystoria était un problème qui concernait tout le groupe depuis deux lunes.

Kaze paya à son tour ce qu'il devait au vendeur puis il se retourna vers ses deux camarades.

– Aram, Matael, sérieusement, reprit Kaze, nous devrions l'emmener à l'infirmerie du complexe, son état est beaucoup trop préoccupant depuis trois jours. Je connais vos réticences à ce sujet mais cela va faire soixante-douze heures qu'elle dort et j'aimerais bien qu'on m'explique par quel moyen un être humain peut rester ensommeillé pendant autant de temps consécutivement. Je doute que cela vienne de ce que je lui ai donné… Ça ne dure pas plus de dix heures normalement.

– Il a raison Aram ! Renchérit Matael. Franchement, Hystoria est peut-être un danger mais elle a besoin d'être soignée en toute urgence et…

– Je sais…, coupa Aram d'une voix soudain ferme. Mais vous avez entendu votre cheffe, Aurore Hystoria reste dans la maison jusqu'à nouvel ordre. Vous ne comptez tout de même pas lui faire répéter j'espère ?

Une quatrième voix se fit entendre. C'était le vendeur.

Il se plaignait que les trois hommes gênaient le passage… ce qui n'était pas totalement faux. Les trois hommes quittèrent donc la boutique et reprirent la direction de leur propre base.

– Non, Aurore est notre cheffe et ses ordres ne sont pas discutables. En revanche, je ne comprends pas pourquoi vous insistez autant, fit Kaze d'une voix monotone. Même Line semble être de votre avis. Je comprends votre envie d'éviter les risques mais bon sang, Hystoria est peut-être dans un état très grave et nous ne faisons rien pour lui venir en aide !

– Elle ne semble pas non plus souffrir je vous ferais remarquer, avança Aram. Elle a un charmant visage rempli de plénitude par moment. Elle est même, paradoxalement, terriblement paisible dans cet état…

Kaze s'indigna.

– Souffrir, souffrir… Terriblement paisible. Plénitude. Qu'est-ce qu'on en sait ? Alors oui, tu vas me dire Aram, elle respire normalement et ne s'agite pas dans son sommeil mais par tous les dieux, trois jours sans ouvrir les yeux, ça fait beaucoup et ce n'est pas normal. Et puis, pourquoi tu précises que tu la trouves « paisible » alors qu'elle est dans un état de faiblesse peut être avancé. Qui c'est ce qu'il se passe dans sa tête en ce moment même.

– Va savoir Kaze… Va savoir…

– Aram, je peux te poser une question ? Fit soudain Matael.

– Oui va si.

– Ça me trotte dans la tête depuis un moment mais… Il ne se serait pas passé un truc avec Hystoria ? Quelque chose de grave à toute hasard.

La voix de Matael avait été direct et vidée de toute moquerie. Il posait la question sérieusement.

– Qu'est-ce qui te fait dire ça ? Répondit Aram d'une voix qu'il essaya de rendre dénuée de sentiment.

Matael toussota dans son poing avant de continuer.

– Pour commencer, elle a toujours été très proche de vous, normal puisque c'est votre cousine… d'après ses dires. Ensuite, et je ne vais pas te le cacher Aram, depuis que vous êtes partis chez les gérudos, les choses ont changés. Hystoria a commencée à devenir incontrôlable à partir de ce moment-là. Elle était sèche et froide envers tout le monde, de plus en plus agressive et le pompon a été ce jour à Aytema, juste après avoir échappé au piège qui aurait pu nous coûter la vie. Je sais qu'on en a déjà discuté longuement mais je te le répète Aram, ce jour-là, Hystoria n'était plus humaine. Elle était…

– Une véritable bête sauvage assoiffée de sang, compléta Kaze d'une voix sèche qui énonçait une vérité.

– Oui voilà ! L'effroi que l'on a ressenti à ce moment-là était… Bon, pour te dire, même les élites se sont, au sens littéral du terme, chiées dessus en la voyant déchiqueter les pauvres gardes royaux. Oui ! Même les élites ont eu de la pitié pour ces pauvres types qui ont reçu une mort atroce. Il s'agissait des plus bas troufions de Sanglance mais quand même, quelle horreur ! Nous avons reculé, presque battu en retraite même, et sans son père, je ne sais pas si elle se serait arrêtée dans son massacre. Nous sommes des mercenaires Aram, tous ici savons à quoi nous attendre. Nous connaissons la mort pour l'avoir frôlée de nombreuses fois ! Mais cette fois-là, ça n'avait plus rien à voir. Je te l'ai dit, elle était folle ! Elle nous a fait ressentir toute l'horreur et le désespoir qu'elle a en elle. C'était flippant et je suis certain que les plus jeunes qui étaient avec nous ont dû être traumatisés car, malgré les différents entre nos deux organisations, ce n'est pas humain d'infliger un trépa pareil.

Aram ne le montra pas à ses deux camarades mais intérieurement, il s'imaginait très bien la scène et cela faisait écho avec les paroles de Line. Le lien se faisait de lui-même et il pouvait comprendre ce qui avait amenée Hystoria à agir ainsi. Elle était devenue folle, c'était une certitude mais si son passé n'avait pas été si… destructeur envers elle…

Mais pour le moment, il se contentait d'écouter et de montrer qu'il suivait bien les explications. Mais dans son inconscient, il s'inquiétait gravement.

– Après cet événement, elle s'est calmée, fit Kaze en prenant la suite. Cependant, elle n'a jamais cessé d'agir bizarrement. Je l'ai observé plusieurs fois aller et venir sans but avant qu'elle ne se « réveille » brutalement parmi nous. De plus, il y a cette histoire avec la maquette.

– Quand vous êtes revenus, reprit Matael dans la lancé de Kaze, on a tous cru que les choses allaient véritablement s'améliorer, qu'Hystoria allait redevenir la jeune femme à l'instinct maternelle surdéveloppé qu'elle était… Mais ce fut une grande désillusion quand on a vu que rien ne changeait…

– J'avais remarqué qu'elle n'osait pas nous parler et qu'elle se mettait parfois dans un coin pour marmonner, fit Aram en se fondant dans la conversation pour masquer le pressentiment qui montait en lui.

– Exactement comme tu dis Aram…, reprit Kaze. Seulement, c'est là que tu entres en jeu…

Kaze lança un regard à Matael.

– Comment ça ? Questionna Aram en fronçant les sourcils.

Mais qu'est-ce qu'il insinuait ?

C'était mauvais signe. Ses deux camarades semblaient gênés et Aram eu l'impression que la température ambiante venait de chuter brutalement. Ils s'étaient d'ailleurs arrêtés au beau du chemin et il n'y avait cette fois, aucune autres âmes vivantes dans les parages.

– On s'est concerté et on a été d'accord avec Matael, continua Kaze. Nous avons trouvé étrange le fait que tu nous demandes de faire attention à tous ce qui était anormal dans le complexe… Comme si tu savais que quelque chose s'était produit, se produisait ou allait se produire. Depuis votre départ pour les terres gérudos, l'air est devenu inquiétant et de plus en plus oppressant, Hystoria est dans un état inhabituel, Aurore et toi vous nous demandez de faire attention à tout ce qui est incohérent, une organisation nommée Sanglance veut nous faire la peau… Ose-moi me dire que ce n'est qu'une coïncidence…

Un silence se fit, silence au bout duquel Kaze déclara.

– Aram, tu veux que je te dise le fond de ma pensée ?

– Va si, dis toujours, accorda Aram en tentant de rester de marbre.

– Très bien ! J'ai le sentiment que vous nous cachez quelque chose, ta sœur et toi, annonça-t-il de but en blanc. J'ai le sentiment que vous êtes au courant de fait que nous ne savons pas et j'aimerais beaucoup savoir ce qu'il en est.

Son cœur était lourd. Il ne pouvait pas mentir à ses amis. C'était impossible. Devant l'air circonspect de Matael et Kaze, il soupira finalement et, à regret, décida de lâcher quelques mots… En espérant que cela suffise pour calmer la curiosité justifiée et légitime de ses deux amis.

– Tout ce que je peux vous dire, déclara Aram d'une voix légèrement tendue, c'est que vous devez rester loin de tout cela. Ne vous mettez pas en danger pour rien, c'est d'accord ?

– Aram… D'accord pour quoi ? Qu'est-ce que ça veut dire ? Intervint Matael.

– Rien d'autre que ce que je vous ai dit. Ne cherchez pas à en savoir plus ! Vous avez raisons de vous inquiéter, mais moins vous en saurez, mieux vous vous porterez et c'est valable pour Shanna aussi.

– Et Line ? Questionna cette fois Matael avec un rictus presque haineux.

Ce qui était normal puisqu'il ne connaissait pas la vraie facette de la personnalité de l'ébène.

– Line est à part, répondit Aram sur un ton catégorique. Elle connaît mieux que quiconque les enjeux de la situation. Elle sait ce qu'il se passe dans la haute hiérarchie du complexe et elle n'ignore pas que Sanglance à un objectif précis en tête. Je pense pouvoir parler en son nom et au nom de ma sœur et vous demander de faire des concessions ! Tant que vous en savez le moins possible, vous serez à l'abri alors éviter toutes questions hasardeuses, c'est pour votre bien.

– Aram…

– Mais pourquoi nous mettre à l'écart ?! Fit Kaze d'une voix qui montait en volume sonore. Nous sommes tes amis non ? Dans quoi vous êtes vous engagés toi et ta sœur ?

Aram soupira de plus belle, le regard le plus impénétrable possible.

– C'est parce que vous êtes mes amis que je ne tiens pas à vous impliquer… du moins, pas pour l'instant et pour répondre à ta question et clore ce débat qui n'a que trop duré je peux t'in… je peux vous informer que ce qui se trame dépasse complètement le cadre d'une simple guéguerre entre organisations militaires.

Maintenant, ne posez plus de questions et agissez seulement comme vous avez l'habitude de le faire. Nous sommes tous à cran et…

Aram hésita un instant avant de dire ce qu'il s'apprêtait à dire, car il y avait peu de chance que cela arrive si ce que Line avait dit était vrai.

–… Si jamais quelque chose devait arriver, fit-il plus bas, j'aimerais beaucoup que vous obéissiez à tous les ordres que l'on pourra vous donner moi, Aurore et Line.

Le silence retomba et une atmosphère pesante entoura les trois hommes. Matael et Kaze étaient déçu, c'était une certitude.

– Très bien ! Fit ce dernier, vexé et en colère cette fois. Une fois que tout sera terminé, vous devrez nous donnez toutes les explications nécessaires ! J'espère que vous avez une bonne raison d'agir comme ça envers des personnes qui sont « vos amis »

– Promis ! Vous avez ma parole, conclu Aram en se sentant coupable de cette cassure dans la relation qu'il avait avec ses deux amis.

Et cette dernière promesse termina le débat…

Mais soudain, Aram s'écroula presque à terre. Un son horrible venait de frapper ses oreilles. Un mal de tête terriblement violent naquit.

O_o_O_o_O

Aurore esquiva la lance de Line avec agilité. La blonde se replaça ensuite plus bas que son adversaire dans l'optique de lui porter un coup aux jambes. Line recula à temps et se remit en garde en gardant une distance de sécurité suffisante pour atteindre Aurore de la pointe de son pic d'acier.

Un cours instant passa puis les deux filles se jetèrent simultanément l'une sur l'autre pour un nouvel échange. La poussière se souleva une nouvelle fois sous leurs pieds et n'importe qui, qui se serait retrouvé à seulement quelques mètres d'elles, aurait préféré s'écarter davantage.

De la pointe de son épée, Aurore dévia le coup d'estoc de Line au-dessus de son épaule droite. Ne perdant pas de temps, elle s'élança, parcourue les centimètres qui la séparait de son opposante et pour conclure son geste, elle lança son genou gauche vers le flanc droit de l'ébène… Cette dernière réussit à réduire la puissance de l'attaque en pivotant à temps mais elle grimaça malgré tout car Aurore avait décidément une force incroyable.

– Une touche pour moi ! Déclara simplement Aurore en reculant pour laisser à Line le temps de respirer.

L'ébène balaya ses cheveux noirs collés sur son visage d'un ample mouvement de main. La transpiration perlait à son front.

– On aura beau réitérer, nous sommes toujours à égalité. Aucune de nous deux n'arrive à prendre l'avantage.

– Tu es une adversaire coriace Line, fit Aurore en s'étirant. Tu manies la lance beaucoup mieux que Shanna. Tu as plus de fluidité mais c'est l'expérience qui parle je suppose.

– Exactement ma grande !

Line détourna la tête et entreprit d'aller chercher de quoi étancher sa soif. Aurore la regarda faire en reprenant sa respiration.

Dire que Line était une adversaire coriace était un euphémisme. C'était la première fois que quelqu'un arrivait à mettre Aurore en difficulté sur son domaine de prédilection qui était la vitesse. D'habitude, elle arrivait à enchaîner ses attaques de sortes à ce que son adversaire se retrouve en position de défense maladroite à partir de là, c'étaient ses combinaisons qui prenaient le relais.

Mais pour une fois, elle n'y arrivait pas. Line utilisait l'allonge procurée par sa lance à son avantage. Aurore avait pu analyser une partie de ses techniques et elle avait put découvrir que Line reculait toujours très légèrement après ses attaques d'estocs, suffisamment pour sortir de sa zone de danger. Pour le reste, difficile d'atteindre son adversaire puisque ses parades se mettaient toujours en place avec un quart de seconde d'avance sur Aurore.

Aurore avait réussi, au terme de ce vingt-deuxième échange, à lui porter un coup au corps à corps mais il avait fallu vingt-et-un face à face pour qu'elle arrive à contrer cette avance et s'approcher assez de Line. Ce n'était pas sans conséquence bien sûr, ses cuisses la brûlaient et malgré l'atténuation du choc de sa précédente attaque, son genou la lançait un peu preuve qu'Hystoria avait fait des vrais dégâts sur son os et sur l'articulation.

Et ce n'était pas rassurant.

– Tu as un style particulier Aurore…

La concernée regarda l'ébène, interloquée.

– Quoi ? Ne me dit pas que tu ne t'en rends pas compte ? Enchaîna Line. C'est quand même rare qu'une princesse, d'Hyrule qui plus est, possède un tel talent à l'épée. Tu dois tenir cela de ton père.

– C'est une possibilité, divulgua-t-elle sans gêne, je suis même capable de ralentir le temps autour de moi… Enfin de mon point de vue il ralentit, du tiens, tu me verras juste me téléporter d'un point A à un point B.

– Intéressant, pourquoi n'en fait pas tu usages contre moi ? Je vois bien que ta vitesse est tout juste suffisante pour contrer mes parades. Tes autres victoires n'étaient dû qu'à des erreurs de ma part. Et puis, je m'interroge sur le fait de me révéler une info aussi… secrète, j'imagine.

Aurore prit sa gourde d'eau et la vida de moitié en quelques gorgées.

– Tu fais bien Line ! Mais l'explication est toute simple. C'est parce que je ne tiens pas à en faire mon arme de prédilection et au point où nous en sommes… C'est une belle capacité certes mais si je ne suis pas à la hauteur en combat classique, ça n'aurait aucun intérêt. Je préfère affuter mes compétences aux armes blanches et ne recourir à mon don qu'en cas d'urgence.

– Que de modestie, tu pourrais écraser sans mal la moitié du complexe avec ça…

– Ça ne m'intéresse pas Line ! Et te concernant, puisque tu es notre « alliée », autant que tu sois au courant.

– Je n'en doute pas et ta franchise est toute à ton honneur…

L'ébène laissa filer quelques secondes et reprit.

– Tu sais ma grande, je conçois que tu as vu plus d'horreurs que n'importe quelle petite princesse de conte de fée, mais… j'ignore si tu t'attends à ce qui va sans doute arriver dans les prochains jours. Il y a des risques que tu sois obligée d'employer ta compétence la plus efficace pour sauver ta peau et en l'occurrence, ça sera de recourir à ton don. Ce n'est pas pour te faire peur mais les chances de quitter le complexe par la grande porte sont ridiculement faible.

– Mais tant qu'Hystoria n'a pas Nayorna à disposition, elle ne pourra pas prévenir son père, exposa Aurore.

– Vrai ! Fit Line en hochant gravement la tête. Mais n'oublie pas les gardes et les élites qui patrouillent la nuit. Que penseront-ils quand ils verront trois silhouettes encapuchonnées avec une blonde, ressemblant, étrangement, beaucoup à Hystoria, sur leur dos ? Non, crois-moi, si on passe sans difficulté, c'est vraiment parce que nos déesses respectives l'auront voulu !

– Tuer n'est pas quelque chose de simple Line mais même si j'y suis habituée par obligation, je me vois mal ôter la vie de ceux qui vivent ici, avec nous, depuis des années, annonça Aurore en allant s'asseoir sous un arbre, à l'ombre.

Car effectivement, en cette fin du mois d'avril, le soleil tapait étonnement fort. Line resta droite sur ses jambes, sous les rayons de l'astre lumineux.

– Le monde n'est pas rose ma belle, il va falloir t'y préparer, trancha Line d'une voix nette. Ce que l'on s'apprête à faire avec ton frère n'est que l'initiation d'un beau bordel.

– Par Hylia… D'ailleurs, à propos de ça, j'ai toujours du mal à croire que tu viens du même endroit que ceux qui nous ont volés notre vie, Aram et moi.

Line rigola.

– Incroyable à quel point tu peux être bornée ma chère Aurore. Te faudrait-il un manuscrit sacré pour te le prouver ? Ou peut-être qu'une confrontation directe face « à ceux qui ont volés ta vie » te convaincra définitivement de la véracité de mes paroles.

Aurore grimaça amèrement.

– Si je suis si hésitante, c'est parce qu'aucun texte ne parle d'une déesse nommée Lythia, sœur de la déesse Hylia, qui aurait fondé son propre royaume en réponse d'une trahison qu'Hylia aurait commis envers elle. Et ça n'a, surtout, aucun sens. Depuis quand les déesses se font des coups dans le dos ? Je sais bien que l'aspect divin est une chose qui nous échappe mais tout de même. Et puis, depuis quand y'a-t-il un royaume nommé Lyrannyan qui existe ? Il n'est sur aucune carte.

Line la coupa.

– Et pourtant, à part t'emmener directement là-bas, je ne vois décidément rien d'autre pour que la vérité s'inscrive dans ton crâne. Lyrannyan existe bel et bien, il s'agit du royaume fondé par Lythia, en opposition à Hyrule, fondée par Hylia… Et j'en viens. Je suis une lyrannienne. Je suis aussi une lancière, mercenaire de haut niveau de surcroit, née d'une famille puissante et influente et qui cherche juste à sauver une personne importante pour elle. Je ne suis pas historienne Aurore et… Tiens ça me rappelle vaguement un prénom…

– Haha très drôle Line, ton humour est hilarant ! Fit Aurore sur un ton ironique.

– Humour de noble Aurore. Je m'excuse s'il n'est pas à ta convenance mais parfois, il arrive qu'on ne soit pas si différent de la populace. Quand l'inspiration n'y est pas, il n'y est pas. Il faut faire avec.

– T'es vraiment pas banale dans ton genre tu sais.

– Et toi, tu dois être la pire princesse que j'ai vu de ma vie, contra Line en se retenant de rire. Tu te roules dans la terre, tu manies des armes, tu jures à tout va et tu n'as aucune gêne à boire des pintes de bières tout en mangeant pour quatre. Y'a peut-être juste le fait que tu es le portrait craché de ta mère pour nous confirmer que tu es de sang royal et encore.

– C'est sympa merci ! Lança Aurore d'un sourire faussement vexé. Mais pour en revenir à notre sujet, j'ai toujours du mal à croire que tout ce que tu dis est une réalité. Comprends-moi, ce n'est pas facile à admettre vu que je n'ai aucun argument imparable sous la main… Et puis… Si toi tu es lyrannienne, ça veut dire qu'Hystoria l'est également, au vu de vos noms de famille.

– Correct !

Et une confirmation de plus ! Line faisait tout pour lui faire tourner la tête, c'était à la fois ahurissant et épatant.

– Alors pourquoi des personnes venant de ton pays s'en prendraient à nous alors que toi, qui vient du même endroit, préfère faire de nous tes alliés ? Demanda Aurore.

– Parce que moi Aurore, et je le répète, je n'ai pour but que de ramener Hystoria à sa place qui est la sienne, rien d'autre. J'ai quitté Lyrannyan il y a dix-huit ans. Je ne sais rien de la situation géopolitique de ma terre natale ni de ce qui s'y passe concrètement.

– Mais est-que ça serait possible que Sanglance ET les Chevaliers Célestes viennent également de Lyrannyan et qu'ils se livrent une guerre depuis tout ce temps ?

Aurore sentit l'agacement de Line à devoir répéter des choses qu'elle avait déjà dite.

– Pour Sanglance, c'est fort probable, répondit-elle enfin. Pour les Chevaliers Célestes, je ne suis sûr de rien. Reiyan est suffisamment mystérieux pour qu'on ignore ses origines… Je vais taire une de tes interrogations Aurore, je connais la mère d'Hystoria. Même si je ne l'ai pas revu depuis des années, je sais qui elle est et je sais ce que représentait la maison Estelle à l'époque. Une région entre la richesse absolue et la pauvreté accablante. Elle ne vivait pas difficilement mais elle ne croulait pas sur l'or. Elle ne participait pas vraiment à l'activité politique du royaume et préférait rester neutre la plupart du temps. Concernant le père d'Hystoria : Reiyan, je ne sais pas d'où il vient. Je ne sais pas ce qu'il a fait pour en arriver là mais d'aussi loin que je m'en souvienne, c'est lui qui s'est toujours « occupé », avec tout ce que cela implique, d'Hystoria.

– Tu ne sais donc rien sur lui… Définitivement ?

– Faut que je te le répète en combien de langue ? Répondit froidement Line que la question avait exaspérée. La possibilité que les Chevaliers Célestes tirent son origine de Lyrannyan n'est pas à écarter, mais elle est peu probable.

– Pourtant ça serait logique ! Contra tout de suite Aurore. C'est Sanglance qui, selon toute vraisemblance, est à l'origine de l'explosion dans la salle de bal, pourtant ce sont les Chevaliers Célestes qui nous ont eu. Ça veut dire que, dans le passé, ces deux groupes armés se seraient battus pour nous obtenir… Reiyan a un objectif précis en tête nous concernant, ça se voit, mais je ne comprends toujours pas quoi…

Instant de blanc ou l'air dans les feuilles des arbres furent la seule source de bruit.

– Finalement, ce n'est pas bête ce que tu dis ! Déclara brutalement Line.

Aurore la regarda, déroutée par ce changement de pensées.

– Ça expliquerait aussi pourquoi Sanglance cherche à s'emparer eux aussi d'Hystoria, continua Line. Si Sanglance est l'ennemi des Chevaliers Célestes, quoi de mieux que de venir capturer la fille du chef absolu de cette dernière organisation. On pourrait qualifier ça de juste retour de bâton. Mais ce qui m'échappe également, c'est la raison pour laquelle Sanglance vous veut. Toi et ton frère êtes bien les héritiers de la lignée royale Hylienne certes, mais à quoi bon s'attaquer à vous… Aurore, je suis certaine que la raison est beaucoup plus profonde que cela et à mon avis, Hystoria s'est retrouvée là-dedans un peu par hasard. La question qui reste en suspens, c'est pourquoi Reiyan, son père, l'a entrainée dans une vie aussi… violente et aussi désespérante.

– Nous sommes toutes les deux d'accord. La vie que Reiyan a fait mener à Hystoria aurait rendu n'importe qui totalement cing…

Mais elle ne termina pas sa phrase.

À la place, ses deux mains agrippèrent sa tête et un hurlement s'échappa de ses lèvres. Une horrible douleur venant de s'emparer de sa boite crânienne et elle entendait une sorte de cri glaçant qui paralysa instantanément sa conscience.

Line, quant à elle, resta un court instant figé puis elle se leva et avec rapidité, elle reprit sa lance et se mit en position de combat à côté de la blonde hurlante en vue d'anticiper sa protection. C'est alors qu'elle remarqua quelque chose dans l'air…

– Hystoria s'est réveillée !

Line tourna brusquement la tête vers l'origine de la voix.

Complétement affolée, Shanna venait de sortir par la porte de la maison et fonçait sur ses deux camarades. Une fois à portée de voix, elle commença à s'expliquer.

– Elle s'est soudain levée de son lit, elle m'a regardé avec un air étrange puis…, fit Shanna.

Puis elle se stoppa en voyant brusquement que la blonde était à terre et semblait en proie à une violente douleur.

– Line, pourquoi Aurore est…, reprit-elle mais elle fut coupée.

Line la fit taire d'un unique mouvement de main. Elle venait de réaliser que l'impossible venait de se produire. Elle s'était affichée confiante à ce sujet quand elle avait parlé plus longuement à Aram et Aurore, deux lunes avant, mais elle s'était trompée ! Lourdement trompée même !

Il n'y avait plus une seconde à perdre car elle le sentait à présent. Le signal caractéristique des épées d'Hystoria était revenu.

Et il était cinq fois plus puissant qu'avant !

– Shanna, surveille-là et empêche là de s'évanouir, tu as carte blanche !

– Quoi mais attends, tu…

– Pas d'objection ! Contra Line d'une voix aussi autoritaire que possible. Fais-ce que je te dis !

– Euh… d'accord.

Line n'attendit pas de réponse et s'élança en direction de la maison en faisant appel à toutes les forces qu'ils restaient dans ses jambes. L'entrainement l'avait épuisée mais la vague d'adrénaline lui procurait une vitesse accrue pour une durée toutefois limitée.

Mais ce n'était plus qu'il n'en fallait pour l'ébène.

Ne comprenant rien à la situation, Shanna se contenta de soutenir Aurore et d'essayer de la calmer. Mais très vite, elle se rendit compte que c'était inutile. Elle semblait souffrir de manière insoutenable et Shanna ne sut quoi en penser.

À peine quelques secondes avant, elle avait juste vue Hystoria quitter le sofa puis prendre l'escalier pour, avait-elle supposée, aller dans sa chambre. Qu'est-ce que ça voulait dire ?

Ne sachant pas quoi faire et en voyant Aurore attraper la poignée de son épée d'entrainement, elle se décida tout de même à la désarmer, par sécurité – imagina-t-elle – et cela se fit sans aucune résistance de la blonde qui gémit en réponse, les yeux écarquillés. Cependant, dans un dernier élan, Shanna fut agrippée avec force par Aurore qui se comportait soudain comme une enfant morte de peur cherchant à être rassurée.

Des bruits sourds survinrent alors de la maison. Un choc se fit entendre et d'un seul coup, sans crier gare, Shanna vit Aurore s'arrêter d'hurler. Plus aucun son et plus aucune plainte.

Aurore tomba sur les genoux de Shanna et sombra dans une demi-inconscience.

Stupéfaite, Shanna osa à peine toucher sa cheffe mais alors qu'elle remettait la tête de la blonde dans une position plus confortable, quelque chose d'étrange se passa dans sa tête.

Shanna entendit un sifflement aigu et ce fut le noir…


Bonjour / Bonsoir !

Nouveau chapitre et plein de questionnements mais on se rapproche petit à petit de la solution. D'après mon planning de chapitre, il ne doit rester que 5 ou 6 chapitres avant la fin de l'arc n°2. Enfin, me direz-vous ! xD

Bref, j'espère que ce chapitre vous aura plus. Merci à tout ceux qui suivent cette histoire, ceux qui commentent et tout ceux qui lisent mon histoire en restant dans l'ombre ;) Oui, oui, je vous vois.

À bientôt ;)